‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 35 sur 119 · LA FONTAINE DE SAINT-RAMBERT, FONTCHAUD, ETC · texte numérisé non relu

LA FONTAINE DE SAINT-RAMBERT, FONTCHAUD, ETC

en admettant, cette explication, traduire le nom propre ce Fontchaud », par fontaine chaude.

Nous avons, dans le voisinage de Saint-Rambert, le crêt de « Peu-chaud » ou « Peuh-chaud », au sommet duquel se dressent les ruines de Notre-Dame de Grâces. Le monosyllabe «peu» ou apeuh»^ en celtique, est l'équivalent de montagne, crêt, roc. Joint au qualificatif « chaud », il formerait un nom propre de lieu, qui pourrait se traduire par ce Crêt chaud, montagne chaude ». Mais, comme le mont sur lequel est assis le sanctuaire de Notre-Dame de Grâces s'élève à près de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, exposé à tous les vents et à tous les frimas, qui sait si le langage populaire n'a pas appelé ce mont, par antiphrase : ce PeU'Chaud ! »

« Fontchaut », orthographié avec un c< / » pourrait peut-être s'interpréter : fontaine d'un faible débit, ou dont l'eau ne coule pas avec abondance. En effet, le mot ce chaut » avec une négation semble avoir pour dérivé ce chétif », qui signifie faible, maigre, mauvais !

Or, les terrains qui forment le crêt de Notre-Dame de Grâces étant, pour la plupart, des terrains maigres et de peu de valeur, rien n'empêche de croire que les paysans ne les aient qualifiés dans leur patois de ce chétifs », comme il est arrivé pour certaines terres délaissées de la commune de Saint-Just-sur-Loire, que leur maigreur a fait dénommer le ce Plat des Echauts ».

Nous savons, d'ailleurs, que dans le langage ordinaire on dit quelquefois, pour exprimer l'indifférence avec laquelle on traite les hommes et les choses dont on se désintéresse : Au reste, peu me chaut! c'est-à-dire cela m'est indifférent, je l'abandonne, j'en fais le sacrifice. C'est une chose sans valeur et sans importance pour moi.

D'après B. Zeller ce ne te chaut » signifie : il ne t'importe

pas. Et dans la complainte de Louis le Débonnaire, sur ses fils, publiée par le même érudit, on lit le passage suivant :

<f O bon sergent et bon guête (guetteur), et espérance de « tous les compagnons, dors-tu ou si tu veilles ? — Et il me « répondit : Je veille, fe veille. Et je lui redis : Que fais-tu ? i< — Et il me répondit : Que te chaut que Je fasse ! que « t'importe-t-il que je fasse ? »

(c Ne te chaut », si tu as peu de chevaliers, mais prends <c seulement ceux que tu as avec toi et un écu (bouclier), (c si (c enchauce » les païens et n'aie nulle peur », lisons-nous ce dans les derniers Carolingiens, page 46, par B. Zeller et « C. Bayet. ce Enchaucier » veut dire poursuivre. Ne

ce t'importe si tu as peu de chevaliers et ce enchauce »

(poursuis les païens).

D'autre part^ dans le vieux récit de Clovis II perdant la raison pour avoir mis la main sur le corps de saint Denis, nous trouvons :

ce Et le martyr montra bien tantôt qu'il ne lui plaisait pas (C dont son corps était ainsi traité, car le roi fut tantôt si ce espoenté et si ébahi que il chaït en frénésie, et perdit son ce sens et sa mémoire en cette heure même (i). »

« Avec lui ce châtrent » à terre plus de vingt, tant contes ce que barons » (2).

Chair, chaït^ chéir pour choir, tomber, vieux mot français duquel s'est formé ce déchaiement », chute, décadence, dégénérescence, affaiblissement, amoindrissement, perdition.

« L'empereur issit (sortit) de l'église pour aller au palais ce par une allée de <ifust » (galerie de bois, passerelle) où il

(1) Les Rois fainéants et Maires du PalaiSy p. i8.Zkli.br, i88i.

(2) Louis le Pieux (8/4^840), p. 40, par le m£me.

Page 1