‹ Histoire religieuse du département de l'HéraultChapitre 107 sur 141 · IV. Inventaires dressés par les commissions municipales · texte numérisé non relu

IV. Inventaires dressés par les commissions municipales

V. Pensions promises aux religieux. — VI. La dépossession du Clergé. — VII. Rapport sur les maisons religieuses à conserver.

— VIII. Les deux camps. — IX. Prédications de l'abbé Léger, chez les Pénitents Blancs de Montpellier. — X. Discours de l'abbé Bacalon dans la même église. — XL Petites erreurs historiques.

— XII. A Pans, le curé Gouttes se range parmi les ennemis du catholicisme; Il s'intéresse néanmoins au sort des curés. —

XIII. Les ministres des autels restitués à la dignité d'anges. —

XIV. L'Unité nationale; Gouttes partisan du maintien des provinces; Création de 83 départements. — XV. Montpellier et Béziers demandent à être chef-lieu ; Montpellier est préféré. — XVI. Le département maritime du Bas-Languedoc reçoit le nom de département de l'Hérault. — XVII. Mort de M. de Fumel, évêque de Lodéve. — XVIII. Massacre des Gardes-sel, à Béziers; Intervention de M. de Nicolay, évêque de cette ville.

I. — Au départ du Roi pour Paris, TAssemblée nationale avait décrété que, pendant la durée de la session, elle devait être inséparable de la personne du monarque. Elle se transporta donc à Paris où elle tint sa première séance le 19 octobre 1789. Déjà, lorsque elle siégeait encore à Versailles, Talleyrand, évoque d'Autun, avait

2lâ lUsSEMËLÉE CONSTlttfANTË

proposé (10 octobre) la spoliation des églises, comme s'il se fût agi d'une simple question financière, et fait la motion de substituer à la propriété ecclésiastique une dotation annuelle, en alléguant le mauvais usage qu'on faisait depuis longtemps des biens d'église ; ajoutant que les intentions des donateurs n'étaient point remplies. Les orateurs se succédèrent à la tribune et le résultat paraissait incertain, lorsque l'organe du Comité des RapporUs, profitant, à la fin d'une séance (28 octobre) ^ du moment où les membres du Clergé étaient peu nombreux, proposa la suspension des vœux monastiques, dans les couvents de l'un et de l'autre sexe. Le but était de condamner les communautés religieuses à une extinction plus ou moins prochaine, afin de pouvoir s'emparer de leurs biens. C'était un premier empiétement de l'Assemblée sur la liberté de conscience. La décision définitive fut remise au 2 novembre (que le peuple appela dans la suite La mort du Cierge). Ce jour-là, dès le matin, une foule de bandits, armés de piques et de bâtons, investit la place de Notre- Dame et toutes les avenues de la salle où se tenaient les séances. Les ecclésiastiques qui se présentaient étaient insultés et menacés d'être massacrés, s'ils ne rendaient leurs biens à la nation. Le député de Béziers, l'abbé Martin, curé de Saint-Aphrodise, connu pour son dévouement au Roi, reçut au seuil de la porte de l'archevêché un coup de bâton sur la tête et fut forcé de se retirer (1). L'Assemblée nationale décréta que tous les biens ecclésiastiques étaient mis à la disposition de la nation^ à la charge par celle-ci de pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres.

(1) Jager, L'Eglise de Fr. pendant la RéooLy 1. 1, p. 326.

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IL — Les vœux solennels monastiques n'étaient plus seulement suspendus, comme on l'avait proposé tout d'abord, mais abolis pour les religieux de l'un et de l'autre sexe. L',Assemblée déclarait en conséquence que les ordres dans lesquels on faisait de pareils vœux étaient et demeuraient supprimés en France, sans qu'il pût en être établi de semblables à l'avenir. Tous les individus existant dans les maisons religieuses pouvaient en sortir en faisant leur déclaration devant la municipalité du lieu et il serait pourvu incessamment à leur sort par une pension convenable. Il serait pareillement indiqué des maisons où pourraient se retirer ceux qui ne voudraient pas profiter de la disposition du présent décret. Rien n'était changé pour le moment à l'égard des maisons chargées de l'éducation publique et des établissements de charité. L'Assemblée exceptait expressément les religieuses de l'article qui obligeait les religieux de se réunir de plusieurs maisons dans une. Les lois qui mettaient ainsi les biens d'église à la disposition de la nation et abolissaient brusquemment les ordres religieux de toute nature, trouvaient dans nos cinq diocèses une large et malheureuse application. Il y eut des réclamations et des protestations énergiques, mais pas de résistance de li part d'hommes accoutumés à obéir. Dans nos pays on ne voyait pas avec indifférence la prochaine disparition de tous les autres religieux. Certaines communautés avaient su se 'concilier non pas seulement l'estime, mais encore l'affection des administrations civiles. A Béziers, par exemple, la municipalité prit une délibération (1) pour demander « la conservation du monastère de Sainte- Glaire, dans le cas où la nation jugerait à propos de supprimer plusieurs congrégations religieuses ». On

(1) 25 novembre 1789.

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faisait valoir la régulariié de la conduite et la réputation de sainteté des quelques filles qui habitaient cette maison, le respect et la vénération dont elles étaient l'objet de la part dé la population (1).

IIL — Un décret de l'Assemblée nationale et des lettres patentes du Roi (18 novembre 1789), portaient que tout titulaire de bénéfice et tout supérieur de maisons et établissements ecclésiastiques seraient tenus de faire, dans le délai de deux mois, la déclaration de tous les biens dépendant de ces bénéfices, maisons et établissements, de leurs revenus et de leurs charges. Ces dispositions communiquées officiellement aux intéressés, ceux-ci durent s'exécuter ; mais leur empressement ne fut pas très considérable, nous en avons la preuve dans ce qui se passa pour la commune de Montpellier. Pour procéder à l'enregistrement des déclarations, le corps municipal dut attendre jusqu'au 23 mars 1790(2). Addition faite au conseil du département de ce que produirait la vente des biens d'église dans les cinq anciens diocèses réunis, on pensa que la somme arriverait à 8,608,049 livres (3). Si les résultats obtenus s'élevaient ainsi au-dessus des prévisions, c'est qu'on avait pris la peine d'exciter le zèle des administrateurs du département et des directoires des quatre districts, qui chauflèrent à leur tour celui des corps municipaux. On avait compté sur la sincérité des déclarations faites par les intéressés, mais on n'y avait compté

(1) Maffre de Fontjoye, Béziers, il y a cent ans\ supplément xii.

(2) De la Puardière.

(3) A la date du 16 novembre 1791, il fut reconnu que la vente des biens nationaux dans le département de l'Hérault avait produit 14,308,722 livres. En sorte qu'à cette époque la vente avait déjà dépassé de beaucoup l'estimation oui en avait été faite.

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qu'à demi et l'on avait pris des mesures de précaution pour ne pas être trompa.

IV. — En vertu des décrets de l'Assemblée (19 et 20 mars 1790) et de lettres patentes (26 du même mois) transcrits sur les registres des communes, publiés et affichés dans tout le ressort du département et lus au prône dans les églises paroissiales, les corps municipaux nommèrent des commissions, prises dans leur sein, qui se transportèrent dans les divers couvents. Dans chaque maison, le président de la commission municipale fit part au supérieur ou à la supérieure de l'objet de leur mission et demanda que tout le personnel de l'établissement fût réuni en leur présence dans la salle de communauté. Lecture fut faite des décrets et lettres patentes, puis le supérieur (ou la supérieure) fut requis de dire ses noms, prénoms, âge et emploi qu'il occupait dans la maison et depuis quel temps il était dans Tordre. On adressa successivement la même réquisition à tous les habitants de l'établissement qui satisfirent l'un après l'autre à ces demandes. Puis, on réclama l'exhibition de tous les registres, comptes de régie et titres de la maison. On rechercha pour le dernier exercice annuel à quelle somme s'élevaient les recettes et les charges, afin de connaître le revenu net. On visita la caisse, prenant note exacte de son contenu, le laissant toutefois entre les mains du supérieur qui déclarait s'obliger à le garder pour le tenir à la disposition de la nation. On se transporta ensuite aux / archives, dont on reconnut le contenu, papiers, meubles et effets ; à la bibliothèque, à la sacristie, au réfectoire, dans les cellules occupées par les religieux, à l'infirmerie, à la lingerie, à la cuisine, à la cave, à l'église, au chœur des religieux, au clocher, à la salle capitulaire ; rien ne fut oublié. Les religieux furent interrogés chacun en particulier; on leur demancja s'ils veillaient sortir de

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la maison de leur ordre ou s'ils voulaient y rester. Ils répondirent à peu près tous que leur intention et leur désir serait de vivre et de mourir dans la maison qu'ils habitaient et signèrent leur déclaration. Puis on demanda « s'il n'y avait personne dans le couvent, détenu par lettre de cachet ou par des agents du pouvoir exécutif, sans être légalement condamnés ou décrétés de prise de corps, ou sans qu'il y eut eu plainte en justice pour raison de crime, ou que leur père, mère, ayeul ou ayeule ou autres parents réunis, n'ayant obtenu leur détention, d'après des mémoires ou demandes appuyés sur des faits graves, ou qu'elles ne soient renfermées pour cause de folie, leur déclarant que, s'il en existait, elles devaient être mises en liberté, d'après les décrets de l'Assemblée nationale, sanctionnés par le roi ». Sur quoi les religieux répondirent que dans leur maison il n'existait aucune des personnes énumérées dans les décrets (1).

Dans certaines localités et notamment à Aniane, le corps municipal ne se contenta pas de déléguer une commission pour accomplir les prescriptions de la loi. 11 voulut agir par lui-même et, à la suite du maire, il se rendit chez les religieux Bénédictins qu'il estimait et aurait voulu pouvoir conserver dans la commune (2). Plusieurs vacations furent consacrées à la visite du couvent, à dresser l'inventaire et à remplir les autres formalités ordonnées par les décrets. Les documents que possèdent les archives du département nous permettent de suivre l'ensemble des opérations, mais afin de ne pas perdre de vue la suppression générale des ordres reli-

(1) Arch. de THérault, Fonds des religieitses dominicaines de Saintes-Catherine dites les Prouillanes; - ProcèS'verbal du 18 mai

(2) A deux reprises, le 18 mars et le 7 novembre 1790, la municipalité d'Aniane avait demandé la conservation des Bénédictins.

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gîeux dans nos anciens diocèses, nous devons renvoyer à nos Pièces justificatives {!) les détails des opérations municipales chez les Bénédictins d^Aniane. Si le lecteur veut bien recourir au résumé que nous en donnons, d'après les registres de cette maison, il pourra se faire une idée de la manière dont on procéda pour préparer l'expulsion des religieux et la confiscation de leurs biens tant meubles qu'immeubles.

V. — Le 11 février 1790, le Comité ecclésiastique proposait à l'Assemblée un décret tendant à la suppression de la plupart des couvents. Le décret rendu le surlendemain (13 février 1790) et sanctionné le 19 du même mois, déclarait « qu'il serait pourvu par une pension convenable à la subsistance des religieux de l'un et de l'autre sexe qui profiteraient de la liberté qui leur était offerte de se soustraire aux obligations de leurs vœux. Ceux qui ne voudraient pas profiter de cette faculté seraient réunis dans un nombre de couvents plus restreint ». Par cette mesure l'Etat prenait possession d'une multitude de propriétés. On fixait comme il suit le chiffre de la pension des rehgieux sortant du cloître.

Pour les religieux mendiants :

700 livres par an jusqu'à 50 ans.

1000 — — — après 70 —

Pour les religieux non mendiants (2) :

900 livres par an jusqu'à 50 ans.

1000 — — — — 70 — 1200 — — — après 70 —

(1) N* XVIL Inventaire de l'Abbaye d'Aniane.

(2) Pour le règlement de leur pension, les Dominicains furent considérés comme ordre mendiant. On accorda 1,000 livres au supérieur, âgé de 73 ans, et 700 livres à chacun des autres religieux. (Extr. des Reg, du Direct, du Distr. de Afonpt. ; - 19 janv. 1791.)

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Quant aux religieuses on avait proposé 600 liv. pour les sœurs de chœur et 300 liv. pour les converses; on accepta : 700 et 350 ôomme maximum (1).

Lorsqu'on en vint à Tapplication de ces mesures, au lieu de prendre les pensions sur l'ensemble des valeurs provenant des communautés religieuses, on voulut établir la base des opérations sur les valeurs particulières de chaque communauté, pour en partager le revenu entre les divers membres dont elles étaient composées. Or certaines maisons étaient fort pauvres en immeubles et en rentes constituées; elles ne vivaient que du produit de leur travail manuel ou de la rétribution mensuelle payée par les élèves des établissements consacrés à l'éducation. Citons un exemple. Les religieuses Ursulines de Béziers avaient un assez nombreux pensionnat, qui leur fournissaient le moyen de vivre. Le produit total, en 1791, avait été de 6,657 liv. 6 sous, somme qui devait servir de base pour établir le chiffre de la pension de chaque membre de la communauté. Or, comme il y avait 36 religieuses (32 sœurs de chœur et 4 converses), il ne revenait à chacune d'elles que 185 livres, ce qui était bien au-dessous du traitement annuel décrété.

VL — Un mémoire de Necker sur la situation du trésor et l'exécution du décret du 19 décembre 1789, proposait la vente de 400 millions de biens ecclésiastiques. Cette vente rencontrait des obstacles de plus d'un genre ; le principal

(i ) Dans une seconde visite faite au couvent de Sainte-Catherine pour la vérification des revenus et des charges du monastère, on fixa la pension des religieuses à 700 livres pour les sœurs de chœur et à 350 livres pour les converses. Cette pension devait être augmentée par suite des décès qui surviendraient, sans cependant qu'elle pût dépasser 1,000 livres pour les sœurs de chœur et 700 livres pour les converses. (Arch. de l'Hérault, Fonds des religieuses ProHth lanes de Sainte^Çatherine.)

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était que ces biens estimés à 5 milliards, ne trouvaient point d'acheteurs (1).

A Montpellier, les conseillers municipaux voulaient venir en aide au gouvernement. Dans ce but, le rapporteur chargé de présenter une motion sur les biens ecclésiastiques et domaniaux fit les propositions suivantes : « 1^ De délibérer de faire de suite offre à l'Assemblée nationale de prendre, au même titre que la ville de Paris et aux mêmes conditions, pour la somme de dix millions de biens ecclésiastiques et domaniaux; 2<» De nommer des commissaires à l'effet de désigner les biens ecclésiastiques et domaniaux qui pourroient être le plus promptement et le plus avantageusement réalisés. » La question préalable ayant été demandée et refusée, le chanoine Gigot lit un discours sur T opération proposée ; il en reconnaît la convenance et la nécessité, rappelle même plusieurs exemples qui l'appuient ; mais pour le choix des maisons à vendre ou à conserver, il propose « de se concerter avec les chefs de la Religion. » Le procès-verbal de la séance rend un compte infidèle des paroles du chanoine ; on lui prête des paroles qui ne sont point sorties de sa bouche ; il proteste contre ce qu'on lui fait dire et couche lui-même sur le registre l'analyse de son discours. « Après avoir rendu hommage à la sainteté des institutions religieuses, aux vertus et à la charité de sdn évêque, et de ses confrères », il ajoute : « Comment pourrois-je concourir à les dépouiller et à tarir la source où les pauvres puisent continuellement ? (2) »

A Paris, la dépossession complète du clergé fut votée dans la séance du 14 avril. Gouttes, curé d'Argelliers, qui

(1) H. Martin^ xviii, U6.

(2) Arch. municip. de Montpellier^ Reg, des Délibér, du Conseil ; - fpardi 13 avril 1790.

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ne perdait pas graDd'chose à ce vote, et espérait gagner quelque bon traitement en flattant la Révolution, soutint le système de la gauche (1).

VII. — Des commissaires avaient été nommés par la municipalité de Montpellier pour examiner quels seraient les corps à comprendre dans la loi concernant les religieux et les maisons ecclésiastiques. Le travail qu'on leur imposait devait être long et demander du temps. Ils purent enfin, dans la séance du samedi 8 mai 1790, faire leur rapport, et proposer au conseil de déclarer : « 1° Que les religieuses et maisons de filles sont comprises dans les termes du décret; 2° que la maison de TOratoire de Montpellier ne doit pas être considérée comme maison d'éducation; 3° Que les sœurs de la Charité, dites Sœurs Grises et les Sœurs Noires sont seules, à cet égard, dans le cas de Texceptîon ». Le Conseil prononça en conformité. Un membre du Corps municipal proposa de comprendre dans l'exception les religieuses Ursulines; cette proposition ne fut point accueillie, et deux commissaires furent désignés pour se présenter dans chacune des maisons qui se trouvaient dans le cas du décret, y dresser l'inventaire des papiers et des biens meubles et immeubles, et demander à chacun des religieux et religieuses si leur intention était de sortir du couvent ou s'ils désiraient y rester (2).

VIII. — Dans nos pays, comme partout ailleurs, les habitants se divisèrent en deux camps bien tranchés : les constitutionnels et les anti-constitutionnels. Parmi les

(1) L. SciouT, Hist. de la Const. civile du Clergé, 1. 1, p. 164 ; - Paris, F. Didot, 1872, in-8o.

(2) Arch. municip. de Montp.; Reg. des Délih, du Corps Municip., p. 149 ; - 8 mai 1790.

L*ASSEMBLÉE NAtlÔNALE 221

premiers se faisaient remarquer les Amis de V Egalité et de la Constitution, formés en société, ou en club, pour favoriser le nouvel ordre de choses (3 avril 1790), à rimitation du Club des Jacobins, de Paris. Dans la suite nous retrouvons cette société fonctionnant dans toutes les localités du département et exerçant une grande influence au milieu des populations et à Béziers, en particulier. A Montpellier, elle avait pour président Tavocat J. Albisson, homme d*une grande activité et dont le zèle fut puissamment secondé par... un prêtre, docteur en théologie, professeur de philosophie au collège royal de Montpellier, chapelain des Pénitents blancs, Tabbé P.-L. Léger.

IX. — Chez ces Pénitents existe encore aujourd'hui un ancien usage d'après lequel, toutes les années, un prédicateur en renom est appelé à prêcher l'octave de la Pentecôte, dans leur chapelle, placée sous le vocable du Saint-Esprit. En 1790, le chapelain voulut remplir luimême la courte station et prêcha quatre sermons, savoir : le dimanche, le lundi et le jeudi de la Pentecôte et le dimanche de l'octave, fête de la Sainte-Trinité.

Son discours d'ouverture roula sur la Constitution française, et peut être ainsi résumé : « Qu'étaient les Français avant la Constitution ? — L'humanité dégradée par la servitude ; l'affranchissement rendu presque à charge et illusoire par la barbarie féodale; la tyrannie des grands vassaux; la réunion des grands fiefs traînant à sa suite l'odieux système des privilèges; l'épuisement du fisc; la désastreuse vanité ; l'estime si immonde des richesses ; le luxe et la décadence des mœurs; les actes multipliés du pouvoir arbitraire, la redoutable puissance des ministres; les profusions ; les déprédations ; les abus de tout genre!.. Un édifice aussi ruineux n'était pas susceptible d'être réparé ; il fallait le reconstruire par le fondement. — Et que sont devenus les Français par la Constitution? — Dans

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Tordre civil et par la combinaison des trois pouvoirs essentiels, législatif, exécutif, judiciaire; dans l'unité, pour n'avoir plus qu'une France, un seul Roi, un seul ordre de citoyens; tous les citoyens sont devenus soldats et tous les soldats sont devenus citoyens. Dans l'ordre religieux, la Constitution attribue à la nation la propriété des biens ecclésiastiques ; S. Pierre n'avait ni or, ni argent ! Elle interdit à l'avenir l'entrée des ordres religieux. Aux premiers siècles de l'église, il n'y avait pas de ces corps religieux et monastiques; leur établissement est marqué aux époques du relâchement de la discipline et de l'affaiblissement de la piété. » Tel fut en somme le discours d'ouverture. La Révolution française mise sur le compte du S. Esprit, tout comme la transformation des apôtres le jour de la Pentecôte (1).

Le second discours politico-religieux, prononcé le lendemain, avait pour thème : L'inflitence réciproqtte des Lois et de la Liberté, L'orateur applique aux lois de l'Assemblée nationale ce que TApôtre dit de la loi évangélique et divise son sujet, sous forme d'antithèse, à la manière assez usitée des anciens prédicateurs : Point de Lois sans Liberté ; point de Liberté sans Lois, « La loi, dit-il, est l'expression de la volonté générale; mais le peuple ne peut exercer ses droits par lui-même ; il nomme des représentants. De là, les élections. Les législateurs se réunissent et votent. Le secret du vote en assure la liberté. Le prince sanctionne la loi et la fait exécuter. La loi est fille de la liberté. La liberté est le plus grand bien de l'homme ; elle comprend la volonté et l'action. L'homme est toujours libre de vouloir; il n'est pas toujours libre d'agir. En quoi consiste en effet la liberté d'action ? Dans le pouvoir

(1) Discours prononcés dans l'église des Pénilents^Blancs, les 33, 24, 37 et 30 maH790.

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de faire tout ce qui n'est pas nuisible aux autres; principe établi dans la Déclaration des Droits de VHomme et du Citoyen, Droit et devoir sont synonymes. L'homme libre respecte la liberté d'autrui. Donc point de Liberté sans Lois. »

Son troisième discours est coulé dans le môme moule. (( L* Influence récip^oqite des Mœurs et des Lois. Les païens, sans lois civiles, observent la loi naturelle ; leurs mœurs leur tiennent lieu de lois. Les mœurs des premiers chrétiens étaient l'effet des lois d'une Religion divine, mais non d'un gouvernement civil ; les mœurs suppléaient aux lois. Revenez à ces heureux temps ! Refleurissez, mœurs pures ! Nous pourrions nous passer de lois. — La loi est un lien ; si on ne l'observe pas, elle ne lie pas et la corruption des mœurs énerve le gouvernement. Dès lors les lois sont impuissantes. Donc les bonnes mœurs sont préférables aux bonnes lois !»

Enfin le jour de la clôture de la station, Tabbé Léger prononce son dernier discours sous le titre de Panégyrique du Roi. « Par la forme que la Constitution donne à la monarchie française. Jamais le Roi ne fut plus grand. Son autorité est rendue plus parfaite dans \sa nature, plus pure dans son exercice, plus infaillible dans ses efifëts, plus inaltérable dans sa durée. Que manque-t-il à sa gloire I Rien. — Jamais le Roi ne dut nous être et ne nous fut plies cher. Son règne est fécond en grands évènemens. Les actes de son règne sont autant de titres à l'afifection du peuple. Respectons-le ; soyons lui soumis; faisons-le régner sur nos cœurs ! »

X. — Ces discours politiques enchâssés pour ainsi dire dans un cadre religieux, trouvèrent de bruyants approbateurs sans doute : mais les contradicteurs furent nombreux; et, dès le lendemain, c'est-à-dire le 31 mai, la chaire des Pénitents fut occupée par un autre orateur,

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inspiré par des sentiments bien différents et tenant un tout autre langage. Le nouveau prédicateur, Tabbé Bacalon, collègue de Tabbé Léger au collège royal, où il professait la classe de troisième, présidait si non officiellement, du moins par sa haute influence, une association d'ecclésiastiques connue sous le nom de Confraternité des Prêtres du Diocèse de Montpellier^ lesquels se réunissaient d'ordinaire dans la chapelle des Pénitents blancs et dont le but était la défense des intérêts catholiques, contre les entreprises de la Société patriotique, dite des Amis de VEgaliié et de la ConslitutioniX),

L'abbé Bacalon prend pour texte de son discours ce passage du livre des Actes des Apôtres : Pertransiit henefaciendo (2). Il s'adresse à son auditoire sacerdotal et développe cette pensée que le prêtre, à l'exemple du lléderapteur, doit s'appliquer à faire le bien dans son court passage sur la terre; maintenir parmi les citoyens les vertus sociales, la justice, la paix, la soumission à l'autorité, bases du bien public ; et être la ressource des malheureux, l'assistance des indigents, la consolation des affligés. Il rappelle à ce sujet l'admirable conduite de Barthélémy de Las Casas, de Claude Bernard (surnommé le pauvre prêtre), de Saint- Vincent de Paul ; et à propos du soin des malades qu'il recommande à sa pieuse assistance, il cite l'exemple de Saint-Charles Borromée à Milan, de l'évêque Belzunce à Marseille, de notre François- Renaud de Yilleneufve à Aix(3), soignant paternellement

(1) DovAL-JouvE, Montpellier, pendant la RécoL, 1. 1", p. liO.

(2) Act. Ch. X, V. 38.

(3) F.-Renaud de Villeneufve illustra le siège épiscopal de Montpellier (de 1748 à 1766). Nous avons publié sa vie dans les Mémoires de ^l* Académie des Sciences et Lettres de Montpelllier, en 1889; - 1 vol. in-4o.

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les pestiférés, sans tenir aucun compte du danger auquel ils s'exposaient.

« La charité seule, ajoutait-il, et la plus grande charité vous porte à sacrifier ainsi, obscurément, votre repos, vos soins, votre vie même. » Passant ensuite à sa péroraison, il devient en quelque sorte prophète et annonce (le 31 mai 1790) les malheurs de la Révolution. Nous citons, malgré la longueur du passage. Le texte, sans commentaires, fera connaître un prédicateur distingué et oublié, donnera une idée de ce qu'on appela « La horde hypocrite du clergé ré fiduciaire de Montpellier », et servira de réfutation à tout ce qu*a écrit, au sujet de ce discours, l'auteur qui trempait sa plume dans le fiel quand il avait à parler des prêtres : « Ne cédas clero^ sed contra ardentior ito. »

« Que l'impiété vienne maintenant vous taxer d'indiflTérence pour le bien de la société ! Qu'elle vous accuse d'égoïsme, d'insensibilité ! Que, pour' avilir l'honneur de votre Corps, elle exagère malignement les vices de quelques membres ! Et moi, je peindrai les vertus qui vous honorent, je ferai connaître vos travaux ; j'opposerai les services que vous rendez à la patrie ; et la patrie applaudira à mon éloge. En dépit de vos ennemis, elle honorera vos vertus, elle estimera vos travaux et vos services.

» Et que deviendrait-elle, Messieurs, cette chère patrie, si, pour son malheur, vous veniez à lui manquer? L'impie, qui prétend l'aimer, et qui voudrait vous en exclure, a-t-il bien réfléchi sur le vide afireux que vous y laisseriez ? Supposons, que, selon ses vœux sacrilèges, les temples soient abattus, les autels renversés, les prêtres bannis de la société : Quel sera le sort de cette société malheureuse ? O mes concitoyens ! qui vous prêchera la vertu ? Qui vous inspirera l'amour de la justice et de la paix, le respect pour les lois et pour ceux qui commandent? Serace la raison? Mais elle est si faible contre les passions ! Et

HisT. RsLiG. DE l'Hérault. — T. i. 15

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que pourra-t-elle si la Religion rabandonne ? Sera-ce la justice humaine I Mais sa voix peut-elle se faire entendre à tous ? Ses regards peuvent-ils découvrir tous les crimes? Son glaive, peut-il, comme celui du Seigneur, atteindre tous les coupables? Malheureux! Qu'avez-vous fait? En bannissant les ministres de la Religion, vous avez banni la lumière du monde, vous avez rejeté le sel de la terre! Eh bien ! désormais sans cette lumière, vos esprits vont se couvrir des ténèbres de Terreur; sans ce sel mystérieux, vos cœurs vont être livrés à la corruption de tous les vices ; vos mœurs, oui, vos mœurs perverties, comme un torrent furieux, vont se déborder, n'ayant plus la Religion pour guide ; toutes les passions, sans ce frein puissant, vont se déchaîner au milieu de vous comme des bêtes féroces. mes concitoyens, tremblez pour votre patrie, tremblez pour vous-mêmes. Et vous, malheureux, répandus dans cette société impie que les ministres de la Religion ont abandonnés, qui remplacera auprès de vous leurs bienfaits et leurs services î Pauvres indigents, qui plaidera hautement pour vous contre la dureté des riches? Qui donnera du pain à vos enfants, sans craindre d'en priver les siens ? Victimes infortunées des soucis cuisants, des chagrins mortels, quels seront les confidents secrets et compatissants de vos peines? Qui les partagera avec vous ? Qui essuyera vos larmes ? Et vous, plus à plaindre que tous les autres, malheureux humains, étendus sur un lit de douleur, la proie de la maladie, aux prises avec la mort, qui viendra vous apprendre à souffrir? Qui vous soutiendra dans les cruelles angoisses, dans les transes affreuses de vos derniers moments. Sera-ce l'humanité ? Sera-ce la prétendue philosophie ? L'humanité ! Elle est si rare : et quels sacrifices fera-t-elle pour vous, si elle n'est plus excitée par la Religion, si un égoïsme impie achève de l'étouffer dans tous les cœurs ? La prétendue philoso-

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phie ! Elle nous débitera quelques mots pompeux, quelques froides maximes; elle nous rendra même quelques services, lorsqu'elle y trouvera sa gloire et son intérêt; mais hors de là, elle n'ira point pour vous, comme les prêtres, renoncer généreusement à son repos, sacrifier secrètement sa fortune, exposer obscurément ce que l'homme a de plus cher, la santé et la vie. Souffrez donc, malheureux ! Souffrez et mourez sans consolation et sans espérance I

» Du milieu de cette société malheureuse, théâtre de tous les crimes, de toutes les erreurs et de toutes les impiétés, il me semble entendre cette voix lamentable de la patrie : Revenez, Ministres du Seigneur, revenez ; tous les bons citoyens vous désirent ; le malheur ne les a que trop instruits. Revenez; ils vont relever les temples, redresser les autels. Vous remonterez dans les chaires ; vous leur apprendrez comme auparavant à être justes, à s'aimer mutuellement, à obéir aux lois, à respecter ceux qui les gouvernent. Revenez; tous les malheureux vous appellent à grands cris. Revenez pour être comme auparavant leurs amis, leurs consolateurs, leurs pères ! » (1)

XI. — Duval-Jouve qualifie de « violente sortie » (2) cette éloquente prédication, éminemment chrétienne, catholique et sacerdotale et, de plus, fait erreur en disant que les quatre discours de l'abbé Léger « empreints d'un tout autre esprit » et qui constituent « une censure des opinions professées dans l'assemblée de la confraternité et une critique du clergé » furent prononcés quelques jours après » (3) tandis que l'abbé Bacalon succéda, dans

(1) L'Influence du Ministère sacerdotal sur le bien de la 5odété.

(2) Montpellier, etc», t. i, p. 110.

(3)/Wrf.,p. il2-

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la chaire des Pénitents, à l'abbé Léger le lendemain de la clôture de l'octave de la Pentecôte. Ceci est un détail de peu d'importance, si l'on veut, mais qui prouvera l'exactitude de nos affirmations.

Les discours des deux professeurs du collège royal furent imprimés : celui de Bacalon, aux frais de la Confî*aternité des Prêtres du Diocèse, et ceux de Léger aux dépens de la Société des Amis de VEgalilé et de la Constitution ; preuve que les prédicateurs étaient soutenus par de nombreuses sympathies. Remarquons, en passant, une grande différence dans ces publications; la première donne le texte seulement; tandis que la seconde est accompagnée de notes et précédée d'une longue introduction qui est la défense de la doctrine et de la conduite du chapelain des Pénitents blancs.

J. Delalain, auteur d'une intéressante brochure sur les Pénitents Blancs et sur les Pénitents Bleus de la ville de Montpellier^ dit que « après ses quatre discours, trop empreints des idées nouvelles » l'abbé Léger « dût adresser sa démission au bureau de direclion de sa confrérie (1) et Duval-Jouve, qui a suivi cet écrivain, ne manque pas de dire que les Pénitents « exigèrent sa démission à cattse des quatre discours (2) et lui retirèrent son titre de chapelain (3). Ces deux historiens, comme on le verra bientôt, sont dans l'erreur : la démission de Léger ne fut ni donnée ni même demandée.

xn. — A Paris, l'Assemblée nationale était le théâtre de luttes autrement ardentes qui déterminèrent les évêques à se retirer. Après une courageuse défense des

(i) Hist, pop. de Mo?itp., p. 59.

(2) Ibid. p. 375.

(3) Montp, pendant la Révolution^ 1. 1, p. 112.

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intérêts catholiques, une scission déplorable s'était manifestée de nouveau entre les membres du clergé du second ordre, et l'abbé Gouttes, curé d'Argelliers, se rangea du côté des ennemis de l'église (1) ce qui ne l'empêcha pas, quinze ou seize jours après, de prendre hardiment la défense du clergé paroissial, dans la discussion relative au traitement des curés. Le rapporteur proposait un minimum de 1,200 livres. L'abbé Gouttes, avec d'autres, demanda que ce minimum fut porté à 1,500 livres et que le traitement fut payé en biens-fonds. « Ceci, dit-il, est tout à la fois dans l'intérêt de la nation et dans celui du clergé. Il faut que les pasteurs aient une occupation ; il n'y a personne qui, s'il se donne la peine de réfléchir, n'aperçoive qu'en dotant le curé moitié en biens-fonds, celui-ci sera plus sédentaire et veillera bien plus exactement sur ses intérêts. Il trouvera de quoi payer les gages des serviteurs qu'il sera obligé d'entretenir. Quelques précautions que vous preniez, les biens ne pourront jamais être mieux mis en valeur que par les curés ; personne ne connaît mieux qu'eux l'agriculture. La Société d'agriculture n'a jamais reçu de meilleurs mémoires que ceux rédigés par les curés. » Cette opinion, trouvée judicieuse, fut sur le point de triompher; mise aux voix, elle passa par deux épreuves douteuses. A la troisième, elle fut définitivement rejelée, mais à une faible majorité (2).

XIII. — Si l'abbé Gouttes voulait convertir les curés en agriculteurs, les électeurs de l'Hérault, réunis pour la nomination des administrateurs du département, allaient plus loin que lui; ils voulaient en faire des anges! En

(1) Moniteur, séance du Si mai 1790; - Jager, t. i, p. 441.

(2) B. RoBiDOU, HisU du Clergé pendant la RévoL franc.; 1. 1, p. 433.

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effet, dans Tadresse au Roi qu'ils yotôrent avant de se séparer, ils disaient : «... Epoque à jamais mémorable ! où restitués à la dignité d'hommes, nous allons voir les ministres des autels restitués à la dignité d'anges (1)!.. »

XIV. — Un des travaux les plus importants de la Constituante fut une nouvelle division de la France qui abolit les dénominations et les privilèges particuliers des provinces, pour les ramener à l'unité nationale et les soumettre à un régime uniforme d'administration ; ce ne fut pourtant pas sans difficultés et sans oppositions de la part de certains membres de l'Assemblée; et pour ne parler que de nos députés, nous devons mentionner le plaidoyer de l'abbé Gouttes, curé d'Argelliers, en faveur du maintien de l'unité provinciale. Il fit valoir que le Languedoc avait ses dettes particulières, supportées les unes par le corps entier, les autres par les sénéchaussées, les diocèses et les municipalités ; et que la division du territoire sur de nouvelles bases jetterait le plus grand embarras dans ces opérations (2). On ne s'arrêta pas pour si peu et l'Assemblée partagea le royaume en 83 grandes parties qui portèrent le nom de départements (expression usitée depuis longtemps dans le langage officiel de la monarchie) et qui mesuraient en moyenne 380 lieues carrées chacune. Le département fut divisé en districts et les districts en cantons.

XV. — Cependant on se préoccupait à Montpellier de la situation qui serait faite à cette ville dans la nouvelle organisation. Obtenir qu'elle demeurât le centre adminîs-

(1) DovAL-JoovE, Montpellier pendant la Révolut,; t. i, p. 125 (19 juin 1790).

(2) De Vie et Vàissettb, p. 1397,

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tratif du département était pour notre municipalité une affaire très importante. L'examen de la question fut renvoyé à une commission composée de six membres, parmi lesquels figurait le chanoine Crespin. Celui-ci ne voulait pas qu'on restât dans l'inaction en présence de si grands intérêts. On risquait de voir les cités voisines mettre plus d'activité à faire réussir leurs prétentions. Il lui paraissait opportun d'envoyer une députation à l'Assemblée nationale pour solliciter que Montpellier fut désigné comme chef-lieu de département. Cette proposition ayant été immédiatement adoptée, la députation partit (28 novembre) (1). De toutes les villes celle dont on redoutait le plus la concurrence était Béziers. Celle-ci en effet prétendait à l'honneur d'être la tête du département à créer. Elle présenta ses titres, soutint énergiquement ses prétentions et s'efforça de les justifier; faisant valoir son importance relativement à Montpellier^ sa position centrale dans le futur département, la beauté et la fertilité de son territoire, son climat, ses marchés, ses voies de communication (22 décembre 1789) (2). Ce fut peine perdue ; Montpellier obtint la préférence et fut désigné pour chef-lieu du futur « département maritime du Bas- Languedoc » (15 et 22 janvier 1790).

XVL — Dans le courant du mois suivant, l'Assemblée termina toutes ses opérations antérieures relatives à la division du territoire français en votant (26 février 1790) le décret qui fixait la circonscription des 83 départements et en assignant à chacun d'eux son nom définitif, emprunté au fait géographique principal, rivière ou montagne. C'est ainsi que le département maritime du Bas-Languedoc

(1) DovAL- Jouve, 1. 1, p. 83.

(2) Maffi^e de Fontjoye, Béziers il y a cent ans, p. 67 et suiy.

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devint le département de VHérault^ du nom du petit fleuve qui le parcourt. On lui donnait lô territoire intégral des trois diocèses de Béziers, de Lodôve et d'Agde ; la presque totalité du diocèse de Montpellier et du diocèse de Saint- Pons; et une pointe des trois diocèses de Narbonne, de Nimes et de Castres. On divisa cette circonscription en 4 districts : Montpellier, Béziers, Lodève et Saint-Pons, et 52 cantons. Elle comprenait 334 communes, 319 lieues carrées et une population de 290,126 individus.

XVII. — Pendant qu'à Paris on s'occupait de ces grandes questions, le vieil évêque de Lodève, M. de Fumel approchait de sa fin. Plusieurs fois, les prêtres de son entourage l'avaient supplié de s'éloigner d'un pays si fortement agité par les passions politiques et religieuses ; le prélat opposa toujours le refus le plus formel; et comme on revenait un jour à la charge, dans le but de lui éviter les émotions que lui causait la nouvelle des progrès de la Révolution, en allant à l'étranger, où il pourrait attendre la fin d'une tourmente qu'ils croyaient, — à tort — ne pas devoir se prolonger; — « A quoi bon, leur répondit-il, à mon âge ? et avec mes infirmités ? C'est à Lodève que je mourrai, quoi qu'il arrive ». En efi'et, la mort ne se fit pas attendre; trois jours après, il était frappé d'une congestion cérébrale, à laquelle il succombait, le 26 janvier 1790, à l'âge de 73 ans. Les larmes de ses diocésains et les bénédictions des pauvres, auxquels il laissait toute sa fortune, furent son plus bel éloge (1). Cette mort débarrassait l'Assemblée nationale d'un rude champion qui, malgré ses infirmités et son âge, n'aurait pas manqué d'opposer une courageuse résistance à ses innovations schismatiques (2).

(1) L'abbé Lazaire, Eloge de Mgr de Fumel, p. 57 ; — Paris, Hùt, de Lodève.

(2) Un successeur lui fui désigné en la personne de l'abbé de

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XVIII. — Avant d'aller plus loin mentionnons un fait a jamais regrettable et qui ne doit pas être mis simplement sur le compte de la misère publique. Tout le monde sait que la récolte de 1788 avait été détruite en grande partie. Survint un hiver cruel qui augmenta encore la souffrance du peuple. Le clergé ne ménagea aucune de ses ressources, et la charité chrétienne éclata de la manière la plus touchante (1). Mais des hommes malveillants soufflaient l'ingratitude et la discorde, en disant que la richesse était une usurpation sur le pauvre et que le temps était venu de se faire justice. Ainsi, les abondantes aumônes, au lieu d'exciter la reconnaissance de l'indigent, ne faisaient que réveiller sa jalousie et sa cupidité. A Paris, le fabricant de papiers peints. Réveillon, vit une foule considéralde se porter sur sa maison, au faubourg Saint-Antoine, l'envahir, la piller et la saccager (27 avril 1789).

A Béziers, le 31 janvier 1790, vers 9 heures du soir, un des consuls requit quelques compagnies du régiment de Médoc, alors en garnison à Béziers, pour procéder à la saisie d'un convoi composé d'une vingtaine de charrettes, chargées de sel, et que l'on supposait escorté par une bande nombreuse de contrebandiers armés. Une foule nombreuse dans laquelle figuraient les parents et amis des contrebandiers devancèrent les soldats dans l'intention de venir au secours du convoi. Le consul, voyant les compagnies enveloppées par la populace, ordonne de faire feu. Un Biterrôis est tué, plusieurs autres sont blessés; mais les charrettes pénètrent dans la ville et le

Levezou (Jean- Jacques-Gabriel)^ abbé commendataire de Ghâleaudun, au diocèse de Chartres, vicaire général de Senlis et aumônier de Louis XVI. (La France pontificale, Dioc, de Lodève, p. 472.) Mais, le siège épiscopal de Lodève ayant été supprimé par décret du 12 juillet 1790, il ne fut pas donné suite à cette nomination.

(1) Thiers, HisL de la RévoL, U i, p. 36.

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sel, qui se vendait 5 sous la livre, est donné pour 1 sou. La nuit ne porta pas conseil ; et le peuple de Béziers, fou de vengeance, n'écoute que sa fureur : il envahit l'hôtel de ville et commet plusieurs assassinats. En vain accourent plusieurs membres du clergé tant régulier que séculier : M. Julien, curé de la Madeleine, les abbés Caslagnier, Fourcade et Vignes, le P. Eugène, récollet. Une seule voix est capable de porter la consolation dans les cœurs, et la décision dans les esprits. L'évêque Nicolay se rend à l'Hôtel de ville ; on accourt de tous les quartiers ; il paraît au balcon et par une allocution touchante, fait renaître les sentiments d'ordre, d'union et de paix ; une garde bourgeoise s'organise, les consuls et la garnison déployent une grande activité, la tranquillité publique se rétablit et la justice se met en mesure de punir les coupables (1). A la demande du conseil de ville, l'évêque permet la célébration quotidienne de la messe, dans la chapelle de la maison commune, par les religieux récollets, en expiation des meurtres qui venaient d'être commis (2).

(1) La procédure, commencée ou non, n'eut aucun résultat; l'Assemblée nationale ayant décrété, le 21 mars 1790, un mois après les événements, une amnistie générale pour faits de Gabelle*

(2) Sabatier, HisLde la Ville et des Evêq. de Béziers, p. 411- 417 ; — Maffre de Fon^joye, Bé:^iers, il y a cent ans, p. 74^

(26 février — iO novembre 1790)

SOMMAIRE. — I. La Constitution civile du Clergé votée par TAsseniblée. — IL La fête de la Fédération dan» l'Hérault. — IIL Le chapitre cathédral Saint Etienne d'Agde. — IV. Le chapitre cathédral St-Pierre de Montpellier proteste et nomme des commissaires. — V. Le chapitre cathédral St-Nazaire de Béziers demande à continuer à ses frais le service divin. — Lettre de l'évêque de Béziers à son chapitre cathédral et réponse du chapitre. — VI. M. de Malide signe VExposition des principes de la Constitution du Clergé, avec les évéques députés à l'Assemblée nationale. — VIL Les clubs des Amis de la Constitution de Béziers et de Montpellier, — VIII. L'abbé Léger devant les administrateurs du département. — IX. Proclamation et arrêté du conseil du département. — X. Lettre du président du conseil à l'évêque Nicolay.

— XI. L'évêque répond par une déclaration. — XII. Il est dénoncé à l'Assemblée nationale, en même temps que M. de Saint-Simon.

— XIII. Arrêté du corps administratif concernant les communautés religieuses.

I. — L'Assemblée nationale avait détruit YOrdre du Clergé^ en lui ôtant ses biens et en mettant ses membres au rang des salariés ; elle l'avait privé de ses auxiliaires en dispersant les religieux. Persuadée que le christianisme, tel qu'il est établi en France, était trop favorable à la tyrannie et manifestement incompatible avec la liberté et la démocratie, elle entreprit de le changer et

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de le transformer en religion civile. Et en vertu de quel droit allailrelle s'occuper de pareilles matières ? Ce droit elle le puisait dans ces paroles de Mirabeau : « Il faut décatholiciser la France » (1). En effet « on fit alors celte remarque qui n'était pas sans importance, à savoir que c'était le 4« livre de V Institution chrétienne^ de Calvin, quelques lambeaux du traité de la Respublica ecclesiastica et deux ou trois autres ouvrages de Luther qui avaient fourni aux inventeurs de la Constitution civile du Clergé et l'esprit et jusque aux expressions même de cette Constitution » (2).

Par son étiquette seule, la loi ne dit-elle pas ce qu'elle est ? Constitution civile du Clergé ; ne signifie-t-il pas, en eff^et, constitution d'un clergé civile d'un clergé politique^ d'un clergé national) par opposition à clergé catholique'^ Une arme terrible entre les mains des ennemis de l'Eglise pour décatholiciter la France î On n'avait plus besoin du Pape, et, sans lui, on allait supprimer nos cinq anciens diocèses pour les remplacer par un seul. La discussion fut vive, ardente et passionnée. On la vota pourtant (12 juillet 1790).

IL — La sanction royale, à ce moment, n'était pas encore donnée; mais, avec la faiblesse habituelle de Louis XVI, on savait qu'on pouvait y compter. On y comptait, en effet, et dans la capitale on se préparait à célébrer avec un immense concours et une incroyable magnificence le premier anniversaire de la prise de la Bastille. L'enthousiasme des Parisiens s'empara de nos populations qui voulurent, elles aussi, prendre part à cette grande manifestation, à laquelle on donna le nom

(1) Jager, L*EgL de Pr. pendant la RévoL, 1. 1, p. A28. C2) Du MÈOE, Htst. gén. de Languedoc, t. x, p. 737.

LA CONsTltÙtîON CIVILE î)\j CLÈÎIGÈ Sâî

de fête de la Fédération. Daus THérault, la solennité fut moindre sans doute qu'à Paris ; mais le sentiment y fut le même. Dans toutes les communes du département, la fêle avait été annoncée la veille par le carillon de toutes les cloches et par des illuminations. Le lendemain des décharges d'artillerie, de nouveau le son des cloches et le son du tambour ouvrirent la grande journée. Une foule considérable circulait dans les rues. Tout le monde portait les couleurs nationales ; la joie, Tenthousiasme étaient peints sur tous les visages. A Montpellier, une grande fête fut célébrée à TEsplanade et les représentants de la commune et de la garde nationale prononcèrent le même serment que les troupes innombrables réunies, à Paris, sur le Champ de Mars (1).

Des cérémonies de même nature se reproduisirent le même jour dans les diverses localités du département avec plus ou moins d'apparat. A Béziers, dont Tévêque, M. de Nicolay, était en ce «moment considéré comme le chef de l'administration ecclésiastique du département de THérault, la fête présenta un plus grand éclat. Elle fut relevée et animée par la danse des treilles. Dès 9 heures, les corps de métiers, avec leurs bannières, se rendirent à Téglise di^ collège ; le régiment de Médoc et d'autres corps militaires prirent position sur la place de la Madeleine; la garde nationale de la ville et les députés de celles des autres localités du district, sur la place Saint- Félix; révêque, les corps religieux, les paroisses, les chapitres, les officiers municipaux, les notables et députés des communes, se rendirent dans Téglise Saint Félix. A 11 heures, une salve d'artillerie donna le signal du mouvement général du cortège, qui se mit en marche vers la

(1) ProcèS'Verbanx des séances de l'Ass» adm, de r Hérault (mercredi 14 Juillet 1790).

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.place de la citadelle où avait été dressé un grand autel. Un vent d'une force extrême empocha l'évoque de célébrer le Saint Sacrifice. On passa de suite à la prestation du serment civique, militaire et fédératif après lequel M. de Nicolay entonna le Te Deum (1).

A Agde, la messe fut célébrée par le grand-vicaire de Gohin, délégué par le chapitre pour suppléer l'évoque de Saint-Simon dans cette partie du programme (2) ; mais la cérémonie était présidée par l'évoque en personne. Au grand étonnement de tout le monde, le Saint Sacrifice * étant à peine terminé, le mak*e, nouvellement enti'é en fonctions, monta au coin de « l'autel de la Patrie », d'où il fit un discours sur la Fédération, qu'il termina par une invitation adressée à tous les assistants de lever la main en signe de serment, sous lequel on promettait d'adhérer aux décisions de l'Assemblée nationale. Le célébrant était encore au bas de l'autel, revêtu de ses ornements sacerdotaux, ayant l'évêque à sa droite. Personne dans les rangs du clergé ne voulut prêter un pareil serment; à l'exception d'un prêtre bénéficier à la cathédrale Saint- Etienne, qui pour une faute grave avait mérité d'être interdit des fonctions sacerdotales.

Dans beaucoup d'autres localités du déparlement, la messe fut célébrée, en plein air, à l'autel de la patrie et suivie de la prestation du serment fédératif. Voici en quels termes sommaires les registres municipaux ont consigné les détails de la cérémonie officielle à Saint- Gervais sur Mare (nous en respectons scrupuleusement l'orthographe) : « On s'est rendu ensuite devant Y hôtel de la Patrie, dressé sur le quai; le maire a prononcé un

(1) Arch. de l'Hôtel-de- Ville de Béziers ; — Annales deBéziers, p. 45.

(2) Délib. du chap., 12 juillet 1790.

discours paitri du patriotisme le plus peur^ qui lui a mériité les aplaudissemens ». Il faut dire que, à raison du mauvais temps, la messe avait été célébrée dans Téglise paroissiale (1).

III. — Toutes les cérémonies patriotiques et les réjouis* sance enthousiastes de la Fédération ne donnaient pas de pain à ceux qui en manquaient, et les derniers moments du chapitre Saint-Etienne, d'Agde, furent empreints des tristesses de la misère. En vertu des décrets de l'Assemblée nationale, les fermiers des biens ecclésiastiques étaient tenus de verser le prix des baux dans la caisse du district ; la nation se chargeant de payer en argent une pension annuelle à chacun des membres du chapitre. Or, à la date du 17 août 1790, les titulaires qui avaient droit à cette pension à partir du premier jour de janvier, n'avaient encore rien touché pour l'année courante et avaient même été privés de leurs revenus pour les cinq derniers mois de 1789. Ils adressèrent à la municipalité d'Agde, un mémoire, revêtu de leurs signatures et de celle de Tévéque, dans lequel ils exposaient qu'ils étaient livrés à toutes les anxiétés de l'indigence (2).

La municipalité répondit en témoignant de « sa sensibilité pour les titulaires pauvres » et promettant d'appuyer la demande du chapitre auprès des Assemblées administratives, seules compétentes en pareille matière. Encouragé par ces bonnes paroles, le chapitre délibère de faire toutes les diligences possibles pour obtenir du district ou du département le paiement de ce qui est dû aux titulaires de l'église pour les cinq derniers mois de 1789 ; et décide

(1) Arch. de la commune de Saint-Gervais, Reg. des Délib* »• 5, 1789-1798.

(2) kvc\ïAQVmT^\x\i,FondsduChap.mth.d'Agde,r 17aoûti790.

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que dans le cas où on ne se hâterait pas de faire droit à cette demande, le 15 septembre prochain, à compte de la groêsCy on procéderait à une distribution en faveur des titulaires, savoir : 200 livres à chaque chanoine, 150 à chaque hebdomadier et 100 à chaque bénéficier. La direction du département accorda cependant une somme de 30,000 francs qui furent distribués aux chanoines, hebdoniadiers et bénéficiers, une fois pour toutes, à titre d'aliments et dans les proportions de 4 aux chanoines, 3 aux hebdomadiers et 2 aux bénéficiers (1).

IV. — Le chapitre de Notre-Dame de Paris avait pris une délibération sur les projets de loi tendant à dépouiller le clergé' de France de ses possessions; à priver la Religion catholique, apostolique et romaine de son culte public; à supprimer tous les bénéfices autres que les archevêchés, les évêchés et les cures, en salariant tous les ministres du service divin. Il protestait également contre Tabolition des vœux monastiques etsolennels(19avrill790). Nos évêques et nos chapitres cathédraux donnèrent leur adhésion pleine et entière à ces déclarations (2). Le chapitre cathédral de. Montpellier crut devoir s'associer à ces protestations et pria l'église de Paris de vouloir bien le comprendre dans les démarches qu'elle ferait visà-vis de l'Assemblée nationale. Il résolut aussi d'adresser une circulaire aux dififérents chapitres du royaume, pour les inviter à se conduire de la même manière, afin d'opposer au malheur qui menaçait le clergé une marche constante et uniforme. Mais ses efforts demeurèrent sans résultat et, dans la lutte, ses armes furent brisées (3).

(1) Arch. du dép. — Reg, des Délib, du Chap, cath. d'Agde,

(2) Jager, HislJde VEgL de Fr. pendant la RévoL, 1. 1^ p. 4i0; — Mémoires d'Auribeau, t. i, p. 394.

(3) J.-P. Thomas, Mém. hist. sur Montp., p. 241.

LA COKStlTUTION CiVîLË BU CLERGÉ â41

En attendant qu'on vint se présenter pour Texécution des tristes décrets, il nomma une commission composée de 4 membres, Loys, grand archidiacre; Cambacérès; Lajard et Ollivier des Paillères, à laquelle ils adjoignirent les syndics annuels, de Gaston et Broussonnet, les chargeant d'administrer toutes les affaires capitulaires (1).

Dès le lendemain, la loi néfaste était ofBciellement notifiée à tous les intéressés du département de THérault (2). Les chanoines cessèrent le 10 octobre la célébration de Tofflce public, bientôt imités par les chapitres collégiaux de la Trinité, de Sainte-Anne et de Saint- Sauveur, de la même ville, et tous se préparèrent au moment cruel où on viendrait les sommer d'obéir à la loi du plus fort. Ce moment ne se fit pas attendre. Le 16 du même mois, sur les sept heures du soir, le Maire de Montpellier et un OjfRcier municipal se rendirent à l'église cathédrale, munis des pouvoirs dont ils justifièrent aux syndics. Ils demandèrent les clefs des pièces et des armoires où étaient renfermés les effets et les papiers du chapitre. Avant de remettre les clefs, les syndics leur firent lecture d'une déclaratioi^ue l'on pouvait considérer comme une protestation des chanoines; ils en donnèrent une copie en forme et en requirent acte dans le procèsverbal qui serait dressé. Gela leur fut accordé. Voici comment était conçue cette déclaration :

« Attachés au service de cette église par l'institution canonique et la volonté des fondateurs, avec l'agrément et sous l'autorité du Monarque et de la Nation, nous pensions que nos liens ne pouvaient être brisés que par l'action réunie des mêmes pouvoirs qui avaient concouru à les former. La puissance temporelle en a, seule, pro-

(1) Reg. des Délib., - 4 octobre 1790.

(2) Arch. mun. de Montp., série D, 3, A Iministraiion générale» HisT. Relio. dk l'Hérault. — T. i. 16

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