‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 43 sur 119 · I IV · texte numérisé non relu

I IV

La décoration de notre célèbre chasuble porte un caractère essentiellement profane, détail qui se rencontre assez rarement dans les anciens vêtements sacerdotaux. Et lorsque l'ornementation profane y apparaît, elle n'est composée, alors, qu'avec des emblèmes héraldiques qui ne sauraient remonter au-delà des Croisades, époque où Tart et la science du blason prirent naissance.

Le fond de l'étoffe de soie tissée d'or, mais non brodée, est d'une richesse inouïe. Malgré son état actuel de vétusté, on peut encore en deviner la couleur rosée, presque éteinte il est vrai, mais que certains reflets rose cuivré nous autorisent à qualifier ainsi. La bande centrale montre, il nous semble, deux couleurs dans le sens de sa longueur. Tune rosée, l'autre violâtre. Et c'est sur ces couleurs que se détachent les dessins en filigranes d'or.

La disposition de ces dessins est aussi originale qu'ingénieuse. Sur les deux faces antérieure et postérieure, et de chaque côté de la bande médiale, sont distribués des compartiments étages en chevrons.

(1) Le « pallium > des évoques se divisait en deux bandes sur les épaules, et portait de petites croix.

(a) La chasuble de Saint-Rainbert a été classée comme monument historique par un arrêté da Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, daté du 3i mai 1897.

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Au milieu de ces compartiments, sont alternées et dessinées avec des fils d'or, des figures de lions et de faucons affrontés. Par une disposition inévitable de l'étoffe, le revers de la chasuble montre les dessins dans un sens horizontal, tandis que la partie antérieure les présente sur une ligne verticale (i).

La grande beauté du tissu laisse deviner combien était somptueux le vêtement du seigneur d'Yzeron, et justifie avantageusement l'hypothèse de la générosité et la piété du comte Guillaume, qui ne craint pas de se dépouiller d'un vêtement de grand prix, pour en envelopper les reliques saintes des bienheureux Rambert et Domitien.

En insistant sur le style profane de la superbe étoffe avec laquelle a été confectionnée notre célèbre chasuble, nous devons signaler l'erreur commise par quelques savants, à la suite de M. l'abbé Boue (2). Ils ont cru reconnaître un symbolisme chrétien dans les animaux décoratifs de cet ornement du XI* siècle. Notre conviction est que, n'ayant eu que quelques instants à leur disposition l'œuvre d'art que nous avons le bonheur d'avoir constamment sous les yeux, ils n'ont pu en faire qu'une étude vague et rapide. Ils ont pris pour une colombe ce qui en réalité est un faucon, ou tout au moins un oiseau de proie et de chasse de la famille du faucon (3). Il suffit d'ailleurs pour se convaincre du fait, d'observer la forme naturelle de la colombe et de la comparer avec la forme de l'oiseau dessiné sur notre chasuble. La colombe a la tête ronde, les yeux petits et doux, le bec long et terminé en pointe. Le faucon, au contraire, porte une tête allongée et aplatie au sommet; son bec est court, fort, crochu ; ses yeux grands et farouches ; ses pattes ne sont point délicates et inoffensives

(i) La chasuble est donc formée de deux parties que la bande relie, devant et derrière.

(3) M. l'abbé Bous dans sa Notice sur une chasuble de Saint-Rambert'Sur'Loire, 1844, page 14.

<3) Par exemple l'émerillon» l'àpervier, le miiafl.

comme celles de la colombe, mais fortes et armées des griffes qui distinguent les oiseaux de proie.

Du reste, que le lecteur veuille bien prendre la peine d'étudier le tableau comparatif de Tart ancien que nous lui donnons (Fig. 3 i), et il sera vite convaincu que notre chasuble précieuse est chargée de faucons affrontés. Pour quiconque a quelques notions d'ornithologie, il n'y a pas de doute possible.

Et, si Ton retient que cette belle étoffe était fabriquée pour vêtement civil, la présence d'un faucon comme « emblème spécial de personnes nobles », s'explique tout naturellement par la faveur en laquelle les seigneurs, au moyen âge, tenaient cet oiseau privilégié, qu'ils dressaient pour la chasse.

€ Le beau faucon d'Orient prend son estre, € Ayant bec court, plume subtile et forte ; « Pour la beauté qu'en son corps on voit estre, « Dessus le poing maintefoys on le porte ; « Quand il combat contre la grue ou Toye, « Légier au vol, courageux à la proye, « Toujours se monstre.... (i) »

Plus encore, si avec M. de Linas(2)nous admettons que le tissu de notre chasuble est un tissu oriental, la présence du lion et du faucon, dont le symbolisme est aussi celui de la religion musulmane, n'auront, ici, rien qui nous surprenne.

Le Coran, il est vrai, interdit aux Arabes la représentation de la figure humaine et de toute autre créature animée, et voilà ce qui explique l'art prodigieux avec lequel ils se sont exercés à composer cette admirable ornementation désignée sous le nom d'arabesques. Cependant, on trouve chez eux quelques exemples de figures animales, sous la forme bizarre

(i) Extrait d'un poème du xv« siècle publié par D. M. Méon, dans son ouvrage in-8*,8ur les « Blasons et Poésies anciennes ■. Paris 1807.

(s) Voir notre note de la page 183, paragraphe I.

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