IX. — LES RÉCOLLETS DE MONTPELLIER
Les Récollets furent appelés, en 1622 par Louîs XIII, pendant le siège qu'il faisait de la ville de Montpellier, 19 religieux firent le service du camp, et s'en acquittèrent avec tant de succès que, mus par un sentiment de reconnaissance, les divers corps demandèrent leur établissement définitif à Montpellier après que la ville aurait été réduite sous l'obéissance du roi. Lorsque la citadelle fut construite, le marquis de Valençay, gouverneur de Montpellier, nomma deux Récollets aumôniers de la garnison ; mais l'ordre de ces religieux n'étant pas alors établi dans la ville, ils suspendirent leurs fonctions pendant quelque temps. Rappelés à la Citadelle, en 1633, ils continuèrent depuis à en faire le service et se logèrent d'abord à l'étroit, au nombre de 15, dans une maison de la rue Blanquerie. Mais, M. Jean de Sartre, conseiller à la Cour des comptes, aides et finances, ne devait pas les y laisser longtemps. Il voulut être le fondateur d'une maison de Récollets; et comme il n'avait trouvé autour de Montpellier aucune place ni assez belle ni assez commode, il céda son jardin et une terre attenante complantée en vigne; le tout situé au quartier de Villefranche, hors la porte de la Blanquerie, sur le chemin de Castelnau.
(1) L'adjudication en fut faite le 29 floréal an vi (18 mai 1798) au prix de 768,000 livres.
(2) Arch. de THérault, Série H., Fonds des Récollets de Montp.; — D'AiGREFEuiLLE, Hist, de Monlp., ii« partie, Ch. xi ; — L'abbé Cassan, La Chap. du Sém, de Montp. ; — E. Thomas, Le Sémin. de Monlp,; — L. Guiraud, TV.-D. de Montaigu, dite de la Citadelle, Montp., - Galas, 1886, in-12.
La prise de possession et la bénédiction présidée par Tévêque Bosquet (10 mars 1664), fut à la fois une solennité civile et religieuse. Le zèle de M. de Sartre ne s'en tint pas là ; il comprit dans ses donations successives d'autres pièces de terre dont il fit l'acquisition parce qu'elles étaient à la convenance du couvent. La pose de la première pierre par l'évêque, qui eut lieu le 5 octobre 1664, en présence de 10,000 personnes, fut une nouvelle solennité dont l'éclat égala celui de la première. La construction du couvent dura deux ans et demi. Enfin, tous les travaux étant terminés, une troisième solennité, plus brillante que les deux autres, s'accomplit le 25 octobre 1666. Les Récollets partirent en procession de la rue de la Blanquerie, accompagnés de M. de Bezons, intendant de Languedoc, de MM. de Sartre et de Toyras, des Consuls en robe rouge, et d'une foule compacte.
Une salle du rez-de-chaussée, convertie provisoirement en chapelle, permit d*attendre la construction d'une belle église, dont la bénédiction fut retardée jusqu'en 1689.
Aimés et vénérés des habitants de Montpellier, comblés de privilèges par la municipalité, honorés de l'estime et de la confiance des évêques du Diocèse, les Récollets surent se rendre utiles au bien des âmes et venir en aide au clergé séculier pour la direction des consciences et pour la prédication. La Révolution fut la pierre d'achoppement contre laquelle vint se heurter l'ardeur de leur zèle.
Les Récollets avaient en outre un établissement de leur ordre à Ganges.
II. — LES COUVENTS DE FEMMES L — LE BON PASTEUR DE MONTPELLIER(l)
L'Œuvre du Bon-Pasteur, après avoir pris naissance à THôpital général, avait été transférée dans un local particulier situé derrière l'hôpital Saint-Eloi dont il n'était séparé que par une rue fort étroite (1696) (2). On y entretenait une quarantaine de jeunes filles, auxquelles on rendait la liberté quand on croyait pouvoir compter sur la sincérité de leur conversion. Quant à celles qui, se méfiant de leur faiblesse, redoutaient de se trouver en face de nouveaux dangers, on les conservait dans la maison, en attendant de pouvoir leur procurer un établissement honnête,
Deux personnes étaient placées à la tête de l'œuvre ; l'une qui veillait sur le personnel et sur les dépenses journalières ; l'autre, dont la mission uniquement financière s'étendait à tous les intérêts matériels soit du dedans, soit du dehors. La première était religieuse, sous le nom de Sainte-Glaire (3), la seconde, purement laïque, avait le titre de mère et de trésorière, M°^« Ramond de Reclot. Celle-ci dans les premiers jours de janvier rendait ses comptes en présence de l'évêque. Tous les mois, elle versait entre les mains de la supérieure la somme jugée nécessaire et suffisante pour les dépenses journalières,
(1) Arch. de l'Hérault, Fonds du Bon-Pasteur^ Registres de comptabilité du i^^ janvier 1788 au Si décembre y7P5; — D*AiGRE- FEUiLLE, Hist, de la ville de Montp., ii« partie, L. x., Ch. ii.
(2) Dans la snite la maison du Bon-Pasteur fut reconstruite et annexée à Saint-Eloi, au moyen de la suppression de la ruelle.
(3) Jusqu'au !•' avril 1791, elle était aidée par deux religieuses qui déclarèrent, à cette époque, ne pouvoir continuer.