MODE DE SÉPULTURE DANS L'ANTIQUITÉ
La châsse est, sans contredit, le plus ancien reliquaire que nous ait légué le christianisme. Son antiquité se confond avec celle du tombeau des premiers martyrs ; et, partant, avec l'origine du premier autel chrétien.
Pour le démontrer, nous pourrions en appeler au témoignage d'autorités graves, et bien connues dans le monde des savants. Mais notre but n'est point de faire, ici, un traité d'archéologie sacrée. Nous voulons simplement offrir au lecteur l'historique abrégé des châsses et des reliquaires en général, afin de lui rendre plus attrayante et plus
compréhensible, la monographie des châsses et des reliquaires de notre église.
L'antiquité, expliquée par ses coutumes primitives, va nous fournir la base dont nous avons besoin pour asseoir solidement notre argumentation.
Nous sommes à une époque où les sciences semblent ne plus avoir de mystères pour l'esprit humain, travaillé par la fièvre de connaître les hommes et les choses du passé. Et Tarchéologie, qui s'est donné la mission de tirer de l'oubli les anciens peuples, descend jusque dans leurs tombeaux pour y découvrir les secrets de leur existence.
C*est là, du reste, disent les archéologues, que se trouve le champ fécond en nouveautés et en surprises. En effet, grâce à leurs recherches patientes, le fait de l'incinération des cadavres sur un bûcher (rogus)^ et de la déposition de leurs cendres dans des urnes funéraires, par les peuples anciens, est passé, aujourd'hui, dans le domaine de la vérité (i).
Toutefois, un autre fait dont les travaux de nos archéologues ont établi, aussi, la vérité non moins incontestable, c'est celui de l'inhumation naturelle, dans le sol ou dans les latomies (2). Cette coutume paraît, même, avoir été très répandue chez les anciens.
De bien curieux sarcophages (3), en métal, en marbre, en pierre, en terre cuite, et même en bois travaillé avec art, mis au jour par des fouilles intelligentes ont déjà, et depuis longtemps, fixé la science sur ce dernier mode de
(i) Cet usage païen fut pratiqué, généralement, par les peuples anciens, et continué par les Celtes et les Romains.
(3) Latomies. Chez les Anciens, carrières où l'on enfermait des prisonniers. Chambres sépulcrales.
(3) Sarcophagus. Du grec aap^, chair, et forjfclv, dérorer; parce que l'on faisait les cercueils en pierre assienne (Assos, ville de la Troade), qui avait la propriété de consumer en quarante jours le corps, sauf les dents. (D' Louis Batissier. Eléments d^ Archéologie nationale,)
LES CHASSES ET RELIQUAIRES 2l3
sépulture. On sait aussi que les hypogées (i), les nécropoles, voire même les pyramides de TEgypte ont livré, tour à tour, aux investigations de savants français, avec les dépouilles des anciens Pharaons, de surprenantes richesses funéraires (2) : des sarcophages de granit et de basalte, de grands cercueils, en bois, peints et dorés, d'une rare beauté, couverts d'inscriptions sous la forme de sentences ou d'invocations, se rapportant à l'immortalité de Tâme (3). L'Assyrie et la Chaldée nous ont laissé leurs grands cercueils de plomb, ornés de palmettes, et de bas-reliefs d'une élégante conception.
La Rome antique, qui voulait arracher àToubli la mémoire de ses opulents Césars, de ses nobles patriciens, abandonna l'incinération de leurs dépouilles mortelles, pour l'inhumation naturelle dans le sol. Mais, alors, pour que la corruption du tombeau ne vînt, en aucune manière, ternir l'auréole de gloire de ses héros, elle demandait aux pratiques sacrées des embaumeurs, le secret de perpétuer, dans de magnifiques sarcophages de marbre, et leurs corps et leur renommée.
Et lorsque l'empire romain fut tombé, victime de sa cruauté et de sa corruption, lorsque l'Eglise de Jésus-Christ eut grandi sur les ruines du paganisme persécuteur, les premiers chrétiens ne trouvant plus de terre libre, au dehors,
(i) Hypogée, construction sous terre, où les anciens déposaient leurs morts.
(2) Ces tombeaux recelaient parfois de gracieuses petites nacelles, montées par dea rameurs. La signification de ces nacelles a été, depuis longtemps, cherchée. Sur la foi de vieux auteurs, nous pouvons dire cependant, que les anciens Egyptiens les considéraient comme l'emblème de la mort, par une analogie de service. « La mort, en effet, est la barque qui nous passe où nous devons arriver. • Exemple : la célèbre petite barque en or massif trouvée dans le riche tombeau de la reine Aah-Hotep, femme du dernier Pharaon de la xTii* dynastie.
(3) Au commencement de la République, les Romains (Pline, H. N. 7, ch. 54. Vid. X, phil. Pert.init.) enterraient les morts, quoique cela ne se fît pas toujours ; puisque nous lisons que Ton brûlait les cadavres dès l'an 253. (Lion. Hal. 3, c. 47-) Quoi qu'il en soit, depuis le temps le plus florissant de la République, jusqu'aux derniers temps des Antonins, les corps, surtout ceux des gens distingués, furent brûlés. Mais on reprit, dans la suite, la coutume de les enterrer. (Virg. Eneid. 6, v. 177.) Explic, abrég, des coutumes etcéré" moHiet observées che\ tes Romains^ par M. Nieuport, etc.
pour y déposer les restes précieux de leurs martyrs, les ensevelirent dans les Catacombes, où ils se cachaient. Et c'est là, dans ces cryptes romaines, dans ces galeries sacrées, que tout un peuple des victimes de sanguinaires Césars, dort son dernier sommeil, en attendant la résurrection glorieuse.
C'est aussi dans ces salles (i) où les premiers chrétiens célébraient les Saints Mystères (2), que nous retrouvons le tombeau ou sarcophage du martyr, sous le vocable duquel s'accomplissaient ces saintes cérémonies.
On a dit souvent, et avec raison, que les Catacombes furent le berceau de l'art chrétien. Nous ajoutons que ces cryptes mystérieuses furent les premiers sarcophages chrétiens et, partant, les premières châsses à reliques (3).