A TRAVERS LES SIECLES
Nous avons prouvé au chapitre VIP, tant par la tradition que par les textes de l'ancien office de saint Rambert, que le culte de cet illustre martyr fut, dès les premiers temps delà translation de ses reliques, en grand honneur dans la région du Forez qui avoisine la petite cité de Saint-Rambert. Nous avons dit que de nombreux pèlerins, attirés par les miracles opérés près de la châsse du Saint, venaient sans cesse lui demander des faveurs, et que personne ne s'en allait sans avoir obtenu quelques grâces.
Mais, pendant combien de siècles le culte de saint Rambert fut-il en honneur dans notre chère paroisse?
L-affluence des pèlerins autour de la châsse de notre illustre et saint Patron se perpétua-t-elle, pendant le moyen âge, jusqu*aux jours néfastes du grand cataclysme de 1793? Et la dévotion à ses chères reliques provoqua-t-elle, à travers les siècles, de nombreux et éclatants prodiges?
Sur ces trois points intéressants nous n'avons pu, malgré nos longues et actives recherches, recueillir aucun de ces documents précis dont l'existence fixe clairement la vérité.
Toutefois, d'après une tradition populaire très accréditée dans le pays, nous osons dire, sans trop nous aventurer, que depuis les beaux jours de leur translation jusqu'aux temps malheureux de la grande Révolution (1793), les reliques de saint Rambert furent entourées de la plus grande vénération par les fidèles de notre chrétienne cité.
Chaque année, principalement aux trois fêtes qui leur étaient consacrées, ces reliques insignes voyaient une grande affluence de fidèles agenouillés auprès de leur châsse, plus célèbre alors par le bruit des miracles que par Téclat de Tor. Nous ferons remarquer, en effet : i"* que le Bréviaire où sont contenus l'office de la fête de saint Rambert et celui de la fête de la Translation de ses reliques, renferme aussi l'office de la Fête des miracles; 2^ que, de tout temps, d'après le même Bréviaire, et d'après les Livres de Distributions manuelles du Chapitre des chanoines de Saint -Rambert^ aux xvi*, xvii' et xviii* siècles (i), les trois fêtes suivantes se célébraient à la suite l'une de l'autre, dans l'église priorale, savoir : la fête de la Translation des reliques, le 3 octobre ; la fête de la Dédicace de l'Eglise du prieuré, le 4 octobre ; et la fête des miracles de saint Rambert, le 5 octobre.
D'où il ressort que, si dans l'église de notre ancien Prieuré l'on établit, à une certaine époque (2), la Fête des miracles de saint Rambert^ c'est bien qu'assurément les prodiges se multipliaient autour de la châsse de l'illustre martyr.
(i) Livre des Distributions manuelles du Chap. de l'Eglise collégiale de Saint- Rambert. {Archives de la Loire, Fonds de Saint-Rauibert.)
Ces Livres manuscrits contiennent pendant plusieurs siècles, outre les distributions d'honoraires aux chanoines, pour assistance aux offices, l'ordre des fêtes de l'année.
(3) Et certainement bien avant le xvi* siècle, puisque les livres des Distributions manuelles lont déjà mention de cette fête des Miracles, à l'époque de la sécularisation du monastère, vers 1541* comme d'une fête ancienne.
C'est bien, aussi, que la reconnaissance de ses iidè)es serviteurs, comblés et de grâces et de faveurs, réclamait le temps et les moyens de se manifester avec éclat.
En effet, l'Eglise dans sa haute sagesse n'établit aucune fête en l'honneur des saints, qu'elle n'ait, pour cela, de sérieux motifs, et qu'elle n'y soit contrainte, en quelque sorte, par l'éclat des vertus des serviteurs de Dieu; ou encore qu'elle ne trouve, dans ces fêtes, un moyen d'exciter la foi des populations et de les retenir dans le devoir.
D'ailleurs, dans la succession non interrompue des trois fêtes que nous venons de nommer, et dont la célébration avait lieu jusqu'aux derniers jours du xviii* siècle, les 3*, 4** et 5* jours d'octobre, ne faudrait-il pas voir le désir de l'Eglise de donner une large satisfaction à la piété des pèlerins reconnaissants envers saint Rambert thaumaturge ? Un seul jour pour témoigner leur gratitude à leur généreux bienfaiteur, un seul jour pour faire éclater les transports de leur joie, eût été trop peu. Il leur fallait les heures bénies de trois grandes journées, la magnificence des cérémonies, les chants et les prières de trois fêtes, pour redire à l'illustre Protecteur l'hymne de la reconnaissance et de Tamour.
Voilà pourquoi nous ne craignons pas d'afl&rmer que, pendant le long espace de sept siècles (1078-1793), notre vieille église fut témoin d'un grand nombre de prodiges opérés par l'intercession de son illustre Patron, et que pendant sept siècles elle vit les pèlerins, évêques, prêtres et fidèles, afiluer dans son enceinte, pour s'y agenouiller auprès des ossements sacrés de notre bienheureux martyr (i).
On pourrait peut-être objecter aux preuves que nous venons de donner sur la vérité des miracles opérés par saint
(i) A la date du 12 [uia 1662, l'archevêque de Lyon, Mgr Camille de Neuville de Villeroy, faisant aussi sa visite pastorale, en laisse un procès-verbal dans lequel nous lisons : « Sur le raaitre^utel, il y a une châsse de bois doré, où sont les reliques de saint Rambert « et de saint Domitien que nous avons aussy vénérées. »
Rambert, dans le cours des siècles, et sur l'affluence des pèlerins à sa châsse vénérable, ce texte des actes du
martyr : « Bien que les miracles paraissent cesser
aujourd'hui (i). » Mais ce texte, qui porterait à croire que les cendres de notre cher Saint sont, depuis bien longtemps, comme une terre stérile et inféconde, nous paraît en réalité, tout au plus faire allusion à une fréquence moins grande de faits miraculeux, sans en nier, pour cela, l'existence et la continuation.
Du reste, tout en reconnaissant une certaine rareté de miracles autour de la châsse du bienheureux thaumaturge, conséquence non de son impuissance auprès de Dieu, mais de Ténormité de nos péchés, nous allons montrer avec des preuves irrécusables que les dévots serviteurs n'ont pas manqué à saint Rambert dans le cours des siècles, et partant que son culte aimé n'a jamais cessé d'être en honneur dans notre région forézienne.
Les documents sur lesquels nous nous appuyons pour prouver notre thèse ne sont pas autres que les legs pieux faits, à titre de reconnaissance, à diverses époques, par des testateurs de toute condition, au profit de l'autel et du luminaire de saint Rambert. Ces documents, tirés de l'Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 17 go (2), sont de nature à mettre de notre côté les esprits qui hésiteraient encore à donner au culte de notre illustre Patron, la notoriété et l'efficacité que nous lui avons attribuées pendant tout le moyen âge .
(i) Actes du Martyre de saint Rambert. (Fonds BoUandistes, fête le i3 juin.)
(2) Par Aug. CHAVKtoKOiER, tome II, Archives civiles^ série B., n** i583 à 1906, année 1888.