‹ Histoire religieuse du département de l'HéraultChapitre 44 sur 141 · II. -^ LE CHAPITRE COLLÉGIAL SAINT-APHRODISE DE BÉZIERS · texte numérisé non relu

II. -^ LE CHAPITRE COLLÉGIAL SAINT-APHRODISE DE BÉZIERS

Le Chapitre de Saint-Aphrodise dépendait de l'ancienne abbaye de ce nom, laquelle appartenait à Tordre de Saint-Benoit. Il fut sécularisé et érigé en collégiale, tout en conservant son abbé. Celui-ci nommé par le roi était taxé en Cour de Rome à 50 florins et avait le privilège d'officier avec les insignes épiscopaux. Cette prérogative convenait à une église où reposaient les corps des deux évêques de Béziers, mis au rang des Saints : Aphrodise (3) et Guiraud, et qui, dans le principe, avait eu rhonneur de posséder le siège épiscopal de Béziers. L'abbé de Saint-Aphrodise avait le premier rang parmi les abbés du diocèse de Béziers. Il exerçait pleine juridiction tem-

(1) Règ, des Délib. du Chap, calh, Saint-Nazaire , - samedi, /«' octobre 1785,

(2) Arch. de THérault, Fonds du Chap, coll. Saint-Aphrodise; - Reg, des Délit,

(3) A propos de Saint-Aphrodise, nous citerons ici quelques lignes empruntées à la Description de V Hérault, par Renaud de Vilbach, p. 338. « La dévotion des Biterrois à leur premier évêque était si grande qu'ils honorèrent jusqu'à son chameau ; 800 livres de rente avaient été constituées en fiel pour le représentant du chameau de Saint-Aphrodise. Il était promené en cérémonie le jour de sa fête, nommée Caritas parce qu'on faisait aux pauvres des distributions de pains. Elles étaient payées sur le revenu de sa dotation. Le surplus était employé en divertissements. Le malheureux chameau fut brû é au commencement de la Révolution, et son fief mis sous le séquestre; mais pour s'en emparer légalement, — on aura peine à le croire — le chameau fut porté sur la liste des émigrés. »

porelle dans le Bourg, pour les causes civiles et pour les causes criminelles, rendant la justice aux habitants par ses officiers qui étaient un viguier et un juge.

Une fois en présence des membres de sa collégiale, revêtu comme eux du surplis et de l'aumusse, il n'avait que la préséance, avec une seule voix dans les délibérations. En 1769, des difficultés s'étant élevées entre le Chapitre etTabbé, qui était alors Maillé de La Tour-Landry (du diocèse d'Angers), à raison du droit que ce dernier prétendait avoir d'entrer dans la salle capitulaire, non pas simplement avec le surplis et Taumusse des chanoines, mais en rochet et camail; ce que les capitulants lui contestaient. Le différend fut porté devant Tévêque de Béziers, Bausset de Roquefort. L'abbé reconnut qu'il n'avait aucun droit à ce qu'il demandait. De son côté, content et satisfait, le Chapitre consentit, par égard pour son premier dignitaire, mais pour un an seulement, à ce que l'abbé put entrer dans la salle capitulaire en rochet et camail; à la condition que, ce temps écoulé, il prendrait le simple costume de chanoine, à l'exemple de ses prédécesseurs. Cette convention couchée sur le I^egisire des Délibérations fut signée par l'abbé qui, dès le lendemain assistait à une réunion capitulaire en rochet et camail et apposait son nom au bas du procès-verbal.

Dans une assemblée subséquente, un chanoine qui rentrait à Béziers, après une longue absence, fut très étonné de la voir présidée par l'abbé, avec le costume temporairement concédé. Ignorant, sans doute en vertu de quel droit l'abbé de La Tour -Landry paraissait avec un costume différent de celui des capitulants, il lui en fit brusquement l'observation, et le somma de le quitter pour prendre le surplis et l'aumusse; ce que l'abbé refusa de faire, d'après l'autorisation reçue; mais la chose ne traîna pas longtemps et le 22 juin 1780, un an jour

pour jour, la permission donnée fut retirée, avec cette mention qu'à l'avenir il ne serait jamais plus permis à l'abbé et à ses successeurs de paraître aux assemblées capitulaires avec un habit différent de celui des chanoines. Toujours en tête, si l'on veut, mais sur la même ligne que les simples collégiaux, l'abbé devait assister aux oflSces pour avoir part aux grandes distributions. En cas d'absence non justifiée, il était pointé tout comme les autres.

A l'abbé de Maillé, démissionnaire, succéda l'abbé Delort (Guillaume- Auguste), prêtre du diocèse de Marseille. Son brevet royal portait la date du 8 février 1784. Il fut reçu au son des cloches, accompagné de son frère Pierre-Bénigne, vêtu du rochet et du camail. Le Chapitre se rendit en procession à la porte de l'église, ayant à sa tête le chanoine-sacristain en chape. Le nouveau venu se mit à genoux sur un carreau de velours, et baisa la croix qui lui était présentée. Il fit ensuite entre les mains du chanoine-sacristain, assis dans un fauteuil et couvert, la profession de foi ordonnée en pareille circonstance. Après cette formalité, le sacristain prononça une harangue au nom du Chapitre et entonna l'antienne Similaho et se mit en marche vers l'autel, où se disent les prières usitées pour la réception des prélats. L'abbé fut conduit dans la salle capitulàire, où il entra pour la première et dernière fois en rochet et camail; il se plaça à genoux sur le marche-pied de l'autel, en face du président du Chapitre, prêta le serment des abbés entre les mains du sacristain et fut enfin installé à la première place du chœur que lui céda le sacristain. On revint ensuite au chœur; l'abbé chanta la messe et fut reconduit par quatre chanoines jusqu'à la maison abbatiale.

En 1789 la collégiale comptait dix chanoines, y compris

l'abbé, deux hebdomadiers et dix-neuf bénéflciers ou chanoines de second ordre, qui n'avaient aucun droit à siéger dans les assemblées capitulaires , où ils étaient représentés, le cas échéant, par un syndic.

Mais les emplois du Chapitre étant plus nombreux que les chanoines, les hebdomadiers ou bénéfîciers étaient appelés à combler les vides. Toutes les années ces fonctionnaires étaient renouvelés; mais non point les dignitaires qui étaient le sacristain et le précenteur ou grand-chantre. On choisissait 2 prévôts, 2 auditeurs des comptes, 1 trésorier, 1 syndic, 1 ouvrier (ou marguillier), 1 ponctuaire et 2 archivistes.

D'ordinaire, les candidats à un canonicat ou à un bénéfice devenu vacant par une cause quelconque, décès, démission, résignation, faisaient parvenir en Cour de Rome leur demande accompagnée de leurs titres. Une fois munis de leur nomination, ils se présentaient à l'évêque diocésain et lui demandaient son visa.

Souvent aussi les prétendants recouraient à l'abbé de Saint- Aphrodise. Après l'obtention du bénéfice, le nouveau titulaire avait à se faire agréer par le Chapitre qui dressait le procès-verbal d'admission, pièce sans laquelle il ne pouvait être procédé à la cérémonie d'installation. Mais, ici, comme en tant d'autres points, nous retrouvras les traces d'une certaine lutte pacifique entre le Chapitre et son chef. Celui-ci se croyant en droit d'agir en son propre nom et sans le concours de personne, délivrait le titre de nomination au nouveau chanoine ou bénéficier, qui allait ensuite présenter sa feuille au Chapitre. Toute manuscrite qu'elle se trouvait, la formule était stéréotypée, en ce sens que les vénérables capitulants y étaient complètement oubliés. Ceux-ci ne s'en émouvaient point, ou du moins se contentaient dans l'insinuation du titre de relever ce qu'il y avait de contraire à leurs droits et

privilèges : ils auraient voulu que l'abbé restât sur la même ligne qu'eux, sans la « mordre » le moins du monde, tandis que l'abbé laissait les chanoines se morfondre en récriminations. <x Vous nous serez toujours fidèle et obéissant, de môme qu'à nos successeurs (1). Aussi pourquoi ne pas se rendre à la réclamation des chanoines qu'il fut fait d'eux cette mention : « Nos Confrères » (2) ? Ce droit de nomination, appartenant à l'abbé de Saint-Aphrodise, passait à l'évêque diocésain pendant la vacance de l'abbaye. Ainsi nous voyons M. de Nicolay nommer aux canonicats et aux bénéfices après que Maillé de Latour-Landry eut remis sa démission entre les mains du roi.

Le pape, l'abbé, l'évêque n'étaient pas les seuls à pourvoir aux canonicats et autres bénéfices devenus vacants à Saint-Aphrodise. La plupart des chanoines jouissaient du même privilège à l'égard de certaines prébendes qui dépendaient de leur canonicat. Ils en disposaient sans difficulté aucune en faveur des candidats de leur choix (3).

A leur prise de possession, les nouveaux admis devaient payer à la mense capitulaire un droit d'entrée qui était

(1) « Quod nobis et stœessonbus nosiris fidelis et obediens erU. »

(2) « Quod nobis, successoribus nostris, omnibus et singulis canonicis confraCribiis nosins fidelis et obediens eris. »

(3) Ainsi, le 3 février 1781, Dulac (Jacques- Rose), clerc tonsuré de Béziers est pourvu, par le chanoine Ëmmanuët Cielle, du bénéfîce devenu vacant par la démission de Gouteau (Jean- Baptiste-Louis) ^ clerc minoré; — le 27 mars 1783, Roube (Louis- Antoine-Melchior), prêtre de Béziers, est nommé par le chanoine Salvan, à la prébonde que possédait Henry Malaret, devenue vacante par décès; — le 13 février 1789, Bosquet, prêtre, professeur d'humanités au collège royal de Béziers est mis en possession, par le chanoine Portalon d'Uoussières, de la prébende dont venait de se démettre Martel» prieur de Margon.

fixé par Tusage à 50 livres pour les chanoines et à 28 livres pour les bénéficiers ; mais on leur donnait le temps des*économiser sur leurs revenus de Saint-Aphrodise la somme à compter; souvent elle n'était payée qu'après un délai de 2 ou trois ans. Le surplis était commun aux membres du haut et du bas chœur; ce qui distinguait les chanoines des simples bénéficiers était Taumusse dont les premiers devaient toujours être vêtus d'après les anciens règlements, renouvelés le 4 novembre 1779. Aucun titulaire n'entrait au chœur qu'en robe traînante. On était inexorable sur ce point et tout contrevenant distrait était pointé et privé de sa part de distribution, tout comme s'il avait manqué l'office.

Depuis la fondation de la collégiale les places des titulaires étaient ainsi disposées : Entrant par la grille du chœur, en face de l'autel, à droite et à gauche, le trône de l'abbé à droite. Les deux hebdomadiers, Tun à droite, l'autre à gauche; les 17 prébendes, 8 d'un côté et 9 de l'autre, et séparés des chanoines par deux ou trois stalles vides. Gela ne souffrait aucune difficulté ; le nombre des stalles étant de 42. Mais le 20 février 1774, il plul aux prébendes d'aller coudoyer les chanoines et d'occuper les stalles vides laissées entre les membres du haut-chœur et ceux du bas-chœur, prétendant que c'était leur droit. Les deux chefs de file sont mandés à la salle cap'tulaire et prévenus en même temps qu'ils seront pointés jusqu'à comparution, c'est-à-dire privés de leur rétribution pour la présence au chœur. Les individus cités se présentent et la «pointe» est enlevée; mais là ne s'arrête p8s la résistance des prébendes; il autorisent leur syndic à introduire une instance, contre le Chapitre, devant le sénéchal de Béziers, pour y voir déterminer les places que les bénéficiers de second ordre doivent occuper au chœur. Celte petite tempête fut de courte durée et n'occasionna

pas de grands sinistres; le 22 mars suivant, c'est-à-dire un mois après, la paix était rétablie et les prébendes cessèrent de coudoyer les chanoines.

Nul des titulaires ne pouvait s'absenter des offices sans autorisation et sans être pointé. Pour trois jours, au maximum, la permission était accordée par le président du chœur ; pour une absence plus longue, il fallait s'adresser au Chapitre, qui se montrait toujours fort accommodant en faveur des jeunes clercs, étudiant dans les séminaires ou les universités; mais non point pour ceux qui, résidant dans la ville, ne se montraient pas lorsqu'ils avaient à payer de leur personne (1). On accordait aux vieillards ce qu'on appelait la vétérance, c'est-à-dire la dispense de l'office de nuit.

Et ce n'était pas seulement la présence corporelle qu'on demandait des titulaires; ils étaient tenus à chanter. Cette obligation ils la connaissaient parfaitement, car, à leur réception, si on n'était pas assuré de leur talent, le précenteur ou grand-chantre leur faisait subir un examen sur le plain-chant et lorsque le candidat, prébende ou même chanoine, était reconnu nul ou simplement faible sur ce point, on lui accordait six mois pour prendre des leçons et se mettre en état de remplir ses fonctions. « Canànicus etcanendo » disent les dictionnaires ecclésiastiques. Passé ce délai, l'insuffisance étant bien établie, le sujet était traité comme n'assistant point aux offices et pointé jusqu'à ce qu'il fut en état de chanter son antienne.

Ce qu'on appelait les présences constituait avec les

(I) Le prébende Pailhès, clerc tonsuré, ne s'était point présenté pour communier à la grand*messe le jour de Pentecôte. On envoya chez lui un des serviteurs du Chapitre pour savoir la raison de son absence. Il fît répondre qu'il était malade. Un serond émissaire lui fut expédié, chargé de le sommer d'avoir à comparaître devant les capitulants, dès qu'il serait en état de sortir. Peut-être avait-on à lui reprocher un manque habituel d'exactitude (6 juin 1775).

usages ou gros fruits les revenus des chanoines. Les usages ou gros fruits étaient le produit annuel des propriétés rurales de la mense capitulaire en grains, vin, huile, œufs, chapons, agneaux, etc. Ils s'élevaient pour chaque exercice à la somme moyenne de 50,000 Uvres sur lesquels les chanoines recevaient près de 1,000 livres en 3 payements égaux, le 1«^ octobre, à Noël et à Pâques. Quant aux présences payées sur les revenus communs, elles étaient ainsi réglées : Rétribution aux chanoines, pour chacune des fêtes principales, 3 livres à répartir pour chacun des trois offices; 1 franc par office. Assistance aux processions de la fête de S. Guiraud et de la Fête des Rois, 50 livres, représentant Thuile qu'on avait coutume d'y gagner. Assistance à la messe de minuit, le jour de Noël, jusqu'à la fin de Laudes, 24 livres (en représentation des poules). Assistance à l'oflSce du Jeudi-Saint (en représentation des œufs) 6 livres. Assistance aux obits, avec obligation de ne pas quitter le chœur jusqu'après l'absoute, 4 sous. Ce que nous venons de dire était le tarif des chanoines. Les simples prébendes recevaient la moitié de ce qui revenait à ceux-ci, soit pour les usages ou gros fruits, soit pour les présences au chœur.

Une partie de cet argent revenait toutes les années aux pauvres et aux bonnes œuvres. Sans parler des largesses distribuées par le corps des bénéficiers, celui des chanoines titulaires était assez considérable. Ainsi pendant les premiers mois de 1789, où le froid se fit si rudement sentir, le Chapitre Saint-Aphrodise distribua pour plus de « 15 louis d'or » de pains, on fit beaucoup d'autres aumônes; il donna notamment à la ville 300 livres pour aider la municipalité à revendre le blé 20 et 30 sous le sétier, en dessous du prix d'achat. Le corps capitulaire devançait ainsi les démarches faites peu après envers les décimateurs.

En vertu de ses possessions immobilières, le Chapitre Saint-Aphrodise était classé parmi les principaux contribuables et, en cette qualité, admis à envoyer ses députés à la maison consulaire pour assister aux délibérations, ayant pour objet Télection des officiers municipaux et les autres fonctions publiques et politiques intéressant la ville de Béziers. Le Chapitre avait été maintenu dans ce droit par plusieurs arrêts du Parlement de Toulouse, de même que dans le droit de voter dans toutes les délibérations, par l'organe de ses deux députés, et immédiatement après les deux députés du Chapitre cathédral.

Après rétablissement des maires et autres officiers municipaux, le roi avait créé des conseils politiques dans toutes les villes et communautés du royaume. Celui de Béziers fut composé d'un nombre fixe de conseillers, à la tête desquels étaient un membre du Chapitre cathédral Saint-Nazaire et un membre du Chapitre collégial Saint- Aphrodise, ayant chacun une voix. Il ne fut point dérogé à ce règlement par TEdit royal du 3 mai 17G6, et néanmoins le 7 janvier 1773, le maire, à propos d'une affaire particulière, prétendit que les représentants des deux Chapitres étaient récusables et devaient en conséquence s'abstenir d'opiner. La difficulté n'était que momentanée et nous voyons dans la suite les chanoines de Saint-Nazaire et de Saint-Aphrodise se faire représenter par leurs délégués dans les affaires intéressant la communauté et en particulier lorsqu'il s'agissait de nominations consulaires. Les chanoines et les municipaux s'entendaient d'habitude et avaient entre eux des rapports religieux, comme ils en avaient de poUtiques.

Toutes les fois que la sécheresse désolait la campagne, ou même dès que la pluie se faisait tant soit peu désirer, les consuls avaient recours à la protection de S. Aphrodise, et s'adressaient à l'évêque, pour en obtenir l'autorisation

de faire des prières publiques et des processions dans lesquelles étaient portées solennellement les reliques du martyr, premier évéque et patron de la ville de Béziers, et celles de S, Guiraud, un de ses illustres successeurs (1). La procession partie de la cathédrale, se rendait à Saint- Aphrodise, où, après le chant des compiles, elle recevait la bénédiction du Très-Saint-Sacrement.

En 1779, sur la demande officielle de la municipalité, Févèque se trouvant à Paris, les vicaires généraux rendirent une ordonnance, le 23 mars, qui prescrivait pour le surlendemain, fête de l'Annonciation de la Sainte- Vierge, une station à Saint- Aphrodise avec la Bénédiction, en négligeant de demander aux collégiaux de vouloir bien se prêter à cette cérémonie. Blessés de ce manque d'égards, ceux-ci prennent l'ordonnance par son mauvais côté : « Elle excède, disent-ils, les pouvoirs des vicaires généraux, qui n'ont pas le droit de permettre au Chapitre Saint-Nazaire de venir officier dans l'église collégiale. Le Chapitre cathédral ne peut entrer clans le chœur de Saint- Aphrodise, qu'à la suite de l'évêque; celui-ci seul, ayant juridiction sur le Chapitre collégial. Les chanoines de Saint-Nazaire n'ont pas demandé d'entrer dans le chœur; s'ils l'avaient demandé, on le leur aurait permis, en faisant toutefois les réserves que cette permission ne tirerait pas à conséquence. Malgré ce manque d'égards, on leur ouvrira la grille du chœur, s'ils se soumettent à le demander ; sinon, la grille restera fermée, mais un autel portatif sera dressé au-devant de l'entrée du chœur, pour qu'on puisse y donner la bénédiction. »

Le 25, jour fixé pour la procession, les vicaires géné-

(i) Ces demandes étaient fréquentes au xvni« siècle. Nous trouvons en effet des Ordonnances de M. de Nicolay, à ce sujet aux dates suivantes : 24 mars 1775; - 20 avril 1776; - 8 mai 1778; - 23 janvier 1779; - 20 août 1782; - 6 mai 1783; - 19 avril et 18 mai 1785.

HiST. RsLio. DE l'Hiràult. — T. I.

raux de Gastelnau et Delavelanet, rendent une nouvelle ordonnance au nom de Tévêque, disant que « par l'église de Saint-Aphrodise, il faut entendre le chœur et le maîtreautel; que les chanoines collégiaux feront ouvrir ledit jour, 25, à 5 heures après-midi, les portes du chœur, avec défense de faire dresser aucun nouvel autel sans permission et ordre d'enlever celui qui était déjà préparé ».

Cette seconde ordonnance des vicaires généraux fut signifiée par huissier aux chanoines de Saint-Aphrodise un peu avant 5 heures, c'est-à-dire au moment où la procession allait se mettre en marche à Saint-Nazaire. Elle était présidée, non par un grand vicaire, représentant Tévêque, mais par le chanoine en tour de semaine. Elle entra dans la Collégiale ; les différents corps dont elle se composait se placèrent dans la nef, avec tout le peuple qui se présentait en foule. La nef étant comble, le Chapitre se trouvait dehors, lorsque l'abbé Delavelanet, désireux de voir par lui-même ce qui se passait, entreprit de se frayer un passage au milieu de l'encombrement et finit par arriver jusqu'à l'autel dressé devant les grilles fermées, interdit à haute voix cet autel portatif et ordonna au pieux cortège de rebrousser chemin.

Dès le jour même, les chanoines de Saint-Aphrodise s'empressèrent d'écrire à M. de Nicolay qui se trouvait à Paris et à l'abbé Maillé de Latour-Landry ; les deux lettres furent signées de tous les chanoines et du prébende Martel, syndic des bénéflciers. Une consultation dressée par des avocats de Toulouse déclara que les chanoines de Saint-Nazaire auraient dû faire à ceux de Saint-Aphrodise la politesse de leur demander leur agrément et, de plus, que les deux grand- vicaires , étant chanoines de Saint-Nazaire, avaient prononcé dans leur propre cause. L'original de cette consultation fut adressée au Ministre secrétaire d'Etat, Amelot, et l'affaire n'eut pas d'autres

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