‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 24 sur 119 · CHAPITEAUX DE L ABSIDE SEPTENTHIOHALE · texte numérisé non relu

CHAPITEAUX DE L ABSIDE SEPTENTHIOHALE

« Nous ne pouvons pas, non plus, asseoir une supposition sur l'examen seul de l'appareil, qui est ici de moellons très réguliers et très petits, car la facilité de se procurer, dans les environs, des pierres d'un volume égal, a dû favoriser singulièrement le parallélisme des assises. Toutefois, nous serons amenés à une date approximative, soit par l'examen des caractères négatifs plutôt que positifs de notre monument, soit par le style ancien des chapiteaux qu'on a trouvés épars autour de lui, soit enfin par la certitude que l'église supérieure en certaines positions, était l'œuvre du xi" et du xn" siècle. Nous croyons donc qu'on peut assigner le vi* siècle aux cryptes que nous venons de décrire. Nous ne connaissons rien d'antérieur dans le pays.

« L'abside abbatiale occupait le dessus de ces trois cryptes

et s'étendait bien au-delà du côté du couchant. C'était une basilique de dimensions moyennes, sans transept ni chapelles latérales. Enterrée par les élévations successives du sol voisin.

comme celle de tous les monuments, son entrée était précédée d'un porche eu bois, auquel on descendait par quatre ou cinq marches. Si les anciens du lieu ne se trompent pas, car c'est d'après leurs souvenirs que nous réédifions, la porte

était à plein cintre, supportée par des colonnes et accotée de deux statues (Fig. 12 et i3). Celles-ci qui existent encore dans te coin d'une cour, sous le nom de saint Domitien et de saint Rambert (i), mais mutilées et méconnaissables, appartiennent au commencement du xiii" siècle, et sont d'un bon style.

« Au-dessus de la porte régnait, dans toute la largeur de la façade, un bas-relief en forme de frise qui représentait, selon les uns, la Fassion, selon d'autres, le Massacre des Innocents. Il n'en reste pas le moindre vestige. La façade se terminait par un gable ou pignon très simple. Le clocher, placé sur le chœur, s'élevait à une hauteur considérable, il était carré, surmonté d'une pyramide à quatre pans en pierres; ses fenêtres étaient à plein cintre, et ornées de chapiteaux. De là, ou de l'entrée, viennent Fie. 14 "c- is probablement ceux que nous

CHAPITEAUX DE i/jiBBAVE trouvous épars dans les environs (Fig, 14, 1 b). Ils sont très variés, très originaux et d'un style ancien ; un lion est sculpté sur l'un d'eux. Le plan de l'église de l'abbaye était basilical, c'est-à-dire qu'elle n'avait pas la forme d'une croix, mais celle d'un carré long, divisé en trois nefs par des piliers. Elle n'avait pas de chapelles sur les côtés, mais se terminait à l'orient par trois absides, dont celle du milieu était la plus grande. Celle du nord renfermait l'autel dédié à saint Clair ; celle du sud était la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Les fenêtres du chœur avaient quelques vitraux peints. La châsse de saint Rambert était placée derrière le grand autel. Par devant, le chœur s'étendait presque jusqu'au milieu de l'église, dont il était isolé par une tribune et des boiseries, et son entrée était

surmontée d'une voûte en ogive, sous laquelle on voyait un calvaire. Les riches stalles de cette enceinte résen'ée étaient dues au ciseau spirituel et délicat du xv' siècle. Leurs armoiries d*or à la bande de gueules, à six coquilles de même, mises en orbe, nous apprennent qu'on les devait à Louis et à Georges de MareschaU qui furent abbés de Saint- Rambert, de 1439 à i48i,et un peu au-delà

« On a trouvé, parmi les ruines du couvent, les mêmes armoiries sculptées sur pierre, soit dans de grands cartouches ou alvéoles, soit sur des clefs de voûte, et toujours avec la crosse abbatiale en pal derrière l'écu ; ce quf indique que messire de Mareschal restaura plusieurs portions de Téglise ou des bâtiments contigus. Mais nous ne saurions dire lesquelles, ces ornements ayant été déplacés et dispersés.

« L'abbaye possédait encore un genre de sculpture qui ne nous semble pas très commun. C'est un dais gothique en terre cuite, avec sa couverture émaillée d'un vert brillant. Il peut avoir appartenu à une chapelle^ à un tombeau, à un bénitier, etc. Le dernier débris que nous puissions citer est une cuve baptismale en pierre blanche, octogone et d'une composition aussi gracieuse qu'originale (i). »

f m LA VILLE — SON ANCIENNETÉ

La petite ville qui depuis de longs siècles étale si pittoresquement, le long des bords étroits de TAIbarine (2), ses gracieuses maisons dominées par le roc hardi où dorment fièrement les ruines du chàteau-fort de Cor-

(f ) Voir aux pièces justificatives n* 3 bis. l'inscription gravée près de la porte moderne de l'ancienne crypte.

'2) Albarine« du latin Alba : blanche, et Ruo : couler avec fracas. — Rivière aux eanx Manches et broyantes, qui traverse la vallée et la ville de Saint-Rambert-en-Bagey. et va se jeter dans TAio, après un parcours de 60 kilomètres.

nillon (i), avec sa vieille tour couronnée d'une blanche Vierge ; la cité qui, là-bas, à l'endroit où la plaine d'Ambérieux (2), étranglée, assombrie entre deux hautes murailles de rocs tourmentés, semble faire sentinelle à l'entrée des c( Gorges » bien connues dans les annales des touristes : c'est la cité de Saint-Rambert-de-Joux (3). On dit aussi Saint-Rambert-en-Bugey (4).

La vallée à l'entrée de laquelle est située la petite ville offre aux regards du voyageur qui l'aborde pour la première fois, un cachet de beauté si étrange, qu'il ne peut s'empêcher de manifester un profond étonnement.

Quoi de plus étonnant, en effet, que ces immenses rochers qui semblent enserrer de toutes parts, contre leur large poitrine de granit, l'ancienne seconde capitale du Bugey réduite, aujourd'hui, aux modestes proportions d'un chef-lieu de canton ? Les deux chaînes de montagnes vont se rapprochant comme si elles voulaient se confondre, empêcher aux blanches eaux de TAlbarine de se creuser un lit, fermer hermétiquement la route au voyageur, et défendre à la voie ferrée de tracer son ruban sinueux le long de la bruyante rivière.

Là, tout prend alors un caractère sauvage, âpre et presque sinistre. Les ombres noires et humides des monts, assombris encore par le reflet des sapins qui les couvrent, impriment une imposante mélancolie dans l'âme, mélancolie qui fait bientôt place à une véritable terreur, lorsque emporté par une fulgurante locomotive, à travers les rochers qui sur-

(1) Le fameux château-fort de Cornillon,dont le donjon, croit M . Hippolytc Leymarie, fut rebâti au xiii* siècle par les ducs de Savoie, peu de temps après la cession que leur en fit l'Abbaye, fut démoli en 1602, par le maréchal Biron.

(2) Ambérieux-en-Bugey, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Belley, 3.427 habitants.

(3) Saint-Rambert-de-Joux. Cette petite ville, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Belley, compte 4.000 habitants ; elle tire son nom et du martyr saint Rambert, son illustre Patron, et des monts de Joux ou Jura, au bas desquels elle fut bâtie.

(4) Bugey, nom du comté de l'ancien gouvernement de Bourgogne, compris aujourd'hui dans le département de l'Ain, chef-lieu Belley.

plombent à droite et à gauche, le voyageur voit soudain leurs têtes se réunir, et leurs âancs former comme une infranchissable muraille, contre laquelle le char de feu court se briser.

La terreur cependant a été de courte durée, car soudain aussi, la roche puissante et noire a ouvert ses parois, et le char de feu, avec les mille vies qu'il transporte, est sorti sain et sauf du trou béant, tout plein encore des flocons d*un immense panache blanc.

En remontant toujours le cours de TAlbarine, les roches menaçantes vont s'écartant pour permettre à quelques ruines féodales de s'étager. Puis, l'horizon s'élargit et devient plus gai, tandis que Tâme inquiète retrouve son calme...

Mais revenons aux sites qui entourent Saint-Rambert-de- Joux, car il n'entre pas dans notre plan de faire une description de toute la vallée de TAlbarine.

Les sites qui dominent la vallée <c bugéenne )> tout en offrant à l'admiration des touristes de belles horreurs, ne laissent pas que de leur ménager d'agréables surprises à chaque sinuosité du lit de la rivière qui en égaie le ton.

En effet, le regard fatigué de la sinistre silhouette des cimes aiguës peut, en s'abaissant, se reposer dans la vallée sur un paysage calme, frais et essaimé de vieilles maisons, au milieu de champs bien cultivés. La plaine est étroite, sans doute, mais remplie de vie et de mouvement ; sillonnée de chemins bordés de haies d'aubépines; ombragée de grands arbres ; égayée par le roulis bruyant des lourds vagons qui courent rapides, comme le vent, à travers ses combes et ses rochers ; plantureuse avec ses abondantes eaux ; et surtout, riche avec ses nombreuses usines, dont la rivière met en mouvement les mille métiers à tisser la soie. Car, en sortant des gorges profondes où, tout à l'heure encore, elle brisait ses ondes avec fracas, TAlbarine a trouvé, maintenant à l'entrée de la ville, un lit plus vaste et plus doux, où ses

eaux, captéCwS au service de l'industrie, sont devenues plus calmes.

11 est rare d'en trouver de plus belles, coulant avec plus de charmes et de limpidité lorsqu'elles viennent baigner la longue file de maisons qui, sur un espace de près d'un kilomètre, forme la grande rue de Saint-Rambert-de-Joux.

L'aspect de la petite cité a bien changé, il est vrai, depuis un demi-siècle. Ainsi, on ne voit plus de grandes dalles servant de ponts, pour réunir les deux bords de la rivière; mais de gracieuses passerelles font communiquer ses deux rives. Les remparts du moyen âge, dont les poternes s'ouvraient sur la rivière et tenaient lieu de fossés, n'existent plus depuis longtemps, mais ont été remplacés par de jolies villas adossées au coteau, et de vastes constructions ménagées pour l'industrie du tissu de la soie ; constructions dont les hautes cheminées font penser aux donjons et aux tours des fortifications d'un autre âge. L'ancien hôtel de ville du xv* siècle a été démoli, il est vrai, et rares sont devenues les maisons particulières de ce même xv® siècle, maisons qui jadis donnaient à la grande rue de la petite cité une physionomie si originale, avec leurs croisillons ornés de moulures prismatiques taillées dans une belle pierre noire ; rares aussi, les fragments de l'époque ogivale et les débris d'ouvrages romans, les basreliefs de la Renaissance, les cartouches avec armoiries capables de rappeler quelques précieux souvenirs historiques(i). Mais de jolis boulevards ombragés, des quais pleins d'animation et de gaieté, tracés le long du lit de l'Albarine ; des rues larges, des maisons dont l'aspect trahit le confort moderne ; enfin, une animation, une vie si extraordinaires qu'à certaines heures de la journée vous prendriez ce gros bourg pour une de ces grandes villes du Nord de la France, où, après un travail aussi incessant que rémunérateur, des milliers d'ouvriers

(i) H. Leyuarie, Notice historique et descriptive de Saint-Rambert-de-Joux, passim.

SAINT-FAMBERT-DE-JOUX "ji

sortent des ateliers, semblables à des essaims d'abeilles qui s'envolent, de leurs ruches, à travers la campagne fleurie.

Voilà, en quelques mots, ce que le progrès moderne a fait de l'ancienne capitale de second ordre du Bugey : une ville industrielle, à laquelle l'avenir sourit, mais qui sait garder le souvenirdes hommes et des choses d'un passé que l'histoire lui a buriné.

Ne me demandez pas la date delà fondation de cette ville. Les vieux parchemins se taisent sur le nom primitif de la vieille cité, et sur l'époque qui la vit naître. La tradition, elle-même, demeure muette sur cette intéressante question. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'elle est très ancienne, et que les historiens comme André Duchesne, Samuel Guichenon (i) qui ne font remonter le bourg de Saint- Rambert-de-J ou x qu'à la fondation du monastère de Saint-Domitien, vers le v' siècle, ne reculent pas assez loin la date de son origine.

Les preuves que ces auteurs donnent, à l'appui de leur thèse, nous paraissent assez fortes pour établir, sans conteste, l'existence sur les bords de l'Albarine, au v* siècle, d'un monastère et de ses dépendances, mais ne nous semblent pas concluantes sur la question d'origine du bourg adjacent au monastère,

« En effet, dit M. LEïMAHiE, si l'on s'en rappone à ces f historiens du monastère de saint Domitien, la première H origine de la ville de Saint-Rambert-de-Joux serait due à a la construction d'une abbaye par le même saint Domitien a au v" siècle (2), et son accroissement aux visites de pèlerins o accourus nombreux vers le tombeau de saint Rambert, « dès la fin du vn" siècle. »

(I) A. DucHiiHE, «ivanl hiiloricn (iili4-i64o). — S. Cuickihoh. hisloriographt frudil de SiToic et de France (1607-1664}.

(1) DoQiilien naquit à Rome, La IfRtnde cite un □nloire et 1 l'Albirioe aa v ijjcle.

Et c'est ainsi que Torigine de cette ville ne remonterait pas au-delà du v*^ siècle. Quand on lit, en effet, la légende de saint Domitien, on y trouve des expressions propres à faire croire qu'à Tépoque dont il s'agit, le pays aux environs de TAbbaye était, vers 420, un véritable désert, « profiindam heremum », désert habité par des gens sans aveu, par des brigands se livrant à la fabrication de fausse monnaie, « antiqui falsi monetarii olim versait fueranl ». Saint Domitien, d'après ces historiens et la légende rapportée par les Bollandistes (i), n'avait choisi cette retraite que parce qu'elle était isolée de toute habitation, à l'abri des bruits du monde, qui, comme nous pouvons le constater par le texte de sa légende, l'avaient troublé dans sa première résidence (2) « freqiientiam populorum graviter ferens », etc.

Toujours d'après les mêmes auteurs, le village le plus rapproché de l'Abbaye, Torcieu était éloigné de six kilomètres (3). Deux cents ans plus tard, lorsque le jeune prince Rambert vint y souffrir le martyre, l'aspect du pays n'avait pas changé; c'était encore un désert sauvage. « Duxerunt eumper quoddam desertum. »

Sans doute, nous croyons, avec Guichenon, que la vallée étroite du Bébron choisie par saint Domitien pour y élever son monastère était, à cette époque lointaine, un lieu peu fréquenté et donnant avec ses rochers couverts de sombres bois, l'idée d'un désert profond, désert dont il garde encore de nos jours l'image.

Nous sommes également bien porté à croire que ce lieu très retiré du monde « ne commença d*être très fréquenté « qu'après la mort de saint Rambert, par le concours des

(i) Acta Sanctorum XdlJunii p. Sg^rô. Histoire de Bresse et de Bugey, par Guichenon. Histoire Française^ par Duchesne. Tome l.

(2) Voir aux pièces justificatives n" 2 la légende de saint Domitien.

(3) Torcieu, village du canton de Saint-Rambert-en-Bugey. 717 habitants.

« peuples qui pour être guéris de diverses infirmités, venaient « par dévotion à son sépulcre » (i).

Mais nous admettons difficilement que la vallée de Saint-Rambert fût un pays désert, avant l'arrivée de saint Domitien et de saint Rambert. Les travaux de Térudit M. Hippolyte Leymarie, nous montrent que les déserts des bords du Bébron et de l'Albarine, dont parle la légende à laquelle Duchesne et Guichenon souscrivent sans contrôle, étaient habités.

« Peut-être, dit l'auteur de la Notice sur Saint-Ramberta de-Joux^ peut-être la ville n*existait-elle pas alors sur « l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui; peut-être encore « n'y avait-il pas de ville à proprement parler ; mais il y' « avait, aux alentours du couvent, des habitations qui lui ce étaient antérieures, et leur grand nombre nous permet ce de contredire quelques-unes des assertions des légencc daires, ou des copistes de légendaires incapables, à cette « époque rudimentaire, de reproduire le style et les allures ce des siècles précédents, ni de reconnaître les âges des ce monuments qui, autour d'eux, auraient dû leur servir de <c jalons pour dresser l'histoire des localités. »

Tout le monde sait, en effet, que les Romains, déjà possesseurs d'une colonie dans la Gaule, cent vingt-cinq ans avant Jésus-Christ, y furent rappelés par les Marseillais leurs alliés, qui leur demandaient protection contre les Gaulois du voisinage; et un demi -siècle plus tard, contre une invasion formidable de Germains ayant à leur tête Arioviste (58 avant Jésus-Christ).

César accourut de l'Italie, traversa le pays des Helvètes, celui des Ségusiens, qui est précisément le pays que nous appelons aujourd'hui Bugey,et empêcha ces barbares de passer

(i) La plus ancienne charte relative à TAbbaye et au bourg adjacent, et qui fasse mention de Saint-Rambert, c'est la bulle du pape Ccicstin III. datée de l'an m 91. On y Ut ces mots ; monasterium cum burgo adjacenti.

sur les terres des Romains, après leur avoir livré un combat où il leur tua deux cent mille hommes (i).

11 n'est nul besoin d'insister, ici, pour faire comprendre au lecteur que le passage des légions romaines dans un lieu, surtout au lendemain d'une victoire, était toujours marqué par quelque installation de camps militaires, ou de postes fortifiés, destinés à garder le pays conquis contre les retours offensifs d'un ennemi difficilement vaincu.

Or, autour de ces camps romains venaient nécessairement se grouper les habitations de cette caste d'individus dont le métier était de suivre les armées victorieuses, pour leur offrir leurs services.

C'est ainsi que durent se passer les choses dans l'étroite vallée de l'Albarine, voie par laquelle César dut transporter ses troupes pour les diriger, d'abord, sur les rives de la Saône, et plus tard, sous les remparts de Bibracte et de Gergovie (2).

« Et comme l'usage chez les Romains, lorsqu'ils avaient fait a la conquête d'un pays, était de le mettre en communica- « tion immédiate avec la métropole, par l'établissement de (( chemins partant de Rome jusqu'aux extrémités des provinces « conquises,ons'accordeàsupposer que la vallée de l'Albarine « et celle des Hôpitaux reçurent, fort anciennement, une de « ces voies, laquelle voie ne serait autre quela route actuelle (( et départementale n*" 4.

' « Cette hypothèse est abondamment prouvée, par la « disposition même des localités qui n'admettent aucun « autre passage dans un rayon fort étendu, et par les « traces nombreuses d'antiquités romaines trouvées dans « cette direction (3). »

(i) Histoire Romaine par l'abbé Drioux. Conquête de la Gaule par les Romains (58 avant J.-C.)-

(a) Bibracte, capitale des Eduens, aujourd'hui Autun. — Gergovie, capitale des Arvernes. (3) Notice historique et descriptive de Saint-Ram bert-de-Joux.

Notre but n'est point de suivre H. Leymarie dans les découvertes concluantes faites, sous ses yeux, dans la vallée de TAlbarine, pour prouver que l'origine de la ville de Saint- Rambert-de-Joux remonte bien avant le v* siècle, époque où Domitien bâtit son oratoire et son hospice.

Cependant, pour que le lecteur n'aille pas s'imaginer que nous passons les preuves sous silence, parce qu'elles nous font défaut, nous allons lui en citer deux principales, les plus saillantes. Nous les extrayons de Touvrage intéressant et documenté de Tauteur auquel nous avons emprunté une grande partie des notes transcrites dans ce chapitre.

« Une preuve irréfutable, dit H. Leymarie, de la présence « d'habitations gauloises sur le territoire de Saint-Ram bert- « de-Joux, c'est d'abord la découverte d'une hache celtique, « en bronze, d'une très bonne conservation, qui nous vient i< des fouilles faites sous le canal actuel, il y a quinze ans (i). « Un autre monument qui rappelle le passage des Romains 'i dans la vallée de l'Albarine, c'est la présence, dans l'église pac< roissiale de Saint- Rambert, comme support d'un bénitier (2), (( de l'autel votif que « Camulia Attica » avait dédié aux dieux (c Cabires, ou aux dieux gardiens. La forme de ce monument « et Tinscription latine qu'il montre, font croire que c'est une « œuvre du deuxième siècle. »

Et ce n'est pas tout, une quantité de poteries, jaunes, noires, rouges, de tuiles à rebords, d'amphores, de vases à ornements riches et en bronze du bas empire, de meules en basaltes, de fragments de mosaïque grossière, de bronzes du

(1) M. H. Lbtmarib écrivait ces lignes en 1843.

(3) Ce monument que les anciens de la ville de Saint-Rambert ont vu, bien des fois, en entrant dans régltse paroissiale, avait déjà disparu depuis quelques années, quand H. Leymarie écrivait sa notice sur Saint-Rambert-dc-Joux. Voici IMnscription qu'on lisait sur cet autel r

DIBUS CABI

CAMULIA AT

TICA ARAM

posurr

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meilleur goût, de médailles du même métal, de vestiges de murs, de débris de charbons trouvés dans quelques localités de la commune, prouvent certainement l'existence d'habitations gallo-romaines dans les environs de Saint-Rambert-de- Joux, avant le v' siècle (i).

Ces documents à Pappui de notre thèse devront suffire. Car nous n'avons pas la prétention d'écrire l'histoire complète de l'intéressante cité « bugéenne », histoire que d'autres ont déjà traitée avec plus de compétence que nous ne saurions le faire nous-même (2).

Et si nous avons élaboré ces quelques pages sur le cheflieu de canton de la vallée de l'Âlbarine, c'est qu'il nous a paru nécessaire de faire connaître au lecteur, par une esquisse rapide, les lieux dont nous sont arrivés providentiellement les sacrés restes de l'illustre martyr saint Rambert.

Toutefois, nous ne terminerons pas ce chapitre sans dire quelques mots de l'église, qui a l'insigne honneur de posséder une grande partie des reliques de notre saint.

L'église paroissiale de Saint-Rambert-de-Joux ne peut pas être classée parmi les monuments, avec son lourd clocher à dôme, les angles nombreux de ses chapelles, son porche dont le plan et l'architecture attirent les regards du voyageur ; mais elle offre cependant un réel intérêt ; d'abord, au point de vue de sa pittoresque position : « Placée au-dessus de la route « et au bas de rochers dont les flancs et la tête disparaissent (( sous un épais manteau de broussailles ; baignée du côté du (( midi par l'Albarine, qui n'en est séparée que par le quai, et c( du côté de l'ouest par le torrent de Bébron, elle masque

(i) Voici les noms des localités citées par H. Lbymarib, et où l'on a trouvé, autrefois, des traces d'habitations gallo-romaines :

Plateau des Ârmers, Bois de Nerva. Verger de Ringe, Hameau de Blannaz, Hameau de Serrière, Grange du Stabat, La Gardinière-Gratoux, Fontaine de Luysandre, Laroche, Mont-Michel, Granges au-dessus de Lupieux, Maison Fallavier, Vigne Bourdin, Au-delà de la cdte Répi.

(2) H. Leymarie, Notice historique et descriptive sur Saint-Rambert-en-Bugey, 184a. Guide historique et pittoresque du voyageur en chemin de fer, par un Dauphinois, i858.

SAINT-RAMBERT-DE-JOUX 7g

« l'entrée du vallon ombragé, discret, plein d'eaux murmu- « rantes et de balmes touffues, qui conduit à l'Abbaye par « un sentier montueux, dont les beautés agrestes font rêver « des sites enchanteurs de nos Alpes.

« Ensuite, au point de vue de sa disposition et de sa décora- « tion intérieures, qui, si elles ne répondent pas à la beauté de « ses alentours, cependant méritent de fixer l'attention, c'est « une grande nef sans collatéraux ni voûtes, flanquée sur ses « côtés de chapelles inégales en grandeur, d'époque et de styles " différents. Les plus anciennes de ces chapelles ne semblent « pas remonter au-delà du xv' siècle, et elles n'offrent rien de « remarquable. Mais ce qui l'est certainement, c'est la curieuse « disposition du chœur et de son abside à pans. Au lieu de se a présenter en face de la grande porte de l'église, le chœur, de « construction moderne, est jeté sur le côté gauche dont il K touche la dernière chapelle. Et comme il est beaucoup plus « étroit que la nef, il laisse du côté droit un grand mur lisse, a contre lequel est adossé un autel à retable de bois. Plusieurs K œils-de-bœuf élevés au niveau du plafond donnent du jour « dans le vaisseau.

a Rien de saillant, du reste, dans cette église, que la Révo- « lution a dévastée et dont la restauration ne remonte pas plus « loin que le commencement de ce siècle, si ce n'est un très u ancien tableau à compartiments, une chaire en bois sculpté « d'un joli travail, et l'ancienne châsse de boisdoré qui contient « la moitié du corps sacré de saint Rambert dont l'autre moitié « est à Saint-Rambert-en-Forez. » Nous parlerons de cette précieuse châsse et de son précieux trésor de reliques, dans le chapitre suivant (i).

1) Sotlet historique el Jelcriplivt Je Saiai-Ramberl-dc-Joux, [S|i.

LE

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