‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 30 sur 119 · ET DOMITIEN · texte numérisé non relu

ET DOMITIEN

Le lecteur qui a parcouru, au chapitre VIII*, nos pages inédites sur la voie suivie par le mystérieux porteur des reliques des saints Rambert et Domitien, sera certainement heureux de trouver, ici, quelques détails sur les sacoches, ou bourses, dont se servit ce « preu<V homme messaigier » pour y placer son précieux trésor.

Aussi bien, essayerons-nous de faire Thistorique abrégé des bourses à reliques^ des alloières, des aumônières, des gibecières, des tasses, etc., au moyen âge.

Cette étude, appuyée sur des documents extraits des auteurs les plus compétents en matière archéologique, facilitera au lecteur l'intelligence de certains mots du texte de la légende de la Translation des Reliques. Elle lui apprendra quelle place tenait au moyen âge, dans la société chrétienne, la dévotion aut Saintes Reliques, en même temps qu'elle lui révélera quels pieux soins on prenait de les envelopper dans de riches

écrins pour les poner sur soi, ou pour les transporter d'un lieu à un autre.

Les deux figures de besaciers dessinées dans le texte, serviront de complément à notre étude (Fig. 22).

Les pauvres qui ont patience Et vivent selon conscience.

En suivant nmour et concorde ; S'ils endurent leur indigence Et la prennent piour sufHsance, Ils acquerront miséricorde.

(Inicriphon de la Cal/icii

Nous avons vu, d'après notre légende, que les reliques des saints Rambert et Domitien furent enlevées du tombeau où elles étaient vénérées, depuis quatre siècles, pour être déposées, par leur mystérieux porteur, dans plusieurs bourses ou besaces préparées à cet effet. C'est du moins ce que nous lisons dans le texte de la légende « eaque in sarcinulis, quas ad id negotii paraverat reponere ». Or, quelles furent ces sacoches, ces besaces, ou pour traduire littéralement le mot « sarcinulis », quelles étaient ces hardes dans lesquelles le dévot serviteur de saint Rambert enferma les ossements du martyr et du confesseur, pour les emporter bien loin, sur les rives de la Loire, en Forez (i).

Il y a plusieurs objets que les archéologues font entrer dans la catégorie des reliquaires, malgré le caractère essentiellement profane qui les distingue parfois ; ce sont : la besace, la bourse, Talloière, Taumônière, Tescarcelle, la tasse, etc. Leur dénomination originale excite la curiosité ; mais, à coup sûr, elle est très conforme à leur emploi. En effet, à toutes les époques les besaces, les alloières, etc., ont servi dans la main de l'indigent, comme dans celle du riche, à symboliser ou à exalter la pauvreté.

La raison d'être de ces objets connus du paganisme, mais que la religion de Jésus-Christ a consacrés, en les choisissant pour faire partie de la livrée de ses enfants de prédilection, est toute dans l'obligation de la pauvreté et de la charité évangéliques. La religion chrétienne, en élevant vers le ciel le cœur de l'homme, lui a toujours montré le chemin pour y arriver. Et, quand elle lui enseigne une vertu, elle ne manque jamais de mettre, entre ses mains, les moyens dont il a besoin pour la pratiquer.

La besace qui fut, à l'origine, le signe distinctif du pèlerin

(i) La tradition locale eat formelle pour établir que c'est bien daas des besaces que le porteur aurait reafermé les reliques.

concurremment avec le traditionnel bourdon de voyage l'aumusse ou la lacerne, garnies de coquillages, est le premier de ces objets dont nous allons nous occuper. Par sa forme et son usage il rappelle très bien les pieux récipients dans lesquels furent apportées nos insignes reliques de saint Rainbert.

La besace est cette longue sacoche de toile, fermée à ses deux extrémités, ouverte seulement dans le milieu de sa longueur et disposée en deux compartiments distincts, qui remplie de diverses choses, se jette sur Tépaule de telle manière, qu'une partie en tombant par devant, et l'autre partie en restant suspendue par derrière, le poids s'équilibre parfaitement.

Son emploi, très répandu parmi les populations travail* leuses et simples des campagnes, n'a pas toujours été l'emblème exclusif de l'homme indigent. En effet, au siècle du magnanime roi Charlemagne, nous voyons la besace portée par le pèlerin qui s'en va à Rome ou à Saint-Jacquesde-Compostelle.

Eginhard, secrétaire de Charlemagne (i), en rapportant les détails intéressants de l'inhumation de ce grand monarque à Aix-la-Chapelle, en 814, prend bien garde de ne pas passer sous silence la besace du royal défunt.

« Son corps embaumé fut revêtu des ornements impé- « riaux, sa face fut couverte d'un suaire sous le diadème; « on posa sur sa chair le cilice qu'il avait coutume de porter (( et, par dessus ses vêtements, « on passa sa besace dorée^ « insigne des pèlerins », qu'il portait quand il allait à « Rome. »

Ce n'était donc pas un objet vulgaire que la besace, et sa

(i) Et son gendre. Eginhard était de basse condition ; il avait séduit une des filles de Charlemagne. Pour relever et légitimer la situation délicate de son gendre, le grand roi le nomma son secrétaire.

rusticité originelle n'empêchait point qu'elle ne trouvât crédit, autrefois, auprès des rois et des princes.

Et voilà pourquoi nous ne devons pas être surpris de la voir transformée en bourse à reliques par le porteur des saints ossements du martyr Rambert et du confesseur Domitien, quelque deux cents ans plus tard. C'est la dévotion des fidèles envers les restes précieux des saints qu'elle voulait transférer d'une église à une autre, qui se chargea de cette transformation. Mais avouons que l'événement, en lui-même, n'a rien qui choque la piété, même la plus scrupuleuse. Les saints, pendant leur vie, n'étaient-ils point les pauvres de Jésus-Christ, fiers de porter la bure de la sainte pauvreté ? Après leur mort, pouvaient-ils donc craindre de voir leurs os renfermés dans la grossière toile d'une vulgaire bourse ? Et, puisque les rois portaient la besace dans leurs pèlerinages, pourquoi les simples fidèles n'auraient-ils pas osé la passer sur leurs vêtements, et en faire comme une sorte de châsse à reliques?

C'est ce que fit notre mystérieux porteur des ossements de saint Rambert ; d'abord parce que c'était la coutume; ensuite, parce que ce mode de transport lui permettait de couper court à toute espèce d'inquisition indiscrète et dangereuse.

Toutefois, la piété des fidèles envers les restes sacrés des saints, ne laissa pas longtemps les bourses ou besaces, employées pour écrins à reliques, dans leur rustique simplicité. Elle remplaça bientôt l'étoffe grossière dont elles étaient faites, à l'origine, par de riches tissus de velours et de soie, brodés et même armoriés (i).

Le trésor de la cathédrale de Troyes possède de magnifiques bourses à reliques, qui ont appartenu au comte de Champagne. Tout récemment, de très curieuses bourses ont été

(I) Voir les dessins du Glossaire Archéologique du moyen dge'et Je la renaissance, par Victor Gat, ancien architecte du gouvernement. i883, fascicules 1,3, b.passim, aux mots, bourse, alloière, etc. — Obligeamment communiqués par M. J. Poinat,

retirées des châsses de la cathédrale de Sens. Les motifs de leurs broderies ne sont pas toujours inspirés par la religion, car ces bourses ont dû servir d'ornements de toilette aux grandes dames de l'époque où elles ont été confectionnées. Ce qu'il y a de certain, c'est que leur richesse les fil, autrefois, choisir pour écrins à reliques, selon une coutume très commune du xi® au xiv* siècle (i).

D'une forme carrée légèrement allongée, ces bourses à reliques se terminaient quelquefois par une frange, ou un autre agrément de riche passementerie. Elles se fermaient par des cordons, et s'attachaient par une courroie à la ceinture ; ou bien encore se suspendaient à la poitrine, lorsqu'en raison de leur contenu, elles étaient portées par dévotion.

La ville de Caen était renommée pour sa fabrication spéciale de bourses, que toute l'Europe connaissait sous le nom de « basques ». Un auteur rapporte cette citation d'un ouvrage de l'époque :

« Il ne s'en fait entr'autres villes, de plus mignardes, « propres et richement étoffées, de velours de toutes couce leurs, de fils d'or et d'argent pour seigneurs et gens de « justice, dames et damoiselles, dont il se dit en proverbe V commun : Par excellence bourses de Caen. >»

Leur usage religieux est parfaitement établi par de nombreuses ampoules de plomb, historiées, fleurdelisées et blasonnées (Fig. 23), mises au jour par des fouilles récentes, et qui paraissent remonter au-delà du xv* siècle (2).

(i) Année i353. Deux boursetes à reliques, faites à ymages de brodeure et à cbftpitauz de grosses perles et menues... un bon las d'or de Chypre et de soye à les porter... et dix boutons de perles... {Cpte d'Et. de la Fontaine^ D. J'Arcq, Cptes de l'argenterie^ p. i32 et 2^9.) Dict. Arch-t de Victor Gay, 2» fascicule, p. 197. — Ibidem.

Année 1387. A Katherine la boursière... pour une petite bourse de veluiau vermeil en graine, garnie par dedens et estoffée de boutons d'or de Chippre et dependans de soye... pour mettre dedans une petite croix en laquelle il a dedens de la vrayc croix pour porter à la poitrine de Mgr le duc de Thouraine, 8 s. p. {8* Cpte roy,, de Guill. Brunkl, fol. 178). — Ibidem,

(3) Voir le Glossaire Archéologique de Victor Gat, 2* fascicule, page 196; on y trouvera une bourse à reliques du pèlerinage de N.-Dame de Boulogne, en plomb.

Leur forme ordinaire et particulièrement caractéristique, est encore celle d'un petit sachet fermé par un cordon et muni de petites bélières de suspension. Ces précieuses ampoules se présentent, quelquefois, sous l'aspect d'une bouteille symbolisant la gourde du pèlerin ou l'image réduite de l'aumônière. avec laquelle est souvent confondue la bourse à reliques. '"' ''

A cette catégorie se rattachent encore certaines amulettes en plomb ou en cuivre, qui, sous la dénomination d'insignes de pèlerinages (Fie. 24), étaient comme VAgnus Dei, et le Baiser de paix (i), destinés à servir d'ex-voto, ou à être suspendus au cou.

Variées à l'infini, ces amulettes (3) portaient fréquemment des versets religieux, des insignes pieux, l'image des saints dont on implorait la protection, voire même des inscriptions comme la suivante, qui fut trouvée aux

(1] Le > Balterde paix • ex ud ligne de foi, que U religions coniicri comme dd ilint de r^ooeil illion, et que l'art i Ggarc, auircroii, comme ua lailgoe iiiirieur de d^olion. GéDdrdement. le - Balitr de piix ■ offre t'aipeci d'un médaillan etMnlïellemeDt religieux.

supeniiiieiiMi que ce mot aemble DaiurelLemenl éveiller. En effet, «ulreroia, chez Ici païen*

eertiinti lame» de métal couvertei de caractères cabalittiques, auiquellei cei peuple! iilribuaieol la lertu de guérir ou d( préienrer de loa» In maux. Cei larati leur lerraicni

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