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L'ANCIEN DIOCÈSE D'AGDE

L'ancien diocèse d'Agde, un des plus petits de France, s'étendait le long de la Méditerranée, qui le bornait au sud, et avait à l'est le diocèse de Montpellier, au nord et à l'ouest, celui de Béziers. Il était suffragant de l'archevêché de Narbonne et comptait 32,043 habitants dont 30,638 catholiques et 1,505 protestants. Le palais épiscopal était le plus grand et le plus bel édifice de la ville épiscopale.

Par le fait de son intronisation, le chef du diocèse devenait évéque et comte d'Agde, vicomte de Brescou, seigneur en toute justice de Marseillan et de Nézignan, baron de Mèze, seigneur haut justicier de Bouzigues et d'Aumes et, pour la quatrième partie, de la moyenne et basse justice de cette dernière localité. Il jouissait autrefois du droit de battre monnaie. Ses revenus allaient de 40,000

(1) Pour cette partie de notre travail, nous avons largement puisé dans les Archives du département de THérault, Série G, Clergé séculier; Série E, Clergé régulier et Communautés religieuses; Série L, Révolution; Série V, Police. — Dans les M" de Tabbé de GoHiN (appart. au grand Sémin, de Montp.), savoir: !• Notice sur M. de Saint-Simon et sur les Prêtres d'Agde; 2« Etat du Clergé séculier et du Clergé régulier; 3" Hist. abrégée des titulaires des Chapitres cathédr. et collég. d'Agde. — Dans les Mémoires hist. sur la ville d*Agde, etc. par Tabbé Grasset, M" appartenant à M. le chanoine Beauguii, curé-archiprêtre d'Agde, 104 pag.,in-4». — Nous avons fait également de nombreux emprunts aux Mémoires de Basvillb ; à la France pontif. de Fisquet ; à VHist. de la ville d'Agde de Jordan, à la Gatlia christiana; aux Hist. de Dom Yaissette et de Du Mègb et aux publications de MM. Thomas, oncle et neveu.

à 70,000 livres (1). Sans nous arrêter à examiner laquelle de ces deux appréciations est le plus conforme à la vérité, nous renvoyons le lecteur à nos Pièces jusiificatives N<> VIÏ, il y trouvera Y Etat estimatif des revenus et des charges de révêché d'Agde, En cour de Rome les bulles de Tévêque étaient taxées à 1,500 florins.

Agde eut pour 74« et dernier évoque particulier Mgr Vermandois de Saint-Simon Rouvroy de Sandricourt (Charles'FrançoiS'Siméon) (3), né à Paris le 5 avril 1727, d'une famille qui avait fourni, à Tordre de Malte, plusieurs baillis, commandeurs et chevaliers et, à Tarmée, des militaires distingués (4).

(1) F. Thomas, StatisL du départ, de l'Hérault pour i 7 89, et Du MÈGE, Hisl, de Languedoc, t. x, p. 371.

(2) M*, de M. de Gohin, Notice sur M. de Saint-Simon, p. 10 à 54. — M» de M. Grasset, p. 43 à 51.

(3) Armoiries : Ecartelé, au /•' ^t au 4*, échiqueté d'or et d'azur, au chef de France (qui est Vermandois) ; au S^ et au S* de sable à la croix d'argent, chargée de 5 coquilles de gueules (qui est Rouvroy de Saint-Simon).

(4) C'est encore de cette famille que sont sortis le duc de Saint- Simon, dont les Mémoires sont si connus et le comte de Saint-Simon, fondateur du Saint-Simonisme.

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Il fit au collège d'Harcourt ses études littéraires et au Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet celles de philosophie et de théologie, qu'il couronna par la licence la plus brillante et le doctorat en Sorbonne. Ses succès et son heureux caractère lui valurent Tamitié du princeévêque de Metz, Saint-Simon, son parent, qui se l'attacha de bonne heure le promut au sacerdoce, en vertu de dimissoires de l'archevêché de Paris (9 juin 1748), puis le nomma chanoine de Metz et son vicaire général. Quelques années après le roi lui donnait l'abbaye des Bénédictins de Conches, au diocèse d'Evreux (24 novembre 1754).

Cette même année, s' étant rendu à Rome, il assista au couronnement du pape Benoît XIII, visita les lieux saints de l'Eglise-Mère, ses bibliothèques et ses monuments antiques. Après avoir satisfait à sa dévotion et à son amour pour les lettres et les arts, il s'embarqua pour Naples, gravit le Vésuve qu'il étudia en habile observateur, étendant ses recherches scientifiques jusque dans les environs de la montagne; travail qui lui fut utile plus tard quand il voulut examiner en détail l'ancien volcan éteint de la montagne de Saint-Loup, à Agde.

Quelques années après avoir accompli ce voyage, il fut nommé à l'Evôché d'Agde (8 mars 1759) vacant par la mort de Joseph-François de Cadenet de Charleval, et sacré à Paris dans la chapelle de Saint-Sulpice, le 6 mai suivant, par son parent et bienfaiteur le prince-évêque de Metz. Retenu quelque temps dans la capitale malgré sa volonté, il lui tardait de se rendre dans son diocèse; débarrassé enfin de ces obstacles, il partit au mois d'août et ne s'arrêta qu'à Montpellier, où il voulait passer quelques jours chez Mgr de Villeneufve, évêque de cette ville, afin de demander à ce respectable vieillard les sages conseils que son âge, sa longue expérience et sa sainteté généralement reconnue le mettaient en droit de

donner à ses jeunes collègues ; puis, il reprit le chemin d'Agde où il n'arriva que fort tard dans la nuit du 13 au 14. Les habitants l'attendaient; après avoir illuminé leurs maisons, ils s'étaient portés en foule à sa rencontre; Taffluence fut telle que les chevaux attelés à sa voiture avaient de la peine à avancer et mirent deux heures à parcourir la dernière lieue. L'installation se fit dès le lendemain matin, veille de la fête de l'Assomption. Cette cérémonie accomplie avec toute la solennité possible, par une température brûlante et en présence d'une foule nombreuse, prit beaucoup de temps. L'évêque dont on remarquait l'extrême maigreur, n'en parut pas incommodé; il souffrait cependant d'un asthme contracté au collège d'Harcourt.

Cette infirmité qui lui défendait absolument l'usage du lit, le réduisit à passer les longues heures de la nuit dans un fauteuil, surtout pendant les fortes chaleurs. Il cherchait alors par la lecture à charmer ses insomnies et consacrait à l'étude le temps que les autres donnent au repos. Il avait rassemblé dans sa bibliothèque un nombre considérable de livres rares, de manuscrits et de publications archéologiques. « Pourvu, disait-il, que j'eusse des livres, de l'encre et du papier, je n'éprouverais pas un moment d'ennui dans les prisons les plus resserrées ; il est souvent plus agréable de s'entretenir avec les morts qu'avec les vivants. » Cependant, il était loin de dédaigner la société des savants, on en cite plusieurs dont il avait fait ses amis et qu'il se plaisait à recevoir dans sa demeure épiscopale et l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres l'avait nommé associé libre régnicole (18 février 1785).

Dès son arrivée au milieu d'eux, les Agathois informés de la valeur intellectuelle de leur nouveau pontife, l'assaillirent d'une foule de harangues alambiquées auxquelles il répondit avec esprit et finesse, mais dans un style simple et noble tQut à la fois,

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Son éloquence fut remarquée et appréciée aux Etats de Languedoc, où, trois années consécutives, en sa qualité de dernier venu des évoques de la province, il eût à complimenter la Cour souveraine des Aides en la personne de son premier président d'Aigrefeuille, et, à Versailles, où il fut député pour présenter « les cahiers » et complimenter le roi, la reine et la famille royale. Madame Clotilde de France, promise au prince héréditaire de Savoie, et sur le point de quitter Paris pour son mariage, fut si charmée de tout ce que Tévêque d'Agde lui avait dit de gracieux à propos de cette union, qu'elle lui proposa de l'accompagner à Turin. M. de Saint-Simon s'en défendit respectueusement, sur l'obligation où il se trouvait de rentrer dans son diocèse. La présence d e sa famille à Paris, lieu de sa naissance, et la haute position occupée à la Cour par sa helle-sœur et ses nièces ne purent le retenir longtemps éloigné de son cher troupeau.

Utiliser ses loisirs en faveur de son peuple, et l'édifier par la régularité de sa vie privée ; s'appUquer à réformer tout doucement les abus, à maintenir le bon ordre et la régularité de la discipline ecclésiastique, et à pourvoir aux besoins des pauvres; telles étaient ses préoccupations les plus ordinaires.

Il sentait le besoin qu'avait son diocèse d'être desservi par des ministres capables et édifiants, favorisait les vocations ecclésiastiques et venait largement en aide aux jeunes gens qui se disposaient au sacerdoce. Son zèle allait plus loin et lui faisait soutenir les établissements des frères de la doctrine chrétienne et des sœurs des écoles charitables, auxquels il consacrait des sommes considérables. Avec de pareilles habitudes, on comprend que les églises de sa ville épiscopale et généralement toutes celles de son diocèse devaient ne pas être oubliées; elles furent en effet traitées avec une générosité toute princière;

Téglise cathédrale d'Agde en particulier et les églises de Marseillan et de Cette.

Ce dont il s'occupait le moins c'était de sa propre personne et des soins à donner à sa santé, fort délicate cependant. Condamné par les professeurs de l'Ecole de médecine de Montpellier à ne vivre que fort peu de temps, à cause de la faiblesse de sa poitrine et de la fréquence de ses attaques d'asthme; mais se rappelant l'aphorisme Qui medicè vivit^ miserè vivit^ il s'affranchit bravement de toutes les prescriptions médicales et pharmaceutiques. S'assujétit à ne plus boire de vin, à ne faire qu'un repas par jour dans l'après-midi, à n'user que d'aliments communs et à se contenter, le soir, d'un verre d'eau. Mais sur ce qu'on lui avait observé plusieurs fois qu'il mangeait trop rapidement en étant seul à table, et que ses commensaux se feraient un bonheur de l'attendre, il consentit enfin à modifier sa manière d'agir, et à prendre de nouveau ses repas en compagnie des ecclésiastiques de sa maison.

Ce genre de vie, tout mortifiant qu'il était, n'enlevait rien à la gaieté naturelle de l'évêque d'Agde et ses attaques journalières d'asthme ne lui arrachèrent jamais une plainte. Lorsqu'il souffrait, toujours maître de luimême, il savait se contenir. Cependant, à la longue, la sévérité de son régime et sa modération à table avaient singulièrement atténué la force de ses crises, et son infirmité, au lieu d'augmenter avec l'âge, s'était tellement modifiée, qu'à peine on s'en apercevait.

M. de Saint-Simon était fidèle observateur de la résidence. Il ne fit, durant son long épiscopat que de courtes absences, s'appliquait à visiter son diocèse et à racheter la rareté de ses prédications par des instructions imprimées et des mandements remarquables.

Dans celui qu'il donna pour le carême de 1784, on

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reconnaît facilement l'homme habitué aux classifications scientifiques ; il y trancha pour son diocèse toute incertitude au sujet des animaux permis ou défendus aux jours d'abstinence et de jeûne. La grande règle préconisée par S/Thomas d'Aquin, S. Liguori et les théologiens catholiques, considère comme aliment gras la chair des animaux qui vivent et respirent sur la terre : mais pour certains animaux qui vivent sur la terre et dans Teau, on est en droit de se demander s'ils soat chair ou poisson; question embarrassante que les théologiens renvoyent volontiers aux naturalistes. M. de Saint-Simon ne s'arrêta pas au principe proposé par certains casuistes et d'après lequel il faut examiner si les animaux dont il s'agit ont « du sang et un sang froid ». Il basa sa décision sur ce qu'ils sont vraiment aquatiques, et donna la règle suivante : « ... Il sera permis de manger, même en carême, de toute espèce d'animal véritablement aquatique, sans excepter la poule d'eau, le canard d'eau, le foulque, ni le moUeron. On appelle canards d'eau les canards qui plongent dans l'eau, qui se nourrissent de poissons, de vers, d'insectes et de grains qu'ils prennent sur les plantes, au fond de l'eau et à la surface ou sur le rivage. Le flamant ou phénicoptère , qudque regardé comme oiseau aquatique, doit être rangé parmi les aliments gras, avec les canards sauvages dits cols-verts et les canards domestiques (1). »

Un autre objet de sa sollicitude pastorale fut la liturgie. Dès son arrivée, son Chapitre cathédral lui avait demandé la réforme de l'ancien bréviaire, du missel et

(1) Depuis la réunion des cinq diocèses en un seul, ces dispositions du Mandement de M. de Saint-Simon ont été adoptées dans le diocèse actuel de Montpellier et plusieurs fois promulguées par NN. SS. les Evêques.

des livres de chant. Malgré la dépense considérable qu'allait entraîner Timpression de tous ces ouvrages, il eut le courage de l'entreprendre et la conduisit avec tant d'activité que, à la sixième année de son épiscopat, elle était déjà terminée. Il mit en tête du bréviaire un Mandement qui témoigne de sa profonde connaissance de l'antiquité ecclésiastique et de son talent pour écrire la langue de Cicéron. Et, ne se bornant pas à cette sorte d'introduction, il composa lui-même les hymnes de la fête de S. Sever, abbé, mort à Agde vers la fin du v« siècle ; les leçons de l'office de la dédicace de son église cathédrale; la messe et les leçons de S. Vénusle, évêque d'Agde, martyrisé un peu après le milieu du iii« siècle et dont la mémoire était tombée dans l'oubli.

Le Siège épiscopal attribuait à son titulaire la qualité de seigneur foncier, direct ou suzerain de presque tout son diocèse. Mgr de Saint-Simon ne se permit jamais de négliger les droits certains de son évêchô, ni de consentir à ce qu'on les altérât. Il lui fut dur de défendre contre la commune d'Agde l'immunité de la taille dont jouissaient les terres de son église à raison de leur « nobilité ». Il soutint néanmoins le procès, produisit ses titres qui étaient indiscutables, démontra la nullité et le ridicule d'un arpentage qu'on lui opposait et obtint un arrêt confirmatif des droits de son siège. Il eut même la consolation d'apprendre de la bouche des juges que jamais on n'avait vu, en matière de nobilité, de plus mauvais procès et si inconsidérément entrepris que celui-là.

Loin de se prévaloir de son succès, il offrit gracieusement aux habitants un moyen d'alléger le fardeau de leurs tailles. Il les convoqua dans sa demeure épiscopale, en présence de deux arbitres nommés l'un par lui, l'autre par la municipalité ; puis, agissant en vertu des droits que lui conférait sa seigneurie foncière sur tout le territoire

d'Agde, où existait une très grande quantité de terres vacantes et incultes, il proposa d'inféoder ces terres à des particuliers qui les cultiveraient et en payeraient les tailles, en diminution de celles qui étaient portées sur la généralité des taillables du sol d'Agde. Cet expédient fut accepté par l'assemblée et un acte public de transaction signé par les parties.

Tel était le savant et pieux prélat qui, depuis plus de trente ans occupait si noblement le siège épiscopal d'Agde. Conciliant et ferme, généreux bienfaiteur de son diocèse, et en particulier de ses prêtres, des pauvres et des malheureux ; indulgent pour les autres, sévère pour lui-même ; évêque, en un mot comme les désirait S. Paul et digne du martyre.

Le Chapitre S. Etienne d'Agde était composé : de 12 chanoines, savoir : 1 dignité (yarchidiacre)^ 3 personnats (le sacristain^ le précenteur ou grand-chantre et le camérier) et 8 simples chanoines, dont le dernier avait la

(1) Arch. de THérault, Fonds du Chap. St Etienne d*Agde et Reg. de la paroisse St Etienne, — V. à nos Pièces justificatives, No VIII, Etat des biens immeubles du Chap. d'Agde, ainsi que de leurs rêve* nus et de leurs charges; et N» IX, Etat des revenus et des charges du Chap. d^Agde.

prébende préceptorale unie au séminaire ; — 12 hebdomadiers, dont 8 prêtres, parmi lesquels 4 étaient affectés aux offices ordinaires et 4 aux offices des morts. Des autres 4 hebdomadiers, 2 diacres et 2 sous-diacres, étaient chargés de remplir à Tautel les fonctions de leur ordre ; — 32 prébendes ou bénéflciers ; — 12 festiers ou ecclésiastiques, simples gagistes, employés seulement pour la célébration des grandes solennités et dont l'emploi, considéré comme bénéfice simple, n'entraînait aucune obligation, et enfin 6 enfants de chœur. L'évêque jouissait de 2 canonicats, dont 1 uni à la mense capitulaire; il était en outre collateur de la dignité, des 3 persoûnats et des autres canonicats. L'habit de chœur des chanoines consistait, en hiver, en une longue simarre noire, avec mozette rouge, et celui des prébendes et des hebdomadiers en une mozette verte. En été tous les titulaires prenaient le surplis à grandes manches, auquel les chanoines ajoutaient Taumusse (1).

. En 1789 les gagistes avaient disparu ; le Chapitre ne comptait donc plus que trois catégories d'ecclésiastiques : les chanoines, les hebdomadiers et les bénéflciers. Comme ces deux dernières n'étaient point admises dans les assemblées capitulaires, attendu qu'elles n'étaient pas de gremio^ elles s'étaient constituées en une sorte de contre- Chapitre, afin d'être en état de se défendre contre les envahissements et les tracasseries qui pourraient leur survenir de la part des vrais capitulants. Elles s'étaient donné chacune un délégué officiel, reconnu et accepté par les révérends chanoines, sorte de prévôts ou de syndics, appelés l'un Y Abbé des Hebdomadiers^ l'autre VAbbé des Bénéficiers.

(1) Grasset, Mémoires hist. sur la ville et le siège épisc. d'Agde.

Les chanoines se réunissaient en assemblées ordinaires et extraordinaires. Les premières se tenaient, après la grand'messe, dans la salle capitulaire et avaient pour objet les affaires courantes ; les autres étaient fixées au 25 avril (fête de S. Marc) et au 4 novembre (fête de S. Chai^lesJ. Dans le grand Chapitre de S. Marc, on procédait à l'élection annuelle des officiers, savoir : 2 comprévôts, 1 contrôleur des mandements (des mandats de payement), 1 député à l'Assemblée du Clergé, 2 visiteurs des malades, 1 syndic, 1 bayle, 1 ponctuaire, 1 maître des cérémonies, 4 députés à l'hôpital, 1 secrétaire et 1 notaire.

Les deux comprévôts élus tous les ans et désignés sous le nom de nouveaux prévôts demeuraient deux ans consécutifs en fonctions et devenaient, la seconde année, anciens prévôts. Les quatre officiers étaient une délégation permanente du Chapitre et le représentaient pour l'expédition des afiaires courantes; ils cumulaient ordinairement l'emploi de comprévôt avec celui de députés à Vhôpital. Le syndic, le bayle et le ponctuaire étaient pris parmi les bônéflciers. Quant au secrétaire, il appartenait au corps des notaires de la ville.

Dans l'assemblée du jour de S. Charles, qui s'ouvrait par une messe solennelle du Saint-Esprit, suivie d'un discours prononcé soit par l'évêque, soit par un chanoine, on faisait la lecture des Statuts et Règlements ; chaque membre ayant le droit de présenter ses observations sur l'inexécution de tel ou tei article, sur les offices, sur l'assistance au chœur, etc. On promettait ensuite d'obéir avec exactitude à ces mêmes Statuts et Règlements. Parfois, les affaires demandant une mûre délibération, la tenue du Chapitre était prolongée de huit ou même de quinze jours, les séances ayant toujours lieu dans la salle capitulaire, le matin, après la messe.

Le Chapitre du 4 novembre 1787 dura fort longtemps;

HlST. RlLIG. DB L'HÉnAl'LI. — T. I. 8

les chanoine?, après un discours de M. de Saint-Simon, et sur son initiative, ayant décidé à runanimité de relever tous les règlements de discipline ecclésiastique faits pour Téglise cathédrale depuis 1690, afin d'en procurer la fidèle exécution. Au mois de novembre 1788, ce travail touchait à sa fin, lorsque Tévêque fit au Chapitre une motion de laquelle il est facile de conclure que le corps capitulaire lui-même sentait la nécessité de certaines réformes. Le prélat proposait à ses chanoines de solliciter du roi la suppression des 32 bénéfices et des 12 festeries, pour confier l'acquît des fondations à de simples gagistes; ce qui devait procurer au Chapitre les facilités dont il avait besoin pour être à même de supporter le poids des impositions, des dettes et autres charges. A Tunanimité, les capitulants délibérèrent de mettre la question à Tétude, afin qu'une décision put être prise à la grande réunion extraordinaire de Tannée suivante.

Oui ! mais dans l'intervalle, les événements poHtiques avaient marché; si bien qu'on ne put attendre jusqu'au jour fixé; et le 13 mars 1789, en vue de la convocation des Etats généraux du royaume, pour le 1®' mai suivant, le corps capitulaire, présidé par son évêque, formula ses doléances, dans lesquelles il n'était nullement question des festiers et des bénéficiers à remplacer par des gagistes : elles s'étendaient à des objets d'un ordre moins restreint.

Dans la suite de notre étude sur V Histoire religietcse du département de VHérault pendant la Révolution^ nous verrons l'accueil fait à ces vœux et doléances et à tant d'autres de même nature (l)i Pour le moment notre attention demeure fixée sur les réunions du Chapitre d'Agde.

(1) V. Livre II, L*AssembléeConst%tuanle, ch. i«% Les Etats gêné raux.

Comme ses assemblées dites « extraordinaires », ses assemblées « ordinaires » se tenaient dans la salle capitulaire, après convocation à domicile, toutes les fois que le service le demandait; par exemple, lorsqu'il s'agissait d'accorder des dispenses pour l'assistance aux offices ; de désigner un chanoine pour officier aux jours de solennité à la place de l'évêque, empêché par son état valétudinaire ; ou bien encore de nommer une commission de 6 membres chargée de visiter au nom du Chapitre le prélat revenant de Paris ou des Etats.

Dans les conjonctures exceptionnelles, où le corps capitulaire avait à faire preuve de zèle, il se levait tout entier et ne craignait pas de déroger en convoquant, pour la circonstance, les hebdomadiers et même les bénéficiers. Ainsi, le 27 juin 1777, Monsieur, frère du roi, s'étant rendu à l'Ecluse-Ronde, en l'hôtel de M. de Caraman, la grande cloche annonça l'arriyée du prince, et les chanoines, hebdomadiers et bénéficiers le visitèrent et le complimentèrent.

Aux réunions ordinaires on s'occupait assez souvent de menus détails, si l'on peut dire qu'il y eut de menus détails aux yeux des chanoines d'Agde. Des bâtons en argent, dits a bourdons », avaient été commandés à un orfèvre en renom, de la capitale; on en surveillait la confection. Enfin, ces précieux insignes religieux sont terminés; l'annonce en est faite en séance capitulaire, et aussitôt on édicté leur usage. Les choristes les porteront à la main, en sortant de la sacristie, toutes les fois « qu'il y aura chape » et les garderont pendant tout l'office et jusqu'à la rentrée à la sacristie (28 septembre 1781).

Le 4 septembre 1787, une grande tempête s'éleva dans le Chapitre, à propos de la nomination des comprévôts. Le chanoine de Coigne et le camérier de Gohin, vicaire général de M. de Saint-Simon avaient été nommés à la

majorité des suffrages. L'abbé de Gohin cumulait ses fonctions avec celles de syndic du clergé diocésain, ce qui le rendait « inéligible », au dire du chanoineprécenteur Cor. On déféra Tafiaire au sénéchal de Béziers, puis au Parlement de Toulouse ; mais la lenteur désespérante avec laquelle elle fut conduite ramena tout doucement la paix dans les esprits et, le 9 mai 1788, le Chapitre délibéra sagement « de remettre toutes choses sur le pied de la tranquillité où elles étaient au 4 septembre de Tannée précédente; voulant et entendant que tout ce qui avait été fait depuis ce jour, de pari et d'autre, fut regardé comme nul ».

Si parfois dans la salle de leurs délibérations les chanoines avaient de la peine à maintenir un harmonieux accord, ils savaient d'habitude marcher la main dans la main et prendre une attitude défensive, et même quelque peu agressive, envers et contre tout le monde, Tévêque non excepté. Citons un exemple. On avait toujours considéré comme chose indiscutable le droit du chef du diocèse de nommer à tous les bénéfices, hebdomades, canonicats, personnats et même à la dignité d'archidiacre. Aussi M. de Saint-Simon fut-il grandement étonné, en apprenant la mort de l'hebdomadier Montagnol (7 février 1778), d'apprendre en même temps que le Chapitre prétendait faire lui-même la nomination de son successeur, l'évêque n'ayant au Chapitre en cette circonstance que sa seule voix comme simple chanoine.

Pour que le lecteur puisse saisir le nœud de la difficulté présente, il est nécessaire de le mettre au courant d'un usage pratiqué parmi les fonctionnaires ecclésiastiques de la cathédrale d'Agde. Tout nouveau titulaire, en prenant possession de son emploi, annonçait officiellement autour de lui qu'il commençait son stage. A dater de ce jour et pendant trois mois, tout en assistant régulièrement aux

offices, il ne retirait aucun émolument; les revenus, auxquels il avait droit en principe,tombaient dans la masse commune. Pour voir arriver une première rétribution, il devait déclarer lui-même que ses « trois mois de rigoureuse » étaient terminés.

Or, il paraît que le néo-hebdomadier Montagnol avait quitté ce bas monde sans avoir au préalable terminé ses « trois mois de rigoureuse », et que Tévêque ayant une fois exercé son droit de nomination pour ce bénéfice, c'était au Chapitre à pourvoir à un nouveau choix. Franchement la part de collation attribuée à ce dernier était bien minime. Sans nul doute, un préteur romain n'y aurait point touché du bout du doigt (De minimis non curât prœtor) ; mais à Agde, on faisait De minimis maximxi, L'évêque informé, pièces en main, des droits du Chapitre, n'insista pas et laissa aux chanoines le plaisir de donner eux-mêmes un successeur à Thebdomadier de la rigoureuse non terminée.

 cette occasion, disons un mot de la manière dont on procédait au vote. Cette opération était fixée une dizaine de jours à l'avance. Tous les membres présents dans la ville épiscopale étaient convoqués à domicile. Ceux qui se trouvaient absents, mais cependant dans les limites de la province de Languedoc, étaient informés par lettres et votaient par pli cacheté. Le nom des votants étant couché sur le registre des délibérations, l'appel était fait à haute voix; chacun s'avançait à son tour et écrivait sur le registre son vote, bien clairement exprimé, de sorte qu'aujourd'hui encore le chercheur peut vérifier par lui-même les élections faites il y a plus d'un siècle. La sincérité du vote d'autrefois ne vaut-elle pas le secret (et les fraudes) du vote d'aujourd'hui ?

Après leurs trois mois de stage, les chanoines et autres bénéflciers étaient admis à toucher les revenus de leur prébende, savoir :

L'archidiacre. 3.000 livres.

Le sacristain (1) 5.000 —

Le précenteur 1.800 —

Le camérier 1.500 —

Les 8 chanoines, chacun 1 .000 —

— 12 hebdomadiers — 500 —

--^ 32bônéflciers — 300 —

— 12festiers — 24 —

Indépendamment de ces sommes, il y avait des revenus adventices que les chanoines, les hebdomadiers et les bénéflciers se partageaient par tête et dans les proportions de 4, 3 et 2; exemple : chanoines, 400 livres; hebdomadiers, 300; bénéflciers, 200. Ce casuel était le résultat de la vente du blé, du vin, des poules et chapons, ainsi que des autres produits agricoles, auxquels il faut ajouter 60 minots de sel, fournis par la province et qui étaient représentés par une somme annuelle de 1 ,200 livres. La part des absents, versée à la masse commune, était distribuée aux présents, ce Les absents ont tort », dit le proverbe.

Le Chapitre était exempt de tailles et de toute imposition sur ses propriétés qui lui produisaient année commune environ 90,000 livres, mais dont il fallait déduire une partie considérable à cause de ses nombreuses charges. La plus grande dépense annuelle provenait du défrichement des terres incultes et de leur mise en rapport, afin de venir en aide à la classe indigente et laborieuse. Par un zèle mal entendu, le Chapitre afin de se procurer les ressources nécessaires avait contracté de nombreux emprunts, à des conditions plus ou moins onéreuses et dont les intérêts absorbaient une partie notable de ses

(1) Sur son traitement, le sacristain devait fournir la cire et pourvoir à d'autres dépenses pour l'entretien du culte.

revenus. Depuis longtemps, M. de Saint-Simon cherchait à porter remède à ce fâcheux état de choses en empêchant, autant qull était en son pouvoir, de nouveaux emprunts et en veillant à Textinction des anciens ; double résultat qui se trouvait encore fort incomplet dans les dernières années qui précédèrent la Révolution.

A la suite du terrible hiver de 1789, le Chapitre sut accomplir son devoir de charité. Les municipalités d*Agde, de Marseillan, de Pomerols, de Vias, de Mèze, de Péret, de Portiragnes, de Castelnau de Guers lui demandèrent de leur venir en aide, vu la cherté des vivres, et afin de pouvoir diminuer le prix du pain et de la viande. Il s'exécuta de bonne grâce et donna comme secours à ces localités : à Agde, 3,000 livres; à Marseillan, 300; à Pomerols, 240; à Vias, 600; à Mèze, 300; ô Péret, 240; à Portiragnes, 100; à Castelnau de Guers, 24.

C'était le seul Chapitre des chanoines qui donnait ces aumônes, pour lesquelles les municipalités se montrèrent reconnaissantes. Quant aux hebdomadiers et aux bénéficiers, en cette circonstance comme en tant d'autres, ils s'étaient séparés des chanoines et avaient fait leurs offrandes en commun, après entente préalable. C'étaient les dernières largesses spontanées ; bientôt, au lieu de tendre la main pour donner, les titulaires de la cathédrale allaient la tendre, si non pour recevoir, du moins pour demander.

Pézenas, ancienne cité gallo-romaine, érigée en comté par les rois de France (1361), était à la fin du xviii« siècle la seconde ville du diocèse d'Agde. Son église paroissiale élevée au rang de collégiale en 1600, sous l'épiscopat de Bernard du Puy, était dédiée à S. Jean-Baptiste et à

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