‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 47 sur 119 · DESCRIPTION DU SARCOPHAGE ANTIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU SARCOPHAGE ANTIQUE

UN SARCOPHAGE ANCIEN TROUVÉ A SAINT-MARCBLLIN (lOIRe]

Nous allons maintenant, pour intéresser le lecteur, faire une description sommaire du sarcophage, en nous aidant de l'appréciation de savants autorisés.

<c Les sarcophages antiques, affectant la forme d'un <c coffre de marbre, dont le couvercle est plat, convexe ou (c prismatique, et dont les faces sont décorées de bas-

(i) Ces salles, dit l'abbé Martigny dans son Dictionnaire des Antiquités chrétiennes^ étaient appelées « arcosolium » d'un mot tiré de plusieurs inscriptions antiques. C'était, en effet, des sanctuaires voûtés en forme d'arc ou de niche, dans lesquels on déposait les corps des martyrs. C'est pourquoi saint Grégoire de Tours les appelle « arca ».

(2) Les Saints Mystères étaient encore appelés « agapes >, « repas funèbres >.

(3) Il est reconnu, cependant, que les Catacombes ne furent pas les seuls cimetières chrétiens. En effet, nous savons que de saints martyrs furent ensevelis près des grandes voies romaines, par exemple : la voie Cornelia près de laquelle fut déposé le corps de saint Pierre. La voie d'Ostie près de laquelle était le tombeau de saint Paul. Les voies Ardeatine, Appia, Latine, Labicane, Prénestine, Nomentane, Tiburtine, et la voie Sombre.

« reliefs ou d'ornements, ont été imités dans la période a latine (i). »

<r II y en a de deux sortes, dit le D' Louis Batissier (2). c< Les uns,fort grands, sont ornés de bas-reliefs représentant « des personnages ou des sujets historiques et religieux, sur ce leurs quatre faces. Les autres, plus petits, sont décorés (c sur leurs petits côtés, de cannelures appelées strigiles, et c( sur leur face antérieure, d'un bas-relief. Ces sculptures a sont disposées, souvent, sous une espèce de portique à « arcades. Sur la frise des grands sarcophages, on voit au <c milieu assez fréquemment, le portrait du défunt en buste ; « et au-dessus, un cartouche pour Tépitaphe. On y lit aussi, « quelquefois, la formule funéraire antique : D. M. ou tf D. M. S; pour D. M. « Diis manibus »; et D. M. S. <c Diis manibus sacrum. »

Bien souvent les premiers chrétiens, séduits par la richesse décorative de certains sarcophages, ne craignirent pas de les utiliser pour ensevelir leurs morts. Mais alors, ils avaient soin de substituer, au caractère profane de ces tombeaux, les symboles religieux de la religion chrétienne.

Le D** Batissier ajoute qu'on a trouvé, dans le cimetière de Sainte-Agnès, un sarcophage sur lequel on voit sculptés Bacchus entouré de petits amours nus, et les génies des Saisons. L'inscription apprend qu'il a reçu la dépouille mortelle « d'Aur. Agapetilla », qualifiée servante de Dieu a ancilla Dei d.

Mais voici deux exemples plus caractéristiques. La conque de porphyre qui formait le couvercle de Turne funéraire de l'empereur Adrien, a servi de cercueil au pape Innocent II. Elle a été, depuis, transformée en fonts baptismaux que l'on peut voir, de nos jours, à Saint-Pierre de Rome.

(i) René Mknard. Hist, des Beaux-Arts, (s) Eléments d'Archéologie nationale.

2l6 CHAPITRE XII

c< Pour le corps de Charlemagne, on prit un sarcophage « qui se voit encore dans l'église d'Aix-la-Chapelle, et dont « le sujet représente « VEnlèvement de Proserpine ». Au (( surplus, les sujets mythologiques n'étant plus compris par c( personne, il n'est pas étonnant qu'on les ait laissés figurer « dans des monuments chrétiens (i). d*

En rendant aux chrétiens la liberté d'exercer, au grand jour, les cérémonies de leur culte, le règne pacifique de Constantin {3o6-337) leur permit également d'appliquer, à leurs croyances, les ressources d'un art particulier qu'ils manifestèrent, en toute sécurité, dans l'édification de leurs monuments.

« Cet art n'est pas encore chrétien, dit l'abbé Texier (2) : (c disposition des sujets, système général d'ornementation, « attitude et costumes des personnages, symbolisme indifc( férent ou significatif, tout rappelle l'art romain dont il est w le disciple et le continuateur dégénéré. C'est une forme « grecque qui sert à revêtir un fond chrétien.

a Le besoin d'échapper à la persécution vient encore « expliquer cette tendance... Mais, peu à peu. Fart chrétien se « constitue d'une double manière:

« i** Il se dépouille de cet attirail symbolique emprunté « au culte qu'il venait remplacer. 2" Une pratique de « plus en plus barbare succède à l'habileté des premiers « siècles. On n'a voulu voir dans cette exécution imparfaite « des sarcophages que la mort de l'art antique ; c'était bien, « plutôt, la renaissance de l'art chrétien qu'il fallait y « chercher. »

Nous donnons, ici, le dessin d'un sarcophage de pierre, du xni" siècle (Fig. Sy), découvert dans l'ancien cimetière

(i) René Ménard. Hist. des Beaux-Arts.

(2) Etude sur ta sculpture en France.

de Saint-Marcellin (Loire), lors de son transfert en Novembre 1887(1).

« Nous l'avons vu, dit M. Henri Marthoud (2), après son K déblaiement, alors qu'il était encore en place, et nous avons « regretté amèrement l'absence de son couvercle dont aucun « vestige ne nous fut signalé. Enfoui, à peu de distance et " parallèlement au mur latéral de l'antique chapelle romane « dédiée à sainte Catherine, et sa partie inférieure orientée

Découvert ilaai l'incita cimctUre de Saiot-MircelliD (Loire).

<( vers le chevet du sanctuaire, il reposait directement sur <( te sol, autant qu'il nous a été possible d'en juger, h une « profondeur d'un mètre environ. Nous ne pensons pas que, <( dans ces conditions, il occupât son premier emplacement, <( car sa décoration, quoique élémentaire, indiquait le « tombeau apparent d'une sépulture, hors du sol.

« Parla nature des déblais qui en provenaient, et dans « lesquels nous avons recueilli une perle ancienne, en verre

(1) M. l'abbi Poyet, notre cher défuDi et vtDtré coofrère. était lion curé de la piroisie de Saint-Marcellin.

Il] Ce», en cffet,i M. H. Marthoud, notre dévoue coltaboraieur, que août devon* ce

2l8 CHAPITRE XII

<( bleu, et un denier du règne de Louis XIII, nous estimons « qu'il a dû servir, depuis fort longtemps, à des inhumations (( successives.

« Il y a plus : au mrlieu du fond de ce sarcophage et dans « une cavité carrée, d'environ o™,2o cent, de largeur, avec (( bords supérieurs légèrement arrondis, nous avons décou- (( vert, en fouillant, quantité de cendres agglomérées, et « un fragment du rebord d'une poterie noire et grossière, « assurément très ancienne (i).

(( L'épaisseur de ses parois est de o"',io cent., et sa (( longueur exacte de deux mètres. Sa largeur, à l'extérieur, (( est de o"*,4o cent., et o",7o cent. Sa hauteur est de <( o°,35cent.,eto"*,46 cent. L'emplacement arrondi, à Tinté- « rieur, pour recevoir la tête, est d'une profondeur inférieure « à o°*,o5 cent., d'avec le fond général.

<( Les angles de la partie antérieure sont coupés ; et au « milieu, sont tracées deux arcades à plein cintre, qui se « répètent au nombre de dix, dans le sens de la longueur: (( la dernière, en haut, est ornée d'un fleuron sur tige, grossier (( et difficile à déterminer (2). d

(i) En 1845, M. Barou, propriétaire d'une maison située sur la place de l'Eglise Saint- Marcellin, faisant creuser le sol pour établir une cave, trouva deux sarcophages en pierre, que nous croyons pouvoir dater dn xiii* siècle.

Le premier de ces sarcophages était vide. Le second, au contraire, contenait un corps entièrement conservé, et enveloppé de bandelettes tellement adhérentes au cadavre, que le tout paraissait ne former qu'une masse grisfltre. Un ouvrier ayant voulu se rendre compte de la résistance du corps ainsi momifié, le toucha légèrement et le vit, tout à coup, tomber en poussière. Les ossements les plus gros ne furent bientôt qu'un amas de cendres. D'après les témoins de la lugubre trouvaille, il n'y avait, dans ces sarcophages, ni vases, ni armes, ni aucuns documents intéressants.

Ces sarcophages enlevés du lieu où ils furent découverts, ont servi depuis : l'un, d'auge à abreuver les bestiaux ; l'autre, de linteau à une porte et de support à une cheminée du bfltiment. {Notes obligeamment communiquées par A/. Pabbé AuJogue-'Baroni vicaire de Saint'Marcellin, Loire).

(3) Dans son • Abécédaire d'Archéologie » M. de Caumont en a publié un, d'une forme et d'une disposition intérieure tout à fait identique, à propos duquel il dit : ■ La forme des cercueils ou des tombeaux non apparents, a été, à peu près, la même depuis le xi* siècle jusqu'au xvi*. Quelquefois, à partir du xii* siècle surtout, on remarque à l'intérieur un espace circulaire pour recevoir la tète. Quelquefois aussi, la place de la tète est indiquée par deux arêtes en pierre, ménagées à l'extrémité du coffre. Le couvercle est tantôt plat» tantôt prismatique. Outre l'eau bénite, on plaçait, dans le cercueil, des pots remplis de

LES CHASSES ET RELIQUAIRES 2iq

Page 1