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AU POINT DE VUE DE L*ART, DU XI* AU XV" SIECLE

NOTES POUR SERVIR AU CHAPITRE XII

CHASSE DE SAINTE ROLANDE (a LIÈGE)

L'histoire rapporte que sainte Rolande, fille de Didier, roi des Lombards, vivait dans la seconde moitié du viii" siècle, et qu'elle mourut Tan 800, à Villers-Potterie, hameau de Gerpinnes où elle fut ensevelie. Exhumée par Obert, évêque de Liège, son corps fut déposé, en l'année lOio, dans une châsse d*une grande beauté. Sa forme est celle d'un coffre magnifique avec couvercle à deux pentes bordées d'un denticule, et ornées au faîtage d'une crête ajourée avec fleurs de lis. Trois statuettes de saints surmontent encore l'œuvre, et séparées entre elles par

de petits poinçons sphériques lui font une silhouette très mouvementée. Ses grands côtés sont divisés par quatre pilastres carrés avec bases moulurées formant socle, et se prolongeant en soubassement dans les intervalles.

Cette même disposition est conservée sous forme de chapiteaux et de frise dans la partie supérieure ornée avec une grande finesse de détails. Dans le milieu du corps des pilastres, une petite niche à plein cintre abrite la staf uette d'un saint ; et les trois panneaux intermédiaires de la grande face, ainsi que celui des petits côtés, sont réservés aux souvenirs de la vie de sainte Rolande.

Sur chacune des pentes du couvercle on voit encore, encadrés dans une moulure profonde, chargée de délicates ciselures, trois compartiments décorés qui mettent en relief certains détails de la vie de la bienheureuse, et célèbrent sa gloire. A remarquer, un blason dans Tespace triangulaire supérieur des petits côtés. L'extrême richesse de la décoration de cette œuvre, Tart consommé avec lequel elle est traitée, aussi bien que Tabsence des pierreries ordinairement si multipliées dans Torfévrerie primitive, nous laissent croire que cette châsse n'appartient pas au xi% mais bien au xii* siècle.

CHASSE DU COUDRAY-SAINT-GKRMER (oISE)

Cette châsse est aussi remarquable par ses grandes proportions qui sont de o",82 de longueur, o"*,35 de largeur et o",64 de hauteur, que par sa décoration très caractéristique. M. de Caumont attribue à cette œuvre remarquable, comme date probable, la première moitié du xii* siècle.

Elle est en bois recouvert de lames et d'ornements en cuivre doré, du meilleur effet. Elle repose sur une plinthe losangée, que termine sur l'angle supérieur, une gorge d'évidement. Sa forme rectangulaire est composée, sur les grandes faces, d'une série de quatre niches régulières et contiguC^s, accompagnée sur les petits côtés par une seule niche plus large et un peu plus haute pour garnir une partie du gable. Ces niches, réservées uniquement par la saillie des arcades ogivales chargées de fins ornements byzantins, montrent leur partie centrale tréflée et enrichie régulièrement de trois pierres fines de couleurs variées, qui entourent l'image d'un saint. Le pilier qui les sépare et les soutient, est formé par un groupe de trois colonnes assemblées en triangle, avec bases plates et chapiteaux ornés de deux rangs de feuilles d'acanthe, que termine une grappe de raisin.

Les fûts, divisés au milieu par trois tores ou anneaux, ont une décoration variée : en torses, en losanges avec fleuron central, avec rinceaux, feuillages, etc., etc. Si le dessin qu'il nous a été donné d'étudier est exact, comme nous le croyons, la partie supérieure surmontée d'une •:rête ajourée de feuillages saillants, de bon style, mérite d'être observée. La forme prismatique de tous ses côtés ne saurait, par ce détail seul.

laisser un doute sur le modèle qui a inspiré cette œuvre intéressante. Ce n'est pas encore la toiture à deux égouts du temple, mais bien Tun des caractères particuliers au sarcophage antique, que complètent, dans un encadrement de rinceaux disposés en bordure saillante, trois couronnes circulaires autrefois, peut-être, enrichies de médaillons allégoriques.

Il paraît donc bien naturel et hors de doute, que les artistes de l'époque romane stimulés par le christianisme triomphant, en reçurent non seulement l'inspiration, mais aussi une impulsion assez heureuse pour les porter à chercher dans l'architecture^ souvent admirable, des temples chrétiens, les modèles nécessaires à la création d'oeuvres originales marquées au coin de leur génie renaissant. Ce qui a fait dire à M. l'abbé Texier que : « Part byzantin fut traduit en français »,

Il faut donc arriver au xiii* siècle pour voir fleurir cet art nouveau où l'ogive gothique le dispute à l'arceau roman en défaveur, et où apparaissent bientôt, dans tout leur épanouissement, ces chefs-d'œuvre d'orfèvrerie qui ne sont, après tout, que la réduction des grands édifices religieux de la première période gothique.

Le plus remarquable monument que l'on possède de cette époque de transition, par son ancienneté, sa richesse et ses grandes dimensions est certainement la célèbre châsse des Rois Mages, à Cologne.

CHASSE DES ROIS MAGES (a COLOGNE)

Toute d'or et d'argent, et autrefois recouverte entièrement de riches pierreries, cette extraordinaire pièce d'orfèvrerie atteint les dimensions suivantes (mesure du Rhin) : Longueur 3 pieds et demi ; largeur 3 pieds ; hauteur 4 pieds, lo pouces et demi. Fabriquée vers l'année 1 170, cette châsse fût modifiée dans certaines parties, en 119S. Une tradition pieuse rappelle que sainte Hélène* mère de l'empereur Constantin, ayant retrouvé les restes des Rois Mages, qui étaient venus pour adorer Jésus à Bethléem, fit transporter solennellement ces reliques à Constantinople. Ce ne fut qu'au commencement du iv* siècle qu'un prêtre, nommé Eustorgius, les reçut en présent, des mains de l'empereur, et les transporta à Milan, dont il venait d'être nommé archevêque.

La forme générale de cette châsse est celle d'un édifice religieux, comprenant une surélévation en retrait, recouvert dans son ensemble par une double toiture prismatique, haut et bas étage, â deux portes. La partie rectangulaire postérieure de sa façade principale, celle qui est la plus ancienne, est composée de trois arcades, dont celle du milieu, à plein cintre, renferme l'image nimbée de la Sainte Vierge assise sur un trône, et soutenant l'Enfant Jésus sur ses genoux. Les deux autres arceaux trilobés et reposant sur d'élégantes colonnettes de forme variée avec chapiteaux et bases émaillés, présentent, à droite, la scène de Jésus-Christ baptisé par saint Jean, en présence d'un ange ; et, à gauche, les figures des Rois Mages chargés de présents. Près d'eux, se trouve

un portrait de l'empereur Othon IV, élu en 1198, ainsi que l'indique rinscription : « Otto rex ». Au-dessus des linteaux de ce panneau sont disposées trois couronnes en cuivre doré, mises à la place de plus anciennes, en or massif, du poids de six livres chacune, enrichies de pierres fines et d*une aigrette en diamants, qui furent enlevées pendant la grande Révolution. Cette partie offre la disposition d'un couvercle mobile en argent doré, laissant voir en-dessous, à travers une grille, les crânes des trois Rois avec leurs noms : Gaspar^ Melchior et Balta^ar, Le haut de la face divisée encore par deux linteaux unis, pour marquer le point de retrait des deux parties de la Châsse, offre sous une grande arcade à trois lobes, que supportent de délicates colonnettes, également émaillées, l'image du Christ, Souverain Juge des hommes, entre deux anges chargés des instruments de la passion. Le couronnement de cette scène comprend, dans la partie supérieure triangulaire, les figures en buste des Archanges Gabriel et Raphaél accompagnant, au centre, un soleil rayonnant de gloire, orné d'une énorme topaze, et autrefois, resplendissant de diamants.

Toutes ces figures, en ronde bosse et en bas-relief, sont de l'or le plus pur ; et la face entière est encadrée dans une belle bordure d'entrelacs émaillés, alternés avec de riches pierreries.

CHASSE DE SAINTE FAUSTA, A SÉGRY (iNDRE)

Les admirables collections du musée de Cluny renferment deux belles châsses-ossuaires de sainte Fausta, exécutées à Limoges, au xiii» siècle, à peu d'années d'intervalle l'une de l'autre. Toutes les deux proviennent du trésor de l'église de Ségry, près d'Issoudun (Indre). Voici, d'après le catalogue du musée, la description de là moins ancienne.

€ Cette châsse, dont la longueur dépasse o»,46 cent., sur une hauteur < de 0*^,36 cent, et qui représente le martyre de sainte Fausta, est très

« remarquable La disposition du sujet, le style et l'exécution des

« ornements en font une œuvre du premier ordre. La face principale « ne porte que cinq figures : celle du proconsul ordonnant le martyre, « la figure de la Sainte agenouillée près du bourreau, et, dans la partie « inférieure, sainte Marie et saint Jean. Ces figures sont en bronze doré, « de haut relief, sur un fond d'émail bleu largement décoré de rinceaux « en cuivre gravé et de fleurons en émaux de couleurs. Le revers porte « six grands médaillons : chacun d'eux présente un ange aux ailes « déployées, sur fond d'émail rouge ; le médaillon lui-même est à fond « bleu et sa silhouette découpe quatre lobes. Ces médaillons reposent « sur un fond de cuivre gravé, doré et repoussé. Les bordures sont en « émail et disposées en relief. Les deux faces des extrémités sont « décorées de beaux émaux et présentent les figures des apôtres saint « Pierre et saint Paul, avec leurs attributs, gravées au trait sur fond « d'émail. »

CHASSE DE SAINT TAURIN (a ÉVRKUx)

Supportée par des pieds de lion, sur une base formée par une plinthe moulurée, ornée de rinceaux, sur laquelle se poursuivent des animaux chimériques dans une série de petits compartiments gravés, cette châsse offre un ensemble extraordinaire.

C'est bien, en eflet, la représentation fidèle d'une église ogivale du XIII*' siècle, dont la face principale est divisée en trois parties par des contreforts décorés de niches, baies tréflées, gargouilles et clochetons admirablement travaillés. L'arcade centrale de la nef qui se termine par un fronton aigu, bordé d'une suite de rinceaux découpés à jour, abrite une grande fleur de lis florencée, sur une ogive trilobée d'un détail parfait. Le tout soutenu par des colonnes accouplées, dont les fûts et les chapiteaux sont fouillés avec soin.

Sauf les arceaux légèrement réduits du transept, et sa décoration de fleurons modifiée sur son pourtour, cette disposition est d'une conformité parfaite dans ses autres détails. Son couronnement est un riche faîtage où, en bordure de crête, une suite de rinceaux en volutes renouvelle celle de Tarcade centrale sur laquelle, d'ailleurs, comme k ses deux autres extrémités, s'élève un riche poinçon fleurdelisé d'un fini extrême dans les détails de. sa boule d'amortissement. Au milieu s'élance avec majesté un élégant clocher qui complète admirablement ce chefd'œuvre d'orfèvrerie; et sur un fond losange rempli de quatrefeuilles, se détache sous l'arcade centrale, la figure mitrée et crossée de saint Taurin dans l'action de bénir. Les voussures des arcades latérales et leurs extrados rappellent, dans de curieuses scènes, la vie remarquable de ce saint qu'un dessin partiel de la châsse ne nous permet pas de décrire plus amplement^ mais qui est par sa merveilleuse décoration d'un effet incomparable.

(Notes de M. H. Marthoud.) CHASSE DE SAINT GERMAIN (A PARIS)

La châsse de saint Germain nous donne la reproduction exacte d'un édifice religieux. Le texte qui suit, et qui a été emprunté à V Histoire de r Abbaye de Saint-Germain-des^Prés — pièce justificative iiy» — de M. J. BouiLLARo, va nous renseigner suffisamment à l'égard de cette châsse précieuse.

— 1408 (18 février) c A tous ceux qui ces lettres verront, Guillaume « par la permission divine, humble Abbé de l'église Saint-Germain- « des- Prés-lès- Paris, et tout le couvent de ce même lieu, salut en « Notre-Seigneur, savoir faisons que nous, d'un commun accord et

« consentement confessons avoir fait marchié et convenances à Jean

« de Clichi, Gautier du Four et Guillaume Boey, orfèvres demeurant à « Paris, de faire une châsse d'or et d'argent où sera mis, au plaisir de

« Dieu, le oorps de monsieur Saint Germain. Laquelle châsse aura deux « pieds et demi et quatre pouces de long, et de hauteur et largeur telle

« comme il appartient à la longueur dessusdite La haute et la basse

c couverture de ladite châsse sera faite d'or à fleurs de lys. La pierrerie « qui est en ladite châsse où repose â présent le corps dudit monsieur Saint

« Germain sera ôtée et employée par lesdits orfèvres Les images

« et les grands piliers et les piliers boutteres, les chapiteaux, les hotteaux « (osteaux) et formes de verrières, les claires voies et le clochier, et tout « ce qui appartient à ladite châsse seront d'argent doré bien et « souffisament au regard de Tor, au dire des orfèvres et gens à ce

« connaissans Et laquelle châsse lesdits orfèvres nous seront tenus et

« promettent de faire du poids de 1 5o marcs d'argent, et ce non compris « le fonds d'icelle châsse qui seront d'argent blanc, etc., etc. »

Ces détails indiquent qu'il s'agit, en l'espèce, de la transformation d'une ancienne châsse de saint Germain en une nouvelle châsse pour l'ornementation de laquelle devront être employées les pierreries de l'ancienne.

Cette châsse de saint Germain, ainsi transformée et après avoir survécu à toutes les fluctuations du style ogival, est une preuve que son admirable disposition s'est continuée, tout au moins, jusqu'au commencement du xv« siècle.

Vers la fin du xiv" siècle et surtout au xw* siècle, dit M. René Ménard, « la statuaire commença à se substituer à l'architecture dans les pièces « d'orfèvrerie. Il est vrai que dans les châsses on avait toujours introduit « Je petites figures plus ou moins barbares; mais à cette époque, « l'orfèvrerie rentre dans les arts plastiques et devient une branche de la « sculpture ».

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