‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 52 sur 119 · DIVERSES SORTES DE RELIQUAIRES · texte numérisé non relu

DIVERSES SORTES DE RELIQUAIRES

Les reliquaires que notre église de Saint-Ramberr-sur- Loire conserve dans son trésor, n'offrent pas un intérêt moins grand que ses châsses, malgré leur petit nombre.

Il ne faut pas confondre le « reliquaire » avec ia « châsse » dont il est le dérivé direct, et un diminutif (i). Sa forme est, en général, assez variée pour mériter une étude spéciale (2).

Mais nous n'en donnerons qu'une description sommaire, pour ne point sortirdu plan que nous nous sommes tracé. Les développements qui suivent n'ont pas d'autre but que d'initier le lecteur à la connaissance de ces objets du culte divin, et de lui rendre plus aKrayante la description monographique que nous allons faire de ceux que nous possédons (3).

Il) Il Qaoiqu'oD coûfonde souvcnl la chl>K avec 1c reliquaire, il ciiatc pourtant, «nirt • lei deux, UD< différence, car le dernier n'en qu'UD di m in util de la première. ilM. l'abM Pàical, iMtUtKliOnl dt VAtI çhréllea, tonte II, p. 141.)

(ï) Phylactirei. pbilalièrei. noms que Ion donne i tout meuble contenant dei relique* de taioli. Il y atalt des reliquaire! de toutet lei lormii, de toute nature et de tonte dimeniioD. Il faat cependant dittiuguer le reliquaire de la chliK. La chlue conlieu un corpaiainl. c'eil le cercueil. Le reliquaire est le vaie, le coffre, le meuble.enfin.dant lequel oa renrerme loit une partie d'un corpa Hint, loit un objet laucllfié. Ain», on ne pourrait dire que ta couronne d'^pïnei de Notre-Seîgneur fut renfermfe dan* une ehlase, main dan* un reliquaire. {Diclionnairt du Mobitiir ftanfati, Violut-u-Duc, lome I. p. 110.)

13) Le plni ancien et le plu* précieux de toui lei retiquairti vénéré* pendant le moyen l|e e*t le • Saint Graal >.

Le • Saint Graal > eil le vase qui icrvii k léiui-Chrlit pour ctlébrer la Ctne, et dan* lequel Joaeph d'Arimaihie recueitlil le* goutte* de ung de Noire-Seigneur, apréi )a Paulon. Ce taie paaaa, dit la légende, de* maini de Joseph d'Arimaihie, qui vécut plua de deoi ■ièclei. en cellea de son neveu nommé Alain. I.lilatoire de ■uiet de plutleur* romana pendant le moyen Ige. ^Violl MobUitr/ranfait. totne 1, p. ]i3.)

'144 CHAPITRE Xti

(a) Fioles lacr/matoires. — Des fouilles intéressantes opérdeâ dans les « loculi » des Catacombes, ont mis au jour une variété de petits récipients dont l'usage a été cherché longtemps, et est encore discuté aujourd'hui. Il s'agit de petits vases de verre ou de cristal désignés, parfois, sous le nom de « Fioles lacrymatoires », dont l'emploi apparemment indiqué serait difiBcile à justifier, si nous ne savions déjà qu'elles le tirent plutôt de leur forme particulière, qui est ordinairement celle d'une larme.

D'après certains écrivains, Tusage de ces petits vases était réservé pour contenir des baumes odoriférants, dont le parfum devait servir à combattre Todeur cadavérique des tombeaux. Selon d'autres, ils étaient destinés à renfermer des onguents de toilette dont on a cru trouver, quelquefois, les traces dans une matière onctueuse et grasse.

Cette dernière appréciation relativement juste, paraît très admissible ; car nous savons que dès le iv* siècle, il était de tradition d'honorer^ non seulement la sainte dépouille des martyrs, mais encore de considérer l'huile des lampes qui brûlaient sur leurs tombeaux, comme un remède efficace contre les maladies, et surtout contre les maux d'yeux.

Il est rapporté que saint Grégoire (vii^ siècle) avait envoyé, à la reine Théodelinde, des vases contenant de l'huile des tombeaux des martyrs. A Lyon, au monastère de Saint- Pierre-les-Nonains, où l'on conservait les reliques du glorieux martyr saint Ennemond (vers 663), on vit maintes fois des aveugles recouvrer l'usage de la vue, en s'oignant les yeux avec l'huile de la lampe qui brûlait, à perpétuité, devant ses pieux restes.

C'est ainsi que l'huile merveilleuse qui découlait goutte à goutte du tombeau de saint Rambert, après avoir servi à alimenter les lampes suspendues tout autour, guérissait de leurs infirmités les fidèles dévots qui en avaient été oints (i).

(I) Voir le chapitre lU* de cet ouvrage : Martyre de saint Rambertf p. 36.

LES CHASSES ET RELIQUAtBPS 345

Au viii* siècle, saint Bonnet guérissait les malades en les oignant avec l'huile de la confession de saint Pierre. Un fait non moins prouvé, c'est l'emploi que faisaient les premiers chrétiens de ces fioles, pour recueillir le sang du corps des martyrs (Fio. 44), qu'ils épongalent dans quelques-uns de ces vases. La présence d'épongés a été constatée. Un autre fait de ce genre, observé plusieurs fois et rapporté par le savant Bosio, que sur son témoignage le P. Mabillon a admis sans hésitation (i), a consacré la découverte de quelques-uns de ces vases restés hermétiquement fermés,

où le sang était liquide, mais que sa "■ "*'»^'

surface séreuse obligeait à agiter, pour lui rendre sa couleur naturelle. Il antiqum

est certain que cette coutume, aussi dcUn^» tcamenirduungdd

. -, , . . . martvn, ou de l'huile d«>

pieuse que pénible à constater, a ete i.ni[«.de leuntombum. pratiquée par les chrétiens, ainsi ^<""'"' °'-°7 ""'■ qu'en témoigne le poète ancien dans son hymne sur le martyre du diacre saint Vincent.

< Plerique vestem lineam

« Slillante lingunt sanguine;

« Tutamen ut sacrum suis

I Domi reservent posteris. >

« Beaucoup — de fidèles — teignent une étoffe de Un «( du sang qui coule des veines du martyr. C'est une « protection sacrée qu'ils réservent dans leurs maisons pour « leurs descendants (2). »

r) Ep. EuKb.M.. 4, 1 édil. Dictionnaire Jet AntiiiuiUi ehrélieKnet, abbi Mimnoir. ' ; < L» petit» ampoulK de verre dont août donnont ici le de«tia, >(> part ien Dent i 11

(b) Encolpia, — Il est certain que dès les premiers temps du christianisme, les fidèles dont on connaît non seulement la piété et la vénération pour les ossements des martyrs, mais encore pour les objets qui leur avaient appartenu, se firent de petits vases, de petits coffrets (capsa)^ pour conserver dans la famille, les reliques de ces saints athlètes. Ces reliquaires primitifs étaient pieusement gardés, dans les maisons, comme des objets propres à conjurer les malheurs et à attirer les. bénédictions de Dieu. Il y a plus, les fidèles portaient suspendues à leur cou, nous l'avons dit au chapitre IX*, ces petites custodes, en or et en argent, qui affectaient quelquefois la forme de petits médaillons carrés ou ronds (i).

Les petits reliquaires, de la forme de ceux que nous venons de décrire, ne servaient pas seulement à renfermer quelques parcelles des reliques des saints, mais encore, après l'invention de la Sainte Croix de Notre-Seigneur par sainte Hélène (iv' siècle), à renfermer quelques fragments de ce bois sacré. Ces reliquaires, en raison de leur destination, prirent alors la forme spéciale de la Croix. Au vu* siècle, saint Grégoire-le- Grand avait envoyé une croix de ce genre, contenant un fragment assez considérable du bois sacré à la reine Théodelinde, épouse d'Aritharis, roi des Lombards. Cette croix fut reconnue, en 1246, dans un inventaire du célèbre

(1) Voir le n* 2 des notes de la page i5i, chapitre IX. Saint Jean Chrysostôme mentionne ces écrins portatifs (encolpia), dans plusieurs de ses œuvres, et, en particulier, dans sa XIX* Homélie : De statutis. Sainte Geneviève (432-512), née à Nanterre, Patronne de Paris, qu'elle sauva d'Attila, portait un médaillon de bronze marqué du signe de la croix. Ce médaillon, qui lui avait été donné par saint Germain, évêque d'Auxerre. renfermait des parcelles de reliques. Saint Nicéphore, patriarche de Constantinople, qui vivait vers 806, dans sa réfutation des Iconoclastes, assure que, de son temps, tous les chrétiens portaient, suspendus à leur cou par une chaîne, des « encolpia », sur lesquels on voyait, gravés, le monogramme du Christ, et les mystères de la vie de Notre-Seigneur. Et, ajoute ce saint évSque, c'étaient des objets fabriqués depuis longtemps. Nous savons, par le témoignage de plusieurs savants : Bosio, Aringhi, Ciampini et Bottari, que deux de ces reliquaires ont été trouvés en lôyi, dans des tombeaux du cimetière antique du Vatican. De forme carrée et munis d'une boucle de suspension, ils sont en or, et portent sur l'une de leurs faces, le chrisme accompagné de l'A et de l'w. Les « encolpia ■ de cette époque représentent, ordinairement, la Passion de Notrc-Seigneur Jésus-Christ, ses miracles ou sa résurrection. Ils renferment soit des pages d'iîvangile, soit des parcelles d'ossements des martyrs, soit encore quelques fragments d'étoffe imprégnés de leur sang. (D'après M. l'abbé Marti^y.)

trésor de Monza : « Crux gemmata quœ habei de ligno sanctœ Crucis ». Et dans l'inventaire de 1276 : « Crux regrtt cum gemmis et lapidibus » (i).

Ce n'est point seulement chez le peuple que nous trouvons profondément enracinés, avec le culte des reliques, le goût et Tusage des reliquaires portatifs. Les rois, les évêques, les abbés de monastères avaient trouvé l'ingénieux moyen de ne jamais se séparer des précieuses reliques des saints auxquels ils avaient confiance, en transformant les insignes de leur dignité en de véritables « encolpia ». C'est ainsi qu'à cette lointaine époque, les diadèmes royaux, les mitres épiscopales, les crosses abbatiales portaient souvent quelques parcelles d'ossements sacrés, enchâssés dans des perles, dans des émeraudes ou dans d'autres pierreries montées avec un art consommé (2).

Pendant la période romane, la forme des reliquaires fut très variée. Au xi* siècle on en fit en forme de tour ronde ; au xii* siècle on en vit sous la figure d'un ange portant une corbeille ; au xiii^ siècle on leur donna la silhouette d'un château fort, et même d'une lanterne avec volets, d'une burette, d'un cheval avec son cavalier (3). Au temps des croisades, de pieux et preux chevaliers enchâssaient dans le pommeau de leurépée de vénérables reliques, comme un talisman précieux.

(1) Voir aux piices jastificatiTci n* i8.

(a) Suivant saint Grégoire, il était d'usage, en son temps, de distribuer, en présents, de petites clefs d'or, contenant de la limaille des chaînes de saint Pierre. Childebert, roi de France, en reçut une, envoyée par ce Pape, pour lui servir de préservatif contre tous les maux.

Dans rinventaire du trésor de Monza, en layS, il est fait mention de la couronne des rois lombards, dans laquelle la reine Théodelinde plaça un des clous de la vraie croix. Suivant le « Testament de saint Yrieix publié par M. Akbellot, dans le Bulletin de la Société Archéologique du Limousin ■, il est dit qu'en l'année 573, il y avait, dans l'oratoire de saint Hilaire, une couronne avec une croix faite d'argent doré, enrichie de pierres précieuses, pleine de reliques de saints, et son ornement valant, selon estimation, 100 s., etc.

(3) Cours élémentaire d'Archéologie religieuse, tome II, p. 141, par M. l'abbé Mau.bt.

24^ Chapitre xit

Quelquefois le reliquaire affecte la forme d'un buste (i) représentant le saint ou la sainte dont il contient les reliques ; d'autres fois, il reproduit l'image du saint dont il renferme le chef, ou bien il a la forme du bras, du pied ou de quelque autre partie du corps qu'il contient.

Pour justifier l'originalité de ces diverses sortes de reliquaires nous pourrions en citer de nombreux exemples (2). Nous nous contenterons de faire la description de celui que possède une église de notre région forézienne : le Brasreliquaire de l'église de Veauche (Loire).

(c) Bras-reliquaire de r église de Veauche (Loire). — Ce brasreliquaire dont nous donnons ici le dessin (Fig. 46) est un des rares modèles du genre. C'est une pièce d'orfèvrerie en argent, du plus grand intérêt. Sa hauteur extrême est de o®,5o cent., et sa date d'origine ne saurait, croyons-nous, remonter audelà du xv* siècle. Il contient des reliques de saint Pancrace, patron de la paroisse, de saint Clair, de saint Martin; et nous sommes enclin à le considérer comme le pieux présent de quelque noble bienfaiteur de la localité.

(i) Le riche trésor du monaitère de Saint-Maurice-en-Valais conserve deux reliquaires remarquables en argent repoussé du xi* siècle, en forme de bustes. L'un renferme le chef de saint Victor, soldat de la légion thébaine ; l'autre montre la figure de saint Candide, et il contient aussi son chef. Le buste repose sur un pied carré, orné de la scène de son martyre. Cette dernière pièce d'orfèvrerie présente un intérêt réel par la richesse de ses pierreries, le fini de son exécution, et surtout par l'originalité de la coiffure et du costume carolingiens. (D'après les notes de M. H. Marthoud.)

(2) M. l'abbé Pascal cite un reliquaire que l'on voyait autrefois à Saint-Germain-des-Prés, à Paris, et qui avait la forme de la jambe bardée de fer d'un preux chevalier, (.e reliquaire original contenait le tibia d'un des Saints Innocents.

Le musée de Cluny possède un reliquaire du ziv* siècle, d'origine italienne, mesurant o^.ao cent.de longueur, en cuivre repoussé et doré, ayant renfermé le pied du saint abbé Alard, ainsi que l'indique Tinscription gravée dans le haut : « Qui . entro . cil . piede . di . Santo ,Alardo . abate. »

L'église Saint-NIcolas-du-Port, en Lorraine, possédait un magnifique reliquaire ayant la forme d'un bras. Ce reliquaire admirable contenait un doigt de saint Nicolas, qui avait été donné, en 1087, à une chapelle de cette petite ville, par un seigneur de la contrée. Suivant VArt ornemental, année 1884, n* 72, qui en a publié un dessin : « La relique était « contenue dans un bras supporté par un socle, en or, de forme ovale, et décoré de pierres t gravées antiques, et d'écussons. Les pierres gravées représentaient des sujets mytholo- • giques ou allégoriques. •

Malheureusement, comme tant d'autres merveilles de l'art ancien, cette pièce extraordinaire a été brisée pendant la grande Révolution (1793), et livrée au creuset égalitaire.

D'un travail absolument soigné, et d'une sobre richesse d'ornementation, rehaussée autrefois de pierreries dont il reste fort peu de choses, nous pou%-oas, d'après les trois poinçons et la marque de Lyon dont il est signé, non seulement juger de l'habileté des orfèvres lyonnais, à cette époque, mais encore signaler la lettre initiale gothique > U J> de l'artiste qui l'a exécuté,! etire que nous aurons bientôt l'occasion deretrouver.

Entièrement battu au marteau,cet intéressant reliquaire est repoussé avec un relief bien naturel de forme. La main fermée montre le pouce relevé et orné d'un fort anneau de vermeil, avec chaton carré enrichi d'un gros grenat. Le poignet enveloppé d'un riche tissu à bordure brodée, se dégage de la draperie qui recouvre le reste du bras, et dont la ligne perpendiculaire de jonction est cachée sous une bande bordée de filets torses, avec, au milieu, des """ *^

têtes de clous saillantes. Une reliquaihi en aroikt fine bordure vermeille de

Cootcrvé dini VtgWte it Vcau^'hc tl.oirti.

rinceaux, entre deux cordons

tordus, couronne l'emmanchure. Elle se répète à la base,

sur une élégante moulure bordée, également, d'un fort

26o CHAPITRE XII

cordon torse, et sur laquelle subsiste encore, en relief, un chaton garni d'un grenat. Enfin, au milieu du bras et au revers, une cavité fermée à clef par une petite porte, renferme les reliques. Ces reliques, cependant, apparaissent sur la face à travers un cristal encadré d'une bordure vermeille, chargée de rosaces de même travail.

(d) Les grands Ostensoirs-reliquaires ou Soleils d'orfèvrerie. — Il ne faut pas confondre l'ostensoir qui sert à exposer la sainte Hostie, avec l'ostensoir-reliquaire dont la custode ne garde que des reliques de saints. Malgré la similitude apparente de ces deux objets, les dimensions et la forme variée de la custode du reliquaire^ le feront toujours distinguer de l'ostensoir proprement dit.

Plusieurs auteurs, avec du Gange, appellent indistinctement du nom de « Monsirances » toute variété d'ostensoirs (i), soit qu'ils gardent des reliques de saints, soit qu'ils présentent la sainte Eucharistie. En se plaçant au point de vue de leur destination qui est de montrer « monstrare » des reliques, il est certain que ces auteurs ont quelque raison d'appeler ces ostensoirs, de simples « Monstrances ».

Cependant, nous croyons qu'il est plus juste de se baser, pour la dénomination respective de ces précieux écrins, non sur leur silhouette souvent semblable; non encore sur un usage commun aux uns et aux autres d'être exposés à la vénération des fidèles, mais bien plutôt sur leur destination initiale qui était de renfermer la sainte Hostie, ou même d'importantes reliques.

Dans le premier cas, nous reconnaissons VOstensoir ou Saint-Sacrement proprement dit, et dans le second, le Reliquaire-rayonnant ou Soleil d'orfèvrerie qui l'a inspiré.

(i) «t Monstrantia seu phylacteria, seu arculK in quibus reconduntiir reliquiae àtque d Eucharisfia. » Du Gange : Glossarius lingux latinae.

lequel^ du reste, est toujours connu sous le nom significatif

de : OSTENSOIR-RELIQUAIRE.

L'usage d'exposer alternativement, sur les autel s, l'ostensoir et le reliquaire a non seulement permis aux artistes du moyen âge de déployer plus d'une fois un talent merveilleux, mais encore de donner à ces œuvres exceptionnelles des dimensions extraordinaires. Onena vuatteignant,quelquefois, et dépassant même une hauteur de i"',6o cent., chargées d'une décoration prodigieuse pour les rendre plus visibles, d'où leur nom d'ostensoirs « ostendere montrer ». Un maître de l'orfèvrerie espagnole au xvi* siècle, Don Juan Arphé, met en principe qu'il faut distinguer l'ostensoir à demeure fixe sur l'autel, de l'ostensoir portatif utilisé dans les processions. Nous croyons pouvoir confirmer cette opinion par deux exemples : celui de l'ostensoir de la cathédrale de Barcelone (Espagne), et celui de l'ostensoir de l'église Notre-Dame de Saint-Chamond (Loire).

Le premier est en vermeil et du xv* siècle. Son poids exige la force de huit prêtres pour le porter. Il s'agit bien, ici, dans cette pièce extraordinaire, d'un ostensoir et non d'un reliquaire, sur lequel est ménagée une réserve pour contenir la sainte Hostie, indiquée, d'ailleurs, par un petit calice sur lequel apparaît l'image (i).

L'autre ostensoir mérite d'être signalé parmi les travaux d'art du xix* siècle. C'est une oeuvre monumentale en bronze doré, qui après avoir figuré à l'Exposition de Paris, en i855, et y avoir été très remarquée, fut acquise par la paroisse

(i) Une semblable disposition existe dans le célèbre ostensoir du xvi« siècle, de Daniel Hopfer, où sous un portique deux anges agenouillés soutiennent une hostie, au-dessus du calice. Cette ccuvre remarquable, par son aspect architectural et les scènes qu'elle représente, est d'une exécution qui fait songer au goût un peu lourd de l'art allemand k cette époque.

Il n'est guère possible de rencontrer beaucoup d'œuvres de ce genre comparables au célèbre ostensoir de Bélem, attribué au Portugais Gil Vicente (1470-1536 environ). C'est une de ces merveilles qui, à elles seules, suffisent à la réputation d'un artiste. D'une richesse inouïe, la belle composition de cet ostensoir est à remarquer à cause de l'heureuse disposition d'une lunule centrale, pour abriter l'hostie qu'entourent les figures des douze apôtres agenouilles en adoration.

Notre-Dame, à Saint-Chamond (Loire), où Ton vient fréquemment Tadmirer.

Malgré son caractère bien défini, VOstensoir-reliquaire^ ou Soleil (f orfèvrerie^ revêt diverses formes. Ainsi, on le trouve quelquefois dominé, dans son œuvre principale, par une figure sainte environnée d'une gloire rayonnante. D'autres fois il apparait sous la forme d'un tryptique de métal ouvragé, monté sur pied. La partie médiale de ce tryptique contient la custode pour les reliques, et sur des ailes latérales découpées, ciselées, ou gravées, se montrent de saints personnages abrités sous des arceaux gothiques. Ce genre de reliquaire est celui où l'orfèvre semble avoir le plus vaste champ pour mettre en évidence les richesses de son génie, et la forme d'édifice ogival qu'il donne souvent à ces reliquaires, est celle qu'il peut traiter avec le plus de magnificence. Alors, l'œuvre de l'artiste devient une église gothique en miniature, avec pinacles pour recevoir Timage des bienheureux dont elle garde les reliques, avec flèche élancée surmontée, comme signe distinctif, d'un petit « soleil » de métal doré (i).

(e) Ostensoirs-reliquaires ou « Soleils d'orfeifrerie » de l'église Saint-Rambert-en-Forez.

Notre vieille église conserve deux ostensoirs reliquaires ou soleils d'orfèvrerie. Le premier, le plus important des deux, est en cuivre argenté et repoussé au marteau. Il a la forme d'une croix rayonnante, montée sur un pied dont la base rectangulaire mesure, sur ses grands côtés, un peu plus de o", 1 1 cent., et seulement o",09 cent, environ, sur les petits côtés. Les bras de la croix donnent une envergure de o",i4 cent, et la hauteur totale de cet intéressant reliquaire est de o™,3o cent. L'ornementation en est simple, et l'œuvre semble ne pas

(i) C'est sans doute à* ce détail significatif que ces reliquaires doivent d'être nommés: tt Soleils d'orfèvrerie » par les anciens, et dont le xviii* siècle s'inspira pour modifier complètement l'ostensoir ou • Saint-Sacrement ». C'est depuis cette transformation que nous avons les « Soleils rayonnants » sur lesquels apparaissent, tour à tour, des tètes de chérubins, des images symboliques d'épis de blé et de grappes de raisins.

Les chasses et reliquaires 2d5

remonter au-delà du xvii* siècle. La lunule de cristal ménagée au centre de la croix, et dont le diamètre n'est que de o",o3 cent., a montré depuis 1804 jusqu'en i863, un petit 0^, extrait du lot des reliques de saint Rambert, intitulé : « ossicula manuum et pedum ».

Mais, depuis l'année i863, le petit ossement transféré dans la grande châsse, a été remplacé par une parcelle du bois sacré de la vraie croix. On vénère aujourd'hui avec piété, dans notre église, cette précieuse relique (i).

L'autre ostensoir reliquaire est de plus petite dimension. Sa hauteur totale atteint environ o™,i3 cent., et les rayons de son soleil ne se développent que sur un diamètre de o",27 cent. Cette œuvre est en bois sculpté, et nous paraît appartenir au xvii^ siècle. Elle est très simplement exécutée, se compose d'un pied prismatique avec tige en forme de cœur allongé, avec la disposition archaïque d'un soleil surmonté d'une petite croix^ mais dont les rayons sont des pétales arrondis (FiG. 46 n** i).

(f) Les Reliquaires sur pied sont les petits <( présentoirs » « ou processionnels » que les prêtres offrent à la vénération des fidèles ; ou encore les reliquaires que l'on portait dans les processions solennelles de .la fête des saints patrons et protecteurs. Ces (c présentoirs » ne renferment, généralement, que des fragments de reliques.

C'était, à proprement parler, de petits reliquaires que leurs dimensions réduites permettaient de porter à la main, et de déposer sur un autel.

Reliquaire sur pied de l'église Saint^Rambert-en'Fore:{, — Ce reliquaire, en cuivre argenté, et monté sur un pied gravé, est de style Louis XI IL Sa custode rectangulaire est garnie, sur le devant, d'un cristal. Elle n'est pas saillante, n'a qu'une

(1) C'est M* te chanoiàe'^archiprctrc Subtil qui fît U translation de ce petit ossement de saint Rambert, dans un autre reliquaire en mfime mctal, de forme carrée et de style ancien quelque peu roman, et dont nous parlerons aux pages suiTantes.

face à pans coupés et gravés. La hauteur totale de l'œuvre est de o^^SS cent. Ce reliquaire intéressant contient des parcelles de reliques des saints Rambert, Côme, Tranquiltin, Fortunat et Vincent, martyrs (Fig. 46 n° 2).

KBLIQUAIRES CONSERVÉS DANS l'ÉGLISE SAINT -RAUBERT- EN -FOREZ

1. -^ Pelil OsIcHtoir-reliqualre ta bois >culpt6 du xvii' liicle; contcoaDl une r<liqu« de

«rgenté (époque de Louij XIII) i ci

èclc ; coalieol do reliques

(g) Les Monstrances. — La « monsirance » servait à montrer aux tîdcles, par une exposition spéciale, les reliques d'un saint, au jour anniversaire de sa fête. La forme des monstrances est très variée. Elles sont cependant, et en général, montéessur unpiedetseterminentdans leur partie supérieure

en une custode élevée, tantôt ronde, tantôt carrée, quelquefois rectangulaire, affectant, d*autres fois, la forme de la relique qu'elles sont destinées à conserver ; et toujours fermées par un cristal qui permet d'apercevoir les reliques, tandis que leur sommet est fait d'un petit couvercle surmonté d'une croix. Les (( monsirances ï> peuvent aussi être considérées comme une réduction de la châsse.

Dans la catégorie des petits reliquaires sur pied, dont le genre est si varié, nous l'avons dit, la « monstrance » occupe un rang spécial que sa forme particulière distinguera toujours. Or, la forme la plus ordinaire de la « monstrance » est celle d'une custode ou boîte de métal richement montée pour recevoir des reliques, et supportée ordinairement par un pied souvent très ouvragé.

Le trésor de l'église Saint-Maurice-en- Valais conserve une « monstrance » où l'on vénère une épine de la couronne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, relique sacro-sainte qui lui fut donnée par saint Louis, roi de France, en 1262 (i).

(1) L'histoire nous apprend que le roi Louis IX obtint de pouvoir racheter la Sainte couronne d'épines des mains des Vénitiens auxquels Beaudoin II, empereur de Constantinople, l'avait abandonnée avec d'autres précieuses reliques, en gage d'un emprunt considérable. A l'arrivée, en France, de ce dépôt sacré, le saint roi se rendit à Villeneuvc- TArchevèque pour le recevoir solennellement (i8 août laSç).

Cette insigne relique, transportée à Paris par le roi lui-même, fut déposée provisoirement dans le monastère de Saint-Antoinc-des-Champs, et. plus tard, devint le joyau de la Sainte- Chapelle. La couronne d'épines que l'on vénère encore de nos jours est dépourvue de la plupart de ses épines, qui sont allées enrichir le trésor de plusieurs églises, notamment de l'église de l'antique abbaye Saint-Maurice-d'Agaune-en-Valais, de la basilique Saint- Saturnin, à Tonloase, en6n, de l'antique basilique Notre-Dame du Puy en Velay.

Cette basilique, célèbre entre toutes, par les nombreux pèlerinages que nos rois et nos pootifes ont faits, en tout temps, à son sanctuaire privilégié, pourrait encore témoigner des pieuses largesses dont ils ont enrichi son trésor.

Mais de toutes celles qui ont pu en accroître l'importance, et dont l'un de ses plus grands évèques, Jean de Bourbon, prieur de Saint-Rambert-en-Forez, malgré sa munificence extraordinaire, n'aurait pu égaler l'excessive richesse, consistait en une sainte épine de l'incomparable couronne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, donnée également par Saint Louis.

Cachée, pendant les troubles de la Révolution de lyçS, par une pieuse fille, elle ne devait pas faire retour au Puy ; c'est par un singulier concours de circonstances qu'elle vint, plus tard, enrichir l'église Notre-Dame, à Saint-Etienne-de-Furan, où elle est toujours en grande vénération, particulièrement le jour de la fétc de l'Exaltation de la Sainte-Croix.

Nous donnons, dans la figure de la page suivante, le fac-similé de la lettre que saint Louis écrivit aux chanoines et aux chapelains de Notre>Dame du Puy, lors de l'envoi qu'il fit, à leur église, de la sainte épine. Nous croyons que cette lettre précieuse est un document jusque-là inédit. (Fie. 47.)

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Mais voici deux « monstrances » qui intéresseront le lecteur.

Monstrances de l'église Saint-Rambert en Fore^. — La première est une pièce d'orfèvrerie assezcurieuse {Fig. 48) qui nous paraît remonter au xv" siècle.

Selon toute vraisemblance, elle fut un don du pieux Jean de Bourbon, évêque du Puy - en - Velay , et Prieur du monastère de Saini-Rambert, où il termina ses jours, en 1485 (i). Cette ff monstrance » est en argent avec parties en vermeil ; sa forme et son exécution lui donnent un cachet particulier. Son poinçon, marqué de l'initiale «pu couronné, permet, par sa similitude avec celui que nous avons trouvé sur le « bras-reliquaire » de Veauche, de l'attribuer au même artiste.

Nous y reconnais-

MONITRANCE DU XV' uiCLE

tan tttribuf ■ TéDJrtbIt JciD de BourboD. pour l'igliM prionlc Sunl-Rimbcn. Ct reliquaire, en «rgcnt polnçoDDt Cl mi-pirtic dort, traviillt au martou, d'uni hau[iar de o-, 14 cent., ■ été découveneo 1B97, par M. l'arehiprtlre curi de la piroiua.

<i) JciD de Bourbon, fils naturel i d'Anvargnc, comte de For», etc., fut éi de SaiDt-Ramben.cn-Forei(l46S).ït m

cm ]■■ de Bourbon, duc de Bourbannaii et e du Puy-en-Velay (1443), prieur du Prieur* Il dani ledit Prieuré, le 1 décMnbre i4tji.

sons, en effet, la même habileté d'exécution, le même procédé de travail. Complètement façonnée au marteau, cette « monstrance » a certaines parties en vermeil, rapportées, découpées et gravées avec beaucoup d'art. Sur son pied rectangulaire, remplacement vide d*un écusson laisse facilement deviner les armes absentes du noble donateur. Près du nœud godronné qui orne le milieu du pied, apparaissent les traces de soudure de plusieurs cabochons disparus. La custode, très gracieuse, est rectangulaire, avec parois découpées dans le goût gothique. Au milieu de ces parois, et sur chacune des deux principales faces, une lunule arrondie permet de montrer les reliques. Aux quatre angles, d'élégants contreforts gothiques en vermeil, reçoivent une fine dentelle en bordure de couronnement, que termine un couvercle prismatique monté sur charnières et orné d'une croix (Fig. 48).

L'autre ce monstrance » du trésor denotre église est plu s petite. Elle est faite d'un bois bronzé dans le style du xvii* siècle. Montée sur un pied tourné en forme de balustre, sa custode, qui se développe sur o°*,io cent, de longueur, est rectangulaire et garnie, aussi sur le devant, d'un cristal au travers duquel on voyait, jadis, les reliques de saint Vincent et de saint Fortunat, martyrs. Les deux petits côtés de cette œuvre modeste portent une fleur de lys, fixée en pointe, et son sommet est terminé par une petite croix. La hauteur totale de cette « monstrance » ne dépasse pas o™,2i cent. (Fig. 46 n** 3).

On voit encore, dans le trésor de notre vieille église, deux grands reliquaires en cuivre doré, montés sur pied, avec custodes très bien décorées et d'un excellent effet, mais modernes. Ces deux reliquaires contiennent, l'un : les reliques des saints Jean-Baptiste, Précurseur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Irénée, évêque et martyr, Just, aussi évêque et martyr, Tranquillin, martyr, et Roch, confesseur. L'autre : les reliques des saints Côme, Urbin, Vincent, Fortunat et Caste, martyrs.

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