‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 15 sur 119 · A VOL D'OISEAU · texte numérisé non relu

A VOL D'OISEAU

Avez-vous jamais fait, cher lecteur, Tascension du roc escarpé, qui, là-bas, au fond de la plaine du Forez, dominant les Gorges de Saint-Victor^ par où s'échappent bouillonnantes les eaux de la Loire, porte majestueusement, en avant de Chambles, les ruines crénelées du vieux château-fort d'Essalois(i)?

Si vous avez cédé à la tentation de choisir ces cimes abruptes pour but de vos excursions, vous n'avez dû regretter ni votre temps ni votre fatigue, car l'un et l'autre ont été largement compensés par d*agréables surprises.

Quel curieux coin, en effet, que ce coin pittoresque de notre vieille province I

Ne dirait-on pas un des sites les plus ravissants de la Suisse, transporté en notre terre forézienne?

(i) Ce vieux chltetiit éleTé ta moyen ftgc sar l'emplicement de TancieD Oppidum Gallo- Romiin, dont de nombreuses fouilles ont révélé l'existence, est situé sur la rive gauche de la Loire, en face de l'ermitage de Grantgent. Essalois a été restauré, il y a quelque vingt innées, par feu M. Sauzéa, de manière à fiûre croire, de loin, à un manoir complet du moyen ftge. Au fait, on n'y trouve que des pans de murs avec leurs créneaux.

Admirez, en effet, cet horizon immense qui, devant vos yeux, se déroule avec la vie et le mouvement de ses milliers d'habitations, avec l'abondance de ses prés fleuris et de ses guérets d'or, avec la fraîcheur qu'y entretiennent ses arbres verts et son grand fleuve qui serpente au milieu des chambons qu*il féconde, pendant que ses eaux s'argentent et miroitent sous les feux du soleil.

Devant vous, là-bas dans le lointain, ei vers le Nord, se profilent les lignes ondulées des monts Tarare^ dominés par la tour Matagrin (i).

C'est le fond du tableau. Plus près, en avant, les collines boisées de Néronde, de Bellegarde, de Saint-Gai m ier, de Chazelles-sur-Lyon, de Chevrières et de Grammont, avec leurs flancs emmaillés de fermes rustiques. Plus près de vous encore, les balmes de Cuzieu et de Veauche, couvertes de castels modernes, celle de Bouthéon, fléchissant sous la masse de son imposant château féodal (2). Ici, les gracieuses villas de Saint-Cyprien, d'Andrézieux et de Bonson, à demicachées dans un fouillis de verdure; là, le pêle-mêle bizarre des habitations étagées aux flancs du Penable (3), ou essaimées le long de la Loire, formant, d'un côté de ce fleuve, la petite ville de Saint-Just, et, de l'autre, le riant faubourg des Barques, Et enfin, à vos pieds, tout au premier plan, la vieille cité de Saint-Rambert, avec ses deux hautes tours carrées, qui donnent l'illusion de deux clochers de cathédrale. Quoi de plus charmant?

(i) Le mont Tarare, qui porte la tour Matagrin, est élevé de 1,004 mètres au-dessus du niveau de la mer.

(3) Le chiteau de Bouthéon étale sur la rive droite de la Loire, à sept kilomètres au sudouest de Saint-Galmier, les beaux restes de ses majestueuses et solides constructions. C'est un des derniers débris de la splendeur des ducs de Bourbon, et spécialement de Mathieu de Bourbon, dit le « Grand BDtard », fils naturel de Jean II, duc de Bourbon, comte de Forez. L'existence de ce manoir est constatée dans un acte de 1224, par lequel Guy IV. comte de Forez, concède certaines franchises aux moines de Saint-Rambert. (Âug. Broutin. Les Châteaux historiquet du Fore\. — Excursions foré^iennes de Saint-Etienne à Thiers, par le docteur Rimaud, p. 24.)

(3) Le Penable, colline aux flancs de laquelle sont étagées les maisons de la petite ville de Saint-J ost-sur- Loire .

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A votre droite, le ravin abrupt et profond où grondent, en se brisant sur les rocs, les eaux vertes et rapides du fleuve, qui de leur lit étroit, encaissé, sombre, semblent avoir hâte de gagner le sable moelleux, et les bords fleuris de la plaine qui s'ouvre devant elles.

A votre gauche, toujours au premier plan, voici la noire silhouette des pans de murs ruinés de l'ancien collège des Pères de l'Oratoire, faisant sentinelles auprès de l'ancienne chapelle de Notre-Dame-de-Grâces (i), encore debout malgré deux siècles et demi d'existence, et plusieurs révolutions. Tout autour des vieilles masures, qui furent autrefois un sanctuaire célèbre de science et de prières, les bois de pins font comme une ceinture de deuil, qui semble gémir et pleurer sur Tabandon dans lequel gisent tous ces restes d*un passé illustré par Massillon (2). Et là-bas, vers l'ouest, au dernier plan, tout au bout de l'immense plaine, la haute et longue muraille dessinée par les monts du Forez, aux cimes uniformément arrondies, aux épaules couvertes de sombres sapins, tandis que leurs flancs sont piqués de jolis villages et que leurs pieds se glissent presque aux bords des eaux du fleuve qui voudrait les baigner.

(I) L'Ermitage de Peu-Cbaud fut fondé en 1608 pir noble Vital de Saint-Pol, leigneur de Vas8a!ieu,de Goillanclie et de Vaux-en- Vaure. Un ermite y vivait et y priait au nom de la famille de Saint-Pol. C'est la chapelle construite, alors pour le dit ermite, qui portait le nom de chapelle de Notre-Dame-de-Grices.

Les OratorienSf successeurs des ermites, s'installèrent sur la montagne de Peu-Chaud, le 39 novembre 1620. Vital de Saint-Pol, entré dans leur congrégation, leur avait confié l'ermitage. Ils firent construire l'église actuelle vers i633.

(3) La tradition locale rapporte que Massillon fut élève du collège des Pères de l'Oratoire de Notre-Dame-de-G races. D'autres soutiennent qu'il fut professeur de belles-lettres et de théologie à l'Oratoire de Montbrison, à l'époque où le cardinal de Noailles l'enleva à l'abbaye de Sept-Fonds, avant Tannée 1693. De là, il fut rappelé i Paris pour diriger le séminaire de Saint-Magloire.

Pour concilier ces deux opinions, nous dirons qu'il est fort probable que, pendant lOD ié}onr an collège des Oratoriens de Montbrison, Massillon soit venu rendre visite à sei honorés confrères du professorat, et ait passé quelques jours i Notre-Dame-de-Grices, éloignée seulement de 18 kilomètres de Montbrison. (Notes particulières.)

On voit encore de nos jours, sur les bords du vieux chemin qui conduit du 'chflteau de Vassalieu à la chapelle de Notre-Dame-de-Grâces, un énorme chitaignier dont le tronc mesure près de 3 mètres de diamètre, sous lequel la tradition veut que l'illustre évêque soit venu quelquefois se reposer de ses fetigues de professorat. Tous les Foréziens connaissent le châtaignier de « Massillon ».

b CHAPITRE PREMIER

En arrière, vers le sud, le haut donjon de Chambles, dont le front était déjà sillonné de rides, lorsque vinrent les terreurs de Tan mil; la vieille tour féodale de Grantgent (i), qui, du haut du rocher où elle est solidement assise, près de la Loire, ressemble à un chevalier bardé de fer, gardant un passage où Tennemi ne doit point passer.

Vaguement, tandis que le regard explore ce paysage et en détaille les divers aspects, vaguement une comparaison se fait dans l'esprit, entre ces rives de la Loire et les bords du Rhin.

Les rives fameuses du fleuve allemand sont enserrées, sans doute, entre des sommets plus abrupts ; mais, à coup sûr, les lignes n'y sont point plus belles, ni les couleurs plus riantes, ni les oasis plus pittoresques, à côté d'abîmes plus profonds.

A vos pieds, enfin, regardez l'ondoyant cirque de collines, d'où s'élance, vers le nord-ouest, la plaine du Forez, qui s'élargit ensuite calme, majestueuse, semblable aux ailes d'un immense éventail.

Mais de même que, sur une toile de maître, il y a toujours un point saillant qui attire le regard du spectateur et fixe son attention ; ainsi, dans le cadre pittoresque qui nous occupe, il existe un point central vers lequel tout paraît converger : c'est, à savoir, la ville même de Saint-Rambert, la petite cité tranquillement assise au bord d'une balme, sur un lit de verdure, et toute fière de montrer les deux vieux beffrois qui dominent, de leur taille de géants, et son église romane et les toits irrégulièrement surbaissés de ses maisons.

Elle est là, riche de ses souvenirs et fière de son passé,

(i) L'Ermitage de Grantgent est en ruines aojourd'bai, sanf la grande tour qui se tient encore debout sur le roc où elle est fondée depuis plus de sept siècles, puisque une tran» saction de 1173, passée entre Guy. comte de Forez et Guichard, archevêque de LyoUt mentionne déjà Grantgent comme un lieu fortifié. (Aug. Broutin. Notices historiques sur les OratoriêHS de Notre-Dame-de-Grdces, — Gallia Christ, Métropole de Lyon et de Vienne, p. 243 et seq.).

La chapelle et la tour de Grantgent appartiennent à la paroisse de Saint-Just-aur-Loirc.

avec ses rues tortueuses, il est vrai, mais si suggestives pour rceil; avec son église romane qui incarne à la fois Tart médiéval et les derniers efforts de l'architecture mérovingienne.

Le touriste s'empresse à dresser l'inventaire des merveilles locales.

Il a hâte de franchir le seuil de la vieille porte du xii* siècle, qui donne accès dans la cour du très ancien Prieuré de Bénédictins, dont une charte de Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne et d'Allemagne, fait déjà mention en Tannée 971 (i).

Il a entendu parler du célèbre Prieuré de Saint- André-les- Olmes (2) qui eut l'honneur et la joie de recevoir, autrefois, le sacré dépôt des insignes reliques de saint Rambert, martyr (3). Il a entendu vanter la fameuse chasuble du XI* siècle, dans les plis de laquelle la tradition dit qu'elles furent apportées. Il sait vaguement que l'église (Fig. 3) conventuelle du Prieuré fut la première fille de l'abbaye de l'Ile-Barbe (4), que les Prieurs de Saint-Rambert, tous seigneurs de la ville, furent la plupart, et pendant huit siècles, des hommes aussi remarquables par leurs titres de noblesse que par leurs vertus religieuses et leurs qualités administratives (5) ; mais

(i) Cl. LB LABoomuR cite cette charte dans son !•' tome, cbap. XI V, p. 64, des Ma^ureM de riie^BarbCt et noua la donnons aux pièces justificatÎTes, sous le n* i.

(a) C'est le nom que portait, à son origine, le Prienré de Saint-Rambert, sans doute à cause des ormeaux qui l'ombrageaient, et jusqu'au jour de la Translation miraculeuse des Reliques de ce saint, comme nous le verrons dans la suite de cet ouvrage. Ce nom de Saint- André fut probablement donné par les religieux envoyés par Tabbaye de l'Ile-Barbe pour fonder un Prieuré à • Occieu •.

(3) Elles furent apportées de Saint-Rambert-en-Bugey, à Saint-Rambert-en-Forez, vers Tan 1078.

(4) Ce monastère fut certainement fondé avant le x« siècle, puisque la Charte de Conrad le Pacifiqus le mentionne, en l'an 971.

(5) Parmi les Prieurs qui ont illustré le Prieuré de Saint-Rambert en Forez, nous citerons entre autres : Hambert de Bouthéon (laoo): Humbert de Saint-Bonnet (ia33); Frère Ytier Raybe, de la famille des dOJrfé (isSS) ; le cardinal de Gamon (i32q) ; Jacques Robertet (1460) ; Jean de Bourbon, évèque du Puy (1468) ; Charles de Bourbon, archevêque de Lyon (1488); Antoine d'Albon, archevêque de Lyon (i556); Pierre d'ApinaCt archevêque de Lyon (1574) ; Ferdinand de Neuville, évèque et seigneur de Saint-Malo (i656) ; François-Paul de Neuville-Villeroy, archevêque de Lyon (1692) ; Emmanuel- Henri Timoléon de Cossé-Brissac (1734) : Marie-Eugène Comte de Monjouvent, doyen des comtes de Saint-Jean de Lyon (1766) ; l'Abbé de QrézoUes, vicaire général de l'archevêché de Vienne (1788). Archives 4e la Lçire,

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il veut de plus amples renseignements, il veut voir de ses yeux toutes ces merveilles.

Fidèle au culte des hommes et des choses du passé, il regrette amèrement tout ce que le pic du vandalisme a renversé et fait disparaître, et gémit de ne plus voir debout ni les quatre portes (i), ni les remparts, ni les tours, ni les fossés qui faisaient de Saint-Rambert, au moyen âge, une ville forte et sûre.

Mais il ne veut pas quitter cette ville, ni dire adieu à ce ravissant coin du Forez, sans avoir parcouru une à une, preuves en mains, les phases de sa curieuse histoire. Pour lui, la vieille cité de Sain t- Ram bert et les intéressants souvenirs qu'elle garde d'un passé trop tôt disparu, c'est la partie pleine de charmes et de vie, de cet immense panorama qu'il vient de contempler du haut du crêt d'Essalois, panorama qui, dans son esprit, fût resté comme un souvenir de nature morte, si sa visite à Saint-Rambert ne Teût heureusement animé. *

Au surplus, la petite ville de Saint-Rambert, dont l'histoire détaillée fera le sujet d'une étude particulière dans notre second volume, n'a pas toujours porté le nom de son illustre et royal patron.

Elle n'est appelée ainsi, dans les vieux parchemins, que depuis le jour où les insignes reliques des saints Rambert et Domitien furent miraculeusement transportées dans son église, au xi" siècle.

Longtemps auparavant, et sans nul doute avant le X* siècle, cette ville se nommait Occiacum (2) comme en

(i) La porte de Bost démolie en 1867. La porte de Brochorier démolie en 1881. La porte du Poyet, démolie en 1881. La porte delà Ghana ou de Saint-Rambert, démolie en 1898.

(2) ■ Occiacum ». Qui sait si ce nom Occiacum ou plutdt Oxiaeum avec la forme primitive des siècles qui ont précédé le x*, ne serait pas un mot composé du mot • oxius • avec le sufBxe « acus • réveillant l'idée de terres, de propriétés de la famille des Oxius, substantif luimême, tiré de Auctus, Auxius, noms dont des in«icription5 révèlent l'existence en Gaule. La famille chrétienne des Auxius ou Oxius n'aurait-elle pas donné, aux moines de Tlle-Barbe, des terrains dans notre région forézienne, a la condition d'y bfltir un monastère où l'on

témoigne la Charte de Conrad, fils de Rodolphe II, sous le 64* archevêque de Lyon : Burchard II, son frère.

Dans cette charte, datée du i3* jour des calendes de Septembre, an 971, et par laquelle le roi de Bourgogne, d'Allemagne, de Lyonnais, etc., confirme à Heldebert, Abbé du Monastère de TIle-Barbe (i), le prieuré de Saint-André au pays de Forez, déjà fort ancien, d'après de la Mure, dans cette charte il n'est fait mention ni de la ville de Saint- Rambert ni de son Prieuré, mais seulement du monastère de Saint-André (2), où le corps de saint Rambert fut transféré depuis, comme nous le dirons bientôt au chapitre VII* de cet ouvrage.

Or, ce Monastère, dit Cl. le Laboureur dans les Ma:{ures de l'Ile-Barbe^ tome I, p. 66 ce estant situé ff au lieu dit « Occiacitm, il est indubitable que ce petit « lieu aujourd'huy inconnu, doit estre la ville de Saînt- <c Rambert, qui a receu ce nom de la translation des « reliques de ce saint, et de saint Domitien, en l'église « de Saint- André. Ce qui arriva du temps du comte <c Gillinus ou Widelinus (3) ».

L'Occiacum^ donc quelques médailles romaines retrouvées dans son sol, confirment la haute antiquité à laquelle fait allusion la Charte de Conrad le Pacifique, et que le Laboureur

prierait pour elle. De là, la fondation très ancienne du Prieuré de Saint-André, bien avant le X* siècle. (Notes particulières.) Le R. P. Bullioud. Jésuite, dans son « Lugdunum sacro prophanum •, s'exprime ainsi : Prioratus hic s. Regneberti in Foresiis dependet ex Abbatia Insulœ Barbarœ, ex catalogi parv« et magns pancarte. Sed quis auctor et fundator fuerit nondum didici, etc

(0 Heldebert et quelquefois Klodebert, 37* Abbé du monastère de TIle-Barbe dont saint Dorothée est regardé le premier, par tous les historiens. Dorothée vivait au iip siècle et Heldebert sur la fin du x*. [Gallia Christ. Métropole de Lyon et de Vienne, p. 716.) {Ma\ures de Vile-Barbe, ch. XIV, p. 63, tome L Le Labourkur.)

(2) Cellam quoque de Occiaco cum Ecclesia sancti Andreac, capellamque juxta eam in honorem sancti Cosmœ dicatam et Novellis, universaque illis adjacentia. (Voir le texte authentique de cette charte, pièces justificatives n* i.)

(3) Voir le chap. suivant : Le Comte Guillaume.

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appelle ici « Petit lieu », n'était, sans doute, à Tépoque où les douze moines de TTle-Barbe (i) vinrent bâtir les cellules de leur Prieuré et l'église Saint- André, qu'un petit bourg, c'est-àdire une petite agglomération de pauvres habitations, groupées autour des murailles du nouveau monastère, et n'abritant que quelques groupes de laboureurs, de pêcheurs et de manants dont les bras étaient nécessaires aux religieux. Et il en fut probablement ainsi jusqu'au jour où, les reliques du glorieux martyr Rambert attirant de grandes foules de pèlerins, le petit bourg dut rompre ses langes pour s'épandre sur la balme (2).

La primitive église, celle sans nul doute, que bâtirent à côté de leurs cellules, les religieux envoyés de Tabbaye de rile-Barbe, et qui fut dédiée à saint André, en souvenir de leur monastère de TIle-Barbe, dont ce fut le nom primitif (3),

(1) Il n'y eut jamais a a Prieuré que is prébendes, dont let rentes senrirent de tout temps à entretenir d'abord douze religieux, et ensuite douze chanoines, après la sécularisation du prieuré en i55i. {Archives de la Loire, Fonds du Prieuré de Saint-Rambert.)

(3) L'Ocdacum primitif était probablement plus rapproché de la Loire, à cette époque reculée, que la rille de Saint-Rambert de nos jours. Et cela, non point parce que • Occiacum • avait quitté la balme, où il était bflti, pour se rapprocher de la Loire, nuis bien parce que la Loire, en suivant la direction de l'ancien pont, dont on voit encore près de Saint-Just la base des piliers, coulait droit par la grande route actuelle des Barques i la ville de Saint-Rambert. s'avançait vers la balme qui porte la ville elle-même, passait dans les terains bas de Pré-Glottre et de Fontchaut, et rasant la balme qui porte la chapelle de Bonson allait, sans faire aucun coude, baigner les pieds du château de Bonthéon, d'où elle est éloignée, de nos jours, d'un espace de 700 à 800 mètres. Ce changement de lit du fleuve que tout le monde peut constater, de visu, en prenant pour point de repère les piles de l'ancien pont disparu et dont les matériaux sortent hors de l'eau, existait certainement et déjà en 1348, puisqu'à cette époque un certain Jean Colombet, d'Anères, paroisse de Saint-Just. fait, dans son testament, un legs pour l'œuvre du pont de Saint-Rambert, mais ajoute la clause: Quand Usera construit en pierres : quaodo construetur de lapidibus. (Inventaire somm., A. Chavbronoiek. Archives de la Loire. Fonds Saint-Rambert.)

(3) L'abbaye de ril»-Barbe, située dans une petite Ile au milieu de la Sadne, un peu aa-dessus de Lyon dut, dit-on, son origine à deux chrétiens, dont l'un s'appelait Etienne et l'autre Pérégrin, qui, s'étant retirés dans cet endroit, vers Tan 308, pour éviter les persécutions, y bfttirent un oratoire. Les successeurs de ces saints anachorètes le firent reconstruire, le mirent sous le vocable de saint André et fondèrent une Société d'ermites sous la conduite de saint Dorothée. {Gallia Christiana. Métropole de Lyon et de Vienne^

p. 7 «3) Ne semble-t-il pas, en effet, tout naturel que des religieux quittant par obéissance et sans

doute avec regrets, leur douce retraite de l'IIe-Barbe, pour s'en aller fonder un prieuré

sur une terre, à eux inconnue, aient, par reconnaissance et par amour du sanctuaire où ils

avaient vécu henreux, appelé du nom qu'ils aimaient leur nouveau monastère des bords

de la Loire ?

remonte à une très haute antiquité. Le fondateur nous en est resté inconnu il est vrai, mais si nous n*avons pas le plaisir de faire connaître son nom béni à nos générations pieuses, nous avons, du moins, la joie de leur apprendre que la fondalion de cette église qui fut autrefois l'église priorale de Saint- André-les-Olmes, remonte peut-être au vu* siècle, sous Arige, évêque de Lyon (i).

D'après plusieurs auteurs (2), elle aurait été bâtie, ainsi que son cloître, sur les ruines de quelque édifice romain, peutêtre même sur les ruines d'un temple élevé à quelque divinité païenne.

Ce qui le ferait croire, ce sont les blocs de granit dont sont faites les larges bases de ses murs épais, blocs étrangers à nos régions, apportés là par la main de l'homme, et dont les moulures, les entailles et les perforures offrent une preuve certaine d'un premier emploi dans quelque construction antérieure. Et comme leur développement n'est pas ordinaire, et que, d'ailleurs, c'était la règle chez les Romains de n'employer pour la construction des édifices publics que de grands et gros blocs de granit, nous pouvons donc sans crainte et par induction, avancer que notre église a succédé à quelque édifice d'architecture romaine. Une autre preuve de l'ancienneté de cette église, dont nous parlerons du reste dans un autre volume, ce sont les pierres sur lesquelles on voit encore des inscriptions romaines. Ces inscriptions sont frustes, il est vrai, et ne peuvent que difficilement se lire ; mais elles n'en restent pas moins comme un faisceau de preuves irrécusables (3).

(1) Saint-Arige ou Arédias, évêque de Lyon (6o3-6ii).

(3) Aug. Bernard. Histoire du Fore^^ I vol., p. I33. Augus. Broutin. Châteaux du Fore\, vol. I, p. 109.

P. BuLLiouD, Jésuite. « Lugdunum sacro profanum : Fundationes Abbatianim in Diœcesi lugud. Index XII.

(3) Sur une de ces pierres, à gauche avant d'entrer, on distingue cependant encore la silhouette des lettres formant le mot latin ALBANO que nos vieillards ont lu, il y a trente ou

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« Toutefois, dit Aug. Bernard, cette église peut bien se passer de cette illustration de hasard, car n'aurait-elle, dans ses archives, que son acte de naissance signé dans le premier tiers du xi* siècle, ne posséderait-elle, dans son trésor, que les insignes reliques du martyr saint Rambert, et Tétoffe de soie et d'or qui leur servit de suaire, sur la fin du même xi* siècle, cela suffirait abondamment pour la recommander à l'attention et même à l'admiration des amateurs de l'art chrétien. »

Nous ne voulons point, ici, faire la monographie de ce monument historique de style roman, dont les proponions admirables, l'ossature puissante ont défié huit siècles, résisté aux coups meurtriers de cent guerres, et aux ravages d'autant de révolutions. Nous ferons ce travail intéressant dès les premières pages de notre second volume de l'histoire religieuse et civile de Saint-Rambert.

Nous avons simplement voulu, dans ce premier chapitre, rappeler au lecteur l'antiquité de notre église, son agrandissement par les religieux bénédictins du Prieuré, lors de la translation des reliques de son illustre Patron, le grand intérêt qu'elle offre, et lui montrer combien elle était digne de recevoir, sous ses voûtes sacrées, les restes bénis du saint auquel elle doit sa célébrité.

Notre vieille église n*a rien perdu de sa médiévale beauté ; et, de nos jours, elle est encore digne de voir refleurir le culte de son illustre Patron; comme aussi toute prête à accueillir, avec bonheur, les pèlerins qui viendront vénérer les précieuses reliques de sa belle châsse.

quarante tDt. Une autre inscription, réduite malheureusement i sa dernière ligne, V. S. L. M. (votum soMt libens merto) se lit encore sur une pierre de la façade. (D'après M. Vincent Durand.)

Et eoTiron i 4 ou S mètres au-dessus du sol, on aperçoit uo médaillon qui indique la plus haute antiquité, mais que le bras d'une lampe électrique est venu malheureusement endommager.

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