V. II
(4) Beati qui persecutionem patiuntur propter justitiam ; quoniam ipsorum est regnum ceetorum, (Evang. Math., ch. V, v. ii.)
Regmum cœlorum vtm patitur et violenti rapiuntiUud. (Math., ch. XI» v. la.)
Cependant le moment approchait où notre saint exilé allait émigrer de cette vie pour être présenté par les anges aux divins regards du Christ.
Ebroïn ayant appris que Rambert était encore en vie, entra dans une grande fureur, et, semblable au fauve qui fait entendre des cris de rage, il donna Tordre de massacrer, sans délai, le serviteur de Dieu. Pour accomplir ce forfait le tyran choisit deux sicaires qu'il envoya en Bourgogne à la poursuite du jeune prince.
Ceux-ci ayante bien à regret, accepté l'odieuse mission de bourreaux, partirent à la recherche de saint Rambert et l'atteignirent dans une gorge déserte des monts du Jura, sur les confins de la province lyonnaise, près d'un torrent appelé « Bébron ou Brévon », non loin des bords de l'Albarine, à quelques pas d'un monastère que saint Domitien (i) avait bâti pour satisfaire sa piété et mener, dans la solitude, une vie conforme à celle des Pères du désert.
Saint Rambert, en voyant les émissaires d'Ebroïn s'attacher à ses pas, n'eut pas de peine à deviner, qu'armés par la haine du sanguinaire ministre, ils étaient venus pour le
(i) Saint Domitien, fils de Philippe et de Marciliana, romaini, fut élevé secrètement par eux dans le christianisme. Après leur mort il donna tous ses biens aux pauvres et se retira au monastère de Lérins ; de là il passa à Arles où saint Hilaire lui conféra Tordre de la prêtrise.
La réputation de saint Eucher l'attira à Lyon ; mais voulant vivre loin du monde il bAtit, dans la Valbonne, une cellule et une église sous le vocable de saint Christophe, près de Meximîeux.
Afin de se soustraire à Taffluence des personnes que sa réputation de sainteté attirait dans sa solitude pour y recevoir des conseils de salut, il vint en 441, avec ses compagnons, fonder un monastère en l'honneur de saint Genès. martyr, près d'une fontaine appelée « Hébron ou Brévon, Vébron ». (Notes obligeamment communiquées par M, Vabbi Vivet, archiprêtre de Sainl'Rambert-en-Bugey.) De nos jours, la fontaine ou ruisseau, au bord duquel a été martyrisé saint Rambert, se nomme depuis plus de 100 ans • Brévon •. (Réponse faite à M. Depéry, vicaire général de Belley, le 18 septembre iB34% P^r M. Garin^ notaire à Saint-Rambert-en-Bugey.)
Le monastère de saint Domitien, devenu plus tard une abbaye des moines de Cluny, fut sécularisé en 1788 ; et les biens qui en dépendaient vendus en 1791.
Quant aux bâtiments mêmes, ils furent transformés en une jolie maison de campagne ; l'église seule a été détruite et son emplacement est occupé par un beau jardin* (Voir le chapitre IV de ce tome !•% p. 47.)
faire mourir. C'est pourquoi, convaincu que sa tin était proche, il demanda à ses bourreaux la permission d'aller faire sa prière dans une chapelle peu éloignée du monastère et que saint Domitien avait élevée en Thonneur de saint Genès, martyr (i). Les valets d^Ebroïn refusèrent cette faveur à leur victime. Le courageux athlète du Christ, à ce refus, se soumit sans laisser échapper une plainte. Et s*étant mis à genoux, à l'endroit même où il avait été appréhendé par eux, il éleva ses mains et son cœur vers Dieu. Sa prière faite : (f II est inutile de me contraindre plus longtemps à la fatigue, a leur dit-il ; au nom de Dieu, ne craignez point d'exécuter « les ordres que vous avez reçus. »
Les bourreaux, alors, font asseoir Rambert sur une pierre du bord du chemin, et d'un violent coup de lance lui arrachent la vie (2). C'était le i3 juin de l'année 675, d'après les Bollandistes, et 680, d'après d'autres historiens.
Une croix de pierre indique l'endroit où il fut martyrisé. Cette croix, érigée en 181 5, s'élève sur le chemin qui mène à l'abbaye, au bord du ruisseau de Bébron, en haut du pont qui le traverse et tout près d'une maison dite du a Cuchon », au-dessous de cette abbaye même fondée par saint Domitien, et au nord de la ville qui a pris le nom du saint (3).
Leur crime perpétré, les sicaires s'en vont raconter aux
(1) Saint Genès, martyr, fête le 25 août. C'est près de l'autel de cette chapelle que saint Domitien fut enseveli au v* siècle.
Cette chapelle qui était a quelque distance des bâtiments de l'ancien monastère construit par saint Domitien et qui lui servait d'oratoire, a été détruite en 1791 et a fait place k un pré. {Notes obligeamment communiquées par M. Vabbé Vivet, archipritre de Saint' Rambert-en-Bugey.)
(a) Une autre tradition prétend que saint Rambert eut la tète tranchée et qu'elle roula dans le torrent, où un nimbe lumineux la fit découvrir. Cette tradition est très accréditée dans le pays; et c'est d'elle que s'est inspiré le peintre qui a leproduit la scène du martyre de saint Rambert, sur la bannière de la paroisse de Saint-Rambert-en-Bugey. {Note tirée de la Vie de saint Rambert, opuscule imprimé à Tenay en tSgS, et commu^ niquée obligeamment par M. l'archiprêtre Vivel.)
(3) Détails que nous sommes allés nous*mémc constater « de visu * au printemps de Tannée 1897.
religieux en prières dans la chapelle voisine, qu'ils ont trouvé, non loin de là, la dépouille mortelle d'un jeune homme. Ils poussent même l'audace jusqu'à leur offrir de lui donner la sépulture dans l'espoir d'un salaire.
Les religieux du monastère recueillent aussitôt le corps du saint martyr et, sans retard, l'ensevelissent dans leur cloître, sous le porche de leur église.
Ainsi donc, selon la parole du grand Apôtre des nations : Ils sont profonds et incompréhensibles les trésors de la sagesse et de 'la science de Dieu (i). Le prêtre qui avait reçu les humbles aveux du jeune prince, pendant son exil, lui avait imposé de faire pénitence durant sept ans. Et parce que, par une mort prématurée, Rambert avait devancé le terme fixé pour cette pénitence, ce ne fut qu'après un espace de quatorze années que Dieu daigna manifester la sainteté de son serviteur, en permettant qu'un premier miracle se fit à son tombeau.
La mort de l'impie Ebroïn suivit de près le martyre de saint Rambert et fut le châtiment de ses crimes. Sa cruauté ne faisant que s'accroître de jour en jour. Dieu permit qu'il fût ignominieusement assassiné par le soldat Hermanfroy (2) en 681. Ainsi, se réalisa cette parole du Prophète royal : La mort du pécheur est la pire de toutes les morts (3).
Or, voici ce que la légende de l'Office de la Translation des reliques de notre illustre Patron, nous apprend sur cette mort tragique du sanguinaire Ebroïn.
(i) Epitre aux Romains, ch. II, 33.
(s) Ebroïn qui de rien ne se fût chfttié pour nul grief que on lui eut devant fait, recommença à grever les Francs pins cruellement qu'il n'avait oncques devant fait; mais notre Sire lui rendit les mérites de ses faits, en peu de temps après, en vengeance du saint monseigneur saint Léger et de son frère que il avait martyrisés, par un Franc qui avait nom Hermanfrois qui l'épia une nuit; sur lui vint soudainement entre lui et ses aides et l'occil. Après ce fait, s'entuit en Ostrasie, à Pépin d'Hersiall (681). (2- Contin. de Frédegaire. — Chroniq. de saint DeniSf V, 24. — Zeller, passim.)
(3) Ps. XXXin. V. 22.
MARTYRE DB SAINT RAMBERT Sg
Au temps où le tyran régnait en maître, vivait dans une petite île de la province lyonnaise, appelée Ile-Barbe (i), une des malheureuses victimes du cruel maire du palais, à laquelle îl avait fait crever les yeux.
Pendant une nuit profonde, le pieux aveugle s'était retiré sur les bords de la rivière de Saône, pour y prier à son aise. Tout à coup, it entend comme un grand bruit de gens qui naviguent et qui, en multipliant le jeu de leurs rames, s'efforcent de gagner en vitesse sur le cours trop lent de la rivière.
S'étant mis à héler l'embarcation et à demander vers quel port elle se dirige à si grande vitesse, une voix forte se fait entendre et lui répond : « C'est Ebroïnque nous conduisons « aux enfers, où il subira pendant l'éternité le terrible t châtiment de ses crimes (2). x Le confesseur du Christ reçut ces paroles avec une certaine joie.
Elles lui firent comprendre quelles peines sont réservées aux persécuteurs du juste, et lui montrèrent toute la vérité de cette prophétie du psalmiste : « Le juste se réjouira en voyant qu'il est vengé (3). » (Fig. 4)
Quant au soldat Hermanfroy qui avait tué Ebroin (4),
(i) Ile Barbe, c'est-à-dire île déserte : Insula Btrbara, Ile barbare, et, par syncope, He barbe. C'est ainsi que la vierge et martyre « Barbara » des Grecs et des Latins est appelée « Barbe » en notre langue.
(3) Voir, aux pièces justificatives, le texte de la légende de saint Rambcrt, n* 3.
(3) Ps. LVII, V. II.
(4) Ebroïn est le plus redoutable adversaire que l'aristocratie ait en i combattre, depuis la mort de Brunehaut. Il entreprit de délivrer la royauté, dont il était le tuteur, de l'oppression des intérêts des leudes lignés contre elle, sauf à retenir pour lui-même, an détriment du prince qu'il servait, tout ce qu'il pourrait arracher à leurs communs ennemis. C'est li ce qui ressort évidemment de sa conduite. Ce qui a fait la force d'Ebroîn, c'est qu'il s'est appuyé sur une classe que (e développement de l'aristocratie tendait à ravaler de plus en plus, la classe des simples hommes libres, obligés de se « recommander » à de plus puissants qu'eux, c'est-à-dire de perdre la possession de leurs terres. — Dans le pays romain où l'on jouissait, dans les derniers temps de l'empire, ë'une certaine égalité dans la servitude, l'aristocratie n'avait pas pu s'établir si fortement que dans l'Austrasie; il Ait donc bien plus facile de l'abattre que de l'autre cAté des Ardennes, et c'est ce à quoi tentèrent les efforts d'Ebrotn. De là vient que cette lutte de la Neustrie et de l'Austrasie, n'est pas autre chose, au fond, que la lutte de la royauté appuyée par les simples hommes libres, contre l'aristocratie fortement et militairement constituée en Austrasie, d'après le souvenir des coutumes germaines. V. LiMusaoN (Institutions earlovingiennes). Dans les Rois fainéants et Maires du jMlais. Zkllir, p. io3.
cet ennemi de Dieu et de toute religion, il s'enfuit auprès de Pépin d'Herstall, et ainsi, échappa au péril de la mort (i).
Or, Pépin d'Herstall était fils d'Anséghise, prince romain, et père de Charles Martel.
(1) Pour intéresser le lecteur.
nous donnons,
ci, le fac-similé d'une
monnaie mérovingienne.
montrant le profil
de la figure du trop
fameux Ebroïn.
La suite des monnaies mérovingiennes se dis
tingue entre toutes let
autres, par la variété de se
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es et par le peti
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ais souvent de
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no. 4
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