‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 17 sur 119 · VERS L'AN 680 (I · texte numérisé non relu

VERS L'AN 680 (I

Dans tout combat, la victoire est h celui qui a terrassé son ennemi. Mais dans la lutte que le chrétien doit soutenir icibas contre les adversaires de sa foi, il en va tout autrement : un chrétien n'est vraiment victorieux qu'autant qu'il se laisse immoler.

Sur un champ de bataille, les honneurs du triomphe sont au soldat qui vaillamment a manié son épée et qui Ta, au péril de sa vie, rougie du sang de l'ennemi.

Pour le chrétien, s'il ne tombe pas mort dans le combat, son mérite est moins grand, et a moins de valeur que celui du martyr qui succombe avec résignation.

La mort, pour nous fidèles serviteurs d'un Dieu crucifié, la mort est le triomphe de notre foi; et nous chantons victoire

(i) Extraits desAeta sanctorum die décima tertia^ mentis junii, 3* volume des Grands Bollaudistes, imprimés en 1867. •

— Voir tussi Histoire Ecclésiastique du Diocèse de Lyon, par J.-M. db la Murb, prêtre, docteur en théologie, etc., chaDoine de l'Eglise collég. deN.-Dame de Mootbrisoa, page 370, édition de 1671.

— Cf. Histoire hagiologique de Belley, par M. Depért, Tlcaire général, tome I•^ pages 89 et suivantes.

quand, de notre chair meurtrie par les coups, le sang coule, comme coulait le sang divin sous les fouets de la flagellation.

A nouveau combat il faut nouvelle tactique; et c'est pourquoi nous voyons les athlètes du Christ, les martyrs, dédaignant Tacier redoutable, aller au supplice armés seulement de la foi et de la constance chrétienne.

Mourir résigné en regardant la Croix du Calvaire, pour le chrétien c'est mourir victorieux.

Saint Rambert est tombé victime du glaive homicide, et par sa mort il a vaincu ses ennemis. C'est ainsi qu'il est parvenu à la gloire céleste, récompense de son sang versé.

S'il fût resté sain et sauf au milieu du combat, il ne jouirait point, maintenant, de l'éclatant triomphe qui est le prix du sacrifice.

Et pour quelques jours de souffrances endurées patiemment sur cette terre, il a l'éternelle joie de nager au sein de délicieuses voluptés, dont le prix et la splendeur vont audelà de tout ce que Tesprit humain peut concevoir, selon qu'il est écrit :

« Uœil de Phomme rCa rien vu^ son oreille rien entendu^ « son cœur rien éprouvé de toutes les joies que Dieu a « préparées à ceux qui l'aiment (i). »

Saint Rambert (2) était issu d'une des plus illustres familles de France, alliée à celle des rois de cette nation. Son père, le très noble duc Ragdebert, était alors (vu* siècle),

u) IsaU, 64,4. Saint Paal, I. Corinth,^ a, 9.

(3) Saint Rambert se dit quelquefois, en latin, Rayfnbertus et même RambertuSf mais plus proprement et ordinairement S. Ragnebertus.

Ce prince de sang royal, sous la première lignée de nos rois, d'après une charte de l'abbaye de Saint-Denis en France, rapportée par du Tillet, charte donnée par le roi Clovis U et datée de Clichyi l'an seizième de son règne, qui tombe en Tannée 622, Rambert (notre saint) est le troisième des quatre grands du royaume qui y signent, et, après lui, signe Ebroîn qui, depuis, fut maire du Palais, sous le roi Théodoric !•% et en cette qualité son tyran et son persécuteur. (La Murk, dans son Histoire du Diocèse de Lyon, page 370, édition de 1671.)

gouverneur des provinces comprises entre la Loire et la Seine.

Placé, au sein même de la Cour royale, entre les mains de maîtres vertueux qui lui enseignaient la religion et les lettres humaines, ce jeune athlète du Christ ât de si rapides progrès dans la piété et la science, qu'on vit bientôt, en lui, la noblesse du savoir et de la foi remporter sur la noblesse du sang. Cœur vaillant, esprit prompt et élevé, soldat habile au maniement des armes, administrateur sage et diplomate consommé, à Tâge où d'autres se livrent encore aux jeux de Fenfance, il brillait déjà du vif éclat qui jaillit des hautes qualités dont le monde est Tadmirateur. Et cependant, au milieu des flatteries et des adulations du siècle, il n'oublia jamais d'aimer Dieu de tout son cœur et de le servir avec zèle.

Chrétien convaincu, il ne perdit jamais de vue le Ciel qui est le but auquel nous devons tendre. C'est là qu'était son trésor; c'est là qu'aboutissaient toutes ses affections; là qu'on le voyait diriger tous les efforts de sa volonté, tous les actes de sa vie.

Et voyait-il autour de lui les envieux se multiplier, il aimait mieux souffrir en silence, mépriser les pièges tendus à son honneur et à sa vie par la malveillance, que de se plaindre et de rendre le mal pour le mal.

Mais il est nécessaire, pour la clarté des faits qui vont suivre, de faire l'esquisse rapide de la situation dans laquelle se trouvait, à cette époque, l'empire des Francs.

Clovis II (i) qui, par la mort de son frère Sigisbert et par

(i) Roi des Franci (638-656). • Le roi Clovis H govvernt son royaume paisiblement; « sans guerre et sans bataille tut tous les {ours de sa vie. Une fois vint en l'église de Saint- • Denis, ainsi comme mauvaise fortune le menait^ pour déprier les saints martyrs. Et pour « ce que il voulait avoir aucune alliance d'eux tout adcs avec soi, il commanda que les cbflsses « des martyrs fussent atteintes ; après les fit ouvrir, et disjoindre par toile présomption le « vessel en quoi le précieux corps saint repose, moins religieusement le regarda que il « ne dut. Jaçoit ce que il fit par dévotion, si lui ne suffit pas le regarder tant seulementf V aios brisa l'os de l'un des bras et le ravit. Et le martyr montra bien tantôt que il ne lai

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l*exil de Dagobert II, son neveu, avait un instant réuni sur sa tête les deux couronnes de Neustrie et d'Austrasie, venait de mourir en laissant trois enfants en bas âge : Clotaire, Childéric, Thierry (656).

Clotaire III (i) eut la Neustrie, Childéric II (2) TAustrasie; quant à Thierry, tantôt dépouillé, tantôt tout puissant, triste jouet entre les mains d'un ambitieux, il passa alternativement du cloître au trône et abandonna, enfin, le sceptre pour revêtir définitivement le froc du moine.

Une noblesse mécontente et inquiète, avide de bouleversements et de révolutions, parce qu'elle sait y trouver un accroissement à ses privilèges, se sert de son nom pour recommencer ces tristes guerres civiles que la succession de Clovis avait ouvertes, et qui devaient avoir pour résultat la scission de TAustrasie et de la Neustrie, la création des ducs, des Francs orientaux, l'élévation de Pépin et, plus tard, l'avènement d'une monarchie usurpatrice.

Tout est trouble à cette époque : d'un côté deux peuples, enfants de la même patrie, appartenant à la même nation et pourtant rivaux; de l'autre, deux civilisations opposées.

« plaisait pas dont son corps était ainsi traité : car le roi fut tantôt si espoenté et si ébahi « que il chaït en frénésie et perdit son sens et sa mémoire, en cette heure même ; tantôt fut « le moustier rempli de ténèbres et d'obscurité; une peur si grande prit soudainement à « tous ceux qui là étaient, que ils se mirent à la fuite. Le roi donna puis aucunes villes au « martyr pour l'apaiser ; et pour ce que il recouvrit son sens et sa mémoire, l'os que il

• avait follement deseuré du corps, fit vêtir et orner d'or pur et de pierres précieuses, et le « fit mettre en la châsse avec le corps. Pour cette raison peut-on prouver que le corps du « glorieux martyr git laïens entièrement; quand il ne put oncques souffrir que un petit a osselet fut ôté de son bras ni démembré de son corps. Le roi, toutefois, recouvra son sens

• en partie, mais non pas entièrement ni en tel point comme il l'eut devant eu ; si ne vécut « pas puis moult longuement, car il trépassa au chef de deux ans après ce que ce lui fut ■ advenu (656).

• Ce roi Clovis H eut femme qui fut du lignage de Saisoigne. Bathilde avait nom, sainte « dame et religieuse et pleine de la peur de Notre-Seigneur; et si était sage dame et de « grande beauté si fut celle que Ton dit sainte Bathilde de Chelles. ». {Gestes de Dagobert, 5i — Chroniq. de Saint-Denis^ V, 22, publiés par B. Zbller, maître de conférences à la Faculté des lettres de Paris, 1881.)

(i) Roi de Neustrie et de Bourgogne (656-670).

(2) Roi d'Austrasie en 660, de toute la France en 670, assassiné par Bodillon en 673, dans la forêt de Chelles.

la civilisation germanique et la civilisation romaine, s'apprètant à renouveler cette lutte mémorable que les historiens ont personnifiée dans deux reines : Brunehaut et Frédégonde !

Toute autorité royale ayant à peu près disparu, le règne des rois fainéants commence. C*est à qui s'arrachera les derniers débris d'un pouvoir à l'agonie. L'usurpateur est d'ordinaire un maire du palais : Erchinoald, Ebroin, Vulfuad, Bertaire ou Pépin d'Héristal.

Il attaque, par lui-même ou par les siens, tous ceux qui ne s'unissent pas à lui pour panager ses rapines; et ses excès sont d'autant plus grands, qu'il n'existe aucune force publique capable de les réprimer.

Alors se forme, contre lui, une coalition de tous ceux que révolte l'arbitraire ou qui ont à se plaindre de son despotisme. Les chefs ne manquent pas; la féodalité les fournit et la guerre civile s'organise, non au profit de l'autorité royale, ni de quelque principe supérieur, mais au profit d'un seul tyran brutal qui ne respecte rien et ne reconnaît d'autres lois que ses volontés (i).

Ce fut au milieu de ces conflits d'ambitions individuelles, alors que la dignité royale était aux mains des grands du royaume, que le jeune Rambert cueillit la palme du martyre.

Parmi les usurpateurs de la royauté, vivait à la Cour un homme impie et sanguinaire, Ebroin (2), maire du palais.

(1) Cette esquiMe rtpide de U situation de Tempire des Francs est empruntée, en partie, à la Vie des Saints par une réunion d'Ecclésiastiques et d'écriTains catholiques. Tome IVy pagt 10. Vie de saint Léger f passim.

{2) Lu Rois fainéants. — La famille de Clovis et de Mérovée décline vite. Dés l'année 638 ne parurent plus sur le trône que des rois enfants ou incapables, les rois fainéants. Chaque année^sur un lourd chariot traîné par des bœufs, le roi se rendait à l'assemblée générale des Francs qu'on appelait « Champ de Mars ». Puis, il rentrait oisif dans sa villa perdue au fond de quelque forêt.

Le Maire du Palais* -> La surveillance de cette villa, son palais, était confiée à un maire du Palais. Le Maire jugeait les querelles des « Leudis », conduisait l'armée. Il était 1^ tuteur des princes enfants. Ce fut le vrai roi. (Hist. et civilisation de la France, par Gustave Ducouorat.)

3o CHAPITRE m

D'une basse origine, ce tyran fameux dans nos annales par ses atrocités, était parvenu à force de crimes, à la plus haute dignité du royaume. L'illustre épouse de Clovis II, la vertueuse Bathilde (i), sut bien lui en imposer quelque temps par l'ascendant de ses rares qualités; mais le ministre hypocrite, ambitieux, ennemi de Dieu et des saints, réussit bientôt à se débarrasser d'une surveillance dont la pieuse activité mettait un obstacle à l'accomplissement de ses noirs desseins.

Devenu maître de tout par la retraite de cette reine, il mit toute son ardeur impie à bannir du royaume, à enlever à leur famille pour les faire mourir, les nobles rejetons de la très illustre race des Francs; tous ceux, en un mot, dont il avait à redouter quelque rôle important dans les affaires de l'Etat (2).

Quant à ceux que la mollesse avait déjà énervés, que la débauche avait amollis ou qu'avaient avilis de basses alliances, il sut les combler d'honneurs, au point qu'aucun d'eux n'osa plus résister aux ordres de l'hypocrite protecteur.

Après la mort de Clotaire III (3), il mit sur le trône

(i) Bathilde (sainte), femme de Clovis H. gouverna pendant la minorité de ses fils: Clovis HI, Childéric H et Thierry. Elle mourut en 680 au monastère de Chelles (Seine-et-Marne).

(2) a Après la mort du roi Clovis H, couronnèrent les Francs, Clotaire UI un sien fils, « l'aîné de ses trois fils; il gouverna le royaume entre lui et sa mère la reine Bathilde. Lors « furent les Francs en doute de qui ils feraient Maire du palais. En la parfin, en élurent « un qui avait nom Ebroîn. Ce fut lui qui fit martyriser saint Léger, évêque d'Âutun. > Gestes des Rois de France. — Chron. de Saint^Denis^ Y, 23, publiés par B. Zbllbk, etc. 1881.

(3) « Bientôt le roi Clotaire III (670) appelé par le Seigneur, sortit de cette vie. Ebroîn « aurait dû convoquer solennellement tous les grands et élever au trône le frère du roi «c Théodoric (Thierry III); mais son orgueil l'empêcha d'agir ainsi. Alors une multitude de « nobles qui s'empressaient de se rendre auprès de Théodoric, ayant reçu d'Ebroîn Tordre ■ de rebrousser chemin, se réunirent en conseil, et tous offrirent à Childéric II, frère cadet « de Théodoric (Thierry III). lequel régnait en Austrasie, le royaume de Neustrie, aussi « bien que celui de Bourgogne. Le tyran/ alors, voyant que cela se passait à cause de ses « crimes, se réfugia au pied d'un autel dans une église; son trésor fut à l'instant même « envahi, et ce que cet homme injuste avait amassé méchamment, fut dissipé sur l'heure. « Alors quelques évèques, et particulièrement Léger, intercédèrent en sa faveur et obtinrent < qu'il ne serait pas mis à mort. II fut envoyé en exil au monastère de Luxeuil pour y « laver, par la pénitence, les crimes qu'il avait commis (671) {Vie de saint Léger, êi'èque « d^Àutun, •

MARTYRE DE SAINT RAMBERT 3l

Thierry III. Mais la haine que les Francs gardaient au ministre despote et cruel, rejaillit sur le roi. Thierry III fut chassé du trône et la couronne placée sur la tète de Childéric II (i).

Quant à Ebroïn et à son royal protégé Thierry, ils furent rasés et enfermés dans le monastère de Luxeuil. Pendant les vingt années que Tex-maire du palais passa dans cette sainte demeure, il ne fut qu'un apostat livré à l'esprit de mensonge et d'hypocrisie.

Cependant Childéric mourait en 673. Thierry III, tiré de sa retraite, fut alors replacé sur le trône en vertu du principe de légitimité. Dégagé, du même coup, des liens qui jadis enchaînaient ses destinées à celles du perfide Ebroïn, Thierry choisit Leudésie pour maire du palais.

Mais, au fond de sa prison, l'avide et insatiable Ebroin surveillait la marche des événements qui se déroulaient autour du trône, nouvellement occupé par le compagnon de son exil.

Trompant, un jour, la surveillance de ses gardiens, il s'échappe du monastère de Luxeuil, s'introduit à la Cour, fait assassiner Leudésie et supposant un Clovis, qu'il disait être le fils de Clotaire III, il parvient à le faire couronner sous le nom de Clovis III. Ce n'est pas tout. Il fallait faire reconnaître à la nation ce fantôine de monarque. Ebroïn, pour faire acclamer le nouveau roi, ne recule devant aucuns moyens violents. Il ravage, pille, incendie les provinces et les villes qui refusent de se soumettre à sa tyrannique

(1) Clovis III, Childéric II et Thierry III, les trois fils de Btthilde, femme de Clovis II. roi des Francs. Childéric fit venir son 4rère en sa présence pour s'entretenir avec loi ; mais quelques-uns des principaux du royaume, croyant faire une chose agréable à Childéric, osèrent couper les cheveux de leur maître) et le présentèrent dans cet état à son frère* Childéric l'interrogea et lui demanda comment il désirait qu'on le traitflt. Théodoric (Thierry) répondit qu'il avait été injustement chassé de son royaume, et ne désirait que le Dieu du ciel pour juge. Alors« on lui ordonna de se rendre au monastère de Saint- Denis; il y vécut en secret et y demeura jusqu'à ce que ses cheveux eussent repousse. (VU de saint Léger.)

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autorité. Et lorsque, forcé par les armes, le faible Thierry lui a remis la charge de Maire du palais, le ministre cruel renvoie son faux Clovis dont il n'avait que faire, et dès lors, s'abandonne à tous les excès de la tyrannie la plus hideuse et la plus cruelle.

Comme s'il eût voulu s'épargner les remords que la seule vue des gens de bien produit sur les âmes scélérates, Ebroin déchaîna sa fureur, surtout contre les personnages à qui leur piété et leur foi donnaient quelque notoriété.

C'est ainsi qu'il choisit les victimes de sa rage, parmi les hommes les plus illustres de l'Eglise de France : saint Léger, évêque d'Autun (i); saint Ennemond, évêque de Lyon; saint Lambert, de Maastricht ; saint Dagobert ; sainte Anstrude ; saint Wilfrid, évêque d'York; saint Philibert; saint Amé de Sion et plusieurs autres hommes illustres autant par leurs vertus que par leur situation, tombèrent sous les coups du tyran.

Quant aux grands du royaume, il poussa l'injustice jusqu'à les dépouiller de leurs dignités. Et, tournant sa haine contre ceux qu'il croyait les adversaires jurés de sa politique perverse, tantôt il fit vendre leurs biens à l'enchère, tantôt il les fit périr par l'eau et par le feu.

D'autres (pour rappeler ici le mot de l'apôtre parlant des chrétiens de l'Eglise naissante), d'autres furent mutilés dans leurs membres, pressés d'abjurer leur foi ou exterminés par le glaive.

Qu'on ne s'étonne point de voir, ici, le crime triompher au préjudice de la vertu. C'est la volonté de Dieu que, dans

(i) Anséghis« fut occis en ce point par un homme qui avait nom Godomès. Cet Anséghi»e était fils de saint Arnould et fut le père de Pépin, le père de Charles Martel. Ebroïn prit saint Léger et son frère Garin* et les fit tourmenter cruellement. A la parfin, fut ce Garin lapidé et craventé de pierres, et saint Léger fut jeté en prison et affamé par un long jeûne* Après, lui fit, Ebroïn, la langue et les lèvres trancher ; mais notre Sire le rétablit puis, et lui rendit la langue et la parole; et en dernier, lui fit le chef couper pour le martyre consommer.Tant le voulut puis notre sire honorer, que il montra les mérites et l'innocence de lui par les miracles que il fit à sa sépulture. {Chroniq, de saint Denis, V, 24. ZKLLKti,passim.)

tous les temps, les hommes de bien soient persécutés par les gens sans foi, sans mœurs et sans probité. Et c*est Thonneur, c*est, plus encore, le salut des chrétiens d*être choisis pour victimes.

Rappelons-nous la condamnation à mort de Jésus-Christ par l'hypocrite Pilate; souvenons-nous du crucifiement de THomme-Dieu par Tinfàme tourbe des Juifs et des soldats romains, et nous n'aurons pas de la peine à nous armer de courage, en face de la contradiction ou du respect humain, sûrs que nous sommes, en pratiquant notre religion, de n'être blâmés et persécutés que par des gens indignes de notre estime.

Mais les tlots de sang innocent versé par le tyrannique Ebroîn, loin d'assouvir sa soif sacrilège, ne firent que l'exciter davantage. Plusieurs seigneurs de la Cour, coupables seulement de porter ombrage à son ambition, devinrent bientôt ses nouvelles victimes.

De ce nombre fut Rambert, fils de l'illustre duc Ragdebert« Sans nul doute, les qualités et les vertus qui brillaient dans ce noble jeune homme, le courage qu'il montrait à désapprouver tant d'infamies, les larmes qu'il versait à la vue des maux qui accablaient l'Egh'se et l'Etat, durent offusquer le ministre jaloux et sanguinaire; aussi bien, chercha-t-il partout l'occasion de perdre Rambert (i).

Ebroîn la fit-il naître ou se présenta-t-elle fortuitement, c'est ce que nous ne saurions dire.

Mais ce qu'il y a de cenain, c'est que le perfide maire du palais accueillit, avec une joie satanique, une dénonciation qu'on lui fit contre le pieux fils du duc Ragdebert. Des gens, sans nul doute à la solde d'Ebroin, accusèrent un jour le serviteur de Dieu, Rambert, d'avoir avec deux complices, les princes du palais, Bodon et Guiscand, tramé le projet

(i; Vie de taint Rambert, opuscule imprimé ti Tenay (Aiii/ en i^b. passim

^4 CHAPltRË II!

criminel de le faire périr, pour lui enlever le pouvoir dont il abusait d'une manière si indigne.

Rambert dont le courage chrétien était à toute épreuve, et qui ne redoutait ni les mauvais traitements ni la mort, se laissa accuser sans daigner opposer aux injures un mot pour se justifier.

Sa mort fut résolue. Toutefois, grâce à l'intervention de saint Ouen (i), archevêque de Rouen, dont la vertu et la haute sagesse avaient quelque empire sur Ebroin, Rambert ne fut point mis à mort sur-le-champ.

Notre saint fut exilé dans la partie méridionale de la Bourgogne, connue aujourd'hui sous le nom de Bugey, et confié, comme factieux, à la garde d'un prince puissant du nom de Théodefroy. Ce seigneur avait ordre du tyran de faire périr secrètement le jeune exilé.

Mais, par une permission de Dieu qui tient entre ses mains le cœur des hommes, le prince auquel Rambert avait été abandonné, ému de pitié pour la jeunesse et les vertus de son noble prisonnier, aima mieux lui laisser la vie sauve que d'exécuter les ordres iniques d'Ebroïn, et de tremper ses mains dans le sang innocent.

Cette disposition du cœur de Théodefroy à l'égard de Rambert, fut un effet de la miséricorde divine, au tribunal de laquelle les cœurs simples et droits trouvent toujours consolation et appui. Dieu voulait donner à son digne serviteur le temps de faire pénitence et de se préparer au martyre.

Rambert, heureux de cette faveur, travailla, pendant son exil à effacer, par ses prières et ses larmes, les souillures que le souffte corrompu du monde avait pu communiquer à son âme.

(i) Audœmus colitur 24. AufrusU. Mortuus est anno 683, Ponti/ex Rothomagensit ereatus anno 640 (ChesnœOt Rodomœ).

II s'agit bien ici de saint Ouen, dont on honore, de nos jours encore, les saintes Reliques, dans l'église de Ronen qui porte son nom.

MARTYkE DE SAINT RAMBERT 3 S

Quant à Théodefroy, l'histoire rapporte que la charité dont il usa envers son noble prisonnier, lui valut de Dieu, la grâce d'une sincère conversion.

Après avoir fait lui-même pénitence, il mourut les mains pleines des bonnes œuvres qu'il avait accomplies, pour réparer les scandales de sa vie passée (i).

Mais Dieu ne laisse jamais une bonne œuvre sans récompense. Si le verre d'eau donné à un pauvre avec l'intention de plaire au Père Céleste, nous ouvre la porte de son royaume, quelles grâces de salut ne méritera pas celui qui, dans une plus large mesure, aura exercé envers son prochain les œuvres de miséricorde et de charité (2)?

Le retour à Dieu du seigneur Théodefroy, entre les mains de qui Rambert avait été livré comme une victime innocente, est un événement providentiel qui nous rappelle deux des vérités les plus consolantes de la Religion. La première, c'est que Dieu a des tendresses particulières pour les pécheurs et qu'il veut leur salut (3) ; la seconde, c'est qu'il ne faut jamais désespérer du salut des âmes les plus éloignées de Dieu, mais prier pour elles, et attendre l'heure de la Providence.

Pour nous chrétiens, qui savons que le ciel est le prix du labeur et de la souffrance, au lieu d'escompter la grâce extraordinaire qui fît, à la fin de sa vie, un saint du mauvais larron, efforçons-nous de mériter, par les œuvres de la foi, ce Ciel que Dieu, dans l'ordre ordinaire des choses, donne à ceux qui se sont fait violence et ont porté leur croix à la suite de leur divin Maître (4).

(1) Histoire hagiologique de Belley, tome l**, passim,

(a) L'homme qui fera reTenir un pécheur de son égarement sauvera ton tme. (Epit. cathol. de aaint Jacques, chap. V, verset ao.)

(3) Je ne veux pas la mort de l'impie, mais qu'il se convertisse. (Ezech.. XXXIH,

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