‹ Histoire religieuse et civile de Saint-Rambert en ForezChapitre 55 sur 119 · A DIVERSES ÉPOQUES · texte numérisé non relu

A DIVERSES ÉPOQUES

« L'Histoire Ecclésiastique, dit le savant auteur des Archives a de Belley (i), offre à notre admiration le zèle des premiers c< chrétiens à recueillir les actes des Martyrs, et tous les faits « qui pouvaient constater Tauthenticité de leurs dépouilles « mortelles. Leurs vertus, leur courage, leur genre de mort, <c les miracles qui s'opéraient à leur tombeau, leurs panégy- <( riques, tout était fidèlement enregistré. La lecture de ces « livres sacrés fortifiait la foi des fidèles, et les animait à la « défense de la cause pour laquelle les Martyrs avaient <c souffert. »

Malheureusement, le feu des persécutions allumé par la haine du nom chrétien détruisit ces annales précieuses des confesseurs de la foi, aux premiers siècles de l'Eglise.

(i) M. Depbry, vÎMire général de Bclley. auteur de Y Histoire hagiologique du diocèse de Beliey, tS3 5.

Plus tard, lorsque la mort eut eu raison des tyrans et des persécuteurs, les serviteurs de Dieu ne trouvant plus l'occasion de verser leur sang pour Jésus-Christ, voulurent cependant lui consacrer les heures d'une vie d'héroïques vertus. Aussi se bâtirent-ils, d'abord, des cellules dans les lieux les plus retirés du monde, pour y vivre dans la solitude et la pénitence; et ensuite des monastères, où vivant ensemble ils s'adonnaient à un nouveau genre de martyre : celui des austérités corporelles les plus rudes, et des mortifications spirituelles les plus austères.

Or, ces maisons de prières ferventes et de fortes vertus, ces monastères, soit qu'ils abritassent des disciples de saint Benoît ou de saint Bruno ; soit qu'ils donnassent asile à des fils de saint Bernard ou de saint François d'Assise, ces monuments, en un mot, véritables sanctuaires de la sainteté, périrent encore en grande partie, les uns par la torche incendiaire des barbares, les autres par le pic destructeur des protestants ou le marteau haineux de la Convention.

De sorte qu'ils sont rares de nos jours, les monuments fidèles gardiens de la mémoire des saints ; rares sont les reliques insignes, les procès-verbaux qui en constatent l'authenticité; rares les actes qui rappellent leurs vertus et les miracles opérés par leurs restes sacrés; rares enfin les parchemins qui font mention de leur translation.

Voilà pourquoi nous ne pouvons pas offrir à nos lecteurs le plaisir de lire les détails intéressants des Reconnaissances de nos chères reliques, avant le xvii* siècle.

Il n'est pas douteux qu'elles aient été maintes fois visitées et reconnues canoniquement par l'autorité archiépiscopale du xii** au xvi' siècle; mais comme tant d'autres pages pleines des événements de ces temps reculés, les annales concernant ces visites se sont perdues, pendant la Révolution qui couvrit la France de cendres et de ruines, au siècle dernier.

La première fois qu'il est fait mention d'une visite pastorale

dans Téglise Saint-Rambert, d'après les documents échappés au vandalisme de Thérésie et de l'impiété, c'est en l'année 1468. Encore, cette visite ordonnée par le Cardinal de Bourbon (i) et dont fut chargé son délégué et suffragant, Etienne de Chassaigny (2), ne fait-elle pas mention spéciale de nos insignes reliques.

Le texte de cette visite (3) dont nous parlerons plus au long, en son lieu, est d'une brièveté désolante. Et, quand on voit le délégué de l'éminent Cardinal de Bourbon (4) résumer toutes ses investigations au prieuré et à l'église Saint- Rambert en ces quatre mots, d'un laconisme extrême : a Omnia ibidem bene siant y> : « Là, toutes choses sont en parfait état d, on est tenté de se demander si Etienne de Chassaigny s'est bien explicitement acquitté de la mission qui lui avait été confiée (5).

Il a certainement vu, dans sa visite, la châsse d'or entourée de lumières, et montrant au peuple les sacrés ossements de saint Rambert. Il l'a vue, il l'a certainement vénérée, et cependant, il n'y fait pas la moindre allusion.

Toutefois, que le lecteur se console de ce silence, nous allons nous en servir pour établir notre thèse sur l'existence,

(1) Charles II de Bourbon, archevêque de Lyoo, cardinal, 1447- 1488.

(3) La Gallia Ckristiana écrit, page 369 : Partie de la Métropole de Lyon et Vienne: Etienne de la Chatsaigne.

(3) Elle eut Heu le 8 mai 1468, d'après le Manuscrit f> i5, n« 5S39 du fonds latin de la Bibliothèque nationale.

(4) Archevêque de Lyon, 1447 à 1488.

(5) Voici le texte de la visite faite en l'église de Saint-Ram bert le 8 mai 1468 par Mgr Etienne de Chassaigny, délégué par le cardinal Charles de Bourbon :

Apud Sanctum Ragnebertum. Die octavà mensis predicte Maii, domtni visitatores advenerunt ad sanctum Ragnebertum pro visitando prioratum conventualem dicti loci, et ecclesiam parrochialem ubi religiosi dicti prioratûs venerunt ipsi dominis obviàm processionaliter, et receperunt ipsos dominos canonice et débite, et quia omnia ibidem bene stant in prioratu, nihil fiiit injunctum.

Apud ecclesiam parrochialem dicti loci, paviatur aut Caronetur Capella dicte ecclesitc, in quà sunt fontes baptismales. Solverunt expensas dominorum.

et le parfait état des reliques de notre illustre Patron, à cette lointaine époque.

Or, voilà le raisonnement que nous faisons pour prouver ce que nous avançons. Le manuscrit qui contient, rédigés en latin, les procès-verbaux des visites faites, au milieu du xv* siècle, par les mandataires de Tarchevêque de Lyon dans près de huit cents églises ou chapelles relevant de sa juridiction, est un document conçu sur un plan très restreint et composé, nous l'avons dit déjà, avec un laconisme absolument regrettable. L'ensemble des faits qui s'y trouvent exposés n'est guère qu'une sèche nomenclature, ayant trait à des réparations d'immeubles et d'objets mobiliers, suivie de la désignation et de la nomination des luminiers de chaque paroisse (i).

Si notre vieille châsse des reliques de saint Rambert, objet mobilier de l'église conventuelle du prieuré, eût été en mauvais état, assurément Etienne de Chassaigny aurait donné ce détail dans l'exposé succinct de sa visite. Il n'en parle pas. Donc la châsse était en parfait état de conservation et gardait religieusement son trésor de reliques.

A ceux qui se réclameraient du silence d'Etienne de Chassaigny, pour objecter que les reliques de saint Rambert avaient alors disparu, depuis longtemps, de l'église du Prieuré, • sinon même, pour prétendre que ces reliques n'ont jamais existé, nous répondrions : — Non. La châsse n^avait point disparu, et les ossements précieux de saint Rambert étaient encore vénérés à Saint-Rambert en 1468, puisqu'en 1447, à peine vingt ans auparavant, Pierre Reynod de MontJaunier faisait un legs au luminaire de saint Rambert, c'est-à-dire aux Reliques de cet illustre Martyr, au profit desquelles, déjà, en 1424 et le 11 mai, honnête homme Jean Bicieu avait légué

(i) Notes tirées de la préfq^e du tome XI* du Recueil des Mémoires et Documents sur le Forent publié par la Société de la Diana iBgb, page xxxiii.

une asnée d'huile, pour être répartie dans les lampes suspendues autour (i); puisqu'enfin nous savons qu'en i625 les mêmes reliques furent visitées et reconnues authentiques, comme nous allons le raconter.

En effet, le 29 septembre de cette même année j 625 (2), « les « Reliques de saint Rambert et de saint Domitien ont été « visitées par le R. P. Jésuite Pierre-François ChifiBet, venu « de la part de Messire le Comte de Vernes (3), alors prieur c( de Saint-Rambert (4). »

Ces lignes dont nous regrettons encore la brièveté ne suffiraient pas cependant à prouver l'authenticité du trésor renfermé dans la Châsse de notre illustre Patron, si nous n'avions plusieurs autres titres importants à présenter au lecteur. Le premier (5), daté du cinquième Jour de juin 1 708, nous apprend que les reliques furent visitées, à la réquisition de MM. les Chanoines du Chapitre de TEglise Collégiale par M. Pactier, archiprêtre de Montbrison, en présence du Chapitre, du Curé, des Marguilliers et des officiers de Saint- Rambert (6). Le procès-verbal de cette visite est signé de MM. JuUien, sacristain; David, curé; David, procureur d'office, et de six autres chanoines : MM. David, Delafuste, Relogue, Gérentet, Carrier et Jacquette. Et la seconde pièce probante est le procès-verbal de la visite faite aux Reliques, en 1 7 1 8, par Mgr François Paul de Neuville de Villeroy. Nous allons en parler.

(i) Voir d-deuttt, chapitre XIII% la nomenclature des legs au profit des Reliques de saint Rambert.

(3) Document conservé aux Archive» paroissiales,

(3) Le comte de Vernes lut prieur de Saint-Rambert, en i^sSi sous Tépiscopat de Mgr de Marquemont, qui fut archcTèque de Lyon, de 1 613 à 1636.

(4) Archives paroissiales.

(5) Voir les pièces justificatives n* 19, à la fin du volume.

(6) M. l'archiprêtre de Montbrison était alors délégué par Mgr Claude II de Saint- Georges, archevêque de Lyon ( 1693- 1714);

Quelques années auparavant, c'est-à-dire en l'année 1662, et le 12 juin, Mgr Camille de Neuville de Villeroy faisant sa tournée pastorale s'était bien arrêté à Saint-Rambert et avait bien vénéré, il est vrai, dans notre église, et sur le grand autel où elle était placée, la châsse de bois doré contenant les Reliques de saint Rambert et de saint Domitien (i), mais n'en avait point fait l'ouverture.

Disons en passant que le premier titre nous révèle un pieux larcin fait, au détriment des insignes reliques, par ceux-là mêmes qui en vinrent constater l'authenticité ; larcin très regrettable que la plus fervente dévotion envers saint Rambert n'excuserait pas, si nous ne lisions, au bas des lignes que nous allons citer textuellement, le nom de Mgr Claude II de Saint-Georges, archevêque de Lyon, ayant tout pouvoir.

« Nous, Archevêque et Comte de Lyon, pour satisfaire à <c notre dévotion, et à celle de nos vicaires généraux et autres ce vénérables personnages qui nous accompagnaient, et en « vertu du pouvoir que nous en avons, nous déclarons avoir « ôté de ladite châsse, les parties des reliques suivantes :

(c Une vertèbre, six côtes, une grosse dent, un petit os du « doigt de la main (2). »

Dix ans plus tard, le 3 octobre 171 8, Mgr François-Paul de Neuville de Villeroy (3), Archevêque et Comte de Lyon, prieur de Saint-Rambert, voulut aussi satisfaire à sa dévotion, en faisant ouvrir la châsse de saint Rambert pour vénérer les reliques de cet illustre martyr, d'une manière plus solennelle. Le procès-verbal de cette visite est notre 2* titre.

(t) Procèt-Terbal de la TÎsite de Mgr Camille de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon, i653-i6<)3. {Archives du Rhône. Fonds de Saint-Rambert-rile-Barbe.) Une des pièces obligeamment communiquées par M. Paul Richard, l'érudit chercheur.

{2) Archives paroissiales» Mgr Claude de Saint-Georges, Arch., 1693-1714^

(3) Mgr François-Paul de Neuville de Villeroy fut archevêque de Lyon, de 1714 à lySi. C'était le neveu de Mgr Camille de Neuville, archevêque de Lyon, de i653 à 1693.

Le lecteur s'étonnera peut-être de ces visites de notre châsse à de si courts intervalles. Car, dans ToTdre ordinaire des choses, les reconnaissances d'authenticité de reliques sont rares. L*autorité ecclésiastique a toujours procédé avec prudence, dans cet usage de son droit ; et en parcourant les annales diocésaines contenant les visites pastorales de nos Seigneurs les Archevêques, on constate que ces reconnaissances ne se font pas ordinairement plusieurs fois dans Tespçice d'un siècle.

Que penser donc de ces reconnaissances de nos saintes reliques à deux intervalles si rapprochés ?

Notre conviction est que la notoriété des insignes reliques de saint Rambert, la renommée des miracles opérés par elles donnaient, à tous, Tenvie de les voir, de les vénérer, et finalement d'en posséder quelques parcelles.

On comprend maintenant que Mgr de Neuville, bien qu'il connût le procès-verbal constatant la visite de la châsse, dix années auparavant, par son éminent prédécesseur, Mgr de Saint-Georges, désirât, lui aussi, voir de ses yeux, des ossements dont la sainteté, la puissance et la célébrité étaient partout en si grand honneur;

C'est pourquoi, la quatrième année de son avènement au siège archiépiscopal du grand diocèse de Lyon, étant en tournée pastorale, il s'arrêta dans sa bonne et chère ville de Saint- Rambert, et pour satisfaire à sa dévotion, fit l'ouverture de la châsse où étaient renfermées les reliques de notre Saint (i).

« Nous l'avons trouvée, dit le procès-verbal, fermée à trois ce clefs ; et, après ladite ouverture faite, nous avons vénéré c( ces précieuses reliques, et nous les avons visitées pièce à « pièce. Nous les avons trouvées bien enveloppées en dix-

(t) Voir aux pièces jastificatiTcs, n* 20,

« huit paquets, que nous avons tous ouverts et visitez, et « avons trouvé toutes les parties mentionnées dans Tinven- « taire que nous joignons icy, entières et très bien conservez. <c En foy de quoy, nous avons fait dresser ce procèz- verbal, « en présence de nos vicaires généraux et autres notables « personnages, qui nous accompagnent dans nos visites, (c dont nous faisons mettre, icy, les noms et qualitez « vénérables. »

Comme le procès-verbal dont il s'agit ici a une réelle importance, le lecteur doit le connaître dans tous ses détails. Pour avoir une idée juste et précise de la valeur authentique du document, nous en continuons donc la transcription par la nomenclature des témoins présents à l'ouverture de la châsse :

« Furent présents : Messire Léonard de la Croix, prêtre a docteur en Sorbonne, abbé de Saint-Julien de Tours, (c chapelain de Sa Majesté, obéancier deSaint*Just de Lyon, « notre vicaire général; M''*Paul Cohade, prêtre docteur de c( la Maison et Société de Sorbonne, notre vicaire général « des Religieuses; M'* François de Rochefort, prêtre prévôt et « curé de l'Eglise collégiale et paroissiale d'Enay de Lyon ; « M" Nicolas Navarre, prêtre docteur de Sorbonne, notre « promoteur général substitué ; M" Jean Picheret, prêtre (c supérieur de la Congrégation des Missionnaires de Saintce Joseph ; M" Laurent Boyer,curé archiprêtrede Saint-Etienne fic et des sieurs sacristains et chanoines dudit lieu (i).

ce Donné à Saint- Rambert le jour et an que dessus, et ont <r signez les dits sieurs mentionnez, ainsy signé, l'archevêque « de Lyon, prieur de Saint-Rambert, etc.. (2) » — 3* titre.

(i) Les chanoines de l'époque étaient : M'» JuUieo, sacristain, Carrier aîné, Carrier jeune, Dubois, Relogue, Thévenet, Escalle, Roche, De Lugny, Gérentet.

(a) Nous avons conservé à ce document le style et l'orthographe que nous lui avons trouvés.

Nous venons de lire que Sa Grandeur Mgr de Neuville de Villeroy trouva, dans la châsse qu'il visitait, dix-huit paquets contenant les reliques entières et bien conservées.

Or, voici l'inventaire qu'il en fit, sous les yeux des personnages notables qui l'accompagnaient.

Nous transcrivons la pièce telle que nous l'avons trouvée, dans nos archives paroissiales.

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