‹ Histoire religieuse du département de l'HéraultChapitre 6 sur 141 · I. — LE CHAPITRE CATHÉDRAL DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

I. — LE CHAPITRE CATHÉDRAL DE SAINT-PIERRE

Au Chapitre cathédral Saint-Pierre étaient attachés 24 chanoines dont 4 dignités (le prévôt, le grandarchidiacre, l'archidiacre de Valence et l'archidiacre de Gastries); 4 personnats (le chantre, le sacristain, l'aumônier et l'ouvrier). L'évêque possédait un de ces 24 canonicats, uni à sa dignité épiscopale et auquel étaient attachées deux prébendes qui produisaient chacune, année commune, 2,800 livres. A sa prise de possession il promettait de faire sa semaine tout comme

(1) Mandement du /5 février i789, pour le Carême,

(2) Arch. de rHérault,série G, IV, 42; Délibérations contrôlées du Chapitre^ depuis le ^É Juillet i7 89, jusqu'au 4 octobre i790. — J.-P. Thomas, Mém, hisl. sur Montp., Afém. pour servir à l'hist. de VégLcathéd, Satnt- Pierre de Montp., 103-271 ; - Paris, Gabon, 1827, in-8». — D'Aigrefeuille, Hist. de Montp,, u* partie, Livre viii», Ch.h

les autres chanoines. Le semainier ou, comme on disait, celui qui tenait la cheville nommait aux bénéfices qui venaient à vaquer pendant sa semaine et dont la collation appartenait au chapitre. Tenir la cheville était donc plutôt un avantage qu'une servitude ; aussi, Tévêque avait, à chaque tour, trois, semaines ; le prévôt, deux ; et les autres dignités, personnats ou chanoines, une seulement. Le chef du diocèse, à part sa prééminence hiérarchique et bien que recevant les émoluments d'une double prébende et opinant le premier dans les réunions capitulaires n'était qu'une sorte de Primus inter pares, subissant dans les délibérations la loi de la majorité ; avec le seul avantage de pouvoir faire tomber la balance quand les voix étaient également partagées. En fait de police du chœur, il n'avait d'autre droit que son vote personnel.

A sa réception, chaque chanoine était tenu de faire au Chapitre une oflrande pécuniaire, ayant pour but de pourvoir l'église cathédrale de livres et d'ornements. La somme à verser variait suivant que le récipiendaire était évéque, dignité, personnat ou simple chanoine. Aucun d'eux ne pouvait percevoir les fruits de son bénéfice qu'il n'eut payé son « entrée ». Jusqu'alors les fruits tournaient au profit de l'église ; mais Tévêque, vu l'importance de son entrée (6,000 livres) avait un an et un jour pour se libérer, et quand il n'était pas en fonds, le Chapitre savait attendre.

De même que les « capitulants » n'étaient pas sur la même ligne au point de vue des honneurs, 'de même ils étaient inégalement traités sous le rapport des revenus. On en jugera d'après les chiffres suivants, puisés à bonne source et donnant les revenus d'une année moyenne (1).

(1) Hist. de Montp,, par d'Aigrefeuille, nouv. édit. publ. sous la direction de M. de La Pijardière, m, Cultes, p. 719, année 1745.

Le Prévôt, chef du Chapitre, environ

Le Grand-Archidiacre,

L'Archidiacre de Valence,

L'Archidiacre de Castries,

Le Précenteur ou Chantre, ^

Le Sacristain, rAumônier et l'Ou-

vrier, chacun,

Les Chanoines qui sont in sacris^

chacun,

Les Chanoines qui ne sont pas in

sacris, chacun,

Ces différentes sommes provenaient de la mense capitulaire, des distributions manuelles pour obits fondés et enfin des fruits attachés à certains bénéfices dépendant de tel ou tel titre canonial. Autrefois les distributions manuelles se faisaient en argent, le trésorier passant devant les stalles, pendant la célébration du service divin et déposant devant chaque titulaire la somme qui lui revenait. Ce mode d'opération manquait de délicatesse et ne fut point conservé. Dans les dernières années qui précédèrent la Révolution, le ponctuaire présentait^ en dehors du chœur, à la signature des ayant droit un rôle dressé d'avance et remettait à chacun ce qui lui était

dû (1).

Le commun des chanoines s'intéressait fort peu à ce qui regardait les revenus attachés à telle ou telle stalle : c'était à l'heureux possesseur à se tirer d'afi^aire dans les cas difficiles, et s'ils ne mettaient pas en avant la grande maxime des égoïstes (chacun pour soi) du moins il leur arrivait de la suivre. Citons un exemple.

(1) Délibération du 16 janvier 1786.

La Croix de Gandillargues , prévôt du Chapitre, percevait en cette qualité des dîmes dans la paroisse de Lunel. Des difficultés étant survenues à ce sujet, il se rendit à Toulouse afin de poursuivre son procès devant MM. du Parlement. De celte ville, il écrivit ensuite au grand-archidiacre et, en sa personne, à tous les membres du vénérable Chapitre, demandant qu'on voulut bien lui accorder ses présences pendant le temps qu'il serait obligé de surveiller cette affaire. Par délibération du 6 septembre 1756, la requête fut rejetée : « Le bénéfice attaché à la prévôté et qui doit être possédé à perpétuité par un des membres du Chapitre, n'intéressant point ce vénérable corps qui ne possède et ne possédera jamais ce bénéfice, etc., d'ailleurs l'usage du Chapitre n'a jamais été d'accorder les distributions quotidiennes à MM. les Dignités et Personnats qui ont été occupés à travailler pour le bien des bénéfices particuliers attachés à leurs Dignités et Personnats. »

Le prévôt fait assigner le Chapitre devant le Parlement et devant le sénéchal. Un chanoine est envoyé à Toulouse pour suivre le procès (6 avril 1757). Le Prévôt est condamné par le tribunal des Requêtes. Il fait appel, puis se désiste et revient occuper sa stalle prévôtale dans laquelle il voulait être respecté et honoré. Or, il arrivait souvent que, l'office une fois commencé, les chanoines, ses voisins de chœur, pour entrer ou sortir, passaient et repassaient par le chemin qui leur était le plus commode, c'est-à-dire entre le siège et le prie-Dieu du prévôt, au risque de lui meurtrir les orteils. La Croix de Candillargues n'était pas endurant; ce va-et-vient le fatigua et lui fit perdre patience ; mais ses voisins n'en continuèrent pas moins à suivre la même ligne. De là surgirent de grands débats. Le Chapitre prit des délibérations contre son prévôt, et celui-ci porta rafi*aire devant le Parlement

de Toulouse. Les chanoines, un peu taquins, avaient trouvé un moyen bien simple de molester La Croix de Candillargues dans ses plus chères prérogatives. Comme il recevait de ceux qui entraient au chœur, ou qui en sortaient, un salut spécial, distinct du salut adressé d'une manière générale à toute l'assistance, une délibération du 3 mai 1758 supprima cette marque de déférence et de respect envers le prévôt. Cependant on sentit que ces procédés peu dignes du service religieux devaient finir, et comme au -fond les parties étaient toutes animées du même esprit de conciliation et désiraient la paix, elles s'adressèrent à Tévêque, Mgr de Villeneufve, pour lequel elles avaient la plus grande confiance. Celui-ci leur témoigna sa joie de les voir dans de si bonnes dispositions. Le 11 mars 1758, tous les membres du Chapitre cathédral, ayant à leur tête La Croix de Candillargues, se rendirent au palais épiscopal, où les attendait un notaire, et passèrent une transaction dont Tévêque dicta les articles. Le prévôt se désistait de ses appels devant le Parlement de Toulouse, dont il supporterait les frais. Les saluts au chœur seraient faits comme autrefois, avec cette clause cependant que personne ne prendrait plus son chemin devant le prévôt et que toujours on suivrait le passage du milieu des stalles (1).

Peu après ce raccommodement, le Chapitre Saint-Pierre prit une délibération d'une tout autre nature. Il accepta la fondation faite de son vivant par un des membres, le chanoine M'orel, revêtue de l'approbation épiscopale, et qui portait : « Tous les samedis de l'année, à l'issue des complies, les enfants de chœur chanteront sur le marchepied de l'autel de la chapelle de la Sainte-Vierge

(1) Arch. de l'Hérault, Reg.desDélib. du Chap.; Voir aussi noire Vie de Mgr de Villeneufve, p. 89-90.

VAve Maria f le verset et Toraison du temps et le chanoine Morel s'oblige à faire décorer à ses frais et dépens la chapelle de Notre-Dame (1). »

Un saint zèle animant à la fois les chanoines et Vév^que de Malide, nouvellement arrivé dans le diocèse, le Chapitre décida la reconstruction du chœur de la cathédrale et fit dresser les plans et devis par l'architecte Audran et en confia l'exécution au maçon François Bousquet (2). Les travaux durèrent pendant près de trois ans et amenèrent une dépense totale arrêtée à 168,089 livres^ 8 sous, 6 deniers. Bien que M. de Malide eut voulu contribuer aux frais de la reconstruction du chœur, la majeure partie dût être soldée par le Chapitre, au moyen d'emprunts successifs, qu'il remboursa peu après avec l'argent provenant de la vente de certains fonds et de fiefs épars, peu productifs (3). La cérémonie de la bénédiction du chœur et de la consécration de l'autel à la romaine, en marbre, fut présidée par l'évêque, au milieu d'un immense concours de fidèles, le 5 février 1778 (4).

Sortis enfin des embarras de la réédification du chœur

(1) Reg. des Délit, du Chap, cathédral, 9 janvier 1761.

(2) Reg, des Délit, du Chap. cathédral, 12 avril 1775.

(3) On peut voir dans les Mémoires de J.-P. Thomas, p. 230 et suivantes, la description des constructions nouvelles.

(4) J.-P. Thomas parle avec une sorte d'enthousiasme de ces cans* tnictions ; elles juraient cependant plus ou moins avec les formes adoptées par Urbain V. Elles furent rasées sous Tépiscopat de Mgr Thibault et remplac(îes par d'autres beaucoup plus considérables et d'un tout autre style qui mirent « enfin la cathédrale en rapport, par la beauté de sa parfaite architecture, avec son histoire dans les siècles passés, avec son illustre vocable, avec les convenances de sa haute destination ». Il était donné au grand Pontife qui préside actuellement aujt destinées de notre beau diocèse de procéder lui-même à la bénédiction du chœur delà basilique, avec le concours de nombreux évêques. (Voir le Mandement n* 4, de Mgr de Cabriêres, du 6 janvier 1875pJ

de leur cathédrale, et presque en même temps des ennuis occasionnés à propos de préséances aux cérémonies religieuses, durant lesquelles ils se voyaient dépossédés de leurs stalles par les officiers de la cour des Aides, du présidial, du bureau des finances et parle Corps de Ville, les chanoines se trouvèrent exposés à des tribulations d'un nouveau genre et qui surpassèrent toutes celles dont ils avaient été affligés dans les temps passés.

Ils jouissaient en paix depuis dix ans, de leur église réparée et embellie lorsque Tabbé Des Pallières, chanoine et syndic du Chapitre, reçut par l'intermédiaire de Ballainvilliers, intendant de la province de Languedoc (12 janvier 1788) un Arrêté du Conseil du Roi portant la date du 22 décembre 1787, concernant l'administration municipale de Montpellier. Par la disposition de TArt. 8 de cet Arrêté, le Chapitre était autorisé à députer deux de ses membres pour assister au Conseil politique de la ville. De son côté le grand-archidiacre Loys avait reçu du même fonctionnaire une lettre par laquelle il invitait le Chapitre à procéder incessamment au choix et à la nomination de ces députés, afin qu'ils pussent se trouver à l'élection des consuls. Et comme d'ailleurs, les chanoines de Saint-Pierre étaient dans l'usage immémorial de nommer aussi deux d'entre eux pour assister au Conseil renforcé de la ville, il proposait au Chapitre de procéder sans retard à cette double nomination. Ce qui fut fait séance tenante; les délégués au Conseil politique furent le grand-archidiacre Loys et le chanoine Gigot, et au Conseil renforcé, l'archidiacre de Valence, Farjon, et le chanoine Des Pallières (1).

(1) Nous donnons à nos Pièces justiflcatims. No il, la liste deë derniers chanoines et de quelques uns des principaux bénéfîciers.

HiST. RkLIG. de MOÎSTPELLIEH. — T. I 2

l8 LES CHAPITRES COLLÉGIAUX

II. — LES CHAPITRES COLLÉGIAUX DE LA TRINITÉ, DE SAINT-SAUVEUR ET DE SAINTE-ANNE (n

Indépendamment du Chapitre cathédral, il y avait à Montpellier trois Chapitres collégiaux, savoir : de îa Trinité, de Saint-Sauveur et de Sainte-Anne. Le Chapitre de la Trinité avait été fondé à Maguelone par le cardinal de Canillac, vers 1376. Il était dans les derniers temps composé de 6 chanoines, dont le prieur devait être un chanoine de la cathédrale. Ce prieuré donnait environ 1,200 livres de rente. Les autres chanoines recevaient chacun 600 livres. — Le Chapitre de Saint- Sauveur, fondé en 1349, par le cardinal Imbert Dupuy, au faubourg de la Saunerie, se composait dans le principe de 12 chanoines, dont le nombre fut réduit à 6. Ces 6 chanoines, touchant 12 prébendes, n'arrivaient chacun qu'à 500 livres de rente environ. — Quant aux chanoines de Sainte-Anne, leur collégiale avait été fondée par Pierre Aristéri, en 1496. Ils étaient au nombre de quatre; savoir : le prieur et trois chanoines. Ceux-ci n'avaient chacun pour tout revenu annuel, que la somme de 150 livres; le prieur avait en plus une trentaine de livres (2). Evidemment, ils n'étaient pas riches.

Pendant longtemps les chanoines des trois collégiales célébrèrent en commun leurs offices dans l'ancienne chapelle des Carmes déchaussés, mais ils se trouvaient mal à l'aise dans ce vaisseau qui, devenu église parois-

(1) Arch. de l'Hérault, Reg, des Délib. du Chap. cath. de Montp,^ sous les dates du 7 mars 1687, 8 mars 1755, 25 janvier 1758; — D'AiGREFEuiLLE, Histoire de MoiUp,, \i* partie, t. viii% chap. n.

(2) Réponse de la Ville de Monlp., à un questionnaire envof/é par l'Intendant, - loc. cit.

siale, n'avait cependant qu'un seul autel. Pour ce motif, auquel s'en joignaient deux autres, savoir : leur petit nombre et la modicité de leur revenu, ils demandèrent aux chanoines de la cathédrale de vouloir bien leur permettre de s'unir à eux, pour célébrer avec eux, à perpétuité, le service divin dans l'église Saint-Pierre. Une transaction fut signée en vertu de laquelle, en échange de l'autorisation qui leur était accordée, les chanoines de la Trinité, de Saint-Sauveur et de Sainte-Ànne cédaient au Chapitre cathédral l'église Sainte-Anne, en pleine propriété « pour en faire et disposer à ses plaisirs et volontés ». Collégiaux et cathédraux vécurent en bonne intelligence pendant un quart de siècle environ. Ceux-ci accordèrent même à ceux-là certaines fonctions honorifiques dans les cérémonies ; mais peu à peu des questions, dans lesquelles l'amour propre des uns et des autres était engagé, déterminèrent les collégiaux à se séparer des cathédraux et à revenir à Sainte-Anne.

LE SEMINAIRE DIOCESAIN, LE COLLEGE ROYAL

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