FURENT DE VRAIES CHASSES
Mais après Forage furieux qui, pendant trois siècles, avait désolé et ravagé le champ de l'Eglise fondée par Jésus- Christ, revint le calme et s'épanouit un ciel serein.
Constantin-le-Grand, en élevant, dans son triomphe, le Labarum sacré, fit taire l'orgueil du vieil empire romain, arracha, des mains des tyrans, le glaive criminel dont ils avaient frappé indignement les chrétiens, ferma leurs temples encombrés de dieux iniques, et permit aux disciples du Christ d'élever, sur les ruines du paganisme, les monuments sacrés de la religion catholique. Dès lors, les chrétiens libres de professer leur foi publiquement, ne s'occupent point de calculer le nombre des victimes de la fureur sacrilège des Césars; tout leur souci est d'assurer à la dépouille de leurs frères martyrs un abri convenable et sûr. Et, voilà pourquoi nous voyons, à cette époque de calme, tant de basiliques
(1) Anastask dit dans la ■ Vie de saint Félix » : Hic constituittupni memorias martynim Misaas celebrare.
(3) La fureur dei persécutions ne permit pas toujours, aux prêtres de la primitive Eglise, de célébrer les Mystères divins sur le tombeau des martyrs. Saint Lucien, en prison, célébrait le Saint Sacrifice sur sa propre poitrine. (Philostorg. Hist. ecclés. L. IL C. XIIL)
Théodoret, au rapport de Mabillon, étant évèque de Tyr, dans une circonstance a peu près semblable, dit la sainte Messe sur les mains de ses diacres. (Prœf. in . sœc. III. o. 79.)
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s'élever sur la terre chrétienne. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu*alors ces basiliques s'élèvent sur les corps des martyrs, leur offrant ainsi un asile plus digne d'eux.
Or, afin que les restes sacrés de leurs frères dans la foi eussent une place choisie dans le temple du Dieu pour lequel ils avaient versé leur sang, les premiers chrétiens leur construisirent souvent des oratoires spéciaux. Ces oratoires prenaient, alors, la dénomination de « tnartyria », d' « apos-tolea », etc., suivant qu'ils abritaient les corps de martyrs ou d'apôtres. Et ces oratoires, élevés sur les ossements des saints, furent comme les écrins ou les châsses précieuses qui permirent aux bienheureux athlètes du Christ^ de reposer plus directement sous les yeux du Maître, pour Tamour duquel ils avaient donné leur vie.
Sans vouloir décrire la basilique primitive^ qui ne comprenait, dans son plan général, qu'une crypte et un autel ; ni nous occuper de sa division intérieure, en nef, chœur et sanctuaire, nous nous bornerons à parler, ici, de l'autel, dont la description se rattache plus étroitement à notre sujet.
« Placé, en effet, au milieu du sanctuaire de la basilique, « l'autel était formé, le plus souvent, d'une table de pierre « placée sur le sarcophage d'un confesseur de la foi, en « marbre, en granit, ou en porphyre (i). Ce sépulcre était f( décoré de sujets chrétiens. Souvent, les reliques du (( martyr étaient dans une crypte « confessio », « marty-' « rium ». Et alors, la table de l'autel était soutenue par (( quatre petites colonnes d'un riche travail. L'autel n'était « pas toujours aussi simple que celui que nous venons de (( décrire (2). » Nous savons, en effet, que des autels d'argent
(1) L*autel « altare • et « ara Dei » selon saint Cyprien. Epist. XL, et Tertullien. Ad. uxor, 1. I, c. VII. A partir du iv* siècle, il est désigné Oi)9ia9rT)piov pcofio;, tepa TpaJceÇa, sacra mensa, mensa mystica; mensa sacra tremenda : table sacrée, tabli redoutable. Saint Chrysostome l'appelle tour à tour, manne spirituelle, table divine, céleste.
(2) L. Batissier.
furent offerts à diverses églises de Rome, par les papes Sixte III et saint Hilaire (i).
Sur les quatre angles de Tautel, s'élevait, en forme de portique, avec coupole, le « ciborium^ umbraculum iegimen altaris ». C'est là qu'était conservée, dans une custode en forme de colombe ce perisierium », ou dans un coffret (( pyxis », l'Eucharistie réservée pour les malades. On y plaçait aussi de petits ciboires pour dire la messe, en voyage, et quelquefois des reliques. Dans tous les cas, on peut y reconnaître l'origine du baldaquin moderne, sous lequel on expose le Saint-Sacrement.
L'autel était quelquefois accompagné de deux tables : l'une, adroite, sur laquelle les fidèles déposaient leurs offrandes; l'autre, à gauche, appelée crédence « secretarium minus », près de laquelle se tenaient les diacres pour le service de la messe. Et, sous la table de certains autels des églises primitives, on réservait quelquefois une porte grillée, à travers laquelle on apercevait le corps du martyr déposé dans la crypte (2). Mais déjà aux iv" et v* siècles, et malgré les
(i) Hisi. ecelés. liv. IX, c. I. Le musée de Cluny possède le merveilleux autel d'or, que l'empereur d'Allemagae Heori II (saint Henri) donna à la cathédrale de Bile, au commencement du XI* siècle. D'une grande richesse d'ornementation, il a o*,95 cent, de hauteur sur i«,78 cent, de longueur. Son poids total et ses dimensions lui donnent, cependant, une valeur intrinsèque qui dépasse son intérêt historique et sa rareté, comme œuvre d'art.
(3) Dans le principe, la confession de saint Pierre offrait une disposition particulière que nous devons noter, parce qu'elle nous rappelle une circonstance curieuse de la dévotion des premiers fidèles. L'autel placé, comme touiours, au-dessus du tombeau du martyr était environné d'une grille, qui s'ouvrait pour quiconque voulait faire sa prière. Le fidèle, alors, se mettait à genoux et ouvrait une petite fenêtre qui donnait dans la crypte, au-dessus du tombeau; il passait la tète à travers cette ouverture appelée « Jugulum », et c'est dans cette position qu'il invoquait le saint Apôtre. On avait soin de faire descendre sur le tombeau un linge « palliolum » « sudarium • ; ce linge avait été préalablement pesé, avec soin, dans une balance ; on le laissait sur le monument pendant que l'on priait, et il servait à reconnaître si Dieu avait exaucé les vœux du fidèle qui lui adressait ses supplications. D' L. Batissibr. Bléments cPArehéol, nationale.
On pourrait peut-être voir, ici, une réminiscence des traditions païennes de l'antiquité. On connaît le culte des anciens pour leurs morts, et le soin qu'ils prenaient d'entretenir jusque dans leurs tombeaux, l'illusion de la vie. Le musée du Louvre possède un sarcophage égyptien dont le couvercle, décoré de la figure du personnage qu'il renfermait, présente le détail curieux de cavités ménagées dans les oreilles pour permettre, croit-on, de converser avec lui.
Dans certains cippes voués aux dieux infernaux, et dans quelques stèles dédiées aux dieux mânes de l'époque romaine, on a bien des fois remarqué des ouvertures tantôt creusées en
invasions désastreuses des Barbares, les basiliques se multipliaient partout; dès lors, il devenait impossible de les établir toujours sur les tombeaux des saints ; dès lors aussi s'imposait la nécessité de consacrer leurs autels. En conséquence, au V* siècle, le cinquième Concile de Carthage décida qu'aucune église ou chapelle, si modeste qu'elle fût, ne pourrait être consacrée sans que des reliques eussent été placées sous l'autel. A partir de ce moment, les autels devinrent alors des sortes de re/iquaires; et s'ils ne continrent pas toujours des reliques précieuses, dans l'intécippE ANTIQUE rieur de leurs parois,
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riches édicules élevés au-dessus de leur tabernacle, montrer des reliquaires et même des châsses (i).