FURENT DE VÉRITABLES CHASSES
Tout le monde sait que, pour échapper au glaive acéré des persécuteurs, à leurs bûchers ardents et à leurs chevalets terribles, en un mot, aux cruels supplices auxquels les tyrans de Rome avaient voué les disciples du Christ, les premiers chrétiens cherchèrent un refuge dans les Catacombes. Traqués comme des bêtes fauves dont on veut la mort, ils ne pouvaient choisir de lieux plus sûrs contre la fureur de leurs ennemis implacables.
Or, par une douloureuse antithèse, il arriva que ces serviteurs fidèles devaient, souvent, trouver leur sépulture là où ils venaient chercher un refuge pour sauver leur vie. Ce qui est encore plus extraordinaire, c'est que les confesseurs du nom chrétien, qui se réunissaient dans ces asiles sacrés, pour y célébrer les Saints Mystères, virent souvent les tombeaux de leurs frères martyrs servir d'autel pour le sacrifice.
D'où il est vrai de dire, qu'il faut remonter aux Catacombes pour reconnaître l'origine des premiers autels et des premiers sanctuaires.
charbon, dans lesquels on brûlait de l'encens (ces cassolettes variaient en général de nne à quatre) ; ils étaient percés de petits trous sur la panse, pour que le charbon eût de l'air, et que la combustion pût durer le temps nécessaire.
Cet usage exisuittrès certainement au m* siècle, et probablement longtemps auparavant. « On place* dit G. Durand, de l'encens près du cadavre pour combattre les mauvaises odeurs qu'il exhale ; cet encens est aussi le symbole des bonnes œuvres qui sont, pour le défunt, une recommandation auprès de Dieu. •
Un poète ancien a dit, en parlant du tombeau de Sainte Eulalie :
Sic venerarier ossa libet, Ossibus altare et impositum.
(( Ainsi il nous est donné de vénérer, en même temps, et « les ossements et l'autel qui les recouvre (i). »
C'est donc encore aux Catacombes qu'il faut aller chercher les premières châsses, et ces châsses n'étaient pas autres que les tombeaux des martyrs, servant eux-mêmes d'autels primitifs.
« Les sanctuaires qui renfermaient ces autels, dit le « D*" Batissier, n'offraient rien de régulier dans leur plan. Il (^ y en a de toutes les formes, de carrés, de triangulaires, « d'hexagones, de circulaires, de pentagones. Dans leurs (( parois latérales sont creusés trois ou quatre rangs de (( sépulcres, disposés parallèlement et en nombre égal, de « chaque côté... Le tombeau du martyr ou autel, quelquefois <^ au milieu de la pièce, souvent adossé à la muraille, a la « forme d'un sarcophage ou d'une caisse quadrangulaire, « recouverte d'une table de marbre. C'est ce tombeau, à n'en (( pas douter, qui a servi de type aux autels de nos églises (2).
« C'était sur cette table, ajoute l'abbé Martigny (3), qui (( recouvrait les restes du saint martyr, qu'avait lieu primi- « tivement la célébration de la messe; et les tombeaux des « martyrs devinrent ainsi, selon l'expression de saint Optât « (L. VL Ad vers. Parmen.)? le trône du Dieu qu'ils avaient (( confessé, dans les tourments et la mort (4). »
Du reste, le pape saint Félix avait décrété, vers l'année 270,
(i) Prudence (iv« siècle). Péristéph. III. 211.
(2) Eléments d* Archéologie nationale.
(3) Dictionnaire des Antiquités chrétiennes.
(4) Quid est eaim altare nisi sedes corporis et sanguinis Christi ? L'autel, qu*est-il autre chose que le siège du corps et du saog du Christ ? {Ibidem.)
Tobligationde ne célébrer le Saint Sacriâce que sur le tombeau des martyrs (i).
Les tombeaux des martyrs de TEglise chrétienne, premières châsses précieuses renfermant leurs restes sacrés, ont donc servi d*autels pour Timmolation de la Sainte Victime dans les Catacombes, et voilà ce qui doit rendre ces objets du culte vénérables à nos yeux (2).