‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 25 sur 119 · DANS LA VALLÉE DE L'ALBARINE · texte numérisé non relu

DANS LA VALLÉE DE L'ALBARINE

(en bugey)

Après la mort de saint Rambert, ses restes sacrés déposés dans l'église du monastère près duquel il avait été martyrisé, furent conservés par les religieux, avec le plus grand soin et la plus profonde vénération. Toujours fécondes en prodiges, ces Reliques insignes, auprès desquelles les fouies pieuses ne cessaient de prier et de recevoir des faveurs, restèrent intactes, formant un corps complet, jusqu*au jour où sous l'épiscopat de saint Gébuin, archevêque de Lyon, un comte de Forez, Guillaume I,en obtint une partie considérable qui fut transportée dans le prieuré de Saint-André-en-Forez (i), vers Tan 1078, comme nous le raconterons au chapitre VII*.

La portion du corps du saint martyr restée à Saint- Ramberten-Bugey, but vénéré et constant de pèlerinages pour les

(i) Distant de 18 kilomètres de Montbrison, sar la rive gauche de la Loire, élevé sur une balme qui court du Sud au Nord, et à la distance de 1 kilomètre du cours de ce fleuve.

fidèles de la ville et de la contrée, était depuis plusieurs siècles renfermée dans une châsse de bois avec les reliques de saint Domitien. A différentes époques, cette châsse fut ouverte et le trésor qu'elle gardait depuis des siècles, reconnu soit par les visiteurs de Tordre de Cluny dont dépendait Tabbaye royale de Saint-Rambert-en-Bugey, soit par des évêques, dans le cours de leurs visites pastorales (i).

Le 10 juin 1689, Dom Paturel, grand Prieur de l'Abbaye de Saint-Rambert-en-Bugey, avant de procédera la translation des reliques, d'un fort ancien reliquaire qui les renfermait, dans une châsse nouvelle, les visita, en assura l'authenticité et signa un procès-verbal de sa visite avec les témoins : Buynand, chamarier ; Delaforest, sacristain ; Trocu, aumônier ; Michon, chantre ;Caron, ouvrier ; Guichard, cellerier •,et Vérot, réfectorier.

C'est ce procès-verbal que Dom Godard, visiteur de l'Ordre de Cluny, trouva plus tard, le 10 juin 1763, dans l'ancien reliquaire vermoulu dont nous venons de parler, pendant que lui-même, en présence de Dom de la Lévretière, grand Prieur, de Messires Giraudon, curé, Grumet, maire, Barron, notaire royal, et de plusieurs religieux et autres personnes, il vérifiait les reliques, constatait que pas une seule parcelle n'avait été enlevée au précieux trésor, et que les sacrés ossements qu'il avait sous les yeux, étaient bien les mêmes, quant à la substance et au nombre, que ceux qui avaient été vérifiés soixante-quatorze ans auparavant, par Dom Paturel, grand Prieur de l'Abbaye (2).

C'est alors que les Reliques de notre illustre Patron et celles de saint Domitien furent placées dans le reliquaire nouveau qui les contient aujourd'hui. Ce reliquaire, ou châsse, que nous avons eu le bonheur de vénérer au printemps

(I) Voir les pièces justificatives du n* 5 au n* i3.

(a) Voir les pièces justificatives n* 3, à la fin de ce volume.

LE CULtE DE SAINT RAMBERT S3

de l'année 1897 est, dit le texte du procès-verbal, « ensculp- « ture, doré surtout à l'extérieur, avec des palmes en sautoir « et des guirlandes aux quatre faces et relevées en bosse, sur- « monté d'une couronne royale peinte en rouge, et verni en « dedans. » (Fig. 16.)

Cette châsse, en bois, fut donnée par Dom Jean-Baptiste Pellard, religieux prêtre, réfectorier de l'Abbaye de Saint- Rambert- en - Bugey ,

Dom Godard, assisté de plusieurs médecins et de plusieurs personnages de grande notoriété , avait trouvé dans l'ancien reliquaire quatre paquets enveloppés,chacun, d'une étoffe de soie. L'un de ces précieux paquets contenait les deux os du coccyx, deux fémurs, dont la tète de l'un était séparée de son apophyse, un péroné, un cubitus, et '^"'*^**^ °^ ^*"''' '**"«"'^

,, , . , D«ni l'ugliie piroissiale de S>iDt-R»mbert-eD-Bugty.

1 apophyse ci-dessus.

Dans l'autre, se trouvaient des fragments de clavicules, de fausses côtes, de l'épine du dos; un crâne, et d'autres petits ossements mis en pièces.

Dans un troisième paquet, étaient renfermés plusieurs fragments d'os, que l'on ne pouvait distinguer, à cause de leur petitesse.

Le quatrième contenait un peu de terre dans laquelle on croit que le saint fut, autrefois, inhumé.

Nous verrons, plus tard, que tous ces ossements et quelques autres moins importants, dont une mention explicative est faite dans le procès- verbal (i), rapprochés de la portion des reliques que possède l'église de Saint-Rambert-en-Forez, concourent à former le squelette d'un même corps : celui de notre illustre et saint Martyr Rambert.

En 1788, l'abbaye de Saint- Rambert-en-Bugey fut, comme tant d'autres, sécularisée. Un administrateur (2) nommé par le Gouvernement prit la régie des revenus, et les religieux furent obligés de quitter le monastère (3). La chrétienne population de Saint-Rambert qui, depuis de longs siècles, avait identifié sa vie avec celle des moines ses bienfaiteurs, les vit partir avec peine, et même avec larmes, si l'on s'en rapporte aux sentiments de tristesse exprimés dans la délibération prise par le Conseil de la Commune, au sujet de la Donation à la ville, par les religieux, de la relique du Saint (4).

Dans cette délibération datée du 14 juillet 1 788, Jean-Louis Grumet de Montpie, maire de la ville de Saint-Rambert-en- Bugey, au nom de son Conseil et des habitants de la paroisse, demande aux religieux de vouloir bien que la vénérable relique de saint Rambert, Patron de la paroisse, objet antique de la vénération publique, soit transportée, de l'église de l'abbaye dans l'église paroissiale.

Il prie Messiresle grand Prieur et les religieux du monastère, de donner leur consentement à la translation de ladite sainte Relique <c comme une dernière marque de leur attache^

(t) Voir les pièces justificatives n* 3, à la fia de ce volume.

(2) M. Gaillard, commis par M. de Saiot-Julien à l'administration des biens et droiu de l'Abbaye.

(3) Vie de saint Rambert, opuscule imprimé àTenay(Âin), 1895.

(4) L'Abbaye de Saint*Rambert-en-Bugey, dont saint Domitien est le premier fondateur au V* siècle et qui passa plus tard sous la règle clunisienne, sécularisée en 1788, et dont les biens furent vendus en 1791, a été transformée en une jolie maison de campagne appartenant autrefois à M. le Docteur Martin-Cadet et aujourd'hui à M. le baron Hippolyte de Sylans. La très honorable famille de Sylans est originaire de la Savoie. Elle s'est toujours fait remarquer par son esprit religieux et son dévouement aux bonnes œuvres.

« ment pour la viïle^ et leur témoignera^ au surplus^ combien les « officieras municipaux et tous les habitants^ sont touchés de la a dissolution de leur abbaye ^ et sensibles à la perte d'une maison a si utile à la paroisse » (i).

Ce que la commune de Saint-Rambert avait demandé aux religieux, par son maire chrétien et dévoué, fut gracieusement accordé, et le corps saint, qui était à l'abbaye, fut transporté dans Téglise du collège de la ville, en attendant qu'on lui préparât une place d'honneurdans une des chapellesde Téglise paroissiale, en reconstruction.

Or, voici en quelques mots comment les choses se passèrent :

Dès le lo juin 1789, Dom Nivîère, Procureur syndic de l'abbaye, député pour cela par le Chapitre conventuel qui avait consenti à céder la châsse à l'église paroissiale, invita Messieurs les Magistrats de la ville et M. le curé Debeney, à prendre des mesures convenables pour que la translation se fît avec les précautions et la solennité exigées pour la circonstance.

La châsse, portée par deux Pénitents, entourée du clergé paroissial, du grand Prieur et de ses religieux, des magistrats de la commune, prit sa marche par dessus les « Chênes » précédée de la milice bourgeoise sous les armes. Elle traversa solennellement une partie de la ville, drapeau déployé, tambour battant, aux accents des hymnes pieux, suivie d'une grande foule de peuple, très recueillie.

Reçu par M. Debeney, curé, à la porte de la chapelle du Collège où se faisait alors,provisoirement,le service paroissial, le vénéré reliquaire fut déposé, après les prières accoutumées, dans le chœur, du côté de l'Evangile.

Dom Moynat, grand Prieur de l'abbaye, se déchargeant alors du précieux trésor dont les religieux avaient eu la garde

(1) Voir les pièeet justificatives n* 6.

pendant de longs siècles, remit à M. Debeney, curé, et aux magistrats de la ville, les deux clefs du reliquaire, afin qu*ils pussent, à Tinstant, en vérifier le contenu.

L'ouverture de la vénérable châsse, dont nous avons fait plus haut la description, ayant été faite en présence de plusieurs graves témoins (i), M. le curé trouva, dans l'intérieur, toutes les reliques reconnues et décrites dans les procès-verbaux du 10 juin 1689, et du 10 juin 1763 (2), lesquels y étaient également enfermés.

Nous n'insistons pas davantage sur la cérémonie de cette mémorable translation. Elle s'acheva au milieu des accents d'une joie bien facile à comprendre chez un peuple de foi, heureux de posséder, tout près de lui, les restes sacrés d*un illustre Patron et protecteur.

Le procès-verbal en fut rédigé, séance tenante, et signé par les grand Prieur, religieux, curé, magistrats et secrétairegreffier de la ville, le 12 juin 178g, dans la chapelle même du Collège (3).

Mais la sainte Relique que des mains pieuses avaient soustraite au péril d'une profanation, en l'enlevant au silence du cloître sécularisé, pour lui offrir une retraite plus sûre dans une chapelle paroissiale, la sainte Relique devait bientôt courir le danger d'être anéantie.

En eflFet, en 1792, l'orage révolutionnaire qui avait éclaté sur la France, dispersait les ministres du sanctuaire et, avec eux, les gardiens-nés des trésors de nos églises. La Révolution avait juré une haine mortelle à l'Eglise catholique, à ses prêtres, à ses temples, à 'ses biens, à ses libertés, à tout ce

(i) MM. Dom Moynat, grand Prieur; Nivière, syndic; Reverdy; Debeney, curé; Gnimetde-Montpie, maire, conseiller; Falavier-Marcschali lieutenant-juge; Jarrin, Juvanon. conseiller ; Juvjnon, principal du Collège et vicaire à Saint-Rambert ; Baillaz, Garin, Tenand, Dubreuil, vicaire; Bugniod, Auger, Bourdin, Tenand, secrétaire.

(a) Voir les pièces justificatives n* 7.

{3) Voir les pièces justificatives n* 7.

qui, de près ou de loin, touche au culte divin ; et c'est à coups de décrets et d^arrêtés iniques qu'elle essayait de la dépouiller, et de la réduire à l'impuissance, jusqu'au moment où les lois scélérates, n'ayant plus assez de force ni de rapides effets, elle leur substitua, comme plus expéditif, le couperet de la guillotine.

L'arrêté du Directoire de l'administration centrale de l'Ain, relatif à l'enlèvement du mobilier des églises, à leur fermeture, et à l'interdiction du culte divin sur leurs autels, parvint sans nul doute aux autorités municipales de <c Montferme » (i) comme il parvint à toutes les autres communes de France, au pouvoir de la Convention.

Au reçu de l'arrêté conventionnel, le Conseil municipal s'assembla pour délibérer. On ne délibéra pas longtemps ; il fallait obéir aux ordres intimés par la Convention sous peine d'être regardé comme suspect, et voué à une mort certaine. Aussi bien, le Conseil municipal se hâta-t-il de nommer une Commission chargée de confisquer et de faire disparaître tout objet religieux ayant servi à entretenir des idées de superstition^ dans l'esprit des ci-devant catholiques.

Or, parmi les objets bénis, dont la présence à l'église de Montferme attirait les foules pieuses, et entretenait dans les âmes des catholiques les sentiments d'une vive foi et d'une grande confiance en Dieu, il y avait l'antique châsse contenant les reliques de saint Rambert.

(t) MoQtferme est le nom qui fut donné, en 1793, à la petite ville de Saint-Rambert-en- Bugey par le gouvernement de la Révolution. Il y a, dans ce nom propre de lien composé des deux mots : Mont et ferme^ une double allusion à la position de Saint-Rambert-de- Joux au pied d'un rocher, et à l'énergie peu ordinaire de ses enfants. De peur qu'on ne cherchât un jour à lui contester la vérité de cette glorieuse épithète, la petite cité se bâta de la justifier, un peu plus tard, sous la période des Cent jours, en fournissant la majeure partie des héros des Balmettes.

Tous les habitants du pays savent que les « Balmettes » sont un défilé situé entre Saint- Germain et Torcieu, et que ce passage fut défendu, en 18 14, par une poignée de braves qui y retinrent, pendant plusieurs jours, l'armée autrichienne. Soldats improvisés, sans ordre, et pour ainsi dire sans chefs, ils montrèrent ce que peut le seul élan du patriotisme.

Notice historique et descriptive sur la ville et l'abbaye de Saint^Hambert-de^Joux, par H. Lbtmakii.

Il était donc bien à craindre que ce précieux trésor, tombant entre les mains d'hommes remplis de haine pour tout ce qui rappelle Dieu et les saints, ne fût endommagé, pour ne pas dire anéanti.

Mais trois chrétiens fidèles veillaient, d'un œil pieux, sur le vénérable reliquaire. Ils avaient juré de l'enlever au rapt impie des conventionnels, dût-il leur en coûter la vie.

Le souvenir du dévouement de ces trois hommes de foi et de cœur, mérite de passer à la postérité. Et c'est pourquoi, autant par reconnaissance que par légitime orgueil, nous voulons que leurs familles, leurs amis, la paroisse de Saint- Rambert, tout entière, bénissent leurs noms.

Les voici : André Tenand^ Philibert Thévenin^ Pierre Lyaudet. Tous trois, pour conserver à la piété de la paroisse, les sacrés ossements de son cher et illustre Patron, imaginèrent de cacher la relique du saint martyr dans la chapelle de la sainte Vierge.

Ils creusèrent donc, secrètement, le sol de cette chapelle, et firent une excavation assez profonde pour recevoir le trésor des ossements de saint Rambert, renfermés dans une pièce de taffetas vert.

Quant à la châsse elle-même, ils la transportèrent discrètement dans les galetas de la municipalité (i).

Lorsque l'orage eut passé et que le ciel fut redevenu serein, quand la paix rendue à l'Eglise permit aux temples de se rouvrir et aux prêtres d'y venir, à nouveau, sacrifier l'auguste et sainte Victime, les trois chrétiens dévoués qui avaient sauvé de la destruction la sainte Relique, s'empressèrent de révéler ce trésor à M. Dupuy, alors curé de Saint-Rambertde-Joux.

Convoqués par ledit curé et son vicaire, M. Darnand, à

(i) Voir le petit opuscule Vif de saint Rambert^ imprimé à Tenay (Ain), iSgS.

une réunion où ils furent priés de faire le récit du béni sauvetage de la vénérée châsse et de ses précieuses reliques, ils racontèrent le fait tel qu'il s'était passé vingt et un ans auparavant. Ils attestèrent avec serment, comme il est établi par une déclaration qu'ils signèrent avec MM. le curé et le vicaire (i), que les reliques présentes étaient bien les mêmes qu'ils avaient soustraites aux profanations sacrilèges de l'impiété.

Ainsi, l'ancienne et précieuse châsse avec son trésor de reliques, placée de nouveau dans une chapelle de gauche de l'église paroissiale, redevint l'objet chéri de la vénération des fidèles.

Or, son Altesse Eminentissime le Cardinal Fesch, Archevêque de Lyon, faisant en i8i3, la visite pastorale de son Archidiocèse, sur l'invitation de M. Claude Dupuy, curé de Saint-Rambert-de-Joux, s'arrêta dans cette ville, le lo juin (2). Il y fut reçu très solennellement, et avec la plus grande joie. L'intention de M. Dupuy était de faire vérifier et reconnaître les reliques du saint Patron de la paroisse par son Eminence le Cardinal, et de donner à leur présence dans le reliquaire échappé au vandalisme de la grande Révolution, un caractère d'authenticité plus notoire et plus formel.

L'Eminentissime Cardinal fit, en effet, ouvrir la châsse vénérable par M. le curé, qui seul en avait la clef II y trouva renfermés dans une étoffe de soie bleue, les mêmes ossements grands et petits, le même paquet de terre tirée du tombeau de saint Rambert, les mêmes deux vases renfermant des mottes de terre imprégnées de son sang, les mêmes précieuses reliques, enfin, que celles dont faisait mention le procès-verbal de 1 789, marquant la date de leur translation

(I) Voir cette décUratioa aux pièces justificatives n* 8.

(s) A cette époque, le département de l'Ain faisait partie de l'archidiocèse de Lyon.

solennelle, de l'église abbatiale dans l'église du Collège de la ville (i).

Lecture faite d'un autre procès-verbal constatant la conservation des saintes reliques, pendant la grande Révolution, par trois respectables et graves citoyens, et de leur remise fidèle dans la châsse, après les mauvais jours de la Terreur, Son Altesse Eminentissime fit quatre lots des divers objets recueillis dans le reliquaire. Elle les scella, les réunit en un seul, dans une enveloppe fie toile blanche, et le tout, marqué à son nom et muni de son sceau, fut déposé dans la châsse de bois doré, fermée à trois clefs.

L'Eminentissime Cardinal avait, toutefois, préalablement distrait un des grands ossements de cette Relique, pour être déposé dans le trésor de l'Eglise Primatiale de Lyon, lequel serait rendu, dit le procès-verbal, à celle de Saint-Rambert si cette dernière église avait jamais le malheur de perdre le trésor qu'elle possède.

Avant de quitter la ville de Saint-Rambert-de-Joux, son Eminence le Cardinal Fesch, comme pour raviver dans les âmes des fidèles la dévotion à leur illustre Patron, et la confiance en sa puissante intercession, ordonna que la châsse, réparée et remise en bon état, serait désormais placée, comme avant la grande Révolution, dans la niche préparée, derrière l'autel de la chapelle dédiée à ce Saint (2).

Ainsi, élevée avec honneur au-dessus du parvis du sanctuaire, et exposée visiblement aux regards de tous^ elle deviendrait l'objet constant des visites pieuses et des prières des pèlerins.

Et pour que son passage au milieu d'une population foncièrement chrétienne, fermement attachée au culte de saint Rambert, heureuse même de tout ce qui pouvait lui en

(I) Voir les pièces justificatives n* 7. (3) Voir les pièces justificatives n* 9.

rappeler le souvenir, et pour que son passage béni restât gravé dans la mémoire des générations, son Altesse Eminentissime voulut que Ton rétablît la croix, en pierre, qui existait au lieu où la tradition porte que saint Rambert souffrit le martyre (i).

ce Cet état de choses, dit Tauteur de V Histoire hagiologique « de Belle/ ^ durait depuis vingt ans, lorsque M. le curé « et les fidèles de la paroisse prièrent Monseigneur Alexandrece Raymond Dévie, évêque de Belley, de vouloir bien faire la ce translation de la châsse, de la chapelle trop humide où elle (c reposait, dans une autre chapelle plus saine et plus décente, ce et nouvellement restaurée. »

L'illustre prélat s'empressa d'accéder à des vœux si pieusement exprimés. Aussi, le 9 avril i833, se rendit-il à Saint- Rambert accompagné de MM. Ruivet et Depéry, chanoines et vicaires généraux du diocèse^ pour procéder à la reconnaissance des reliques (2).

La châsse de bois doré, descendue de sa niche, et solennellement portée à la sacristie par MM. les vicaires généraux en rochet, accompagnés de MM. Dupuy, curé ; Tournier et Reigner, vicaires ; Valentin, prêtre de la Congrégation de Saint-Sulpice, en habit de chœur ; de MM. Charles-Annibal Carron, Philippe Charlin, Pierre Rat, fabriciens, fut ouverte par sa Grandeur devant les témoins nommés ci-dessus. Vérification faite des précieuses reliques, Monseigneur Dévie reconnut, divers procès-verbaux en mains, qu'elles étaient les mêmes que celles qui avaient été constamment décrites depuis plusieurs siècles, par les diverses autorités ecclésiastiques, y compris une côte restituée par la famille Lyaudet qui la gardait avec vénération depuis 178g. Sa Grandeur

/|) Ce n'est qu'en 18 1 5, ooas l'avons déj& dit, que fut plantée la croix de pierre que l'on Toit encore) aujourd'hui, au bord du ruisseau de Brévon ou Bébron.

(3) Voir les pièces justificatives n* 10.

procéda ensuite à leur nouvelle translation dans le reliquaire, les scella de ses armes, mais non toutefois . sans avoir auparavant distrait une côte, pour la déposer dans le trésor de sa cathédrale. Puis, à la sollicitation pressante de M. Dupuy, curé, Monseigneur promit de revenir bientôt en faire une translation plus solennelle.

En effet, le dimanche suivant, 14 avril, qui était le dimanche de Quasimodo, Monseigneur Dévie se rendit à Saint- Rambert-de-Joux accompagné de ses deux vicaires généraux, MM. Ruivet et Depéry, pour faire cette translation des reliques du saint Martyr, dans la nouvelle chapelle qui lui avait été préparée.

La cérémonie rappela celles des siècles précédents par la solennité et le concours des assistants, clergé et fidèles, autant que par la piété avec laquelle elle s'accomplit. La châsse fut portée triomphalement en procession, à travers les rues de la ville, au milieu d'une grande foule qui n'interrompait son recueillement dans la prière, que pour faire monter vers le ciel des hymnes de triomphe, en l'honneur de saint Rambert.

Rentrée dans l'église paroissiale, la vénérable châsse fut placée, dans une niche, au-dessus de l'autel de la nouvelle chapelle de saint Rambert, dans la nef du côté de l'Evangile.

Cette marche triomphale du saint Martyr à travers les rues de la petite cité qu'il protège, depuis presque douze siècles, n'est pas un fait rare dans l'histoire des annales religieuses de la chrétienne population de Saint-Rambert-en-Bugey.

Depuis longtemps, en effet, le nom de l'illustre Martyr ayant été inséré dans les divers martyrologes, il y avait bien des siècles, déjà, que sa fête se célébrait, avec pompe, dans l'église dont il est le Patron bien-aimé et le protecteur dévoué.

« Chaque année, dit l'auteur de l'opuscule : Vie de ce saint Rambert^ autrefois, chaque année, la veille de cette

LE CULTE DE SAINT RAMBERT qS

«r fête, le syndic de la ville était dans l'usage de se trans- « porter à TAbbaye pour prier les religieux de descendre la « châsse dans Téglise. Elle était portée processionnellement « par deux d'entre eux, vêtus en dalmatiques. Le curé de « Saint-Rambert-de-Joux venait au-devant de la procession cf jusqu'au ruisseau de « Bébron ». Lorsqu'on était arrivé à ce l'église paroissiale, on déposait la relique dans le sanctuaire a et l'on chantait les premières vêpres.

« Le lendemain, jour de la fête patronale, les religieux a venaient officier solennellement dans l'église de la ville. Le c( soir, après les vêpres, on reportait processionnellement la « relique au monastère. »

Dans le diocèse de Belley, la fête de saint Rambert se célèbre le i3 juin. Monseigneur Dévie a élevé l'office de l'illustre Martyr au rit^double.

« Pour nourrir la juste confiance que les peuples accor- « dent à saint Rambert, ajoute l'érudit M. Depéry, le « pape Grégoire XVI, à la sollicitation de Monseigneur <c Dévie, daigna accorder à perpétuité par un bref du « 14 février 1834 :

a I* Une indulgence plénière à tous les fidèles qui ce communieront dans Téglise de Saint-Rambert le jour de ce sa fête, ou l'un des sept jours suivants ;

<c 2* Une indulgence de cinquante jours à toutes les « personnes qui iront réciter cinq Pater^ cinq Ave et cinq « Gloria Patri^ dans ladite église.

« On peut gagner cette indulgence tous les jours (i). »

C'est de la petite ville de Saint7Rambert-en-Bugey où les foules pieuses accoururent de tout temps pour en vénérer les sacrés ossements, que le culte du saint Martyr s'étendit à la

(i) Ces privilèges ont été accordés seulement pour l'église de Saint-Rambert-co-Bugey. Voir aux pièces justificatives n* i3. la supplique de Monseigneur Devic et le rescrit du Pape Grégoire XVI, faisant droit à sa demande.

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région lyonnaise et aux contrées limitrophes. Et les miracles opérés à son tombeau étaient si nombreux, si fréquents, si éclatants et si remarquables, que nous verrons bientôt des personnages riches et puissants venir s'y agenouiller et ne le quitter qu'avec le désir de posséder, dans leur manoir, quelques parcelles de reliques si fécondes en prodiges de toutes sortes. Après ces réflexions, on comprendra mieux la légende que nous allons raconter.

Pour nous, nous ne mettons pas un seul instant en doute que cette légende de la Translation d'une partie considérable du corps de saint Rambert, au prieuré de Saint-André-en- Forez, ne repose sur quelque fond de vérité.

Or, ce fond de vérité sur lequel les générations ont tissé les détails si naïfs et si médiévaux de cette légende très respectable, ne serait-il pas, à notre humble avis, l'ardent désir du noble comte de Forez, Guillaume i", d'avoir en sa possession quelques ossements de l'illustre martyr, dont le nom et les faveurs étaient dans toutes les bouches au xi* siècle !

Nous verrons, par la suite, que grâce sans doute à sa noblesse, à sa haute influence, à ses largesses princières, le pieux comte obtint du ciel ce qu'il désirait, et même peut être plus qu'il n'aurait osé espérer.

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