‹ Histoire religieuse du département de l'HéraultChapitre 41 sur 141 · DE BÉZIERS · texte numérisé non relu

DE BÉZIERS

marcher un jour sous sa houlette, lui exprima les sentiments du regret le plus sincère ; et celle de Béziers reçut son nouvel évêque avec une joie profonde : il arrivait précédé d'une grande réputation de générosité et de savoir. Il continua en efiet à Béziers, les traditions de son prédécesseur, qui disait des pauvres : « Ils sont les créanciers des évêques ».

A peine arrivé dans son diocèse, il sut conquérir l'estime et les vives sympathies de ses ouailles. La douceur de son caractère, son urbanité et son inépuisable charité envers les déshérités de la fortune lui gagnèrent tous les cœurs. Il marqua sa prise de possession par un acte de munificence envers les pauvres de sa ville épiscopale par le payement d'une dette de 40,000 livres dont l'hospice Saint- Joseph était tenu vis-à-vis de lui, en sa qualité de successeur de M. de Bausset. Il donna gracieusement quittance de la somme. Ce fut là le premier anneau de cette chaine non interrompue de bonnes œuvres (Jui en marquèrent la durée. Sa fortune lui permettait d'être largement aumônieux ; en effet, aux 60,000 livres de revenus annuel qu'il retirait de son évêché, il ajoutait 50,000 livres de son patrimoine et 10,000 livres de l'abbaye de Saint-Sauveur le Vicomte, bénéfice qu'il possédait en commende. Prétendre énumérer toutes ses largesses durant son long épiscopat, serait assumer une tâche impossible à remplir. Il versa l'argent à pleines mains dans le sein des pauvres. Les sommes de 10 ou 12,000 livres sortaient à l'occasion de Févêché et arrivaient à l'hôpital. Toute famille honnête qui tombait dans l'indigence était portée d'office sur son livre de pensions et cette sorte de malheureux lui coûtait jusqu'à 40,000 livres par an. Aucune misère ne frappait ses yeux ou ses oreilles sans qu'elle fut promptement secourue. Durant l'hiver rigoureux de 1789, il se mit à la tête des souscripteurs appelés à former un grenier d'abon-

dance. Il reçut dans son palais les infirmes et les vieillards indigents. On jetait dans l'immense cheminée de la salle des pas-perdus des arbres entiers, enlevés au parc de Lignan, sa résidence favorite, pour réchauffer ces malheureux qui se mouraient de faim et de froid et auxquels on distribuait des aliments ; prouvant ainsi d'avance la vérité de cette magnifique parole qu'il écrivait, en 1791, au maire de Béziers, après son dépouillement universel : « Je n'attachais de prix à la fortune que j'ai perdue qu'à cause des- facilités qu'elle me donnait de soulager l'indigence ».

En cette même année désastreuse de 1789, comprenant à quoi peut servir le luxe dans le rôle de la charité, il renouvela complètement son mobilier, afin de venir en aide à la classe ouvrière. Peu d'années auparavant, et dans la môme pensée charitable, il avait entrepris la construction d'une série de terrasses, destinées à mettre en communication le palais épiscopal avec le Faubourg du Pont.

A son avènement à l'épiscopat, il supprima les cimetières des églises, qui étaient des foyers d'infection, et les remplaça par un autre au nord de la ville, sur une colline qui domine le cours de l'Orb.

Avec une physionomie douce, des traits réguliers et un teint délicat, M. de Nicolay était le type de ces prélats du xviii« siècle, élégants, cultivés, qui portaient la Croix de Malte sur leur poitrine, sans oublier la croix divine dont leur front est oint et qu'on devait retrouver, sans peine et tout naturellement, évêques, confesseurs de la foi et martyrs de Jésus-Christ.

Sa délicatesse dans les procédés, le respect qu'il professait pour les personnes, ses largesses mutipliées, le sacrifice même de sa dignité de seigneur et d'évêque qu'il faisait volontiers dans l'intérêt du bien, pour prévenir les

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autorités locales et proposer même des médiations puissantes; tout lui concilia bientôt Testime et Tafiection des Bitterois. Ces sentiments se manifestèrent plus particulièrement dans deux circonstances ; Tune à l'occasion de son 'père, Tautre dans un moment où il courut personnellement un grand danger.

On apprit à Béziers, dans les premiers jours du mois de mars 1785, que le père de Tévêque venait de tomber dangereusement malade. Aussitôt la foule des pieux fidèles s'empressa de courir dans les églises pour demander à Dieu sa guérison. Le Chapitre collégial Saint-Aphrodise délibéra que tant que durerait la maladie, il serait dit tous les jours une messe pour le marquis de Nicolay (1).

Le dernier jour du mois d'avril, à la nouvelle que le malade venait de succomber, prêtres et laïques s'empressaient de se rendre au palais épiscopal pour dire au chef du Diocèse la part que tous prenaient à sa douleur. Le chapitre Saint-Aphrodise fit plus. Dans sa séance du l*"" avril 1785, il décida qu'il irait en corps voir l'évêque pour lui témoigner « toute sa sensibilité », et l'informer en même temps qu'on ferait à la collégiale un service isolennel, auquel seraient invités la noblesse, le corps consulaire et les autres personnes qu'on avait l'habitude de convoquer en pareille circonstance. A ces premières dispositions on ajouta les suivantes : Pendant le service solennel des messes basses furent célébrées dans toutes les chapelles de la nef; tous les jours, un mois durant, le matin, on dit une autre messe basse dans la collégiale et le soir après Compiles, on récita le psaume De Profundis (2).

(1) Reg. des Délib. du Chap» Saint-Aphrodise, - 6 mars 1785.

(2) Ibid. - 1er avril 1785.

HisT. Relig. de l'Hérault. — T. i, 5

A la tristesse profonde que lui causa la mort» de son père, vint bientôt s'ajouter une terrible infirmité. L'évêque fut pris d'atroces douleurs et se vit dans la nécessité de réclamer des hommes de Tart la redoutable opération de la lithotritie. En vue d'obtenir la protection du ciel en faveur de Tauguste malade, les vicaires généraux ordonnèrent les prières dites des 40 heures, pendant lesquelles le Saint-Sacrement demeura exposé dans réglise de Saint-Aphrodise. Le Chapitre collégial commença la veille de l'opération deux neuvaines solennelles, l'une à l'autel de N.-D. de Bon-Secours, dans le cloître et la seconde à l'autel des Reliques de S. Aphrodise et de S. Guiraud. Ces deux neuvaines attirèrent tous les jours une foule si considérable qu'on n'avait jamais rien vu de pareil. Pendant qu'on pratiquait l'opération, la population accourut sur la place Saint-Nazaire et en attendit dans une attitude anxieuse, le résultat. Lorsque du haut du perron du palais épiscopal, le succès fut annoncé, il y eut une acclamation générale, et la soirée se passa en réjouissances publiques. Le lendemain, tout le personnel des Chapitres, du Séminaii'e, du Collège et des Communautés religieuses envoya des délégations pour féliciter le malade. Les grands-vicaires autorisèrent les chanoines de Saint-Aphrodise à donner la bénédiction du Très Saint-Sacrement tous les jours, jusqu'à ce que la vie du cher évéque fut déclarée hors de danger (1).

Une fois cette certitude acquise, les membres du Conseil général de la commune eurent à cœur de consigner dans les registres de leurs délibérations l'expression de leur joie personnelle et de leur reconnaissance pour l'éminent opérateur Deschamps, chirurgien de l'hôpital de la Charité à Paris. Ils le proclamèrent

(i) Reg, des Délib.

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