CHAPITRE VII
Les Jésuites en Belgique depuis 1830. — Le Père Van Lil ProYincial. — FondaUon de nouveaux établissements. — Mort de Van LiL -^ Léopold de Belgique et les Jésuites de Namur. — Les Jésuites constitutionnels en Belgique et démocraieg eu Suisse. — Leur neutralité dans les alTaires d'Etat. —La Jeune- Suisse veut les for- «cer à sortir du Valais. — Combat du Trient. — Les Jésuitcg demandés à Luceme* — Joseph Leu et les Catholiques.— Trois Jésuites en mission dans le canton.— Le grand Conseil consulte les Cantons et les peuples voisins. -> Réponse do quelques Evéques. —La Jeune-Suisse s'oppose à rentrée des Pères.— Les Luceroois solllciteut le Pape et le Général de l'Ordre. — Attilude des habitants du canton. — Une convention intervient entre les Jésuites et les Lucernois. — Les Corps-Francs.— lis envahissent le territoire de Luceme.' — Le Général SoQuenberg. • • Victoire des Catholiques. — On les calomnié. — Les Pères à Lucerne. — Leu est assassiné. — Les Jésuites au Séminaire de Lucerne. — Leur situation en France après la Révolution de juillet. — Ils se cachent. — Ils reparaissent au moment du choléra. — Les Pères Druilhet et Besuoin arrêtés. — Charles X demande un Jésuite pour élever le duc de Bordeaux.*-* Situation de la cour exilée.— Lettre du Général de llastilul aux Pères. — Déplace et Druilhet se rendent à l'invitation du vieux roi. — Le parti légitimiste. — Ses divisions. — Le Père Déplace et le duc de Bordeaux. -lui ri gués nouées pour faire congédier les deux Pères. — Les Jésuites se retirent —Mort du Père de Mac-CArlhy et du Père Polot. — L'éloquence de l'un , les vertus de l'autre. — Quelques Evoques appellent les J(*sui(cs ilaus leurs diocè. es. — Ils secondent le mouvement religieux par la (hairc et par la direction. — Us proj agent les retraites ecclésiastiques. — Leur succès dans Tapoiltolat inquiète l'Université. — I/abbé de La Mcnnais et le Corps euiciguant. — M. Cousin el sa philosopiiic. — 11 glisse au programme du baccalauréat les deux premières Provinciales. — Plan de quelques UiUveifitaircs pour jaire ajourner la loi sur la liberté d'enFcignoment. — Personne , en 1 839 , n'a i>ear des Jésuites. — M. Cousin décide l'Acadeuiie Craisçai.c k proposer Télugc do
Pm01 pour prii dVIoquence. — L'^dectisme envahit tout le Corpc etueignànf.'— Sou iptolt^raocc— Ses première? attaques coDlre les J(^»uites. — M. Tbicrs et H. Guiiot. — Caractère de ces deux écrivaîDsau pou?oir. — L'Univcrsiié poursuit 60D combat. — Sujet de composiliou. — Arnauld contre les Jé&yifet. — La presse révolulionuaire se rail la complice des Uiiiversilaires. — Les Pères do nnstitut accusés par les uns d'èlrc légilimistes et par les autres de tendances orléaoiales. — Le Monopole vnivcrtitaire et l'abbé Des Garcts— Ce que] c'était que ce ]i?re et comment il fut critiqué.— BAM. Miihelet. Libri et Quiuct.~ Leur cours écrit ou parlé. ^ Leurs attaques contre h Compa^uiô do Jésus et la Religion. — Les Evéques mis eu cause prennent la difense des droits de tous et de la Foi catholique. — On les accuse d'immoralité. -> Résurreclioii des vieilles calomnies. — Le clMucelier Pasquter , à l'Académie française, fait IVIoge du Père de Ravignan. — Ravignan k Notre-Dame de Paris. —Publication de sou ouvrage iMTYImtUut des yestii7€«.—Royer-CoIiard et le Jé^ite. — M. Villemain présente à la Chambre des pcirs son rapport sur Ja liberté d'enseignement. — L'épiscopat proteste. — Discussion k la Chambre des pairs sur les enfants de saiut Ignace. — H. Thiers , rapporteur à la Chambre des députés. -^ Les Jésuites
! volés par Affnaer. — La presiw révolutionnaire s'empare du malfaUeur
comme d'un levier. — Condamnation d'AfTnaer. — M. Guizot répugne à poursuivre les Jésuites. •> Mission de If. Rossi. ~ M. Rosai n'est pas Un réfugié italien. — Accueil qu'il reçoit à Rome. — Son caractère. -^ Sn
I politique pour capter la confiance du Sacré-CoIlége. — Ses agents ecclésias-
tiques. ->- Les premiers rèvea de M. Rossi. — Position des Jésuites à Rome. —Interpellations de M. Thiers. — M. Rossi fait passer son Mémorandum au cardinal Lambrufchini. — On n*y répond pas. — Mémorandum verbal de l'envoyé de France. — Les Jésuites cause de la guerre entre l'épiscopat et le gouvernement.
— Les Jésuites impopulaires et légitimistes. — Les menaces et les promesses. — Motifs que la cour de Rome leur oppose. — Le schisme en France et hi suppression de» articles organiques. — M- Rossi demande la sécularisation des Jésuites. — Le Saint-Siège ne répond à aucune des ouvertures ministérielles. — La Congrégation des affaires ecclésiastiques eitraordinaires s'assemble. ^Délibération des cardinaux en présence du Pape. — Raisons sur lesquelles ils basent leur refus. — M. Rossi relire son Mémorandum. — 11 demande que les Jésuites sous-
* cri vent à quelques concessions. — Le cardinal Lambruschinl médiateur officieux.
— Les . cardinaux Acton et Patrizzi chez le Général de la Compagnie. — La noie du 6 juillet 1845 an Moniteur. — Effet qu'elle produit à Rome et à Paris. — Le Courrier Français et l'Evéque de Langres. — M. Rossi déf«àid officieusement la note du Moniteur, — Les Jésuites fout quelques concessions.
— M. Guizot adresse des remerclments au Pape et au cardinal Lambruschinl.
— Réponse dn Saint-Siège. — Le Journal dee DébaU annonce qu'il n'y a plut de Jésuites en France.
L*année 1830 fut fatale à deux trônes; au centre môme de TEurope, elle vît deux peuples chasser leurs princes légitimes éa mêlant le nonôi des Jésuites aux griefs que la France et la Belgi* que reprochaient à ces souverains. La France libérale couvrait ias enfants de saint Ignace de ses haines moqueuses ; la Belgique constitutionnelle se glorifiait de son triomphe, parce qu'elle- le faisait partager à la Société de Jésus. Ici , l'insurrection s'en prenait aux idées religieuses; là, le mouvement^ politique s*étàit inspiré d'elles. La révolution des Pays-Bas avait foi dans son principe , on la vit ausiiitôt en proclamer les conséquence?. En
dehors de ces hommes sans conviction qui épousent tous les partis pour les souiller par le crime ou pour les avilir j^v le pillage , il y avait au fond du cœur des Belges un profond sentiment de liberté. A peine maîtres d'eux-mêmes, ils demandèrent un monarque àJ*Europe et des Jésuites à Rome. Le monarque leur fut donné, c'était Léopold de Saxe-Cobourg, qui , peu de mois auparavant, avait voulu honorer les Bourbons proscrits de France, en leur offrant pour asile son château de Claremont. Léopold était né Luthérien , mais il s'engageait à respecter, à protéger la Religion dominante. Les Catholiques eurent foi en sa parole, le prince n'y faillit pas.
V^rsla fin de 1830, quand la paix commença à renaître dans les esprits , les Jésuites sentirent qu'ils devaient se rendre au vœu de la Belgique. Le Père Bruson , accablé d'années , ne pouvait plus défricher le champ qui s'offrait aux disciples de l'Institut : Yan Lil le remplaça. Il n'y avait qu'à moissonner; la lutte n*était plus possible. Van Lil recevait de tous côtés des secours et des encouragements ; le 1^' mai i 83i , le Collège de Namur est fondé. Quelques jours après, le Père Le Maître rentre dans celui d'Alost. La Belgique, devenue libre, veut s'attacher plus intimement que jamais au Saint-Siège. Il faut que les Jésuites servent de ciment à cette imion. Un Noviciat est nécessaire, on le crée à Nivelles dans le Brabant, La Compgnie se développait avec tant de sécurite , ses accroissements promettaient d'être si rapides , qu*en 1832 , la Belgique et la Hollande , divisées par les intérêts dynastiques , se confondent dans une seule Province de Hnstitut dont le Père Van Lil est le premier chef. A Anvers , à Liège , à Tournay, à Bruges, à Turnhout , à Bruxelles , à Gand, d'autres Collèges s'élèvent. Le Collège des Pères français à Brugelette \ devient l'héritier et le continuateur de Saint-Acheul. Les Nonces du Saint-Siège, Fornari et Pecci, les Evèques, la haute magistrature et les pouvoirs législatifs secondent le mouvement imprimé par ks Catholiques Belges. Comme partout , on voit les Jésuites Mis-
« LeCoIii^gede Brufdelte, prèsd'AUien Belgique, fut fondé le2^titfilAto3S35, |Mr les soins de M. Dubois-Fournier, de Yalenciennes. \\ avait pour but, comme ceux de Ffibourgetdu Passage, de faire revivre les établissements des Jésuites en France, «Mablisseoieala qu'un grand nombre de familles demandaient aux Kvéqocs et à la Compagnie. M. Dciplanque, Evoque de Tournai, et M. jLabis, son successeur , approuvtreiit cette idée , et bientôt le Collège prospéra.
DE Ik COMPAGNIE PE JÉSUS. 329
sioooaires et instituteurs. Leurs maisons d'éducation prospèrent ; leur parole, qui retentit dans les cités et dans les campagnes» ré* pand des fruits de salut.
Guillaume de Nassau perdit la Belgique, parce qu'il ne sut poiat être juste envers les Catholiques. Son fils, roi de Hollande, ne veut pas marcher sur ses traces. Il permet aux Jésuites d'ériger à Katwik fur le Rhin et à Culembourg deux Collèges pour les Catholiques de s^ Etats. La liberté d'enseignement et de {)rédication leur est accordée ; les Pères n en usèrent qu'avec ré-« serve. Us étaient sur un terrain ennemi ; leur zèle ne mit jamais la prudence en dé&ut. Le Père Van Lil avait été le créateur de cette Province, il la gouverna depuis le 3- décembre 1832 jusqu'au 16 août 1839. Le 12 février 1841, il mourut à Rome. Le Père Franckeville lui avait succédé dans sa charge de Provincial ; il continua l'œuvre de Van Lil ; il établit des résidences de Missionnaires à Bruges, Mons , Courtrai , Lierre et Verviers. Et la progression a été si manifeste qu'en 1834 on comptait dans la Belgique cent dix-sept membres de la Compagnie, et qu'en 1845 le diiffre des Pères, des Scolastiques , des Novices et des Coadjuteurs s élève à quatre cent cinquante-quatre. Leur position dans le royaume se ressent encore des enthousiasmes passés. La confiance des iamiUes leur a partout donné droit de cité ; ils n'ont pour adversaires que les ennemis de la Religion ; mab Léopold l^^ lui-même , se fait l'interprète de la reconnaissance du pays. Ce prince approuve leurs efforts , et , le 31 juillet 1843, il eut le courage de leur témoigner .publiquement son estime. Ce jour-là, le roi des Belges adressait aux Pères du Collège de Namur l'allocution suivante ^ :
« Messieurs, je suis charmé de me trouver au milieu de vous. Je sais que vous donnez à vos études une bonne et sage direction. Travaillez bien, Messieurs, la jeunesse a besoin de bons principes ; rien n'est plus important, surtout 4e nos jours, où l'on s'efforce d'en propager de mauvais et où l'on tâche d'exciter les passions. 11 y a dans la société une lutte entre les bonnes et les mauvaises doctrines. Il faut lutter, oui, Messieurs, il faut lutter contre cet esprit de désordre qui tend à bouleverser les
> Ami de rOrdre de ISamur,
330 CHAF. Vil. — HISTOIRE
Etats. Si on ne s*y opposait pas dès le commencement, nous aurions beaucoup à craindre des jours orageux. Si, au contraire, on le surmonte , un bel avenir se présente pour la Belgique.
» La Belgique a une si belle et si heureuse position en Europe ! U ne dépend que d'elle de la conserver et de la rendre plus avantageuse. En conservant ses principes, elle sera respectable et respectée. Ce qui me plaît surtout. Messieurs, c*est Téducation vraiment nationale que vous donnez à la jeunesse. Continuez à l'élever comme vous le faites dans cet esprit , elle sera le soutien de la patrie. »
Dans les Provinces belges, lès lésuites étaient constitutionnels, le peuple catholique et lé roi hérétique les entouraient de respect ou de protection; dans les vieux Cantons suisses, où Guillaume Tell fit triompher la liberté, les Jésuites sont démocrates. Enfants de l'égalité, nés sous un gouvernement républicain, ils en acceptent toutes les lois. Les formes plus ou moins tranchées, plus ou moins variables des nations ne préoccupèrent jamais les disciples de saint Ignace. Ce n'est pas pour régenter les rois ou pour opprimer les peuples que leur Institut a été fondé. Ils doivent obéissance au pouvoir régulièrement établi, sans en discuter Torigine, sans chercher à l'entraver. Leur mission est plus haut. Ils sont créés pour sauvegarder la Foi et défendre rUnité. La Belgique reconnaissante accepte leur enseignement : la Suisse catholique l'invoque. Dans le Valais, la fièvre de 1830 avait longtemps agité les esprits. De violentes secousses étaient nées du choc des opinions, et la guerre avait prononcé ^
Au milieu de ces troubles et de ces changements intérieurs qui marquent une période de dix années, les Jésuites comprennent que le travail et la rénovation des partis n'ont rien à démêler avec les devoirs qui leur sont imposés. Renfermés dans la sphère de leur apostolat, ils restent paisibles et neutres. Cette prudence fut regardée par les deux camps comme un gage futur de conciliation. Mais un nouveau parti s'élève au sein du Radicalisine. Ce parti, qui veut tout régénérer par le Communisme, parce qu'il trouve le monde trop arriéré en religion , en morale et en
* \o'ir VHisioire du Sondcrbutid, par J. CrcHincau-Joly, 2 vol. îd -8 (Pion, éditeur à Paris).
droit public, s'appelle la Jeune-Suisse. Affilié à h Jeune -Europe, il ïenà à réformer les lois, les mœurs, h propriété principalement, et à tout faire passer sous le niveau de sa chimérique égalité. La Jeune-Suisse s'attaquait aux institutions religieuses. Le culte protestant n'étant pas plus épargné que le Catholicisme, la Compâgnie^ de Jésus devait nécessairement être l'objet de ses plus vives hostilités.
Avec cette audace qui a toujours distingué les révolutionnaires et qui est la meilleure garantie de leurs succès , la Jeune- Suisse commençait à répandre ses doctrines par le pillage. Pendant les vacances de i 843, un élève des Jésuites s'est enrôlé sous cette bannière; il a pris part au sac du presbytère d'Ardon. A l'ouverture de Tannée scolaire, les Jésuites refusent au jeune Suisse l'entrée de leur Collège. Une conjuration s'organise ; ceux qui la forment sentent qu'ils ne pourront jamais la produire au dehors ; ils essaient de contraindre les Pères à sortir volontairement du Valais. On leur propose d'accepter là surveillance immédiate du gouvernement dans l'administration disciplinaii^e de leur établissement. C'était déroger à leur Institut, aux conventions écrites, au maintien du bon ordre, les Jésuites refusent. Ce refiis est porté à la nation assemblée. Les jeunes Suisses prévoient que la victoire leur échappera ; ils en appellent à la révolte. Un comité se fonde; il a pour but avoué l'extermination des enfants de Loyola, et, le 23 mai 1844, les Radicaux marchent sur Sion. Us étaient attendus par le peuple, qui ne consent pas à sacrifier sa religion et sa liberté. Le peuple s'est levé en masse, ayant à sa tète des chefs qui, comme M. de Courten, savent aussi bien se servir de la parole que de l'épée. 11 se précipite sur les assaillants; il les accule presque jusqu'au défilé du Trient. Là, il les écrase dans un dernier combat. Les rebelles avaient pris les armes au cri de : Mort aux Jésuites ! Le peuple du Valais se donna pour cri de ralliement un vœu tout opposé. Cet échec dérange les projets des Radicaux ; ils n'ont aucune chance de succès parmi les Valaisans, la Révolution modifie son plan de campagne. Les Jésuites ont pris racine dans le Valais, elle songe à les attaquer \k ou leur existence est encore un problème.
333 GHAP. VII. — HISTOIRE
Ainsi que plusieurs autres cantons « Lucarne avait adopté les articles de la conférence de Baden et s'était mis en opposition avec le Saint-Siège. Le Nonce du Pape transporta sa résidence à Schwytz, et peu à peu la Foi s'affaiblit avec les mœurs. L'éduca* tion publique subit elle-même cette décadence. Ce fut dans ce moment que Joseph Leu, ri(^e cultivateur d'EbersoU, conçut la pensée de remédier à un pareil état de choses. Leu, c'est le Guillaume Tell de la Foi catholique dans les vieux Cantons» San3 instruction première, mais avec un sens droit et un amour inné de la jus* tice, cet homme, dans la force de Tâge, se charge de combattre le Radicalisme par les principes mêmes de la liberté et de Téga-lité. Il est aimé de l'ouvrier des villes ; son nom devient un drapeau dans les campagnes; il se fait centre du peuple, avec son a^i et son conseiller, le chanoine Melchior Kaufmann; il use de cette influence pour inspirer des sentiments de vertu et de religion. Ce fut un missionnaire par l'exemple, un père de famille qui prêcha le respect dû aux lois et à la propriété. Son ascendant sur toutes les classes avait quelque chose de magique ; il voulut le faire servir à l'amélioration de ses concitoyens. Déjà, par ses soins, en 1840, une pétition couverte de onze mille sept cent quake* vingt-treize signatures réclamait auprès du grand Conseil des garanties en faveur de l'éducation de la jeunesse. Selon Joseph Leu, la meilleure de toutes était de rappeler dans le canton les Pères de la Compagnie de Jésus. On menaçait de détruire les droits con-* fessionnels des Catholiques; de nouveaux adversaires, avec l'indifférence ou l'athéisme pour armes, s'apprêtaient à combattre le Catholicisme. Les Fidèles se souviennent qu'au temps de la réforme de Zwingle et de Luther, les Jésuites ont sauvé l'Eglise : ils les invoquent dans leurs nouveaux besoins. Leu avait développé cette idée ; afin de la rendre plus populaire , trois Jésuites, Burgstabler, Damberger et Schlosser, vinrent, à différentes reprises, en 1841, 1842 et 1843, évangéliser les Lucemois. Les préjugés mis en avant et les obstacles suscités par le Radicalisme cherchèrent à neutraliser ces missions. L'attitude prudente et la doctrine conciliatrice des Jésuites dessillèrent les yeux de la multitude. Le peuple apprit à être meilleur parce qu'il crut. Le 1^' mai 1841, il se donna une Constitution plus en harmonie avec ses croyance^,
et le 7 déeembre, neuf voix du grand Conseil proposèrent de se rendre au vœu émis concernant Finstruction publique. Josej[^ Antoine Sakmann, Evèque de Bâie , était dans ie principe peu favorable aux Pérès de la Compagnie. De mûres réflexions et une connaissance plus approfondie de l'Institut amenèrent sans peine la justice du prélat à adhérer au désir des Catholiques.
Le Conseil d'Etat ne voulut pas procéder à la légère. Ces paysans, dont l'éducation est libérale, se déterminent à interroger sur les Jésuites leurs voisins de Schwytz, de Fribourg, du Valais et de rAutriche. Ils consultent les Evéques de Sion, de Coire, de Lausanne, de Brixen dans le Tyrol, de Linz et de Gratz. Us posent ainsi leurs questions :
L'éducation des Jésuites tourne- t*elle au profit ou au détri* ment des institutions démocratiques, et les employés sortis des écoles des Jésuites professent-ils les principes démocratiques? »
Le gouvernement Fribourgeois répond : « L'éducation des Jésuites étant essentiellement basée sur les principes du Christianisme et de la Religion catholique, qui se concilient avec toutes les formes possibles de gouvernement, nous ne concevrions pas ^ue cette éducation pût tourner au détriment des institutions démocratiques, et nous n'avons rien aperçu de semblable dans les résultats que nous avons été à même de constater. •
« A-t-ôn remarqué que les Jésuites cherchent à s'immiscer dans les affaires politiques et dans la sjkkère d'action politique des autorités? »
Réponse : c Nous ne l'avons jamais remarqué ^ Ces préven*^ lions, trop légèrement accueillies, sont dénuées de fondement. Si, dans le développement de renseignement confié à leurs soins, notamment dans l'appréciation des faits historiques, les Jésuites
* M. Fo«rDier , «nef en avoyer , député de Fribourg à la Diète « s'exprimait ainsi sur lé même sujet ^supplément au numéro 48 de T Union Suisse) :
« Quant k iesr influence sur le» affaires pdlifiques , si on la rapporte itti tiècto passés , nous ijie devons plus nous en occuper , parce que déjà les contemporains ont marqué celle accusation du stigmate de la réprobation ; si c'est aux Jésuites actuels qu'on Taltribne, le député qui parle peut dire avec assurance qtfil D'y a rien de vrai dans cette accusation. L'Etat de Fribourg peut en parler avec connaissance de cause, et son témoignage ne doit pas être sans importance : depuis bientôt vingtsept ans que les Jésuites dirigent tes écoles supérieures , jamais ces bom&anes apostoliques, tout dévoués a leur importante mission, n'ont cherché à exercer la moindre influence sur les affaires politiques. »
sont appelés, comme professeurs, à émettre une opinion sur les institutions politiques des peuples anciens et modernes, ces dissertations constituent tonte la part qu'ils prennent aux affaires politiques. Leur attribuer en ce genre une participation plus étendue et en dehors de l'enseignement, ce serait,, selon nous, s'écarter de la vérité. »
«r Que pense-t«on généralement de l'esprit des Jésuites, dé même que de leur influence dans le canton, sous le point de vue scientifique, religieux.^ moral et social? »
Réponse : « Les Jésuites ayant dans le canton de Friboorg^, comme partout ailleurs, des partisans et des adversaires, cette question serait susceptible d'être résolue dans des sens bien différents, selon l'opinion politique des personnes appelées à y répondre. Nous croyons néanmoins pouvoir affirmer qu^on ne met point en doute l'heureuse influence des Jésuites sous le rapport moral et religieux. Chacun rend hommage à leur conduite pieuse, exemplaire, ainsi qu'à leurs efforts pour le maintien des bonnes mœurs et de la Foi catholique. Si, par la raison qu'on a indiquée plus haut, leur influence sous le rapport scientifique et social se trouve diversement appréciée, nous croyons, encore être les interprètes de la grande majorité de nos concitoyens en attribuant à cette influence des effets aussi bien&isants qu'utiles. »
Les Evêques de Sion, de Lausanne et de Goire, témoins et surveillants directs de l'action des Jésuites, rendent le même témoignage. Ils apprécient en termes pleins d'équité, l'effet moral et scientifique produit par leur enseignement. Ceux de Linz, de Gratz et de Brixen s'associent aux mêmes éloges. On a accusé les Jésuites d'aspirer à dominer les Ordinaires et le Clei^é y l'Evêque de Linz répond à cette objection : « Non-seulement ils se montrent les ministres les plus obéissants du Divin Sauveur, mais encore des modèles vivants d'une soumission absolue. Oh! plût à Dieu que tous les prêtres fussent aussi &eiles à gouverner. *
Les Lucemois n*avaient consulté que les gouvernements et les prélats dont ils pouvaient espérer quelques avis dépouillés de toute prévention ) ils ne s^étaient pas imaginés de. faire appel
aux pasisons de parti. La lumière leur venait telle qu'ils lavaient désirée ; ils entrevoyaient l'abîme au fond duquel des principes désorganisateurs allaient précipiter leur culte et leur indépendance ; ils pensèrent que le seul remède au mal était dans 1 education. Les Jésuites avaient laissé à Lucerne de précieux souvenirs. Le nom de la Compagnie se liait aux noms les plus anciens du pays ; elle avait vu parmi ses Pères des Am-Rhyn , des Keller, des Lampart, des Hug, des Sonnenberg, des Mohr, des Pfyffer, des Schindier, des Rûttiman-, des Schumacher, des Ziiûmermann, des Segesser et des Zurlingen. Ces précédents et la position des esprits inspirèrent à Leu, à Segesser et au président Bossard Tidée de soumettre la question au jugement public. Dans des écrits qui parurent à Lucerne, ces trois Catholiques discutaient chacun à son point de vue les avantages ou les inconvénients qui résulteraient de Fappel des Jésuites. Leu en s'adressant aux membres de FAssociation de Ruswyl, s'appuyait sur le désir manifesté par le Souverain-Pontife et par TEvèque diocésain. 11 prouvait par des chiffres les bénéfices moraux et financiers que produirait l'introduction des Jésuites. Segesser, en écrivain plus lettré, parlait de l'accroissement des lumières et de la diffusion des sciences ; Bossard accusait le Radicalisme.
Le Radicalisme avait dit son dernier mot. Ce n'étaient pas les Jésuites qui l'effrayaient, mais le retour des esprits vers les idées de religion et d'ordre. Plus franc dans ses haines et dans ses projets, il s'exprimait ainsi ^ : « Sans doute, les Jésuites sont nos plus dangereux ennemis; mais notre victoire ne serait pas encore complète quand nous aurions anéanti jusqu'au dernier disciple de Loyola. 11 est une puissance qui conspire notre ruine et qui médite de nous donner des fers. Cette puissance, c'est le Papisme, qui va chercher dansj'arsenal du moyen âge les armes qu'il juge propres au combat contre la liberté; et les suppôts de cettepuissance, ce ne sont pas seulement les Jésuites, mais encore tous les moines et tous les funestes propagateurs. Nous pensons donc que le combat que nous avons soutenu jusqu^à ce jour ne peut nous mener à la victoire. 11 est temps de tourner nos
' Journal rudical de Zurich, lienUichter I Janvier 184»).
coups contre notre premier ennemi; attaquons directement le Romanisme tout entier. »
Dans ce même mois de janvier, à la veille des événements qui vont surgir, une autre feuille protestante, fc Fédéral^ s*épouvantant de Timminence de la lutte, essayait de se porter médiateur entre les partis, et elle disait : c Comme il ne peut plus être question de principes politiques, pour recommencer en Suisse une nouvelle révolution au nom du Radicalisme, on se sert aujourd'hui des Jésuites pour amener un bouleversement dont on se promet bien de tirer meilleur parti. La haine contre les Jésuites, quelque vigoureuse qu'elle soit, ne peut pas tenir lieu d'amour pour la patrie ni de dévouement éclairé à ses intérêts, t
Ainsi qu'en France, à la même époque, le nom des disciples de saint Ignqce n'était donc qu'un cri de guerre. La calomnie faisaitfeu sur eux; le pamphlet, la satire, les indignations de commande universitaire les mitraillaient de leur incessante artillerie. Le livre d'Ellendorf, pâle copie des œuvres de Pascal, de la Chalotais et de l'apostat Jarrige, circulât partout, distribué par la malveillance, accepté paria curiosité publique^ Mais les coups portés à l'Institut devaient frapper plus haut. Les paysans de Lucerne ne se laissèrent pas tromper par ces clameurs. Avec tous les Protestants modérés de Genève et des autres Cantons, ils savaient que les Jésuites n'étaient mis en cause que pour affaiblir le Catholicisme et changer le pacte constituant de l'indépendance helvétique. Les Lucemois avaient le droit incontesté de livrer l'éducation de leur Séminaire à qui leur offrait les garanties les plus sérieuses; ils demandaient des Jésuites. Le Pape leur conseillait de les introduire dans leur Etat; au droit acquis, ils surent joindre le pouvoir. On les effrayait des excès du Radicalisme préparant la guerre civile, et des efforts que Berne tenterait pour asseoir sa suprématie. Les Lucemois ne se laissent intimider ni par les menaces ni par les outrages. Ils n'ignorent pas que, s'ils reculent une première fois, c'en^ est fait de leur nationalité; ils se décident à attendre les événements.
Le Général des Jésuites a été longtemps sollicité; il cède enfin au désir du Souverain-Pontife et au vœu des Catholiques de Lucerne. 11 a promis d'autoriser quelques Pères à se rendre dans le
canton.» Un traita mterrient, et quand le Rà^caKime s'Iiperçok quek)n întrmid»tlon eit vâinev il a recoure à h Tioieno6<^'Le dé^ cret d'admissiqndes ié^uitds à^liucerne doit être 'sa^otionné par le pétiplè. Les Radicalux s('*avbuenl quo leur action sur les> masses égTpaqalyséci.' Ils < compreunent q^&:ceS'if allures agrestes,! mais ptetnes'djiytelligençe ot de bon seinsj ne se laisseront jtastsâéHitiB par.leslfablés invei^tées oontre les ié^uitesv 11 • n*^ u point ici de pééjogès conviéiiàisi, de mensonges acceptés gans disoussioh p^ JehsQpl.'&it • qu'ils/ sont imatérieUemënt >jnip08siblesk> Le rire - ou>ln terifeuffv'tl-i'Ppi^lé pariementaive/ où Ib sarciisniei n'ont pasi de prîse^ Dans «e* ^ays 4out est positif icommc' le • droite > comme . l'indépendance. Les sympathies 1 se produisant avec antané de fjraii^ chiseï qu0 l^s irépulsièns ; itiais: une i formidàblei 'majenité se itnigc du^ c4lé «des! lésuttos.. £leUe .majorité <^> compi|cte;i;éllej a scfs chefe^ Leuv Portn^ann^îKostj'Siègfist,: Pfister et Siegwart-^Muiter, {{ui! ne reculeront ipasi Uest û^pd^ible auRadicaTismô de i'em^ portgjrjpàrj les> .moyeris légaux^ > il innrdque > h foree^ il en> lappoHè aiHt^gffÉttes: pour renverser. le igéureniiefnefnt'éÉabll. Ot^éepérfit ain^isoleto les Jésuites de ledrs- élevées éti faire: itolttbèv,lejursCol^ légee^lGe dennier espèif 'futidéçu^On avaitj eoflàptéqueilil'Soili^ ciéude > des tfanhillést jne* jlaisserait fias : :leç jeunes . gân^ . à> Fribou^^ el danç le^Valais exposés ju> péril 'd'une guerre icivilel Les pères éorirent alors là ièurs enfahtsv^ nous avons plusieurs de ces \ei^ très entre les mains : «i Si on attaque les Jésuitps^iToùs lieKieKi^s défendre:; si 01^ les chasse, vous deivezilesisuineç et/quei cp'îl arrive,^oU8iét^confié&à l^urprudenoeiv r;> K m, •: .j >i : .
: Peyttis! ) lowgtèftips les iRévoluiionnaires doila.'Suiisse^texcités par des réfugiés ou des mécontents de tous les royaumes let de ton» leS'èulteSy avaient mûrî ce projet que d'autres cantons encbu- ^tdwatrLe ^nbmidesi Jésuites .^ert.ide^prétéxOs à ) cette leréfiide faofwliers.l Oa:formo: des.Cor.p&^î'rancs., 'é'ost-Hà«^ire<oh!réiJHkiit daasune.espèoeidWméeauxiOvdreS'dé I!in6urreGtioni:tous 1^8 é&rainigei^i^aas.,patrie 1^ sans ,astle,{tou|S ries Suisses» doat.lea dist- CQvdes .iubestinesi Jk'effi*aient ipas Je . palrioilisme^ fuis on. confie & ^sesiibai^des: le. soti^. d'assurer: le i bonheur > de ^ llÔelvétieL Oniku rallie au cri de : Mort aux Jésuites ! on leur fournit des^nlunir 4ioBset des armesp on ^enoit les vendre invinatUés. en leurtap-
â38 • îeiïàP» yn^^nimoinE :
l^e&^t dao9 lèis (M^ k métier de, 1a piem^. Ui révolutions de^ .vaitéd94er ters Jes premiers jdur^ de décen^brie:4844;eUe,fii|t conîprimée par l'attitude djiçeuple. L^Vcfrort approuvait taotie^ ment^ ceé invasions. Le cantoti^de ^agd prodafflé le Coni^ ;ftkuni^me. U ne vewt^us de jQieu, plus de Gathglicpîei», pltgjde Prc^éstants, ilmetbors de la loi tous <>ettxj^tti ont des Idoinés^ quès ou des £fop(riétés. Sous préteste d*éxpulser leé Jésuites^ \que Lausanne n'a jamais vus dans ses murs, la liberté installé vof nouveau gouvernement qui, le jour inèmei,. devient le tvran ^s consciences et Tarbitre de la vie des citoyens. Là, canmtejpar'^ tout, ridée révolutionnaire procède à rafiranchissemeid; pat le d^otisme^ à l'égalité par la spoliation.
Dans la nuit du ^30 au 31 mars 1845^ les insurgés^, qui idi> puis quelques jours stationnen); sur la frontière dé Luberne, pè^ nètfiQiit dans le pa;s. ForU de leur nombre qui, selpn leur té^ moignage, s'élève à onze mille quarante hofiQmesv et.eoaiptant sur leurs afiiliés répandus dauâ Fintérieur, ils avanceâtwLjelfoiieç "apostokcpxe, Jérèâie d -Ândeéa, babilait al«rs le château : de Smiifnetibei^ qu'eântotiraient les Corps^ranos. C^étall m deloes^iért très qui-ne rôtukni jamais devant Faccomy HfEsemént d'iiii devoir l On essaie derintiinidcjr paur.le forcer iLiprendre la fuité etfponr se senriif de sa faibles^ comme d'anmoyen^ àe déboùrdgemënt» D'Andfèa résiste j^ii m^enaoes. On l'accuse dé Jésuitisme^ ion rét)and le bnii); que le sang va couleir par sa fautd;' âQos oes ^jôensoiagères inculpations, . le Nonce xompr^d fu'il doit gaittâ)ger les périls des Catholiques^ et, représentant du Saintr^^égè^ H se montra d^e de la «onfiance de Grégoire XVI et de restime fies ihoBBétes gens. ..:,.>
i Le i^vitûire de Lucèrne est .violée Lucerne €onvo€[tiei@s^j)eiit^ can^Si. Les Confédérés catholiques étaient sbus lesailm&s; ils ^'âifanlentv.ilsmiarcbent au secours de leurs frôresu^ Leigénécsi 4é Soilnedbi»g fM?end lè^comanandemeiit.decette^petiteiaraftèi^^ -vjA se - déxrdue à- la moift pour ' saaver l'iifdépiBàdaQee beh#i«|«deik iLsk^. enfants^'Unl^etwâild ee^roùveqt -les premôeiS: eil ^âei d&L'eo^ xièmD lls><àmislatènt:i6iur inférioéitè nnméiicpiMv ils^ aétàqueht«e-
Le agnal Mait'dènnèplesifardjbikffs de («ueenie elld'Urt>mii^
vent le nAMivem'ent. Soimenberg a pris d^heuneu^ dispositions miliiaircfis ; il 3 prévu te liâu où les Corps-^F-rancs ront se présenéer. CTbst là qo'il les attende Ce fiit un ^)ectaçle di^ dés temps ké^oïqties bu de la Vendée» que de voir ces paysahS) improvisés soldats parle péril commun, marcher sd feu la 'massue pu la hallebarde, daiis une itiain et le chapelet * dan^ Faiitre. Quand ils furent devant l-ennemi, ils ne reculèrent pasL L*enhemi,, atee les canons de Berné et d'Argovie, accmirafit jeter la naort ou riiïcenSe dans le canton de Liiceme: Tous les moyens de dèstructioil étaient à ses ordres ; il avait là force, il eut le courage du fanatisme. Mais en face de ceis impassibles laboureurs qui priaient avant le combat, qtii priaienCencone pendant la bataille, il s'aperçut bientôt q«*il ne pourrait ni vaincre lii tenir. . La chance d'une défaite consterna les Radicaux; ils eurent peur. Sonnenberg profite de leur hésitation ^ tl fond sur eux, les dtsperse ou les écrase. Joseph Leu, à la tête du Landsturm, s'élance à leur poursuite. ^ '
C'était laj[)remière victoire que depuis trente ains iâ justice remportait sur l'iniquité révolutionnaire ; elle était due à des .paysanscatholiques, elle sauvait peut-être l'Europe d'une conflagration générale. Ces paysans qu'on avait peints comme des fanatiques eurent pour leurs deux piille prisonniers un sentiment de pitié que les Radicaux ne leur auraient jamais témoigné. Les Radicaux ne purent comprendre ce respect tout chrétien : ils le calomnièrent. La victoire avait coûté plus de résolution que de sang; les paysans en renvoyèrent l'honneur au Dieu des armées, ©t Leu conduisit vers le sanctuaire de Notre-Dame-des-Ermites l^us de huit raille de ses compatriotes, allant remercier Marie du triomphe accordé à leur cause.
A la nouvelle de Cé succès que les gouvertierhenté légitimes regardèrent avec raison comme une vîctoTre^femportée sur les idées^éedésordre , il y eut dans FËurope catholique un long cri de joie et d'admiration. L'Europe catholique n'y était pas habî- - tuée. Tj'es Protestants eux-»mèmes s'unîrènt à ces taianiféstations, çârlls n'avaient pas été les derniers à prévoir bû les Corps-Francs aboutiraient. Les révolutionnaires se^ls eur^t jCAcof^ d^ lâches paroles à faire entendre contre ces intrépides paysans. On ne
. 340 CilAlV Vtl. .rr- lUSTOmE .
|M)Myait les attaquer dan& Jeur bravoure, on les ouir9g<ea dans iei^r .Biansuétude. iOa les représenta, guidés ppr les Jé&ui|es.:et ; £>ul^t.aia! pieds idveoeux le^ cadavres de£i.\i9fncUsi. Qc, dans ces JQUirs 4e saiiglanta À die gîçrieme «nfémoke^iil aet^6,iroliv§it sur Jé'caiÂtQli id^^cerrle aueun 'disciple; (la VInçtitutw :,^ .,! Qgelqjiie&mdis.ailTés.sevlements kit^G juin, JeaPèteâ Joseph ^imrD^n et Antoine Ekiirgstablçriavriivèilepli^dansiiQeUe ville. • > > .j il^.f flQQ^ent.ites. CtOti^eiU de« .m^déraiiouf et ^o salut.. Ces .pQQ^eiîs-ne.Cîiit'liii^rt^vt point{.rÂnil;ajlion d«9..Ba(JtoiU4k Los Corpsfranes!,qi.v^ient, espéra ique \^ rois^i^n de JI.Rossi ieur serait^pnofitaWe, ftiqui^ile Gafein^V^es TuileriesJnteKpQsemijt.sa iroédi^tion pour \em 4pwr,MnejictQiriç diglonwtique apiiè^ uuî échec jmiiitaifq. ,t>'wl>?S^atJ^ fr.a»?^çfli^e MÇ^s0ja;;en. effet de. ftirp çoftiprôndrc a^.SaifltTSjégp eJ:ap,.Géfléra| dfis AésjMiiea.qu'iJ feljaiit renoiicerà lu»,cçrpey;?ps5 insjf?iWtipns:f«rent.déd?igiiées^ içaViq . ,oppp^ tioT^ ,fix^. Ift. FQjpnlé, eài Ifis imi t? ,dA§LCs«iA^a| ^Je& . Corps- Francs se virent donc réduits aux encouragenjfiut^.hi^ptjiîujt et .i,re5J[n»de^^TJîier4»,:jMi. ..mj. -, ,;<.!•.:. -.■.;..,.■,:>( ..I i;:.î'.'.î ..i.^osçipti ^^if ^'^tait mftnlfiè.Wîp)«Ç-ftrvfint,prjQîpQiwir,jie JajGom- -B9gnje,(^f,J4^^§„T'(^"§teU4>it4nt^.df& Ia;SuU8,ft^.i6.4tles àJiunité, . 1* s^^^\ajiç^^t3v^^ v^R^iw pouff.leHPicM, .e|,fie,fti:t 3UTÎ ilwU»e j /AïfiTf^y»i!;^9iJjiwg€53;Ses ,çpHp§, Ï^Ru^^yait pM^sfWfvi»je«t QÇjftfrÀ^^ .à |a xlç%l,ç.v,Pe.|^^^ içmi.>îit ,d;ip^mid9tiQi?,iQ«jd!«^ofi|enp^ :?Q)f?t ^a fPor^i k 2Q juillet,. .l^eu,^;st,3g^^ç^s^i^ :,^.<î -??^î^ÇfPffîf^.et.^>^!^ prfe dWibçrçeaju 4?- ^Qft epjant,,.l,yî,fi?.piait
^.i>^i9Hrâit;par(;^.flMe:S9^^pqpul^r;itt étquffpit J«? psjiéçfinqeg.jc^v^
.,|Mti^np3ir,e^,,,Pfl^.a»ndainpa,^.^ h, u?i, clfebç^W^ntl* à.:!wi
impossible suicide *. L'idée de..ce çfifpi?; spwjlevaijt.dfiç.çit^e^ipns
^rgfutjblef^^ ,le,P^difia^^^ rpppndria à,:,tout;?nL lan^wi^çant
qfTç.fes^ Jé^uiÇp^ âYaiç^ù,tu6^Je,çl\af?ipioift^^^^^^ ^ dQil'ÂËdé-
, pendapçe ou. (}up,ppiijr ^a.«pé|rer lç5S(,nj^s3esii ils A'j*Kak»t léiw.ci^ A
, fie. pe ;ftit que )e 4 5 .octol^re 184& ,qu,q , 'le^ i^p.t Jésuites |dein?im-
DE Ih GdMVAGNl£ 0E JSSUS. 341
logie ^ Jet Séminaire .ouvrit tes.âiides qiielqt^si jouc& apeis.: En. Suisse, Iqs disciple» de TIi^stillutniavaientétéqu'uiiipfiéteKle'pouf t les Cdrp$'^Fk)ana&î.;!]dans! hroymme» trè»-chré(idn, ils aplparaissentî àlamêoif époquiQ comnai; tesiaro^-bdulânts d'un>oempMirnaagi^t nalre. Les Jésuites tie.oes$èr«ai' jamais d'éprouver un ^iDalheur qui i 'I^Ougjflyj^r ctst une .tôritabl^ gloire. Ils s> entendirent ealonan» mec paît tous les ennemis dâirEgiise et des-gouvernen^ânts éta*^ , Bli&; ikfureni défendu$,pav les tgen&da foi. sincère. Getiéterael combat qi|i dure (depuis» troiSi siéclesvet iqui il>a lassq. ni l^>amis. j> nFléa advei^airie^ de la Société, ni la Société de Jésusielle4nêaie>u est, sans AUQun doute., Xw de$ .plus rares phénûméiDeB»qiiei lai moblITté dei'hoininepMÂs^.e o|^ir. Tout ce<qui,.'*d»nls respaee^dft trois centâ'ans^ acbmhé à corrompre les masae&^ouà trônipen jlerroîsPs'est mis eu! hostilitéiavea. la Compagnie. L^Ordroida I Jésus aiéiih <$ubir ibien; des phaaes> divierses!;! ii .s* est .trouvé en lice de. toute sorte d*eniiemis;.ille$.iterrassa «par la kgique; il^détéi vàîricii parTînjusticçw fl nfl luirestoit ptos qirun defUiefr icombat à sQutemif ; ce combat vient dB se livrer aux yeu^ du iis^nde. i.n.t
La Révolution d^ Juillet 1830 dispersa les enfante de LoyoUi. Sansdaigner les. frapper .par une; loi,, elle: les pro^riviti partial terreur i/(^u.. part J[es mensu$es< MoDtmugefuT'WS isa^l ; ddutcèsi mâiionsdeTlnstitut fur^ent chaque jour* ei^poséesi au pillage. Dm»> les provinces ,1 4e . jér-i . de nifoiit.aux JésuLtôs iretentissait ^ douveiA proféré par; de$ nommes ;qni ne savent marne ipas cei.que.ic'e^t! qu'un Jésuite et qui^'aura.ie]at jamais voulu Tim^oler & leunii préju^s canâtitutiioooels., î)m^ jes^viliei de Vannes et duiPuj oui leTPêres sont mieu^appréaiés par, leurs (euvresyiles deipi^p^tis» se réunis^nt povur. /protéger, la ^tranquillité des eqfa^ts de .s^ipt, Ignr^c^. L*.outsiga» de'juiilet a ayait.$oulevé que des ( passions, aussi fâclicejsi que les causes dupt naqu^. le .mouvementM II n y i^ point; de colère .vxajg. dans Jçs masses,' et eenx iqui s'emparent du.p^qyoir! ne demandent -£55 mieux que de, réta,blir l'ordre matériel, .aftn d^arrivei» à faire 'triompher à leur profit Tordre 'moral.' ''
Les Jésuites, cachés au^n de pieuses familles ,.exilés<y pour
29 juillet, etc. i^e Vère <lu U oj^uau ayaul.vuulu ImruMguqr ic» JÛuiQulier^i fql^&bé. h la le^çiVuw cjuiji4)«Jiç,p'uTre*, . , , . . .. ■ ," : . p.- -. .
312 • . mxp . Vf . ^ Httfoiras^
ainsi dir^^ dans, le»r. patrie', ito Idrdârèhf ][Mis à (^mpfèmirôjiiifi le pottioiffi'BVMt; aucun intérêt à le6 persécuter. Les pré<yccu^ {ifatiorig politiques leur accordaient un peu de tt^anquUUtév ils en usièrenti pour se mettre 5 la disposition des Et èctu^s et podr en^ soigner la terto du haut des tribunes évangêliques. Ils vécurent dans une atmosphôre d^émeutes, au miKeu de Tagitation fêbrile des partis, et se tenant à leoartde tous les excès, ils ne deMnfdërent rien, ils n'offrirent rien au nout^u règne. Btrattgcfs à€(x événements qui se déroulaient, ils devaient ^ns que jttmais ne manifester aooone espëranfee^ ne s'assoeièir à atttrun complet. Leur action en dehors des intérêts humains n^at< rien à dêivîélér aveé les passions. Il ne le^r appartetiait ni dlé soutèJriir, ni d'ébranler le trône ; les partis^ ne songérenit qtièi pkisjarà àfimre tin eriine atm JôsuRôs de cette neutralité.
Lear nom était oublié vil n'entrait même plus dans b pcflé^ mique', méi lèrs^uf'eti 1832, !e choléra et la guerre civile en-^tahirentlaPrënce, les disciples de l'Institut ne piirent se i^ soudrè'à rèfetêir 'dans l'obscnrité. La capitale et les provinces étalent Votis le coup d^un dooMé fiéau^ cotiime f archevêque He Piiil!i;;léè Ié»tii10s so^tetit dé leut jreftàité. LajnoH|fléniejtm<1é royàiirae i le»' persécutions iendurées ne les reftdent'qiié pléis ar-' dénÙ^ »Èiîil%ëi< te malheur. Û y i pout^^x dlitlé r^oès'&Mti^' rfy, ils les iâSk^Àlent'todév afin ^ëmmelk i^mAvt pnm ëtim' Hi colère : dfe Dieii et les' désespofirs do Hioinrtiéî Dans ces jours dô deuil, les ^^crlts recOnqùiteAt leur titré de 'tit^yenâ sut* la' bihèche de la^ chanté chrétienne. La France ne reconnaissait plus de Jésuites ; elle apprit à bêhir le nom de ces Religieux alors ignorés i qrrî, lèS ihaihsr pleines de bienfaits, Yènaient sur les pas dFPère Lorîquet au secours de Findigence et qui, à Paris comme m fond des • prbvînCes, forçaient les magistrats à consacrer cet héroïsme anonyme *. Saint- Achenl s'était transformé en hôpital
'* Le Père Battlièi avait été eûVoVé pki: VE^àqne ct'Amiéns dans la paroisse de Moislains poUr as^iflef fendant V^pvdéBiie 1c Curé, t ieiilarid înllripe et octoy^ntire. Selon le rapport du secrétaire du conseil de salubrité de ta villejigjj^onue, «M. 9arlhcs ; pendant toute li durée de Ta maladie, n'a pas èiess6âc 'prddiguer aux pauvres cbolériques, en môiue temps que le secours de la Religion , les soins de l'intlrinier le plus intellijgeut et le plus empressé, administrant lui-même à ces ntal< heureux les rembdeï qui leur éfaiehliJrescf ils, les changeant de linge et lie craigDàutpas de descendre quelquefois pour eux jusqu'aux services les plus vils et les plas rcpoussauts. » Cette cbarité trouva une récompense publique, et le 16 sep-
DE hJk ^OIÉPAGNIE ÛE lÉSUS. 343'
iftflittiirè'; Lés Jfeu^ f eçtff efrt Aans e^tte niaiscin, <»nl â«r ibi^, mlênaliëé, \^ sddâîTfrappés du Sém ; ilà adoucirent leurs sottf<«« flfirÎ0^, ils' lés fortifièrent contre les affaissements de Tagoiiie^ Au nord bâmnftè alu midi le défvouement dei» enfants de hoyùh tffeèl Hén à tttfiécmi dêvtmement des autres dasses de>cko]^s. Ife éfalèrtt -ireaèventis Fhinçaîsi j^af le droit de la cHarité;te8 Péi^s Drtiilhet ê( Beshoin fuï'efit arrêtés l*un â Bordeaux ^ le» 28 juin 1832 i'^'^ÂnllfeàTôuM, le 20* septembre* DrtiîlhetétaU; Ppoviflèial; ihàllàît if EîJ^gne en KaHé, ehargé de la «onrespondanoè et dé^ sêcfcts fie la éoctété de Jésus, tout fiii ewioiiiéi avec jn soin inguisitoriàl, et Ton ne trouva rien cpri pût <5omp*ûfeè(tro tes Jésiiîtes. La pbfice se vît forcée de làpher sa proie à Bo^deàteif. ATou]fe,ieâ choises se passèrent de la même, maflière^;ittste dans éette dernière ville» ^Besndih prisonnier à déjà com-^ meht^ 1 èvâtigèliser ses cohipagriôhs de captivité.* Pôu!*toUtôJ réparatîbh, il demande à passer quelques jours dëplds sotiS léé vôftrbtis , àfïh d'acheVei^ FteutrlEf qu'il a entreprîàe.
Lés" Jé^ii^s étaient dâfné éette pèsitit^n difficile, téùjotirâ bai-teftéâ'ehtté les intiettltudèsl du' pi'ésent eties appréhettsidJiséera- ^ifi'hkd^éiim'ptmë feîte'pàr lé l-ol Chartes X raviva toutesles ttîtollfe à^soup ét^foiifrtit'aui.aavei^aîrés dé Fltliétut.ufti ndir^ifti fhème d'acéusatiort. LeGéftèràl de là Compagnie app^ê^' dàîlsâgemën! Tétai de§ esprits eu Praflcfe. Dé la maison du Gesù, ' il'tftiiVÉHt t/àë à paiâ là làarche deâ idées. Il constatait le retour V!ei*[»< lé^principes ï'eligieuî, retour d^aùtant plus «incére cru'il -n'étaii iitëpirê hi par dès kihbitidhs^ courtisan , m pair le dfôir êë îak6' fifftunè. té gouvernement de JuDIet avait traversé «es pltismau-' vaîà joiirs; il trioïùphâit desès ennemis de Tîntérietir, et, pliis» mkiirè de '' lùl^riiêitte , 41 cherchait, comme tous les pouvoirs qui* Véuletit vitre, à^séconèolider par Tordre. Cette espérance n'êchap-.
temhrç 4833, le soùs-préfet de Péronne écrivit aa Jésuite: « Monsieur, le jury clurfî^é d'etainiDer tie^ titres des personnes qui ont Fé plus de droits aux récoaipeBfve|8|^Qorif\<]Ufes pour s'être (lifiliôguée$ d'unemauière par^culière parJeti^r jèle et leur dévouement pendant la durée du choléra , tous a décerné une médaille en braille.^
Il ficiirçttx d'avoir à vous transmettre ]a nouvelle de cette dislinçlioi),^ le serais charme de pouvoir vous faire moi-même la remise de rhonorai>le témoignage que T(ii»>oia<m^tiô^dt<giJn(}rèux services. . ' ,
.ve^ fut à.l?iut£rvei^n de M.^f nyi^, que leJésuite^ j^rrâté Qonune su^>ecl , fu^t,^ redevable de sa mise en liberté.
344 ,c\i\Jf. viu rr- Hi^xome
pait^ péinÉiauxi Jé$uUe&;:«oai8k:.daii$ plei >c<{rjsle;,oàlJei«ri aelioo.!$ei rei4feigaai£, lils nlavâÂeQtpa^ d'influence pc(IUiqii9, à exercer ;;ib. n'ea bnguatient aucuq0;:i<e 17 ^)m,l$33, |\Qptfiaan é^fiyailm PéoeRfen^uUi .Pr4^vinâdLjde,Fxi^uce'; ^iJe Gqisî;pai;ice,quî iQ«.tieat le pluS' à •coiur dans. les. wcoiKStam^ .a4ufiUa^- ûuet 4aii$t ^tA lei pte graïkl'soin de.s«,t9nir.enfi^m4^ dansila i^ph^f^d^ n^tre v(hi oalion.: jfaife'deyi^ecit i,P,Wi$ mea^J)(minM;f\ I^qiis, n'avoiisaUr^ cuue misiàio» pour !nou&| mêler des cbo^^/d'ii^b^r ''^ ' i n ! ; >"
(Aa^ flaoment «aêma.ioà ce3.QQi)^iJj$,ét#ÂeMdwnés;, de»^^$cesi fiançai», Ëlienae Déplace eUuUen.DruUhqt arvWaiep4!iJ^rsigue;> ehargé&djel'i^dncatiQD.dHdw; 4é,Borde|ki:|x<,<, .. , ,;, ,,,. im > "^
C lesi dans da aour desr prince^ e»)é^^ qu^ $oiii,y eqt. Ie3[ i^trigMesi» i nées >d lune pen&^ .de. ifidélité , . éclateiU .^yec .le f]^$\ de violeme;! Auprès. ^'un TQÏMic6n&,y}fi,ièiç4 qui n atte^p^sdecéc^mpeiisai immédiatev se. trouve .bteï5$é.{)|9r, ^mQindresCûiitr^dictioQ. Cbam cuit S'eSbrcef.deifaire.ffipinplii^ 363 id^^^ etid,'.eotQUiiçr sa.per»)nn nalité d'une auréole d^i 39icrifipe;iir>D^i4\visiQn3 de plusid'uofi.sprrr tei$'étaieiU.manifestèf3.,Co$ diyisj^ps retepiissAiept d^.fondd la BohêjQQe jusquà Paris«,iGba4e;sX)Çrutqvi!Hj mettrait uriMteniM» en>Gonf],ant J «ducatiAK Kle. soa petlt-fd$ à la Société 4e Jésus;^ JiAr propoûtàon du.ivieux. MQ9(^iiqu^,.efit,tr4ns|Diise;,2iu,Père Itpqt^^iit! qui-dpeUfte cç. jiétiUfu?^. fra^M^suc, |Cl?i*rtçSiX.inpisl,ç.,.,l^Soi»YeTTf raia^rBQulife.eiQgage lei Générât ^ appédec au' \pdfx e^cimé.par le> roiprç^cvit^ il p^rl^d.enjpindrji^., si no3titut.na défère, ppiotà aeSt prières ; if 4èsnb>rs », m$^it^Q , l^^fj^jm^ aui^ Jésuites désigi^és.^ il ^'y i eut. plus i^ délibérer. Si QbarJa$.X> eût été;3pr.le trMe., ,beujreu?ii et, (^ptPurié de toute la pqo^pei rqy^)e , ila. Compagni|9 pel|t^êt^e, aùX\ pui F^sister k 363 in3JtanA^s ;, maJ3, malheuneu;^ daag: i^exil, iL^jpoas. appelait à .son secours pour forraçr.à la Religion ce qu'il avait de, plu&!cb(^r au.£9aQde.oP ie. tiénérajl pe b^nça plus. U a'iguQrait;
point que cette démarche serait un nouvel écueil pour ses frères ; il^avait que leur nopi prononcé sous les voutesdu Hradschin blés* serait Vivettieifit certaines susceptibrfitésf léiçitimistes, rôvantdè populariser le jeune prince avec des reparties fabriquées à Paris, ou.< dés' anecdotes qui ri'djlàient ni à son caractère ni à éà dignité. En acceptant ces fonctions, c'étaits'exposer à un double danger», 'sans/ autre' btôfit dire dé èontrtbbet àii dôvclbppeitiënt dès brillantes
DE M G(WAGm£ DE 4ÊëtU6. 34&
qualités que le im |de Bordeaux annoojQait . ; Le Géfl^naJ. Ae U .Con^ , pagnie 4e iisu» acçoip|di$sait va devoir ;i il .laissa .a^ jugi^naent des . hpmçe&le soin de m,al interpréter sa jjgnsé^. PoMt. la biea foire, sai$ir.au?^,Père^J)eplap^^i; JDmilfeejt, ilTouliitieur 4cacer,la WaijT; cbe.rqij'ils auraientiià s^uivre, e|; l(^,iQur.de..P4(|»esi833, il leun adress5|.qettç,leitre,.;-.. .. i. . -/ ., ., ,.. /... i-, .-. ...... ,...
, u Moiis, ne <4çy«ini9. fias. nous le dissimuler;; la gcayiié eiJea périls) de,, remploi' auquel, p«.\QiH)9 ^paUe surpassent iafiniwenti soQièclat. Si la.Compagni^, déjMrop. instruite par IVxpériencey esA fprçèejde.pe^iserigue ;lei^, cha^es.deHcettei)aturene.|doi.veQ]l jaiQais,§freaoibitioi»iéespar ses enfantg, ni reçues par eju^ ayoQ JQie,)eilp. i^e.p^uta à. plus îorte.raispi^. dans les temps mauvais, <nQ p^ se ,(^pire ol)ligéç de sy.sousitrairc; de tQiit, son pauf^oinot de les f^iriaxeç ^ne sorte dfttienieu^r. Comment» réussira (Cetteiovporn tante 4iffairp? Qieu,. le bi^en public, lai Sooiétéi, le senUpcnent des hommes sages et de nos ennemis, tout, en un mot, qaus tkib cpnaeYio!rir^o¥13rôU des craintes. ou du iinoms doit. nous, inspirer uiiç .grande 'et très-juste. inquiétude. . . :..! ..r;.. : i^i
tJJfcus.puisqM il iju?us,a été impossijilei de, refuser ce qw'QftsoU, Ucitait de.npus a,yec tant d'instanjçes etqiie y^us avez.ét^.choisi)^ pourr-enetçer cet emploi,. ieiHçrus repommanîJcxai.fCiçrtainsi, point* que,,ypus,.a|icez à obiseryer. Je reaipUs ainsi' un deivpir dp..m^ charge, car j'ai dans le Sejgnei^Mne telle ponDauçeen vptrp pi^Un dej>^ce .religieuse. que jet ne do^te pas que,: sans avcjuoerecommandajtipn de ma part, vous .eussiez faU de yousr-mêmes, (pour b phi9 grande. gloire de Diçu, tout, ce que. je .yais dire f i peut^tre^ plus encore..:. . , , , . : .......,!;....'' ■•; : <; <:
» 1°, Pour ce qui vous regarde vous-mêmes et votre maniérei de viyre/ Prenez pour modèles les ^exemples de ceux de luos Pères* qui, appelés autrefois dsms. les palais dpsprincest,. y. récurent «sibien^ selon Tesprit de leur règle, que plusieurs d'iiintre euix méh* citèrent le.nom de liM)ns anges de la Cppr. ,Uaic|uemeAt!appliquQ$« aux devoirs, de, leqr, vacation* ; ils i^ respiraii^nt riew de.qet air> corrpmpu^ dont, les cours Ics^meiLleures^etles plus pieuses, ^ont^ héla^!, ^ï rarement, exeniptes.iA-u,,milieu. de l'éclat' qui îles t'nvLn rognait, ilscpnseryai^pt autiint.qu il. leur était, permis une vie cacbée.en Die^et.trè3!clpigflce,des.U:^^dtes du wonde. llsM^ad
quaient chaqtre jout à deà heuresf rêglêès et' sàonnbk usages atl^' exéréices de là vie monastique, feî les (WîcupiatTàn^ et lès travaux de leur emploi leur- laissaient quelques moments dé loisir, ife en* pi^ofitaieni avec joie, en Religieux toujours fidèles , pour dislri-' buef les secoars de leur taînistère aux ttrùes dirétîeiittfes, surtout' aux pauvres et aux infirmes. Vivant ainsi pduf Dieu, pduf eux-* mêmes et pour leurs devoirs, ils eorisefvaîetit au milieu des Goiirs Fespi^it religieux, él }Usqù*à h liberté qui, d'-aflleuils, leur étaittf H'éeeâiiaîre. Us aciquéifàlent en notre Seigneur, à éui-mômcs et à h Compagnie, une riouvelle estime de la part de ceux des cotirti^' sans qui àunarent désirë d'&bord voir les Pères en user plus femiliérement avec eux ^t Se mêler p\\i$ souvebt à'ia oonvérsâftidti. Ce qui est le principal) leur Vie modeste, recueillie, solitaire',' én4 tiêrèmeht urtie à Dieu et uniquemèilt attachée à leur èm()l(n, fâi-^ sait descendi^e le^ bénédictions du Ciel èîir létirs • importantes^ fonctîonà. ^ '
* Pour nous, c'est en Dieu et en Dieu ^eul que nous mettons^ notre espérance, lorsque nous vous confions unechargc si difficile,' et dont il notis faudra rendre aux honïmes et à Diéû un compte si rigouféux. C*est 'pourquoi nous aiirorns sôln , 'comme tiols/ avons déjà commCTicé à lé faire, d'offfrir chaque scnlainè dêtioni^ brtux sacrifices â la divine Majesté, sacrifiées que libifs pîiisC'^ fohs au trésor spirituel de Ik Compagiiie. / »
» Le chapitre X! Ûéi Ordonnances des Généraux contient plu-' Siteurs pa^siagè^- qui péiiVent et dbiVeftt être appliqués à l'offlcè* que vous altet remplir; principalement ce qui est cKi aux ^ 4, 5, 6, 7, 8, 12 et 13. Le premier de ces paragraphes traite un point qui atteînt à là matière d*an précepte pdrtidïliér en teirtu delà samte obéissance {Censures et préceptes ^ chap. V,#'4). C'est ce précfeptè qUe vous devez scrupuleusemèrit garder : de' sorte que si quelqu'un essayait jamais de VoUs feii^è sortir des limites qu'il prescrit, vous lui répondriez aussitôt, qud qUe fût le respect qui hii serait dû : « Ces choses ne Sont ni de notre em-' ploi ni dé iiotre vociatlon. Nous ne sommes pas ici pour nous' occuper dé tels soins ni de pareilles entreprises. Dieu n'a promis à eeux de notre état aucune grâce pour réussir dans ces affaires. * Vous avez besoîn sur ce sujet d'une extrênàe réserve.
DE LA COMPAGNU BE JÉfiOB. 347^
même duos -tôsr^tretieD» particulierèi, êteiieore-cettc :rèsenr6 ektrêiiie ne Ton» suiTira-t^^elle pts toujours. ' » a» Pour ce ipi regarde votre emploi âwpréé du Prince, Dieu, à vôtres pr^i!e, tous donnera • son espiîl. Vous vous approcherez dD<)tii, eiil vous accordera ses lumières. II est hors de doute qta^i si dans Téductftion d'un prince on de doit pas négliger la liaérafcwe, réruditien et les difl^rentee sciences, il faut bien plus eBctoiNSf avdjf è' cœur d'apprendre à soft élève à porter un jugement sain et droit sur les choses et sur les personnes, de Tàider ' à ôê fev^r d'une forcé d^âme assez grande pour suivre luî-nrêAie la jli$tioe,' et la i'endrè lin jour atix hommes qui vivront sous ses leÎB< La justâc^ affermit les trônes, tandis que l'iniquité fait passeras royaumes en d'aotrce mains. H feuit Ini faire connaître ies devoirs nâÂeiix encore que ses droits, enfin lui enseigner à décadré ces métnes droits, sans teiitefois s'arroger ceux quMI n'a pafi. Bi^ucoâp de prmeee, il estvrai, ont méprisé cette maxime d'équité naturelle; mais aussi plusieurs, en^ voulant dépouiller les autres, se sont vu dépouifler eux-mêmes. One le Prince s'ef^ fateéidone de eemprendre quellô est la fin de Fautorilé et quels sont les moyens de la bien exercer; qu'il sache que^ san* beaucoup de iravàpuit, il n'est point d'adm}jiistra(tion bonne et hetiretfse j qu'il se gktde bien de penser que cette fin est dans la jouissance des grandeurs, des benneursj des richesses et des divertissements du monde; qu'il comprenne aussi que, dans les affai^' res qu'il est appelé à diriger un jour, il doit prendre pour règle* l'cternelle et divine raison et non les idées humaines ; que si tant de personnes ont échoué et échoueront encore tous les jours dans leurs entreprises, ô^ëst que, toujours courbés vers la terre, les boiâmés ne tnesurent tout que d'après les idées terrestres. Leurs espêi^ances, leurs craintes, leurs avantages, leurs appuis, tout est de la teh'è t et, non contents de subordonner à tout les choses étemel!^, ïh en bannissent le souvenir de leur esprit, et jamais ils'ii'éléveht au Ciel ni leurs yeux ni leurs cœurs. Delà, l'inévitable ebute des r^ubliques, des royaumes et des empires. Le Psatfrtre 1©6 dépeint des plus vives couleurs ce que nous avorts la douleur devoir de nos jours. Inculquez à votre élève en temps opportu^ et avec suavité, mais le plus souvent et le plus effiea-
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ceoaeni posBÏUc 4* afin :qu*il né les oublie jamais, les en^eigoe^ ments^que le Psaume second nous donne (V. 10 et suiv.)v S'il est quel({ue espoir de saiut pour ue pritfee et pour itn Etat, il est tout entier dans la pratique de ces divioes réglas, et sans elles* les plus belles: espérances: ne .sont riea. L'histoire, et surtout THisloire sainte aut Livres des rois^ itietsous les ^eux! ce que> doivent. espérer les princes, ee qu'ils obt à craindre^ eUe jette' de vives lumièces sur les tristes événen^cints dont. nous. somaies' les témoins. i .m—. '.>A>i--. •■■■•m
» ûuaot aui; iexercices.de piété, il oâ.faut miniposer' à W' prince, qu'avep rnodératioA. La raisoa en; est olaire^Oo! ne doit pas^ i pour faire avancer* un jeune prince dans>la verto;> sesBirvindunel méthode, parce qu'on povttfait remployer avec succès dans l-éducation des enfants, ordinaires; et encojre, «à l'égard ioême de cesdqrniers, si l'on en croit l'expérience, dels exerciees de piété > trop Iqngs H trop multipliés sont-ils plus nuisibles Iqu'aiumtaglsux.! « Nj3,cherchoiDsi.pas à rendre trop* Deligteux.,ûeuxiqui vivent avec uous> ». écrivait .Saint François de Borgia -aux Pères de la Pio-i vince de Guienne eal&SS.S'iLeniestainâipour oos ieu»es penn
sionnaires, que. serakee donc pouu un prince? • m. î '■■■■
9 Mais, je l'ai, dé^ dit : k Seigneur, à Viotite demande^ 'v^uSi accordiera son esprit. Ne négligeons' ni soinsv ni prières pour que: la fin soit ttoujours en Vucy et que les moyens proportioiuiés à.i cette fmisoiei^ bien connus, sans «cessa et fidélei^nt^mis ea^ œuvre. Espérer «n Dieu, faites le bien> piciez le Sçigneur,. et il. agira lui-rinème pourtous« * ' . ' . i ; ' '
Tels furent les >avis que Id fiédéral .de l'Institut donna apx.. deux Jésu tes partant pour Prague. C^s conseils, deva^ont éUdt suivis à la lettre. Déplace • et Druiihet, > depuis . Jongteiups .versés i dans la connaiasanot^ des hommes, s'y «conforflftjèrent avec m resr . pect filial ;;inaiâ ils arrivaient auprès du. duc 4e.l^deaux tdans, des 4;ireonstiHGes dillîciles, et leur vue* devait exeit^ des passions . , de toute nature. Letiraillement des paclisi lies e^thoust.asgn,es in-i. -9 conséquents. des' uns, les désesipoirs pleiuside fidélité das.autresy < tous les désastres eufiii de Ja défaitesans combat se iieprodui-^ saient à Prague ainsi qu'à Parisi. Gbajjue.fr^ctiou ray^dist/e %Q^ croyait obligée dcidiseuter onde sa(.rer lo roi deJ'^xiil.,Chaj[pfÇi)
DK U COMPAGNIE D£ JÉSUS. 849
^^rtisaa s'Ànan€J|>ajit jusqu à trouva : dans .le souvenir de ses ot)séquio;&ijiiés passées assez,, d^indépeadance monsffchiqite pour ^açér aux. Bourbons un plm de .conduite révolutionnaiie. Que^ que^gentiUbonuQessefdi^lieDtdémoGraleSy.arin de caresser les insitir^çls du, peu^^t; des, journalistes. sis mettaient à la suite des opinioDfs les plq^ exagérées, et ils les outraient encore dans Tespôir d^acquérir upe.ombre de popularité. Pour toutpkn de cara* pagnê, les royalistes ne savaient que s attaquer. Les uns, retirés sous leur t^te^,se condamnaient à Tinaction ; les autres avaient ^if. de toute. e$péae de Jbruit. Par les salona, par la presse, ils agissaient surles princes proscrits; taudis que les homipes sages, et ce fut le plus gvftud nombre, laissaient aux Bourbon^ le soin d'élever le dernier descendant frauipais de Louis XIV. La Révo«lûtion s!é|tait donné les Jésuites pour mot d ordre contre la légi?timité.; les légitimistes les plus effervescents, devenus les alliés 4é.k future démagogie, n'osèrent pas.rompre le ^îharme de ce mot. Deux Pères de la Compagnie de Jésus se trouvaient investis de> la confiance du roi, ils allaient {^résider â Téducatioti du. duc ide Boi^de^ux, On s'imagina qiie cette mesure m'.élait prise qu afin dç déjouer, iesco^onplo^ .d'enlévenaentou* dfinaugKiration.de régne .préparés, pow la majorité de Henri de France. La gtieite civile^ qid s* ^teignait, dans la Vendée-rMilitaire, se ralluma tout-à-coiip dansle faubourg ^intrGerjnain; elle fit porter ses efforts contre Je vœu dç.la familledes Bourbons. Deux. influences rivales étaient ^n pi;ései;)çe ; (;0 jEut au milieu de cet étrange conflit que Déplace et Dr^ilbçt SQ: virent, engagi)S dès les premières heures, de leur séjour à Pr^igue. Ils connaissaient: les difficultés que tant de mp^ biles, seçreti^ allaient provoquer; ils s- avouaient même ique le dioix de hnj^ personnes n était habile qu'autant que le Monorque saurai^; flaire respecte^ $a volonté; mais,: mis «n lavant par un piirlt contre ifii: autre partit iU ne se dissimulaient point que ClKui?s X nç résisterait; jamais au;^ obsessions: dont.il serait assir'^è. Ils 1^ sentait leur Institut balIoUé par les diverses nuances royalistes,
et la correspondance du Père Druilhet, si pleine de curieux détails sur tette tftîsslon, laîsse â chaque page percer de trjsles rjçgrols. lis n'avaient à s'occuper que d'instruire le jeune prince; que 'dé lé fortifier dans la vertu et dans la science* Les intrigues du
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deh(^< ou dnideîlans^ fomentées par la dad]^se4et}iikbè;lÉ^ restaiex^t indifférentes; il n'en pouvant -êti^ ainsi dû vteqx rdi. -Les fautes passées l'avaient rend» moins confiant ^ sa prop!^ force; il redoutait tout ce qui avait rappafen(^ de eontranér ms partisans. On Taccusait d av)eir perdu la monarchie, on Itii disait -que son triomphe était assuré^ si rien ne dérangearit tes plans -concertés. Quoique Charles X n'ajoutât que tfés^peu dé foi là -ces décevantes promesàeSj il $e «royait oMigô, pfeir affeclidii dyfmastique, de laisser faire les entrepreneurs de reèsfeauFation. Pour too? ces hpoimes qui acciouraient de Pam les mains plei- ;ies de projets et an^bassadeursdes diver» epmité», la famille •royale devait être tenue en tutelle, puisiiii'eHe n'olnéisssft pas à leur impérieuse prière^ Les Jésuites n'étaient bons qu'à dépopuf- •iariser le duo de Bordeaux, ou à lui inspirer des idées rétrogrades^. Néanmoins» ceslderiiiers se mirent à l'œuvre; ibtravaiUiaieiit stir .une. heureu8e< nature; en quelques semaines ils purent constater ses progrès*. ■
Tandis que tes: deux Pâreç développaient cette précoce matu-^ trîté^ se formant àTéooIe du: maikeur) l'orage s'Isimonceliaii stn* •leur i^e. Parti de tant de points à la fi^is, ie lajQuottdienne et du Journal des. Débats^ an NmtiomileX dé tû GateHe^ il lie laissait aucune chance d^opérer le bien. Quand les Jésuites s'étaient présentés au roi, Etienne Déplace lui avait dit : « Sire, nous sommes venus parce que vmis l'avez voulu , noue nous en irons (piand vous le voudrez. « Charles X ne souhaitait point le^r départ ; mais les enfants de«aint Ignace comprenaient qu^i) aurait la main foncée^ ils s'étaient d'a^vance résignés à cette disgrâce. L'intrigue les presfôit de toutes parts; à peifie étaienMls appe^ lés , qu'on cberchaif; à les congédier. Peut-être eût-il été jplus sage de ne, faire ni l'un ni l'autre. On ks avait arrachés âléUrs travaux, et ils se i voyaient un îembarfasdiploinatjque, un'stijè^de
tfîoubleautouc'desexilé»^ une causé involontaire de perséctltidn
' ' « Une lettre du Père "Druîlhet , datée de TœplUz, 8 juillet 1833 , conlienl, syr les ;^ife8. ejl : \e , (»r|iet^-e< du 'diutflu Bordeaux , dm àpérçds «I d«s f>rf diiiîdhft qui ^ sont tous rc'âlis^s. On y Ht : « P^.s ce moment , la conflanoe s'cHablit eulre le maille ■cl l'élève. — J'ai =des défauts , lui dit .le jeune Prince, mais' je lés connais et j.e dé- «irç sii^cèréisenl in'e^ c^rigpr. r^ Mpitieigoeur ^il ««t deu^i «ao^eiis in£iinibt«s. — Oh! quels sônt-iis7'— Réfléchir et se T4iincre. w'Ces mots frappëreiit ieUem^t l&joonoâùtqa'iibri fltsad^TÎiie. » ' • '
DEr hh: OmVAJGUlVk W lÈSUS. SSt
fêMt l^,S^té4e J&9ia$« L obétonce due àte G&iifcrd et là tou-u çjianteci9i»Giitio<» dé rorjphelin rdyal les. àouilncent dans: eelie épreuve. Le baron de Damas lutta avec eux , il se relira avec èuat,' VEvéque d^He/'tDOpolis fat désigné pour levrempkqeàr «s^e6 le , <
iqathanaticîen GKichy. Après avoir vli coûter les larmes dà dpMf 4e Bqrdeaux iât avoir recueilli lea regrets. de lafamille, les deux? Çèr:^:£ibaAd€innëreQ!t Prague, le 3 novembre 1833^ 11$. h'y avaient i^éjourné que quairie knoiâ et denoi ; mais ^dans ce court espb»e:de teipps , il leu^rfat donné de faire jfnrendre une inouvélle direction' au^ études, et aâ «bmctére de>leur élève, ils purent donc^ «li lui 4i$a«t'^dieu,.bénir le Seigneur. '!:'
C^tte évoeatiéâ inattendue des disciples de Loyola ^^eeti ap^el i'^m famille proscritié de France pouyiiLt î»quréter la dynastie d^Oriéanà, et raviver parmi les Révolcttioni^ires la haine contteib^ Jésuites. Lie roi Ixkuis^Pbilippe et ses ministres .aj^prôdèvent'^afii-^ nenoent aloils là yériiablc position de rQrdrë deJésu^. M. Tbieré ^li-môme, qui eut à. ce sujet des eônféreac)^ avec le Provincial )' ^es*alarniB ni p^ur le présent ni pour Tavenir d'unéicojhdvité' tQpite naturélle,<ët d'uhe déférence qjue lets ■ vietiines desord'ôn'^ n^iHîeis.du 16 juin 1S28 iémoignaient^au Monarque signa^ire ^e çe^ mêmes ùrdonnànees* . , .i . i ;
:\ Lej(9u;ioù Déplace et Druibet se notent ën.fraule.p»iirrefft<^ pjtbr le Viœ)!, de Charles X ,ila Compagnie perdait une de ëes gloires/ lie^rg^NicoUs de Maç^^Garlhy efe^pirait i Anneîry lé 3. ipMi JM'ài, Dublin en 1 769, dans une de ces antiques familles irlandaises qui oht tout sacrifié "à ïeur Foî, Nicolas de 'M£\c-Carlliy s'était, dès ion. enfance , destiné au Sacerdoce. La Révolution suspendit sa voca^ poi^ sans inferromp^ife seis éludes etses bpimés œuvres. Quand la. paix fut accordée à l'Eglise , Mac-Carthyôe vou« au service des' ^ufeï^. Dafisle n?iande., il Avait su^ comme Tacite le dit a'Agri-r tôh ;■ îse'feiiie fexciTi&eft' ôti louef par la frianchîse de sa piété' | dâjriisle sacerdoce., il:élievàses:ver^us- jusqu'au sublime die la bonté. taj)érféctîoii êldît tih bèspm dè.èetteâme priyîlcgiéè j îf la^^^ à\Sb dans la GonKpafftiie de Jésus i 11 fut tout à la foie 'lefiouidalotte pt lé J^assplon d.^; son temps, i iï..rêgi;i^ ;par,. ja,,p^roïe,,.sçiIôii l'exprêsëion d'un des plus célèbres précKca<etn*s de fépotiuë',' H tù( écouté, parce qu'il était convaincu ; et, lorsque le trépas vint
3&2 GHAP. Vlh — HISTOmS
la6ffsilr^r£vèi|tiê •d'Amîeey voulut assister le Jésuite à ses'der^ nifcs moments,. afin d'apprendre de lui les joies dirétiennes de la mort*... . . , V • . • . . • . r ..■ . ^ .
; A .quelques. années d'intervalle, le 3 mai {^37 , là Compagriîef voyait une pareille unanimité do regrets suivre au tombeau un au -< tro de $e3 Pérès, Un eta&nt^u peuple^ Nicoks^Marie Potot j ne k Mete, le 23 juillet 1771, attirait autour de soft cercue^ Ires mêmes' respei^ts que. le descendant des Mac-Carthy. La vie de Potot avait été aussi agitée que.répoque d^nslaquelle il avait vécu. Liceqciéf en droit y. avocat à idix^eptaoïs au Parlement de Melz, soldat de la République française, chef de bataillon sotts TEmpire, il avait» au bandeau, ciomnle ^ur U^ champs de bataille déployé autant de science Ique de bravoure. C'était un d6 oés hommes que les rétohitions seulesi peuvent prodwe. Ses blessnnes le mettaient dans» riiinp<K$sibilitédepafcottrirplus longtecnps la carrière dés artnes. A.cQKXear, pour'qui le repos était un tpuhnenty il fallait tineao^ tivité. incessante. La gloire militaire lui était interdite; il chercha' dans; la Religion un nouvel .aliment. En ISiS^iliest ordonné piAtJte; auâsitâtilse^jettëdans^lesœuvinesdela charitéiaveo o^^ ardeur qui l'emportait dans. les combats. Il devient le missionnaire' du Pays-Messin , le père des pauvres, le consolateur de toutes les' SQuffirance^. Au, milieu de ces dévouements-; Potot qui /nialgré ses soixanie-*deux ans-, garde en son âme toute Ténergie de h: jeunesse )i aspire à entrer dans la Compagnie dé Jésus. Il< y iest
* Le Prélat écrivait le lendemain , 4 mai 1839 : << Sa belle èrae n'a pas. eu, il|a|>-^ scinice jusqu'au dernier Di6'ment :ia Foi, la côriflance et iVmour s^eii étaient' (elJêm^Bjteinp>ré?rf4M'il n'a janMia pkis.4il un seul mol qui ne fût uniéclîir.célcaleqiii sortait de ses entraifles comme d'un san'^tuaire de piété ! Ah ! Monsieur , si le Père de Mae^Cttrthy était si grand eii chaire par sa tnblime éloquence ; iliiotrt a paru a tpuf luiTiçaigéaiit furs^n lit de douleur. Jamaii sermpn si tiMic|i^0^,iii parvta aussi brùlanl^ que celles que nous avons entendues* peudant plusieurs jours, de cette boache mourante. Ses eonfrères les Jésuites 'font' coaattfmmeilt' assisté. Mes bons prêtres, mes pieux séminaristes ne Tonl q.uitlé ni \p}o^T ni la nuit ^ tous oo^ ambitionné de recevoir sa bénédiction , et tous I^ont reçue avec une religieuse recouflaésétuiôe Jaloux, de conserven ^ précieut dép^t^ le «fiapil re ,de «a* cailvidrala m'a demandé de le placer dans cette église , où saint Françovs de Sales avait ta lorigtemps jadis exerc'ë son' mihlsibre. le b'àl pas cru dév<iii^ rëfusét* cet h'ôniieiir élt c()tic(rAve«ir il ]UQ Clergé 4m| y att^diàlt «n si;baia pHx ;: at, na^gr^li lotidétirt. et te modestie du vénérable défunt, qui aurait voulu reposer k Cbambéry , au .milieu de Ses f rëres /nous ! le conseiiveroiis dani la caihéitrale d'Antiecy ,' et dans qu<iqiiei keures mon obamlre.et mes atutres prétrqs tiepdrott eplpirer d'^ii^pv^, d0 moi <;6t ancien ami pour le porter dans cette église antique qui tressaillera en recevatitun leldépdi.:» * • M r ..'.(• , ••11!...
reçu en 1833, et le chef de bataillon de l'Empire et le chanoine de Metz veut vivre et mourir Jésuite. Son nom était aussi populaire dans le nord de la France que ses vertus. On honorait en lui le vieux soldat mutilé au service de la République et le prêtre dont la parole fécondait la bienfaisance chrétienne. Sa mort précieuse devant le Seigneur fut un deuil public dans toute la ville de Metz. Ses compagnons d*armes , ses collègues du cbapiire , les magis-^ trats, les indigents de tout âge et de tout sexe qui avaient été ses plus chers amis , Tétat-major de la place et le Clergé, confondus autour de ses restes mortels , donnèrent un dernier témoignagie d'estime au Jésuite , dont chacun célébrait le nom. L'épée et les épaulettes du soldat étaient déposées sur son cercueil à côté de l'éloledu prêtre, et ce fut à travers les bénédictions de la foule, que les lugubres roulements du tambour ne parvenaient pas à couvrir, que le PèrePotot descendit dans la tombe.
Isolés au sein des villes et se livrant à Tétude des sciences sacrées, les Jésuites, protégés par Tindifférence gouvernementale, s'efforçaient de reprendre le cours de leurs travaux. A Paris et dans les provinces, ils revenaient sans bruit : avec celte persévérance que rien ne fatigue, ils poursuivaient l'œuvre interrompue. Ils avaient mis à profit ces quelques années de silence pour former des orateurs et des guides spirituels. La pénurie des paroisses , les besoins du Clergé leur laissaient un vaste champ à cultiver. Les Evêques commencèrent à les introduire dans leurs diocèses comme d'infatigables aui^iliaires. L'administration et la magistrature se recrutaient dans un cercle hostile à la Compagnie. Tous les fonctionnaires nourrissaient contre elle de vieilles inimitiés, ou des préjugés que le maniement des affaires ne parvenait même pas à déraciner. Les Jésuites campaient au milieu de leurs ennemis ; ils agissaient, ils prêchaient sous leur regard inquisitorial, et ils n'offrirent jamais à la malveillance une occasion de les incriminer. Les Jésuites n'étaient point chargés de détruire le gouvernement ou de veiller à sa sécurité. Sous la branche aînée, on leur avait fait le reproche immérité de s'occuper des choses terrestres : afin de ne pas voir se renouveler ces imputations, ils jugèrent utile de garder encore plus sévèrement une"sïncte neutralité. D'autres soins remplissaient leur vie, et — VI. * 23
ce fut à dater de cette époque que, toujours brûlants du désir d*étendre le royaume du Christ, ils projgagerent le mouvement catholique par la chaire, par le tribunal de la pénitence et par les retraites spirituelles.
Avec le gouvernement de juillet, il n* était plus possible d'arriver aux honneurs et à la fortune par une piété menteuse. L'E-^ fflise ne devenait plus le piédestal des ambitions impatientes. La tartuferie politique succédait. 1 rhypocrisïe religieuse ; la conviction seule pouvait, et non sans peine, faire excuser la pratique des devoirs. En présence de cet état de choses, les Jésuites crurent que le principe chrétien devait reconquérir son ancienne splendeur; ils se dévouèrent à ce travail de recomposition. Les Evêques les soutinrent, ils les patronérent, et la voix des disciples de saint Ignace retentit sur tous les points de la France. Ils avaient embrassé un rude apostolat. Ils annonçaient les vérités étemelles dans les cathédrales des grandes cités comme au fond delà plus modeste église de village; ils évangélisaient les riches et les savantide la terre en même temps qu'ils distribuaient aux petits enfants le pain de la parole divine. Cette multiplicité d'œuvres saintes ne réalisait pas encore l'espoir qu'ils s'étaient proposé. Il fallait, pour faire porter des fruits de salut aux nouvelles générations, entretenir le feu sacré dans le cœur du Prêtre, lui inspirer l'amour des devoirs sacerdotaux, le conduire jpar lejecueillement à une perfection plus entière et ranimer les ardeurs de la charité que l'isolement affaiblissait quelquefois.
L'usage des retraites ecclésiastiques n'était pas très-répandu ; la disette d'orateurs parlant avec l'autorité de la vertu et de la science se faisait vivement sentir dans le Clergé, absorbé par les soins pastoraux. 11 importait de créer une pépinière de prédicateurs qui expliqueraient chaque année aux Ecclésiastiques administrant les paroisses les obligations du sacerdoce. Les Jésuites se consacrèrent à cette glorieuse mission. Le Clergé accepta avec reconnaissance des paroles qui le fortifiaient dans l'accomplissement de ses vœux. Les Jésuites furent ses guides dans l'oraison, ses frères dans la charité, ses vicaires d^s la direction des églises. Un sentiment d'émulation les réunit dans la même pensée, et les Evêques, heureux de cette féconde fra-
temitê, ne tardèrent pas à s'y associer. Les^Pères de la Compagnie devinrent les orateurs de la plupart des retraites pastorales ; en JBU ils en donnèrent soixante, et ils ne purent bientôt jplus suftiréTux Uemandes de TEpiscopat et du Clergé.
Pendant ce^mps, d'autres enfants de Tlnstilut apparurent dans les chaires de la capitale et des villes les plus importantes. Ils apprirent aux Catholiques à bénir le nom de la Compagnie.
On avait fermé à TOrdre de Jésus la carrière de l'enseigne-^ mint; il lui était interdit de répondre à la confiance des familles et de jouir d'un droit proclamé par la Charte de 1830. Les Jésuites ne peuvent former des savants, ils travaillent à &ire des Chrétiens. Les succès qu'ils obtenaient ne tardèrent pas h éveiUer l'attention des dèbrii de la philosophie du dix-huitième siècle. Ity avait des vétérans révolutionnaires qui prenaient au sérieux les exagérations de la presse libérale, et qui, en voyant un prêtre dans un disciple de Loyola, ne demandaient pas mieux que de le censurer ou de le flétrir par la seule raison qu'il était catholique. A côté de ces hommes n'ayant jamais eu qtie la brutale audace de la proscription, il surgissait une autre école qui , traduisant en apophthegmes éclectiques les principes de 1193, enveloppait SCS jalousies de nuages transparents et les soufflait au cœur de la jeunesse avec une ferveur corruptrice. Cette école, dont les passions studieuses ne faisaient qu'irriter la soif de Tor, des plaisirs et ^ ^Honneurs, envahissait toutes les avenues du pouvoir. Elle avait pris & bail la régénération de l'humanité, et, sous ses préceptes délétères, l'humanité tombait en dissolution comme un corps gangrené.
Ces deux systèmes, sans procéder par les mêmes moyeps, tendaient au même but. Afin d'y arriver plus sArement, ils avaient essayé de s'immobiliser dans l'Université de France. La plupart des professeurs que l'Etat donnait à la jeunesse supportaient avec douleur le joug auquel ils se sentaient attachés. Us rougissaient de honte en cherchant à comprendre les théories d'impiété ou d'indifférence religieuse qu'on leur inculquait, et plus d'une (ois on avait entendu quelques Universitaires démasquer courageusement de pareilles manœuvres. Mais, disséminés dans les villes de provinces ou sans influence dans Paris, ils n'avaient pas,
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comme les antagonismes du Catholicisme, nn centre d'action, un lien commun, une franc-ma^oimenej^Uospphiqu^ De même qu'aux meilleurs jours de la Restauration^ Ulfliietsité se. y^^^ débordée. Elle était soucia féruled'un jjetit nombre d'austères intrigants. Malgré M. Guizot et^malgré M. de Salvandy, la minorilé savait dominer par la crainte ce peuple d'instituteurs. Déjà, le 22 août 1823, Tabhé de La Mennais, s'adressant à TEvêque d'Hermopolis, alors grand maître, dénonçait les audacieux abus introduits dans les collèges. «
fl Une race impie, dépravée, révolutionnaire, écrivait Fauteur de Y Essai sur f Indifférence, se forme sous Tinfluence de l'Université. Déjà dans ses pensées aveugles et dans ses espérances sinistres, cette jeunesse turbulente médite des bouleversements; elle sait que le monde lui appartiendra, et le monde, dans un temps peu éloigné, apprendra, si rien ne change, ce que c'est que d'être livré à des hommes qui dès leur enfance ont vécu sans loi, sans religion, sans Dieu.
» Une sorte de régularité extérieure, des actes de culte exigés par les règlements trompent encore, sur l'état des écoles, quelques personnes confiantes qui ignorent que ces actes dérisoires ne sont le plus souvent qu'une profanation de plus. Mais ce qui pourrait paraître incroyable, et n'est cependant que trop certain, 'c'est que, malgré des apparences commandées, on parvient cpielquefois à ôter aux élèves jusqu'à la possibilité de remplir leurs devoirs religieux. Ainsi, le chef d'un collège avait réglé le nombre d'enfants que l'aumônier devait confesser en une heure; un d'eus ayant dépassé le temps fixé, et voulant achever sa confession, fut enlevé de force du confessionnal par un des maîtres d'étude. * » Monseigneur, je lis dans l'Evangile que, les disciples de Jésus -Christ, éloignant de lui les petits enfants qu'on lui présentait, il fut ému d'indignation et leur dit : « Laissez les petits » enfants venir à moi, et ne les empêchez pas d'approcher; car » c'est à ceux-là qu'est le royaume de Dieu. »
» Ne pouvons-nous pas adresser à l'Université les mêmes paroles? ne pouvons-nous pas lui dire : f 'Laissez les petits enfants qui vous sont confiés venir à Dieu, à Jésus-Christ, et ne les empêchez pas d'approcher : ne leur fermez point la voie du salut :
ne 30uffrez pas que l'on corrompe par des leçons d'impiété et des exemples de libertinage la pureté de leur foi et Finnocence de leurs mœurs. Un compte terrible vous sera demandé de ces jeunes âmes que Dieu appelle à son royaume : malheur à qui les dépouille de ce céleste héritage, ou qui permet qu'on le leu^ ratisse ! Trop longtemps on les a séparés de leur père ; laissez-les revenir à lui : que vos écoles cessent enfin d'être les séminaires de l'athéisme et le vestibule de l'enfer. »
Ces éloquentes colères, autorisées par la polémique, mais auxquelles l'impartialité dé l'histoire ne peut pas souscrire sans examen, étaient un cri d'alarme qui retentit dans toutes les familles. La Mennais le jetait au nom de la Religion et de la patrie; jusqu'en 18iO, les Jésuites se contentèrent de gémir en secret sur des maux dont il ne leur était pas permis de tarir la source. Leur action sur les masses et la confiance du Clergé lurent pour les tyrans de l'Université un perpétuel sujet d'inquié"* tudes. Une croisade contre le Clergé fut résolue. La dénomination de Jésuite avait encore dans quelques souvenirs un prestige de terreur; on l'exhuma peu à peu.
Le premier symptôme de cette conspiration se manifesta chez M. Cousin. M. Cousin avait poussé sa philosophie aux grandeurs. llTa faisait riche, puisqu'il ne parvenait pas à la rendre intelligiblêTBriliantjjiéteur, écrivain impétueux, il avait, comme tous les sophistes, l'amour de la domination et du paradoxe. Placé à la tête de l'instruction publique, il voulut y signaler son passage par une innovation décelant ses tendances. Ujie trouva rien de mieux que de glisser au programme officiel pour le baccalauréat ès-leïtres les deux premières Provinciales de Pascal. Imposer à la jeunesse un livre condamné par l'Eglise, c'était un défi au Clergé, à la famille, à TEtat lui-même. M. Cousin s'avouait cela ; maiT rUniversité voyait son monopole sapé par toutes les intelligences et par toutes les probilés. La liberté d'enseignement ne devait pas être comprimée plus longtemps pour le triomphe de réclectisme ; il importait d'en finir avec cette promesse qui ne se réalisait jamais. En habiles tacticiens, les Universitaires se firent de la Compagnie de Jésus un rempart. On songeait à émanciper la famille : tout aussitôt ils évoquent le fantôme du Jésuitisme.
358 CIUP. VIU — HISTOIRE
De i83û i 1840|( les deux tribunes législatives^ la jpresse et les divers partis n*ont cessé de railler les frayeurs desDu^iji, des Portalis et des Montlosier de la Restauration. Tout le monde alors confessa que leurs craintes étaient chimériques; chacun jpéme admit le public au déploiement de ses forces, et M. SaintrMare-Girardin, l'un des chefs de TUniversité, disait à la Chambre des Députés ' en parlant des disciples de Tlnstitut : c Comment^ Messieurs, vous avez peur de cette Société sans cesse traquée et toujours immortelle? vous en avez peur, et lorsque je consulte notre histoire, je vois qu'en 17&3 vous Tavez vaincue, et aujourr d*bui vous avez tout ce que vous ont donné nos pères : vous avex< je m sais combien d'éditions de Voltaire, espèce d artillerie qui eombat sans cesse les Jésuites ; vous les avez répandues partout; vous avez plus que les anciens Parlements, vous avez la tribune^ tous les pouvoirs publics; vous êtes vous*mômes debout, tout prêts à frapper avec les lois tous ceux qui voudraient attenter aux libertés publiques ou inspirer des doctrines funestes. Et, malgré tant de pouvoir et de puissance qui vous viennent de vo$ devanciers , de vous-mêmes, de vos écrivains immortels et de vos lois, malgré tout cela, vous avez peur! Mais je ne mets pas si bas la civilisation de 89 qu elle ait peur des Jésuites. Je crois qu'elle est capable de supporter, de combattre la concurrence. Et, quaot à moi, je ne ferai jamais un 9veu qui nou$ abaisserait i ce point dans r«fmion de TEurope. »
Le courage contre la Société de Jésus était si bien passé dans les mœurs que le Journal de DébaU, à la date du 4 janvier 1839, en faisait parade lui-même. Il s'exprimait ainsi : # Est-ce bien sérieusement que l'on redoute aujoxird'hui les empiétements re<* ligieux et le retour de la domination cléricale? Quoi I nous sommes les disciples du siècle qui a donné Voltaire au monde, et nous craignons les Jésuites !
» Nous vivons dans un pays où la liberté de la presse met le pouvoir ecclésiastique à la merci du premier Luther venu qui sait tenir une plume, et nous craignons les Jésuites !
» Nous vivons dans un siècle où l'incrédulité et le scepticisme coulent à pleins bords, et nous craignons les Jésuites !
I Moniteur du 33 mare 1837 , p. S55. .
m LA GOMPAG.MK DE JÉSUS. 359
» Nous sommes Catholiques à peine, Catholiques de nom, Catholiques sans Foi, sans pratiques , et Ton nous crie que nous allons tomber sous le joug des Congrégations ultramontaines !
f En vérité, regardons-nous mieux nous-mêmes, et sachons mieux qui nous sommes ; croyons à la force, à la vertu de ces libertés dont nous sommes si fiers. Grands philosophes que nous sommes, croyons au moins à notre philosophie. Non , le danger n*est pas où le signalent nos imaginations préoccupées. Vous calomniez le siècle par vos alarmes et vos clameurs pusillanimes. «
Telle était eu 1 839 la situation des esprits ; le Journal des Débats la constatait.- Avec un luxe de railleries au moins ineon« venantes, il faisait trophée de la corruption ou de Tindifférence *, il inspectait les faisceaux d*armes philosophiques déposés dans les arsenaux de TEtat, de Vtlniversité et de la Presse contre les enfants de saint Ignace, et il souriait devant des frayeurs imaginâiresqu^il^ n'avait pas intérêt à propager. Le temps n'était pas où il allait s^écrier * dans le paroxysme de son effroi : « Qu'importe que les Moines de la rue des Postes ou de la rue Sala soient des saints, s'ils cachent dans les plis de leur robe d^innocence le fléau qui doit troubler l'Etat? Qu'ai-je afiaire de vos vertus, si vous m'apportez la peste ! »
En 1839, le mot d'ordre était d'inspirer une sécurité parfaite et de voir les choses sous leur véritable aspect; en 1840, Ton commence à croire qu'il faut donner un aliment à l'éternel besoin de controverse qui travaille la France. L'Université fit accepter le Clergé et les Jésuites. Dans l'intervalle de quelques mois, ils se présentèrent menaçants et redoutables. M. Cousin honorait l'auteur dçs Provinciales aux dépens de la jeunesse ; il inaugura cette levée de boucliers en faisant glorifier l'écrivain janséniste par. l'Académie. Il proposa l'éloge de Pascal comme sujet du prix d'éloofience ; et leJ5 naai 1842, M. Lherminier put dire avec toute raison dans la Revute des Deux-Mondes : * Pascal écrivit les Provinciales , et le démon de l'ironie fut déchaîné contre les choses saintes. Les Jésuites reçoivent en apparence tous les coups; mais la Religion en est frappée avec eux. Pascal a préparé les voies. Voltaire peut venir. »
* Journal des DébcUs du 40 inan 1845.
Voltaire vint en effet; rimgudigue insulteur de Jeanne d* Arc eut son ovation au sein de T Académie française.
Cette émeute d'Universitaires , qu*aucune réaction , qu aucune attaque n'avaient pfovoquée et qui s'élançait dans la rue pour maintenir le Monopole dont la liberté s*apprètait à faire justice, tira Tépiscopat de sa résene habituelle. Les Evêques vivaient dans leurs diocèses, loin de la cour, et, concentrés dans leurs sollicitudes pastorales, ils ne s'occupaient qu'à développer le germe chrétien. Selon une parole de M. Guizot : t La majorité, la grande majorité du. Clergé ne songeait qu'à accomplir sa tâche religieuse et morale ; elle ne demandait pas mieux que de s'y dévouer en s'y renfermant. » Mais cette abnégation ne faisait pas le compte des turbulences et des vanités de rhéteur. Il fallait engager quelques prélats dans la querelle, afin d'acquérir le droit de les confondre tous sous la même accusation de connivence avec les Jésuites. L'Université, par son petit troupeau d'enfants perdus de l'éclectisme, avait jeté dans ses chaires ou dans ses ouvrages, de désolantes doctrines.
Tout y était Dieu, excepté Dieu lui-même ; tout , dans leur théorie, devait être vrai, excepté la vérité. Les adeptes les plus fervents de cette nuageuse philosophie, qui crée l'obscurité afin d'introniser le scepticisme, envahissait les Facultés du royaume. On les plaçait à Paris, à Lyon, à Toulouse, à Strasbourg, à Bordeaux, comme des jalons. Leur enseignement était contraire aux intérêts de la Foi, de la Famille et de l'Etat; l'Etat les laissait agir; les Archevê<|ues de Toulouse et de Lyon, les Evêques de Chartres et de Belley furent les premiers à prendre en main la défense des principes sociaux. A part leur devoir de pasteurs des âmes, ils avaient, comme citoyens, un droit incontestable à examiner, à juger des systèmes qui se produisaient par la voie du professorat ou de la publicité. Dans un temps où Ton discute les rois et les Pontifes, où les bases tle Tautorité religieuse et civile sont mises en question comme des problèmes, l'Université prétendait accaparer le privilège de tout nier, de tout détruire et celui plus exorbitant de condamner au mutisme les hommes qui refusaient de porter son joug. Elle était l'agresseur, et , au premier mot de réponse, elle criait à la persécution.
On devenait intolérant par cela senlement que l'on ne consen* lait pas à laisser quelques pédagogues répandre en paix leurs semences de douta. Avec les pères de famille , les Evoques réclamaient la liberté d'enseignement; on les peint comme des despotes tendant à asservir la pensée humaine. Us trouvaient un appui naturel dans les journaux catholiques ou indépendants; on se fait une arme de la polémique de ces journaux. L'on s'empare de leurs colères répondant à d'autres colères. La guerre était déclarée des deux côtés ; les avocats de TUniversité s'aperçoivent que la victoire ne tardera pas à leur échapper, et que le bon sens public fera tôt ou tard justice de leur complot permanent contre les droits de tous. Us cherchent un type pour personnifier leurs passions rancunières. En 1^42, ils se souvinrent de 1827 ; ils jetèrent dans la mêlée le spectre du Jésuitisme.
Comme en 1828, on s'apprête à doter les enfants de saint Ignace d'une de ces puissances occultes, qu'avec les cent voix de la presse il serait impossible au prince le plus entreprenant de maintenir durant vingt-quatre heures. On procède par les mêmes moyens, et, chose qui confond la raison, on obtient le même résultat. Jusqu'à ce jour, l'existence des Jésuites n'a été un mystère ni pour le gouvernement, ni pour la révolution, ni pour l'Université. M. Thiers, connaissait cette existence lorsqu'il était à la tête des affaires. Alors il ne craignait pas d'entourer les disciples de rinstitut d'une modération bienveillante, il rendait justice à leur prudence ; il osait même sourire des terreurs que leurs adversaires affectaient.
Mais, exilé du ministère, il essayait, de remettre à neuf sa popularité , tant de fois compromise par des mesures aussi fatales à la liberté qu'à l'honneur de la France. Il n'avait pu tuer la presse sous ses coups, il l'achevait en lui dictant son éloge. Le journalisme constitutionnel souscrivit à ce marché, et, en échange d'un pareil sacrifice, il contraignit M. Thiers à prendre sous son patronage les attaques de TUniversité.
Ce n'était ni à l'Episcopat ni à la Compagnie de Jésus que M. Thieii prétendait être hostile; mais à M. Guizot. Le pubiiciste protestant, plus magistrat, plus digne dans ses mœurs, dans son langage et dans ses croyances, se regardait tenu, par le seul
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fait de la différence des cultes, à de justes égards envers les Pontifes de TEglise catholique. Religieux par instinct et par rajson, ne cherchant pas la célébrité, comme M- Thiers, sur chaque borne de la rue, il répugnait à 1* idée de mêler son nom aux excès que lê scepticisme moqueur de son rival allait inspirer. M. Guizot, aimant le pouvoir pour le pouvoir lui-même, le prenait au sérieux; M. Thiers n'y voyait qu'un moyen et jamais un but. L'un désaprouvait cette croisade sans motifs qui ne devait aboutir qu'a des résultats sans portée; l'autre s'y jetait, poussé par son insatiable besoin de mouvement.
Quand l'Université eut passé la revue de ses forces et calculé le nombre de ses auxiliaires, elle attaqua à visière découverte. Le 15 avril 1842, deux suppléants de l'Ecole Normale se présentent aux Collèges royaux de Charleraagne et de Henri IV. Dans l'espoir d'imprégner les élèves de leurs passions, ils donnent pour sujet de discours français : « Ârnauld accusant les Jésuites et défendant l'Université. « Le zèle avait emporté trop loin ces jeunes rhéteurs; le grand-maître, M. ViUemain, leur recommanda plus de circonspection. Mais, pour leur fournir un modèle d'agression parlementaire, on l'entendit, le 30 juin i 842, attaquer la Compagnie de Jésus : t Quel souvenir plus instructif aujourd'hui même, disait-il à l'Académie française, et quelle polémique plus intelligible pour notre temps que la résistance de tant d'hommes éclairés et vertueux , dont Pascal était l'âme et la voix, et leurs combats passionnés contre cette Société remuante et impérieuse que l'esprit du gouvernement et l'esprit de liberté repoussent également ! » Ainsi, d'après le ministre de l'instruction publique, l'esprit de liberté procédait par l'intolérance aux yeux de l'autorité , il n'acquérait droit de vie qu'en repoussant une classe de citoyens. Ces singulières théories trouvaient de l'écho. On y applaudissait avec fureur; la presse les commentait chaque jour avec des frayeurs incompréhensibles. Le pouvoir jetait le cri d'alarme ; toutes les nuances de l'opposition anticatholique prirent ce cri au sérieux. M. Du pin, devant l'évocation des Jésuites, pâlit sur son siège de Procureur-général à la Cour de cassation : M. Mignet essaya ses forces * contre
1 Séance de T Académie française du 8 décembre 1842.
« eeUe Soeiété fameuse qui ne reconnaît d'autre gouvernement que celui de Rome, n'a d'autre patrie que la Chrétienté et ne sort de sa mystérieuse obscurité que pour reparaître en dominatrice parmi nous, t
Au dire des plus hauts fonctionnaires, les Jésuites étaient les maîtres de la situation; ils absorbaient la France; ils régnaient à la place de Louis*Philippe; ils gouvernaient malgré les ministres~du fond de la rue des Postes, ils avaient prise sur l^s deux Chambres. Les uns les accusèrent de tendre au renverse* ment du trône ; les autres affirmèrent qu'ils avaient la force et la volonté de bouleverser les Institutions. Ce fut la thèse la plus commune; la Gazette de France en inventa une nouvelle. Les Jésuites lui apparurent sous les traits des plus fermes appuis de la royauté de 1830. Us avaient prêté leur concours à la dynastie d'Orléans; ils l'avaient patronée; et, puisqu'ils n'étaient ni Gallicans ni Réformistes, la Gazette les abandonnait à l'ingratitude de leurs anciens protégés ^
I On lit dans la Gazette de France du S9 décembre 1844:
« l\ est hors de doute que les Jésuites ont ren^u de frës-graods services k l'ordre de choses actuel. Ce sont eux qui ont plaidé sa cause à Rome ; ce sont eux encore qui , par Içur aetiou , ont rallié une partie du Clergé au nouveau gouvernemcnl. Partout enfin où leur influence a pu s'exercer, elle a été favorable à la dynastie de 1830. Ils ont blâmé de la manière la plus formelle l'opposition qu'on fMisâit h son gouvernement. Us ont continuellement représenté Tavénement 4l'un régime nouveau comme un effet de la volonté de la Providence qu'il falhit respecter, et leur tendance a toujours été d'éloigner les esprits des luttes de la politique pour les occuper uniquement de la Religion; si bien que les Royalistes qui ont subi leur direction se sont ou rattachés à la royauté de juillet, ou du moins détachés de leurs opinions, au point de ne plus les regarder que comme un souvenir qui ne devait devenir pour eux le principe d'aucune action politique. »
Et plus loin , la Gazette ajoute :
« Les services que les Jésuites rendaient avaient quelque chose d'intime et de confidentiel qui ne pouvait être apprécié que par un gouvernement personne],
» Ainsi les Jésuites étaient tout à la fois favorables à la dynastie et contraires à ceux qui avaient élevé la dynastie sur le pavois; ils acceptaient le résultat de la révolution , mais ils repoussaient les principes de la révolution ; ils étaient dynastiques sans être révolutionnaires.
» Ceci explique parfaitement la levée générale de boucliers qui a eu lieu dans tout le camp dynastico-révolutionnaire contre lés Jésuites. L'alarme a été d'autant plus vive et les attaques ont été d'autant plus violentes, que Ton a compris que l'on avait afhiire noh> seulement k des adversaires, mais à des concurrents, m
Telles sont les ba&es de la polémique soutenue parla &àz^^f« contre les Jésuites. Nous n'incriminons pas les intentions dont Dieu seul reste jug^e; nous croyons même que le journal du Gallicanisme n'a poussé si loin les démonstrations de sa théorie que par un de ces jeux d'esprit dont certains publicistes prennent Tinitiative pour douner plus de saveur à leur politique. Dans ces artificieux p[iensongcs, la Gazette ne vit qu'un moyen de débarrasser son parti de ce qu'elle appelle l'impopularité des Jésuites. Son plan de campagne ne réussit pas, quelque perfide qu'il
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Tous ces rêves de cerveaux malades, tous ces dangers Êictic«s auxquels chaque parti s'efforçait d*arracher la France, préoccupaient fort peu Tattention publique. Le peuple refusait de se laisser prendre au piège de 1828. On résolut de faire violence à cette attitude par une émeute de toutes les capacités philoso-^ phiques et législatives.
Dans les premiers mois de Tannée 184!i, un livre parut sous i le titre : « Le Monopole universitaire ^ destructeur de la Re- I ligion et des lois. » Ce livre était signé par Tabbé Des Garets, Chanoine de la Métropole de Lyon. Jamais peut-être plus rude coup n'avait été porté à TEclectisme. C'était un acte formidable d'accusation, un réquisitoire accompagné de toutes les pièces probantes. Au premier coup d*un pareil canon d'alarme, retentissant aux oreilles de Fépiscopat, des familles et de l'Europe entière, l'Université, mise sur la sellette, se jugea blessée à mort. Cet ouvrage la saisissait dans ses œuvres vives, et il en étalait les plaies. Né d'une pensée catholique, il semblait avoir été inspiré par ces paroles de M. Dubois, membre du Conseil de l'instruction publique et directeur de rEcx)le Normale ^ : f Rien de stable, rien de grand ne peut se tenter, disons plus, rien de moral, car aucune conviction libre ne peut vivre dans un corps comme celui de l'Université, sans cesse exposée à démentir le lendemain ce qu'elle professait la veille. 11 y a longtemps que, pour la première fois et les premiers, avec suite, méthode et fidélité, nous avons réclamé contre le monopole, destructeur de toute croyance et de toute instruction. »
Le Monopole, dont, comme on le voit, un des chefs de l'Université, a lui-même fourni le titre, développait cette terrible
fût en apparence ; il n'allail à rieu motus en effet qu'à rendre les Jésuites odieux aux It^gilimislebft aux lévolulionnairos de toutes les nuances. Il dénonçait k l'Europe les enrants de Loyola comme les points d'uppui d*uu gouverncmenl personnel, comme les auxiliaires secrels du roi Louih-l'hilipi e. CVtail prtsque conseiller à ce prince de les pcrsccuter pour prouver qu'il n'avail avec eux aucune alliance secrète, il n'e^l pas pobsible que de pareils calculs soient entrés dans le cœur d'écrivains religieux; nuis ne iious yairélous que pour indiquer qutlls: fut à cette époque la pénible situation de la Satiété de Jé^us. Elle b*é;ail tenue k IVoart de toute affeclion, de toute hostilité politique. Elle tu conteufait de prêcher le hou ordre , la paix, el de f lire surnsQcr l'intérêt de la- IULgion au milieu de toutes les couvuLdoDs des partis. On prit texte de cette prudence sacerdotale pour lui imputer des actes dont l'iuipossiUlii? était évidente, u«ais dont le toupçon seul pouvait lui coûter Turl cher. ' Globe lUi a }aMti[ 1828.
D£ LA COMPACiNIB DE JÉSUS. 365
accusation portée par leNalwnal en septembre 1842 : t L*édu- I cation que donne TUniversité, disait la feuille républicaine, est j impie, immorale, incohérente. Nous renonçons à tracer ici le sombre tableau qui est malheureusement sous nos regards ; mais , que nos lecteurs songent un instant à ce que le régime où nous I vivons a fait d'une grande partie de la jeunesse française, et ils ; pourront trop aisément suppléer à ce que nous taisons.
» L'éducation première, dont l'Université est responsable, a fait place chez nous à une école d'égoïsme et de corruption prématurée. »
La plainte du National^ passant dans les harangues des députés radicaux et calvinistes, empruntait quelque chose d'oificiel au Journal des Débats. Le 6 novembre 1842, on lisait dans ses colonnes : « L'école éclectique, pour l'appeler par son nom, est aujouni^*hui maîtresse et maîtresse absolue des générations actuelles. Elle occupe toutes les chaires de l'enseignement ; elle en a fermé la carrière à toutes les écoles rivales ; elle s'est foit la part du lion; elle a tout pris pour elle : ce qui est assez politique , mais ce qui est un peu moins philosophique. Le public a donc le droit de demander compte à cette école du pouvoir absolu qu'elle a pris et que nous ne lui contestons pas d'ailleurs ; elle a beaucoup fait pour elle, nous le savons; mais qu'a-t-elle fait pour le siècle? qu'a-t-elle fait pour la société? où sont ses œuvres, ses monuments, les vertus qu'elle a semées, les grands caractères qu'elle a formés, les institutions qu'elle anime de son souffle? Il est malheureusement plus facile de s'adresser ces questions que d'y répondre. >»
L'auteur du Monopole Universitaiie ne s'était pas montré d'aussi facile accommodement que la feuille doctrinaire. Comme elle, il s'adressait la même interrogation; mais dans les œuvres de ces philosophes, se faisant du professorat un marchepied pour arriver aux honneurs e^ aux richesses, il trouvait la réponse que leurs frères des Débats n!osaient donner. Cette réponse, M. Thicrs l'avait audacieusement livrée dans le National le 6 mai 1830. Alors toutes ses doctrines fausses ou perverses n'étaient qu'en germe. II n'y avait ni promesse de liberté d'enseignement ni déclaration implicite que l'enfant appaclient à l'Etat avant d'ap-
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partenir à la famille, et M. Thiers, cependant, s'écriait : t Nous ne cro}ion8 pas qu'un corps qui a tant d*adversaires et dont l'existence est si chancelante pût avoir la ténoèrité d'appeler la discussion sur son illégalité. Etre monopoleur et inique... le corps enseignant n'est pas de force à soutenir tant d'abus à la fois. » M. Thiers ne se connaissait pas encore lui-même ; il ne connaissait pas surtout l'Université. Elle était impuissante à parer les coups d'un jouteur ne marchant au combat qu'appuyé sur les blasphèmes, sur les textes, sur les propositions, sur les théo ries des chefs et des principaux agrégés du corps enseignant. On accusa les Jésuites de Lyon d'avoir fourni les matériaux de l'ouvrage de l'abbé Des Garets ; on désigna même quelques Pérès nominativement. Ce n'était pas démontrer d'une manière invincible la fausseté du livre ou en paralyser l'effet. Les hérauts d'armes de l'Université jugèrent bientôt qu'ils faisaient fausse route. 11 devenait impossible d'expliquer et d'atténuer leurs tristes doctrines, ne respectant pas plus la liberté humaine que les croyances catholiques ; on s'efforça de déplacer la question.
Comme dans chaque œuvre, où la polémique domine et où souvent la colère a dû bouillonner au cœur de l'écrivain prohe, il s'était glissé quelques phrases trop vives, nuisant à l'ensemble sans offrir un avantage de détail. Ces mots amers, dont la philosophie, la tribune et le journalisme surtout ne furent jamais avares, étaient égarés dans le lUonopole. On les recueillit avec affectatibn : on les encadra dans des articles artistement combinés ; on les tortura, afm d'en extraire l'outrage provoqué par un débordement de principes antisociaux ; puis, en taisant les foudroyantes citations de l'abbé Des Garets, on le dénonça comme un diffamateur aux gages de la Société de Jésus. On ne pouvait répliquer à ses ai^uments d'une manière péremptoire : on transforma sa plume en stylet de fanatique, s' attaquant aux gloires les plus pures de l'enseignement. Il avait presque toujours discuté, on renouvela en sa faveur le système que Voltaire employait contre ses adversaires. La raison et la vérité étaient pour lui ; on tâcha de l'écraser sous le persiflage.
Les protesseuis du Collège de France et de la Sorbonne, qui guerroyaient depuis longtemps contre la Religion et la Société
de Jésus recommencèrent, dans leurs chaires patentées, ainsi que dans les journaux, un feu roulant d'invectives, de sarcasmes et de mensonges enthousiastes. MM. Mrchelet, Lîbri et Quinet furent les Pierre-FErmite de cette singulière croisade. L'un poursuivit les Jésuites avec la crédulité d*un honnête homme devenu maniaque; Tautre, réfugié italien i, mit au service des feuilles hebdomadaires ses haines antisacerdotales. Proscrit lui-même» il appela la proscription sur la tête de quelques citoyens français qui, par Timpôt, contribuaient à lui payer une hospitalité trop magnifiquement rentée. Le troisième ne chercha qu*à faire un peu de bruit autour de sa tribune délaissée. 11 enivra d*éloges boursouflés la jeunesse des écoles rémunérant ses flatterie^ par des applaudissements convenus ;. il lui prépara chaque jour un triomphe, afin de la forcer à lui accorder une petite ovation* l( s'improvisa thaumaturge à la recherche d*une nouvelle religion et du texte altéré des Constitutions de TOrdre de Jésus. Ces hommes ne parlaient pas , n'écrivaient pas comme des rhéteurs isolés. Ils semblaient enseigner au nom de TEtat ; le bcuit que les journaux dynastiques faisaient de leur gloire éphémère tendait à accréditer cette opinion. Ce n'est donc pas en leur qualité d'historiens ou de poètes, mais de professeurs au Collège de France, qu'il nous imporle déjuger l'œuvre commune. Pour faire sainement apprécier M. Michelet, il n'y a qu'un moyen aussi naturel que concluant : il faut le citer. Dans sa cinquième leçon il disait * : t Hier encore , je l'avoue , j'étais tout entier dans mon travail, enfermé entre Louis XI et Charles-le- Téméraire, et fort
occupé de les accorder lorsque , entendant à mes vitres ce
grand vol de chauve-souris, il m'a bien fallu mettre la tète à la fenêtre et regarder ce qui se passait. Qu'ai-je vu? Le néant qui prend possession du monde... et le monde qui se laisse faire, le monde qui s'en va flottant comme sur le radeau de la Méduse, et qui ne veut plus ramer, qui délie, détruit le radeau, qui fait signe... à l'avenir? à la voile de salut? Non, mais à l'abîme, au
t Apres h condamnation infamante qui a frappé H. Libri, et qai l*a dégradé même de la Légion*d'Honneur, nous ne croyoïia pas devoir ajouter une nouvelle flétrissure ^ tuâtes les hontes de cet homme.
* Det JétuHes, p. 87.
368 CHAP. vu. — HISTOIRB
vide. L*abîme murmure doucement : Venez à moi, que craignex- Yous? Ne voyez-vous pas que je ne suis rien...i
Puis, dans la sixième leçon, s'adressant aux Jésuites * : « Vous , avez quarante miHe chaires que vous faites parler de gré ou de force. Vous avez cent mille confessionnaux d'où vous remuezJafamille ; vous tenez dans la main ce qui est la base de la famille ; '
vous tenez la mère : Tenfant nest qu*un accessoire. . . Et que.. ' ferait le père quand elle rentre éperdue, qu'elle se jette en ses bras en criant : t Je suis damnée ! » Vous êtes sûrs que le lendemain il vous livrera son fils. Vingt mille enfants dans vos petits Séminaires, deux cent mille tout-à-Fheure dans les écoles que vous gouvernez ! des millions de femmes qui n'agissent que par vous ! •
Tels étaient les leçons que FEtat laissait donner à la jeunesse catholique du royaume. M. Quinet, de son côté, et dans le même temps, s'attaquait systématiquement à la Compagnie de Jésus. En s'appuyant sur des textes tronqués, défigurés ou falsifiés, il instruisait le procès des Exercices de saint Ignace et des Constitutions : la vie morale, spirituelle, affirmait-il ', est tarie dans celte loi. Feuilletez-la de bonne foi, sans arriérepensée; demandez-vous, si vous le voulez, à chaque page, si c'est la parole de Dieu qui sert de fondement à cet échafaudage. Pour que cela fût, il faudrait au moins que le nom de Dieu fût prononcé, et j'atteste que c^est celui qui y paraît le plus rarement 3. Le fondateur se fie beaucoup aux combinaisons industrieuses, très-peu aux ressources de l'âme, et dans cette règle de la Société de Jésus, tout se trouve, excepté la confiance dans la parole et le nom de Jésus-Christ. »
Pascal avait altéré les textes des casuistes de la Compagnie et produit un ouvrage plein de merveilleuse malice. M. Quinet es-
> Des Jésuite», p. <09.
* Ibidem^ p. 197.
3 Celte aocuMlion a quelque chose de oialénel qui permet de la saisir et «Vy rAp<^iidr«. Les éditeurs de la nouTt lie traduction des Conslilulioiis de TOrtlre de Jésus, publiée chez Paulin (Paris, IMS), sont les adversaires des Jésuites, et oéaiH moins ils avouent, à la page 470, que le nom de Dieu revient | lus de cinq cents fois dans les Constitutions. Or, dans l'édition de Prague de 1797, les mêmes Constitutions, avec Vexamen général qui les précède, sont i enfermées dans rcnt quarante huit pages, d*uii il ré^ulte que le nom de Dieu se trouv^à peu pi es répété quatre ou cinq fois dans chaque page.
. siiya de s'atteler au même char ; mais, pour se faire pardonner ces supercheries, il fallait le génie et Tesprit des Provinciales, Par malheur, M. Quinet neut que la bonne volonté. «Je voi^*, professait-il dans sa sixième, leçon ^ de longues ordonnance»
•sur la philosophie. Je suis curieux de savoir ce que peut être la philosophie du Jésuitisme... Ce qui brille dans ce programme' et ce qu*on ne peut y faire entrer, c*est l'habileté à éloigner tous les grands sujets pour ne maintenir que les petits. Devine-*, riez^vous jamais de qui d'abord il est défendu de parler dans Id
* Des Jéattite$, p. 265.
3 Les ordonnances dont M. Quinel a lire un si étrange parti ont été étudiées par iHHis avec autant de soin que les faits eux-mêmes; il ne nous sera donc pas difficile de redresser les erreurs du docte Universitaire.
Quelques Pères de la Société s'étaient plaints dans les viii* el ix* Congréf^ations Géuérales que plusieurs régents de philosophie s'écartaient de leurs programmes, toit en traitant certains sujets du domaine théologique, soit eu perdant le temps à établir des diacussious oiseuses sur des subtilités et des arguties de l'école. La Compagnie de Jésus n'était pas si tolérante que le Collège de France; elle ne laissait pas à ses pr'ufesseurs le droit de vagabondage; elle voulait que chacun se rcufer- D)àt dans le plan même de son cours, afin que tout tendit au but commun. La 11* Congrégation, tenue en 4649» invite le Père Piccolomini, qui vient d'être élu Général, à porter remède au mal en faisant rentrer les maîtres dans les limites de leur programme. Piccoloraini, en 1654, adressa aux Supérieurs l'ordonnance que M. Quinel dénature. Elle est insérée dans l'Institut à la suite du Ratio sludiorum, et nous devons montrer de quelle manière M- Quinel en a abusé. *.
Ces paroles : Quœstiones de Deo, .. prœtereantur, sont eiiraites de la règle 11 du professeur de philosophie (Instit. Soc. Jes.. t. ii, p. 104), et au lieu de celle formule presque athée : Les questions touchant Dieu doivent être omises^ dont l'Universitaire éclectique se fait une arme, on lit sur le texte original : « Dans la métaphysique, en traitant de Dieu el des intelligences, il faut passer les questions qui dépendent en tout ou en grande partie de la révélation. »
Quant a l'accusation de ne pa» permettre qu'on s'arrête à Vidée de l'Etre plu* de trois ou quatre jours, M. Quinel s'eat servi du même procédé de soustraction. Dans l'ordonnance du Père Piccolomini, on ne trouve pas idea Entis, l'idée de l'Etre seulement, mais l'Etre de raison, Ens rationis, ce qui constitue la plus notable de toutes les difi'érences ; car TElre c'est Dieu, et l'Etre déraison est une de ces subtilités scolastiques dont s'occupaient les philosophes du moyen âge.
Le texte relatif au silence sur la pensée de la substance a été soumis aux mêmes mutilations que les précédents. Nous le rétablissons en entier : « Que les prufes-< seurs ne parlent pas de la substance ou Etre surnaturel. De substantid vel Ente super HO lurali, lorsqu'ils expliqueront le prédicament de la substance, u
Dans le langage de l'Ecole, ce mol prédicament a le même sens que celui de ca*
légorie.
La dernière recommandation de Piccolomini nhtive aux principes n'a pas été plus heureuse fous la plume de M. Quinet On lit dans Tordonuance : a Que le préfet des études prenne garde qu'à l'occasion des principes des causes, les professeurs u'eutietit dans la question des principes et des procesnions divines, i» C'est tout simplement défendre aux régents de philosophie naturelle de s'immiscer daiia les questions Ihéulogiques et surnaturelles qui regardent la Sainte-Trinité. Toutes les autres litatious de M. Quinet repobent sur la même base. Elles rentrent dans ce précepte général qui oblige les professeurs de philosophie à ne pas empiéter sur le dumaiue de la Ihéoloaie : « Ne ad ea tractanda digrediantur qua tfteologici instifuti propria saut, »
310 CHA1>. Vli. — HISTOIRE
philosophie du Jésuitisme? il faut premièrement ne s'oeeuper que le moins possible de Dieu, et même n'en pas parler du tout. Quœstwnes de Deo... prœt€reant^r. Que Ton ne s'arrête pas à l'idée de TEtre plus de trois ou quatre jours. Quant è la pensée de la subst9noe , il faut absolument n'en rien dire, nikil dicant; surtout bien éviter de traiter des principes, et par-dessus tout s*abstenir, tant ici qu'ailleurs, muUe vera magis abstinmdwfn ^ de s'occuper en rien ni de la cause première, ni de la liberté, ni de l'éternité de Dieu.
1 Qu'ils ne disent rien ! qu'ils ne fassent rien ! Paroles Siacramenteiles qui reviennent sans cesse et ferment tout l'esprit de cette méthode philosophique. Qu'ils passent sans examiner, non examinando. C'est le fond de la théorie... Concevez-vous un moment ce que pouvait être cette prétendue science de l'esprit décapitée, dépossédée de l'idée de cause, de substance et même de Dieu, e'est-à*dire de tout ee<{ui en fait la grandeur? »
Dans ces débauches de l'intelligence universitaire , ameutant les passions sur les bancs du Collège de France, il y eut pour les esprits honnêtes quelque chose de profondément triste. Ils dé^ plorèrent cet abus de la science et de la parole * que le gouveme-
1 If. Lherminier, pr«ft»seur )ui<«iéme au Collège de France, a, dans la Revue âeë Uekt:f-Mottâe9 du 15 octobre 1843, pork^ un jugement impartial sur ses deux collèRues : « Nous pouvons , dil-il à la page 1S8, parler eo toute liberté de» Jésuiteà deUM. Micbelet et Quinet. La publication a réusai; le coup a porté, trop bien peul-^tro. Les deut auttiurs ne b'étonneroHi pas que, tout en défendant les mêmes frincipes, la liberté de t*«sprit humain, nous ne partagions pas toutes leurs opinioiis.
» Eulrant pour la première fois dans la polémique, H. Michelet s*f est lancé ik corps pii'rdu, et il s'e.-t mis à combattre avec une animation tout*à-fail extraonlî- Maire. La vivacité des exclamations de M. Michelet, la franchise de ses exagérations, tout, juM^u'au désordre de son style, montre cortibien il est sincère et convaincu; mais, i|u'il lions permette de le lui dire, ni la nature de son esprit, ni le genre de son talent ne le destinent k la poléntiquc. Pour bien combattre, il faut moins dVmportemeiit. L'esprit n*es\ véritablement puissant dans la polémique que lorsquMl est maître de lui-même et de sa colère; les combattants novices sont toujours en fureur; Patblète expérimenté reste calme, il prend son temps, choisit son terrain cl frappe avec discernement. Enfin il est d'autant plus redoutable à ses adversaires qu'il fettr fait équilablemeiit leur part, et qu*il a pour eux une désespérante et magnanime justice. £u lisant ce que M. Michelet a écrit contre les Jésuites, on se surprend parfois èi prendre contre lui leur défense : k coup sûr ce n'est pas là reffét qu'-Ù a voulu produire...
M Ici me revient en mémoire celle phrasé de M. Michelet : r Ou a dit qjae je » délwdaia, on a dit que j'attendais. Ni l'un ni l'autre... j'enseigne. » Faut-il souscrire k celle prétentioH ? Alors la critique historique serait obligée d'être plus sévère, car elle aurait k demander compte k l'écrivain de ses jugements, si inoom-
ment se condamnait à ne pas réprimer ; mais tous les échappés des Facultés du royaume étaient descendus dans Taréne. Ils jetaient à la publicité leurs noms ignorés , leurs écrits encore plus inconnus que leurs noms. A Tinstant même la presse leur décernait une couronne murale. Ils furent de grands, d*ingénieux écrivains par cela seul qu'ils délayèrent dans un langage aussi plein de yiolence que d'incorrections grammaticales les naïves apostrophes d'Etienne Pasquier, les éloquentes accusations des Âmauld et les spirituelles calomnies de Pascal.
L'Ordre de Jésus était mis en cause ; on ne tarda pas à faire intervenir TEpiscopat. Le Clergé et les familles chrétiennes réclamaient à haute voix les libertés promises ; la Révolution et l'Université leur répondirent par des injures ou par des menaces d'un étemel despotisme. LTpiscopat, les pères de famille et les
ipleift et ti puiioonés. M. Micfaelef se bit iUmioD k Inl-intee da» ki leçons qM a publiées : ce n'est pis l'histoire, c'est la polémique qui est présente, polémique dont le retenlissement et l'Apreté placent désonnais M. Michelet dans les nnffi des plus ardents adversaires du Catholicisme. »
A la page t84, H. Lherminier juoe ainsi M. Quinet :
« Ce n^ést pas M. Quinet qui se défendra devoir fiit de la polémique dans ses remarquables leçon». On s'aperçoit en les lisant que les attaques qui ont si fort surpris M. Michelet et font troublé outre mesure n'ont pas trop déplu à l'auteur à*jibatvértu. U a compris 8ur-le«cfaamp le parti qu'on en pouvait tirer pour traiter avec applaudissement des questions que les passions ecclésiastiques remettaient à l'ordre du jour...
V C'est l'Evangile k la main que M. Quinet attaque les Jésuites. U op|>osa leur doctrine à l'esprit de liberté chrétienne, et il demande ce qu'il y a de commun entre le Christ et Loyola. Notre auteur a pensé, non sans raison, qu'il aurait beaucoup de force eu parlant au nom d'un spiritualisme s'inspirant de l'Evaiigile. Toutefois cette situation, si elle a ses avantages, a aussi ses inconvénients. En effet, les Catholiques répondront à M. Quinel : Vous parles en Protestant. Les mêmes raisons par lesquelles vous condamnes les Jésuites peuvent s'appliquer à la ReligioÉ catholique elle -m^me, h ses développements, à sa Conslitulion, à la Papauté.., Vouloir mettre les Jésuites en dehors du Christianisme, est une chose plus spécieuse que solide. C'est aussi plutôt penser en religioauaire qu'en politique et en philosophe.
» Nous regrettons que M. Quioat n'ait pas accordé plus de temps à fesamen des Constitutions des Jésuites... Nous eussions désiré aussi que, tout en s'autorisent de la botte de Clément XiV qui supprimait les Jésuites, M. Quinet examinât lès causes qui avaient pu déterminer le Ihipe à ce grand coup d'Etat que ne lardèrent ijas fc déplorer les plus fidèles soutiens de TËglise. Au surplus, sans recourir à des tdrooignages catholiques, Jean de MftUer, historien protestant, ne craint pas, dans son impartialité, de terminer le chapitre qu'il a consocré à la cour de Rome et à la Compagnie de Jésus par ces paroles : « Les sages ne lardèrent pas à penser i> qu'avec les Jésuites était tombée une barrière nécessaire et cvmmvne k Ions » les pouvoirs *. » 11 y à tout un ordre de considérations politiques dont Tabseiice est sensible dans les chaleureux développements de H. Quinet. »
* Bittjên wifttrsrifc </« JF««n UB4(er, IWre sxm, rhap. n ^ TcdÏT. alfeinSndc d« 1917. Tubiiifu«.
JésuWs exposaient leurs plaintes avec* moins de rudesse que M. Ledru-RolUn, député radical ; ils ne disaient pas comme lui au mois de janvier 1844 : t Existe-t-il une souffrance plus grande pour rindividu que l'oppression de sa conscience, que la déportation de ses fiU dans des écoles qu il regarde comme des lieux de perdition, que cette conscription de Tenfance traînée violemment dans un camp ennemi et pour servir l'ennemi? » Lamartine, le Protestant Agénor de Gasparin, les publicistes et les journaux eurent le droit de flétrir la servitude intellectuelle que l'éclectisme faisait, peser sur la France ; ce droit fut dénié aux Pasteurs des fîmes, aux Prêtres à qui est confiée la mission d'enseigner. Us accusaient plutôt avec douleur qu'avec passion, k ces hommes dont les vertus sont une des gloires de la nation, les pamphlétaires de l'Université se mirent à prêcher la morale dans des feuilletons immoraux. Au fond de quelques ouvrages latins destinés à révéler à la pureté du prêtre les crimes ou les vices qu'il doit combattre au tribunal de la pénitence, ils cherchèrent une image obscène, et on les entendit pousser des cris de moqueuse pudeur, comme si la luxure découlait à pleins bords de renseignement théolôgique.
\ Pendant ce temps, les disciples de Loyola laissaient l'orage s'araoncekr sur leurs têtes ; puis, retirés dans leurs maisons de Paris et des Provinces, ils s'étonnaient de l'omnipotence qu'on leur attribuait. Les choses furent poussées si loin que les chefs de l'Institut crurent devoir une explication publique.
11 y avait parmi eux un orateur dont la voix était connue, dont Icw loyales et chaleureuses inspirations avaient souvent excite dans les âmes des sentiments d'admiration et de respect. Le Père Xavier de Ravignan fut chargé d'apprendre au monde ce que c'était en réalité qu'un Jésuite. Sa parole retentissait dans les chaires, elle fécondait partout des germes de salut. Son nommêmQ, en une occasion solennelle, frappa les voûtes de l'Académie française, et il y fut justement glorifié par le chancelier de France. Le 8 décembre 1842, jour de sa réception à l'Académie comme successeur de TEvêque d'Hermopolis, le duc Pasquier, le descendant d'Etienne Pasquier, eut le bon goût de répudier un rôle d'accusateur sans preuves qu'il trouvait dans ses traditions de
famille; et, au moment où les pouvoirs de l^Etat, ligués avecles écrivains irréligieux, apportaient chacun sa pierre pour écraser la Compagnie de Jésus, lui Thonora dafis Tun de ses membres.
<r II lut, disait- il en parlant de Frayssinous, sacré à Issy, et le premier usage qu*il tit, en descendant de Tautel, des droits que TEpiscopat venait de lui conférer, eut Heu à Toccasion d'un jeune Néophyte qui était depuis quelque temps Tobjet de ses soins particuliers, qu*il tonsura, auquel il adressa de touchantes, de prophétiques paroles, et dont la vocation devait être bien prononcée, car il renonçait, pour la suivre , à une carrière où ses débuts avaient été marqués par de brillants succès. C'était Tabbé de Ravignan.
j» Et voila qu*au mois de février 1 839, monseigneur TEvêque d*Herfflopolis, courbé sous le poids des années, mais toujours plein de cette vie qui se puise dans les plus hautes facultés de Tâme, est aussi dans TEglise de Notre-Dame, en face de la chaire où va paraître Torateur dont la voix, depuis que la sienne a cessé de se faire entendre, est en possession de remuer les âmes et d'entraîner les convictions avec une puissance qu'aucun autre peut-être n'exerce au même degré, et cet orateur qui semble avoir recueilli son héritage tout entier, c'est le Néophyte d'Issy, c'est cet abbé de Ravignan auquel il imposait les mains en 18^22. Son apostolat a décidément passé sur la tête de son disciple. Admirable succession, profitable à tout le monde, et où le bonheur de celui qui la recueille ne pourrait être surpassé que par le bonheur de celui qu'il l'a transmise. •
Le Jésuite Ravignan avait obtenu à Notre-Dame de Paris de plus beaux triomphes que celui-là. Le 16 avril 1843, il avait vu, comme il voit chaque année au jour de Pâques, une foule d'hommes de tout rang et de tout âge, confondus dans la grande égalité^ cTirétienne, s'approcher de la sainte table, et sa voix, qui avait inspiré à tant de cœurs le sentiment catholique, faisait yibrer de saintes paroles. Il s'écriait : « Cette multitude pressée autour de la Chaire sacrée, sous ces antiques voûtes, est la protestation la plus énergique contre le philosophisme du dix-huitième siècle. » Un journal ministériel, le Globe, constatait lui-même cette victoire du Jésuite. « L'on ne saurait dire, comme on l'a tant dé
fois répété, publiait-il dans son numéro du lendemain, que la Religion catholique est la Religion des faibles, des ignorants et des vieillards. Ces objections tombent en présence de la foule qui se pressait hier dans la vieille basilique ; car ces hommes pieusement réunis étaient des militaires, des gens du monde bien connus, des membres de Tlnstitut, des légionnaires, des méde^ cîns, des élèves de TEcole Polytechnique, des élèves en médecine, des élèves en droit, des élèves de TEcole normale, etc. La jeunesse studieuse à laquelle on ne déniera probablement ni le savoir ni Tintelligence, et à laquelle personne sans doute n'avait caché les doctrines du dernier siècle, libre de choisir entre les maximes désespérantes du scepticisme et de l'erreur, ou les consolations de la vérité, est entrée franchement dans les antiques voies du Catholicisme, et nous Ten félicitons. Nous en félicitons encore plus le pays ; car cette génération nouvelle, ramenée nécessairement à des pensées d'ordre et d'honnêteté par (es principes êvangéliques , se répandra dans toutes les parties de la France; c'est elle qui doit peupler les universités, les facultés, les cours judiciaires, l'armée, les barreaux; elle ne peut manquer d'y répandre l'irrésistible influence du savoir uni à la vertu. »
Tel fut le Père que la Compagnie choisit pour interprète. Jusqu'alors les enfants de saint Ignace avaient jugé prudent de n'être Jésuites que dans leur for intérieur. Ce nom est exposé aux anathèmes, il peut servir de titre de proscription ; l'orateur chrétien s'en empare avec amour. Son opuscule était une réponse aux imputations dont l'Ordre de Jésus se voyait l'objet, un résumé aussi lumineux qu'éloquent de ses moyens et de sa fin. Ravignan s'exprimait ainsi dans son introduction ^ :
« Qu'avons-nous fait , qu'avons-nous dit , nous Prêtres de la Compagnie de Jésus ? d'où vient ce bruit? d'où naissent tant d'orages? Comment donc sommes-nous devenus de nouveau l'objet de tant de haines, le but de tant d'attaques , la cause de tant de craintes?
» Vous qui appelez sur nous , sur des Prêtres , sur des Français,
* De l'exiitence de Vlnttitut dee Jésuiies, pftr le Révérend Père de Ravigoid, dp la Compagnie de Jésus, p. 13.
m Lk GOMPAGNS DB JÉSUS. 375
sur des citoyens libres et dévoués, toute la rigueur des proscrip* tiens , nous connaissez- vous? nous avez-vous vus, nous avea^ vous entendus?
» Quelle parole sortie de notre bouche a compromis la tran* quillité publique et le respect dû aux lois? Cependant nos deux cents voix ont retenti dans un grand nombre de Chaires, depuis les cités les plus populeuses jusqu'aux plus humbles hameaux ?
B Où sont les autorités civiles qui nous accusent? ou sont les autorités ecclésiastiques qui nous condamnent?
* Un &it répréhensible et positif est-il imputé k Tun d*entfs nous ?
» Des préventions » des susceptibilités , des présomptions ne suffisent pas ; elles ne sauraient tenir lieu ni des faits ni des preuves ; et la culpabilité d'une Société ne peut avoir une expto*« sicHi pratique et juste que dans les fautes de ceux qui la cômpo* sent. A eeux-ci , aux individus^ appartiennent L'action^ le crime^ la vertui
M Quels sont parmi nous les coupables ?
» La vie, Finfluence politique nous sont étrangères; serviteurs de TEglise, nous vivons et poursuivons avec elle dans touft les temps et dans tous les lieux i sous tous les genres de gouverne-* ment, Tœuvre du ministère évangélique*
* On nous transforme en ennemis des lU>ertés et des institu»* tions de la France; qu'en sait*-on? Pourquoi le serions^nous?
» Et quand nous sommes les seuls menacés ^ ou même les seuls etchis des bien&its d'une légidation libérale i comment nous traduire en oppresseurs?
» Le ridicule n'est-il pas égal à l'injustice ? i Le Père de Ravignan concluait en ces termes ^ s « Ou je me trompe^ ou, après cet exposé, lelecteiir de bonne foi concevra comment un Magistrat, un Français, un homme du dix«-neuvtème siècle, a pu librement, consciencieusement se feire Jésuite sans abdiquer pour cela sa raison > sans renoncer à son temps et à son pays.
* Non, il n'a pas al)diqué sa raison , parce qu'il l'A mise dans
I Ibidem^ p. 151.
ie port à l'abri de l'orage, sous la garde assurée du principe ttitélaire de l'autorité...
* Non , il n a pas renoncé à son pays. . . Il est bien vrai que la cbarité catliolique, embrassant dans son ardente expansion Thu* inanité tout entière, met au cœur de ses apôtres un dévouement plus étendu que celui du patriotisme ; il est vrai encore que le Missionnaire , allant porter la lumière de la Foi à ses frères idolâtres de la Corée ou des solitudes de l'Amérique, risque parfois, en présence des intérêts immortels , d'oublier les intérêts d'un jour qui s'agitent au sein de sa patrie. Mais oublie-t-il pour cela sa patrie elle-même? Cesse- t-il d'en porter la douce image dans son cœur? cesse-t-il de prier pour sa félicité? cesse-t-il d'invoquer les bénédictions du Très-Haut sur ceux qui portent le pesant fardeau du gouvernement des peuples ?
« Oh ! ils ne savent pas , ces hommes (j[ui interdisent au Jésuite l'amour de son pays, quelle délicieuse émotion de joie il éprouve en retrouvant parmi les tribus sauvages du Nouveau-Monde quelques-uns des sons de sa langue natale, ou en entendant dans les mers de la Chine et du Japon le lointain retentissement de la gloire de ses armes!
» Et la France nous serait moins chère, à nous, qui ne l'avons pas quittée ! Nous ne serions pas fiers de ses triomphes dans la paix comme dans la guerre, de son génie pour les lettres et pour les arts, de ses hardies comiuêtes dans le domaine de la science et dans les régions nouvellement ouvertes à l'industrie! Nous n'aimerions pas en elle le vrai foyer de la civilisation chrétienne! Nousjie serions pas heureux des ineffables consolations qu'aujourd'hui encore elle donne à l'Eglise?
» Non, il n'a pas renoncé à son siècle. . . Il est bien vrai que nous n'appelons pas du nom d'amélioration et de progrès tout ce que la sagesse moderne en son orgueil décore de ces titres pompeux ; il est bien vrai que nous n'attendons pas de l'avenir une Religion plus parfaite que la Religion de notre Seigneur Jésus- Christ, et que l'humanité fécondée par les systèmes ne nous paraît pas en travail d'une ère indéfmie de vertu et de bonheur.
» Mais, sous cette autorité immuable de la Foi, nous n'en appartenons pas moins a notre temps par nos idées et par no& cœurs,
et surtout nous le connaissons mieux qu'on ne se plait ù le croire.
» Aussi, ne nous est-il jamais venu en pensée que doux cents pauvres ouvriers évangéliques, distribués sur la vaste étendue du territoire de la France, pussent se proposer, en des jours comme ceux-ci, d*y établir ce qu'on n*a pas eu honte de nommer leur domination.
» Cet anachronisme n'est pas le nôtre, il est celui de nos adversaires. Parce qu'il y a deux siècles, la Compagnie de Jésus a pu entreprendre sur une terre vierge, parmi les peuplades qui naissaient à la civilisation, de réaliser le régne de l'Evangile, on nous suppose aujourd'hui l'absurde projet de régner sur la France. Ce serait un rêve d'insensés... Mais, encore un coup, il n'est pas le nôtre; nous le renvoyons^aux cerveaux malades de ceux qui se sont faits nos ennemis.
» A les en croire, une partie de cette œuvre serait déjà accomplie, et l'Eglise de France, ayant abjuré ses vieilles traditions, subirait tout entière le joug des influences ultramontaines.
» Faut-il donc que nous soyons obligés de renvoyer aux leçons de l'histoire ceux qui aiment tant à se servir contre nous de son autorité? Ils oublient donc ce qui s'est passé depuis soixante ans... Grâce à Dieu! TEpiscopat français en a gardé meilleure mémoire; il a compris qu'après de semblables épreuves, il ne fallait pas, par des controverses désormais sans objet, fidre courir à l'Unité de nouveaux périls; il s'est réuni, il s'est serré tout entier, confondu en un seul corps et en une seule âme, autour de la Chaire de saint Pierre, et il a répété, d'une voix unanime, les immortelles paroles de Bossuet : « Sainte Eglise Romaine, mère des Eglises et mère de tous les Fidèles, Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même Foi et dans la même charifé, nous tiendrons toujours à ton Unité par le fond de nos entrailles. Si je t'oublie. Eglise Romaine, puissé-je m'oublier moi-même! »
* Et moi aussi, humble soldat de l'Unité catho.lique, c'est pour lui donner, s'il était' possible, plus intimement et plus complètement mon âme et ma vie tout entière, que je suis allé chercher une place obscure dans les rangs de la Compagnie de Jésus.
» Dans l'état où je voyais la sainte Religion de mon maître en
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ce monde, après la grande guerre déclarée à Jésus-Christ par rincrédulité du dix-huitiéme siècle, la Catholicité in*apparaissait comme une armée rangée en bataille sur un front d'une vaste étendue, pour faire face de toutes parts à Timpiété et à Terreur, et porter secours à la société en péril. Il n'y avait plus de camps divers ni de drapeaux divisés.
» Au centre, je voyais la Chaire de saint Pierre dans sa majestueuse immobilité, et auprès d'elle, au premier rang du dévouement et de la fidélité courageuse, l'Eglise de France avec ses Evoques et ses Prêtres, belle et forte encore malgré les jours de malheur.
» Certes, en m'enrôlant sous la bannière du saint fondateur de la Compagnie de Jésus, je n'ai pas prétendu me séparer de la milice sacrée de mon pays; simple combattant, j*ai pris seulement un autre poste dans la même armée. »
Ce livre, auquel était jointe une savante consultation de M. de Vatimesnil, l'ancien ministre de l'instruction publique en 1828, fiit un événement. Il plaçait la question sur le terrain que les Jésuites n'avaient jamais déserté. Aux yeux des gens de bonne foi , il lés rendait forts de leur faiblesse , peut-être aussi de cette inertie trop résignée que leurs amis ne cessaient de stimuler, et que leurs adversaires transformaient en un inexplicable besoin d'action et d'autorité. Le Père Cahour publia de son côté son ingénieux ouvrage : Des Jésuites^ par un JésuitCi Dans ce long conflit , ils ne poussèrent pas plus loin la démonstration de la vérité. Ils l'avaient dite de deux manières différentes : ici avec effusion, là avec esprit. Ils laissèrent à l'Episcopat , au Clergé, aux orateurs et aux écrivains indépendants le soin de les venger. L'Université s'était flattée de l'espoir qu'elle aurait enfin raison de cette Compagnie, dont le succès lui semblait un remords et un péril. Les rhéteurs et les sophistes appelaient à leur aide tous les hommes dont le nom passait pour une autorité ; ils^les enrôlaient de gré ou de force. Mais plus d'une fois l'Institut de Jésus trouva dans les intelligences d'élite une justice que la médiocrité lui déniait. Il existait encore à cette époque un vieux philosophci un célèbre orateur qui avait gouverné l'Université. 11 se fiiisait gloire d'avoir formé par ses leçons et par ses discours toute la
génération libérale. Royer-Collard , du fond de la retraite où il achevait sa vie, entendit les clameurs retentissant autour des Pères. Il prit en pitié ces violences, et écrivit le 15 février 1844 à Xavier de Ravignan : t Votre éloquent plaidoyer pour Y Institut des Jésuites me fait comprendre l'énergie de cette création extraordinaire et la puissance qu'elle a exercée. Autant qu'on peut comparer les cheses les plus dissemblables, on pourrait dire qu'à la distance de la terre au ciel , Lycurgue et Sparte sont le berceau de saint Ignace. Sparte a passé , les Jésuites ne passeront pas. Ils ont un principe d'immortalité dans le Christianisme et dans les passions guerrières de l'homme. »
Pour colorer ses résistances à la loi sur la liberté de l'enseignement, l'Université montrait les Jésuites envahissant les écoles et y implantant leurs doctrines avec l'Inquisition. Ils se tenaient à l'écart de toute intrigue poUtique. Le duc de Bordeaux , dans son voyage d'Angleterre , va visiter le collège de Sainte-Marie d'Oscott. Sur-le-champ , le Messager et le Journal des Débats annoncent que les Jésuites ont reçu ce prince avec des honneurs inaccoutumés. Le docteur Wiseman, èvèque de Mélipotame et directeur de l'établissement, déclare qu'il n*y a jamais eu de Pères de la Société à Oscott. Ce démenti, fondé sur un fait matériel, n^arrcte pas la calomnie. Il faut à tout prix mêler les Jésuites à la flétrissure que les députés dynastiques prétendent infliger à ceux de leurs collègues qui sont allés porter au petit-fils de Henri IV rhommage d'un respectueux souvenir.
La tempête battait les disciples de l'Institut; M. Villemain, ministre de rinstruction publique , saisit ce moment pour présenter son projet de loi sur l'enseignement. Ce projet accuse de funestes tendances ; il prend contre le Clergé d'injurieuses précautions , et, tout en consacrant une dérisoire liberté, il fraie une voie plus large que jamais au despotisme universitaire. L'Episcopat ne pouvait rester spectateur indiflerent de ces luttes dans lesquelles se joue l'avenir du royaume très-chrétien. Il avait des devoirs à remplir, il les remplit tous avec une prudence n'excluant ni la dignité ni l'énergie. Dans cette guerre acharnée faite aux Jésuites, on avait essayé de séparer la cause du Qergé de celle des Pères ; on avait dit que leur tyrannie était odieuse aux ecclésiastiques se-
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culiers, et que ces derniers ne demandaient pas mieux que de s'y soustraire. L'heure était venue ; aucun Evêque ne se fait Técho de ces doléances. Tous combattent pour la liberté, tous rendent hommage au zèle et à la science des Jésuites , leurs coopératcurs dans les soins du ministère. L'épiscopat refusait d'accepter le rôle que lui offrait celte conspiration ourdie par l'incrédulité, on lui fit expier ce refus en le frappant de la même proscription. Les archevêques et leurs suffragants s'adressaient au roi des Français, aux assemblées législatives et à l'opinion publique pour savoir si enfin l'éducation chrétienne serait esclave; l'Université, ayant ses porte-étendards aux deux tribunes parlementaires, répondit à ce cri de détresse par des outrages nouveaux.
Le projet de loi amena de vives discussions. D'un côté les calculs d'une peur intéressée grandirent outre mesure les Jésuites ; de l'autre on apprit à la France à scruter les doctrines que les générations nouvelles devaient subir. Sous les convictions noblement formulées de plusieurs orateurs, en face des panthéistes de l'Université, dont les emportements dissimulaient mal la déroute , la Chambre des Pairs ne voulut pas sanctionner tout le système prohibitif invoqué par le corps enseignant comme la seule digue à opposer aux Jésuites et au Sacerdoce. Il y avait dans ce vieux sénat des magistrats , des diplomates , des administrateurs de foi et d'expérience, tels que le premierprésident Séguier, le comte Beugnot, le marquis de Barthélémy, le duc d'Harcourt, de Brigode, de Fréville et de Courtarvel ; des temporiseurs qui pressentaient un désir royal sous les amendements du comte de Montalivet; des hommes plus jeunes , plus audacieux, et qui, sur les pas du comte de Montalembert ou du vicomte de Ségur-Lamoignon , exprimaient les besoins et lesVépugnances catholiques. L'Université avait essuyé un grave échec dans ces débats. Les chefs de l'éclectisme espérèrent que la Chambre des Députés , plus mobile , plus révolutionnaire contre le Clergé , saurait raviver les passions amorties et cicatriser par une loi de défiance les blessures sous lesquelles saignait encore leur orgueil. M. Thiers leur parut le plus apte à faire sortir le despotisme d'un projet de loi sur la liberté.
Sa dextérité de paroles, que les principes religieux ne gênaient
pas plus que les convictions politiques , Tabus qu*il avait fait de tous les dons de l'esprit afin de fausser Thistoire, d'énerver ou de fortifier le pouvoir selon ses caprices ou ses espérances du moment, le prestige que sa fanfaronne intelligence des affaires exerçait sur une fraction de députés s*irritant à Taspect d'un prêtre et pâlissant d'effroi au nom de Jésuite, tout indiquait M. Thiers comme le dernier médecin de l'Université. M, Thiers seul devait la sauver par une de ses jongleries législatives. Il fut donc le confident de son martyre et le vengeur de son innocence. Il s'engagea à prouver qu'elle était plus catholique que le Saint- Siège, plus gallicane que l'Episcopat français, plus orthodoxe que l'Eglise universelle, plus désintéressée que les Jésuites dans la manière de propager l'éducation , plus morale que ces prélats et ces familles condamnant ou déplorant tant de théories subversives. Un pacte intervint entre les rhéteurs compromis et le panégyriste des excès de 1793. Les Universitaires te chargèrent de recrépir la célébrité de M. Thiers, qui a toujours besoin d'avoir à sa suite quelque entrepreneur de gloire artificielle. M. Thiers prit à forfait l'éloge de rUniversité et la censure du Clergé. La •proscription des enfants de Loyola fut offerte comme arrhes aux deux parties contractantes sur l'autel de la liberté d'enseignement.
Quand il s'agit de sa personne, M. Thiers, dont les instincts égoïstes et mercantiles prennent toujours les grandes questions par les petits bouts , possède un rare talent de mise en scène. Il avait décidé dans les coulisses parlementaires qu'il serait nommé rapporteur du projet de loi sur l'instruction publique , et , désirant que son dernier coup de foudre contre la Société de Jésus fût annoncé par quelques éclairs précurseurs de la tempête , il commanda le Juif Errant dans les ateliers du Constitutionnel, C'était une mauvaise action en dix volumes , un outrage au bon sens ainsi qu'à la littérature , et dont , pour fermer à tout jamais la bouche à la calomnie , les Jésuites devraient imposer la Iec« ture à leurs adversaires les plus aveugles. Le Juif Errant patrona le rapport de M. Thiers. Le rapport de M. Thiers commenta les impuretés «de M. Eugène Suî. L'un se confectionna un Catholicisme de hasard , il parla de l'uvgu<te religion de
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ses pères pour tromper les simples; Tautre se créa humanitaire et socialiste dans le but de faire descendre Timposture jusqu'au fond du cœur des artisans séduits par cette décevante pitié. Le Constitutionnel établit une solidarité qui porta malheur au romancier et à rhomme politique.
Les Jésuites avaient été subitement élevés au rang de ces puissances fatidiques que le moyen âge pressentait dans de superstitieuses terreurs. Pour donner une idée de Teffroi que leur nom provoquait, M. Michelet, s*appuyant sur les fantômes entrevus dans le délire, disait, aux applaudissements de ses auditeurs ' : « Le Jésuitisme,' Tesprit de police et de délation, les basses habitudes de Técolier rapporteur transportées du Collège et du Couvent dans la société entière, quel hideux spectacle ! . . . tout un peuple vivant comme une maison de Jésuites , c'est-àdire du haut en bas occupé à se dénoncer. La trahison au foyer même, la femme espion du mari, Fenfant de la mère... Nul bruit, mais un triste murmure, un bruissement de gens qui confessent les péchés d'autrui, qui se confessent les uns les autres et se rongent doucement. Ceci n'^st pas , comme on peut croire , un tableau d'imagination. Je vois d'ici tel peuple que les Jésuites enfoncent chaque jour d'un degré dans cet enfer de boues éternelles. »
A la même époque cependant, ces prêtres, qui ont un pied dans chaque famille, une oreille ouverte à tous les secrets, un espion et un dénonciateur à chaque porte, sont inopinément dépouillés par un vol domestique d'une somme de plus de 200,000 fi-ancs. Jean Baptiste Affnaer, d'une famille belge où la probité et la religion étaient héréditaires, frappe, vers le mois de janvier 1841, à la maison de la rue des postes. Il est sans ressources, sans pain ; il se dit malheureux. Les Jésuites auxquels un ecclésiastique, son compatriote, le recommanda, l'accueillent avec charité. Il a été condamné dans la Flandre occidentale comme faussaire et banqueroutier frauduleux ; il cache cet épisode de sa vie, et, par d'hypocrites démonstrations, il capte peu à peu la bienveillance des disciples de l'Institut. Placé à l'économat, sous les ordres du Père Moirez, il a des appointements aussi modestes que ses fonctions ; il vit dans une retraite absolue qui convient,
I Des Jésuites ^^r MM. Mkhelct el Quinet, p. 12.
dit-i?, autant à sa fortune qu'à sa piété. Tandis qu'il berce les Je-* suites de son détachement des plaisirs du monde, Aflhaer commence dans Paris une existence de luxe et de roineuses prûd%alîtés. Pour subvenir à ses folles orgies, il place sous sa main la caisse où sont contenus les titres de rente et les diverses valeurs \ servant à entretenir lés Missions au-delà des mers, et à pourvoir
les autres Provinces de l'Institut de tous les objets religieux ou scientifiques qu'on ne trouve qu'à Paris. Affnaer vole, il dépense, il vole encore, il vole toujours. Il a des chevaux, des maîtresses, des amis et une fausse clef. Il lacère les feuillets des livres de compte, il transporte, il surcharge les chiffres afin dé ne pas éveiller Tattention. Pendant deux années et demie, il vécut, jusqu'au jour de sa fuite en Angleterre, sur la confiance qu'il inspira. Ces Jésuites à qui rien n'échappe, restent dans In plus complète ignorance de ce qui se passe à leur porte. Quelques maisons seulement les séparent de celle qu 'Affnaer habite, il ne leur revient aucun bruit, aucun soupçon des débauches que leur argent alimente.
Affnaer est de retour à Paris, les Jésuites ont dénoncé son larcin ; Affnaer est arrêté le 28 juin 1844. Ce n'était qu'un vagabond spéculant sur l'incommensurable bonne foi de ses dupes. A peine la Justice lui a-t-elle fait subir un premier interrogatoire que le fripoif se transforme en misérable. Il sait qu'il rencontrera dans la presse de complaisants échos pour reproduire ses délations. Il ne manquera pas d'appui pour étayer un échafaudage d'impostures. La presse révolutionnaire, en effet, prend le voleur sous son patronage. Elle devient son courtisan à la geôle; elle dramatise ses mensonges ; elle s'efforce de poétiser le rôle infâme que cet homme a joué. Elle menace la Compagnie de Jésus de toutes les révélations qu'il peut faire; bientôt, dans le ConstittUiùa" nel, Affnaer arrive au niveau delà grandeur de M. Thiers et de la véracité de M. Sue, On lui fabrique une gloire qui éclipse momentanément celle des Cousin, des Quinet et des Dupin. Les Jésuites étaient victimes d'un de ces abus de confiance qui frappent les bon-' nêtes gens seuls ; la presse révolutionnaire plaignit le fripon. Par la plus cynique de toutes les aberrations d'esprit, elle tenta d'accréditer les rumeurs qu'elle inventait sur un événement aussi simple.
La Justice était saisie par les Jésuites eux-méfnes : la Jusdet V
informa. Âffnaer comparut enfin, les 8 et 9 avril 1845, devant la Cour d'assises de la Seine. De toute cette fantasmagorie qui avait cherché à égarer la crédulité publique, il ne resfa plus alors qu'un voleur de bas étage dont le courageux rér|ui$itoire de Tavôcat général, M. de Thorigny,. brisa pour jamais le masque constitutionnel. AfPnaer fut flétri par le jury et oublié par les hommes c[ui avaient voulu le doter d'une impudence à laquelle la fermeté des magistrats le contraignit de renoncer. Pour instruire ce procès, pour démontrer que toutes les versions de l'accusé étaient autant de fables, il avait fallu que l'oeil investigateur des juges d'instruction et des membres du parquet étudiât les registres de la Compagnie. On descendit jusqu'aux plus minutieux détails de ses affaires. Le voleur s'était paginé que les Jésuites ne consentiraient jamais à livrer le secret de leur existence à un pouvoir qui ne demandait pas mieux que de les saisir en faute. La publicité devait, selon lui, eflrayer les Pères ; ce fut cette idée qui le ramena audacieusement à Paris. On leur imputait tous les crimes ; dans le même moment, ils ouvrent aux préventions de la Magistrature le plus court chemin pour les dévoiler. La Magistrature se tut. Ce silence, en face de Tardente hostilité des 'fartis, est le plus significatif des éloges pour la Compagnie.
Cependant le ministère, sans cesse harcelé parlearclameursde l'opposition, résolut de sacrifier les Jésuites. 11 ne les avait ni soutenus ni encouragés; mais dominant de toute la hauteur de sa pensée philosophique ces clameurs auxquelles son protestantisme éclairé répugnait à s'associer, M. Guizot avait jusqu'alors refusé d'immoler la liberté religieuse à d'absurdes préjugés. Il ne se prêtait qu'à contre-cœur aux persécutions dont il confessait Tiniquité ; néanmoins , les choses étaient poussées si avant , qu'il fallait offrir une satisfaction queteonque à ces écrivains , à ces orateurs se blessant eux-mêmes sur le champ de bataille où ils ne rencontraient pas d'adversaires. La position des Jésuites, vivant en France comme citoyens soumis aux lois du pays, était inattaquable. On pouvait lès égorger dans une émeute , leur appliquer un des cent, mille décrets de proscription oubliés dans les limbes du Comité de salut public , être implacable selon le con-
seiipeu libéral de1U. Dupin; mais ces mesures avaient leur côté pdieux ou ridicule. Le gouvernement, désintéressé dans la quefelle y reculait devant de pareilles violences; il disait avec Portalis, le savant ministre des cultes dans les premières années du règne d^ Napoléon* : t Les lois ne peuvent régler que les actions ; la pensée et la conscience ne sont pas du ressort des lois. L^empire sur les âmes est un genre de domination que les gouvernements humains ne connaissent pas et ne peuvent pas même connaître. Les lois ont donc fait ce qu'elles peuvent et tout ce qu*eller doivent pour la liberté humaine lorsqu'elles ont annoncé qu'elles ne reconnaîtraient et qu^elles ne sanctionneraient aucun vœu perpétuel. Elles n'ont pas d'ailleurs à s'inquiéter de ce qui n'intéresse que la conscience ; il ne leur appartient pas de forcer le retranchement impénétrable du cœur de l'homme. »
Convaincu de cette vérité , le gouvernement avait les mains liées; il jugea plus opportun de demander au Saint-Siège un service que ses promesses escomptèrent à l'avance. Les Jésuites , n'existant dans le royaume qu'à l'état d'individus , de prêtres séculiers autorisés par l'Ordinaire , n'avaient rien à démêler avec les chicanes de police administrative. Ils n'appartenaient à l'Ordre de Jésus que dans leur conscience ; la loi était donc impuissante à connaître d'un vœu ou d'une intention ne se manifestant point au dehors et ne réclamant d'autres privilèges que ceux dont jouit chaque Français. Il était légalement, constitutionnellement impossible de forcer les disciples de l'Institut derrière ce rempart de la liberté in<Mviduelle ; on crut que Rome se prêterait , sans trop de difficultés, à une comflaisance. La mission de M. Rossi fut décidée.
Pellegrino Rossi, né à Massa, dans les Etats de Modène, et dont la mort si courageuse fut un glorieux démenti donné à toute sa vie, Pellegrino Rossi était un de oes condottieri de l'intelligence , n'ayant d'autre patrie que le lieu où il leur est permis d'abriter la fortune sous leur tente. Les premières années d'une vie nomade avaient vu cet italien professer des doctrines peu en harmonie avec la foi catholique et les principes conservateurs. Un hasard, heureux pour lui, le poussa vers la France.
' R&pport il l'Empereur (21 mars 1807).
Dans le tournoi oratoire où la Chambre des Pairs en 1844 discuta la loi sur la liberté d'enseignement, H. Rossi s*était mêlé aux combattants de ces Ëimeuses journées, et, quoique universitaire, il avait su prendre un rôle de modérateur. On l'avait vu s'efforcer de concentrer, de restreindre peut-ètro les colères dont la Société de Jésus était l'objet ; et , pour faire cesser le feu , il s'exprimait en ces termes : « Je ne sais si ThumiUté chrétienne est parmi les vertus de cette Congrégation ; mais certes elle aura quelque peine à ne pas céder aux séductions de l'oi^eil , tellement est grande la place qu'elle a occupée dqpuis quelqi^Bs jours dans nos débats. »
Les Jésuites, l'Episcopat, la France, l'Église elle-même, tout cela n'était que secondaire pour M. Rossi ; son but principal était de réussir, parce que la victoire lui servait de marchepied afin d'arriver à de plus hautes destinées. A Rome, ou tant de défiances surgissaient autour de lui, où un cordon sanitaire semblait lui laisser le palais Colonna pour lazaret, M. Rossi ne voulut rien voir de tout ce qui se faisait, rien entendre de tof|t ce qui se disait. Il ferma les yeux et les orei^fis , puis, à force d'intrigues croisées, il se mit à battre en brèche la Compagnie de Jésus. M. Rossi avait longtemps vécu dans une situation précaire. L'ambition lui inspira la science de la flatterie et de la souplesse ; elle lui révéla le point vulnérable de beaucoup d'amours-propres. Il possédait la clef des passions de l'humanité ; il se servit de cet art qui déjà lui avait été si fructueux. Il lui fallait des trompettes pour répandre dans les salons les rumeurs qu'il sentait le besoin d'accréditer, les promesses que son gouvernement s'engageait à ratifier, les menaces qu'en cas de refus il devait faire entendre au Saint-Siège* La prélature romaine se tenait sur ses gardes; le diplomate improvisé trouva dans quelques ecclésiastiques français l'appui qui lui était dénié par le Clergé d au-delà des monts.
Comme tous les parvenus encore peu habitués aux dignités et au pouvoir, M. Rossi, en mettant le pied sur le patrimoine de l'Eglise, avait espéré que sa présence seule aplanirait les obstacles, et qu'il enlèverait de haute lutte la négociation dont il posait inapériebsement les bases. Représentant de ce qu'en France on appelle le pays légal, M. Rossi s'était imaginé qu'il ne lui en coû-
lerait pas beaucoup pour eflVdycr le Saiint-Siége. Les quelques prêtres aux yeux desquels il faisait briller dans un prochain ave^ nir des mitres épiscopales et de hautes fonctions comme récom*pense de leur jeune dévouement l'entretenaient dans ces idées. Il crut avoir partie gi^;née avant même d'avoir commencé le jeu, et il se persuada que, par courtoises subtilités ou par intimidS'tion, il n'y aurait rien de plus aisé que d'amener à son but le Vicaire de Jésus-Christ. Le rôle de l'ambassadeur espagnol Flo^ rida^Blanca l'avait séduit. Ainsi que lui, il se croyait destiné i commander dans la capitale du monde chrétien et A imposer i un nouveau Ganganelli les volontés de son maître. Clément XIY avait fléchi sou^ l'audacieuse étreinte du plénipotentiaire de Charles III , Grégoire XVI, plus calme et plus fort dans sa simplicité pleine de grandeur, n'était pas un Pontife à se laisser violenter. On prétendait en France qu'il n'y avait qu'à demander à Rome pour obtenir. Le caractère conciliant du Pape et du car^ dinal Lambruschini, son secrétaire d'Etat, était peint sous des traits qui faisaient présager la débilité. On ne tenait compte ni de leur amour pour la psix , ni de la condescendance que la Chaire apostolique est heureuse de témoigner dans toutes les transactions ne préjudidant en rien aux droits de l'Eglise et à ceux de la justice. Le Pape s'était plus d'une fois montré généreux; on rêva que cette bonté irait jusqu'à la faiblesse. G^ fut ju)us de tels auspices que M. Rossi entama l'affaire des Jésuites.
Les Jésuites avaient, dans le Sacré-Collége , dans la Prélature et dans les divers Ordres religieux , des juges, des maîtres, dei» amis, des émules qui appréciaient sainement cette guerre incompréhensible. Us voyaient tous la Société â l'œuvre; ils Têtudiaient ; ils la suivaient dans ses luttes et dans ses travaux ; ils se rendaient un compte exact de ses progrès et de ses défaites. Sur les lieux mêmes où l'on affirmait que son action avait quelque chose d'irrésistible , ils trouvaient dans la réalité le contre^^ poids des mensonges. Le prisme sous lequel on faisait mouvoir l'ombre du Jésuitisme ne séduisait personne. L'expérience du passé servait de leçon à l'avenir, et, forte de l'exemple du gou* vemement pontifical, Rome attendait, dans un silence plein d'équité , les terribles accusations dont ]K. Bo^si se faisait l'organe»
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Les abbés d'Isoard, de Falloux et Lacroix ^, chacun selon la ihesure de ses ambitions individuelles ou de ses complaisances conciliatrices, s'étaient mis aux ordres du plénipotentiaire de l'Université. Us n'attaquaient pas les enfants de saint Ignace; 'mais, tout en déplorant la malveillance dont l'Institut était l'objet, ils insinuaient que la bonne harmonie ne régnerait jamais entre la Cour apostolique et le cabinet des Tuileries, tant que satisfaction n'aurait pas été accordée à l'opinion égarée. Sur ce thème , que les aides diplomatiques de M. Rossi brodaient, suivant le caractère, l'esprit ou les impressions de ceux auxquels ils s'adressaient, on commença à donner un corps aux allégations et aux menaces que l'ambassade tenait en réserve ; on lui prépara les voies. Peu de jours après, la ville pontificale se trouva placée sous l'état de siège des terreurs intéressées.
Pendant ce temps, TUniversité et la presse parisienne ne ces- -saiént de marcher à l'assaut de l'Institut de Loyola. II importait tje travailler au succès de la mission Rossi par tonte espèce de combats 6t de persuader au Saint-Siège que, comme le royaume très-chrétien , il allait lui-même passer subitement sous la domination des Jésuites. On croyait avoir assez échauffé les imaginations et exalté les colères ; on tenta de faire servir les Jésuites ii un de ces coups de majorité législative qui ne réussissent que par lassitude. En 1840, M. Thiers avait joué la comédie de la giierre contre l'Europe entière, et il avait embastillé Paris au chant de la Marseillaise, ressuscitée pour la circonstance. En 4845, il fallait démontrer à la France qu'elle éprouvait le besoin
* Le nom île M. l'abbé (le Rounechosc , aujourd'hui évéque de GarcassoDoe , a disparu de cctlc nouvelle édition ; en voiri les molifs. Apr68 deux conrérenccs que nous avons eues ensemble à Rome, cet e<:clésiaslique m'a adressé une lettre datée du 39 janvier 1847. Elle contient le passage suivant : « 11 est très-vrai que j'ai pris une •certaine pari aux négociolions qui, k la suite des séances de la Chambre des députés, .du 3 et du 3 mai 1845, ont amené le Père Général k adopter de nouvelles meaorcs ; mais ce que j'ai fait , je l'ai fait sponlanémcni et dans les vues les plus désintércs- -sées. Je n'ai été l'instrument de personne : je n'ai suivi que l'impulsion de ma conscience et je n'ai obéi qu'k des convictions résultant pour moi des événements qui se passaient sous nos yeux et qui pouvaient être diversement appréciés. On a donné k ma conduite , dans ces conjonctures difficiles , une autre couleur. Je reconnais que de fâcheuse:» coïncidences se sont élevées contre moi,eton a pu de 1res* 'boime foi interpréter ma démarche dans un sens défavorable. » - En présence de ces explications verbales et écrites dont la loyauté nous a paru entière, nous avons cru devoir séparer M. l'abbé de Bonnechose des trois autres prêtres français qnr n'ont pas été aussi heureux que lui.
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de voir les fortifications se hérisser de canons. Pour enlever Tar* mement, M. Thiers se rua sur la Société de Jé^us. H ressentit une indignation constitutionnelle en apprenant qu'il existait sous le ministère de M. Guizot autant de Jésuites sur le sol natal, que lorsqu'il était lui-même à la tète des affaires. Les 2 et 3 mai i 845, ses interpellations tinrent les députés en émoi ; mais le peuple ne se préoccupa nullement de ce nouveau tour de prestidigitation. 11 sourit des frayeurs de M. Thiers, et surtout de ses élans de Foi. Le peuple ne daigna même pas s'étonner du péril auquel la Chambre arrachait la France. Comme ce bruit, fait à propos des enfants de saint Ignace, n'avait pour but que de dis* traire les esprits, on lui donna le retentissement d'une solennité nationale. C'était la vérité et la liberté de conscience que, malgré un admirable discours deM. Berryer, on immolait à une peur convenue : M. Thiers fit de la religion ; M. Dupin du courage civil; M. Odillon Barrot de la vertu; M. Isambert de la pacification ù l'égard du clergé. M. Martin (du nord), ministre de la justice et des cultes, resta seul dans son caractère. 11 fut lâche.
M. Rossi avait attendu le résultat de ces séances pour entrer officiellement en campagne. Persuadé que les clameurs du Palais-Bourbon retentissent jusque dans l'intérieur du Vatican et qu'elles y sèment un effroi salutaire, il juge que l'heure est venue de porter un dernier coup. Il adresse au Saint-Siège un Mémorandum, dans lequel sont relatés différents motifs que le cabinet des Tuileries fait valoir, pour prouver que l'Ordre de Jésus ne peut plus exister en France, et qu'il faut le dissoudre sans retard. Le plénipotentiaire ajoute : « Que son gouvernement n'a jamais eu l'intention de chasser du Royaume ou de molester les individus qui appartiennent à la Société dç Jésus; mais ne pouvant pas se dispenser d'accomplir l'engagement contracté devant la Chambre, il se verrait forcé d'user des moyens qui lui sont propres, il enverrait aux Préfets et aux Procureurs-généraux l'ordre d'exécuter sur ce point les lois du Royaume, et, en conséquence, le pouvoir civil fermerait les maisons non-seulement des Pères Jésuites, mais aussi des autres Congrégations religieuses, excepté celles qui se trouvent légalement autorisées ; et on ne saurait, dans ce cas, empêcher les conséquences d'un
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choc qui pourrait, entre autres choses, induire peuirétre dans l'esprit public une confusion entre la cause des Jésuites et celle du Clergé en général. Pour éviter ces conséquences désastreuses, on demande que le Saint-Père, interposant salutairement son autorité, veuille bien ordonner aux Pères Jésuites la dissolution des Maisons et des Noviciats qu'ils ont en France. »
A la Chambre des Députés, la question ne fut pas ainsi posée par MM. Barrot, Thters et Dupin, ainsi acceptée par les ministres. Il avait été entendu qu'elle serait résolue sans le Saint- Siège et malgré le Saint-Siège ^ La négociation ne pouvait donc aboutir qu*à un affront pour lui. D*un côté, on invoquait le concours du Pape ; de Tautre, on proclamait à la face de TEurope que Ton ne deiAandait pas mieux que de s*en passer. Le Mémorandum de M. Rossi fut par cela même regardé comme non avenu. Ce silence était alarmant; le négociateur espéra le vaincre en faisant mouvoir tous les ressorts préparés de longue main. L'esprit révolutionnaire, dans ses nuances même les plus modérées, n^a foi qu'en la force brutale. L'échafaud ou la proscription sera toujours son dernier mot. La première tentative de M. Rossi périclitait ; il chercha à la relever par des menaces, par des promesses et par des intrigues de toute nature.
Il annonçait officiellement que les Jésuites seuls étaient la cause de la guerre entre le Clergé et l'Université ; qu'ils devenaient de plus en plus impopulaires^ ; que leurs maisons servaient
i Dans la sésDoe du 3 mai 1845 (Moniteur du 4, p. 1185), M. Thiers avait propoaé un ordre du jour aittsi motivé :
« La Chambre, se reposant sur le gouveroement du soiu de foire exécuter les lois de TEiat , passe k iWdre du Jour. »
Le Mittistre de la justice, M. Martin , y avait adhéré en déchirant que « le gouvernement ne subordonnait au concours de personne l'exercice de son droit , Texécution ûei lois du pays. »
M. Thiers reprend ht parole i « Les circonstances, dit-il, qui avaient fait que ces lois étaient restées inexécutées , ces circonstances ont changé ; il devient urgent d'appliquer cet lois. Maintenant le gouvernement qui est chargé de les exécuter doit avoir la liberté nécessaire et employer les moyens qu*il jugera les plus convenables. 11 a eu recours k Tautorité spirituelle, je l'approuve; mais k une condition , c'est que, quelle que soit la décision de l'autorité spirituelle (Oui ! oui I) «
M. le Miuibtrede l'intérieur : C'a été dit , c'est entendu.
M. Thiers : Quel que soit le succès des négociations auprès de cette autorité spiri* tuelle, que Je respecte et k laquelle je ne soumets pu les lois de mou pays, quel que soit le succès des négociations , les lois de r£tat seront exécutées.
De toutes paris : Oui ! oui !
3 Ge reproche, que tous les échos de la presse et. de la tribune ont tant contribué k jeter dans la circOlDilion, est venu échouer en France au moment même où U liberté
de foyer ati Légitimisme, et qu'on les trouvait partout où éclatait un mécontentement. Si, ajoutaient le plénipotentiaire et son escouade d'agents, si le Saint-Siège ne concilie pas les intérêts de Dieu avec ceux de César, une loi fermera pour toujours l'entrée du Royaume aux enfants de saint Ignace, et cette loi s'étendra à toutes les corporations religieuses. Le gouvernement irrité fera retomber sa colère sur TEglise et sur le Clergé. Les esprits sont tout disposés à accepter le schisme, & se séparer du Saint-* Siège. Que le pouvoir dise un mot, qu'il fasse un signe, et le Royaume très-chrétien renoncera d'entraînement à la vieille Foi catholique. Il est voisin de l'Italie; il peut y souffler ou y apaiser les tempêtes; c'est au Pape et à la Cour Romaine à décider. Qu'on sécularise les Jésuites ; qu'au moins on les sacrifie pour un temps, qu'on leur ordonne de s'éclipser durant une année, six mois peut-*être, et l'âge d'or de l'Eglise de France renaîtra. Le Saint-Siège demande, et non sans de justes motifs, la révision des articles organiques ; il y en a qu'il rejette. Le gouverne*ment s'empressera de présenter une loi dans ce sens : Le Clergé désire que la liberté d'enseignement ne soit pas un vœu stérile. Cette liberté ne sera plus refusée ; on accordera aux Chrétiens de Syrie une protection plus efficace ; mais, — et M. Rossi terminait toujours ainsi ses mémorandum verbaux, corollaire de la note écrite, — il faut avant tout donner satisfaction aux plaintes, aux colères, aux préjugés peut-être , en sécularisant l'Ordre de Jésus.
Mise en présence de cet ultimatum, la Cour pontificale, tout en tenant compte, avec sa discrétion habituelle, des difficultés qui surgissaient autour des hommes d'Etat de France, ne se déguisa point qu'il lui restait un grand devoir à rempFir. Elle pesa
tVenseigneineDt commença k devenir une vérité. A peine une loi qui laisse les pères de bmille k peu prèa libres declioisir les maîtres qu'ils donneront k leurs enfants est>elle votée par l'Assemblée nationale que, sous la République de 1848, d'innombrables demandes affluent de lous les points chez les Jésuites. Des conseils généraux et municipaux, des pères de famille, appartenant aux diverses opinions politiques qui divi^iout te pays, se mettent en iustauce' auprès de ces disciples de saint Ignace que la veille on décrétait d'impopularité. On leur fait prière, injonction presque d'avoir k fonder partout et simultanément des coUéges et dea pensionnats. 11 y a un. an à peine que la nouvelle loi sur l'instruction publique est en voie d'exécution, et déjà les Jésuites qui, dans le premier moment , n'ont pu réaliser toutes les espérances et tous les vœux, sont à la tête de quinze collèges , sur celte terre d'où quelques charlatans constitutionnels voulaient les exUer sous prétexte d'impopularité.
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au poids de la justice du sanctuaire les motifs allégués par le diplomate de l'Université. Elle examina les grie£s qu il disait valoir contre les Jésuites, les menaces et les promesses dont il s'armait tour à tour. Elle décida qu'il n'y avait, qu'il ne pouvait y avoir rien de sérieux dans les unes comme xlans les autres.
Si , disait-elle , les maisons des Pères de l'Institut sont un foyer de Légitimisme, le gouvernement a une police pour les surveiller et des lois pour les punir. Or, comment se fait^il que, dans tous les complots vrais ou supposés qui depuis quinze ans ont troublé la France , il soit impossible de saisir la main d^un Jésuite agissant au grand jour ou dans l'ombre? Us prêchent, ils instruisent, ils dirigent sons la juridiction de l'Ordinaire. Quelles paroles de révolte l'autorité a-t-elle entendues tomber de leurs chaires? Quelles perfides insinuations , quels conseils malveillants a*t-elle recueillis de la bouche des Fidèles qui s'adressent à eux? On impute aux Jésuites des tendances antiorléanistes, et, pen* dant ce temps, la Gazette de France s'essouffle à démontrer quHls ont été trop favorables à la dynastie de Louis-Philippe , et que c'est par leur influence qu'une portion du Clergé s'y est ralliée Aux yeux d'hommes impartiaux , ces deux accusations contradictoires s'annihilent donc l'une par l'autre. Rome demandait qu'on précisât un fait, et le plénipotentiaire, de même que ses agents ecclésiastiques , se renfermait dans de banales généralités. Il en dut être ainsi pour l'inculpation d'avoir semé la diseorde entre l'Episcdpat et l'Université. Les Evêques n*avaient pris conseil que de leur mission , de leur conscience et de l'effroi de leur troupeau. La Chaire apostolique était en mesure desavoir cela mieux que le cabinet français ; n'avait-elle pas été le confident de leurs tristesses pastorales si longtemps muettes et leur appui moral dans la lutte ?
On proclamait les Jésuites impopulaires; pour le démontrer, M. Rossi tirait son principal argument des interpellations de M. Thiers, de l'ordre du jour motivé qui en fut la conséquence, surtout du nombre des abonnés au Journal des Débats y au Siècle et au Constitutionnel. La Cour pontificale n'amoindrissait pas ainsi la question; elle l'élargissait au contraire. En étudiant seulement l'histoire des cinquante dernières années qui ont
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passé sur la France, elle 9d demandait à quel signe visible on reconnaît la popularité dans un royaume où Louis XVI périt sur récfaafaud et où Harat fut déifié au Panthéon. La Cour pontificale voyait Bonaparte élevé sur le pavois, puis jeté aux gémonies, les Bourbons salués comme les sauveurs de la patrie, et seize ans après proscrits encore au nom du peuple. Elle entendait la calomnie hurler à tous les noms illustres ; elle contemplait chaque fraction de parti distribuant à son gré la gloire ou Tinfamie. Elle trouvait le généreux soldat , le magistrat intègre , l'écrivain consciencieux, rbabile diplomate, le ministre sage ou éloquent, harcelés par T insuite et conspués jusque dans leur vie privée, tandis qu'on improvisait grands citoyens des hommes médiocres ou pervers , dont au même moment d'autres opinions brisaient le piédestal. La Cour de Rome rappelait à M. Rossi que l'homme d'Etat dont il se disait le représentant, que M. Guizot s*était plus d'une fois à la tribune glorifié de son impopularité , et elle priait le plénipotentiaire de l'Université de vouloir bien mettre d*accord cet aveu et ses reproches officiels. On allait plus loin ; on plaçait sous les yeux de M. Rossi ce passage où M. Guizot définit et peint avec tant d'éloquence l'opinion publique , et le Saint*Siége répétait avec le ministre des affaires étrangères ^ :
< Dans les temps de fermentation et de désordre, le véritable vœu national^ la véritable opinion publique sont méconnus, comprimés, insultés; les partis seuls se montrent et agissent, et la nation n'est qu'une masse inerte , ballottée tour à tour dans les sens les plus contraires et façonnée , mutilée , au gré des passions ou des intérêts qui se combattent sur son sein. A chaque alternative de succès et de revers, le parti vainqueur se prétend l'interprète fidèle , le vrai défenseur de l'intérêt national et de l'opinion publique; le parti vaincu n*est qu'un amas de révoltés, étrangers à la patrie qu'ils ont opprimée quelques instants et qui applaudit à leurs défaites. Que la chance tourne, le nouveau vainqueur tiendra le même langage , et se servira de la même illubion pour accabler son adversaire. »
Rome essayait de se rendre compte de cette mobilité, et, tout
• Noiw de M. Giiizfit sur rouvraijc De in souveraineté et des formes du gouverttemeiU y \}»T U. Aucillou , p. 159 (Ptiis, 1816).
394 CHAP. VII. — HISTOIRR
en avouant son insuffiisance , elle cohfessait que la popularité en France a quelque chose de si insaisissable qu'il devient trés-diffi-^ cile de la caractériser. L'impopularité des Jésuites était bien constatée chez les ennemis de la Religion catholique ; mais , à part cette évidence dont le Saint-Siège, sous peine de suicide, ne pouvait guère punir la Compagnie, en était«il ainsi dans les rangs du Clergé, parmi toutes les familles chrétiennes, au milieu de ces populations laborieuses que les Pères évangélisent et de cette foule qui assise leurs confessionnaux? Si les Jésuites, disait Grégoire XVI , sont éternellement frappés de la flétrissure morale sous laquelle passent tous les partis , tous les hommes , tous les systèmes, que peut donc craindre la France de quelques pauvres Prêtres dont la voix sera étoufiée par l'indignation publique? que fera leur stérile concurrence à l'Université? qu'importe au pouvoir que les Jésuites vivent ou meurent , s'ils n'ont point pris racine dans le Royaume ? et dans quel article de la Charte ou des cinq Codes trouve-t-on qu'il fiiut bannir du sol natal les Français décrétés d'impopularité? Ce motif est un affront fait à la loi et au bon sens public. Si un gouvernement entrait dans cette voie d'ostracisme, à coup sûr ce ne serait pas le SaintrSiége protecteur , né des faibles et des persécutés, qui prêterait la main à une pareille violation de tous les droits.
La menace d'une loi excluant les enfants de Loyola du sol qui les a vus naître et frappant toutes les Congrégations autorisées ou tolérées semblait aux prélats même les plus timides une œuvre impossible à réaliser. Le Saint-Siège, par déférence pour le gouvernement de Louis-Philippe, ne daigna pas même s'en préoccuper. Cet appel à la proscription, dans un siècle et dans un pays qui a tant remué d'idées, tant sacrifié de millions d'hommes pour faire triompher la liberté individuelle, avait quelque chose de si étrange que personne ne le prit au sérieux. On se contenta de répondre aux subalternes de M. Rossi qu'ils calomniaient leur patrie. Dans cette occurrence, Rome interpréta plus noblement et plus justement qu'eux la véritable pensée nationale.
Quant au schisme légal, qu'ils tenaient suspendu comme un épouvantail sur la capitale du monde catholique, et dont l'im-
minence leur paraissait pleine de dangers prochains, la Cour pontificale se montre encore plus incrédule. Elle sonda le trône de Louis-Philippe, pour savoir où était le Henri VIII brisant d*un seul coup l'Unité et séparant la France de la Communion romaine. Elle n*y trouva qu'un vieillard fatigué de révolutions, un vieillard qui s*eiforçait, en prudent fondateur de dynastie, de consolider sur la tête de son petit-fils la couronne qui, dans un temps prévu, allait avoir à traverser une minorité toujours orageuse. Le Saint-Siège connaissait de longue date Fépiscopat français, et il y cherchait en vain les Cranmer qui se prêteraient à cet impossible caprice. En voyant le Clergé pauvre des biens de ce monde et riche seulement de sa Foi si souvent éprouvée, Rome, qui possède tous les secrets des schismes, se disait qu'ils ne sont réalisables que dans des circonstances données. Il faut que le prince ait des passions à satisfaire, des trésors à partager entre ses courtisans, des avidités à tenter en leur offirant les biens du Clergé. Il faut surtout que la Nation entière soit unie à son roi, et que les partis divisés par la politique ne puissent pas se &ire un drapeau de leurs croyances religieuses pour s'insurger contre un gouvernement leur donnant l'exemple du parjure et de l'apostasie. Or, la France ètait-elle dans ces conditions? Le roi, dont le Saint-Siège connaissait la prévoyance dynastique, avait-il intérêt à jeter la perturbation dans les âmes? pouvait-il^ de gaîté de cœur et sans espoir d'une compensation quelconque, imposer un nouveau culte au peuple français? Que, dans les conciliabules de leur impiété théorique, un petit nombre d'honunes se soient imaginé de changer la religion du pays, cela est possible. Rome ne niait pas le fait; mais en voyant les provinces de l'Ouest, du Nord et du Midi si pleines de Foi ; mais en étudiant la situation même de Paris, elle demeurait de plus en plus convaincue de l'inanité de ce rêve. La Révolution avait échoué; l'empereur avait reculé en confessant son impuissance. Le royaume très-chrétien était catholique jusqu^au fond des entrailles. Personne en France, Louis-Philippe moins que tout autre, ne pouvait songer à réunir toutes les fractions de parti, pieuses ou incrédules, légitimistes ou républicaines, sous l'éten*dard de l'Unité que les ennemis de la famille d'Orléans arbore-
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raient contre elle. L*idée d'une séparation n*était donc qu'une menace sans porlée ; car, lorsque les esprits sont tout prêts à aller au schisme, le schisme est déjà passé dans les mœurs, dans les croyances. Il existe, et, avec les ardeurs françaises, il en* traîne le gouvernement lui-même.
La sécularisation des Jésuites, sollicitée par de tels moyens, n avait aucune chance do réussite. M. Rossi avait en vain essayé d'intimider : il crut que ses promesses seraient plus efficaces. Les pouvoirs constitutionnels, dont il faisait bon marché, ne furent plus d'aveugles instruments de troubles religieux ; le négociateur leur accorda de son chef une pensée toute différente. Le Sâint-Siége n'avait qu'à dissoudre en France la Société de Jésus, et à l'instant même une loi serait présentée pour reviser les articles organiques, contre lesquek Rome avait toujours protesté. Afin d'obtenir un résultat favorable, M. Rossi avait inventé des menaces impossibles ; en désespoir de cause, il arrivait à des engagements irréalisables. Le Saint-Siège tient sans doute beaucoup à voir tomber les chaînes que porte le Clergé, mais ce n'est pas par une iniquité qu'il convient à la Chaire de Pierre de préparer le triomphe de la justice. Protéger les Chrétiens de S} rie contre les cruautés musulmanes a toujours été un devoir des gouvernements chrétiens : Rome ne s'expliquait donc pas qu'on mît des conditions à l'accomplissement de ce devoir, toujours regardé par la France comme sacré. On berçait la Cour pontificale de l'espoir d'arracher l'Orient catholique aux maux qu'il endure ; mais, pour faire cesser la persécution de Syrie, il fallait que le Pape se fît le persécuteur des Catholiques d'Europe et de la Compagnie de Jésus.
Cette espèce de prostitution de la charité, ce trafic de faveurs et d'injustices, fut repoussé à Rome comme une mauvaise pensée. M. Rossi, après s'être décidé à passer son Mémorandum, avait, pour l'appuyer, mis en jeu tous les ressorts, essayé de tous les pièges. Grégoire XVI se renfermait dans la dignité de son silence ; le cardinal Lambruschini restait impassible. 11 se conten-» tait de faire savoir à l'ambassade que le gouvernement de Sa Sainteté ne pouvait répondre que négativement au Mémorandum et par la réfutation des assertions contenues dans cette dépêche^
Alors le plénipotentiaire changea de ton. Il ne menaça plus, il ne promit plus, il n'exigea plus. On le vit se borner à demander une concession, si légère qu'elle fût. Par égard pour la France, le Saint-Siège qui, dans cette question complexe, ne voulait pas môme avoir à se reprocher un défaut de formes, réunit, le 12 juin 1845, la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, et il lui soumit les demandes de M. Rossi. Huit cardinaux sur douze furent convoqués. Lambruschini, Ostini, Castracane, Franzoni, Patrizi, Polidori, Bianchi et Acton délibérèrent en présence du Souverain-Pontife ^ et ce fut sur les motifs suivants qu'ils basèrent leur vote :
l^ Les lois qu'on allègue contre les Jésuites, ou plutôt contre toutes les Associations religieuses, sont contestées même en France. Elles ont été rendues sous un autre ordre de choses, et elles se trouvent en contradiction manifeste avec le Concordat et avec la Charte, établissant en principe la liberté du culte, puisque la pratique des conseils de l'Evangile appartient évidemment â la Foi catholique. L'Eglise n'a jamais envisagé la profession religieuse autrement que comme la pratique volontaire et libre des conseils que Jésus -Christ donne à ceux qui aspirent à être plus parfaits. Cette profession ne doit pas plus priver les Français de leurs droits de citoyens que la profession même du Catholicisme. Les vœux religieux soiit des liens purement spirituels; ils ne dépendent jamais d'un gouvernement. Ceux qui les contractent n'en jouissent pas moins, aux yeux de la loi, de la plénitude de leurs droits ; ils peuvent s'unir, s'associer, vivre ensemble comme tous les autres nationaux. Que les lois ne reconnaissent pas ces sortes d'associations, qu elles ne leur accordent aucun titre, aucune prérogative; qu'elles ne les admettent point à agir collectivement et comme sociétés légales, rien de mieux. Cela est de la compétence de l'autorité civile ; mais cette compétence ne s'étend pas au-delà.
^° Le Saint-Siège ne peut pas, sur les instances d'un gouvernement, condamner et immoler des innocents. Les Jésuites exis-
1 La loi du silence est imposée aux cardiuaux qui prennent partit ces sortes de Congrégations y et, sous aucun prétexte, ils ne peuvent révéler ce qui s'y passe ou les mesures adoptées. Grégoire XVI, que le gouvernement françaia mettait de moitié dans ses actes , ne voulut pas accepter une solidarité semblable. Pour h manifcslalion de la vérité, il délia les cardinaux de la loi du silence.