‹ Histoire religieuse du département de l'Hérault (volume 2)Chapitre 14 sur 60 · CHAPITRE II LES DEUX CLERGÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LES DEUX CLERGÉS

(S janvier - 50 septembre i792)

SOMMAIRE. — I. Les églises de nouTeau fermées. — IL Eglises « Qon conformistes » dépouillées au profit des églises « constitutionnelles. » — lïL a Pour temple n'ayons que l'univers • » — iV.Cérémonie funèbre à coups de canon; — Première exécution, à Montpellier, du chant de la Marseillaise, — a Le culte épuré et non détruit. » — Y. Clergé constitutionnel à la cérémonie commémorative de la fête de la Fédération. — YL Tournée pastorale de révéque-intrus. — Yil. Nos évoques légitimes : M. de Saint-Simon, chassé d'Agde, part pour Paris d'où il continuée s'intéresser à ses diocésains. — YIII. M. de Malide, résidant à Paris, condamné par le tribunal du district de Montpellier ; son départ pour l'AnglQterre : ses relations épistolaires avec son clergé. — IX. M. Bruyère Chalabre se retire à Londres. — X. M. de Nicolay, à l'étranger, privé de toutes ressources. — XI. Instituteurs sommés de prêter le serment ; écoles primaires sous l'ancien régime. — XII. Nouvelle organisation des écoles publiques. — XIII. Lettre de Pie YI ; Un admirateur des Jbeaux jours de la primitive église. — XIY. Déplorable scandale à Montpellier. — XY. Tête de prêtre promenée au bout d'une pique ; Moyen de persuasion. — XYI. Serment « Liberté Egalité ».

L — Malgré la loi qui^ supprimait les confréries et les agrégations, il s'en était établi une dans l'hôpital Saint- Eloi, et l'on disait que c'était avec le consentement du Conseil municipal. Celui-ci, informé du fait, en délibéra, le trouva inconstitutionnel et pouvant devenir nuisible. Il arrêta que le bureau d'administration de cet hôpital

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serait inrité à « faire cesser la confrérie actuellement existante» s'en rapportant d'ailleurs à sa sagesse et à sa prudence pour les mesures à prendre » (1). On ne roulait pas de confréries ; on ne roulait pas non plus d'églises ou de chapelles non paroissiales. Plusieurs « citoyens actifs » adressèrent à la municipalité de Montpellier, pour être transmise au Directoire du département, une pétition par laquelle ils demandaient, en excipant d'une loi du mois d'avril 1790, que les portes des églises non conformistes fussent fermées, sauf aux intéressés à se soumettre à la loi pour avoir, des églises. Un membre du Conseil observa que la loi mise en avant était particulière à la ville de Paris ; que le département ayant par son arrêté du 31 octobre dernier ordonné l'ouverture des églises, il en était résulté que les deux partis contraires en opinion religieuse s'étaient tenus tranquilles et que la fermeture des poi'tes provoquée par les pétitionnaires pourrait rallumer la discorde et occasionner de nouveaux troubles; qu'il était de la sagessse du Corps municipal de prévenir tout désordre en faisant connaître au Directoire du département que les circonstances ne paraissaient pas favorables et en proposant, attendu l'importance de l'objet, d'en référer au conseil général de la commune.

Dans une seconde séance tenue le même jour, le Maire fit observer que la fermeture des églises devait être considérée au double point de vue de la Constitution et de la tranquillité publique. La Constitution assure à tout homme le droit d'adorer Dieu à sa manière. Quant à la tranquillité publique, les « dissidents » assuraient qu'elle ne serait point troublée. Sur ces considérations, le Corps municipal délibéra de prier le Département d'ajourner la motion dont il s'agissait jusqu'à ce que le

(f ) De La Pijardièrb, p. 572 ; • 3 janvier 1792.

conseil eut eu le temps de recueillir et de transmettre les renseignements nécessaires. Mais le Directoire du Dépar. tement ne tint aucun compte de cette délibération et trois jours après (6 janvier 1792), rapporta son arrêté du 22 octobre 1791, en vertu duquel toutes les églises avaient été ouvertes et, rendant les prêtres insoumis responsablesdes troubles qui surviendraient dans le département, ordonna que toutes les églises non desservies par des constitutionnels seraient de nouveau fermées (1).

IL — Quelques jours plus tard, les municipalités reçurent Tordre de se faire délivrer, parles curés, des tableaux indiquant le nombre des édifices religieux conservés comme églises nationales et le nombre des cloches existant dans chacune d'elles (2). C'était le moment de travailler à dépouiller les églises fermées, au profit des église nationales. Les curés constitutionnels adressèrent pour la plupart des demandes aux procureurs des communes. Ainsi, à Montpellier, Chiris, pro-curé constitutionnel de la nouvelle paroisse Saint-François (3) réclame les confessionnaux des Carmes déchaussés et le tambour des Capucins (4). A Notre-Dame des Tables, les marguilliers, élus par les paroissiens, ne demandent pas du mobilier, mais une subvention pécuniaire du département, afin de pouvoir faire face aux dépenses du culte (5). Au lieu d'accorder la somme réclamée (300 fr.), le Directoire répond que les ci-devant confréries du Saint-Sacrement, des

(!) Arrêié du 5 jantner 1792 ; - Arch. municip. de Montp., Reg. des Délib., f«» 76 et suiv. ; - Duval-Jouve, 1. 1, p. 201.

(2) Arch. municip. de Montp., série F, 5, a; - 17 janvier 1792.

(3) Ancienne église des RécoUets, présentement chapelle du grand séminaire.

(4) Arch. mun. de Montpellier, série P, 5, a; - 16 février 1792.

(5) Arch. mim., loco ciL

HuT. Rblig. ùe l'Hérault. — T. u. 14

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Morts et des Agonisants existaient encore à Notre-Dame ; que ces confréries étaient supprimées et réunies à l'Œuvre de la paroisse et serviraient facilement à couvrir les frais du culte dans cette église (1). Pour la paroisse Saint-Pierre, on prit d'autres mesures. Le procureur de la commune remit au curé-intrus les différents titres établissant les rentes que les pauvres de la paroisse avaient sur la Province, la Cour des Aides et les héritiers de feu l'abbé Lafon, ancien cm*é (2).

III. — A Montpellier, les Amis de la Constitution et de l'Égalité voulaient payer un tribut de reconnaissance à des défenseurs de la patrie, submergés dans le Rhône. Ils chargèrent un comité d'organiser à cet effet une cérémonie funèbre. Le rapporteur conclut à ce que tout caractère religieux fût exclu de la fête. « Pourquoi, disait-il dans son rapport, pourquoi toujours des prêtres, toujours des églises, toujours des services pot#r le repos de leurs âmes? Nous vous l'avouerons, Messieurs, nous avons été choqués de ces dernières expressions ; cai*, qui de vous. Citoyens, a le moindre doute sur le sort des âmes de ces frères patriotes qui ont péri victimes de leur ardeur à venger la Patrie opprimée par des enfants rebelles? Quoi! notre père commun feroit passer par des feux expiatoires des enfants qui sont morts pour la cause de la liberté, de l'égalité, de cette égalité sainte, qui jusqu'ici n'a existé tout entière que dans les cieux. Loin de nous cette idée atroce ; d'ailleurs qui de vous ignore que ces feux ont été allumés par l'avarice sordide, attisés par la vile imposture, entretenus par la superstition stupide ! La raison, à son souffle.

(1) Arch, mun. de Monlp., loc cit., - Arrêté du département du J24 mars i79S,

(2) Arch. mun. F, 5, a, - Décharge du curé de Saint-Pierre en faveur du procureur de la commutie; - 17 mare 1792.

les a éteints! Nous sommes plus que romains par nos institutions politiques; soyons plus que romains par nos fêtes, dans nos cérémonies civiques ! Pour temple n'ayons que rUnivers; pour autel, n'ayons que celui de la Patrie; qu'il soit notre centre de ralliement!... Que les sectes divisées d'opinions s'isolent et se recueillent paisiblement dans leurs temples, cela leur sied ; mais que les peuples libres se montrent au grand jour et prennent la nature entière à témoin de leurs vœux et de leurs prières : voilà le temple qui leur convient! Voilà l'autel qu'il nous faut embrasser! »

IV. — Ce rapport ayant été approuvé par la Société, la cérémonie funèbre fut fixée au dimanche suivant 22 avril. « Ce jour-là, sur les 2 heures de l'après-midi, citoyens et citoyennes partirent de la salle du Concert et se rendirent en grand cortège sur l'Esplanade, autour de la colonne, et la fête fut célébrée avec chants, discours et coups de canon I » (1) La cérémonie funèbre, célébrée sans temple, sans autel et sans prêtre, dut blesser les convictions religieuses de la gent constitutionnelle; et voici ce qui donnerait lieu de le croire. Quand on voulut, le 17 juin suivant, procéder à une nouvelle cérémonie funèbre, non pas I pour le repos de Vàme » mais ce en r honneur » de Simoneau, maire d'Etampes, tué dans une émeute, on choisit, il est vrai, comme lieu de la manifestation le « temple de l'Univers », c'est-à-dire l'Esplanade; mais on voulut lui donner une teinte religieuse en y appelant l'évêque du Département. Pour l'accomplissement du programme, on n'avait nullement besoin de «c l'autel de la Patrie », et à l'absoute, donnée par Pondérons, succéda le chant de la Marseillaise^ que Rouget de l'Isle avait composé pour l'armée du Rhin et qu'on entendait pour la

(1) Journ. hebd. de l'Hérault, no 29, p. 496-500.

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preraiôre fois, à Montpellier (1). En mêlant ainsi le profane au sacré. Ton ouvrait la porte à d'autres désordres ; ainsi, dans la vUle de Montpellier, à plusieurs processions faites pendant Toctave de la féte-Dieu, on porta une grande corbeille, surmontée de la statue de la Religion avec cette inscription : « Mon culte est épuré et non détruit {2) ». Des troubles éclatèrent dans plusieurs localités du département sur le parcours des processions; notamment à celle de Saint-Jacques, de Béziei*s.

V. — Cependant les curés constitutionnels de Montpellier avaient fait montre, dans ces dernières circonstances, d'un trop grand dévouement patriotique pour ne pas recevoir bientôt un témoignage public de satisfaction de la part des administrations. L'anniversaire de la prise de la Bastille s'annonçait comme devant être aussi brillamment célébré que les deux années précédentes; on s'occupait activement des préparatifs de la fête et, dès le 3 juillet, le Directoire du district prenait la détermination suivante : « La fête est purement civique ; mais le Directoire voulant rendre un hommage particulier à des ecclésiastiques qui ont montré un dévouement rare à la Constitution, qui sont recommandables par leurs vertus personnelles et qui ont manifesté hautement leurs sentimens dans des tems d'orage, a arrêté d'inviter les cinq curés de la ville de Montpellier à la cérémonie de la Fédération ». Les curés-intrus ne manquèrent pas cette occasion de donner un nouveau gage de leurs sentiments patriotiques. Ils assistèrent à la fête, rangés auprès de l'autel de la Patrie, érigé au milieu de l'Esplanade,

(1) Soulier, t. i, p. 304 ; — La Puardiêbe, p. 594 ; — DuvAt- JOUVE, 1. 1, p. 2H.

(2) Soulier, t. i, p. 304.

devant la colonne de la Liberté (1). — Pour mieux éj^rer la Religion, Louis XVI venant d'être enfermé au Temple avec sa famille (13 août), on supprima les processions dites du Vœu de Louis Xlll (14 août) qui avaient lieu toutes les années pour la fôte de l'Assomption.

VI. — Tout ceci n'empêcha pas a l'évêque du département » de poursuivre le cours de ses visites soi-disant pastorales. Il les avait annoncées et en avait tracé l'itinéraire pour le district de Montpellier par une lettre-circulaire (9 mai 1792). II indiquait les prières à réciter devant le Saint-Sacrement et paraphrasait un passage du livre des psaumes en le détournant de son sens>éritable (2). Pouderous prenant le texte : Ut excludant eos qui probati êunt argento. (Pour chasser ceux iqui ont été éprouvés comme l'argent), le traduit par : « Forcez-les à chasser ceux qui en veulent à nos trésors » (3). Dans la plupart des localités visitées par lui, l'évêque du département fut reçu non pas comme le bon Pasteur mais comme « un loup ravisseur ». Souvent l'accueil était glacial ; d'autres fois, il devenait malveillant et hostile. Ainsi, dans la commune de Gignac, il lui fut impossible d'administrer le Sacrement de la Confirmation ; une bagarre s'étant produite dans l'église paroissiale au cours de la cérémonie. La population catholique protestait par ses actes contre la présence du soi-disant « évéque du département » (4). Ailleurs on se montrait pacifique, bienveillant même. A Saint-Georges-d'Orques on lui présenta 47 enfants pour la Confirmation. A AAiane, on lui demanda de baptiser un nouveau-né. A Cette, où d'après son Livre de Raison^

(1) La Puakdièrb, p. 603.

(2) C'est du Ps. Lxviii ^ 33 qu'il s'agit.

(3) V. Soulier, 1. 1, p. 302.

(4) Bist. manuscrite de Gtgnac.

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il donna la confirmation à douze cents personnes (1), on lui ofilrit un banquet dans la grande salle de THôtel-de- Ville. Les protestants qui, suivant l'expression du curé Gourgon, jouèrent un si beau rôle dans les opérations contre l'Eglise catholique, ne manquèrent pas de s'y rendre avec leur ministre. Pondérons se lia d'amitié avec lui et en donna des preuves publiques, dans le lieu même du festin ; il l'embrassa avec efTusion, lui disant que « désormais il n'y auroit plus de division entre les deux Eglises et qu'il n'existoit plus de différence entre les uns et les autres. Propos qui scandalisa fort ceux de son parti qui s'imaginoient encore être catholiques » (2). Les catholiques cependant se tenaient loin des schismatiques et savaient leur donner des marques de mépris ; chacun à sa manière (3).

Vn. — Malgré la présence de Pondérons, nos populations étaient loin d'oublier leurs vrais évêques, dispersés par la tourmente. M. de Saint-Simon, évêque d'Agde, n'avait pas suivi l'exemple de ses collègues de Montpellier et de Béziers, bien que partageant pleinement leur manière de voir sur le schisme constitutionnel. Il avait jugé, sans doute, inutile, après tant d'adhésions, de souscrire YInstruction de Tévèque de Langres. Il attendait et différait toujours de prendre une résolution définitive au sujet

(i) Le lecteur trouvera ce Livre de Raison à la fin de notre tome m, au N* XI de nos Pièces Justificatives.

(2) GouRGOif, Histoire manuscrite de la Révolution françoise.

(3) Dans une rue de Cette, au sortir peut-être du banquet municipal, Pouderous rencontre une femme du peuple, tenant au bras son jeune nourrisson ; il s'approche aussitôt et lève la main pour le bénir, a Un instant I » lui dit la mère et, d'un mouvement rapide, elle renverse l'enfant sur son bras, met la voile au vent et présente à la bénédiction constitutionnelle autre chose que le visage du petit réfractaire. — Ce fait, nous assure-t-on, se serait reproduit plusieurs fois et dans diverses localités du département.

de son départ; il lui était dur d'abandonner son troupeau. Afin de le forcer à quitter la ville, on s'était emparé de son palais épiscopal et on avait effectué la vente de tous les biens fonds appartenant à sa mense, des maisons canoniales et de tous les biens capitulaires ; et néanmoins il s'obtinait à ne point vouloir s'éloigner. Dans ce dessein, il fit, avec le plus grand calme d'esprit, retirer ses. meubles de la maison dont on le chassait et les fit transporter dans un petit appartement de la maison de la Charité dont il était le fondateur. C'est là qu'il avait résolu de continuer à résider, au milieu de ses diocésains et des débris de son clergé. Tout à côté de l'établissement de bienfaisance, où le prélat dépossédé voulait se retirer, existait une modeste maison bourgeoise appartenant à l'abbé de Gohin et que/ celui-ci était dans l'intention de laisser après lui à la Charité. Il y fit transporter les meubles qu'il avait à l'évéché et pratiqua , des portes de communication dans les murs mitoyens, afin d'être plus facilement en rapport avec l'évêque. Ces dispositions étant parvenues à la connaissance du club, celui-ci résolut de se débarrasser au plus vite de la personne de M. de Sainl^Simon. Le projet fut aussitôt mis à exécution. Ses membres, à la tête de la garde nationale, envahirent à l'improviste, la cour de Tévôché, percèrent facilement jusqu'à l'évêque, qui n'essaya point de se dérober à leurs recherches, et lui signifièrent avec dureté qu'il fallait partir et partir sur le champ. A peine lui donna-t-on la liberté de faire ses paquets et d'entasser pêle-mêle le strict nécessaire pour son voyage. La municipalité, dès qu'elle fut instruite de ce qui se passait, accourut au secours de son évêque. Elle se plaignit avec force de l'injustice révoltante d'un si violent procédé. A ces justes remontrances, les clubistes, ne firent d'autre réponse que ce cri répété : « Qu'U parte! qu'il parte I » C'était le renouvellement de la scène de la passion du Sauveur, où les Juifs déicides disaient à Pilato :

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Toile j Toile, crucifige eum ! » Au milieu de ses défenseurs et de ses persécuteurs, Tévéque, supérieur aux événements, fut le seul à conserver le calme. Dans ce moment orageux, il donna tout doucement les ordres pour son départ. Son grand vicaire, Tabbé de Gohin, ne pouvant pénétrer jusq^i'à lui au milieu de la cohue, lui fit proposer de partir avec lui; mais l'évéque, par l'effet d'une délicatesse exagérée, refusa cette offre obligeante et répondit qu'il valait mieux que l'abbé restât à Agde, dans l'intérêt des ûdôles. Enfin les préparatifs sommaires de départ étant terminés, le prélat monta dans sa voiture, après avoir donné sa dernière bénédiction à son grand vicaire et à quelques personnes qui mêlées à la foule, la lui demandèrent. Il était porteur d'un passe-port pour Paris. Grand nombre d'habitants coururent après sa voiture, lui témoignant ainsi le regret que leur causait son éloignement. C'était le dernier jour des Rogations, veille de l'Ascension, !«»■ juin 1792, un peu avant midi. Le premier jour, M. de Saint-Simon dut s'arrêtera Fabrègues, à deux lieues en deçà de Montpellier.

Il fut l'objet des attentions du maire qui voulut le recevoir dans sa propre maison, avec les deux serviteui*s dont il était accompagné. Quant à sa voiture, on l'enferma dans un local éloigné de la maison du maire, où des malfaiteurs pénétrèrent pendant la nuit, profitant de cette sorte d'abandon, pour enlever tout ce qui fut à leur convenance parmi les effets des deux domestiques; ils n'osèrent pourtant pas toucher aux vêtements épiscopaux dont la couleur les aurait compromis. Comme le lendemain était un jour de fête, l'évéque entendit la messe d'un prêtre dont il avait reconnu la parfaite catholicité. Puis, il se remit en route pour Paris, sans éprouver aucun autre ennui dans le cours de son voyage. Il occupa l'appartement qu'il s'était conservé dans la capitale et eut de fréquentes relations avec le cardinal de

La Rochefoucaud elles évoques demeurés fidèles; mais tous ces prélats se virent bientôt dans la nécessité de fuir la persécution et de sortir de France. Comme il menait une vie très retirée» il espérait échapper aux poursuites des persécuteurs, correspondre même avec son diocèse par des voies indirectes. On avait cependant l'œil ouvert sur lui et, afin de détruire l'influence qu'il exerçait sur ses fidèles diocésains, on usa de tous les moyens pour répandre le bruit qu'il s'était enfin décidé à prêter le fameux serment. Cet infâme mensonge avait pris une telle consistance dans le diocèse d'Agde qu'on lui en écrivit, le priant de dire ce qu'il y avait de vrai à ce propos. I^e courageux athlète rassura son monde, disant qu'on pourrait lui couper bras et jambes, lui couper la tête et lui enlever la vie, mais qu'on ne lui arracherait jamais le serment schismatique ; et, par le fait, sous la Terreur, il eut Phonneur de placer sa tête sous « le couteau national ».

Pendant son séjour ô Paris, il eut à subir une nouvelle épreuve. Obligé de quitter son hôtel et d'aller habiter ailleurs, on lui vola pendant le déménagement une somme considérable et sa riche chapelle épiscopale. Privé d'une partie de ses ressources, il supporta la perte avec résignation et réduisit de nouveau sa maison ; ne gardant cette fois qu'un seul domestique et une cuisinière, et vécut plus séquestré que jamais, n'ayant presque plus conservé de commerce avec le dehors, quoique veillant toujours beaucoup aux intérêts de son troupeau. Il continuait ses relations épistolaires, tant pour s'informer de l'état des choses que pour afibrmir ses diocésains dans les sentiments de l'unité catholique.

VnL — H. de Malide, tout en se tenant éloigné de son diocèse, ne s'en considérait pas moins comme seul et légitime évêque et se qualifiait toujours de son titre

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épiscopal. Il le fil notamment dans un acte du 3 mars 1792 et dans une lettre datée, de Paris, du 4 mars (imprimée sans mention de Tannée.) Pour ce motif le tribunal du district de Montpellier le condamna « à une amende égale à 6 fois la valeur de sa contribution mobilière, et à être rayé du tableau civique, déclaré incapable d'occuper aucun emploi cit^iV ou militaire ; sa qualification d'evéque de Montpelliery par lui prise, devant être rayée des actes où elle se trouve » (1). Les jours devenant mauvais, M. de Malide ne se crut plus en sûreté dans son pays. Il partit pour l'Angleterre, mais du fond de son exil, il s'occupa toujours de son diocèse. Il donna ses pouvoirs à deux vénérables ecclésiastiques, qui étaient en possession de la confiance du clergé par leurs vertus, leurs lumières et leurs longs services (2). Nous avons nommé MM. Bessières et Brun. Il leur laissa la faculté de s'adjoindre d'autres prêtres et de leur communiquer leui^s pouvoirs. Les deux vicaires généraux, suivant en cela ses recommandations, groupèrent autour d'eux des prêtres distingués et bien connus : Poujol, curé de Saint-Pierre ; Théron, curé de Notre-Dame; Manen, curé de Saint- Denis; Coustou, neveu et vicaire de ce dernier, et plusieurs autres encore, qui, tous ensemble et d'un commun accord, avaient essayé de prendre la direction spirituelle du Diocèse. Tous ces efibrts durent céder à la tempête : poursuivis, traqués comme des animaux malfaisants, ils se virent obligés de fuir, ou tout au moins de se cacher. Autant que le malheur des circonstances pouvait le lui permettre, il entretenait des relations avec ses diocésains, surtout avec les prêtres fidèles qui s'y tenaient cachés. Il voulait connaître la résidence de ceux que la Révolution

(i) Journ. hebd. de rHéraull, n« 37, p. A65; - 27 mars 1792. (2) FisQuiT, U Ûioo. de Monip», M. de Malide,

avail dispersés dans toute TEurope et trouvait des moyens pour leur faire parvenir des paroles de consolation, d'encouragement et d'espérance. Il accueillait avec la cordialité la plus empressée toutes les pei*sonnes de son diocèse que leurs affaires ou les circonstances amenaient à Londres, où il s'était fixé. Il recevait des témoignages continuels de vénération et de confiance de la part du clergé français, réfugié en Angleterre et qui était fort nombreux. Il espérait toujours revoir son diocèse de Montpellier et manifestait à tous ceux qui rapprochaient cet espoir, qu'il appelait « le besoin de son cœur » (1).

IX. — M. de Bruyères de Chalabre, évéque de Saint Pons, après avoir confié son diocèse à M. de Nicolay, évêque de Béziers, se retira comme lui ô Londres, où, fidèle à la devise que sa famille portait dans ses armoiries (Sola fides sufficit)^ il termina son existence en 1795.

X. — Nous avons déjà vu (L. II, Ch. vi, § xxi) dans quelles terribles circonstances, après vingt ans d'épiscopat, M. de Nicolay, le vaillant évêque de Béziers, avait quitté ses nobles fonctions, pour se rendre à Paris. Il trouva, dans cette ville, son vieux père encore plein de vie et entouré d'une nombreuse famille. L'élan du cœur

(1) Loc. cit. — L'abbé Sicard, du clergé de Paris, consacre ces quelques lignes à la mémoire de M. de Malide, que nous reproduisons aTec plaisir, à cause de leur exactitude : « Au moment de la Révolution, Téglise de Montpellier était gouvernée par M. de Malide, qui avait déployé à Avranches ses vertus et stm zèle apostolique, marchant sur les traces de ses deux prédécesseurs Renaud de Yilleneufve et Raymond de Durfort; fidèle observateur de la résidence ; d*une charité incomparable; plein de bonté et de douceur; attentif à encourager les études dans son clergé, bien qu'il ne fut point lui-même prédicateur ; il a laissé dans son diocèse un impérissable souvenir. » {L'Ancien Clergé de franc; Um Evégues pendant la Révolulion, t. u, p. 82 ; - Paris, Lecoiïre, 1894, in-8«).

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avec lequel il se yit accueillir, le dédommagea quelque peu de ses rudes épreuves et en adoucit Tamerturoe. Mais il ne tarda pas à être arraché à cette tendre intimité par la marche des événements. Pour échapper aux mesures vexatoires, il se réfugia d'abord dans les Pays-Bas autrichiens (en septembre 1792), puis à Wésel, en Allemagne (en décembre de la môme année), et enfin à Florence, avec quelques ecclésiastiques de son diocèse. Tombé de l'opulence presque dans la misère, le noble fugitif se montra supérieur à l'adversité : toutes ses préoccupations étaient pour ses pauvres prêtres. Sa correspondance, sous le pseudonyme de Joseph Strakini, témoigne de son grand désir de soulager ses compagnons d'infortune et de l'impuissance absolue où il se trouvait de leur venir en aide, a Je n'ai point de chemises, écrit-il à un de ses amis ; Je porte des bas de laine, malgré les chaleurs excessives, et un très mince ordinaire est toute ma nourriture » (1). — a II est horrible d'être dans l'impossibilité de secourir nos frères qui dont sans la détresse. Les moyens, s'il s'en présente quelques-uns, doivent être saisis avec empressement. L'Eglise catholique offre sûrement des ressources à ses enfants si horriblement persécutés » (2).

XL— Un arrêté du Directoire du département, du 6 décembre 1791, relatif au serment des professeurs et instituteurs, ordonnait que dans un délai de 15 jours, ils auraient à obéir à la loi, et que, passé ce temps, ils seraient déchus de leurs places, s'ils ne s'étaient pas soumis. Quant aux religieuses qui recevaient des pension-

(i) Lettre du i 6 juillet iSOO. — Y. FABRéair, Mgr de Nicolay^ p. 91.

(2) Lettre à l'abbé Julien, curé de la Madeleine de Béziers, réfugié à Rome, écrite de Mons, dans le Hainaut ; - Y. Durand, Hist. de Béziers.

naires, elles devaient les renvoyer dans le délai fixé, ou prêter le serment constitutionnel ; et afin de leur faciliter le moyen de se soumettre, des délégués devaient se présenter chez elles, avec le registre destiné à recevoir les déclarations et le serment (1).

On ne se pressa pas de jurer et Ton attendit quelques jours encore au-delà du terme fixé aux professeurs et instituteurs, pour la prestation du serment ; mais ceux-ci faisant la sourde oreille, on dut en venir à l'exécution des mesures annoncées. On était cependant arrivé au mois de février 1792, et les écoles primaires, fondées, entretenues et « fanatisées » par l'ancien clergé, reposaient encore sur leurs anciennes bases et devaient forcément déplaire aux hommes du nouveau régime, et, avouons-le, ce n'était pas sans raison. Dans la seule ville de Montpellier, 53 instituteurs ou institutrices religieux, prêtres ou laïques, avaient avec obstination refusé le serment qu'on leur demandait en qualité de fonctionnaires publics. Tout ce personnel réfractaire fut dénoncé par un nommé Gaufllnel, instituteur public, désireux, paraît-il, de faire venir l'eau à son moulin; et Farjon, procureur de Montpellier, rendant compte au conseil général de la ville, exposa que, par l'application des mesures édictées par la loi, la commune de Montpellier se trouvait privée des bienfaits de l'instruction publique gratuite pour les deux sexes, donnée précédemment : aux garçons par les Frères des Ecoles chrétiennes et par la Propagande ; aux filles, par les religieuses de la Providence, de Saint- Ursule, de Saint-Charles, de la Miséricorde, et par les Sœurs noires.

Les Ecoles chrétiennes entretenues par le canonicat ou bénéfice dont jouissait l'abbé Poujol, ci-devant curé de

(!) La Pjjardière, p. 568 ; - 19 décembre 1791.

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Saint-Pierrre, comptaient 4 maîtres, dont deux tenaient leurs classes à la rue de la Triperie, et deux autres à la rue du Pila-Saint-Gély. Les frais de loyer des écoles étaient à la charge du bénéficier, et chacun dos maîtres recevait 300 livres d'appointements. — La Propagande, établie par lettres-patentes, était destinée à l'éducation des jeunes garçons appartenant aux <c nouveaux convertis ». Louis XIV rendit cette œuvre apte à recevoir et ô garder toutes les libéralités qu'on voudrait lui faire. Plusieurs dons et legs lui avaient permis de fonctionner d'une façon régulière. Indépendamment de 18 pensionnaires qu'on y entretenait, on donnait l'enseignement gratuit à tout externe qui le demandait.

Quant aux écoles de filles, elles avaient une autre organisation. Les religieuses de Saint-Charles, de Sainte- Ursule et de la Miséricorde, vouées à l'éducation publique, avaient des pensionnats payants et des classes gra> tuites dans des dépendances de leurs couvents. Les Sœurs noires obtenaient annuellement de la ville une allocation de 1320 livres, pour le loyer des écoles et pour l'entretien des religieuses-maîtresses. — La Providence était un établissement semblable à celui de la Propagande. On y recevait et entretenait des filles nouvellement converties. La direction en était confiée à des Ursulines du couvent de Saint-Charles. Â l'époque dont nous parlons, il n'y avait plus dans la maison que deux pensionnaires (en état de gagner leur vie par le travail des mains).

XII. — Le 17 février, le conseil général de la commune s'occupa de réorganiser un service provisoii'e des écoles publiques destinées au jeune âge ; il décida qu'il en serait établi trois pour les garçons et autant pour les filles avec deux maîtres ou maîtresses pour chaque école, en tout : 12 maîtres ou maîtresses, à la place des 53 réfractaires ; les maîtres ayant un traitement annuel de

450 livres et les maîtresses un traitement de 300 livres. Une somme de 300 livres était allouée pour le loyer de chacune de ces six écoles. C'était en tout une dépense de 6,300 livres pour l'enseignement des enfants du peuple. Or, les revenus annuels de la Propagande et de la Providence, suivant les états présentés par les administrateurs s'élevaient à 9,395 livres, savoir : 7,160 livres pour la Propagande, et 2,235 livres pour la Providence. Ces maisons jouissaient, en outre, de quelques autres rentes ou pensions sur les Economats et sur les anciens diocèses ; maïs, depuis 1788, elles n'avaient plus rien touché. On trouvait tout simple de distraire des fonds appartenant à ces maisons la portion nécessaire pour fournir aux frais de l'organisation provisoire proposée et on ajoutait : « Il répugne à la Constitution qu'il existe des établissemens expressément et exclusivement destinés pour la conversion à l'église romaine ; il n'y a de vraie conversion â demander, à solliciter, que celle qui attacherait les Français à l'état, à la société, à la grande famille, à l'obéissance des lois ; c'est-à-dire qu'il est contraire aux principes qu'il y ait un établissement où l'on oblige quelqu'un à se nourrir, à s'élever dans une religion qui n'est pas celle de son choix, à l'arracher du sein de ses parents parce qu'ils seront catholiques, romains ou réformés; personne ne pouvant plus être contraint à l'avenir dans sa foi et dans sa croyance, ces établissements ne doivent plus exister par la loi, et, par le fait, ils croulent puisque les maîtres ont refusé d'obéir aux dispositions qu'elle leur impose. Il serait juste cependant de pourvoir à la nourriture et à l'entretien des enfans qui sont actuellement à la Propagande ; il y en a 18 ou 20. Cette maison étant bien administrée, sous la surveillance du département, 4,000 livres pourront lui suABre ; il resteroit encore sur la masse générale des fonds indiqués 6,715 livres. Les mesures à prendre pour la Propagande ne

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s'étendent pas à la Providence; il n'y avoit que deux pensionnaires dans cette maison, qui s'en sont même, dit-on, retirées ; ce sont des personnes formées dont l'éducation est achevée et qui peuvent par leur travail fournir à leur nourriture et à leur entretien. D'ailleurs, le gouvernement de la maison étant confié par son institution aux religieuses de Saint-Charles et celles-ci ayant refusé d'obtempérer à la loi, l'établissement croule et n'a plus d'existence » (1). Le Directoire du District appuya les décisions de la municipalité et le Directoire du Département les rendit exécutoires, le 21 avril; « mais, ajoute l'auteur auquel nous avons emprunté une partie de notre récit, s'il y a loin de la coupe aux lèvres, il y a encore plus loin' du projet à l'exécution » (2). Parlons plus clairement : les maîtres assermentés, peu sympathiques dans le pays, se trouvaient à peu près sans élèves !

XIII. — Au moment où l'on s'occupait dans le cheWiea du Département du renvoi des instituteurs et des institutrices réfractaires, le Souverain Pontife Pie VI adressait une lettre « aux cardinaux, archevêques et évéques, aux chapitres, clergé et peuple du royaume de France » (19 mars 1792), « portant d'itératives monitions, particulièrement aux évéques consécrateurs et assistants ; aux faux évéques consacrés et intrus, et à leurs vicaires ; aux évéques qui ont prêté le serment civique ; aux curés intrus ; aux vicaires et à tous autres prêtres délégués par les évéques intrus, dans le royaume de France; avec assignation de 60 jours pour la seconde monition et de 60 autres jours pour la troisième. »

La voix du chef de l'Eglise catholique fut entendue par

(1) Arch. iDun. de Montpellier. Reg, de$ Délib., ^ 104 v*.

(2) DuvAL-JouvE, Montp. pendant la RévoL; 1. 1, p. 205.

LES DEUÏ CLERGÉS 225

un cei'tain nombre de prêtres prévaricateurs qui se rétractèrent ; d'autres marchant à la suite de l'évêque-intrus, persévérèrent dans leur défection. Parmi ceux-ci, Truchement, qui devait bientôt renoncer à son sacerdoce, fut un des plus ardents. Il venait de manifester ses sentiments par deux communications insérées dans le Journal hebdomadaire du Département de V Hérault, Dans la première, il commentait d'une façon nouvelle le chapitre xxx« d'Isaïe, dans lequel le prophète annonçait des châtiments contre les Juifs qui voulaient abandonner leur patrie et descendre en Egypte. Le prétendu curé de Saint-Pierre faisait de ce chapitre « une prédiction de la Révolution française, de ses triomphes, et de sa gloire ». 11 nous a paru fort curieux de lire ce passage d'isaïe, lui donnant pour clef l'application de l'interprète constitutionnel (1). La seconde communication au Journal hebdomadaire était une lettre adressée aux marguilliers de sa paroisse, à propos d'ornements ; il y disait : « Je désire vivement de voir renaître les plus beaux jours de la primitive église ; que nos croix soient de bois ! Que les ornemens des prêtres soient simples ! Que les talens et les vertus fassent leur plus belle parure ! »(2). Nous verrons bientôt, hélas I ce que devinrent a les talens et les vertus des prêtres admirateurs des plus beaux jours de la primitive église! » — Sous la rubrique Réfractatre converti, le môme Truchement donne le résultat prétendu de deux conférences qu'il avait eues avec un ci-devant curé rétractant, redevenu constitutionnel et prêtre-citoyen », sur le serment civique. « Ah ! lui dit-il, frère et ami, soyez un prêtre-citoyen et vous serez un prêtre de Jésus'Christ I Ce

(1) Journal hebdomadaire, etc., n* 16, p. 297, - samedi 21 jan- Tieri792.

(2) Loc. cit., n« 17, p. 313, - samedi 28 janvier 1792.

UisT. RsLio. DB lHirailt. — T. H. 15

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dernier mot fut pour lui un trait de lumière. Il renouvela dix fois de suite son serment d'être fidèle et fit sous mes yeux la soumission à la loi. Tel est le précis fidèle et vrai des deux conférences patriotiques. Je me nommerai, et je nommerai, s'il le faut, le prêtre dont il s'agit. — Truchement, curé de Saint^Pierre, votre abonné » (1). Mais il ne nomme pas son converti !

XIV. — Autre scandale, d'autant plus déplorable qu'on ne peut pas invoquer en sa faveur les circonstances atténuantes. Devant le conseil général de la commune de Montpellier, assemblé le 6 juin 1792, un prêtre âgé et infirme, Jean Hubert, se disant <c ci-devant chanoine, ex-prieur des Ouvreries de Saint-Gilles et ancien missionnaire de Montpellier », sans en être requis et n'y étant nullement assujetti puisqu'il n'était en aucune façon « fonctionnaire public », prêta le serment, après avoîi* prononcé les paroles suivantes : « Quoique je ne sois pas fonctionnaire public et que je ne puisse pas l'être à cause de mes infirmités et de mon grand âge ; c'est du pur mouvement de ma conscience et sans en avoir été requis ; c'est par devoir comme citoyen et par religion comme prêtre, que je prête, avec d'autant plus de plaisir le serment civique, que je suis convaincu qu'il est conforme à toutes les lois divines et humaines et à toutes celles de l'église primitive et de l'Etat, et qu'aucun ecclésiastique ne peut s'y refuser sans se rendre coupable d'un crime envers Dieu, qui le lui ordonne, et d'une criminelle révolte contre la puissance souveraine qui le lui commande ». La municipalité qui n'était pas habituée à entendre de pareils discours, ordonna que l'allocution du vieil apostat serait imprimée et tirée à 300 exemplaires (2).

(i ) Joum. hebd. du Dép. de l'Hérault, n« 36, - samedi 16 juinl79!2. (2) Arch. de THérault, L, 592 ; - Administration de 4789 à

XY. — Généralement, à Tépoque dont nous parlons, la vraie cause déterminante de la prestation du serment à la Constitution civile n'était autre que la peur. Un prôtre vertueux d^Aniane, nommé Jean Pons, s'était constamment refusé à l'acte schismatique ; il fut impitoyablement assassiné et sa tête sanglante promenée dans les rues au bout d'une pique (19 avril 1792). Bon moyen d'intimidation!... Le surlendemain deux où trois prêtres du pays, qui jusque-là n'avaient pas voulu plier, se rendirent à l'hôtel-de-ville et firent le serment (1).

XVI. — Mais voilà qu'au mois d'août 1792, l'Assemblée législative décrète que tous les Français feront serment de « maintenir la Liberté, l'Égalité, la Sûreté des personnes et des propriétés, ou de mourir en les défendant ». Ce nouveau serment devient pour les évêques et les prêtres demeurés fidèles un sujet de sérieuse controverse. Le clergé de Paris croit pouvoir le prêter; il a pour lui l'opinion et l'exemple de M. Emery, supérieur de Saint- Sulpice. Mgr de Bausset, évêque d'Alais, écrit en sa faveur un Exposé des principes^ où la question est savamment traitée, et Pie VI, consulté, rend une réponse plutôt favorable que contraire. On publie cette loi à Montpellier, le 19 septembre 1792. Sans en attendre la mise à exécution, un prêtre constitutionnel se présente devant la municipalité, demandant à être admis à prêter le nouveau serment; c'est un vicaire de la paroisse Notre-Dame, Flayol (Jean- Maximinjy dont l'empressement indique l'ardeur patriotique (2). L'exemple ne tarde pas à être suivi. Nous trou-

Tan vin. - Joum. hebd, du Dép. de fHérauU, n* 36, - samedi 6 juin 1792.

(i) Arch. de la corn. d'Aniane, Reg» des Délib., - J2/ avril i79S.

(â) La PùARoièRB, p. 627.

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vons, en effet, que le jour môme où la loi du serment « Liberté-Egalité » est affichée dans le chef-lieu du Département, quelques ecclésiastiques de la ville demandent à le prêter. Le clergé constitutionnel de toutes les paroisses de la ville, curés et vicaires, arrive en toute hâte, bientôt suivis de quelques religieux Capucins, Âugustins, Récollets et Cordeliers, et d'un très petit nombre de prêtres séculiers, dispensés encore de la déportation et de la réclusion (1).

Etant donnée la lutte ouverte enlre les catholiques et les constitutionnels, il est facile de comprendre ce que pouvaient devenir les prêtres demeurés fidèles à leur conscience. Quelques-uns, âgés et infirmes, se tenaient enfermés chez eux, tout en exerçant le culte devant quelques assistants de choix, au risque d'être dénoncés et poursuivis comme perturbateurs de l'ordre public. De ce nombre furent l'abbé de Gohin, vicaire-général de M. de Saint-Simon, à Agde(2); les abbés Villebrun et Balanzac, à Lieuran (3), et beaucoup d'autres dont nous aurons occasion de parler dans la suite de notre histoire ; mais la plupart se virent forcés de prendre le chemin de l'étranger. Le Directoire du département arrêta que tous les biens meubles et immeubles, des citoyens français que la notoriété pubUque accusait d'avoir émigré seraient provisoirement placés sous le séquestre (16 mars 1792).

(1) Arch. municip, de Montp., P, 5, a, • R§g, des Délib. de la

page 47 à 5i.

(2) Ms de M. de Gohin.

(3) Journ. hebd. du Dép. de l'HéràuU, n^ 18, - samedi 4 ftvrior

(3 février- i» octobre i793)

SOMMAIRE. — I. Questions adressées par le Directoire du Département à la municipalité de Montpellier : les maisons religieuses et les paroisses de la ville. — H. Réponses de la municipalité. — IIL Le couvent des capucins de Noire-Dame du Grau, d'Agde, assigné comme maison de retraite aux religieux désireux de continuer la vie commune. — IV. Lettre de l'évoque du Département aux administrateurs de l'Hérault. — V. La maison de Notre-Dame du Grau est évacuée. — YL On étudie, au Département, la question de grouper le personnel des diverses communautés de femmes dans un nombre restreint de maisons. — VIL Les religieuses chassées de leurs couvents. — YIII. On fixe le chiffre de leur pension individnelijB. — IX. Tolérance envers les sœurs hospitalières.

I. — Une loi de T Assemblée Constituante (19 février 1790\ avait ordonné que des maisons seraient mises à la disposition des religieux persistant dans leur intention de ne point renoncer à la vie commune. Mais, dès avant la promulgation de celte loi, le Directoire du District de Montpellier, voulant se mettre en mesure d'y satisfaire, en fit le sujet d'une étude spéciale et posa deux questions au Directoire du département. Celui-ci transmit la demande à la municipalité de Montpellier pour avoir son avis. Voici quelles étaient les deux questions du District : « !<> Combien chacune des maisons religieuses supprimées peut-elle

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loger d'individus ? — On veut savoir si chacune de ces maisons religieuses sera suffisante pour recevoir 20 religieux, au moins, conformément aux décrets de l'Assemblée nationale. Or, c'est un fait connu de tous les habitants que toutes les maisons religieuses de la ville ont suffi Jusqu'à ce jour pour loger ce nombre d'individus et un peu plus grand nombre encore. — 2» Quelle serait la destination h laquelle on pourrait employer ces mêmes maisons î »

Et le questionnaire, passant à un autre ordre d'idées, s'exprime ainsi : « Les commissaires, chargés de l'organisation des paroisses de Montpellier ont été frappés de l'inégalité de leur division. Notre-Dame, la plus étendue et la plus importante, s'étend jusqu'au pont deCastelnau. Saint-Pierre comprend Boutonnet et les campagnes voisines. Seule, Sainte-Anne, peu considérable, est circonscrite dans l'enceinle des murs de la ville. SaintrDenis, au contraire est très étendue, ce qui en rend le service presque impraticable. Cette inégalité nous a paru nécessiter une nouvelle division des paroisses — Le nombre total des habitants de l'intérieur de la ville est de 24,C00. Or, les vues de l'Assemblée nationale paraissent assigner à chaque paroisse le nombre de 8,000 âmes. La division de notre cité devrait donc être faite en trois parties. — L'église Sainte-Anne est insuffisante ; celle de Saint-Paul est plus grande et la maison des Trinitaires pourrait servir à loger le clergé paroissial de Sainte-Anne. Il y aurait donc Saint-Pierre, Notre-Dame et SaintrPaul pour l'intérieur. — Le nombre des habitants des faubourgs et campagnes se porte de 9 à 10,000 dont le service est infiniment plus pénible. Il faudrait conserver SaintrDenis en lui donnant la Merci pour annexe, et donner également une annexe à St-Pierre, qu'on établirait dans l'église des Récollets. Celle-ci desservirait 2e lieu de Boutonnet, ainsi que les faubourgs du Pila-St-Gély et de la Blanquerie. — Ce projet, supprime les paroisses rurales deSt-Hilaire et de Moîitels,

n. — On répondit au Directoire du District que « à l'exception des maisons de la Merci, des Récollets et des Trinitaires, toutes les autres maisons religieuses de la ville et des faubourgs pouvaient être mises dans le commerce. La maison occupée par les Capucins devait être vendue, d'après la décision de la municipalité. Depuis cette époque, les Capucins avaient adressé une pétition au Corps municipal, à l'efiFet d'être conservés, offrant de se conformer aux Décrets de l'Assemblée nationale, qui fixent au nombre de 20 individus, au moins, les membresde chaque communauté religieuse. Leur demande fut prévenue par le vœu des habitants. Ces citoyens avaient mérité par leurs vertus d'être appelés dans notre cité ; leurs services doivent les y fixer; mais leur maison devant être employée à un autre usage, nous avons cru devoir vous proposer de les transférer dans la maison des Jacobins (Saint'Matthieu). Ces derniers sont au nombre de 3 ou 4 seulement et ont fait connaître l'intention où ils sont d'abandonner cette ville. Le déplacement des Capucins ne présente aucun inconvénient ni aucune dépense » (1). Il ne fut pas donné suite à la proposition relative au transfert des Capucins dans la maison des Dominicains, dits Jacobins; Nous constaterons cependant la bonne odeur de Jésus-Christ laissée dans nos murs par les enfants de S. François.

On nourrissait toujours l'espoir de conserver une communauté religieuse, sinon dans l'intérieur de la ville, du moins dans ses faubourgs. Dans la séance du Conseil municipal, du 20 mai 1791, lecture fut faite d'un arrêté du Directoire du département, daté de l'avant-veille et qui demandait l'avis des administrateurs de la ville pour

(1) Arch. mun. deHontp., Rég. des Délib,, Rapport d$ M. Sicarrf, 12déc. 1790.

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savoir s'il convenait au maintien de l'ordre public de conserver dans le territoire de la commune de Montpellier une maison religieuse.

(( Le Corps municipal, considérant que le couvent des Capucins a déjà été vendu ; que l'église des Récollets doit être convertie en paroisse ; que celle des Trinitaires doit devenir la paroisse Sainte-Anne ; que l'église des Mercenaires (Pères de la Merci) est destinée à devenir Oratoire public, leur couvent ayant déjà été vendu ; que le couvent des Jacobins est fermé et sur le point d'être vendu ; que celui des Cordeliers menace ruine et exigeroit de grandes réparations pour êti*e habité ; que celui des Augustins ne peut loger qu'environ 10 ou 12 religieux ; que celui des Grands-Carmes ne peut en contenir que le même nombre et sert de logement au curé de Sainte- Anne ; et que ces deux derniers établissemens offrent l'espoir d'une vente prompte et avantageuse ; — Considérant que d'après les décrets de l'Assemblée nationale, les maisons de retraite pour les religieux qui veulent mener la vie commune, doivent être choisies de préférence hors des villes et doivent en contenir au moins vingt; -- Considérant encore que la manifestation des opinions déjà prononcée par plusieurs ci-devant religieux de cette ville pourroit occasionner quelque trouble, lorsque les curés iroient exercer leurs fonctions curiales dans les maisons ci-devant religieuses; — Arrête d'indiquer au Directoire du département la maison des ci-devant Carmes déchaussés de cette ville, comme étant la seule convenable au cas où il y ait lieu d'en conserver une dans la cité » (1).

Il semblait que la conservation de la maison des Carmes

(1) Arch. municip. de Montp., Reg, det Délib., p. S66, - 80 mai

déchaussés était chose assurée; ce qui donnait lieu de le croire c'était une pétition adressée par ces religieux au Corps municipal et la réponse de celui-ci. Les Carmes demandaient l'autorisation d'ouvrir les portes de leur église toutes les fois qu'une sépulture devrait avoir lieu dans les caveaux y attenant» et dans sa réponse, le conseil reconnaissait que les enterremens sont une fonction publique; qu'il importe à l'ordre public et à l'intérêt des familles que l'inhumation et mise en terre soit faite en présence et par celui que la loi en a chargé et qu'elle reconnaît pour en faire foi et en tenir un registre authentique ; — Que l'inhumation et mise en terre appartient exclusivement aji curé de la paroisse et à ses vicaires; et que lorsque les particuliers usent de leur droit de sépulture dans une église de religieux supprimés, vivant en communauté, ils sont dans l'obligation d'ouvrir les portes nécessaires (1).

Et le lendemain, persévérant dans sa manière de voir, le Corps municipal, à l'unanimité des membres présents, arrêta de demander de nouveau au Directoire du Département « la conservation d'une maison de retraite, à Montpellier, pour les ci-devant religieux ; de lui indiquer pour cet usage la maison des ci-devant Carmes déchaussés, comme ayant la plus belle église, les bâtimens les plus grands et les mieux conservés et un grand nombre de tombeaux qui rendront la conservation de ce couvent infiniment chère à beaucoup de familles; et charge M. le Procureur de la Commune d'adresser le présent Arrêté au Directoire du Département, pour y avoir égard et au District pour l'appuyer d'un avis favorable » (2).

(1) Arch. municip. de Montp., Reg. des Délib., p. 278, - 30 mai '91.

Arch. municip. de Montp., Reg. des Délib., p. 283, - !•' juin

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m. — Malgré cet Arrêté municipal, clairement formulé, le Directoire du Département désigna une autre maison de reti*aite : le couvent des Capucins de Notre-Dame du Grau, d'Agde, situé entre la ville et la mer, sur les bords de l'Hérault. Nous donnons à nos Pièces Justificatives (N® X) l'Etat nominatif des religieux qui s'y réunirent pour continuer la vie commune. Il étaient au nombre de 24, dont 9 ou 10 seulement appartenaient à l'Hérault, les autres étaient venus de divers départements du Midi ; 17 étaient prêtres et le surplus simples frères lais. On leur donna pour supérieur un « ci-devant Capucin, Carbonnel (Cyprien), prêtre non assermenté, qui s'était retiré à Béziers.

Nos patriotes Agathois étaient déjà fort ennuyés de la présence des Capucins sur le territoire de leur commune; ils le furent bien davantage à l'arrivée de ces quelques religieux venus d'un peu partout. Us essayèrent de s'en débarrasser par une pétition adressée à l'évêque du département; pétition par laquelle ils le priaient de demander au Directoire de l'Hérault de faire desservir l'église de Notre-Dame du Grau par un simple prêtre assermenté et d'indiquer une autre maison de retraite à tous ces moines, afin de prévenir les dissensions qui éclateraient de toute nécessité. Dans l'iotention de se rendre agréable à ses soi-disant diocésains. Pondérons envoya la pétition au Directoire du Département, l'accompagnant d'une lettre explicative que nous reproduisons textuellement.

IV. — a A Messieurs les Admini&trateurs composant le Directoire du Département de V Hérault

» Messieurs, les citoyens d'Agde, signataires de la lettre ci-jointe, en déposant dans le sein de leur évêque leurs peines sur un point qui touche essentiellement leur piété, et le priant de vouloir les transmettre, me proposent de remplir un de mes devoirs les plus saints; celi|i

de faire tous mes efforts pour que les fidèles que la divine Providence m'a confiés ne manquent d'aucun moyen de salut et qu'ils puissent nourrir sans obstacle leur religion par des pratiques sages et de tout temps authorisées. Daignez, Messieurs, peser dans votre religion et votre sagesse les inquiétudes et le vœu de cette classe intéressante de citoyens accoutumés à passer leur vie au milieu des dangers d'un élément perfide, et qui ont droit de trouver, quand ils sont revenus à terre, les moyens de satisfaire une piété qui s'est nourrie et fortifiée au milieu des orages. Ce qu'ils demandent paroit la justice môme. Quand vous avez arrêté. Messieurs, que la maison des ci-devant Capucins de Notre-Dame du Grau, de la ville d'Agde, serviroit de retraite aux religieux qui désireroient de mener la vie commune, vous n'avez sûrement pas prétendu ouvrir en ce lieu un foyer de rébellion, ni un azile à des ingrats, qui forcés de convenir que de la manière dont ils sont traités par une nation généreuse, ils n'ont jamais eu d'existance temporelle comparable à celle qu'ils ont aujourd'huy, ne témoignent leur reconnoissance à leur bienfaitrice qu'en maudissant sa Constitution et en appellant par leurs vœux une contre-révolution dont ils seroient sous tous les rapports les premières victimes. Les citoyens signataires demandent : 1^ Que le service de Notre-Daine du Grau soit confié à un prêtre assermenté; 2* Qu'il soit assigné une autre maison de retraite aux religieux réunis dans celle-là, afin de prévenir les discussions qui éclateraient nécessairement entre eux et le prêtre constitutionnel, en qui leur charité ne verroit qu'un monstre digne de toutes sortes d'avanies et de mauvais traitemens.

» Je ne puis qu'applaudir. Messieurs, aux motifs et aux désirs des citoyens signataires et les appuyer auprès de vous de tout mon pouvoir ; persuadé qu'ils trouveront up

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appuy bien plus puissant dans votre religion et votre patriotisme.

» A Bôziers» le IV février 1792, et Tan 4» de la liberté. » t D. PouDEROUS, Evéq. du Départ, de VHérauU. » (1)

V. — Lettre et pétition suivirent la filière officielle Les administrateurs du District de Béziers, auxquels elles parvinrent tout d'abord, les transmirent à la municipalité du domicile des pétitionnaires avec un « Soit corn* muniqué aux Maire et Officiers municipaux d'Agde » (17 mars 1792); la municipalité renvoya les pièces, en déclarant qu'il n'était venu à sa connaissance aucune plainte contre les religieux vivant en commun dans le couvent de Notre-Dame, où ils avaient été autorisés à se retirer en exécution de la loi (21 mars). — - Le Directoii'e du District, à l'arrivée du dossier, estima qu'il n'y avait pas lieu de délibérer (22 mars). En attendant, on ne savait pas à Paris où en était dans l'Hérault l'application de la loi relative à la vie commune des religieux. Le Ministre de l'Intérieur, Rolland, écrivit au Directoire du département. Il lui disait que l'Assemblée nationale avait rendu un décret, le 4 avril, portant que le pouvoir exécutif serait tenu de lui rendre compte de l'application des lois relatives à la réunion des ci-devant religieux ; et qu'en conséquence, il l'invitait à l'informer de ce qu'il avait fait pour l'exécution de la loi du 19 février 1790 et de celle du 14 octobre suivant.

Le procureur général syndic du Département fut chargé de répondre à la lettre du ministre. Il le fit dans les termes suivants : « Monsieur le Ministre, Le Directoire du Département de l'Hérault m'a chargé de répondre à la lettre que vous lui avez fait l'honneur de lui écrire le 11 de

(1) Arch. de l'Hérault, LIH, VI.

ce mois, pelalivement à rexôcution des loîx relatives à la réunion des ci-devant religieux. Plusieurs ci-devant religieux dans le département ayant manifesté le dessein de mener la vie commune, le Directoire leur indiqua la maison de Notre-Dame du Grau, d'Agde, où ils s'étoient retirés avec plusieurs autres religieux du Département de FAveiron, de TAudei des Hautes-Alpes, de la Haute- Garonne, du Lot-et-Garonne, de la Charente et de l'Ariège. Mais, le 2 de ce mois, le supérieur de la maison ayant informé la municipalité d'Agde du dessein formé par tous ces religieux de sortir de cette maison; la permission leur en a été donnée, ils Font quittée le 4, et il a été délivré les certificats et passeports qu'ils ont demandé. Les portes de l'église ont été ouvertes le lendemain et trois vicaires/fonctionnaires publics, desservent alternativement cette église » (1).

VI. — Dupin procureur général du département, avait obtenu comme nous l'avons dit, à la date du 28 juillet, contre les prêtres non assermentés un décret que luimême qualifia de « vigoureux ». Dans la séance du 7 août suivant, il appela l'attention des conseillers sur les couvents de femmes ; et voici comment il s'exprima :

m II vous reste maintenant une dernière mesure à prendre sur les religieuses ; elle importe autant à leur sûreté qu'à la tranquillité publique. Ils s'agit de voir quels sont les moyens les plus propres, les plus prompts, pour effectuer la réunion de plusieurs maisons dans une, et il serait a souhaiter qu'on pût trouver dans le département une maison assez vaste pour contenir toutes les religieuses. Leur nombre est de 277 et 61 converses, ce qui fait

(I) Arch. de i*Hérault, LIH, V, 1 et 2, - Réunion des Religieux à Soire^Dame du Grau, - Lettre du 17 avril i792.

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un total de 338 ; mais ce plan est peut-être trop vaste pour être exécuté quant à présent. Il faut donc se bornera vous présenter le tableau de chaque district. Commençant par Montpellier, Je trouve que nous avons six maisons religieuses, savoir :

La Visitation, où il y a 29 sœurs de chœur 10 converses Sainte-Ursule, — 21 — 5 —

Saint-Charles, — 16 — 4 —

Le Vignogoul, — 3

Le Refuge, — 16 — 10 —

Sainte-Catherine,— 18 — 4 —

103 33 En Total 136

» Ne serait-il pas possible de rassembler sous un seul toit ce troupeau composé de 136 têtes t et si Ton venait à prendre ce parti, il est à croire que plusieurs membres pourraient préférer la vie privée à cette réunion ; mais quoi qu'il en soit, et sans être bien au fait des localités de ces différentes maisons, je pense que le couvent de Sainte- Marie ou celui de Sainte-Ursule, convenablement disposé, pourrait renfermer toutes ces béguines et qu'au moins deux maisons, entre les six, seraient suffisantes et au-delà, pour remplir cet objet. Ainsi donc, je vous proposerai de réunir au couvent de Sainte-Ursule les filles de Saint- Charles, qui sont du même ordre, et celles du Refuge. Cette réunion formerait le nombre de 53 sœurs de chœur et 19 converses. Le total pour cette maison serait de 72, et assurément la maison de Sainte-Ursule est assez vaste pour contenir ce nombre, d'autant mieux que les pensionnaires occupaient un grand local. De 136 ôtez 72, resterait 64, dont 50 sœurs de chœur et 14 converses ; destinées à former la conventualité de la Visitation. D'après cet arrangement. Messieurs, très facile à exécuter, il rentrerait à la disposition de la Nation quati*e

maisons qui seraient celles du Vignogoul, du Refuge, de Saint-Charles et de Sainte-Catherine. Mais pour ne pas être obligés de rétrograder, j'estimerais que vous devriez charger un architecte ou un ingénieur qui se transporterait dans les maisons de la Visitation et de Sainte-Ursule pour examiner le local et qui rapporterait ce que ces maisons peuvent contenir de religieuses. Je suis porté à croire que la maison Sainte-Marie à laquelle est jointe celle de la Propagande, qui devient aujourd'hui inutile, puisque le nom même est inconstitutionnel, devait suffire pour loger 136 filles. Je voudrais aussi que cet ingénieur fut assisté de deux commissaires que vous choisirez parmi vous ou dans la municipalité, pour juger par eux-mêmes des localités et des moyens convenables à employer pour le succès de ce projet. Je dois encore vous dire, Messieurs, que ces religieuess ainsi rassemblées trouveraient une vie plus commode. J'ai fait le relevé de leurs revenus ; réunis, ils monteraient à 48,136 livres, 6 sols; du côté temporel, elle auront un état aisé, d'autant mieux qu'elles profitent, au décès de chacune, de la pension qui leur est assignée. A l'égard du spirituel^ attachées entre elles par les liens de la charité et de la religion, elles chanteront à grand chœur les louanges du Seigneur, Rien n^ est plus agréable à la divinité que la prière qui se fait en commun (!)

La ville de Béziers renferme quatre maisons : Le Saint-Esprit où il y a 17 filles de chœur et 5 converses Sainte-Claire, — 26 — 4 —

Sainte-Marie, — 26 — 4 —

Sainte-Ursule, — 32 — 4 —

Pézenas a un couvent

d'Ursulines oùily a 25 — 4 —

Le Couvent de Notre- Dame d'Agde, où il y a 6 — 2 —

1l32 "li" En Total 155

240 l'assemblée législative

» Je ne connais pas assez ni l'étendue de ces maisons ni les localités pour pouvoir vous proposer une réunion de ces quatre maisons dans une seule ou dans deux ; mais j*ai écrit à M. le procureur-syndic de concerter cet arrangement avec son Directoire et la municipalité, et de m'envoyer le plus tôt qu'il lui sera possible le projet qu'ils auront arrêté» afin que je puisse vous le présenter pour vous mettre en état d'y statuer définitivement, n y a dans ce district deux autres villes qui ont des maisons religieuses : Pézenas a un couvent d'Ursulines qui contient 25 sœurs de chœur et 4 converses. Le couvent de Notre-Dame d'Agde ne renferme que 6 sœurs de chœur et 2 converses. Loi*sque les éclaircissements que j'ai demandés à Béziers vous seront connus, vous statuerez sur les maisons de Pézenas et d'Agde ; mais rien n'empêche qu'en attendant vous n'organisiez les maisons de Montpellier. Je ne vous ai pas parlé des hôpitaux et maisons de charité ; l'Assemblée nationale devant déterminer le régime de ces maisons, ainsi que des dépôts de mendicité, je pense que ce n'est pas encore le moment où le département doive s'en occuper.

» Le district de Lodève contient trois maisons : Lodève, Clermont et Gignac. Lodève a une maison d'Ursulines ou il y a 17 sœurs de chœur et 5 converses. Clermont en a une de Bénédictines, où il y avait 11 sœurs de chœur sans converses ; mais comme il en est sorti deux, elles sont réduites à neuf. Gignac a un couvent d'Ursulines, où il y a 13 sœurs de chœur sans converses. La totalité des religieuses dans le district de Lodève, y compris les converses, est de 44, en trois maisons, de sorte que si l'on pouvait réunir ces trois maisons en une seule, il en resterait deux à la disposition de la nation. Les membres du conseil qui ont des connaissances exactes des lieux pourront éclairer la discussion sur cet objet.

» Le district de Saint-Pons est assez heureux pour avoir

SUPPRESSION DES ORDRES RELIGIEUX 2il

peu de cette engeance dans son sein. Il n'y a qu'une maison à Saint-Chinian, sous la dénomination de filles de la Sainte-Croix. Elles ne sont qu'au nombre de trois ; il ne serait pas diiBcile de les transférer ou dans 1^ district de Béziers ou dans celui de Lodève, n'étant pas naturel de laisser à trois personnes une maison peut-être assez considérable pour produire à la nation un loyer ou une vente qui excéderait le montant du traitement de ces trois religieuses. Il résulte du tableau que je viens de vous présenter sur votre département que vous avez 277 religieuses de chœur et 61 converses, en tout 338, lesquelles occupent seize maisons dont la plupart sont très vastes et dont cinq ou six suffiraient pour contenir ce nombre de 338, qui diminuera à vue d'œil; soit par mort, soit par la retraite que plusieurs de ces filles seront dans le cas d'adopter. Je vous prie, Messieurs, et au besoin je vous requiers de prendre en grande considération les observations que je viens d'avoir l'honneur de vous proposer, et je demande que mon réquisitoire soit transcrit dans le procès-verbal de la séance du jour » (1).

Après l'audition de ce rapport, le conseil adopta les propositions du procureur-général et prit des mesures pour que les renseignements lui fussent promptement adresssés par les différents districts, pour la réunion des maisons religieuses. Mais ces renseignements divers lui donnèrent la certitude que la réunion en une ou même en plusieurs maisons de tous les monastères de femmes ne réussirait pas mieux que l'épreuve tentée pour les communautés d'hommes dans le couvent de Notre-Dame du Grau, et le 27 août 1792, le Directoire du district de Montpellier et la municipalité de cette ville firent notifier aux congrégations religieuses de leur ressort les dispo-

(1) Procès'verbaux, etc., séance du 7 août 1792.

UisT. RlUG. DI L*HiBAlLT. -^ T, u. 16

242 l'assemblée législative

sitions des lois qui exigeaient leur dépari et la reddition définitive de leurs comptes. On en fit de môme dans le reste du département de l'Hérault.

VU. — Déjà, le Corps municipal, chargé de la surveillance des maisons et effets nationaux, avait autorisé les « Dames ci-<levant religieuses » à faire sortir ceux de leurs effets personnels qui n'étaient pas compris dans les inventaires; la doyenne d'âge demeurant séquestre et responsable des effets nationaux inventoriés jusqu'à l'évacuation de la maison; auquel cas, et avant de sortir, on officier municipal serait appelé pour recevoir les clefs et les efTets (1).

Au moment si longtemps redouté de mettre à exécution les mesures proposées par les districts, il se passa dans quelques maisons des scènes déchirantes; ces saintes filles refusèrent obstinément d'abandonner leur pieux asile. Il fallut employer la menace et la contrainte, auxquelles elles ne cédèrent qu'avec larmes et sanglots. Elles ne voyaient dans leur prétendue délivrance qu'une violence cruelle faite à leurs paisibles habitudes et à leurs engagements de conscience; aussi beaucoup de celles qui survécurent à la tourmente se montrèrent-elles extrêmement jalouses de relever leurs grilles et de renouer leurs chaînes d'autrefois, faisant ainsi justice des fables absurdes débitées sur leur compte (2).

VIII. — Pour toutes les communautés on avait fixé le chiffre de la pension qui devait être payée à chaque reli-

(1) Arch. municip. de Montp., Reg. det Délia., f«i8T«, -20 sept. 1792.

(2) Cf. A. DuRAWD, Hist. rel. et polit, de la ville de Bèzien, p. 22 ; — et Jaoek, flisi. de l'EgL de France pendant la Révolul., tl i,

gieuse (1) d'après leur revenu total. Ce règlement put se faire sans trop de difllcùllôs dans les divers établissements ; à l'exception cependant de celui des Ursulines de Gignac. L'administration civile leur demandait leurs livres de comptes, et elles n'en avaient aucun. La sœur économe ou « Procureuse », comme on l'appelait, se contentait d'écrire le détail des recettes et des dépenses sur des feuilles volantes qui passaient au feu, quand elle les croyait devenues inutiles. On finit cependant par s'entendre et il fut reconnu que le chiffre total des recettes permettait d'assurer à chaque membre de la communauté une pension de 206 livres, 6 sols, 9 deniers.

Une fois expulsées de leur couvent et privées de leurs revenus, elles avaient reçu de la nation un secours individuel de 300 livres; c'était, disait-on, tout ce qu'on pouvait leur donner pour s'alimenter et s'entretenir. Elles demandèrent les arrérages échus et reçurent chacune 400 livres ; mais elles demeuraient chargées de payer les contributions de 1791. Sur leur demande, le Directoire fut d'avis qu'il fallait payer à chaque religieuse les « quartiers » de leur traitement échus au 1"" octobre 1792. Cette décision était prise le 9 du même mois (2). Les mômes difficultés se renouvelèrent pour la pension des religieux de l'un et de l'autre sexe. Assez riches pour se suffire dans la vie de communauté, ils avaient de la peine à vivre séparément, surtout les <c quartiers » se trouvant habituellement en retard. — Une sorte de tolérance avait permis aux

(1) Nous aTons rangé parmi nos Pièces Justificatives les tableaux dreiisés le 4 mai 1792, en conformité de TArrété du Conseil du Département du 7 décembre précédent et indiquant, avec les couTents de femmes de l'Hérault, les noms des religieuses qui les composent et les pensions qui leur furent assignées. Ces tableaux portent le No XL

(2) Arch. ûe THérault, Fonds des Ursulines de Gignac ^ - Reg, du District de Lodéve, - n» 8, f» 12! y\ - 29 août 1793.

244 l'assemblée législative

religieuses attachées au service des malades de continuer leur service. II y eut môme un Arrêté du Directoire du Département (15 juin 1791), qui autorisait les Sœurs de Charité de S. Vincent à continuer de jouir «c du libre exercice de leurs fonctions, tout en faisant observer que si l'on conservait ces filles hospitalières» c'était parce qu'on avait reconnu une très grande difficulté pour les remplacer. » Elles n'en furent pas moins obligées à quitter leur costume religieux (1). On se montra plus exigeant à l'égard des sœurs chargées de l'Hôpital général de Montpellier; obligées de quitter leurs fonctions, elles furent rempla* cées par des «c citoyennes patriotes » le 21 août 1792 (2).

(1) Ms de Soulier, 1. 1, p. !256.

(2) Rappelées le 15 pluviôse, an Y (3 février 1797), elles ne trouvèrent plus d'animaux de basse-cour, ni plus de linge. (Areh, de VHôpUal généraL)

(fr juin - Si teptembre i79Jè)

SOMMAIRE. — I. Le camp de Jalès et les « brigands royaux ». — II. Les ennemis intérieurs et extérieurs. — III. Le serment ou bien la déportation et la réclusion. — ' IV. Les « démoniaques ».

— V. Arrêté contre les « fanatiques ». — VI. Les deux premiers convois de déportés partis d'Aiguesmortes, dévalisés par les voleurs.

— VII. Douze convois partent d'Agde pour l'Italie ou TEspagne. — VIII. Deux tf tartanes » arrêtées par un brick français, conduites à Toulon; leurs passagers di^pouillés jusqu'aux boucles de leurs chaussures. — IX. L'Administration de l'Hérault se félicite de ses mesures d'ostracisme. — X. Nouvelle ciiasse aux réfractaires. Les abbés d'Olivet et Cabassut arrêtés et déportés; — les Ursulines de Gignac expulsées pour leur avoir donné asile. — XI. Les religieuses de Notre-Dame, d'Agde, et l'abbé Aubin. — XII. Le couvent de la Visitation de Montpellier affecté à la réclusion des prêtres et des religieux; — quelques rares dispenses, bientôt révoquées. — XIII. Autre moyen de vexation. ^ XIV. Fin de l'Assemblée législative; — sa responsabilité devant l'histoire.

I. — Deux grandes fédérations contre-révolutionnaires avaient tenu leurs assises au Camp de Jalèsj dans le Vivarais, entre Largentière et les Vans (18 août 1790 et 21 février 1791). Il s'agissait d'en organiser une troisième plus importante encore que les deux autres. « Une réunion préparatoire avait été convoquée par les soins de Tabbé Solier, curé-prieur de Colognac, pour le dimanche 15 janvier 1792, à Saint-Jean de Buèges (petite localité du canton

246 l'assemblée législative

de Saint-Martin de Londres). Elle était composée d'une vingtaine d'individus» députés ou commissaires, pris dans les lieux où les principes anticonstitutionnels triomphaient. Elle devait s'occuper des moyens d'opérer un rassemblement de 18,000 hommes dans les environs de Saint-Jean de Buèges» de faire une collecte pour assurer l'entretien et l'armement de cette troupe ; de cacher des armes et des munitions dans les cavernes du pays... bref, d'opérer une contre-révolution ». C'est du moins ce qu'affirmait dans son rapport le commissaire du District de Montpellier. Des mandats d'arrêt furent lancés contre une dizaine d'individus, parmi lesquels ne figurait qu'un seul membre du clergé, le prieiïr Solier. Us passèrent en jugement et furent tous acquittés. Une fois déchargés de l'accusation et remis en liberté, ils se rendirent à la réunion pléniëre qui eut lieu pendant la nuit du 23 juin 1792, à Malons (paroisse du canton de Génolhac) aux limites des départements de l'Ârdèche et de la Lozèi-e. C'était dans les gorges de la serre de Bâri, au fond d^un cirque naturel, ombragé de châtaigners énormes, lieu solitaire et absolument sûr. A la suite de ces réunions, des attroupements de royalistes se formèrent dans ce qu'on appela « les parties frontières des départements de l'Hérault, du Gard, de l'Ardèche, de la Lozère, de la Haute-Loire et de l'Aveyron » et on organisa des compagnies destinées, à ce qu'on prétendait, à s'emparer de Nîmes, de Montpellier, du Puy, de Privas et autres villes du Languedoc (1).

Sur le rapport qui lui avait été adressé, le Directoire du déparlement de l'Hérault demanda qu'on fit partir un bataillon de la Légion pour Villefort (dans la Lozère) afin

(i) V. notre travail sur les Episodes de Chouannerie; Les Bri^ gands royaux dans fHérauU et autres départements du Midi^ sous ia République et le Consulat, p. 8 et suiv.; - Montpellier, Boehm, i vol. in-8«.

d'arrêter les complots contre-révolutionnaires et la guerre civile qu'on cherchait à commencer dans ce pays-là et à Jalôs(l).

IL — Ce soulèvement parut au Directoire de THérault un motif plus que sufiSsant pour convoquer les Adminis trateurs du département. Ils se réunirent le 15 juillet et jours suivants, à VeSei de délibérer a sur les moyens à prendre pour repousser à l'extérieur les efforts des despotes confédérés »,

Dans la séance de relevée du 18, le procureur-général syndic disait aux administrateurs : « Vous avez des ennemis intérieurs et extérieurs ; les uns à surveiller les autres à combattre. Dans les premiers, il y en a de deux sortes : les uns fomentent dans le secret des divisons intestines; ils allument dans les ténèbres les torches du fanatisme ; ils prêchent, au nom d'un Dieu de paix, l'intolérance religieuse ; ils publient que la religion est perdue, parce qu'il n'y a plus ni bénéfices ni dîmes. Les autres, chevaliers de haut et de bas parage, juges de l'ancienne robe, financiers, persuadent à leurs afiSiliés, à leurs suppôts, à leurs valets, que la monarchie est détruite, l'empire anéanti, le contrat social déchiré, s'il n'y a plus de nobles, ni de privilèges. Exercez une surveillance active sur ces êtres malfaisants, dénoncez-les sans exception de personne, afin que les perturbateurs de l'ordre soient livrés au glaive de la justice ; mais, patriotes qui m'écoutez, gardez-vous d'être les exécuteurs de la loi quand elle n'a pas encore prononcé sur le sort des coupables... A l'égard des ennemis extérieurs, ils n'auront pas, malgré leur forfaiture et leur présomption, les succès qu'ils s'en sont promis... Trem-

. (1) Nouvelle éd. de VHisL de Montp,, par d'Aigrefeuille, publiée sous la direction de M, pb La Puâbpière, p. 604; - 13 juillet 1792.

248 l'assbiiblée législative

blez, tyrans ! votre règne est fini ! l'arbre de la liberté, planté sur le sol de la France, ombragera bientôt de ses rameaux verdoyants les régions les plus éloignées!.... §

m. — A la suite de ce discours, il fut arrêté que toutes les municipalités du département seraient tenues, dans le délai de trois Jours, d'adresser aux procureurs syndics des districts des états nominatifs de tous les prêtres insermen* tés résidant sur leur territoire et d'y Joindre des notes sur la conduite de ces prêtres, en observant d'y comprendre non seulement ceux qui Jouissent d'un traitement, mais encore ceux qui n'en ont point; lesdits états devant être transmis aussitôt au procureur général syndic pour en être rendu compte à l'Assemblée départementale (1).

Deux Jours après cette délibération de l'Assemblée administrative du département, le conseil du district de Montpellier s'occupant à son tour des prêtres insermentés adopta les résolutions suivantes : « Le Conseil considérant... que celui qui refuse de prêter le serment civique est censé par là abdiquer le titre de citoyen.,, pense qu'il y a lieu d'arrêter que tout prêtre qui n'a point encore élé appelé à prêter le serment civique sera tenu de le prêter le jour de la publication de l'Arrêté, devant le Conseil général de la commune assemblé, et qu'extrait du procèsverbal de la prestation de serment, pur, simple et sans restriction, sera soumis de suite aux corps administratifs ; Que tout prêtre qui^ura refusé ou refusera de prêter le serment civique sera tenu de se rendre, par le Jour de la publication de l'Arrêté, dans le chef-lieu du département ; Que faute par lui de ce faire, il y sera conduit par la gendarmerie nationale, sa désobéissance étant regardée

(1) Proc'verb. desséane. de VAu. adm. du dépari, de V Hérault; séance du i 8 juillet é79S, l'an IV de la Liberté.

comme une rébellion ; Qu'il sera pourvu de suite au moyen de le faire déporter par la voie la plus prompte et la plus sûre; Seront exceptés cependant de la disposition de l'Arrêté les vieillards de 70 ans(l) et ceux qui, par leurs infirmités seront hors d'état de pouvoir être déportés, après avoir préalablement fait connaître lesdites infirmités par des commissaires nommés par la Direction du District. »

IV. — Ce qu'on appelait dans le monde officiel « redoublement d'activité d était mis sur le compte de la déclaration faite tout récemment par l'Assemblée législative que la Patrie était en danger ; et cette activité avait pour objet le clergé réfractaire; « le très grand nombra des individus de cette robe, qui fomentant sans cesse les divisions intestines, ne cherchent qu'à armer citoyens contre citoyens, le frère contre le frère, le fils contre le père, dussent-ils n'y pouvoir marcher que sur des cadavres » et en confirmation de ces accusations portées à propos du camp de Jalès, le commissaire qui tenait la parole ajoutait : « Votre Comité... a vu avec une indignation, mêlée de pitié, à quelles indignes fourberies, à quelles misérables astuces cette espèce d'hommes a encore recours dans ce siècle de lumières, pour continuer à égarer, à fanatiser Içs esprits crédules et faibles. Imaginez-vous, Messieurs, qu'on se permet encore aujourd'hui de supposer des démoniaquesy de vouloir ainsi faire revivre ces anciens temps d'ignorance, de barbarie, où des prêtres atroces employaient ces intrigues, vraiment infernales, pour perdre des infortunés auxquels ils ne pouvaient imputer des crimes réels ; en voici une preuve dans la lettre de Marie Dallest à la dame Castellane ».

(1) Arch. de rHérault^ série L, Reg. no i des Délib. du District de Montp*

250 l'assemblée législative

Nous ne reproduirons pas celte pièce; bien qu'elle ait trait à un sujet religieux, elle n'entre pas dans notre cadre, par la raison toute simple qu'elle se rapporte à un fait accompli à SéTérac-le-Chftteau, dans le département de l'Aveyron. Le commissaire qui parlait de la possédée n'y regardait pas de si près et prenait où il croyait les trouver les motifs de dénonciation contre le clergé réfractaire. Ce qui l'avait touché dans cette affaire, c'est que la démoniaque avait absolument refusé d'être délivrée par un prôtT«e catholique et consentit à se confesser à un prêtre Jureur, détermination peu flatteuse pour le clergé constitutionnel. Quant à ces « prêtres atroces » qui se permettaient, en 1792, de « supposer des démoniaques », ils ont trouvé des imitateurs, et, un siècle plus tard, ils ne « supposent » pas, mais admettent la possibilité des possessions du démon, et ne croient pas pour cela être atroces^ ni même sortir des vérités enseignées par la théologie catholique.

V. — Mais revenons à la fameuse séance du 28 Juillet, si féconde en fâcheuses résolutions. Après un long rapport du commissaire et les propositions du procureur général, le Conseil du département arrête, sous le bon plaisir de l'Assemblée nationale et du Roi :

« 10 Que tous les ecclésiastiques insermentés, c'est-àdire ceux qui, assujettis au serment prescrit par la loi du 26 décembre 1790, ne l'auraient pas prêté, ainsi que ceux qui, après avoir prêté ledit serment, l'auraient rétracté, seront tenus de sortir du royaume.

» 2* Que ceux desdits ecclésiastiques qui, huitaine après la publication du présent arrêté, dans les lieux où ils font leur résidence, seraient trouvés dans le département, seront à la diligence des procureurs syndics des districts, arrêtés et transférés, d'une brigade de gendarmerie à l'autre, dans un des ports du département, pour être

déporté:?; et les frais de celte translation, dont il sera dressé procès-verbal, seront retenus sur leurs pensions ou Ieui*s traitements.

» 3* Que les autres ecclésiastiques et les ci-devant religieux, qui n'étaient point assujettis audit serment du 26 décembre 1790, seront tenus de prêter, sans préambule ni restriction, dans ledit délai de huitaine, le serment civique prescrit par l'article 5 du titre 2 de l'acte constitutionnel, en présence du Conseil général de la commune de leur domicile. Les certificats de la prestation de serment seront envoyés parles municipalités aux procureurs syndics des districts, qui les adresseront à leur tour, de suite, au procureur général syndic du département, pour en ôtre dressé un état général; et faute par lesdits ecclésiastiques de prêter ledit serment, ils sei;pnt considérés comme des citoyens dangereux,, suspects et qui ne veulent pas vivre sous l'empire des lois régénératrices ; en conséquence, les articles précédents leur seront rendus, d'ores et déjà, communs pour être exécutés à leur égard.

» 4* Dans le cas qu'aucun des ecclésiastiques qui devraient être déportés n'auraient ni pension ni revenu, les frais de leur déportation seront supportés par le Département*

» 5<>Les ecclésiastiques dénommés en l'art. 3 qui ont été ou seront déclarés suspects ou dangereux par les Conseils généraux des communes, ou qui seront dénoncés comme tels par vingt citoyens actifs, seront, d'après une délibération ultérieure du Conseil, ou du Directoire du département, déportés ainsi qu'il est dit aux art. 1 et 4.

» 6o Seront exceptés des dispositions ci-dessus énoncées les ecclésiastiques septuagénaires, et ceux qui auraient des infirmités ou des maladies graves constatées par les certificats des municipalités de leur résidence, et par les rapports de deux médecins ou chirurgiens nommés par le directoire du département. Et dans le cas que les ecclé-

253 l'assemblée législative

siastiques mentionnés au présent article seraient dénoncés comme troublant l'ordre public, par les Conseils généraux des communes, ou par vingt citoyens actifs, le Conseil du département se réserve de statuer contre eux ainsi qu'il appartiendra.

» 7<> Les ecclésiastiques qui sont dans le cas de la déportation seront tenus de déclarer devant les municipalités de leur résidence ou devant le directoire du district, le pays étranger dans lequel ils entendent se retirer, et il leur ssra délivré sur-le-champ par la municipalité ou le directoire de district un passeport qui contiendra leur signalement, la déclaration de la route qu'ils doivent tenir et le délai dans lequel ils doivent être sortis du royaume.

» 8^ Charge les procureurs syndics des districts et les procureurs des communes de veiller à l'exécution du présent arrêté, de dénoncer les ecclésiastiques qui sont dans le cas d'être déportés, et qui après le délai fixé se trouveront dans le ressort du département.

» 9« Arrête enfin que le présent arrêté sera imprimé, lu, publié, affiché et envoyé par le procureur général syndic aux procureurs syndics des districts, qui le transmettront sans délai aux municipalités, et qu'expédition en sera adressée au président de l'Assemblée nationale et au ministre de l'intérieur » (1).

VI. -— Aussitôt après la promulgation de l'Arrêté du Département, ceux des prêtres de l'Hérault qui avaient en horreur le serment civique à l'égal d'une apostasie, — et ils étaient nombreux ! — firent à la hâte leurs préparatifs de départ pour les pays étrangers. Quelques-uns, plus particulièrement parmi ceux des anciens diocèses de Lodève et de Béziers^ prirent leur passeport pour la

(1) Proc.-verif. des séances de fAu. adm. du dép^ de f Hérault, séance du ^^ juillet.

DÉPORl ATION ET RÉCLUSION 253

Prusse; beaucoup se dirigèrent vers l'Espagne ; mais le plus grand nombre donna la préférence à Tltalie. Dès le commencement de la persécution religieuse, quelques prêtres de la Tille et du district de Montpellier avaient rencontré chez les habitants d'Aiguesmortes un accueil sympathique, d'où leur vint la pensée de s'embarquer au port du Crau-du-Roi, pour se diriger ensuite sur Nice. Il serait assez difficile de dresser une liste complète de ces déportés, auxquels étaient venus s'adjoindre plusieurs de leurs collègues. Nous en avons la preuve dans la correspondance établie, plus tard, à ce sujet, entre l'administration centrale del'Hérault et la municipalité d'Aiguesmortes. On aurait désiré savoir quels étaient les <k réfractaires » du déparlement partis de ce port pour l'Italie, et la municipalité fut obligée d'avouer qu'elle n'avait tenu compte ni du nombre des expéditions, ni de celui des ecclésiastiques et religieux déportés. Nous reproduisons à nos Pièces Justificatives N*» VI un Etat des Prêtres de V Hérault embarquéspour Nice au port cTAigttesmortes^ dressé en 1795, par les soins du procureur général syndic du Gard, département dans la circonscription duquel est compris le Graudu Roi, port d'Aiguesmortes.

Nous empruntons à l'abbé Gourgon le récit d'une aventure survenue à ces premiers déportés. « Lorsqu'ils furent embarqués le 6 août 1792, on découvrit une trame secrète de la part de l'équipage de la tartane qui les portait, laquelle était d'Agde, tendant à les dépouiller lorsqu'ils seraient en mer. Les magistrats n'en furent instruits qu'après le départ de la tartane ; mais comme elle était encore dans le canal, on lui tira un coup de canon pour la faire retourner, et l'on mit ordre à cette afiaire ; de sorte que nos confrères de Montpellier sont arrivés ici (à Nice) un jour après nous, épouvantés de l'aventure, et encore plus d'une bourrasque qu'ils avaient éprouvée la nuit du 7 août et toute la journée du 8. Les seuls Denis et Méjean

254 l'àsseublée législative

n'ont point paru. Hs ont pris la iH)ute de terre. Les matelots ayant manqué leur coup, se sont vengés sur d'autres. Se trouvant, l'autre Jour, dans le même port, ils ont embarqué plusieurs prêtres des diocèses de Nîmes, d'Avignon, d'Uzés et auti*es villes, pour les conduire ici. Ils ne furent pas plus tôt éloignés du port que, à l'entrée de la nuit, les matelots les avertirent de l'approche d'une chaloupe qu'ils assuraient être des corsaires. Ils leur ordonnèrent de se cacher, firent semblant de se battre avec la chaloupe et d'être vaincus. De sorte que les soi-disant corsaires, sans faire le moindre mauvais traitement aux matelots qui avaient paru faire résistance, allèrent droit aux prêtres et leur enlevèrent tout leur argent, leurs malles, en un mot tout ce qu'ils avaient de bon et de précieux; ne leur laissant absolument que ce qu'ils portaient. Après cela, les voleurs demeurèrent une partielle la nuit avec les matelots, les prêtres étant toujours enfermés dans la tartane, et comprenant aisément qu'ils étaient Joués par l'équipage. Je vous laisse à penser dans quel état ils sont arrivés ici; ils faisaient vraiment compassion. Il faut espérer que leur extrême indigence, beaucoup plus pénible dans un pays étranger, excitera la pitié et que la charité ne les laissera manquer de rien » (1).

VIL — Plusieurs autres convois de déportés partirent d'Agde, dix pour Nice et deux pour l'Espagne ; savoir, pour Nice :

GonTois. Capitaines. Déportés.

1®»" Tartane Pailloux (Jean-AntoninJ. 5 août 1792. 21 2« Brigantin Jannin (André) 8 — — 52

(1) Areh. de la paroisse Saint-Louis de Cette, UUre de M. Gourgon à M. i'abbë Michel, son collègue, à Rome, - Nice, 23 sept. 1792 ; — Y. Barruel, Hisl. du clergé pendant la RëvoL franc.. Ed. de Londres, 1794, p. 321.

DÉPORTATION ET RÉCLUSION 2ô5

GoDYOis. Capitaines. Déportés.

3« Tartane Reclus (Laurent) 9 août 1792. 54

¥ Briganlin ^çlbonlCEtienne-Maxence) 12 — — 27

5« Tartane Buzy fC7Aarfe«.Pa*cû(;... 19 — — 9

6« — Hat (Jean-AntùineJ 7 sept. — 43

7« — V^lLOXkii (Jean- Antoine). 11 — — 16

8« — Roque lOrner; 11 — — 16

9« — k&TÇ^ (Antoine) 11 — — 9

10« — Reclus (Laurent) 17 — — 9

Et pour l'Espagne, à destination de Palamos (le premier), et à destination de Barcelone (le second) (1) :

Gonyois. Capitaines. Déportés.

!•' Tartane Couzy (Pierre) 14 sept. 1792. 3

2o — Pioch (JeanrPierre) 22 — — 5

Les chiffres marqués ci-dessus à la colonne des déportés et qui donnent un total de 264, n'indiquent point d'une manière exacte, le nombre de ces vénérables confesseurs de la foi. Pour arriver à les connaître, nous aurions besoin de faire entrer en ligne de compte ceux qui n'avaient pas pris la voie de mer pour se rendre en Italie ou en Espagne, et ceux qui s'étaient dirigés vers d'autres pays, notamment la Prusse et la Suisse.

Le second convoi parti d'Agde pour Nice avait à sa tête l'abbé Louis Bellenger, premier dignitaire du Chapitre cathédral, vicaire-général de M. de Saint-Simon et supérieur du Séminaire d'Agde. Ce digne ecclésiastique avait eu la pieuse pensée de convoquer ses futurs compagnons de voyage pour assister dans l'église Saint-Etienne à une grand'messe chantée en l'honneur de la Sainte-Vierge,

(1) A nos Pièces Juttificalives, n«* VlIetVIII, le lecteur trouyera les tableaux détaillés de ces diverses déportations.

256 l'assemblée législative

qu'il célébra lui-même. Il mettait ainsi sous la protection de la Mère de Dieu et des hommes le départ pour la terre étrangère et pour l'exil, dont on ne pouvait prévoir la longueur; mais sur la durée duquel tous les partants se faisaient une douce illusion, croyant n'avoir devant eux qu'une tempête passagère. Dans cette pensée, ils avaient choisi Nice, limitrophe de la France, d'où ils pourraient surveiller les événements, pour revenir au plus vite. Hélas 1 — La plupart avaient quitté le costume ecclésiastique et pris des vêtements civils, sans oublier la cocarde tricolore au chapeau. On leur avait recommandé de cacher leur argent à cause des pirates français et même de le coudre dans la doublure de leurs habits. L'abbé Gourgon et plusieurs de ses compagnons prirent ce conseil pour une plaisanterie et n'en firent rien. L'embarquement ne put être terminé que dans la soirée. Lorsque tout le monde eut choisi sa place pour y passer la nuit, le directeur spirituel de l'expédition, fit à haute voix la prière du soir, comme il en avait l'habitude. L'émotion fut profonde au milieu de ces ecclésiastiques, habitués è voir l'abbé Bellenger présider les exercices religieux du séminaire, et qui maintenant présidait une prière faite en commun sur les eaux et dans un lieu où, suivant l'expression de l'abbé Gourgon, chacun était occupé à ses maux passés, présents et futurs. Le voyage fut long et pénible, le brigantin étant devenu le jouet des fiots qui parfois l'éloignaient du port de Nice au lieu de l'en rapprocher. Il purent enfin aborder, après six ou sept jours d'une traversée mouvementée. Leur première pensée fut de se rendre à l'église cathédrale pour y entendre la messe, car c'était un dimanche. Ils allaient rendre grâces à Dieu de les avoir amenés dans une région pacifique, hors de tout danger (1).

(I) Lettre de l'abbé Gourgon,

VIII. — Tout le danger, comme on l'a vu pour le convoi d'Âiguesmortes, ne venait pas des éléments. Deu autres convois partis d'Âgde pour Nice, le 11 septembre 1792, sur les tartanes des capitaines Pailhoux et Roques, en firent la triste expérience. Le personnel des deux embarcations présentait un groupe de trente-deux prêtres, dont le plus grand nombre appartenait à l'Hérault. Après deux jours d'une heureuse navigation, les déportés se trouvaient à la hauteur de Cannes, à cinq lieues de Nice lorsque» surpris par un calme plat, il leur devint impossible d'avancer. Un brick français stationné dans ce parage les aperçut. Son commandant résolut d'amener les deux petits navires à Cannes, pour laisser à la municipalité de cette ville le soin de statuer si, oui ou non, ils continueraient leur voyage vers Nice. Un rassemblement considérable et mal intentionné se forma bientôt auprès des déportés, menaçant de les pendre. Dans l'intention de les sauver, le commandant du brick prit sur sa responsabilité de conduire les deux tartanes à Toulon, où elles arrivèrent le 14. De nouveaux cris de mort se font entendre. On enlève aux malheureux fugitifs tout leur numéraire, leur argenterie, et jusqu'aux boucles de leurs chaussures ; on les dépouille également des lettres dont ils étaient porteurs pour les confrères qui les avaient précédés sur la terre étrangère. On va plus loin ; afin que rien de précieux ne puisse échapper à leur rapacité, les voleurs visitent leurs malles et se permettent de fouiller jusque dans l'intérieur de leurs vêtements. Pendant ces opérations, les tartanes étaient environnées de cha^ loupes remplies d'une populace furieuse demandant à cris redoublés que tous ces prêtres, « ennemis de la patrie » fussent pendus jusqu'au dernier, et s'offirant de procéder elle-même à leur supplice. Pour comble d'infamie, un prêtre apostat, devenu substitut du commissaire de la commune, lés pressait d'imiter son exemple et do

U»T. RbUO. DS l'HilUULT. — T. u« 17

258 l'assemblée législative

prêter le criminel serment, se faisant fort de leur faire rendre ce qu'on leur avait enlevé et de les faire rentrer dans les pays qu'ils venaient d'abandonner pour sauver leur conscience; propositions repoussées avec horreur. Enfin, après être demeurés en rade de Toulon, pendant cinq jours, enfermés et comme entassés jour et nuit au fond de leurs navires, on leur permit de reprendre leur route ; ils n'avaient plus rien à craindre des voleui-s (1).

c A rapproche du voleur,

Le gueux chanta sans frayeur. »

IX. — Heureuse d'avoir « débarrassé le sol de la patrie de ces prêtres atroces qui l'infestaient » l'Administration centrale revenait le 7 août sur son arrêté d'ostracisme, pour se féliciter de l'avoir édicté : « Messieurs, dit le procureur général syndic, l'Arrêté vigoureux que vous avez pris le 28 du mois dernier relativement aux prêtres était absolument nécessaire, et c'est la seule mesure qui peut nous procurer la tranquillité intérieure. Tous les départements du royaume se sont trompés sur les moyens qu'ils ont employés pour arrêter les progrès du fanatisme. On ne détruit jamais ce monstre ; plus on le poursuit plus il estredoutable. Ce n'est donc pas le fanatisme qu'il faut attaquer, maislesfanatiques. C'est ce que vous avez sagement fait en ordonnant la déportation de tous les prêtres réfractaires, ainsi que de tous ceux qui refuseront de prêter le serment civique. Ce refus est une renonciation expresse à la qualité de citoyen, et dès lors le prêtre le refusant se

(1) Relation de ce qui est arrivé au sieur Cyprien Beltiot, liiu* la%re de l*Egl, cath. de Lodèw, et à autres trente prêtres de divers diocèses, gui s'étaient embarqués à Agde pour Nice, le 10 sept. é792, sur deux barques dont l'une avait pour capitaine le S^ Pailhoux et l'autre le 5' Roques, d'Agde. — Nous devons la communication de ce document à M. le chanoine Lazaire, prélat de la maison de S. S., aumônier de la Conception à Montpellier.

déclare Tennemi de la loi qu'il ne veut pas reconnaître ».

X. — Il n*y avait pas à balancer; le serment civique ou la déportation, remplacée par la réclusion pour les vieillards et les infirmes. On se mit de nouveau, et avec plus d'ardeur encore que par le passé, à la recherche des réfractaires. Deux d'entre eux furent arrêtés à Gignac dans la nuit du 30 août. Le premier, dont les vêtements n'indiquaient pas un ecclésiastique, portait une veste courte, de couleur verte. C'était Alexandre d'Olivet, âgé de 55 ans, né à Montpellier (fils d'Annibal d'Olivet, ancien ofHcier dans le régiment de Vexin), chanoine et syndic du ci-devant chapitre collégial de la Trinité, en l'église Sainte- Anne de Montpellier (1). Après les délais fixés par l'arrêté du département, d'Olivet n'était pas encore sorti de Montpellier, et avait demandé à Durand, maire de cette ville, un nouveau délai de 18 jours, ce qui lui avait été accordé en même temps qu'un passeport pour l'Espagne (16 août). Le 29 du même mois, comme il se rendait au Suc, il s'arrêta pour aflaire^ à Gignac. Il visita, au couvent des Ui'sulines, des religieuses de sa connaissance et leur dit la messe. Il fut arrêté au couvent à 4 h. du matin (2).

L'autre prêtre également saisi par les gendarmes, à Gignac, était un ancien chartreux, Jean-Pierre Cabassut, alors âgé d'environ 28 ans. Il avait prêté le serment à son installation de la cure d'Avène, le 5 août. Malmené par plusieurs de ses paroissiens, il s'était retiré dans son pays natal où il fut repoussé par les catholiques. II se réfugia sur le territoire de Gignac, dans une métairie appartenant à un nommé Veilles, et y disait la messe. La solitude et la réflexion lui ouvrirent les yeux ;

(1) Arch. de l'Hérault, série L, 346.

(2) /rf., ihid.

2G0 l'assemblée législative

il reconnut sa faute et, de sa retraite, il écrivit à la municipalité d'Aspiran une lettre par laquelle il rétractait son serment. Néanmoins les officiers municipaux donnèrent à la gendarmerie Toi^re de conduire les deux réfractaires à Montpellier (30 août 1792). Rien de suspect dans le « porte-manteau » de Cabassut; mais le sac d'Olivet renfermait les objets nécessaires pour la célébration de la messe. Ohl mon Dieu! que l'homme est faible! Ce même Jour, Cabassut écrit aux administrateurs du district de Lodôve, offrant de « rétracter sa rétractation » de prêter le nouveau serment de « Liberté-Egalité », d'accepter et de remplir avec exactitude telle fonction ecclésiastique que le district et Tévêque du département voudront bien lui confier ! Le conseil de district accueille favorablement une telle proposition I (1) Conduits à Montpellier et aussitôt enfermés dans la prison, ils sont peu après mandés à la barre du conseil du département (V'^ septembre) et interrogés comme ils l'avaient été à la municipalité de Gignac et au district de Lodôve. On donne lecture des pièces composant les deux dossiers et en particulier de la pétition par laquelle Cabassut demandait à être admis à la prestation du nouveau serment; on renvoie les deux prêtres en prison. Après leur départ, on discute longuement sur cette malheureuse affaire de Cabassut, on finit par rejeter sa demande (2) et le conseil prend l'arrêté sui-

(i) Arch. de l'Hérault, série L, 346; - 30 août 179â.

(2) Cabassut fut bel et bien déporté avec d'Olivet sur la tartane du capitaine Hat, et partit d'Agde pour Nice le 7 septembre. Il fit route avec 43 braves confesseurs de la foi. La divine Providence to^]ours admirable dans ses desseins* permit au malheureux enfant de S. Bruno de subir le môme sort que les bons et fidèles serviteurs. Lputs courageux exemples lui valurent un retour sincère et définitif aux sentiments du devoir. 11 expia ses renoncements et ses inoertitudes et mérita d*étre, au rétablissement du culte, placé comme curé, i h iéte de son pays natal, Aspiran (canton de Clermont), Né le 8 aoiH 1764, il avait alors 38 nns.

DÉPOKTATION ET RÉCLUSION 261

vant : « ... Lesdils sieurs Olivet et Cabassut, prêtres insermentés seront transférés d'une brigrade à Tautre jusqu'au port d'Agde, pour y être exportés hors du territoire français, conformément à l'arrêté du conseil du 28 juillet dernier ; charge la municipalité d'Agde de faire renfermer dans un lieu sain et sûr lesdits réfractaires, jusqu'à ce qu'ils puissent être déportés par le premier bâtiment qui partira pour l'étranger et d'informer le procureur général syndic de l'exécution du présent arrêté » (1).

Dos sa rentrée en prison, l'abbé d'Olivet écrit un mémoire qu'il fait présenter le lendemain à l'administration du département et dans lequel il expose que, se trouvant atteint d'un point de côté, il supplie l'Assemblée de lui accorder deux jours de séjour pour faire quelques remèdes; qu'ayant été déclaré reliquataire envers la nation, en qualité d'ancien syndic du ci-devant chapitre de la Trinité, d'une somme de 1,326 livres, elle est déjà acquittée par la retenue de son traitenrent et d'une rente arréragée de 60 livres ; qu'ainsi, il prie l'administration de lui faire payer ce qui peut lui être dû pour l'aider à voyager et à vivre dans un pays étranger. Le conseil arrête que ce prêtre ne sera transféré à Agde que lorsqu'il y aura un bâtiment prêt à le transporter hors du territoire français et que, en attendant, il restera dans la prison où il est détenu avec Cabassut ; et quant à ce qui peut être dû à d'Olivet sur son traitement, on fera les vérifications nécessaires et on y pourvoira, s'il y a lieu. Le 4 septembre, le délai qu'avait demandé le prisonnier malade étant expiré, le conseil du département instruit qu'il y a présentement à Agde des bâtiments prêts à partir pour l'étranger, arrête que les sieurs Olivet et Cabassut seront transférés le lendemain matin par la gendarmerie jusqu'à Agde, où ils

(1) ProcèS'Verb^ de l'Àsi^ adm.;- Séance du i^^sepi. 479^,

262 l'assemblée législative

seront embarqués de suite sur un bâtiment. Le président donne ensuite connaissance du résultat de la vériflcation faite chez le trésorier du district de Montpellier, d'après lequel l'ésullat le sieur Olivet reste devoir 32 livres 14 sols 8 deniers, son traitement demeurant payé Jusqu'au 30 du présent mois ; il ajoute que les frais occasionnés pour le transport d'Olivet et de Cabassut revenant à 63 livres, la moitié de cette somme devait être supportée par le aieur Olivet, de manière que, si le conseil ne lui faisait pas payer le quartier d'octobre suivant, il serait hors d'état de rembourser sa dette, d'acquitter les frais de transport de Montpellier k Âgde et ceux du trajet de mer (1). Le conseil ayant autorisé le directoire du département à faire avancer à d'Olivet son traitement du quartier d'octobre prochain, à la charge de prélever du résidu du reliquat de son compte les frais de transport, l'ancien bénéficier-syndic de la Trinité se trouva être créditeur de 194 livres 10 sols 10 deniers. Cette somme fut remise aux gendarmes chargés de conduire d'Olivet à Agde ; lesquels après avoir retenu les frais du dernier transport devaient la verser aux mains des officiers municipaux d'Âgde, à l'efi^et de pourvoir au payement du capitaine du navire sur lequel d'Olivet serait embarqué et de remettre à ce dernier le restant... « s'il y en avait ! » (2). Un troisième prêtre, l'abbé Coste, curé à Laurens, fut conduit par la gendarmerie, de Béziers à Âgde, et embarqué sur la tartane du capitaine Hat, pour être déporté à Nice. Il devint ainsi le compagnon de d'Olivet et de Cabassut. En entrant dans ces menus détails.

(1) Voir aux Pièeei Justificaiives N« XY, de notre livre III, VEiaê des payemens faits par les receveurs des districts du département de l'Hérault, pour frais relatifs à la déportation des ecclésiastiques insermentés*

(2) Arch. de l'Hérault, Séance du A sept. i793.

nous avons voulu mettre en relief les procédés employés par Tadministratlon pour se débarrasser» sans bourse délier, des ecclésiatiques insermentés. Nous mentionnerons également un fait qu'il nous est impossible de passer sous silence.

Après avoir rendu son arrêté de déportation contre les deux prêtres trouvés à Gignac, le conseil s'occupa des religieuses Ursulines de cette ville et prit cette délibérsftion :

a L'Assemblée» considérant que les religieuses de Gignac sont répréhensibles d'avoir attiré et donné asile à un prêtre dont la déportation hors du royaume aurait dû avoir lieu, et de l'avoir retenu dans leur couvent, arrête que, dans trois jours, ces religieuses quitteront le couvent et que le directoire du district fera de suite estimer celte maison, pour l'adjudication en être faite en la forme déterminée pour l'aliénation des biens nationaux ; charge le procureur-syndic de tenir la main à l'exécution du présent arrêté » (1).

XL — On s'était montré moins sévère, un mois auparavant, à l'égard des religieuses d'un autre monastère. Noos voulons parler des religieuses de Notre-Dame d'Agde. « Pour un motif quelconque » disent nos archives (2), les représentants de l'autorité civile avaient enlevé temporairement les scellés apposés à la porte extérieure de la chapelle de cet établissement. Les pieux catholiques Agathois privés déjà depuis longtemps du bonheur de participer aux cérémonies de leur culte, s*empressèrent de se rendre dans cet édifice sacré, pour assisterais messe d'un prêtre non assermenté qui la fit suivre de la bénédiction du Très Saint-Sacrement. Cet ecclésiastique était l'abbé

(1) Proc-wrb. de VAu. adm.; - Séêncedu S $tpt. i79t.

(2) Arcli. de l'Hérault, Bërie L, 358.

264 l'asseublée législative

Barthélémy Aubin, né à Agde, âgé de 42 ans, ancien vicaire à Bouzigueset, en dernier lieu, bénéficier au chapitre Saint-Etienne. Il fut très heureux, deux jours de suite (le 30 et le 31 juillet) de présider une assemblée nombreuse; mais cela ne pouvait pas durer, et la porte de la chapelle fut de nouveau fermée. Le conseil général de la commune par égard pour les religieuses ne les appela pas à comparaître à sa barre ; il se contenta d'envoyer une délégation pour leur faire subir un interrogatoire. Le procureur municipal avait demandé une amende de 800 livres; elle fut réduite à 200. Quant à l'abbé Aubin, ft*ôre d'un des conseillers, pour le moment il ne fut pas inquiété (1).

XII. — En même temps qu'il pressait le départ des ecclésiastiques et des religieux sujets à la déportation, le Directoire du département donnait ses instructions à la municipalité de Montpellier. L'ancien couvent de la Visitation devenait maison de réclusion pour les sexagénaires et les infirmes (26 août 1792). Une autorisation spéciale était nécessaire à ceux qui voulaient être dispensés de cette triste mesure. Le Directoire ne s'en montra pas prodigue ; 12 furent exceptés de l'exécution de l'Arrêté du 28 juillet 1792, et autorisés à être reclus dans leur propre domicile, à cause de leurs grandes infirmités : un autre, gravement malade, obtint un sursis de deux mois (2). Mais les Arrê-

(1) Arch. de l'Hérault. Loc. cit.

(2) Voici leurs noms : 1. Rozier, chanoine régulier génovéfain de Saint-Jacques de Béziers ; — 2. Riban (François), né à Montpellier en 1*723, curé de Montbazin; ^ 3. Roubes, de Béziers ; — 4. HftiuiL (FrançoiS'Louis), prébende de Saint-Aphrodise ; — 5. Reymauo (Jean), de Montpellier; — 6. Galabert; ^ 7. Pioch (HonoréJ^ de Montpellier; -r* 8. Gbauluc; — 9. Sollibb;— 10. Dblkab; — H. Verket (Jean^Andrë'Herûulê), né le 15 octobre 1756, curé du Poujol; — 12. Rabejac, chai^oine 4^ Lodève; — t3. 64imi8aART

lés individuels d'exception ne tardèrent pas à être rapportés et tous les ecclésiastiques en faveur desquels ils avaient été rendus rentrèrent dans la classe des détenus ou même des déportés.

XIII. — D'autres prêtres, qualifiés d'insoumis, avaient été l'objet d'une mesure vexatoire au suprême degré. Le Directoire du département avait rendu un Arrêté portant que les sieurs Rebecq (1), Cambon (2), Dumas (3) et Coste (4), qui avaient fixé leur demenre à Cournonsec, seraient tenus dans les 24 heures de la signification de cet Arrêté de se rendre à Montpellier d'où ils ne pourraient plus « désemparer que par autorisation du Corps administratif » et qu'ils y seraient assujettis à un appel qui serait fait tous les Jours par un commissaire de la municipalité (5).

XIV. —Le 10 août 1792, l'Assemblée Législative décida la nomination d'une nouvelle Assemblée, sous le nom de Convention nationale, pour la modification de la Constitution. Son décret déclarait électeur tout Français âgé de 21 ans, n'étant pas en état de domesticité et ayant prêté

(Antoine'ProsperJ, de Béziers, prébende à Saint-Nazaireé (Arch. de l'Hérault, L. 358, Etat des Eccl. qui ont été exceptés de l'exécution de f Arrêté du S8 juillet é79S).

(1) Rebecq (Pierre^Dominique), né le 2 septembre 1731, était curé de Coumonsec.

(2) Cambon (Jean^Louis), né à Montpellier le 27 septembre 1744, était chartreux à Villeneuve-l es- Avignon. (Le 11 avril 1793 il fut condamné i être déporté a Cayenne.)

(3) Dumas (Jacques)^ né le 3 janvier 1744, était curé de Gigean.

(4) Coste, était curé de OoumoQterral.

(5) Areh. de rfiérauli. « Procàs^verb. tAu. adm., • 19 janvier 179?,

266 l'assemblée législative

le serment civiqae, et iligible tout citoyen âgé de 25 ans ; mais avant l'expiration de son mandat, la Législative devait voir de ses propres yeux à quels résultats avait abouti sa politique. Ses agents avaient fait enfermer une multitude de prêtres qu'elle regardait comme les pii*es ennemis des institutions républicaines : L'Abbaye, le Séminaire Saint-Firmin, la Conciergerie, les Bernardins, la Force, les hospices même transformés en prisons. Bicêtre, la Salpétrière en renfermaient plus de 400 (1). Ils furent tous massacrés, mais tous moururent avec la noble fierté des martyrs, au point de faire dire à Violet, un des commissaires qui présidait à cette boucherie : « Je me perds, je m'abîme d'étonnement, je n'y conçois rien et tous ceux qui auraient pu le voir n'en seraient pas moins surpris que moi. Vos prêtres allaient à la mort avec la même joie et la même allégresse que s'ils fussent allés aux noces » (2). Nous ne sortons point de notre sujet en parlant de ces massacres : <x Parmi les martyrs des Carmes se trouvait un prêtre de Béziers, attaché au service de la paroisse Saint-Roch, à Paris, c'était l'abbé Guilleminet (Jean- Antoine) ^ qui périt avec le comte Régis de Valfons, son pénitent, ancien officier au régiment de Champagne » (3).

L'Assemblée législative n'avait rien fait pour empêcher le massacre de tant d'hommes inoflensifs et vertueux.

(i) Picot, MémoircSp etc., t. vi, p. 219-225.

(2) Barrokl, Hist. du Clergé de France pend, la Révolution.

(3) Eloge funèbre des viciimes des Sel 3 septembre i79S, prononce à Paris dans l'église des Carmes, par Mgr de Cabrières, évéque de Montpellier, le S septembre i892, p. 26. — Montp., Martel, 1892, in-8*. — Sur la pierre commémoratiTe pbcée but la crypte, on lit : Guilleminet (Joannes'Antonius), bitterrensis, pres^ byter, ad S. Rocfium parisiensem. — Valfons (Oarolus Régis Cornes de), in Legione Campaniœ.

dont tout le crime était d'obéir à leur couscience, et elle fit tout pour rendre irréparable et extrême le malheur de ceux qui échappaient au fer des assassins. Pendant les 356 jours qu'elle vécut (du !««• octobre 1791 au 20 septembre 1792), il ne s'en était pas écoulé un seul qui ne fut marqué par quelque mesure acerbe et injuste prise contre la Religion et ses ministres. « La Constituante leur avait voulu beaucoup de mal ; la Législative parut a'élre chargée du rôle odieux d'exécuteur, et elle ne s'en acquitta que trop bien. Quand elle alla rejoindre sa devancière, il ne restait plus rien de l'antique édifice élevé par la nation française en l'honneur de la Religion ; les pierres seules du sanctuaire n'étaient pas encore dispei*sées ; mais ses richesses étaient passées aux mains avides qui les convoitaient; et ses prêtres étaient immolés, en prison, en fuite ou en exil. De telle sorte que l'œuvre de l'Assemblée législative peut se résumer en ces trois mots : confiscations, proscriptions, massacres ! » (1).

(i) Jage»^ HisL de l*ÉgL cathoL de France, t. xix, p. 544.

PIÈGES JUSTIFICATIVES

POTENCE TROUVÉE DEVANT LA PORTE DE L'ÉVÉQUE DU DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT

{Délibération du Conseil général de la commune de Montpellier Conseil général, déc, i790 à sept, 1791, Reg, n» 2, f«234)

Lecture faite du Rapport remis par le commandant du poste de la maison commune de la nuit dernière, contenant qu'on a trouvé au devant de la porte de la maison où M. l'Evoque du département de l'Hérault a couché, une potence en bois et un tableau représentant un évêque pendu avec des inscriptions atroces et incendiaires, ladite potence et ledit tableau ayant été déposés dans la maison commune par deux particuliers ;

Ouï le procureur de la commune ;

Le Conseil général Charge M. Lafalin de dresser procèsverbal des faits relatifs à cet événement, môme d'entendre les deux particuliers qui ont Trouvé la potence et le tableau, ainsi que tous les autres qui pourroient fournir des éclaircissements sur les auteurs, fauteurs et complices de cette atrocité et charge aussi M. le Procureur de la commune de les dénoncer à l'accusateur public, en lui envoyant avec la potence et le tableau extrait du présent arrêté, ainsi que du procès-verbal qui sera tenu par M. Lafalin.

L'an mille sept cent quatre-vingt-onze et le seizième jour du mois d'avril, par devant Nous Pierre Lafabrie, oflacier municipal et Jean-Louis-Esprit-Marie Fargeon,

HiST, Relig. di L'HiRAULT. — T. 11. — Pièces Justifie, a

ij l'assemblée constituante

procureur de la Gommune de Montpellier, commissaire à ce nommé par Ordonnance du corps municipal en date de ce Jour, Ecrivant sous Nous, s^* Jean Lacaze, Commis au greffe du Bureau de police, préalablement assermenté. Dans une des salles de la Maison Commune, heures de cinq de l'après midy.

A comparu le S** Jean Giraud, chirurgien aide-major du dépôt de mendicité de cette villey habitant, lequel interpellé de déclarer si c'est lui qui a remis et déposé ce matin dans le Corps de garde de la Maison Commune une Echarpe en forme de potence qui a été Trouvée devant la porte de la maison du S"^ Barthélémy où Logeoît et a passé la nuit M' TEvéque du département de l'Hérault Et de nous rapporter Toutes les circonstances qu'il scait de cette affaire.

A répondu qu'en descendant de la Rue qui conduit de la maison de M' Joubert à celle de M' Barthélémy, ce matin vers les quatre heures et demie, un particulier à lui inconnu qui remontoit lad"» rue l'a accosté pour lui faire part qu'il y au devant de la maison du S' Barthélémy une petite potence à laquelle est suspendu un carton avec l'éfigie d'un Evêque ; que s' étant rendu l'un et l'autre au dit lieu, Il a vu en effet, attaché à un des fers de la fenêtre du rez-deKîhaussée de lad^« maison une Echarpe en forme de potence, à laquelle était suspendue l'éfigie dont il a déjà parlé, qu'ayant partagé avec son compagnon Toute l'orreur qu'un pareil spectacle doit inspirer, ils ont coupé les Cordes qui attachoient la potence Et l'ont portée ainsi que l'Efigie au Corps de garde de la Maison Commune Et l'ont déposée entre les mains du S"" Blazin qui commandoit le poste. Sur quoi nous avons interpellé led^ S' Giraud de déclarer s'il n'y avoit aucun détachement de la garde nationale qui fut de service à la porte du S' Barthélémy Et si la potence étoit placée du côté de la rue du Courrier ou de celle où loge le S' Renezand, serrurier, enfin sy dans le Trajet qu'il a fait, Il n'a rencontré personne, le sommant de nommer celles qu'il pourroit avoir rencontré.

Le S"^ Giraud répondant à Nos différentes interpellations a dit qu'après avoir passé une partie de la nuit dans l'église des Jésuites pour les aprôts du catafalque de

PIÈCES JUSTIFICATIVES îij

M' Mirabeau, il se retiroit chez lui vers les quatre heures et demie, au moment où le jour commençoit à poindre, qu'il n'a rencontré absolument personne sur sa route, à l'exception du particulier dont il a déjà parlé, lequel parroît Tenir à la garde nationale, s'il faut en juger par une houpe verte qu'il portoit au Chapeaud, qu'il fut reconnu par plusieurs volontaires qui étoient au corps de garde Et qui pourroient l'Indiquer par son nom, que la potence qui par un de ses Bouts étoit appuyée contre la Terre étoit attachée aux fers de la fenêtre, à main Droite en entrant dans la maison dud^ S' Barthélémy, dans la rue de l'Ancien Courrier du coté de M. Lecour; que lorsqu'il a passé ce matin devant la maison du S»* Barthélémy il n'y a vu ny Corps de garde ny sentinelle et que les portes et fenêtres éteint fermées; avons représenté aud^ S' Giraud une Echarpe en forme de potence dont se servent les scieurs de long, d'environ six pieds de hauteur à laquelle est encore suspendu un bout de ficelle, comme aussi un morceau de corde nouée au} Tour de lad*« potence, enfin un Tableau de carton, ayant environ un pan et demi de long & un demi pan de large, sur lequel est l'Efigie d'un homme vêtu d'un rochet écamal (et camail) & des autres ornemens qui caractérisent un Evêque Et suspendu par une corde attachée au col, avec les inscriptions suivantes, L'ébèsqué de las Bayounettas^ per Tus commensan et sic de aliis; Tout passan en Efflchia Te penchan Et a Beziès Tesiranglaran, Ca ira foutre ; Et sur le derrière est écrit ce qui suit, cy pend de Vautre côté un vieux coquin de curé que l'ambition jmre domine^ votis qiCun tel désir illu" mine, Jureurs^ du Tel avis profites. Tout serment cy tôt rétractés, Amen. Don plus on en sacrera, don plus on en pendra. Cambon & Fils fecit^ Lelineavit. Interpellant led^ S'' Giraud de déclarer sy ce sont la même Echarpe en forme de potence, les mêmes cordons k le même carton qui à vu & enlevé ce matin devant la porte de la maison où logeoit M'^ l'Evêque du département de l'Hérault, led^ S*" Giraud après avoir examinés tous ces différents effets, a Déclaré qu'il les reconnoit pour les mêmes, avec cette difi'érence qu'ils n'étoint point alors paraphés & a signé de ce requis.

Giraud. Fargeon, P^ delà C^\ Lafabrie, OpM^K

iv l'assemblée constituante

Du dix septième avril mil sept cent quatre vingt onse, vu et par devant que dessus, écrivant sous nous Jean François Madières, commis au greffe préalablement assermenté.

A comparu S' Ahel Philibert de Mauregard, menuisier, natif de la ville de Vienne en Dauphiné, volontaire dans la Compagnie n<^ 5 de la Garde Nationale de cette ville, dite de S' Paul, habitant à cette ville depuis environ dixsept ans, lequel interpellé de déclarer s'il est du nombre des deux particuliers qui trouvèrent hier matin une potence attachée à une des fenêtres de la maison du S"^ Barthélémy à laquelle étoit suspendu TEphisie (sic) d'un évêque, qui vinrent déposer au corps de garde de la Maison Commune tant la d« potence que le Tableau et de nous rapporter comment il fit cette découverte et quelles étoient les personnes dont il étoit accompagné.

A répondu qu'il sortit hier matin, environ les quatre heures et demi de la chambre qu'il occupe depuis dix ans dans la maison de la dame veuve Fajon, près l'église S^ Paul pour se rendre à la Citadelle où il a son atelier de menuiserie, qu'étant parvenu près de la maison du S' Barthélémy, du côté de la rue du Courrier, le jour qui commençoit a poindre lui fit appercevoir une écharpe dont se servent les scieurs de long qui êtoit attachée par deux cordes aux fers de la fenêtre du rès de chaussée de la maison dud. S' Barthélémy et un tableau de carton qui étoit attaché à une espèce de potence, que s'en étant approché, il vit sur led' carton l'éphigie d'un Evoque peint et attaché au col par une corde, que pendant qu'il considéroit ce spectacle d'horreur, il entendit venii* du monde du côté de la Rue qui descend de chés M. de Joubert, et alors il se présenta à lui un jeune homme qu'il ne connoit pas par son nom, mais qu'il a entendu dire être chirurgien ou appoticaire, et, immédiatement après, deux tailleurs de pierre dont il espère pouvoir nous en faire connoitre un, parce qu'il le connoit de vue, et qu'il s'informera qui il est ; auxquels il fit part de ce qu'il venoit de voir, et s'étant tous approchés de lad« fenêtre, ils détachèrent lad« potence ainsi que le Tableau et les deux tailleurs de pierre ayant continué leur route, il vint

PIÈCES JUSTIFICATIVES

conjointement avec led. chirurgien ou appolicaire porter la potence, le tableau et les cordes au corps de garde de la Maison Commune où il les laissa au pouvoir de Tofflcier de garde.

Nous avons interpellé led^ S"^ Abel Philibert de Mauregard de déclarer s'il n'avait rencontré personne sur le chemin qu'il fit pour aller de chés lui devant la maison du S^ Barthélémy et s'il y avait un corps de garde où une sentinelle devant la porte dudit S»* Barthélémy.

A répondu qu'il n'a rencontré absolument personne et qu'il n'y avoit abords de sentinelle n'y corps de garde devant la porte du S» Barthélémy. Avons représenté aud. S»* de Mauregard une écharpe en forme de potence, un morceau de corde et de ficelle et un tableau de carton sur lequel est l'éphigie d'un Evêque en Rochet et Gamail, avec les inscriptions rapportées dans le procès verbal de la séance de Mer, led» Tableau paraphé par nous de ces mots Ne Varietur et l'avons interpellé de déclarer si ce sont les mêmes qui étoient attachés et suspendus à la fenêtre dud* S»' Barthélémy chés lequel était logé M. TEvêque du département de l'Hérault.

hed} S' Mauregard, après les avoir examiné attentivement a reconnu que sétoit les mêmes, sauf qu'il s'apperçoit que du depuis on a ajouté le paraphe dud. Tableau ; requis de signer, ce qu'il a fait.

De Mauregard ; Lafabrie, Off^ M^^ ;

Fargeon, Pr de la C^e; Madières, Greffier.

Raport du 15 au 16 avril 1791, comme conmiandant du poste je certifie comme le nomé de Mauregard, habitant dans la sitadelle, soit disant, et un garçon chirurgien, à 5 heures du matin, sont venus au Corps de Garde, nous porter une potanse avec un tableau, à ladite potanse attaché, dont il y à dépeint la resamblance de Monseigneur levesque, disant qu'on avoit trouvé, près de son logement, rien autre chose que les Etudians en Médecine et en Chirurgie ont manqué de monter la garde.

Fait au Corps de Garde ce 16 avril 1791.

Blazin, C<*' du poste.

l'assehblée constituante

5 J^ CT-PBND DE l'autre COTÉ

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