INTRODUCTION
Les actes du martyre de saint Polycarpe, évêque de Smyrne (169), ne nous laissent aucun doute sur le culte des premiers chrétiens pour les reliques, a Le démon n'a épargné aucun effort pour que nous ne puissions emporter les reliques de Polycarpe, quoique plusieurs en eussent le désir, afin de prier vers son saint corps. Cependant, nous avons enlevé les os de Polycarpe, plus précieux que Tor et les pierreries, et nous les avons déposés où il convient. Assemblés dans ce même lieu. Dieu nous fera la grâce de célébrer le jour de sa naissance à la gloire par le martyre, soit pour honorer le souvenir de ceux qui ont souffert, soit pour nous animer nous-mêmes par l'exemple de leur zèle et de leur courage, »
Quelques menus faits, pris au hasard dans rhistoire de la primitive Eglise, nous peuvent faire comprendre aussi combien, parmi les premiers chrétiens, fut rapide et universel le culte des reliques.
Julien, dans ses livres contre les chrétiens, avoue qu'avant même la mort de saint Jean, les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul étaient déjà honorés. — En Tan 258, le pape saint Sixte transporta aux catacombes, et avec grande solennité, les corps de saint Pierre et de saint Paul. — Les Carthaginois trempèrent des linges dans le sang de saint Cyprien, martyr, en 260. — Dioclétien fait ordonnance de jeter les reliques des martyrs à la mer, afin que les chrétiens ne puissent pas les
XII Introduction
restes tombés en poussière ! Ils sont donc des insensés tous ceux qui ont couru au-devant des saintes reliques, qui les ont accueillies avec autant de joie que s'ils avaient vu devant eux un prophète vivant; tous ces peuples qui, de pas en pas, depuis la Palestine jusqu'à la Chalcédoine, les ont saluées et ont entonné les louanges du Seigneur ! »
Et Tertullien, qui a vécu à la fin du second siècle, applique aux martyrs les paroles d'Isaïe : « Leur tombeau sera glorieux ! (i) »
A se servir d'une expression vulgaire, on pourrait dire que le culte des reliques est vraiment dans le sang de la religion chrétienne. A mesure que circule le sang, naît et circule la vie ; et c'est au cœur, source même de la vie, que s'accumule le sang. Ainsi, à mesure que, dans quelque coin du globe, naît la religion chrétienne, naît aussi et grandit le culte des reliques. Et c'est à Rome, centre de la religion, que se retrouvent accumulées, en plus grand nombre, les plus magnifiques reliques.
Ainsi, dans notre pays de France, par exemple, le culte des reliques est bien contemporain de la prédication évangélique. Aux premiers jours de son Eglise, Lyon connut la persécution. Les premiers chrétiens enlevèrent secrètement les corps des saints martyrs Epipode et Alexandre, et les enterrèrent sur une colline située près de la ville. Nous
|i) Scorpiace, VIII.
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savons aussi que les chrétiens d'Agen, par crainte des persécuteurs, cachèrent le corps de sainte Fo\\ martyre du premier siècle. On trouve aussi, dans les reliquaires de la France, les restes d un très grand nombre de premiers évêques, d'apôtres ou de martyrs : saint Irénée, à Lyon ; saint Denis, à Paris ; saints Crépin et Crespinien,à Soissons; saint Ruf, à Avignon; saint Catien, à Tours; saint Savinîen, à Sens; saint Andéol; saints Donatien et Rogatîen ; saint Lucien, premier évèque de Beauvais; saint Maximien, premier évêque d'Aix, etc, etc.
Mille autres petits faits indiquent d'ailleurs la primitivité du culte des reliques. Les corps des martyrs lyonnais sont jetés par ordre dans le Rhône, afin qu'ils ne puissent pas être vénérés par les chrétiens. — Ebroïn, le persécuteur de saint Léger, ne voulant pas non plus que les chrétiens rendent un culte au martyr, avait ordonné que l'exécution eût lieu dans un bois, et qu'on ne découvrît à personne le lieu de la sépulture. — Les soldats gardèrent tout un jour le corps de saint Quentin et, à la nuit, le jetèrent dans la Somme. — Un fait très curieux se trouve dans la vie de saint Martin. Le peuple de Tours, abusé, honora pendant quelque temps la tombe d'un inconnu qui passait pour un martyr. Martin força le mort à rendre témoignage de la vérité, et il fut reconnu que les ossements vénérés étaient ceux d'un malfaiteur. — Nous lisons dans la vie de sainte Angadrème que, surprise par la nuit dans ses excursions de