‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 32 sur 119 · FONTAINE DE SAINT-RAMBERT A FONTCHAUD SON ANCIENNETÉ — SON RENOM · texte numérisé non relu

FONTAINE DE SAINT-RAMBERT A FONTCHAUD SON ANCIENNETÉ — SON RENOM

Dans ce chapitre, nous voudrions non seulement faire connaître au lecteur la très intéressante fontaine de Saint- Rambert, où trempa ses lèvres brûlantes le mystérieux porteur des reliques de notre illustre Patron, mais encore mettre en relief l'obscur coin de terre appelé Fontchaud, où cette vénérée source s'est creusé une coupe aussi modeste que rustique. Nous voudrions démontrer que la voie suivie par la foule des pèlerins, revenant des bords de la Loire au Prieuré de Saint- André, ne fut pas celle du pont de Saint- Rambert, qui alors n'existait pas, mais certainement l'antique chemin dont le tracé part des bords du fleuve et passe aujourd'hui encore, comme autrefois, tout près de la fontaine de Fontchaud,

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appelée, depuis Tépoque de la translation des reliques : Fontaine de Saint-Ram bert (Fie. 26).

Une très ancienne tradition nous apprend que la source limpide qui coule à Fontchaud n'aurait point reçu son nom du lieu où elle se trouve, mais, au contraire, aurait donné le sien aux champs qui, de tous côtés, lui font une verdoyante ceinture.

D'autre part, une pieuse légende nous raconte que les eaux de la source de Fontchaud jaillirent miraculeusement au passage des reliques de saint Rambert, et alors que le dévot (c messager », fatigu^ d'un pénible voyage, cherchait à se désaltérer.

La tradition et la légende sont ici en contradiction. Or, cette contradiction n'est qu'apparente. En effet, si au lieu d'appeler la Fontaine « miraculeuse », parce qu'elle jaillit soudain sous les pas du mystérieux « messager », nous l'appelons « miraculeuse » parce que ses eaux tressaillirent à l'approche des restes sacrés de saint Rambert, la contradiction disparait; nous n'avons plus qu'une source très ancienne, mais dont les ondes limpides furent, par miracle, favorisées d'une vertu curative. Et c'est ainsi, croyons-nous, que les choses se passèrent.

Sans vouloir reconnaître à la Fontaine de Saint-Rambert une de ces origines dont la date se perd dans la nuit des temps, et que des recherches diflSciles pourraient seules fixer, nous pensons qu'on peut l'assimiler aux autres nombreuses fontaines de notre contrée, dont la réputation d'ancienneté est un fait acquis à l'histoire locale.

Que le lecteur veuille donc se pénétrer des détails inédits que nous allons lui donner sur plusieurs sources, sœurs de Fontchaud, et il ne doutera plus de la haute ancienneté de la Fontaine de Saint-Rambert.

L'une de ces sources les plus intéressantes, certainement, est celle qui coule avec abondance dans le quartier <c du

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Calvaire », près du Grand-Port de Saint-Ramberi, au flanc d'une petite balme qui n'est pas à plus de cent mètres de la Loire. Cette fontaine a été signalée par l'honorable ingénieur civil, M. Maussier, président de la Commission Forézienne de l'Histoire des Gaules.

C'est autour de cette fontaine que notre savant et dévoué ami, M. H. Marthoud, trouvait, en 1886, des débris de poteries rouges. C'est dans son très proche voisinage, qu'à la même date, il découvrait une série de poteries primitives, de nombreux fragments de silex taillés, parmi lesquels une flèche avec « soie », et une grande quantité de pierres polies par la main de l'homme. Or, M. Maussier est convaincu que cet emplacement est celui d'une station néolithique, où devait se trouver un atelier primitif de l'époque de la pierre polie (i).

Les poteries, les silex, les pierres polies, recueillis avec soin, forment une collection particulièrement intéressante, où Ton peut reconnaître les premiers outils et les premières armes de nos ancêtres primitifs de la Gaule (2).

D'autres sources, connues dans notre région sous le nom de fontaines de la « Chana », à Saint-Rambert (bas de la ville); à Veauche, sur le chemin du gué de la Loire; à Villars, au hameau de La Chana, nous paraissent remonter à la plus haute antiquité, car, naguère encore, des fragments de tuiles à rebords y étaient trouvés (3).

Il n'est pas jusqu'à la source de et VOppidum » d'Essalois,

(i) « En faisant creuser un trou nous-mème, dans une allée de la propriété de M. Henri ■ Marthoud, nous avons retiré une ébauche de hache. Notre opinion est donc qu'il y avait « là un atelier d'ébauchage et de polissage de Pépoque néolithique. »

(Extrait des Annales de la Société d'Agriculture y industrie^ sciences, arts et belles^ lettres du département delà Loir^, septembre 1886, p. 231-246.)

(a) Voir la riche et intéressante collection que notre ami, M. Marthoud, possède dans sa propriété du « Calvaire ».

(3) Par M. H. Marthoud, dans le quartier de la Chana^ à proximité du chftteau de Curnieu, aux environs de Villars (Loire).

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jusqu'aux deux cuvettes creusées à son sommet, sur une roche émergeant du sol et conservant Teau pluviale, qui ne nous révèlent la notoire antiquité de nos fontaines locales.

Les fouilles pratiquées par les archéologues y ont, en effet, amené la découverte, il y a quelques années, de nombreux objets de fer, de bronze, de verre ; des bracelets, des anneaux, etc. Notre ami et collaborateur, M. H. Marthoud, a fait lui-même, à Essalois, Jà découverte de plusieurs fragments importants d'une léte en argile, qu'on a tout lieu de prendre pour une tête de divinité, sous les auspices de laquelle la source était probablement placée.

Toutes ces épaves précieuses d'un âge reculé, en nous révélant la présence d'habitants, l'existence d'une industrie, d'un commerce dans ce lieu, nous apprennent que les Gaulois, d'abord, et les Romains leurs maîtres ensuite, savaient exploiter nos sources, en capter les eaux pour leurs besoins. Plus encore, nous constatons que nos fontaines leur étaient chose précieuse. En effet, pas une source ne coulait, qu'elle n'eût pour gardienne quelque divinité de l'Olympe.

Les fontaines anciennes et partant historiques ne sont donc pas un mythe dans le coin du Forez que nous habitons. Et, si la source de Fontchaud n'a point encore révélé aux chercheurs la date reculée de son origine, ce n'est pas parce que le sol d'où elle jaillit est pauvre de documents, mais simplement parce que ce sol est vierge de toutes fouillés sérieuses.

Creusée au flanc de la même balme d'où sortent ses deux sœurs « de la Chana et du Calvaire », l'intéressante fontaine de Fontchaud, qui n'est pas à plus de cinq cents mètres de la Loire et à plus d'un kilomètre des deux sources que nous venons de nommer, est, à notre humble avis, un champ tout nouveau d'exploration offert à la science.

Dire de notre fontaine de Saint-Rambert à Fontchaud,

qu'elle est d'une notoire ancienneté, et que pour cette cause elle est digne d'avoir sa place marquée dans l'histoire locale, ce n'est point assez; ou du moins, ce n'est point avouer toutes les raisons qui militent en faveur de sa renommée.

La source de Fontchaud est du nombre de ces sources privilégiées dont les eaux furent^ de tout temps, considérées par les populations, comme étant des eaux bienfaisantes.

A ces eaux, les pèlerins des temps antiques venaient demander santé et soulagement. Vers leurs ondes bénies ils affluaient nombreux, rachetant leurs vœux, après guérison, par des offrandes en argent, par des souvenirs commémoratifs, par des ex-voto particuliers.

Si nous nous en rapportons à un auteur très versé en cette intéressante matière, « l'usage de jeter une offrande aux (( fontaines est, sans nul doute, aussi ancien que le culte des a fontaines lui-même, car en nettoyant ces fontaines, on « retrouve dans les diverses couches de limon des pièces et « des amulettes qui, à mesure qu'on fouille plus profoncc dément, sont d'époques plus anciennes > (i).

A cette antique coutume nous pourrions peut-être rattacher la découverte d'épingles nombreuses faite au mois de Mars de l'année 1899, non point près de la fontaine de Fontchaud, mais près de celle de la « Chana », et lors de la construction du grand égout collecteur de la ville de Saint- Rambert. Cette fontaine de la « Chana », assurément fort ancienne, aurait-elle, jadis, joui d'un privilège spécial ? — Les pèlerins qui y affluaient, confondant indifféremment ses eaux avec celles de sa sœur de Fontchaud, leur auraient-ils attribué une vertu particulière ? — Enfin, par reconnaissance pour ces eaux bienfaisantes, leur auraient-ils aussi confié quelques souvenirs commémoratifs ? — Nous ne saurions nous prononcer sur des questions aussi complexes.

(1) Emile Harmomic. Revue des traditions populaires. Mars 1889.

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Toutefois, les faits suivants, en nous éclairant sur ce point sont de nature à nous faire croire que notre vénérée fontaine de Saint-Rambert à Fontchaud a été, autrefois, comme ses voisines de la <c Chana » et du « Calvaire », d'abord un lieu privilégié, ensuite, et depuis le passage des reliques de notre illustre patron, un but de pieux pèlerinage.

A la date du 9 Mars 1899, des ouvriers terrassiers trouvaient, un peu en aval de la fontaine dite de la « Chana », quelques mètres plus bas que le grand portail du jardin de M. Auguste Montet, notaire, et à i",8o* de profondeur, un grand nombre d'épingles en cuivre, de la longueur et de la grosseur de celles dont se servent les couturières. Ces épingles, dispersées sur un espace de quinze à vingt mètres dans un terrain mouvant et noir, rappelant la vase des marais, sont absolument indemnes d'oxydation, et assez brillantes pour faire croire qu'elles ont été enfouies hier seulement. Leur tête est tournée en laiton, à Tinstar de nos vieilles épingles de cuivre, dont elles ont, du reste, la forme et la silhouette (1).

Ce semis d'épingles se développant dans une vase profonde, non loin et en aval d'une fontaine, ne proviendrait-il pas de certaines pratiques bizarres de pèlerins venus en <c réméage » aux eaux privilégiées de la source, et les* y ayant jetées comme offrandes!...

C'est du moins ainsi qu'on faisait au moyen âge, et que font encore, de nos jours, les pèlerins des fontaines de Notre- Dame-de-la-Clarté et de Sainte-Ujâne (Sainte-Eugénie), en Bretagne.

La première de ces deux fontaines, appelées miraculeuses par les populations de la contrée, coule près de Châte-

(0 Le corps de ces épingles, ordinairement arrondi, présente ici une fort intéressante particularité. Il porte ane cannelure régulière dans le sens de la longueur. L'ouvrier n'avait sans doute qu'une tige plate; et, pour lui donner la forme ronde, tl a dû en rapprocher les deux parois, qu'il n'a pas pris soin de souder. La longueur de ces épingles est, en moyenne, d'un peu plus de o*,o3 centimètres.

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leaudren. Une statue de la Vierge, connue sous le nom de Notre-Dame-de-la-Clarté, la domine, et semble inviter les pèlerins à y puiser avec confiance. Et, en effet, les pèlerins viennent nombreux; mais en même temps que leurs lèvres murmurent des prières à la Madone, leurs mains jettent a des épingles » dans les eaux de la fontaine. Cette pratique a pour but de guérir les maux d'yeux (i).

Près du bourg de Morieux, canton de Lamballe, est une fontaine consacrée à sainte Ujâne. Elle est en très grande vénération dans le pays, et on y vient en pèlerinage de toute la contrée environnante. Ses eaux ont la propriété de guérir la migraine. Avant d'en boire, les pèlerins s'entourent la tête avec de la petite bougie en torche, qu'ils font brûler sur le bord de la fontaine, dans laquelle ils jettent, ensuite, « des épingles » leur ayant servi (2).

Nous n'avons certes pas l'intention d'assimiler nos deux fontaines de la « Ghana » et de Saint-Rambert, à ces deux fontaines extraordinaires, ni à celle dont parle saint Grégoire de Tours, et à laquelle on attribuait toutes sortes de vertus, parce que la tête du saint martyr Julien y avait été lavée (3). Mais le fait intéressant d'épingles trouvées près de l'une de nos fontaines, n'est-il pas de nature à nous doflner la conviction que la première de ces sources, peut-être toutes les deux, furent dès les premiers âges, sinon miraculeuses, du moins privilégiées et bienfaisantes ?

Voilà pour les temps qui ont précédé le mémorable événement du passage des reliques de saint Rambert, près de notre bénie source de Fontchaud.

Quant aux âges qui le suivirent, qui sait si à l'approche des sacrés ossements de saint Rambert les eaux de la vénérée

(i) M** Louis Tezier, Revue des traditions populairei, passim.

(2) Emile Harmonic, Revue des Traditions populaires, passim.

(3) De Passione sancti Juliani C. Ut, ap, Muratori, p. 852. Dans le Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, de l'abbé Marticnt, p. 376.

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