CHAPITRE VUL
Les Jésuites s'oecupent da ^éducation publique. — Le système anden et moderne d'inftructioD. •» L# pratique tTani le précepte. — Avant de former des élèves , ils veulent former de bons professeurs. — Le Général de TOrdre recommande d'ouvrir des Scolasticats. — But de ces maisons. •— Ecoles normales de la Compagnie. — Lettres de Braozowski au Père de Clorivière. — Le Père Rozaven et les études philosophiques. — Préparation au professorat. — Demande de révision pour le Ratio studiorttm, — Manen , Loriquet, Garofalo, Gii et Yan Hecke nommés commissaires. — Leur travail. -> Retranchements et additions faits su RcUio. — Proœmium du Général de la Compagnie. — Les deux années do noviciat. -* Manière d*éludier des Jésuites. — Leur pian pour former les autres. — De quelle manière ils envisagent Téducalion publique. — Comparaison du système universitaire avec celui de la Compagnie.— Plan d'étude des Pères de Brugelette introduit dans TUniversilé de France par M. Cousin. — La Gazette de Vlnttruction publique et le Collège de Fribourg. — Le Convitlo Dei Nobili à Naples. — Etiit de Téducation dans les Deux-Siciles. — Les Jésuites et TUniversité de Naples. — Rapport au ministre de Tiostruction publique par Petit de Baroncourt. — Causes de la guerre que les Universités font aux Jésuites. — M. Thiers et le patriotisme. ^ Les élèves des Jésuites accusés par M. Tbiersde n'être pas aussi bons Français que lui. — Protestation des élèves. — Botta et Gioberti font un crime aux Jésuites d'arracher du cœur des enfants l'amour de k famille. — Les Jésuites et leurs œuvres. — Les théologiens et les ascètes. ^ Perrone et Martin. — Patrizi et Rozaven. — Roothaan et Weninger. — Les orateurs Mae-Carfhy et Finetti. ~ Ravignan et Minini. •— Les philosophes. — Buczinski et Rothenflue. — Dmowski et Liberalore. — Vico et Taparelli. ^ Les découvertes astronomiques du Père de Vico. — Secchi et Caraffa. — Les Jésuites polémistes. — Charles Pkrwden et Descfaamp. — Kohlman et ArriUaga.— Les Jésuites archéologues. ~- Travaux de Marcbi.— Les Pères Charles Gabier et Arthur Martin. — Vico et Bresciaai. — Les ip^ndea fomilles et^ la Compagnie de Jésus. — Conclusion.
Au milieu des obstacles de toute nature qui surgissaient pour entraver la recomposition de la Société de Jésus, et qui glorifiaient son passé pour la tuer dans le présent ou dans l'avenir, elle avait su maîtriser les entraînements comme le découragement. Elle s'était résignée aux combats ainsi qu'à la persécution ; la lutte ne l'effrayait pas plus que la calomnie. Ces inimitiés permanentes, dont le caractère, depuis trois cents ans, n'avait
jamais varié, ne laissaient aucune incertitude aux Catholiques sur le but de tant de clameurs. Les révélations abondaient de tous les côtés ; les indiscrétions de la victoire expliquaient des attaques pour ainsi dire périodiques. Les Jésuites n'étaient que le cri de ralliement donné aux passions irréligieuses, le mot d'ordre pour battre en brèche TEglise universelle et les principes de Foi. Nous avojos dit comment Tlnstitut repoussa cette guerre sans dignité et sans justice, que des barbares auraient rougi d'entreprendre et de soutenir, 11 faut maintenant voir quel fut le plan d'existence que les Jésuites se tracèrent dans Tintéritur de leurs Maisons.
En dehors de la prière et des œuvras de piété ou de charité, qui sont un secret entre Dieu et le prêtre, les disciples de Loyola, à peine rendus à la vie religieuse, cherchèrent à ofiTrir à Téducation un puissant levier. Hommes de leur siècle par le savoir, ils comprirent, dès le premier jour du rétablissement de leur Ordre, qu'ils devaient populariser^ Tinstruction. C'était un des principaux buts que le fondateur leur assigna. Leurs devanciers l'avaient atteint; les nouveaux Pères de la Compagnie ne voulurent pas se trouver en arrière. Le mouvement des esprits, l'im» pulsion donnée aux connaissances humaines, les découvertes signalées dans les arts et dans les sciences, les brillantes théories enfantées par la liberté, tout leur disait une loi d'étudier les innovations et de les appliquer dans ce qu'elles ont d'utile et de réalisable. In pratique chez eux vient toujours avant le précepte. Les Pères les plus versés dans l'enseignement s'étaient, durant plus de quinze années, consacrés à suivre pas à pas les améliorations que l'expérience leur conseillait d'adopter. Afin de former de bons élèves, ils furent unanimes pour déclarer qu'il importait avant tout de créer d'excellents professeurs. Ce fut de ce point que l'Institut partit. Cette base posée, il ne songea aux difficultés que pour les vaincre; il se mit à Fœuvre avec une patience qui est la plus féconde de toutes les activités.
Dès 1814, plusieurs royaumes, s'associant à la pensée de Pie VU, réclamaient les Jésuites comme les instituteurs des générations nouvelles. Les Jésuites répondirent au vœu des peuples catholiques. Le premier soin des chefs de l'Ordre fut de pré-
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parer dans le silence les maîtres qui plus tard apprendraient a la jeunesse à être chrétienne et studieuse. Le Père Brzozowski, Géiféral de la Compagnie, et les supérieurs de Rome se font Une occupation spéciale de ces labeurs de l'intelligence. La disette des régents est signalée dans beaucoup de Provinces ; cela n'empêche pas Brzozowski de recommander avec instance que les jeunes gens admis dans la Société subissent leurs deux années de novjeiat avant d'être employés à l'enseignement. II faut qu'ils soient façonnés aux vertus de leur état pour qu'ils puissent initier les autres à la science. Ce n'est pas assez de demander aux Novices vingt-quatre mois de réflexion et de solitude. Lorsque ce temps de probation est écoulé,^es che& de la Compagnie exigent que le Scolastique se renferme dans une maison d'études, et que là il travaille à la littérature, à la théologie, à la philosophie, aux mathématiques et à la physique. Ces maisons d'études sont fort rares encore. Brzozowski presse les Provinciaux d'en ouvrir sur les points les plus favorables ; il veut même qu'on sacrifie des établissements déjà fondés à ce besoin de l'avenir. « Les établissements, mande-t-il dePolotsk, le 7 septembre 1817, au Père de Clorivière, font grand bien, je n'en doute pas, mais je crains que le bien que nous faisons à présent ne nous mette hors d'état d'en faire par la suite. Il n'est pas d'homme si pressé par la famine qui ne sacrifie une partie de son grain pour ensemencer ses terres dans la vue de l'avenir. — Mais, comment entretenir une maison d'études sans avoir de fonds assurés? C'est 1!t, je le vois, la plus grande difficulté. Je répondrai cependant que, toute grande qu'elle est, elle ne doit pas nous arrêtet, puisqu'il s'agit d'une œuvre qui tend évidemment à la gloire de Dieu. Notre Compagnie n'a point d'autre dessein ; tâchons de nous rendre dignes des soins de la divine Providence, et elle ne nous manq«iera pas.
Le 18 juin 1817, le Général faisait une condition obligatoire pour les jeunes Jésuites du travail et d'une solide instruction. Nous ne devons pas perdre de vue , écrivait-il , que nous voulons former des Jésuites , et que dans un Jésuite la science est absolument nécessaire, presque aussi nécessaire que la piété même. Je voudrais donc qu'avant de penser à de nouveaux établisse-
ments, on s'occupât efficacement à créer une maison d'éludés, où nos jeunes gens pussent successivement acquérir le savoir que demandent nos Constitutions. Nous devons travailler solidement et penser à l'avenir... Notre Saint-Père a jugé devoir, dans les circonstances où nous nous trouvons, rétablir la Compagnie; et ce n*a pas été sans une direction particulière du Saint-Esprit, nous devons le présumer d'un si saint Pontife. C'est donc à nous à coopérer à ses desseins en faisant tous nos efforts pour rétablir effectivement la Compagnie de Jésus, c'est-à-dire une Compagnie de saints et savant ouvriers évangéliqués. Mais, pour joindre la science à la sainteté, il faut nécessairement que nos jeunes gens aient le temps et le moyen de faire de bonnes et solides études. Ce point est décisif et fondamental. »
Du fond de la Russie-Blanche , le Général de l'Institut s'est rendu compte des besoins de la société moderne : il désire que ses frères d'Europe puissent les satisfaire. U presse donc ses subordonnés de créer une école normale dans chaque royaume , afin* d*avoir une pépinière de professeurs distingués. C'est le vœu le plus ardent de Brzozowski ; le Père Rozaven, Assistant de France, n'est pas moins explicite. Rozaven sait par expérience que dans sa patrie toutes les idées ont été faussées , et ffu'il est plus urgent que jamais de faire pénétrer quelque déduction logique dans ces têtes incandescentes. Le 29 décembre 1831 , il écrivit au Père Richardot ,, Provincial :
ff Sans doute qu*il est important d'avoir de bons professeurs de théologie, mais, à mon avis, la première nécessité en ce genre est d'avoir un bon professeur de logique, et je vous avoue que, si je n'avais qu'un sujet également propre à enseigner la théologie et la logique, je n'hésiterais pas un seul instant à lui faireenseigner la logique. Une bonne logique est le fondement nécessaire'fte . toutes les sciences supérieures, et sans ce fondement elles ne peuvent avoir aucune solidité. Un jeune homme qui a fait une bonne logique pourra bien faire sa théologie sous un professeur très-médiocre , et même sans professeur ; mais celui qui n'a pas ce fondement ne sera jamais un grand théologien , eût-il pour professeur Suarez et saint Thomas. Il pourra acquérir des connaissances,
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de rérudition ; mais il n'aura jjamais ce jugement sûr et cette exactitude de principe et d'expression qui sont indispensables à un théologien... •
Rozaven conclut ainsi : « U &ut faire en sorte que les jeunes gens ne soient envoyés dans les petits Séminaires, soit pour régenter , soit pour surveiller, qu'après avoir fait leur philosophie. La régence faite avant la philosophie ne leur sera jamais aussi avantageuse que s'ils la £siisaient après. Dans ces commencements tout cela est difficile, mais il faut y tendre persévéramment, et aux dépens même de quelquesjihconvénients, car, autant que j'en puis juger , la science du gouvernement ne consiste pas seulement à éviter les inconvénients , mais aussi à les permettre à propos dans la vue d'un plus grand bien. •
Tel était le plan des Jésuites pour les professeurs que la Compagnie allait former dans son sein. Ce plan ne manquait ni de prévayanee ni d'étendue ; il fut accepté et suivi partout. On créa dans la plupart des capitales, centres de hautes études, des maisons pour préparer les Scolastiques à l'enseignement. On voulut qu'ils assistassent à tous les cours des hommes célèbres dans les lettres ou dans les sciences. A Paris , l'on fonda même une maison où les jeunes Jésuites , sous la direction du Père Dumouchel, se livrèrent spécialement aux mathématiques et à la physique. Binet, Leroy , Cauchy , Ampère , Haûy^ et Querret devinrent, avecCuvier, leurs maîtres de prédilection. Ces jeunes gens n'étaient distraits de leurs travaux intellectuels que par la pratique des bonnes
1 La plopart dt ces safauts connaiitaient les auditeurs que la Soctélé de Jésus eoToyait à leurs cours. Ces savants TuulnrcDt donner à l'inslitut de Loyola une preuve de leur estime et de leur dévouement. Us offrirent donc des leçons particulières aux jeunes gens qui plus tard devaient propager le goût des sciences, et c'est à ceUe proposition que l'abbé Haûy avait laite que répond une lettre du Père Richardot en date du 47 novembre 1821 :
(€ Monsieur l'ubbé, j'ai appris par M. Dumoucliel votre extrême bonté pour lui Qtpour les élèves que je lui ai confiés. 11 est de mon devoir de vous témoigner ma vive reconnaissance pour une offre aussi bienveillante. Je n'avais jamais en la pensée bardie de porter mes vues si baut, quoique je connusse déjà votre zèle pour l'bonueur de la Religion et votre désir de voir le Clergé ressaisir la considération que les sciences lui avaient autrefois procurée. Mais le zèle ne vieillit pas , et la cbarité de Jésus- Christ vous presse. Croyez , Monsieur , que je sais apprécier une marque d'affection aussi distinguée, et que ma gratitude est sans bornes. Ces jeunes gens , que je destine à professer les sciences dans la suite, pénétrés. euxmêmes de ce sentiment , le perpétueront parmi leurs élèves , et votre nom, si célèbre dans le monde savant , sera révéré parmi nous d'une manière particulière. »
DE Ik COMPAGNIE DE JÉSUS. ^111
œuvres. Ils se récréaient en visitant les hôpitaux et les malades , en instruisant les prisonniers, ou, pendant les vacances, en s*ini^ tiant aux labeurs de Tapostolat.
L'Ordre de Jésus avait demandé des professeurs dignes de continuer ceux qui avaient , dans Féducation des siècles précédents , élevé si haut le nom de la Compagnie; les Scolastiques d'Italie, d'Allemagne et de France se présentèrent. Mais depuis longtemps chacun exprimait le désir de voir le système des études acquérir de l'uniformité dans les collèges. Tous souhaitaient qu'on fît con^ corder les règles tracées par les Constitutions de saint Ignace et^le Ratio studiorum avec les besoins modernes. Les deux Congrégations Générales tenues depuis 1814 s'étaient occupées de ce grave sujet. La vingtième, par son décret x, déclare que, sans rien changer d'essentiel au Ratio siudiorumy on pourra y introduire les légères modifications exigées par le progrès des connaissances humaines. Le Général fut même chaîné de réunir à Rome quelques Jésuites de savoir et d'expérience pour retoucher leur code d'instruction publique , en laissant aux Provinces le temps et le droit de &ire les observations qu'elles jugeraient utiles. Des règles provisoires sont données en ce sens. La vingt et unième Congrégation émit le même vœu que la précédente , et par son décret xv elle renouvela la demande de révision pour le Ratio stttdiorum. Le Père Roothaan s'empresse de nommer une commission afin de ronplircet important travail. L'Italie y fut représentée par Manera, la Sicile par Garofalo, la France par Loriquet, l'Allemagne par Van Hecke, l'Espagne parGil. Ces cinq Pères, déjà célèbres àsaas l'éducation , étaient une garantie pour la Compagnie et pour les £imilles.
A la fin de 1830 ils se mirent à l'œuvre; ils retranchèrent, ils modifièrent, ils ajoutèrent. Leur travail porta sur toutes les études, depuis les plus hautes jusqu'aux inférieures. La philosophie et la physique d' Aristote avaient vieilli ; le nouveau RatiQ studiorum dut élaguer les règles ii, m, iv, v et vi, qui recommandaient au professeur de philosophie de s'appuyer sur ces principes de l'antiquité. Ce qui venait de se réaliser à l'égard du péripatétisme, on le tenta pour quelques matières théologiques tirées de la Somme de saint Thomas. On ne prohiba point leur enseigne-
ment; mais on crut qu'il ne fallait pas y astreindre les maîtres, afin de leur laisser la faculté de traiter un certain nombre d'autres questions, dont le besoin des espits et des temp^ faisait une loi. Les mœurs avaient subi de notables changements. La différence des siècles aurait présenté comme inacceptables des pratiques bonnes ou utiles, mais qui n'étaient plus en rapport avec les usages actuels; ces pratiques furent omises. Le théâtre avait été un puissant moyen pour propager les langues grecque et latine, ou pour former des poètes, des savants et des hommes diserts. La règle XIII du recteur, où il s'agit de tragédie et de comédie, fut supprimée. Ce retranchement n'indique ni ordre ni défense.
L'enseignement moderne était en véritable progrés, surtout dans les mathématiques. Par d'ingénieuses modifications ou par des corrections qui répondaient aux nécessités de leur époque, les Jésuites tracèrent de nouvelles règles au professeur de mathématique. Ces règles furent appropriées à la splendeur que les hautes sciences ont conquise dans le monde; elles oumrent un vaste champ aux découvertes ou à Fapplication.
Ce n'était pas assez d'avoir retranché ; il fallait ajouter dans une juste mesure, faire avec sobriété la part des innovations utiles et savoir trouver dans les systèmes les phis opposés le bien et le beau. Cette tâche fut sans contredit la plus ardue. Le Batio studiorum n'a pas seulement pour objet de favoriser telle ou telle branche d'études; c'est un système complet qui doit créer des érudits et des orateurs, des maîtres habiles et des écoliers dignes d'eux, il embrasse dans sa généralité l'ensemble des connaissances humaines. Il importait donc d'y mettre à profit les bénéfices du temps. L'étude de la Religion et les sciences sacrées avaient été chez les jeunes Jésuites un devoir dont le génie ou le travail savaient faire une gloire. Les langues-mères, l'hébreu et le chaldéen, s'étaient toujours enseignées dans l'Institut ; on jugea que, pour les besoins des Missions comme pour ceux d une éducation plus forte, il fallait ajouter l'étude des autres langues orientales. La règle vi du Provincial et du professeur d'hébreu ne laissa rien à désirer.
Dans l'origine, la Compagnie n'avait point de leçons publiques d'histoire ecclésiastique et de droit canon. Ceux qui se sentaient
DE LA GOMPAQNIS J)R JÉSUS. 4i3
attirés veis ces études s'y livraient en particulier; d'immenses travaux d'histoire et de jurisprudence furent accumulés ainsi. Néanmoins longtemps avant la suppression, les Pères de la Compagnie Crurent devoir établir des cours pid)lics de droit canon. Jadis c'était une œuvre de surérogation, la régie ix du Provincial, g 2, la rendit obligatoire pour tous les Scolastiques. Des instructions furent adressées dans le Batto au professeur de droit canon. Les annales ecclésiastiques, même au point de vue chrétien, permettent le doute sur ({ùelques faits de peu de gravité, mais que les légendes ont popularisés. La discussion arrivait en même temps que la crédulité s'affaiblissait. L'Eglise appela la lumière' sur des événements qui n'avaient jamais été soumis à une judicieuse critique. Elle songea à dégager les âges futurs de ces récits mystérieux dont les adversaires du Catholicisme se forgeaient une arme. L'Eglise se prêtait à la controverse ; elle ouvrait même le trésor de ses archives, afm que les savants pussent débrouiller le chaos entretenu par l'ignorance au détriment de la Foi. Les Jésuites s'associèrent à c^tte idée, et la règle vi du professeur d'histoire ecclésiastique accorda toute latitude à Timparttalité des jugements, f En examinant, dit cette règle, l'autorité des écrivains et la valeur des actes contestés, le professeur appliquera une critique exempte de tous préjugés, équitable et modérée. *
Cet éclectisme dans les faits, recommandé aux Scolastiques qui plus tard répandront les lumières de l'instruction sur la jeunesse, tendait à leur inspirer une piété soUde, mais éclairée, afm qu'il leur fût plus facile de prémunir les autres contre un naufrage dans la Foi et dans les moeurs. La même précaution est prise pour les professeurs de métaphysique et d'éthique. Là, il ne s'agit plus de discuter humainement des dates, des récits, des croyances populaires ; c'est la morale philosophique, ce sont les plus hautes questions qui se traitent. Dieu, son existence et ses attributs ; la nécessité de la révélation ; la vérité et la crédibilité de la ReUgion chrétienne, la fin ou la béatitude de l'honune; la moralité des actions humaines; la loi naturelle; les devoirs de l'homme envers Dieu, envers ses semblables et envers lui-même sont les textes que le professeur est appelé à débattre.
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Comme les devoirs de l'humanité restent plus immuables qne ses passions, l'enseignement de la fUlosophie ne sobit donc pas les yariations continuelles auxquelles les sciences, les arts et ht littérature se voient exposés. Ce qui fut jeune et beau la veille se trouve souvent vieux et laid le lendemain. Ce qui était vrai dans son essence demeure toujours vrai. Ce vrai, étemel comme rÊtré, domine toute la discussion ; mais la discussion avait engendré l'esprit d'argutie. L'Ecole s'était jetée dans un monde de problèmes qui rendait à peu près inacessible le terrain de la science philosophique. Avec tous les hommes de leur époque, les anciens Jésuites avaient dû passer sous le joug de cette loi pro» clamée dans les chaires des maîtres les plus renommés d'Allemagne, de France, d'Italie et d'Espagne. Depuis, une révolution s'était opérée dans les idées. On simplifiait renseignement, on se détachait de toutes les vieilles traditions de l'école; on rompait avec un passé gros de dilemmes , de jeux d'esprit et de syllogismes inutiles. Les Jésuites s'empressent de faire un sacrifice qui ne dut pas coûter à leur raison. A toutes les règles données au professeur de philosophie on en ajouta une xiv« ainsi conçue : (T Qu'il ait soin dans les disputes que les élèves ne présentent que des objections sérieuses et solides ; qu'ils s'expriment en termes clairs et précis, qu'ils évitent les subtilités et les Taines arguties. §
Cette séparation consommée, les Pères entrent dans un nouvel ordre d'idées. Par la règle xxvii* ils établissent que le professeur de morale philosophique i donnera à ses élèves les principes généraux du droit public, t Ainsi, aucune des ''grandes questions qui tiennent en éveil les intelligences ne restera étrangère aux Jésuites et à leurs disciples. Ils les élaboreront avec maturité; ils les développeront avec sagesse , car l'examen de ces principes est fécond en révolutions.
La révision du Ratio studtorum amenait de notables changements dans le système d'éducation religieuse etphilosophique de la Compagnie. Elle en introduisit de non moins remarquables dans le plan tracé aux professeurs de 'physique. Autrefois la physique n'était que l'accessoire de la philosophie. L'étude des sciences se trouvait en progrés réel , les Jésuites s'apprêtèrent â le seconder. Dans la règle xix* du Provincial on ajouta que les
Pères chargés de Texamen des aspirants au degré de Profês devraient se souvenir du dit-huitième décret de la xxi« Congrégation générale touchant Taptitude du sujet à enseigner la physique. Dans la règle xx« , Fétude des mathématiques est spécialement recommandée comme préparation à la physique, et il est enjoint de favoriser le goût de ceux qui désireraient se coasacrer à cette science. La règle xxxiiP ordonne de fournir aux Scolastiques tous les ouvrages et instruments nécessaires à Tétude de la physique et de l'histoire naturelle.
L'état des classes élémentaires ne s'était pas aussi sensiblement amélioré. Les Universités , comme tous les corps privilégiés, s'opposaient au progrès; elles demeuraient stationnaires par tempérament et par calcul. La réflexion cependant démontrait aux Jésuites que , sans trop innover dans le système d'éducation première, il existait des abus qu'il devenait urgent de réformer. Ainsi, au fond des Collèges, personne ne songeait à l'étude de la langue maternelle. On parquait les enfants dans une classe de latin ; on les tratnait année par année sur les auteurs grecs ou romains ; on leur enseignait par routine les idiomes morts , les faits et gestes , la géographie et Thistoire des peuples anciens ; on les façonnait à l'admiration pour Sparte ou pour Rome. Ils savaient les révolutions d'Athènes et de Perse ; mais ils ignoraient les événements dont leur propre patrie fut le théâtre. Ils connaissaient toutes les fables qui se rattachent aux héros de l'antiquité ; les annales de TEurope ainsi que celles du monde moderne restaient pour eux un livre fermé. Cette incurie était déplorable; les Jésuites l'avaient compris. Dès qu'ils eurent un Collège à leur disposition, ils s'efforcèrent de prendre une heureuse initiative. Les régies xii , xviii et xxviii , concernant les professeurs de^ classes inférieures, rompent avec tant de vieux usages. Elles recommandent l'étude de la langue du pays, la pureté du langage dans les traductions , une bonne prononciation , la lecture et le commentaire à haute voix des meilleurs auteurs nationaux. Ce qui a été obligatoire pour les enfiants , le devient pour les jeunes gens , et la règle première du professeur de rhétorique prescrit les mêmes tendances.
L'expérience avait conduit les Jésuites à innover ; ils désiré-
rent que Fexpérience encore sanctionnât leurs innovations. Elles ne durent avoir force de loi qu*après avoir été soumises à Tess^. Lorsque les cinq Pères de la commission eurent achevé leur travail sur le Batio studiorum , ce travail fut examiné , discuté par le Général et par ses Assistants ; puis, le 25 juillet 4832, Roothaan adressa la nouvelle édition à tous les enfants de Loyola. Il leur écrivait en même temps pour expliquer les motifs qui avaient amené Tlnstitut à conformer son antique méthode aux circonstances présentes.
ff Pourrions-nous en effet, leur disait-il dans son Proœmiumy approuver et adopter pour nos écoles tous les systèmes nouveaux qui, depuis cinquante années, se sont tour à tour partagé le champ de l'instruction et de Féducation de la jeunesse? Comment des méthodes qui se combattent, qui s*excluent les unes les autres , deviendraient-elles la règle de nos travaux? »
Et, développant les tristes résultats obtenus par cette variété infinie de systèmes dans les études supérieures, systèmes quijont fait prendre en dédain la saine logique et la sévère dialectique , et qui , dans les classes secondaires , ont pour but unique d'apprendre artificiellement beaucoup en peu de temps et avec le moins de peine possible , Roothaan ajoute : « Ce sont moins là des méthodes nouvelles que des inventions funestes , funestes à la Religion, funestes à TEtat, funestes à la jeunesse. S'il ne nous est pas permis , s'il ne peut nous convenir d'admettre ces méthodes nouvelles en ce qu'elles ont de contraire à la vraie, à la solide instruction de la jeunesse et aux fins que l'Ordre de Jésus se propose en la donnant , i| nous serait impossible , même en acceptant ces systèmes, de contenter les amateurs de nouveautés, puisqu'ils ne diffèrent pas moins entre eux qu'avec les anciens, et qu'ils exigent des choses opposées et s'excluant entre elles. Toutefois, sur certains points qui ne touchent pas à l'essence d'une instruction saine et droite, l'exigence des temps nous force à renoncer aux usages de nos Pères. Cette sage manière d'agir ne nous est point interdite ; elle est au contraire très en rapport avec le but de notre Institution, qui est la plus grande gloire de Dieu.
« Ainsi, dans les hautes sciences , beaucoup de points qui n'étaient pas contestés autrefois sont maintenant attaqués avec véhé-
mence; ils doivent être fortifiés par des preuves et par des raisonnements solides. D'autres questions, qui jadis servaient plutôt à exercer les esprits qu'à faire triompher la vérité , ont été mises de côté pour s'occuper de ce qui est vraiment utile et nécessaire, li faut consacrer plus de temps aux sciences physiques et mathématiques. Notre Société n'a jamais regardé ces études comme étrangères à son Institut; mais nous conviendrait-il de les négliger aujourd'hui que sans elles nos écoles ne pourraient soutenir leur réputation et dignement répondre à l'attente publique? »
La plupart des prescriptions du nouveau Ratio stiidionim étaient déjà mises en pratique avant de se trouver formulées en lois. Dans^ les Scolasticats et dans les Collèges , on avait beaucoup accordé au progrès ou à la nécessité des temps , sans se relâcher en rien de ce qu'exigeait une instruction pure et réelle. Comme par le passé , les jeunes gens qui se vouent à la Société de Jésus sont soumis à une épreuve de deux années. Cette épreuve, entièrement consacrée aux exercices de la vie ascétique, a pour but principal de jeter dans leurs âmes les fondements des vertus religieuses. On ne leur demande pas les sentiments ou les apparences d'une piété extérieure; on les appelle au vrai courage catholique , à l'abnégation chrétienne. Quand ces années de silence et de retraite sont écoulées , le Novice , devenu Scolastique , se livre avec une nouvelle ardeur au travail de l'intelligence. Les supérieurs ont mission de le préparer à la vertu ainsi qu'au savoir; mais, sans songer à les jeter tous dans le même moule , ils laissent à chacun son caractère et la physionomie particulière de son talent . Durant les douze premiers mois du scolaslicat, le Novice reprend en sous- œuvre ses' études classiques à peine ébauchées dans les Collèges. Après, il s'adonne à celles qui offrent le plus de charmes à son esprit ; il développe sous les yeux de maîtres éprouvés les talents qui doivent le pousser vers la littérature ou les sciences. Ce temps qui , dans la Compagnie , se nomme le Juvénat , est à peine accompli , que le jeune Jésuite commence son cours de régence. S'il annonce des dispositions pour l'éloquence de la chaire, s'il fait pressentir qu'il est né orateur ou qu'il a tout ce qui est indispensable pour le devenir, on lui confie durant deux ou trois années au plgs une classe d'humanités ou de rhétorique. Ensuite VI. 27
418 CUAP. vin. *- HISIOIHE
on rapplique à la théologie, et les Supérieurs la lui font professer trois ou quatre ans pour mûrir sa raison et le fortifia: dans les études sacrées. Les Pères de l'ancienne Compagnie avaient, par de longs essais , acquis la preuve que cette laborieuse solitude était la sanction à donner à l'éloquence. Bourdabue et tous les princes de la parole l'avaient expérimenté ; les nouveaux Jésuites marchèrent dans la même voie.
Une dernière année est laissée aux orateurs futurs, peur se nourrir des Saints Pères et des modèles qui les ont devancés. Ces prâiminaires remplis, l'homme d'énergie et de conviction se révèle. 11 a eu le temps de méditer, d'approfondir les vérités éternelles qu'il doit annoncer. 11 ne se jette pas, en enfant perdu de l'inspiration , dans une chaire où parfois le culte du beau et du vrai est sacrifié à de chimériques impossibilités ou à des utopies d'alliance fraternelle. L'orateur j<^uite est plutôt plein d'ensei-> gnements pratiques que de théories; il ne doit se livrer ni aux écarts du zèle ni aux intempérances de l'improvisationt Chez lui, chaque parole a $a portée; on ne saisit pas, dans son discours, une phrase, un mot, un geste peut*être, qui puisse prêter à fausse interprétation. Sûr de lui, comme de ses préceptes, il se domine avant de vouloir dominer les autres. C'est cette force intime qui rend les disciples de l'Institut si puissants en présence de tant de passions religieuses, politiques ou littéraires, qu'il leur serait facile de soulever, pour s'attirer les applaudissements de la foule.
Le chemin des prédicateurs est tout tracé ; la route des autres Novices n'offre pas plus de difficultés. Les Scolastiques qui finissent leurs quatre années de théologie, et qui n ont d'aptitude marquée pour aucune science spéciale, subissent encore de nou* velles épreuves de trav«iil ou de méditation , puis enfin le ministère pastoral leur est ouvert. Ils se chargent de ces redoutables fonctions dans la maturité de l'âge ; ils n'ont ni besoins ni ambition à satisfaire. Les dignités de l'Eglise leur sont interdites; ils y renoncent par leurs vœux ; ils peuvent donc apparaître dans le monde comme les guides du Chrétien et les modèles vivants du prêtre.
Les Pères de la Société de Jésus, en entrant au Noviciat, s'astreignent à un plan d'études et de conduite auquel ils ne doi*
vent apporter aucun changement, aucune modification, h^ Ratio studiorum est le code des professeurs ; il sera en même temps celui des élèves qui fréquentent les Collèges de Tlnstitut. Dans un siècle où les principes sont, comme les royautés, remis chaque jour en question , la méthode adoptée par les Jésuites offrait aux familles des avantages incontestables. En ne la supposant pas meilleure que celle des Universités , cette méthode renfermait néanmoins un germe de salut. Elle a pour base une stabilité qu'oa cherche inutilement ailleurs ; elle ne dédaigne ni les améliorations ni les perfectionnements ; elle les fait au contraire servir à son unitéde vues, à son unité de plan, à sa persévérance dans la même route. Les derniers venus profitent des lumières et de l'expérience de leurs devanciers. Il y a tradition de famille pour les moyens à employer ; et les hommes comme les idées ^ tout tend au même point, tout marche du même accord vers le même but. Les Jésuites, dans leur Noviciat ainsi que dans leurs maisons d'éducation laïque , n'ont aucune vanité à satisfaire , aucun int^ét à contenter; ils ne s'exposeni à aucune oscillation de parti ou de système ; ils ne sont pas pressés d'assurer le triomphe de leurs idées bonnes ou mauvaises, parce qu'ils savent que le temps seul les légitimera. Ils n'arrivent point au pouvoir pouri'enverser ce que leurs prédécesseurs édifièrent, et ce que ces prédécesseurs, héritiers hypothétiques du gouvernement, cherchent à maintenir dans des tiraillements continuels. L'autorité qui a toujours be^ soin d'être une et respectée, ne se laisse ni discuter, ni absoudre, ni condamner publiquement. Elle agit avec réserve, s^s se compromettre ; elle e^t prudente , parce qu'elle se sent forte ; elle^ inspire confiance aux autres, parce qu'elle sait en avoir en ellemême.
Les Jésuites connaissent le monde des enfants; ils n'ignorent pas que, pour dominer ces volontés étourdies, il faut tenir en respect leur turbulence naturelle et celle que l'instinct des révolutions développe. Dans les siècles de calme et de repos, ils avaient ainsi gouverné les générations qui ne sont plus. De nouveaux errements les ont rattachés plus énergiquement que jamais à ce grand principe de sécurité. L'éducation pour eux ne fut pas un métier ou un moyen de fortune, mais un besoin social. Ils
voiilufent améliorer Thumanité et non trafiquer du désir que chaque homme a de voir ses enfants participer au bienfait de rinstruction publique. Débarrassés de tout souci terrestre et trouvant dans cette jeunesse, venue de tous les points à la fois, une famille et des amis, les Jésuites ne portèrent pas leurs vœux audelà de rhorizon qu*ils se limitaient Suivant le précepte d'Horace, ils circonscrivirent une longue espérance dans un étroit espace. Sans arrière-pensée comme sans ambition personnelle, ils s'efforcèrent d'étendre le règne de la vertu en propageant Tamonr des devoirs et des belles-lettres.
C'était une tâche difficile; ils ne restèrent pas au-dessous. Au quatrième volume de cette histoire nous avons raconté les moyens et les ingénieux artifices qu'ils avaient su mettre en œuvre pour changer en plaisir ce travail aride auquel l'enfance est condamnée. Â peine la Société de Jésus est-elle reconstituée, qu'on voit ses membres les plus distingués se vouer avec un indicible bonheur à l'éducation de la jeunesse. Ceux qui leur succédèrent se firent une obligation de marcher sur leurs tracea. Bientôt les Collèges de l'Institut acquirent une incontestable supériorité. A mérite égal dans les professeurs universitaires et dans ceux de la Compagnie, cette supériorité devait évidemment résulter et de la perfection toujours progressive du plan et de la stabilité même des principes. Au Collège Romain ainsi qu'à Saint-Ache^l , à Fribourg et à Clongowes, à Brugelette comme à Madrid, à Naples et à Stonyhurst, à Turin et à Polotsk, à Gênes et à Tarnopol, ils ne déviaient jamais de la voie tracée. Cette apparence d'immobilité, qui devient pour les enfants une force attractive à laquelle ils n'osent se soustraire, n'empêcha jamais l'Institut de prendre l'initiative des améliorations. Les disciples de Loyola fournirent même à l'Université de France des préceptes que le philosophe Cousin, alors ministre de l'instruction publique, paraît avoir adoptés, tout en cachant aux yeux profanes la source où il puisait ces modèles. Les Jéiuitcs appliquaient sans bruit les innovations que leur expérience jugeait utiles. Ils n'en tiraient parti que pour le bien de la jeunesse; d'autres exploitèrent leurs idées pour la glorification d'un amour-propre ministériel.
Ainsi, en 1838, les Pères du CoUége de Brugelette en Bel-
DE LA COMPAGNIE DE JÉSI'S. Hl
gique formulaient un nouveau plan d'études ; ils le publiaient en i839. Le voici dans toute sa simplicité ;
« L'enseignement se divise en trois cours principaux :
» Le cours préparatoire^ qui comprend les éléments de grammaire française, d'histoire, de géographie, d'arithmétique et les premiers principes de la langue latine. 11 dure le temps nécessaire pour s*assurer que l'enfant sait écrire sa langue correctement et que son intelligence assez développée est capable de l'étude des lettres, — Les jeunes élèves de ce cours suivent um règlement approprié à leur âge.
» Le cours des lettres , qui comprend la grammaire, la poésie et l'éloquence. La grammaire occupe l'élève pendant trois ou quatre années, selon ses capacités et ses progrès. 11 apprend alors les langues française , latine et grecque. Les deux années suivantes sont consacrées à la poésie et à l'éloquence. On enseigne l'arithmétique dans les classes de grammaire, les éléments d'algèbre et de géométrie dans celles d'humanités, l'histoire et la géographie dans to;ite la durée du cours. Des maîtres de langues modernes sont donnés à ceux qui, désirant se livrer à cette étude, sont jugés en état de le faire avec fruit.
j» L^ cours des sciences, qui est de deux ans. Il comprend des cours de philosophie , de mathématiques , de physique , de chimie,, d'histoire naturelle, particuliers à chaque année, et des conférences sur la Religion, l'histoire et la littérature, communes aux deux années.
» Un cabinet de physique, un laboratoire de chimie, des collections de minéralogie, de conchyliologie, de zoologie, offrent aux élèves le moyen d'étudier avec autant d'intérêt que de fruit les sciences physiques et naturelles.
* S'il se présentait un nombre suffisant de jeunes gens pour foriper une troisième année de philosophie, on leur ferait suivre des cours spéciaux, tels qu'ils sont indiqués dans le programme général du Cours d'études du Collège. »
M. Cousin, grand-maître de l'Université, était l'antagoniste systématique des Jésuites; mais ce plan, si sagement conçu et présenté d'une manière si lucide, frappa son esprit ; et soit qu'on le lui eut présenté dans le texte original , soit qu'on lui en eût
exposé les dispositions générales, sans lui en révéler la source, il l'adopta et résolut de le publier comme son oeuvre propre. M. Villemain, qui lui succéda à l'instruction publique, n eut rien de plus pressé que de briser l'édifice dont son prédécesseur avait emprunté l'idée-mére et les détails aux disciples de Loyola. Le 27 août 1840, M. Cousin adressa aux recteurs des Académies une éirculaire par laquelle il fait connaître le nouveau règlement des études dans les collèges royaux et dans les collèges communaux de plein exercice. Cette circulaire, paraphrase afiaiblie du plan des Jésuites de Brugelette, est ainsi conçue :
t Monsieur le recteur, je viens appeler toute votre attention sur les modifications apportées au règlement des études des Collèges par l'arrêté que je vous communique.
j» Il est incontestable que l'éducation n'est ni vraie ni complète si elle n'embrasse pas, avec les études classiques proprement dites, de suiTisantes connaissances de mathématiques, de physique, de chimie et d'histoire naturelle. Mais comment l'enseignement scientifique doit-il être combiné avec l'enseignement littéraire dans l'économie du Collège? C'est un problème souvent agité et diversement résolu...
j» Deux points sont aujourd'hui mis hors de doute par les rapports de MM. les inspecteurs généraux et par ceux de MM. les proviseurs : 1<* Les portions d'enseignement scientifiques réparties depuis la sixième jusqu'à la rhétorique inclusivement ne produisent aucun bon résultat; 2<^ cet enseignement accessoire, infiructueux en lui-même, nuit considérablement aux études classiques. Il a donc fallu, monsieur le recteur, chercher une autre combinaison.
» C'est un principe reconnu que les études doivent être proportionnées à l'âge des élèves. C'est un autre principe également reconnu que, dans un même âge, toutes les études doivent être analogues pour produire une impression forte et durable. Voilà pourquoi l'expérience générale a placé d'abord les études classiques, si bien appelées humanités, parce qu'elles forment l'homme et cultivent à la fois la mémoire, l'imagination, l'esprit et le * cœur. La philosophie, les mathématiques, les sciences physiques et naturelles doivent venir après : elles s'adressent à la réflexion
naissante. Tel m'a paru le plan vrai et régulier des études du Collège. Je n*ai donc point hésité & supprimer tous les accessoires scientifiques répartis depuis la sixième jusqu'à la rhétorique, afin de fortifier par U l'enseignement classique, et j'ai rassemblé dans l'année de philosophie tout l'enseignement scientifique, qui alors devient lui-même plus important et plus sérieux. Les mathématiques auront trois classes par semaine; la chimie est annexée à la physique, ainsi que Thistoire naturelle, et ces divers enseignements, joints à cdui de la philosophie, se prêteront un mutuel appui et prépareront directement au baccalauréat.
» Ce plan, monsieur le recteur, serait achevé et définitif s*il instituait deux années de philosophie, au lieu d'une seule. Alors les divers enseignements rassemblés dans xette seule année se développeraient mieux et pourraient devenir obligatoires pour tous les élèves. Cette addition d'une année pourrait être utilement compensée par le retranchement d'une de ces classes élémentaires, dans lesquelles on apprend peut-être le latin de trop bonne heure. Il me paraît que six années d'études, depuis la sixième jusqu'à la rhétorique, avec la classe préparatoire de septième, sont parfaitement suffisantes. Les classes qu'on a établies dans plusieurs Collèges sous le nom de huitième, de neuvième même, doivent être complètement dégagées de toute étude latine, offrir une instruction primaire d*un ordre élevé pour les fiimilles qui ne veulent pas envoyer leurs enfants aux écoles primaires ordinaires, t
Entre ces deux plans d'éducation il n'existe qu'une différence, et elle n'est pas à l'avantage de M. Cousin, mettant son éclectisme à la suite des idées de quelques obscurs disciples de saint Ignace. Au Ireu de supprimer totalement les leçons de mathématiques, de physique, de chimie et d'histoire naturelle dans les classes inférieures et de les renvoyer à la philosophie, les Pères de Brugelette veulent qu'on donne aux enfants des notions élémentaires d'arithmétique usuelle et de géographie, notions indispensables à tout âge. A part ce léger changement, qui fiit peut-être un calcul, le projet de M. Cousin est servilement celui des Jésuites ; et, s'il n'y a pas eu de contrefaçon, il faut au moins avouer que les Pères de la Compagnie ne sont pas si arriérés en
t'ait d*éducatîon, puisqu'ils précédent même dans cette vote de progrès le grand-maître de l'Université et l'éloquent traducteur de Platon, leur adveisaire.
Le ministre de l'instruction publique en France rend au& Jésuites un hommage tacite. Dans le mois de mars 1845, la Gazette de r Instruction publique ne craignit pas d'avoir son jour de franchise. En examinant le cours d*études du Collège et du pensionnat de Fribourg, elle osa dire : « On verra qu'il ne man-que ni d'étendue ni de variété. Si, d'un côté, les ouvrages théoriques adoptés pour l'enseignement des langues sont peu connus et ne sont point suivis dans nos Collèges, d'un autre côté, il faut reconnaître que ce cours d'études offre dans son ensemble quelques bonnes amèlior§itions et qu'il remplit plusieurs lacunes de notre enseignement universitaire.
• Ainsi, on peut voir quelle attention les Révérends Pères apportent à l'enseignement de la langue et à l'étude de la littérature française. Dans toutes les classes, ils ne cessent d'exercer les élèves sur l'orthographe, l'analyse logique et grammaticale, et les divers genres de composition française ; ils ne bornent pas leur enseignement aux stricts préceptes de la grammaire et de la rhétorique. Dès la troisième, les élèves apprennent les règles du genre épistolaire, et y sont façonnés par des exercices fréquents. En seconde, ils reçoivent des notions complètes de littérature, et on leur fait passer en revue ces différents genres en prose et poésie. En rhétorique, ils étudient avec étendue les préceptes de l'art .oratoire, et en particulier l'éloquence de la chaire, du barreau et de la tribune. Des talents trop négligés et dont les résultats peuvent être précieux pour l'avenir des jeunes gens , la lecture à haute voix et la déclamation, sont l'objet d'études spéciales dans chaque classe. Les principes d'après lesquels l'histoire est enseignée sont indiqués par les livres mêmes portés au programme.
» Le cours de la philosophie de l'histoire, dit le prospectus, en présentant les événements historiques dans leur enchaînement moral et providentiel, donne une connaissance approfondie d'après les vrais principes.
» Quant au choix des auteurs d'explication, il se compose en grande partie des auteurs français , latins et grecs suivis dans
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nos Collèges, et surtout pour le baccalauréat. Quelques auteurs qu^on ne voit pas dans nos établissements , Juvénal , Perse, Tibulie, Catulle, etc., sont expliqués dans les classes supérieures.»
De l'aveu des Universitaires de France eux-mêmes, la Compagnie de Jésus, dans ses Collèges de Suisse et de Belgique, marche au moins de pair avec eux ; un autre Universitaire va venir, le 12 novembre 1845, nous apprendre que renseignement donné par les Jésuites dans les Deux-Siciles.ne le cède ni en améliorations ni en succès à celui qui est imposé et vendu aux sujets du royaume trés-chrétien. On a proclamé sur mille tons différents que Tltalie moderne était une terre de plaisir et d'ignorance. Naples surtout a eu sa large part de ces invectives cosmopolites. Sans se préoccuper des mœurs du pays, les touristes et les romanciers Tinsultcrent parce qu'il n'adoptait pas leurs lois, leurs usages ou leurs préjugés. Les un? maudirent le soleil versant ses plus généreux rayons sur ce peuple de princes et de lazzaroni ; les autres déplorèrent l'abrutissement intellectuel des habitants de la vieille Parthénope qui refusent de secouer le joug des Bourbons et des prêtres. On plaignit, ou on calomnia les Napolitains. Ils se montraient peu empressés de mettre leur bonheur à l'enchère des révolutions ou de l'impiété dont ils avaient fait une assez triste épreuve. Us étaient trop voisins du Vésuve pour laisser fermenter dans le sein de leurs villes d'autres volcans constitutionnels, plus dangereux que le Mongibello. L'Europe libérale les dota d'une paresse voluptueuse ; elle ne les vit qu'à travers l'atmosphère de ses préventions ou de ses mécomptes, qu'ils ne consentaient plus à partager.
A la fin de 1845, M. Petit de Baroncourt, chargé par le ministre de l'instruction publique en France de visiter les divers établissements d'éducation dans le royaume des Deux-Siciles, adresse son rapport au grand-maître. Le Français est amené à comparer les résultats obtenus par les Universitaires napolitains et par les Jésuites, et il s'exprime ainsi : « L'Université est subordonnée au ministère de l'intérieur et n*a presque aucune influence dans la nomination de ses membres; elle confère seulement les grades dans les diverses facultés, et tient sous sa juridiction les collèges et les écoles privées. A la tète se trouve un
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président de Tinstruction publique, un conseil général (giunta di publica instruzione)j un secrétaire général de l'Universitc, des inspecteurs généraux et particuliers. Les cours publics des facultés durent sept mois ; ceux de la faculté des lettres n*ont qu'un cours de littérature grecque et un de littérature italienne; il n'existe pas de chaire d'histoire, lacune assez significative.
» Les Collèges de l'Université sont au nombre de dix-sept : quatre portent le nom de lycées , parce qu'on y enseigne un peu de philosophie et les éléments des sciences physiques et mathématiques ; les autres, voués exclusivement à l'étude du latin et du grec, conduisent les élèves jusqu'en rhétorique; encore l'étude du grec est-elle à peu prés facultative , et ne l'exige-t-on dans les examens que des candidats qui se destinent à certaines professions spéciales, telles que la médecine. L'étude et la littérature italienne, la langue française, un peu de géographie et d'histoire sainte, complètent les indications précédentes.
» L'administration intérieure des collèges est confiée à des ecclésiastiques dont le chef prend le nom de Recteur; les professeurs seuls sont ou peuvent être laïques. Si Ton prend pour exemple le lyc^e del Salvatore^ qui est placé dans la capitale, on se fera des collèges de l'Université de Naples une idée malheureusement peu satisfaisante.
» Ce lycée ne semble pas avoir une existence propre , il n'a aucun bâtiment qui lui soit spécialement affecté; les élèves pensionnaires sont relégués au-dessus des salles de TUniversité, au troisième étage; ils couchent dans de vastes dortoirs, au milieu desquels sont placées les salles d'études ; de telle façon que le bout des tables touche au pied des Itts. Les classes se font au premier étage , dans des salles qui font suite aux bureaux de l'Université et donnent sur une arrière-cour.
Le Collège des Jésuites au contraire renferme de vastes jardins, une haute église qui touche à quatre rues différentes et dont la principale façade est une des plus belles de Naples après le palais du roi. Et, si l'on regarde au nombre des élèves, la différence n'est -pas moins frappante. Ce Collège est en pleine prospérité, tandis que l'autre se traîne et languit, bien qu'il ait réduit le prix de la pension à six ducats par mois, j»
Le parallèle établi entre TUniversité sicilienne et la Société de Jésus continue ; il s'étend jusqu'au corps enseignant de France. Le plan suivi par les en&nts de saint Ignace est le même que celui de tous les Collèges de Tlnstitut. A Naples seulement, il agit sur des natures que la beauté du climat doit rendre plus efféminées et moins propres aux sciences. Petit de Baroncourt ajoute :
« Arrivons maintenant aux établissements qui ne sont pas placés sous la surveillance de TEtat.
j» Ce sont d'abord les deux Collèges dirigés à Naples par les Pères Bamabites et celui qui appartient aux Frères des écoles pies (Scolopii) ; mais les plus dignes d'attention sont les établis- •sements gouvernés par les Pères de la Compagnie de Jésus. Ceux-ci possèdent quatre Collèges dans le royaume de Naples, savoir : A Naples, à Lecce, à Aquila et à Salerne ; ils ont en outre quinze Collèges en Sicile. Celui de Palerme, entre autres, est un établissement magnifique, dont les richesses sont considérables et dont la bibliothèque fait l'admiration des étran« gers.
» La maison de Naples ^ contient environ quatre-vingts élèves pensionnaires; on lui donne le nom de Collège des Nobles y parce qu'on n'y admet que des enfants appartenant aux premières familles. Elle admet en outre dans les classes plus de douze cents externes qui suivent les cours gratuitement. Cette année
1 Le Collège de Naples dont il est question dans le rapport universitaire s'appelle il Ctmvitto dei NobUi; il fut ouvert le 3 décembre 4833. Cest un ancien couvent de Baalliens que le roi François !■' accorda aux Jésuites par décret du 45 septembre 4826. Sa munificence fit restaurer rétablissement ; le Monarque voulut que la maison fût dignement appropriée a Pusage auquel il la destinait. Le roi Ferdinand 11 Ta prise sous sa protection , et il ne cesse d'encourager les Pères dans la mission qu'ils s'imposent. Afin de leur témoigner la bienveillance spéciale qu'il porte aux lettres , aux sciences et aux bonnes études , le roi accorde des privili^ges aux élèves qui se distinguent par leur travail ou par leur piété. Sous la direction du PèreLatini, cet établissement est devenu un modèle de régularité, de perfectionnement, de progrès littéraires et scientifiques. 11 compte parmi ses élèves actuels les enfants des plus grandes familles du royaume et les fils de trois ministres du roi, le chevalier de Santaiigelo, le prince di Trabia et le prince di Gomitini.
Ce Collège, quelque parfait qu'il soit et que nous avons dernièrement visité, ne l'emporte cependant niten science, ni en sage administration, sur un grand nombre d'autres que la Société de Jésus possède à Rome , en Piémont , en Angleterre , en AUema^sne et en Belgique. La beauté du local établit seulement la différence , car llDstructioo y est partout aiiiii développée. Née du même principe, elle le répand par les mêmes professeurs.
ii^ CHAP. Yill. — UISTOIllE
uiéine, au dire d'un des Pères, savant professeur de rétablissement, ils ont refusé d'en recevoir plus de cinq cents, faute de place. Â quelques pas de là, le lycée universitaire del Salvatore n'a pas cinquante externes.
» Les classes sont divisées en classes élémentaires et en classes supérieures ; les premières s'élendent jusqu'à la rhétorique inclusivement. Elles comprennent trois années ou quatre au plus pour les classes dites de grammaire, qui embrassent l'étude des principes du latin, du grec et de l'italien ; une année pour la classe dite d'humstnité, qui correspond à la seconde de nos collèges, et une année pour la' rhétorique; en tout cinq ans ou six ans au plus. Les classes supérieures comprennent deux ans, pendant lesquels les élèves étudient la philosophie, les principes du droit naturel et du droit civil, la physique, la chimie et les mathématiques élémentaires. Il existe une troisième année pour les classes supérieures, dans laquelle on étudie la langue hébraïque, l'éloquence et les lettres sacrées, le droit canon, la théologie et les mathématiques transcendantes ; mais presque toujours le cours des études est regardé comme fmi au bout de la seconde année, surtout pour les élèves qui doivent entrer dans les carrières civiles. Cette distribution des études, comparée à celle des classes de l'Université de France, contient, comme on le voit, des différences notables : l'étude des langues anciennes est comprise dans un espace de cinq ou, à la rigueur, de six années, au lieu de sept et même de huit années employées au même objet dans nos Collèges ; secondement, à partir de la philosophie, l'étude élémentaire des sciences est concentrée en deux années pleines, au lieu d'être intercalée dans le cours des lettres anciennes , à partir de la quatrième classe.
• Quant à la force des études, les élèves dans les classes d'humanité peuvent soutenir la comparaison avec ceux de nos Collèges pour le latin ; mais il n*en est pas de même pour la laugue grecque. La seule langue moderne qui y soit enseignée est la langue française ; car la France, selon la pittoresque expression d'un révérend Père du Collège de Salerne, est la seconde patrie de tout le monde, A la rhétorique est joint un cours d'archéologie et d'architecture grecque et romaine. Quant aux cours
scientifiques, ils sont, vis-à-vis des nôtres, d'une supériorité incontestable.»
Les motifs de la guerre acharnée que les Universités de tous les pays ont déclarée à la Compagnie de Jésus se trouvent dans ces aveux. Longtemps avant de soulever un coin du voile, elles savaient, aussi bien que les familles chrétiennes, à quoi s*en tenir sur les maisons d'éducation dirigées par les enfants de Loyola. C'étaient de redoutables rivaux : les Universités se coalisèrent pour les étouffer. Elles ne pouvaient plus accuser les maîtres d'incapacité et jeter un brevet d'ignorance aux élèves. Il était démontré que, sur tous les points de l'Europe, les Collèges des Jésuites se plaçaient, sans le chercher, sans le proclamer, à la tête du mouvement intellectuel et scientifique. On laissa donc de côté les vieilles imputations d'obscurantisme ; puis on essaya d'en faire surgir de nouvelles.
Le fractionnement des partis,*les inimitiés entretenues par la politique, les utopies des uns, les crimes des autres, les flagrantes violations de la loi mises par tous et chacun à son tour au compte de la nécessité, avaient introduit dans les pays constitutionnels un esprit d'<!xclusion qui tôt ou tard brisera l'unité de ces Etats. Les partis commencèrent par s'attaquer les armes à la main; ils finirent par se calomnier. De tous les camps à la fois, il s'éleva la plus triste des imprécations. Chacun y accusa son ennemi politique de ne plus aimer le pays où il était né. La Révolution française avait ainsi procédé. M. Thiers, qui s'est constitué rhérilier direct de ses doctrines et l'avocat de ses forfaits , ne pouvait manquer de suivre cet exemple.
Tous les Français qui ne fléchissaient pas le genou devant la probité de ce Fabricius administratif devinrent suspects à ses yeux, il les accusa de ne pas aimer la patrie. Quelques-uns d'entre eux, pour soustraire leurs fils à l'éducation de l'Université, se privaient de leurs caresses ; ils les envoyaient à Fribourg, à Mélan, à Brugelette et à Chambéry étudier sous les Jésuites. M. Thiers saisit ce prétexte pour prouver que les disciples de l'Institut étaient les Pitt et les Cobourg de la France libérale. Dans l'éducation si large qu'ils donnaient, l'hibtorien-orateur découvrit un complot tramé contre son pays. Le rapport de M. Thiers sur le
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projet de loi d'instruction secondaire formula l'accusation en ces termes ; il dit * : « Qu'autrefois à Saint- Acheul et aujourd'hui dans des établissements semblables Tesprit était et est encore contraire aux lois du royaume ; que les maximes morales des maîtres» leurs doctrines sur la puissance spirituelle et temporelle, mettent en péril la moralité et les sentiments nationaux de la jeunesse ; qu'il est nécessaire de savoir si les enfants ne viennent pas de ces écoles placées à nos frontières, dans lesquelles on inspire la haine de nos institutions et un très-faible amour pour la France. »
Le 29 janvier 1846 , M. Thiers, à la Chambre des Députés, renouvelait ces attaques : « Il y a, proclamait-il , à Brugelette et à Fribourg des établissements mauvais, dangereux pour tout citoyen qui doit vivre sous les lois de la France. Que des Suisses, que des Belges envoient leurs en&nts à Brugelette ou à Fribourg, où on enseigne le mépris de nos lois et de notre gouvernement, à eux permis ; mais je dis qu'on n'y fait pas de bons Français. »
M. Thiers se posait en juge suprême de la moralité des autres ; il déversait un blâme immérité sur la Société de Jésus. Il accusait les enfants qu'elle forme de sentiments antifrançais, et, dès le lendemain, la calomnie était confondue. Ces entants avaient grandi ; ils occupaient dans l'Etat d'honorables fonctions ; ils se livraient au commerce, à l'agriculture, aux belles-lettres ou à l'industrie. Plus de six cents parmi eux vinrent, dans une protestation rendue publique , donner à M. Thiers un éclatant démenti. Us disaient : « C'est en abreuvant nos âmes aux sources les plus pures, que nos maîtres nous ont élevés. Histoire, philosophie, langues, littérature, sciences, tout passait par ce divin milieu pour arriver â nous.
. * Nous apprenions ainsi :
j» Qu'à Dieu et à la Rehgion établie par lui il appartient d'éclairer la raison, de lui commander parfois et de régler la conscience ;
» Que tous les hommes sont égaux devant Dieu, et doivent l'être, par conséquent, devant la loi, qui en est l'image;
Rapport de M, Thiers^ Première question , p. 20; deuxième qocsiion, p. 8$
f elSO
c Que les pouvoirs publics sont pour les peuples et non les peuples pour les pouvoirs publics ;
» Que toute noblesse, toute dignité^ tout emploi, la simple qualité de citoyen obligent à se dévouer par tous les sacrifices, celui même de la fortune et du sang, au bien de la patrie ;
f Que les trahisons et les tyrannies sont des crunes contre Dieu, des attentats contre la société, j»
Les élèves des Jésuites ajoutaient, avec autant de courage que de prévoyance :
» Mais, que Ton ne s*y trompe pas , ces calomnies qui semblent nous atteindre seuls frappent bien réellement, dans l'intention de leurs auteurs, toute éducation vraiment catholique.
j» Telle est notre conviction ; les dénégations, les clameurs ne laffaibliront point ; tout homme sérieux et sincère pense comme nous, et en protestant, comme anciens élèves des Jésuites, nous sommes bien réellement les représentants de tout homme formé à Técole de la Foi, les représentants de Téducation croyante en France.
* Nous avons voulu faire comprendre à cette chère France, que sur son sol tout genou ne fléchit point, que toute bouche ne se tait point encore devant les hardiesses de la rouerie ;
J» Que la calomnie lâche et facile ne doit point, ù ses yeux, prévaloir contre la vérité.
» Nous avons voulu qu*elle sût que cette éducation calomniée e^t profondément et uniquement catholique, et qu'en apprenant ainsi à unir la Foi catholique à la Foi patriotique, nous ne pouvons en être que meilleurs citoyens et plus vrais amis de nos vraies libertés.
J» L'auteur du rapport avait dressé un acte d'accusation, préparé une liste de suspepts, en laissant pour le moment les noms en blanc; nous sommes venus rempUr ce vide et nous inscrire nous-mêmes.
» Beaucoup d'autres, que des considérations respectables empêchent de s'unir à nous dans cette manifestation publique, mais dont BOUS avons entre les mains les adhésions sincères, partagent toutes nos convictions, et confirmeront notre parole devant tous ceux qui voudront interroger leur conscience.
43i CHAP. VIII. — HISTOIBE
« Quant à nous, maintenant, nous attendons sans crainte le jugement du pays; lui-même il dira s'il est juste, s'il est sage, s'il est français, de jeter l'insulte à de jeunes hommes nourris de pareilles leçons, et que la chambre, les conseils élus, le sacerdoce, la magistrature, l'armée, le barreau, la presse, toutes les professions libérales, l'agriculture, Tindustrie, le commerce, voient chaque jour offrant leur sang, leurs veilles et leurs travaux pour la gloire et la prospérité de la France. •
Devant cette protestation, M. Thiers se tut, car il avait derrière lui un passé de deux siècles et demi qui, comme la génération nouvelle, pouvait dire si les Jésuites tiennent école de lâcheté, de trahison, de mépris des lois ou des serments. M. Thiers, il faut ert convenir, n'est pas le premier qui donna un corps à cette imposture. Avant lui Carlo Botta, dans son Histoire d'Itaiiey avait pousf é l'incrimination plus loin que l'historien de la Révolution. Selon Botta, dont un prêtre, réfugié pîémontais, Vincent Gioberti, reproduisit les paroles dans son introduction del Primato morale e civile degl Italiani, les Jésuites ne sont plus seulement criminels pour étouffer dans l'âme de la jeunesse tout amour de la patrie ; Botta et Gioberti leur reprochent d'absorber au profit de la Compagnie la respectueuse tendresse que les fils doivent à leurs parents.
a L'empire que les Jésuites usurpaient sur la volonté , ainsi s'exprime Botta ', était plein de dangers, parce que leur première ' pensée, et ils la mettaient h exécution, était d'arracher du cœur des jeunes gens l'amour de la famille. Les Jésuites agissaient ainsi pour que leurs disciples fussent plus dévoués en tout à euxmêmes et à la Compagnie. Les enfants de la vieille Rome s'écriaient : Patrie ! patrie ! et, préparés à ce dévouement, ils faisaient passer la patrie avant leur famille. Les élèves des Jésuites disent au contraire : Les Jésuites! les Jésuites! et au besoin, ils préfèrent leurs maîtres à leurs pères. Parmi ces générations, les unes tendaient à Thonneur et à la liberté, les autres allaient à l'abjection et à la servitude. »
Botta et Gioberti, son enthousiaste commentateur', peuvent
1 Storia d*HnUa conihiuala da qtiella del Guicciardini, xcviii.
' Le Primato morafe e civih avail él6 diS!!<* en 18*5, )par Vincent Otobcriî, a
bien, ù l'aide de quelques phrases déclamatoires, jeter la pierre à rOrdre de Jésus ; mais, en lisant ce passage, chacun s*avouera, comme nous^ qu'ils n'ont oublié qu'une chose : c'est d'expKquer comment il se fait que des pères de famille, élevés par les Jésuites dans ces principes néfastes, aient consenti à se priver de l'amour de leurs enfants. Une pareille éducation pourrait à toute force se supposer. Elle abusera peut-être une génération ; csfril possible qu'elle s'étende à la seconde ? Faudra-t-il admettre que , depuis trois cents ans , les pères de famille se soient laissé volontairement dépouiller de l'affection de leurs fils ; et que , pour plaire à des Jésuites, corrupteurs de tous les sentiments les plus naturels, ces parents se soient. prêtés à cette désolante combinaison? Car, il n'y a point à tergiverser, le plan des Jésuites est toujours le même. Ils l'ont appliqué dès l'origine de l'Institut, et, après avoir appris à leurs premiers élèves ù détester les auteurs de leurs jours, il faut que ces élèves, devenus pères, aient trempé dans le complot révélé par Botta et par Gioberti. Celui de M. Thiers n'est qu'un
Sîlvio Pellico. Le prêtre réfugié a Bruielles youlait placer sous le patronage d'un beau génie et d'une haute probité un ouvrage contre la Société de Jésus. Sihio Pellico répudia culte dédicace, en publiaut le 16 juillet 1845 la déclaration suivante :
« Ami de Vincent Gioberti, écrivait Tauteur de Mie Prigioni, a la date de Turin, 28 juin 1845, et prorondément attaché à François Pellico, Jésuite, mou frère, j'ai lu dans Tavortissement de son' Primoto morale e civile degVItaliani une manifestation violente de colère contre les Jésuites. Si je me taisais, non- seulement je manquerais à l'amitié qui m'unit à mon frère, mais je laisserais supposer que j'adhère aux préventions de Gioberti sur la Compagnie à laquelle mon (l'ère appartient. Je ne suis pas cloquent, et j'ai peu de foi dans refTet des apologies ; je me borne a déclarer ce qui suit :
M Je ne partage pas les opinions de Gioberti sur les Jésuites. Il a cru les peindre avec vérité^ il n'en a fiil qu'un odieux tableau. Pour le tempérer, il dit, il répète qu'il y a des exceptions honorables à faire; mais tel est le bl&me qu'il répand sur h Compagnie entière, que même les individus, k excepter, auraient, à son avis, l'j (ort de s'élrc dévoués à servir une Société devenue malfaisante.
» Sur ce point, je déclare qu'ayant une connaissance intime de mon frère et de quontilé de ses cullcgues, je sais que ce ne sont point de faibles esprits, entraînés dans l'illusion, mais des hommes forts de discernement et de vertu.
» Comme j'estime les Jéi:uiles, les autres Religieux et en général le Sacerdoce, quelques-uns ont porté contre moi une accusation qui est bien vulgaii% aujonrdliui, en disant que je suis ce qu'ils appellent un affilié du Jésuitisme, iw instrument de celte prétendue secte artificieuse. Je suis seulement un homme d'étude et de rétloxion, qui a lu et examiné, qui n'a pas la faiblesse de se rendre le serviteur de;: opinions véhémentes, qui sourit des lettres anonymes et d'autres bassesses (cmblablçs par lesquelles quelques'-uns ont eu la simplicité de vouloir m'apprendre a penser. Je pense et je me conduis selon ma conscience ; je ne m'asservis à d'autre lien qu'a celui de ne vouloir h^lr personne et d'être Catholique, Apostolique et Romain. » Sii.vio Peluco. »
4dl diUi^. vin. — HisTohiE
mensdhge jparleùientaire, celui de Botta est un ^rime impossible.
En présence de ces hostilités de parti pris qui ne craignent pas d'aller jusqu'à Tabsurde, les disciples de saint Ignace ne pouvaient faire qu'une réponse. On leur imputait d'avoir créé un système d'éducation antinationàle ; ils montraient leurs élèves servant la patrie dans toutes les conditions. On prétendait qu'ils dépouillaient le cœur des enfants de tout sentiment de reconnaissance filiale. Les Jésuites demandaient que, dans cette hypothèse, on expliquât d'une manière raisonnable cette succession noti-interrompue de générations qui, dépuis trois cents ans, remplit leurs collèges , où le père de famille vient avec bonheur marquer â ses fils la place qu'il occupa lui-même pendant son adolescence. Oh faisait les Religieux de l'Institut ennemis du mouvement intellectuel et (lu progrèis des lumières ; ils acceptaient les innovations utiles, ils popularisaient l'amour des arts, ils iippelaient la jeunesse à l'itude dés sciences exactes, ils perfectionnaient les théories modernes de l'enseignement ; quelques-uns même d'entre eux se signalaient par de savantes découvertes et par d'in- Contestables supcès. Ils produisaient tous ces arguments; la haine passait outre en souriant de pitié , et elle calomniait encore.
Reconstituée à une époque de transition , la Compagnie de Jésus n'avait pas seulement à s'occuper de former des savants et des littérateurs. Pour elle, ce dernier but n^était qu'un brillant aceessoire. L'Eglise et le monde chrétien attendaient autre chose dé son rétablissement. L'Eglise souhaitait de profonds théologiens, des orateurs éminents, de zélés missionnaires ; le monde réclamait d'habiles instituteurs de la jeunesse, des guides spirituiels pour l'âge mûr. Cette agrégation de devoirs et de sacrifices ne pouvait manquer de fournir , èomme par le passé, des intelligences à toutes les études humaines. Les soins si multipliés d'un triple apostolat, et le travail d'intérieur auquel la Société dut se livrer, pour rendre homogènes ces diverses parties se réunissant de chaque point du globe, afin de former un tout, ne permirent pas à la première génération de Jésuites de créer de grandes œuvres. Il fallait prêcher et professer. Ces enfants de saint Ignace, ainsi que les vieux Pères de h Foi, leurs émules, furent donc plutôt dés hommes du ministère sacré que des écrivains ou des
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savants. Dans le monde, dans leurs collège^, ils ctierchèrerit â faire revivre la piété et les bonnes études. Lecrrs travaux de cette époque Sont utiles , mais peu éclatants. Ils commetitent les exercices de saint Ignace, ils apprennent à méditer ,' ils ahnûtmtt les livres classirp:ieâ , ils donnent des préceptes de rhétorique et dé littérature , ils dirigent les jeunes professeurs. Mais la situation précaire qu'ils s'étaient faite en France, où la loi ne les reconnaissait ni ne les proscrivait, dut avoir, surtout darïi^ les premiers moments , de fatales conséquences; Cet état peu normal privait les Pérès du stimidant nécessaire pour écrire; il leur fit doutei^ de leur liberté et de leur existence : ils furent donc mis dans Timpossibilité de se produire.
Peu à peu cependant ils s'habituèrent à une position aussi étrange , et comme les autres dlâciples de l'Institut , plus favorisés qu'eux , ils entrèrent à pleines voiles dans le mouvement social. Les fatigues du ministère ecclésiastique, l'éducation des Novices, celle de la jeunesse, les Missions en Europe et au-delà des mers, les contre-coups révolutionnaires devaient absorber leur vie. Ils trouvèrent néanmoins au fond de toutes les Provinces de rOrdre des moments à consacrer aux travaux qui établirent la gloire littéraire de l'ancienne Compagnie. Lés uns se livrèrent à Tétude des saintes Ecritures et de la théologie ; les autres se firent ascètes ou philosophes. Il se forma parmi eux des orateurs et des historiens , des astronomes et des archéologues, des polémistes et des littérateurs. C'est ce tableau de quelques années seulement qu'il importe de dérouler pour apprécier sainement les efforts et les succès des enfants de saint Ignace. Nous les avons vus aux prises avec le monde, il faut maintenant les suivre dans la cellule, où la culture de l'esprit devient un délassement des labeurs de l'apostolat.
A la tête des nouvelles générations d'écrivains apparaît Perrone. Ses œuvres théologiques, adaptées aux nécessités du siècle, ont déjà obtenu l'honneur de quinze éditions. Avec le Pêré Jean Martin, qui, dans son traité De Matrimoniô, aborde les questions les plus ardues, les Pères Rozaven, PaSsaglia, Gury, Xavier Weninger publient divers ouvrages de dogme, de polémique ou de morale. Pendant ce temps Patrizi compose seiS Cours élêmen-
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(aiTCS d'Ecriture-Sainle; Roolhaan commente les exercices de saint Ignace, et adresic aux Pères de la Société des lettres, monuments de sagesse et de piété. Louis de Bussy jette dans son Mois de Marie* et dans ses f^isiles au Saint-Sacrement l'onction de son âme; Pouget, Boone, Arthur Martin, Xavier Gautrelet offrent aux fidèles de pieux opuscules. Louis Lambillolte popularise la musique sacrée, tandis que son frère Joseph écrit sur son lit de mort le Consolateur d*is âmes affligées, testament (i*un Jésuite, dont chaque parole est destinée à adoucir aux hommes le passage du temps à réternité.
Les Pères de la Compagnie étaient théologiens et ascètes. Ils recommençaient au milieu des saintes agitations de leur vie les travaux d'un autre âge; ils voulurent que Tlnstitut reprît encore son rang parmi les maîtres de la Chaire. Nicolas de Mac Carthy et Ravignan pour la France; Finetti, Minini, Sagrini, Ferrara, Hercule Grossi et Marc Rossi pour Tltalie ; de Carassa et Monteraayor pour TEspagne, entrent avec éclat dans cette voie que tant de jeunes Jésuites parcourent déjà avec succès. Mac Carthy, c*est le prédicateur d'une époque de transition. Tout a changé autour de lui, les lois, les mœurs, les trônes ; lui seul est resté immobile dans sa foi et dans les magnificences de son Inng.nge. Ce Bourdaloue improvisateur, dont la tête est pleine d'idées, dont l'âme déborde d'éloquence et de charité, s'est abreuvé aux sources les plus pures de l'art de bien dire et surtout de bien faire. Il fut fapôtre de la France sous le règne des Bourbons, ainsi que Xavier de Ravignan Test devenu au milieu de la tourmente révolutionnaire.
Ravignan ne procède pas par les mêmes moyens que Mac Carthy. A cette foule d hommes éminents ou lettrés, à cette jeunesse que la politique a rendue libre, mais dont le cœur aspire à reprendre la chaîne des vieilles croyances religieuses, il faut donner toutes les jouissances de l'esprit avec toutes les satisfactions du cœur. Ravignan remplit dans une mesure parfaite les conditions imposées à son talent.
Comme lui, plusieurs Pères de la Société ont action sur les masses par l'éloquence ; on en voit d'autres qui, sur les pas de Rozaven, de Taparelli, de Vico, de Dmowski, de Franz Rolhenflue,
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de Chastel, dé Liberalore, de Buczinski et de Romàno, cherchent à donner à la philosophie une direction plus sage. Rozaven / rimplacable logicien, traite de lacer^/Ywrfe/TaparelU, du droit naturel; Romano, de Y homme intérieur ; Rothenflue initie les jeunes gens aux études philosophiques. Prat compose son Histoire de l'éclectisme alexandrin, sa Vie de saint Irénéé et son Essai sur la destruction des Ordres religieux eh France pendant le dix-huitième siècle ^ vaste champ où d'autres viendront glaner après la moisson ; Sewal, Joseph Reeve, Manera, Peters, Gandolphy, Boëro, se livrent à d'autres travaux historiques ou oratoires; Vander Moere et Van Hecke reprennent en Belgique Fœuvre interrompue des Bollandistes; tandis ^ue Carafia se livre aux mathématiques transcendantes , délia Rovère à la physique , et que Pianciani devient l'un des chimistes les plus distingués de l'Italie. Le Père de Vico, renfermé dans son observatoire du Collège Romain avec Sestini et de Solis, ses collaborateurs, étudie le cours des astres, et indique la marche qu'ils doivent suivre. Vico de même que Secchi , son frère dans l'Institut, correspond avec les académies de l'Europe , et publie de nombreuses et importantes découvertes ^ Secchi, dès ses premiers pas dans l'ar-
1 Voici ce qu'en peu d'années les études du Père de Vico ont produil :
Le 23 noveml^re 4833, découverle de la comète de Riela, à son retour au pétié* lie, faite la même nuit qu'Herscbel la vit le premier en Angleterre (Voir Aslr. Nacfar., n« 336, p. 317, 319).
Le 5 août i835, découverte de la comète dUalley, qui n'a été vue ailleurs que quinze jours après (V. Astr. I*<achr., n» 293, p. 71, etc.).
En 1838, diverses découvertes sur l*astmosphère de Saturne (Comptes-rendus de l'Académie des sciences, t. xv, 10 octobre 1843, p. 748).
En 1838-1839, découverte des deux satellites les plus voisins de Saturne, qui n'avaient été vus que par Herschel. Cette découverte s'est opérée au moyen d'une nouvelle méthode qui les rend visibles avec des lunettes plus petites que le praud réflecteur dUerschel. La nouvelle méthode du Jésuite, que M. Arago appelle pré* cieuse dans son rapport à l'Académie, donna occasion au même M . Ango d'en taire une autre sur la dispersion des rayons lumineux dans l'œil humain (Comptesrendus du 10 octobre 1842, p. .747, 750, 751).
En 1838-1839, détermination du temps périodique de révolution des deux satellites de Saturne (Comptes-rendus, ib., et fragments sur les corps célestes. Paris 1840).
En 1839-40*41, détermination de la rotation de Vénus sur son axe, exécutée avec un genre d'observations que M. Arago a qualifié de nouvelle méthode et d'Iiuureuse idée. Le résultat que les astronomes tentaient en vain depuis longtemps d'obtenir avec sûreté a été obtenu par celte méthode avec une longue série d'ob^^rvalions : de sorte que, selon M. Arago, il n'est plus permis de douter de la vérité de ces importants résultats (Comptes-rendus, 31fi juin 1840, p. 952).
En 1840-41-42, première détermination approximative de la position do l'aie de rotation de Vénus dans l'espace.
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chéologie, s'élève au plus haut xang de^ f^îMogues et des antiquaires. Les recherches d'EnniusrQuirinus Visoonti sur les œu-^ sées Pio^ementino et Cbiaramonti, sont cél&res.. Grégoire XVI, en désignant le Père Becchi pour la publication du Musée étrusque, seoiUe par ce choix seul mettre hors de ligne le U-' suite. Dans sa critique , la force est toujours unie à la modération, et plus d*une fois cette impartialité a procuré à réertvak la gloire si rare de voir ceux dont il avait jugé les ouvrages re^ connaître eux-mêmes la justice de ses censures. Après Bosio, Da^ ringfao, Bottari et Bddetti, on croyait qu il n'était plus possible de l'ecueillir quelques faits importants sur les antiquités de Rome. La Roma sotterranea , du Père Marchi, démontra le contraire. Arthur Martin et Charles Cahier dans leurs Mélanges arehéolo-' giqueSy et dans la Monographie des vitraux de la Cathédrale de Bourges, nous initient aux secrets des vieilles époques. En expliquant les peintures du moyen âge, Cahier, au dire des sa^ vants , fonde une nouvelle science ; il répand de vives lumières dans la patrologie et la patristique, Thistoire^des œuvres et de la doctrine des Saints Pères. Artigas étudie les langues orientales; il déchif&e les inscriptions arabes dont TEspagne est couverte. Suivant les pas de James Adams qui , après la suppression de rinstitut , consacra ses loisirs à la littérature , Charles Plowden publie ses lettres de Clericus à Laicus. 11 est polémiste comme Kohlman, Arrilaga, François Pellico, Curci, Deschamps et Gahour. Les occupations si multipliées des enfants de saint Ignace semblait s'opposer à cette multitude de travaux intellectuels. Bresciani , dont la pensée est si ingénieuse et le stylesi plein d'^égance, réunit dans ses Prose scelle le précepte à Texemple* P'autres, comme le Père Wiere, créent des musées et des cabinets d'histoire naturelle ; ils franchissent les plus hautes mono tagnes pour se livrer à des observations hypsomêtriqûes, ou , comme les Pères Bosch, Garcia, Carminati, Markijanowicz, Sauri,
En 1841-42-43 -44, â<îcouyerte d'un grand nombre d'étoiles nouvelles.
Le 23 août 1844, découverte d'une nouvelle comète appelée la Comète périodique du Collège-Romain (Comptes* rendus, t. xix, n« fO, p. 484).
Le 25 février 1845, découverte d'une autre nouvelle comète de période inconnue (Comptes-rendus, 4845, mars).
Le 9 juillet 4815, ddcouverfe de la comète d'Encke à son retour au périélie dans cette année (Comptes-rendus, t. xxi, n» 5, p. 323).