PAR LE MYSTÉRIEUX PORTEUR DES RELIQUES DES SAINTS RAMBERT ET DOMITIEN
Il existait, au moyen âge, un grand nombre de petits établissements destinés aux voyageurs que la route avait fatigués ou que la pauvreté et la maladie contraignaient à suspendre leur marche, pour réclamer aide et secours (i).
Or, ces établissements inégalement distribués dans notre région, cest-à-dire dans l'ancien « Pagus lugdunensis » (2), dont la circonscription territoriale comprenait la presque totalité des départements actuels du Rhône, de la Loire et de FAin, étaient aux xii% xni% xiv* et xv* siècles, de petits hôpitaux affectés spécialement aux pauvres de Jésus-Christ « ad pauperes Christi », et qui, distancés entre eux, formaient comme une série de grandes lignes ayant leur point central à Lyon, où elles venaient converger.
Ces lignes, qu'il est impossible*de considérer comme un résultat du hasard et qui reliaient, entre eux, les hôpitaux ou
(1) L€t Voies antiques du Lyonnais, du Forex* du Beaujolais.,» du Bugey, etc., déter« minéei ptr les hdpitaux du moyen flge, par M. (^ Guioui, archiviste du Rhdne, 1877.
(s) Pagus lugdunensis. District lyonnais*
refuges de pèlerins, de voyageurs malades ou attardés, ne pouvaient être alors, d'après Térudît M. C. Guigue, que des grandes routes.
C'est^ du reste, ainsi que les nomment les vieux documents : piapublica^ iier publicum, magnum iter^ strata^ iier f erratum^ via lugdunensis (i). Ces grandes routes du moyen âge, établies sur les voies antiques de l'époque de la domination romaine (2}, et que jalonnaient précisément les hôpitaux, formaient un vaste réseau couvrant tout le « Pagus major lugdunensis ». C'est ainsi que sur la magnifique carte des a Voies antiques du Lyonnais, du Fore\^ du Beaujolais^ de la Bresse^ de la Bombes^ du Bugey et de partie du Dauphiné », dressée par M. C. Guigue, nous relevons quinze grandes routes fréquentées au moyen âge ; cinq voies du Lyonnais mentionnées par Strabon ; et dix autres voies antiques dont les auteurs ne font aucune mention (3).
Quel itinéraire suivit le mystérieux porteur des reliques des saints Rambert et Domitien, en l'année 1078? Quelle voie prit-il pour venir de l'abbaye de Saint-Rambert-de- Joux, en Bugey, au prieuré de Saint-André-les-Olmes, en Forez? Telle est la question difficile à laquelle nous allons essayer de répondre, en nous inspirant du savant travail du distingué archiviste que nous avons déjà nommé plusieurs fois.
Et d'abord notre pieux voyageur, comme en témoigne la légende de l'Office de Saint-Rambert, se mit en route pendant la nuit, chargé du précieux fardeau qui lui était providentiellement confié. Bien convaincu qu'il lui fallait faire un long voyage (4) à travers une région qu'il connaissait peu,
(1) Les Voies antiques du Lyonnais,*du Forez ^ etc., par M. C. Guiguk, pasiim.
(3) C'est l'opinion de M. C. Guigue, c'est aussi la nôtre.
(3) Les Voies antiques du Lyonnais, du Forent etc., passim.
(4,) Il y a environ 63 kilomètres de Saint-Rambert-de-Joux à Lyon, et environ 70 kilomètres de Lyon à Saint-Rambert-en-Forez, en suivant l'ancienne voie du moyen flge. C'était un voyage d'une trentaine de lieues.
ii ne dut certainement pas se hasarder ni dans les sentiers étroits, ni dans les petits chemins dont le tracé rapproche peut-être du but à atteindre, mais dont le sol, ordinairement défoncé et rocailleux, est peu praticable pour le pied qui a une longue course à fournir.
Du reste c'était la nuit et ses épaules étaient chargées ; il pouvait avoir besoin de faire quelques haltes en route, soit pour prendre un peu de nourriture, soit pour se reposer de la fatigue du voyage. Il s*achemina donc vers la grande route de Genève à Lyon, route dont le tracé se présentait tout naturellement à lui, puisqu'elle traversait la petite cité de Saint- Rambert-de-Joux (i). Cette voie, large, fréquentée, lui offrait d'ailleurs plus de sécurité ; et il pouvait y trouver quelque abri dans les hôpitaux dont elle était jalonnée (2).
En effet, cette voie en partant de Genève gagnait Saint- Rambert par Seyssel, Culoz, Artemarre, Virieu-le-Grand et la Burbanche (3).
De Saint-Rambert-de-Joux elle continuait dans la direction de Lyon par Ambérieux (4), Loyes et Meximieux (5), le bas de Pérouge (6), le bourg Saint-Christophe (7), Chanoz (8),
(I) Via 8ivé strtta quae ducit ab Ambrionaco versus sanctum Rainebertam (Acte de I3i3, Archives de l'Ain, fonds de Meyria, H. 340-34>)* (Dans les Voies antiques du Lyonnais^ Fore^, etc., passim.)
(3) Sur cette route de Genève à Lyon, on comptait huit hôpitaux, savoir : la Burbancheles-Hôpitaui, Saint-Ramben-de-Joux, Ambérieux, Loyes, Pérouge, Montlnel, Miribel, Lyon. (Dans les Voies antiques du Lyonnais Fore\^ etc., passim.)
(3) Ab oriente chiminus roman us (Acte de 1 141. limites de la charte de Portes, Archives de l'Ain), ibidem,
(4) Voyez la note n* 1 ci-contre.
(5) Iter tendens de Meissimiaco apud Loyes (Terrier de Saint-Romain, fol. 14). {Voies antiques du Lyonnais, Fore^^ etc., passim,)
(6) Iter tendens de Lugduno versus Loyes. — Apud Maximiacum, iter antiquuro tendens de Loyes versus Chano (Archives de l'Ain, Terrier de Némy-Tanay, toi. 1 et 7). (Voies antiques du Lyonnais, Fore\, etc.. passim,)
(7) Iter publicum tendens de Burgo apud Lugdunum. Iter tendens de Montlacl ad Burgum (Terrier de Saint-Romain de Lyon de 1453, G. 4083, fol. 9, 10 et 11). {Voies mtiques du Lyonnais^ Fore\, etc., passim.)
(8) Apad Maximiacum. iter antiquum tendens de Loyes versos Chano {Archives de VAin, Ttrricr de Ncmy-Tanay, fol. 1 et 7), ibidem.
Montluel (i), La Boisse, au bas du château de Girieu (2), Beynost (3) et Miribel (4).
Après avoir marché une partie de la nuit et, probablement, toute la journée qui la suivit, notre pèlerin arriva à Lyon où il dut certainement se reposer. Et il en avait besoin.
Car la distance de Saint-Rambert-de-Joux à Lyon est de 63 kilomètres, environ 12 lieues, distance qu'un voyageur ne franchit point sans fatigue dans l'intervalle d'une grande journée, surtout lorsque ses épaules ou ses bras sont chargés d*une valise.
Fit-il une halte dans les divers hôpitaux qu'il rencontra sur sa route, par exemple à Ambérieux, à Pérouge, à Montluel, à Miribel ?
Nous pensons que si la fatigue et le besoin de réparer ses forces, en prenant quelque nourriture, obligèrent notre secret messager à s'arrêter dans un de ces pieux établissements, il ne s'y reposa que très peu d'instants, désireux qu'il était d'arriver, au plus tôt, au terme de son voyage, mais surtout rempli de la crainte qu'on ne lui fit quelques questions indiscrètes, et sur le fardeau qu'il portait, et sur les causes de son voyage.
Et pendant que le dévot serviteur de saint Rambert cheminait sur la route, seul, inconnu à tous ceux qui le rencontraient, de quelles douces émotions son âme ne dutelle pas tressaillir! Réjoui, consolé par les bienheureux saints dont il transportait les restes sacrés, la fatigue dut lui
(i) Iter antiquum tendens de Perogiis versus Montemlupellum (Archives deVAin^ Terrier de Némy-Tanay de 1 388, fol. 3, 5. et i3), ibidem,
(a) In mandate et terragio castri de Gyreu, juxta stratam publicam Lugduni (Acte de 1266, Archives du Rhône, tit. S. Paul), ibidem,
{3) Iter tendens de ecclesia de Benost Lugduni — apud Beynost, in manso de Rodano, juxta iter tendens de Montelupello apud Lugdunum (Terrier de l'infirnierie de TIle-Barbe de 145 1. Arm. Moïse, vol. 6, n« 2, carton 88, n* 2, fol. 33 et 44), ibidem.
(4) Juxta iter per quod itur de Lugduno apud Miribejlum (Acte de i35o, grand cart. d'Ainay, fol. 190), ibidem.
paraître douce^ douces aussi les sueurs qui, sous le faix béni dont il était chargé, coulaient de son front hâlé.
Arrivé à Lyon, qui sait s'il ne gravit point la colline de Fourvière (i), et s'il ne s*agenouilla point aux pieds de la Madone pour la prier de le prendre sous sa protection !
Quelque hasardée que paraisse cette hypothèse, cependant elle nous semble n'avoir rien que de très vraisemblable. En effet, voulant continuer sa route vers le Forez, notre pieux pèlerin était absolument obligé de gravir la sainte colline pour atteindre à l'ouest de Fourvière, Bonan, par où passait la voie de Lyon à Saint-Symphorien-le-Châtel, Saint-Galmier et Saint-André-les-Olmes.
Voici, du reste, l'itinéraire qu'il dut nécessairement suivre à son départ de Lyon. Cet itinéraire est révélé, au moyen âge, par les hôpitaux de Bonan, de Saint-Symphorien-le-
(i) A cette époque, c'est-à-dire au zi« siècle, le sanctuaire de Notre-Dame de Fourvière était déjà célèbre par les miracles qui s'y opéraient et l'affluence des pèlerins qui venaient s'agenouiller aux pieds de la Vierge miraculeuse, car avant 1 192, date de la fondation du Chapitre de Fourvière, ou mieux, avant 1168, date de la construction de la nef de saint Thomas, il y avait une ■ ancienne chapelle de Notre-Dame de Fourvière ».
Voici quelques preu?es à l'appui de notre assertion :
I* VAlmanach de Lyon, lybb, partie historique sur les églises de Lyon, de Matmom de LA Cour, affirme, page 34, que la chapelle de Notre-Dame de Fonrvière à été réparbe par Leidrade, environ Tan 800. On ne répare pas ce qui n'existait pas auparavant ;
a* Le même Almanach, lySS, indique, page 3a, comme adjacente à l'ancienne église Saint-Etienne de Lyon, l'Eglise Sainte-Croix, première paroisse, en dignité, de la ville de Lyon, et fondée par saint Ârige, archevêque de Lyon (6o3-6i i).
Or, au XVII* siècle, un grand procès s'élevait entre les chanoines de Fourvière et les cubtodes-cnrés de Sainte-Croix, relativement à leurs limites et juridiction respectives. L'affaire est portée au Chapitre primatial qui donne raison à Fourvière, pour ce motif « que Fourvière • est une plus ancienne paroisse, d'oii a été démembrée celle de Sainte^Croix ». Les prêtres de Sainte-Croix n'étant, primitivement, que de simples sociétaires de l'église de Fourvière. Cette sentence fut prononcée à Lyon le 20 juillet i6a6;
3* Comme preuve corroborative qu'une chapelle de Notre-Dame de Fourvière existsit avant la construction de la nef de saint Thomas, nous trouvons, dans un antre procès entre les chanoines de Fourvière et ceux de Saint-Nizier, au sujet du • pas • respectif dans les processions en corps, cette note, au bas d'une copie de Tacte de fondation du Chapitre, en 1 193 i/ait mention d'une maison près l'Eglise de Fourvière, où habita saint Thomas de Cantorbéry^ quand il vivait au milieu des prêtres de Fourvière^ c'est-à^tire, déjà, en a 68, au plus tard. Or. s'il n'y avait pas, alors, une église préexistante, «ùces prêtres de Fourvière auraient-ils rempli leur ministère, pnisqu'à cette date, l'Egiise de Saint-Thomas n'était pas encore construite ? (Ce dernier titre appartient aux Archives du Rhône, fonds de Fourvière.) Notes obligeamment communiquées par Ai. l'Abbé Peyrieux, chapelain de Fourvière.
130 CHAPITRE Vllt
Chàtel et Saint-Galmier (i). Elle passait par ou près de Chaponost (2), d'où un embranchement se dirigeait sur Saint-André-la-Côte par Saint-Sorlin (3), tandis que la voie principale (celle précisément que dut suivre notre mystérieux voyageur), continuait sur Maltaverne (4), à travers les territoires des communes de Soucieu, Brindas et Messimy (5).
De Maltaverne, elle gagnait Thurins (6) et le village de Tiremanteau (7), en traversant une partie du territoire de Rontalon (8) et de Rochefort (9), puis, Saint-
Ci) Les voies antiques du Lyonnais ^ du Fore^y etc., page 44. ~ Route de Lyoa à Montbriton. — M. C. Guigue, archiviste du Rhône.
(2) Item fuit declaratum et ordinatum..., quod obedientiarii de Briendas non possent nec debeant furchas erigere sen erectas habere ex parte Yseronis et Maie Taberne, scilicet a raolendino de Cornavire, sequendo limites anpradictos, usque ad locum ubi protenditur iter magnum de Briendas versus Chaponno incidens in magnum iter Lugduni (Acte de i3i4, Archives du Rhônet arm. Esdras, vol. 27, n* 3).
(3) In parrochia de Chapono, in territorio d'AIeysi, juxta iter per quod itar de Sancto Andrea-la-Cota^apud Lugdunum (Terrier de Chazelles de i333, fol. 5o, Malte H, 2374). — Apud Turins juxta iter antiquum tendens de Lugduno apad sanctum Saturninum (Terrier de Turins de 1447 pour l'Ile-Barbe, arm. Loth, vol. 19, n« i, carton 24).
(4) Iter tendens de Mala-Taverna apud Sanctum Symphorianum. — Apud Mala Taverna, juxta iter predictnm Lugduni (Acte de 1454, fonds de TIle-Barbe, carton 34, arm. Loth, vol. 25, n» 3).
(5) Apud Sociacum, in territorio de Bernoneri. juxta iter tendens de Sancto-Simphoriano Castri apud Lugdunum (Terrier de Rochefort de 1478. fonds de Saint-Just, G. 3976, fol. 36). — Apud Meyssîmiacum, juxta iter tendens de Sancto-Symphoriano-Castri apud Lugdunum (Terrier de Rochefort de i367, ibid.^ fol. 20). — Ibidem^ in territorio de Garon, de Goenchi, de les Gotes, de Pramoleyn, juxta iter tendens de Sancto-Symphoriano apud Lugdunum (Terrier de Messimy de i383, ibid.^ fol. 3, 4, et 5).
(6) Iter per quod itur de Thurins apud Lugdunum... In territorio de Costa de Thurins, juxta viam tendentem Sancto-Symphoriano-Castri apud Lugdunum (Terrier de Rochefort de i367-i385, fonds de Saint^ust. fol. 10 et 12).— In Castro de Thurins apud Lugdunum, et juxta iter antiquum tendente de Sancto-Symphoriano-Castri apud Lugdunum (Terrier de Thurins de 1447, ibid.^ carton 24, fol. 5, 11 et 16).
(7) In territorio de Costa de Turins, juxta iter vêtus tendens a Tirementel apud Lugdaaum (Terrier de Rochefort de 1478, fonds de Saint-Just. G. 3976, fol. 31).
(8) Apud Rantalonem, in territorio de Cruce, alias en les Costes, juxta iter tendens de Ruppeforti, apud Lugdunum (Terrier de Rochefort de 1478, fol. 29 et 3o). — Apud Marnas, juxta iter per quod itur de Rantalon apud Lugdunum (Terrier de Chazelles de i333, H. 2374, fol. I). — En la Foreyreyri de la Fraissena, juxta iter publicum per quod itur de Sancto-Simphoriano apud Lugdunum (Ibid., fol. 3, i5 et 64).
(9) In territorio de la comba Roent, juxta iter quod itur de Rochifort apud Lugdunum (Terrier de Chazelles de i355, fol. 24 et 72). Iter tendens de Rochifort apud Lugdunum (Terrier de Thurins de 1447, fol. 12).
Voie suivie par le mystérieux PORTEuk des reliques 1I7
Manin-en-Haut (Anneaux) (i) et de là, Saint-Symphorien-le- Châtel (2).
A Saint-Symphorien-Ie-Châtel, comme la route se trifurquait après s*être unie à une grande voie venant de Test, par Heyrieu et Saint-Symphorien-d'Ozon (3), appelée tantôt <Y strata viannoyse^ tantôt « strata publica viannensis », parce qu'elle reliait le Forez au Viennois {4), notre voyageur laissa les deux premiers embranchements, dont l'un se dirigeait sur Montbrison par Chazelles, Saint-André-Ie-Puy, Montrond, Savigneux (5), et l'autre sur Feurs en passant par l'hôpital que la carte de Cassini indique près de Virigneux et Valeilles (6), et il s'engagea dans le troisième pour Saint- Galmier (7).
Arrivé à Saint-Galmier, la route se divisant en deux branches, il laissa celle qui tendait directement à Montbrison (8) pour prendre celle qui s'ouvrait dans la direction de Saint- André-les-Ol mes, en traversant le territoire de Saint- Just-sur-Loire(9).
Ici se présente une difficulté.
(f) lo parrochia Sancti Martini Annualium, in terrilorio de Mala Comba, juxta iter Lyooeys per qaod itor de Rochifort apud Lugdanum (Terrier de Chazelles de i335, fol. 53). — lo parrochiade Rochifort, jaxta iter per quod itur de Rochifort apod Saoctum Martinum d'Anoals {Ibid,, fol. 58 et 59).
(a) Voir les notes précédentes.
(3) En la Chantri. jaxta iter publicum per quod itur de Sancto-Symphoriano-i^astri apud Sanctam Symphorianum de Auzone (Acte de 1309. Grand cartulaire d'Ainay, fol. i85). L€S Voies antiques, par M. C. Guious.
(4) Ibidem, n* 35o, page 145 (Acte du 4 juillet 1398. Archives du RMdue, arm. Laban, vol. i3,n* t5).
(5) In parrochia Sancti Andrée lo Poys : en les Varennes, juxu viam Lugdani tendentem de Monte Rondi apud Sanctum Andream lo Poys (Terrier de Chazelles de i383. Archives du Rhâne. Fonds de Malte, fol. 5o}.
(6) Iter quo itur de Valieles apud Forum (Terrier de Sury de i358, pour le comte de Forez, fol. 5 et 6).
(7) Iter quo itor de Sancto Baldomero versus Sanctum Symphorianum (Terrier de Chazelles de i383, fol. la).
(8) Iter qao itur de Sancto Baldomero apud Montembrisonem (id. folio 35).
(9) Matheus Merlet débet IX denarios vicnnieosium censuales pro quftdam domo sita versas iter tendens de ponte Sancti-Ragneberti apad Sanctum-Baldomerum (Terrier de Saint-Victor-sur-Loirc de i336). «
128 CHAPITRE Vin
Le texte de la légende de l'Office de la Translation des Reliques des saints Rambert et Domitien nous apprend que notre pieux messager s'étant mis en route avec son béni fardeau, marcha longtemps et arriva, enfin, vers les pentes de la montagne au sommet de laquelle se dressait fièrement le château -fort dTzeron. Or, le tracé de la voie qui menait de Lyon au prieuré de Saint-André-les-Olmes ne côtoyait point les pentes abruptes de la montagne d'Yzeron, mais courait entre Thurins et Ti remanteau, à quelque distance à Test du vieux manoir, résidence du comte Guillaume.
D'où il n'est plus vrai de dire que notre pieux porteur de reliques ait suivi l'itinéraire dont nous venons de parler.
La difficulté n'est qu'apparente, et voici comment nous la résolvons. Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que les veneurs du comte Guillaume chassaient sur les terres de leur maître, lorsqu'ils firent la rencontre du mystérieux voyageur fatigué et prenant un peu de repos, à l'ombre d'un bouquet d'aubépines, au bord du chemin.
Mais rien n'empêche de croire que les gens du Comte aient rencontré le pieux pèlerin sur la route même que nous avons décrite plus haut, et que cette route éloignée du châteaufort traversât, cependant, les terres dudit Comte? Car, enfin, les dépendances d'une seigneurie, surtout de la seigneurie du Comte de Forez, ne devaient pas être limitées à l'enceinte des murailles de sa demeure; mais, au contraire, devaient s'étendre dans un vaste rayon et, probablement, jusques et au-delà de la voie suivie par notre dévot porteur de reliques. Or, cette voie n'était pas certainement à plus d'une lieue du sommet de la colline d'Yzeron.
Du reste, notre légende ne dit pas que le pieux voyageur eût déjà gravi les pentes d'Yzeron, quand il fut rencontré par les veneurs du comte Guillaume. Elle dit simplement : « Lorsqu'il fut arrivé vers les pentes de la montagne qui porte
VOIE SUIVIE PAR LE MYSTERIEUX PORTEUR DES RELIQUES 1 2g
« le château-fort (VYieron ». (i) Le lieu de repos indiqué par la préposition m ad y^ pouvait très bien se trouver loin du château-fort, sur les bords de la route désignée plus haut, et cependant sur les terres du Comte, seigneur et maître des villages voisins.
Et puis, quelle invraisemblance y aurait-il à croire que notre Messager, connaissant la piété du comt e Guillaume, sa dévotion envers saint Rambert, le désir qu'il avait de vénérer ses reliques, se soit détourné de son chemin pour aller saluer son Seigneur et Maître, lui montrer le vénérable trésor, le lui faire baiser, et enfin demander aide et protection, pour le reste de son voyage, à l'ami et au protecteur du Prieuré de Saint- André-les-Olmes ?...
Nous ne sommes pas éloigné de croire que les choses se passèrent ainsi. Le comte Guillaume fort dévot à saint Rambert, après avoir pendant longtemps témoigné, en vain, aux moines de l'abbaye des bords du Bébron, le désir de posséder quelques reliques du martyr honoré dans toute la région lyonnaise, finit par en obtenir d'une façon merveilleuse, alors, sans doute, qu'il s'y attendait le moins. La Providence était plus généreuse envers lui que ne l'avait été le Prieur de l'Abbaye (2).
Quoi qu'il en soit, nous savons par la légende du Bréviaire de l'Office de notre illustre Patron, que le mystérieux porteur de ses reliques fut reçu, avec les plus grands égards, sous le toit hospitalier du comte Guillaume^ qu'il séjourna quelque
(i) Cam aiitem pcrrenitset ad cliTum oppidi, qood ▼algo Ywron Tocitator..... Atqac ex Iciocre fatigatas. mcm riam ad umbram albc apin» cooscdiMet (Légeode de Tofficc de la Fête det miradea da aaint Rambert. H noct. Leçon 6«.)
(3) La tradition locale de la vallée de l'Albarioe accuse les gens de Saint-Rambert-en* Forei d'avoir volé la moitié da corps do saint martyr. Ne pourrait-on pas voir dans cette légende, Finaittance que le comte Guillaume mettait à réclamer quelques parcelles du corps de saint Rambert, et le relus par les religieux de l'Abbaye d'obtempérer à sa demande ? Dtt reste, l'enlèvement mystérieux des reliques de saint Rambert et de saint Domitien par on personnage providentiellement inspiré, a bien pu faire croire que des gens envoyés par le paissant comte les avaient volées.
l3o CHAPITRE Vfll
temps au vieux manoir, que les restes sacrés de saint Rambert et saint Domitien. y furent entourés de la plus grande vénération. La tradition ajoute même qu'on les enleva des grossières sacoches où ils étaient renfermés, et qu'on 'les déposa pieusement dans les plis, plus dignes, d'une riche étoffe de soie et d'or : celle qui servit depuis à confectionner la fameuse chasuble dont nous parlerons bientôt .
Et quand, sur Tordre du comte Guillaume (i), les gens de son château-fort eurent rassemblé un grand nombre de prêtres et de fidèles d'alentour, lorsqu'ils eurent averti et les Religieux du prieuré de Saint-André et les populations des bords de la Loire, de l'arrivée prochaine des reliques des saints Rambert et Domitien, le pieux seigneur prit alors la route de la Loire avec son mystérieux hôte, et au milieu d'une foule de pèlerins en prières. Il nous semble le voir portant lui-même sur ses épaules la châsse improvisée (2).
En quittant les hauteurs d'Yzeron les pèlerins durent, vraisemblablement, prendre la grande voie qui les conduisait
(I) Dum viciais adsociemar et cum frequenti populo solemoi supplicatione pariter gradicmnr. Nec mora misit qui monerent monasterii rectores et Eccleaiarum que sont ultra Ligerim.yFête des miracles de saint Rambert, H noct. Leçon 4). (Bréviaire dePolBce do saint martyr.)
(3) Il ne fant pas s'étonner de voir le Comte Guillaume prêter ses épaules au transport des reliques des saints Rambert et Domitien. En cela, il ne faisait que suivre un vieil usage auquel les rois eux-mêmes se prêtaient avec joie et reconnaissance.
■ Mais les Francs méprisant, comme avaient fait les Aqniuins, le petit nombre des H partisans qu'ils voyaient à sa suite, refusèrent sous divers prétextes de se soumettre k lui. « Charles (Le Chauve) s'en aperçut et accéléra son voyage.
■ Comme il avançait vers Soissons, les moines de Saint-Médard accoururent à aa rencontre « et le prièrent de transporter les corps des saints Médard, Sébastien, Grégoire, Tibarce, « Pierre et Marcellin, Marins, Marthe, Audifax et Habacuc, Onésime, Mérésime et Léocade, « Marian, Pelage, Maure, Florian avec ses six frères, Gildard, Sérène et Rémi, archevêque « de Rouen, dans la Basilique où ils reposent maintenant, et qui alors était construite en «c grande partie.
« Il y consentit, s'arrêta dans ce lieu et, comme les moines le lui avaient demandé, « transporta sur ses propres épaules, avec un grand respect, les corps des sants; de plus, ■ il ajouta, par un édit, aux propriétés de cette Eglise, le domaine appelé « Braine •.
Extrait de la brochure : Charlts le Chauve, page 38-39, par B. Zellcr, maitre de conférences à la Faculté des Lettres de Paris.
à Saint-Symphorien-le-Châtel, en passant sur les territoires de Rochefort et de Saint-Martin-en-Haut (Anneaux).
Et, comme nous l*avons dit déjà, à Saint-Symphorien-le- Châtel la route se trifurquant, ils choisirent tout naturellement l'embranchement qui traversait le territoire des communes de Châtelus, deGrammont*, de Chevrières, de Saint-Médard, pour aboutir à Saint-Galmier.
De cette dernière ville, la procession des pèlerins, suivant la voie antique qui passait par Saint-Bonnet-les-Oules, Lapra(FiG. i8), le hameau de la Gouyonnière, arriva à la Quérillière (i) d'où, laissant probablement à gauche Tem- 'branchement qui se dirige, par la montagne, vers Saint- Just-sur-Loire, elle prit,* à droite, celui qui s'ouvre sur
( i; Dans une très intéressante étude publiée dans les Annales de la Société d'Agriculture, Industrie^ Sciences, Arts et Belles-Lettres du département de la Loire^ 3* liv. 1896, M. P. B. Maussier, ingénieur civil et président delà Commission de V Histoire des Gaules, signale une voie antique passant par Saint- Bon net-Ies-Oules, la Gouyonnière, pour arriver à la Quérillière, où elle se divise alors en deux branches :
La première qui se dirige sur Saint-Just-sur-Loire dont elle gravit la montagne, et la seconde qui touche Andrézieux pour se continuer au lieu de la Roche. Voici du reste le texte intéressant de cette étude :
« On ne peut, il est vrai, trouver aucune trace d'établissement d'un c Forus • romain à
• Saint-Symphorien-le-Chttel, mais il y a un croisement de routes. Huit ramifications, « d'après la carte de M. Guigne, partaient de Saint-Symphorien.
« Trois routes mentionnées par Strabon, itinéraire d'Antonin et table de Peutinger : « I* sur Lyon; a* sur Saint-Galmier, Saint-Rambert, Saint-Bonnet-le-Chlteau, Usson. < Craponne; 3* sur Meylieu, Montrond, Moingt ou Montbrison, allant à Roanne par « Marcilly.le-Pavé, Saint-Germain-I^val, Saint-Maurice. (Vachsz, La voie Aquitaine et
• la légende de saint Bonnet^ 1883.)
« Cinq voies antiques jalonnées par des hdpltaux du moyen tge La 4* se dirigeant sur
« Grammont» Saint-Rambert-sur-Loire, avec embranchement de Grammont à Saint-Galmier.
« La 5* partant de Roanne à Meylieu-Montrond par Feurs. Voici la continuation de cette « voie celtique de Meylieu jusqu'à Saint'Just et Saint-Rambert-sur-Loire. De Meylieu nous
• sautons la Coise et nous arrivons, comme l'indique le cadastre, dans le bas de Cuzieu même, > puis, à la • Grande Plagne » commune de Rivas, après une disparition résultant de la - culture. Ensuite, nous croisons un vieux chemin de Saint-Galmier au • gué de Rivas > ;
• nous passons devant la propriété de M. de Saint-Genest, dans le village de Veauche à Test <( de l'église, devant les propriétés Douvreleur et Grange.
• A ce point, le tracé du chemin est visible, dans les champs, il est cultivé, en pré sur « quelques points. Nous croisons ensuite le chemin n« 10 d'Andrézieux à Saint-Galmier, à la « limite précise des communes de Veauche et de Bouthéon. jusqu'au chemin actuel de
• Bouthéon à La Fouillousc; passant k la barrière P.-L.-M. n* 385 nous traversons le chemin « de fer P.-L.-M. à la barrière n« 386 et nous continuons suivant la limite précise de» « communes de La Fouillouseet d'Andrézieux, La Fouillouse et Saint- Just-sur-Loire.
« Nous avons recoupé à la rencontre des limites des trois communes de Bouthéoo < Andrézieux, La Fouillouse, un peu au sud de la route actuelle n*6. aa vieux chemin tendant
VOIE SUIVIE PAR LE MYSTÉRIEUX PORTEUR DES RELIQUES l33
Andrézieux pour aboutir par le hameau de Collonge à la Rivoire (i) sur la rive droite de la Loire, au lieu de la Roche (2)-
Or, c'est précisément au lieu de la Roche qu'eut lieu, d'après la tradition, le passage miraculeux du fleuve par la foule des pèlerins accompagnant les reliques de nos saints. Et, depuis cette époque reculée, on a toujours appelé ce coin des bords de la Loire a Le gué de la Roche »,
« da nord-est au sud.ouesr, passant à la Goayonnière et aboatissant i Saint-Just-sur-Loire,
- par la Qnérillière.
c Son tracé da côté de Saint-Bonnet-les-Oules, Grammont, est à étudier. Il existe sur le « cadastre.
a. De la Qaérillière. notre route • Roanne, Meylieu, Bouthéon » arrive sur le territoire de la « commune de Saint-Just-sur-Loire, à la barrière du passage à niveau P.-L.-M. n* 286, passe « à la limite des trois communes de Bouthéon, Andrézieux, La Fouillouse, et forme la
• «éparation des communes de La Fouillouse et Andrézieux jusqu'au chemin de fer P.-L.-M. « qu'elle traverse sur un ponceau pour franchir le Furan, recouper la nouvelle route actuelle « de Saint- Etienne à Saint-Just-sur-Loire, et gravir le flanc méridional de la montagne. Elle
• se bifurque à deux cents mètres environ du Furan, au sud-ouest, avec des pentes
• atteignant o",3o par mètre du côté de Saint-Just.
• La branche directe partit être celle qui se dirige au sud-ouest, par le hameau du m Penable » K — bien nommé — et descendre par une contre-pente très raide au gué de Saint-Just- « sur-Loire, en se dirigeant sur le camp gaulois d'Essalois, d'une part, et Saint-Rambert,
- Saint-Marcellin, Saint-Bonnet-le-Château et l'Auvergne — probablement Gergovie — de •t l'autre.
• On voit que Saint-Just-sur-Loire a été un point de passage important. Un ancien pont
• y est encore visible dans l'axe du fleuve.
« La branche sud-ouest passe au hameau d'Auvernays, en ligne de crête ; elle arrive à la « Bréassière, commune de la Fouillouse. »
(0 Château de la Rivoire ou encore de la Merlée, sur la rive droite de la Loire, commune de Saint-Just, appartient à la très honorable et très bienfaisante famille Faure-Portafaix, de Saint-Etienne.
^3) Nous avons admis que notre porteur de reliques, et la foule de pèlerins qui raccompagnait, s'étaient dirigés de Saint-Symphorien à Saint-Galmier parGrammontet Chevrièrea, Mais il nous parait très vraisemblable que cette route dut être continuée par lui et les pèlerins jusqu'à Saint-Bonnet-lev-Oules. Là, les pèlerins firent un angk droit, au lieu de Jjipraj où une croix de pierre très remarquable indique une voie très ancienne.
De cette croix, que nous avons visitée au mois de novembre 1899, le chemin bifurque dans la direction de la Gouyonnière, et bientôt après aboutit au vieux chemin indiqué par M. Maussier, tendant à Saint-Just (gare) ; de là, passant deux fois sous la voie du chemin de fer et traversant le Furan sur un ponceau, près de la Quérillière, il franchit la voie du P.-L.-M. (ligne de Clermoni) sur un pont pour se diriger vers la maisonnette de Saint- Nicolas.
Près de là, et peu avant d'arriver vers cette maisonnette, un ancien chemin descend la pente, pour se développer entre Saint-Just-sur-Loire et Andrézieux. jusqu'au hameau de Collonge, jusqu'au chfltcau de la Rivoire et, enfin, (jusqu'au gué. de la Roche, en face duquel se trouvent Fontchaut et Saint-Rambert. (Notes de Af. Henri Marthoud.)
l34 CHAPITRE VIII
en souvenir du prodige que nous avons raconté au chapitre précédent (i).
Une fois sur la rive gauche de la Loire, délaissant le chemin du « Garait » (2), la foule qui faisait escorte d'honneur aux précieuses reliques, grossie de celle qui avait suivi le Prieur de Saint-André et ses religieux, se mit en marche par l'antique chemin qui s'ouvrait devant elle. Ce chemin, dont on peut suivre encore aujourd'hui le tracé sinueux, passait par Fontchaut, arrivait par le pré des « Eparcelles » sous la vieille chapelle Saint-Côme (Fig. 19), longeait peut-être le ruisseau dit du Moulin ou de la Bénédiction, pour arriver par le pré du « Cloître » derrière le mur des propriétés de MM. Lafont et Montet, et aboutir, enfin, au chemin qui monte vers la fontaine et la porte de la « Chana », c'est-à-dire à quelques pas du Prieuré.
Mais hélas ! les émotions, les épreuves, la fatigue de la route, qu'aggravait encore une ardente soif, trahirent les forces de notre dévot messager. Craignant quelque défaillance, dit la tradition, il sort des rangs de la procession et va rafraîchir ses lèvres desséchées, à la source d'eau pure et limpide qu'on lui montre au bord du chemin, à Fontchaut.
Le souvenir de cet événement est demeuré si profondément gravé dans la mémoire des anciens habitants de la paroisse,
(i) A partir du lieu où notre route gauloise de Roanne, arrivée sur le territoire de Saint- Just-sur- Loire, traverse le passage à niveau du chemin de fer P.-L.-M. pour franchir, sur un ponceau, le Furan et recouper la nouvelle route actuelle de Saint-Just-sur- Loire à Saint- Rambert, à partir de ce lieu jusqu'aux bords de la Loire, vers le gué de la Roche, Titinéraire que nous faisons suivre à notre porteur de reliques et à la foule qui l'accompagne, nous paraît tout naturel et bien choisi.
En effet, du ponceau de Furan à Collonge et à la Rivoire, et de là au gué de la Roche, nous ne faisons que suivre la voie indiquée par la tradition du pays.
La Loire, devant Saint-Just (village moderne), est difficilement guéable. Aussi bien, un pont existait-il à cet endroit depuis un temps très reculé. Ce pont, dont on voit encore aujourd'hui des vestiges, desservait et le petit bourg et Saint-Ram bert.
Quant au chemin qui conduisait à Essalois, et desservait le vieux village de Saint-Justsur-Loire, nous le retrouvons partant d'Etrat et traversant la Loire par le gué d'Asnières. (Notes de M. Henri Martkoud.)
(2) Nom d'un quartier du faubourg des Barques — se traduit par lieu de • Garage • — des barques qu'on y fabriquait.
l36 CHAPITRE VIII
que cette source privilégiée et intarissable est appelée, de nos jours, comme il y a cent ans, comme il y a plusieurs siècles : Fontaine de Saint^Rambert.
Pour le bon entretien du chemin sur lequel elle s'écoulait il y a quelque vingt ans, il a paru nécessaire d'en transférer, à quelques pas plus bas, la coupe antique. Et maintenant, canalisée avec soin, elle vient sourdre modestement dans le gazon de la prairie voisine.
Qu'il serait à désirer qu'une Croix commémorative s'élevât au-dessus de cette source, pour rappeler aux générations le souvenir du passage, en cet endroit, des reliques de saint Rambert!
Il ne faut pas confondre cette source de Fontchaut avec la vieille fontaine de la « Chana » (i) qui coule abondante tout près de l'ancienne porte de ce nom, mais que Ton dénomme souvent : Porte de baint-Rambert, parce que c'est par cette voie que la procession des reliques, partie de Fontchaut, entra dans Tenceinte du Prieuré.
Ce chemin de Fontchaut au Prieuré, par les champs situés au bas de la balme où s'élevait le monastère, et par le passage montueux où fut, plus tard, bâtie la porte de la (( Chana », nous paraît, avec d'autant plus de vraisemblance, avoir été la route suivie par les pèlerins et les reliques, que de tout temps, jusqu'à la grande Révolution, on a fait annuellement une procession à Fontchaut, comme pour consacrer le souvenir de celle des reliques dont il est fait, du reste, mention dans le Bréviaire du chapitre de la collégiale (2). Ajoutons que de temps immémorial, la voie
(1) Cette fontaine est connue de tons les habitants de Saint-Rambert sous le nom de « Fontaine de la Chana *. Mais jamais on ne l'a dénommée «c Fontaine de Saint-Rambert », bien qu'elle soit tout près de la statue de ce saint, autrefois placée sous l'arceau de la portp gothique dite : Porte de la Chana, ou plus récemment : Porte de Saint-Rambert.
(2) Premières Vêpres du jour de la fête de saint Rambert, 3 octobre. Et. chaque année encore, à la grande procession de la Translation des Reliques de saint Rambert dans les rues de la ville, les fidèles de la paroisse font halte devant la vieille statue de bois de leur illustre patron, pendant que le clergé chante le Répons et l'Oraison du commun d'un martyr, en mémoire de la procession des prêtres, moines et fidèles transportant sur leurs épaules les restes sacrés du saint martyr Rambert.
et, plus tard, la Porte de « la Chana » ont été ornées d'une statuette représentant saint Rambert, en guerrier franc, trois épis à la main (Pig, 20). Sans doute, ainsi, pour perpétuer te souvenir du passage des mêmes reliques par ce chemin.
Une tradition restée, jusqu'à nos jours, très vive et très respectée dans chacune de nos familles rambenoises, nous a conservé le fait suivant, empreint d'une naïveté toute médiévale. Parmi la foule des pèlerins marchant processionnellement à la suite des moines du Prieuré de Saint-André et du comte, porteurs des saintes reliques, un certain nombre s'oublièrent, au milieudes prières et des hymnes pieux, jusqu'à s'écarter du chemin ordinaire, trop étroit pour contenir les flots pressés des fidèles. Or, le champ dont lés pieds des pèlerins foulaient la récolte appartenait «ub à une dame châtelaine. i.rcc
La dame châtelaine, dont la CVeA"'T".t! '^^^^ V.% demeure seigneuriale dominait '*"'"f'i"' la balme au bas de laquelle se développait la procession, apercevant de la fenêtre où elle se tenait, le dommage qu'on lui causait, se mit dans une violente colère, et invectiva la foule pieuse.
On essaya de calmer l'irascible personnage, en lui répondant :, Mais, nous vous apportons les reliques de l'illustre
HuL tronçon de boiiei
l38 CHAPITRE VIII
martyr saint Rambert ? — Que m'importent vos reliques ! Saint Rambert^* saint Rambion^je ne veux pas que tu passes sur mes fonds !
A peine Tirrévérencieuse dame châtelaine avait-elle fini de jeter à la foule cette apostrophe injurieuse, que sa fenêtre se fermant tout à coup, comme poussée par une main invisible, elle fut cruellement saisie par la tête entre les ais de bois dur, sans qu'elle pût faire aucun mouvement capable de la tirer de cette périlleuse situation. Justes représailles de l'injure faite aux vénérables ossements des saints Rambert et Domitien.
Mais, ajoute la tradition, l'imprudente et irrespectueuse châtelaine allait succomber, victime d*un supplice bien mérité, lorsque ayant fait de pressantes invocations à saint Rambert elle fut délivrée.
L'emplacement de la fatale fenêtre historique, nous racontent encore les anciens de notre cité, est si bien déterminé, qu'il est reconnu pour celui d'une des fenêtres de l'habitation actuelle de l'honorable famille Lafont.
Après la vente, comme biens nationaux, des bâtiments du Prieuré à un M. Marcoux, en 1793, l'acquéreur, tenté d'en opérer la revente, mit cette clause dans l'acte, savoir « qu'il se réservait toujours la propriété de la fenêtre ».
Que le lecteur ne s'étonne point de la naïveté des faits dont nous venons de lui faire le récit. L'empiétement des pèlerins sur le champ d'une dame châtelaine, l'apostrophe injurieuse de celle-ci à saint Rambert, le châtiment subit dont elle est frappée, et enfin sa délivrance par l'intercession de l'illustre martyr, peuvent bien paraître chose extraordinaire à des esprits prévenus contre tout fait tenant du prodige. Mais peut-on nier que la tradition soit respectable et qu'elle repose sur une vérité d'intérêt considérable? Sans doute, il faut accueillir la tradition avec réserve, car si les faits qu'elle
VOIE SUIVIE PAR LE MYSTÉRIEUX PORTEUR DES RELIQUES iSq
présente sont exacts dans le fond, ils offrent souvent, aussi, une altération sensible des détails, altération qui est Teffet de l'oubli, à travers les siècles. Mais la tradition demeure toujours la transmission, à travers les âges, de faits historiques qui^ parvenus de bouche en bouche jusqu'à nous, méritent tout notre respect.
Nous savons aussi que la tradition est, par essence, upe matière molle et extensible ; mais une fois encore, quelque molle et extensible que soit cette matière, les éléments qui la constituent restent les mêmes, il n'y a variété que dans la manière dont chaque génération d'hommes se plaît à la présenter.
Ici, le fait d'une foule de pèlerins s'écartant d'un chemin trop étroit pour les contenir et cherchant, dans le champ voisin, l'espace dont ils ont besoin pour développer leurs rangs serrés, n'a rien qui doive surprendre. En nos temps modernes, on ferait encore de même, et sans trop de scrupule.
La colère de la personne lésée dans son bien, son invective aux gens qui foulent l'herbe de ses prairies, ses paroles lAéchantes au saint dont on transporte les restes sacrés, et la punition sévère qui lui est subitement infligée, tous ces détails commencent, sans doute, à entrer dans le domaine des faits dénaturés par l'oubli et substitués par le temps aux faits réels; mais, au résumé, ces détails ne dépassent aucunement les limites de la vraisemblance.
Et si aujourd'hui, en plein xix^ siècle, les longues files de pèlerins qui marchent, en procession, autour des sanctuaires célèbres de Fourvière, de Lourdes, de Notre-Dame de la Salette, de Paray-le-Monial, s'oubliaient jusqu'à piétiner les champs ou les parterres des propriétés voisines, à quelles récriminations ne se laisseraient pas aller les maîtres et les maîtresses de ces parterres et de ces champs !
140 CHAPITRE Vin
Peut-on croire que de la bouche de M. le Comte ou de M™** la Baronne ne s'échapperaient pas, à Tadresse des déprédateurs, quelques épithètes aussi blessantes que celles dont se servit, à Tendroit des pèlerins de Saint-Rambert, la dame châtelaine et « Prieure » dont nous venons de parler ? — Prieure, c'est ainsi que la tradition désigne notre châtelaine.
Or, rien n'est à dédaigner dans les renseignements que nous fournit la tradition, quelque vagues et confus qu'ils soient. Soumis à un examen sérieux, ces renseignements ont vite dépouillé leur teinte obscure, pour apparaître avec tout l'éclat d'une vérité qui séduit par son charme et son intérêt.
Ainsi, un bronze antique dépouillé de sa patine séculaire, montre avec éclat, sur son métal brillant, tous les détails des figures, en relief, que Toeil n'apercevait point tout à l'heure.
C'est pourquoi, malgré les conditions anormales et extraordinaires dans lesquelles la tradition nous présente notre dame châtelaine; malgré ce que peut avoir de choquant le titre de « Prieure » qu'elle persiste à lui donner, nous ne craignons pas de soutenir que la présence de cette noble personne, au milieu de la grave cérémonie de la translation des reliques, ainsi qufe le miracle dont elle fut favorisée par saint Rambert, sont autant d'événements incontestables. Toujours vivaces dans l'esprit de nos populations, ils ne sont pas près d'être oubliés.
Du reste, la présence d'une dame châtelaine « Prieure » à une fenêtre qui pouvait être celle d'un bâtiment adjacent au Prieuré de Saint-André-les-Olmes ou en dépendant, n'est point chose si surprenante que Ton peut, tout d'abord, se l'imaginer.
Qui empêche de conjecturer que sa çrésence au Monastère, en cette circonstance mémorable, était due à son privilège de bienfaitrice ?
Et, quant à son titre de « Prieure », les pieuses libéralités
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dont elle comblait les religieux bénédictins ne le lui auraientelles pas mérité ? Jusque-là la tradition ne nous apprend donc rien que de très vraisemblable.
D'autre part, nous pourrions peut-être justifier la vérité du fait que nous avons rapporté plus haut, et donner plus de force à notre preuve de tradition, en citant à Tappui de notre thèse un document de valeur.
Un jour, où nous faisions des recherches, et interrogions les pierres des vieux murs de notre antique chapelle de Saint- Côme (i) — élevée, selon toute probabilité, dans le voisinage immédiat des terres de notre dame châtelaine — notre curiosité fut mise en éveil par la décoration toute spéciale de l'intéressant édifice. Nous trouvâmes, en effet, entre autres objets curieux, un blason sculpté sur l'un des deux supports de statues de saints, qu'on y voit de chaque côté de l'entrée du chœur. Ce blason, dont Técu losange porte, comme pièce principale et particulièrement caractéristique la figure, en pied, d'un saint quelque peu mutilé (Fig. 21) — peutêtre c( satnl Rambion » — est sans conteste celui d'une noble damoiselle.
Mais alors, ne serait-il point celui de notre mystérieuse dame châtelaine ?
Il est vrai qu'on ne peut pas faire remonter les sculptures dudit blason au-delà du xvi* siècle. Cependant, bien que de beaucoup postérieur aux événements auxquels nous faisons
(1) Cette chapelle, nous Tavons dit ailleurs, existait déjà eo 971. Il en est fait mention dans la charte de Conrad le Pacifique, à Eldebert, abbé du monastère de l'Ile-Barbe. Or, qu'on se rappelle que la translation des reliques de saint Rambert n'eut lieu qu'en 1078.
A gauche est une niche antique, Que pour la fête du Patron, On pare d'an buste gothique.
Image de saint Côme. dit-on.
A la droite, est un simulacre Dressé par la grâce de Dieu, Qui représente le massacre D'un saint martyr chassé du lieu.
M. de P.
(Notes de M. H, Marthoud.)
allusion, il n'est point invraisemblable de dire qu'il fut placé là, comme un témoignage de reconnaissance destiné à
perpétuer la mémoire de la noble châtelaine; et sans doute aussi, le souvenir de quelque importante fondation, par elle faite â cet antique sanctuaire.
D*accord avec la légende qui nous signale le miracle dont elle fut l'objet, après son invocation à saint Rambert outragé, la tradition va plus loin et ajoute, qu*en reconnaissance d'un si prodigieux bienfait, elle affranchit de la dîme toutes les terres de son domaine.
Ce trait remarquable de générosité vaut la peine d*être enregistré.
Il y a plus, à une mesure aussi sage et aussi charitable, la noble châtelaine n'aurait-elle pas ajouté quelques oeuvres pies d'une haute importance, oeuvres dont le blason sculpté de la chapelle Saint-Côme consacrerait le souvenir ? C'est encore à la tradition locale que nous devons ce fait édifiant et inédit.