CHAPITRE H
Le Père Landes arrive eu Galticie. — Le Clerg<^ et le peuple demandent des Jésuites. •— Un Collège se fonde à Tarnopol. — L'arche?ëque Uacsynski revient à rinstilut. — Ëulhousiasme avec lequel les Gallicieo^ acceptent les Jésuites. — L'empereur François U visite les Jésuites. — Décret impérial qui dégage les Jésuites des mesures hostiles prises par Joseph il. — Le choléra en Gallicie. — L'archiduc Ferdinand et l'archevêque Pistek. — Le Père Dunin et les étudiants pauvres. " Les Jésuites en Styrie. — Le Père Loeftler à Gralz. — L'archiduc Maximilien leur ouvre la forteresse de Linz. — Us entrent dans les Etats autrichiens. — Politique de l'Autriche. — La liberté religieuse en Angleterre. — Situaliou des Jésuites et des Vicaires apostoliques. — Le Collège de Liège. ~ Les Jésuites se retirent dans la Grande-Bretagne. — Thomas Weld leur donne la terre de Stonyhurst pour abriter les maîtres et les élèves. — Nouvelles dispositions des esprits. — Les Anglicans ne se montrent plus hostiles à la Compagnie. — Progrès de la liberté. — Le Père Plowden et le Père Sewall. — Emancipation des Catholiques. — Bill contre les vœux de religion. — Les Jésuites fondent des Collèges. — Ils bâtissent des églises. — Le Puséysme et les conversions. — Les Jésuites en Irlande. — Le Père Callaghan les soutient. — Le Père Kenney crée le Collège de Clongowes. ~- Système d'abrutissement mis en œuvre contre les Irlandais. — Les Jésuites cherchent à faire prévaloir les idées de religion et de morale — Ils s'associent aux efforts du Révérend Mathews, fondateur des Sociétés
52 CHAF. II. — HISTOIllE
4le tempérance. — Les Pères en Hollande — Lcnrs travaux pour coDier?er l'Institut. — Le Jésuite Fonteyne et les Pères de la Foi. — Le prince de Broglie, Ev6que de Gand. — 11 offre un asile aux Jésuites. — Caractère de Guillaume de Nassau, roi des Pays-Bas. — Ses instincts monarchiques et ses amitiés révolu • tionnaires. — Discussion entre le roi et les Evéques de Belgique. — Les Jésuites expulsés de leur maison par la force armée. — Le prince de Broglie leur ouvre son palais. — CAidaranation de TEvéque de Gand. — Exécution du jugement.— Guillaume fait sortir les Jésuites du palais épiscopal. — Ils contiennent l'indignation des Catholiques. — Ils émigrent. — Le Père Le Maistre en Belgique. Guillaume en appelle à Tarbitraire.— Résistance contre Vautoriti'.— Les Consti- 1ulio4inels de Belgique font alliance avec les Catholiques. — MM. de Gerlache et de Potter. — Révolution de Belgique. — Les Jésuites rentrent. — Le Père Joseph de Diesbach et le comte Sinéo délia Torre en Suisse. — Les Jésuites dans le Valais. — Fontanes et les Pères. •— L'Université impériale rend justice aux Jésuites. — Tactique des Radicaux suisses contre la Compagnie. — Jésuites au« ciens et modernes. — Le grand conseil de Frihourg les appelle. — Mission du Père Roothaan dans le Valais. — Grégoire Gérard et sa méthode. — L'Evéque de Lausanne et les Jésuites. — L'émeute contre les Jésuites. — Fondation du Collège de Fribourg. ~ Travaux des Pères de la Compagnie. — Ils sont à DusseMorf , à Bruuswick et à Dresde. — Le Père Gracchi et la famille royale de Saxe.— Le Père Ronsin converti! au Catholicisme le duc et la duchesse d'Anhalt. Le Père Beckx et les Protestants de Koèthen. — Le Père Beckx accusé d'assassinat par le président du Consistoire de Brunswick. — Le Jésuite déclaré innocent par les tribunaux protestants. — Progrès des Pères de la Compagnie en Suisse.
Cependant les Jésuites de Russie prenaient la route de Texil. On comptait dans leurs rangs des hommes éminents par la vertu, par la science et par les services qu'ils avaient rendus et qu'ils
* allaient rendre à TEglise. Les Pères Billy , Roothaan , Raymond Brzozowski, Rozaven, Landes, Richardot, Balandrct, Pierling, Galicz, les deux neveux du célèbre Poczobut, Coince, Lange,
•Zranicki, Âsum, Dunin, Koricki, Suryn, Krupski, Brown, Loeffler, Stibel, Korsak, Guilleraaint, Nisard, Kulak et Perkôwski étaient à la tête de cette légion de bannis. Les uns se proposaient de passer en Italie^, les autres s'acheminaient vers la France ; quelques-uns sous la conduite du Père Szvietokowski se portaient sur la Gallicie. Ces derniers sollicitent la permission de traverser les Etats autrichiens. Le baron de Hauer, gouverneur de la province, ordonne de les accueillir comme des persécutés pour la Foi. Les habitants de la ville de Tamopol s'occupaient dans ce même temps de la fondation d'un Collège ; ils demandent au baron de Hauer de faire payer à l'Institut l'hospitalité qu'il lui a si généreusement offerte. Ils désirent qu'un certain nombre de Pères acceptent la mission de féconder l'établissement en projet : ce sera pour toutes les familles xm gage de sécurité. Hauer s'adressa à Louis Ank>$^icz , archevê-
que de Lembei^. Le prélat et le gouverneur regardent comme une faveur inespérée de la Providence le passage des exilés de Russie. Hoffmann et Poniato\vski, chanoines de la Métropole du rite latin, Samuel Stefanowicz, qui deviendra archevêque de la Métropole arménienne, prennent sous leur patronage ces Religieux sans asile et c[ue les cités catholiques se disputent.
Afm de ne pas être plus longtemps à charge à leurs nouveaux bienfaiteurs, le Père Landes se met en route pour Vienne avec une partie du troupeau confié à sa garde. Il arrive dans cette capitale le 7 juin 1820 *. La cour d'Autriche donnait bien aux Jésuites la permission de traverser les provinces de TEmpire, mais elle leur refusait de s'y fixer en corps. Les Jésuites venaient de renoncer à leurs biens, à leurs Collèges, à leurs Missions de Russie pour ne pas accepter ce suicide ; leur rétablissement dans les Etats autrichiens par le successeur de Joseph II ne devait pas s'obtenir à une pareille condition. L& comte de Saurau' expose, dans un mémoire à l'empereur François , les motifs qui militent en faveur de l'admission de la Compagnie. Le prince l'invite à traiter avec le Père Landes. François II avait voulu connaître personnellement les Jésuites : il s'était £iit rendre compte de leurs travaux ainsi que de leurs espérances. Dans une audience accordée aux Pères Szvietokowski et Landes, il leur dit : t Je sais tout ce que vous avez souffert pour la Reli«gion ; et moi, Empereur catholique, je ne dois pas rester insensible à vos tourments. Malgré les clameurs de ceux qui vous haïssent sans vous connaître , je vous ouvre mon royaume de Gallicie; j'assigne des revenus pour cinquante Jésuites, et si quelques statuts essentiels de vos Constitutions ne se trouvent pas en harmonie avec les lois de l'Etat, je vous autorise à vous pourvoir afin d^obtenir dispense. •*
Le 13 mars 1820, l'empereur de Russie proscrivait les Jésuites; le 20 août de la même année, l'empereur d'Autriche leur offire une nouvelle patrie. La tempête qui a si longtemps éclaté sur l'Allemagne gronde encore. La guerre &ite au prin-
1 Le Père Landes trouva, en 1830, sur le siège archiépiscopal de Vienne, un ancien Jésuite , le Père de Hohenwart , qui avait été précepteur de l'empereur François II.
^ Le comte de Saurau avait élevé des Jésuites au Collège Thérésien de Vienne.
cipe démagogique a, par le contact des idées et par l'enthousiasme des peuples, réveillé des sentiments d*indépendance re ligiçuse et d'affranchissement au coeur de la Germanie. H fallait peu h peu ramener les esprits aux réalités de la vie et aux exigences de la situation. François II est fatigué des secousses qui ont agité la première partie de son règne ; le prince de Met* ternich aspire à calmer l'Europe. Après tant dé glorieux déchirements, le souverain et le ministre pensèrent que le meilleur moyen d'atteindre ce but était l'éducation. Un Collège fut fondé à Tamopol. En peu d'années il devint si florissant que la population deTarnopol s'accrut de plus de nioitié, et que de toutes les extrémités de la Gallicie les parents accouraient pour confier leurs enfants aux Pères de l'Institut. Les Juifs eux-mêmes se laissèrent entraîner par l'exemple ; ils firent taire leurs préjugés de race, et ils voulurent que leurs fils fiissent élevés par les disciples d# saint Ignace.
Le bien que les Jésuites faisaient retentit au cœur du prince Raczyaski, archevêque de Gnesne et primat de Pologne. Avant la suppression, en 1773, il a été membre de la Compagnie. Sa jeunesse s'écoula dans les travaux qui préparent à la profession ; il s'^st engagé par des vœux solennels ; il désire reprendre à la fin de sa vie le joug qu'il a porté avec tant de bonheur. Il sollicite, il obtigit du Saint-Siège la faveur d'abdiquer les dignités dâ l'Eglise. Après quelques années passées au Gesù de Rome , le vieil archevêque, reéevenu Jésuite, prend la route de Gallicie. Les Pères ont une résidence à Przemysl ; on la lui assigne pour retraite, et il y meurt, tandis qu'Antoine de Gotasza, Evêque de la ville, jette les bases d'un Noviciat pour la Compagnie. Un autre se crée à Stara-Wies.
Deux ans après son érection, le Collège de Tamopol comptait plus de quatre cents élèves. Au mois d'octobre 1823, l'Empereur veut encounger par sa présence les maîtres et les disciples. Le Père Szvietokowski, Provincial, le reçoit dans cette maison, qui, après avoir été improvisée, improvise autour de ses murs une nouvelle ville. La génération naissante se façonnait aux idées d'ordre et de travail ; les Jésuites, dont le nombre s'accroît d'année en année, étendent le bienfait de leur apostolat; le peu-
D£ LA COMPAGNIE Dfi JESUS. bo
pie les a pris en affection ; les prélats les emploient à toutes les œuvres du ministère; leur action retentit jusqu*aux portes de* Cracovie. Pierre Klobuszycki, archevêque de Coiocza et leur ancien frère dans Tlnstitut, les invite à passer en Hongrie. Le prince de Lobkowitz et TEvèque Thomas Ziegler les installaient dans lancienne abbaye des Bénédictins de Tyniec. 11 s\igit de renouveler un peuple pauvre qui érige Tivrogneric en système : les Jésuites, encore plus pauvres que lui, se dévouent à cette tâche. On les voit bravant la rigueur des hivers, rompre à ces hommes grossiers le pain de la parole de vie. Ils savent qu'il leur sera difficile de dompter des vices presque acceptés comme une seconde nature; leur persévérance l'emporta. Ce fctdans ces excursions évangéliques que mourut sous le poids des fatigues Potrykowski, jeune gentilhomme polonais, qui avait abandonné son pays pour se faire Jésuite. Le cabinet de Vienne suivait d'un œil attentif les progrès et les tendances de la Société ; il la contemplait aux prises avec les obstacles , et il recueillait de la bouche du gouverneur de la province les éloges que ^acun faisait de l'Institut. Au mois de novembre 1821, l'Empereur, conformément à un décret de la chancellerie de cour, en date du 22 , donne aux Pères une marque ofiicielle de sa confiance.
c Dans l'espoir, ainsi s'exprime le Souverain, que les Jésuites admis dans mon royaume de Gallicie rendront des services utiles par l'instruction et l'éducation de la jeunesse comme aussi par les secours temporaires donnés aux Pasteurs r|ui ont charge d'âmes; qu'ils mettront un frein salutaire à l'impiété et à la corruption des mœurs ; qu'ils feront de leurs élèves de bons chrétiens et des sujets fidèles, et que, par cela même, ils contribueront à la véritable civilisation et au bonheur de mes sujets;
i Je veux bien agréer la demande respectueuse qu'ils m'ont présentée, et je leur permets de pouvoir vivre dans mon royaume* de trallicie , selon les constitutions de leur Ordre et selon les vœux qu'ils ont émis conformément à leur Institut.
i En conséquence, je leur permets de continuer, sans qu'on puisse les inquiéter, à correspondre pour le maintien de la discipline avec le Général de leur Ordre sur les objets qui ont rapport
56 GUAP. 11. -> HIST01R£
à leur régime intérieur et à leurs Constitutions approuvées par l'Eglise.
» Néanmoins, quant à i&e qui concerne les fonctions sacerdotales, la célébration du service divin, la prédication, le ministère de la confession et les secours temporaires donnés aux Pasteurs des âmes, les Jésuites doivent être soumis aux Evêques; en sorte que leur seul régime intérieur et le maintien de la discipline soient réservés aux supérieurs de TOrdre, selon leur Institut.
» Cependant, de peur que les membres de FOrdre envoyés au dehors ne deviennent étrangers à la vie de communauté, les secours donnés dans le saint ministère en Gallicie doivent avoir lieu d'une manière conforme aux statuts de l'Ordre, c'est-à-dire sous la forme de Missions. Et le Père Provincial s'entendra avec les. Ordinaires des lieux, tant par rapport aux personnes qui y sont employées que pour la durée des Missions.
i Pour ce qui regarde les études théologiques faites dans les Maisons de T Ordre , ils continueront à se conformer à ma décision du 24 août 1827.
• Quant atix autres études, je permets qu'ils suivent la méthode prescrite par leur Institut, et que la direction en soit confiée aux supérieurs de l'Ordre! Cependant les livres classiques dont ils se serviront dans leurs écoles doivent être soumis à l'inspection et à l'approbation des autorités compétentes; et leurs Qpoliers subiront les examens de la manière qui est prescrite dans mes Etats. »
Ainsi la Société de Jésus commençait à se reconstituer en Allemagne , elle y acquérait droit de cité , elle pouvait se propager à l'abri du sceptre impérial. Quelques années paisibles s'écou^ lèrent sous le provincialat du Père Loeffler ; mais au mois de mai 1831 le choléra envahit la Gallicie. Devant ce fléau encore inconnu * , les populations restaient muettes ; l'épouvante ré-
1 Avant les ravages que le choléra-morbus eierça en 4831 et 1832, l'Europe ne le connaissait pas comme maladie épidémique. Ce fléau parut pour la première fois, au mois d'août 4817, dans un village de Tlndostan, situé sur un terrain marécageux, non loin des bouches du Gange. L'humidité qui pénétra dans les obscures habitations de ce village à la suite de pluies torrentielles fut, dit-on, Torigine de cette maladie. Â la vue du premier qui en fut atteint, kses vomissements, k ses contractions de nerfs, aux épouvantables symptômes qui précédèrent la mort, les Indiens crurent au poison. Mais le fléau se propagea si rapidement quMl fallut bien TaGcepter comme une épidémie. La terreur fut grande. Elle dispersa, les habitants.
gnaît partout. Le peuple des campagnes se précipitait dans les villes pour invoquer des secours ; le peuple des villes fuyait dans les campagnes afin d'éviter la contagion. La seule Gallicie a déjà perdu plus de quatre-vingt-dix-sept mille de ses enfants, et l'active charité des Jésuites semble se multiplier comme la terreur. Toul-à-coup un nouveau désastre frappe les Galliciens et les Pères. Un seul membre de la Compagnie, nommé Kisiclewicz, qui s'est dévoué à servir les soldats atteints du fléau , périt au milieu d'eux *. Les autres, soutenus par leur courage, paraissent être à l'abri du mal. Dans la nuit du 3 mai 1831, la foudre tombe sur le Collège de Tyniec , devenu le quartier-général des Pères. C'était de là qu'ils s'élançaient pour se rendre où la voix des magistrats les appelait. L'incendie fit des progrès si rapides que les habitants, témoins du sinistre, comprirent bientôt que les Jésuites se trouveraient forcés de chercher ailleurs un asile. Cette retraite plongeait les Galliciens dans le désespoir; ils offrent de bâtir une nouvelle maison à Sandec, dans un lieu que l'Empereur avait mis à la disposition de leurs apôtres. Le choléra avait centuplé la misère ; pour ne pas se séparer des enfants de Loyola, ils s'engagent à partager avec eux leurs insuflisantes ressources. Il n'y avait pas à hésiter. L'indigence menaçait; les besoins allaient se faire sentir plus vivement que jamais. Néanmoins, les Jésuites comprennent qu'ils se doivent à ce peuple dont les larmes et les vœux semblent leur imposer robligation de souffirir comme une dette de reconnaissance. Les Jésuites se décident à rester dans un pays frappé de tant de désastres à la fois. Us s'y attachent par les calamités mêmes qui vont les assaillir. Les populations les avaient vus afironter le danger et braver la
qoi portèrent partout le germe du mal. Dana l'espace de six ans, le choléra enyahit une largeur de mille lieues de France sur deux mille huit cents de longueur, et il toa neuf millions de créatures humaines. Après avoir visité la Chine, les empires de Siam , du Bengale, de Perse et plusieurs autres castrées de l'Asie , il gagna en en I83S les troupes russes guerroyant dans la Géorgie. Avecelietf, il passa en Russie, et de là il fondit sur la Gallicie.
* Passerai « Vice-Général des Rédempioristes , eu Autriche, écrivait, le a Juillet I8SI, au Jésuite Nisard , qui se trouvait à cette époque en Gallicie : « Je vous té" licite, mon Révérend Père, et toute votre sainte Société, de la protection spéciale que la divine Providence vient de vous accorder dans la calamité qui afflige vos contrées et menace les nôtres. Mais n'élait-il pas juste que Tange exterminateur eût pour le nom de TAgneau que vous portez autant de respect qu'il en eut jadis pour la figure de son sang? »
58 CHAP. II. — HISTOIKE
mort pour encourager ou servir les malades ; la famille impériale crut qu*il n'appartenait qu'à elle seule de recompenser tant de sacrifices. En 1833, Tarchiduc Ferdinand visita les maisons de la Compagnie à Tamopol, à Stara-Wies et à Sandec ; il se déclara leur protecteur; il les remercia publiquement de leur charitf^. Pour consacrer cette justice, TEmpereur, en 1834, fit augmenter de cinq mille florins la rente que TEtat payait à la Province. François Pistek, archevêque de Lemberg, et Tarchiduc Ferdinand témoignent le désir d'en former un nouveau dans la capitale même de la Gallicie.
A peine ce vœu est-il conçu qu'il se réalise. Le nom des Jésuites était aussi populaire en Allemagne qu'au temps de Canisius, de Possevin et d'Hofiee. A Tarnopol surtout, le Père Paul Dunin s* était acquis parmi les étudiants tme célébrité qui retentissait dans toutes les familles. Cet homme , dont le nom est une des gloires de la patrie , a été souvent à même de remarquer que la pauvreté est, pour beaucoup de jeunes gens distingués par leurs talents , un obstacle qui les arrête au milieu de leur carrière. II songe à réparer les torts de la fortune. Afin d'assurer à ces jeunes gens les moyens de s'instruire sans avoir à rougir devant les autres d'une indigence qui peut les humilier, il mendie de porte en porte. Lorsqu'il a recueilli l'aumône qui n'est jamais refusée à sa bienfaisance, il partage secrètement l'or qu'il a reçu entre les étudiants que lui seul connaît; puis , jusqu'au 16 août 1838, jour de sa mort , il continue cette œuvre dont plus d'un savant d'Allemagne a profité»
Les bienfaiteurs naissaient en même temps que les Jésuites répandaient le bien&it. Dans tous les lieux où ils propagent la vertu par l'éducation et par l'éloquence , ils ravivent l'esprit chrétien. Le comte Ladislas Tarnowski , la comtesse Agnès Mier , le conseiller d'Etat Szaniawki et les principaux du royaume s'associent à leurs œuvres. Ici on les trouve au fond des hôpitaux ou des prisons; là, comme à Lemberg, ils se chargent de faire pénétrer quelques idées de morale et de repentir au sein des bagnes. Mais déjà la Gallicie ne sufiit plus à leur zèle. Le gouvernement appréciait leurs travaux : dès l'année 1829, il leur ouvre la Styrie et les Etats autrichiens. Ce fiit le Bénédictin ZsBngerle , Prince-
Evêque de Gratz, qui , le premier , ofintaux Jésuites une résidence à Gleisdorff pour y commencer un Noviciat. Cet Evêque s'occupait activement de la réforme de son Clergé. Il pensa que les meilleurs coopérateurs à acquérir se rencontraient dans la Compagnie de Jésus : il sollicita leur introduction en Styrie. Le but avoué du cabinet de Vienne était d'amener les Pérès à créer une Province allemande complètement distincte de la Province de Pologne. Le Père Loeffler souscrivit à cet engagement, que constate un décret impérial du 22 novembre 1828. Le 2 avril 1829, le Père Jean Mayer, accompagné de deux autres Jésuites , prît possession du couvent de Gleisdorff. Des intérêts particuliers s'opposent à ce premier établissement. Les Jésuites se voient bientôt sans asile et obligés, pour vivre en communauté, de s'installer à Gratz dans une maison où habitaient de nombreuses familles et une cantatrice du théâtre.
Les Pères envoyés en Styrîe ne demandent rien pour eux, rîen pour leur Ordre. Ils se dévouent à endurer les tracasseries inhérentes à tout établissement nouveau. Des difficultés de détail naissent à chaque pas ; ils ne s'en préoccupent que pour laisser au temps le soin de les résoudre. Quand elles sont aplanies, ils ne tirent pas plus vanité de la bonne que de la mauvaise fortune. A les voir si indifférents sur tout ce qui n'ébranle pas l'intégrité du Siège apostolique ou les fondements de la société religieuse, on dirait que le succès, comme la défaite, n^est pour rien dans l'ensemble de leurs devoirs ; ils acceptent avec une égale soumission la joie et la douleur. À Gratz où ils ne peuvent trouver une demeure convenable , ils campent en attendant le jour où cette demeure s'offrira. Pendant ce temps, le Père Stœger fait éclater dans les églises sa parole inspirée, les Novices se forment au bruit du monde, quelquefois même à celui du théâtre. Trois années s'écoulent ainsi ; puis , quand cet état anormal commence à se régulariser, Jacques Stoppar, secrétaire du Prince-Evêque, et Xavier Weninger, docteur en théologie, entrent au Noviciat avec dix-sept jeunes gens. Quatre mois après, leur nombre était doublé.
L'archiduc MaximiUen , le Vauban de l'Allemagne , a pour les Jésuites une de ces estimes raisonnées, telle que Waldstein, Spi-
60 CHAr. 11. - IIISTOIBE
nola, don Juan, Sobieski, Gondé, Turenne et Villars étaient heureux de la manifester. En 1835, il voit de ses yeux l'embarras dans lequel on place les Jésuites implantés à Gratz. 11 est chargé d'établir les fortifications de la ville de Linz, qui protueront le pays et le Danube coulant au pied de la cité. Il transforme en maison de campagne une des premières fours qu*il a fait construire sur le Freinberg. Il y joint une belle église gothique. Afin de donner à ses travaux une consécration religieuse , il propose au Bénédictin Thomas Ziegler, Evêque de Linz, -d'offrir à rinstitut cette maison , devenue par ses soins inutile aux fortifications. Le 10 août 1837 les Jésuites s'y installèrent. L'Archiduc n'abandonne pas son œuvre incomplète ; il accorde aux Pères l'usufruit des terrains avoisinant le nouveau Collège , et il leur assigne une rente qui permet d'entretenir trente Jésuites sur cette montagne que son génie militaire a immortalisée.
L'Autriche avait accepté les Jésuites sans enthousiasme , mais par conviction du bien qu'elle retirerait de leur enseignement. François II, si longtemps éprouvé, avait pleine «confiance aux enfants de saint Ignace; il les aimait par tradition de famille, par gratitude et comme un nouveau lien qui le rattachait à ses peuples.
Il n'y avait plus à hésiter sur le sentiment qui l'entraînait vers les Pères. Dans chaque ville où un Jésuite faisait entendre la parole divine , la foule se pressait autour de la chaire ; des fruits de bénédiction étaient constatés par le clergé séculier , saluant l'arrivée des Missionnaires comme un bienfait. Au sein de leurs Collèges ainsi qu'au milieu des cités et des campagnes, les Jésuites se montraient partout les mêmes. Le prince de Metternich, l'arbitre suprême des affaires, était entouré des hommes qui avaient professé les principes de Joseph II. D connaissait les difficultés et les besoins ; mais, d'après sa grande maxime de faire toujours le contraire de ce que veut l'ennemi , il résolut d'être juste et favorable aux Jésuites. Il se présente comme un de leurs principaux soutiens ; il aplanit les obstacles , il aide les Pères de ses conseils et de son influence. Au-dessus des préjugés par l'élévation de son esprit, toujours maître de lui-même par la force et l'égalité de son caractère, il avait promptement discerné la vérité du mensonge convenu. On lui peignait les Jésuites comme
portant la main sur tous les pouvoirs et aspirant à renverser ceux qui ne subissaient pas le joug de l'Institut. Le prince de Metternich, avec cette patience investigatrice qui est le cachet de sa politique, découvre sans peine qu'ils ne peuvent être dangereux ou hostiles qu'aux passions mauvaises. À partir de ce jour, il les laisse répondre à Tappel des Evoques et des Catholiques. Leur nom était un écho réveillant la Foi dans les âmes ; leurs leçons ravivaient les bonnes mœurs ; leur aménité faisait aimer Tétude. Ils purent en toute Uberté se livrer aux soins incessants de Tapostolat par la chaire, par l'éducation et par la charité.
Le 17 octobre 1838 l'empereur Ferdinand, sur la demande du comte de Vilczez, gouverneur du Tyrol, et à la prière des Etats de cette province, confie aux Jésuites leur ancien Collège dlnspruck. Le Père Pierre Lange en est le premier recteur. Les accroissements de cette maison furent si prompts que deux ans après sa fondation elle comptait trois cent quatre-vingt-sept élèves. Les Pères grandissaient en Allemagne, le même succès les attendait en Angleterre.
Tant que les trois-royaumes furent gouvernés par leurs princes légitimes, on vit la dernière des Tudor et le premier des Stuarts se présenter partout comme les ennemis personnels de la Compagnie de Jésus. Nous avons raconté cette persécution. Née avec Elisabeth, elle ne se calme même pas au lit de mort de la reine-vierge. Toujours aussi inhumaine, cette persécution devient plus ridicule sous le sceptre que Jacques I*"' transforma en férule de pédagogue. Charles I®' ne sut ni protéger ses amis, ni combattre ses adversaires, ni se défendre lui-même ; il eut toutes les faiblesses et tous les malheurs des rois sans volonté. Charles II, son fils, s'imagina que l'éclat des fêtes et le luxe de ses plaisirs égoïstes couvrirait la voix des partis extrêmes qu'il essayait d'étouffer dans le sang. Jacques II chercha un appui dans la réaction religieuse. Il fut le plus débonnaire des tyrans; l'Angleterre le punit jusque dans sa postérité des crimes de ses ancêtres. La révolution de 1688 s'était faite au cri de : Mort aux Jésuites I Quand cette révolution eut jeté au vent ses premières colères, les Jésuites se trouvèrent plus paisibles que jamais sous la nouvelle dynastie.
62 CHAP. H. — HlSTOUtE
L* Angleterre avait traversé un fleuve de sang afin d arriver à la liberté de conscience. Elle se jugea assez forte, elle fut assez juste pour vouloir que chacun , dans la limite des lois , pût jouir de ce droit que payaient tant de sacrifices. Par les Pères de la Compagnie de Jésus, la Foi romaine se maintint aux cœurs de quelques familles. Par eux encore, elle se propagea pendant près de trois siècles, grandissant avec la proscription, se multipliant avec Téchafaud. Les Catholiques s'étaient épurés au creuset des souffrances. Us avaient vu la ruine légale s'asseoir au foyer de leurs demeures envahies ; ils avaient erré dans les bois, cachant leurs vertus comme un coupable cache ses crimes. Depuis le riche propriétaire anglais jusqu'au plus obscur enfant de rirlande, ils trouvaient tous dans leurs souvenirs ou dans leurs archives de famtille une histoire de dévouement au principe chrétien. Le nom des Jésuites se mêlait naturellement à ces funèbres et glorieux récits. La Compagnie avait tant souffert pour préserver la Foi des Catholiques d'un naufrage inévitable, qu'ils ne se croyaient à l'abri de l'apostasie qu'en gardant auprès d'eux les Missionnaires, dont la voix les initiait au secret delà persévérance.
Dès les premières années du dix-huitième siècle le cabinet britannique s'avoua que , dans un pays aussi fortement constitué , il y avait honte sans profit à torturer les consciences et à imposer des obligations auxquelles on répugnerait de s'astreindre soimême. On laissa peu à peu tomber en désuétude les lois pénales , qui réduisaient à l'ilotisme les fidèles des trois-royaumes ;-on ne s'acharna plus à poursuivre les Jésuites comme des malfaiteurs publics. Si la Foi n'avait pas eu de profondes racines au cœur de la Grande -Bretagne , cette habile tolérance , venant à la suite des commotions politiques , aurait pu être fatale au CathoHcisme. Il n'en fut pas ainsi. Le bien-être n'engendra point l'apathie, et par un zèle aussi plein de prudence que d'activité , les Pères de l'Institut profitèrent du calme qui leur était accordé pour entretenir et multiplier dans les âmes l'amour des devoirs religieux. ' Jusqu'alors ils n'avaient dû l'hospitalité qu'au hasard ; leur existence de tous les jours n'était pas plus assurée que leur sommeil ; l'un et l'autre restaient à la merci de la pieuse reconnaissance des Catholiques. Les Jésuites avaient vécu dans des retraites
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sûres d'où ils ne sortaient que pour bénir et fortifier. Â partir du jour où la liberté ne fut plus une déception , ils comprirent qu'avec la marche des idées et les progrès signalés dans l'esprit national , il n'y avait plus à craindre pour eux ces rigueurs insolites , dont les siècles écoulés avaient fourni le modèle. Sans encourir la vindicte des lois , ils pouvaient se proclamer attachés du fond de l'âme au Siège apostolique , ils commencèrent à se créer des demeures fixes où, dans le secret d'abord, puis peu à peu assez ouverte* ment , ils habitèrent en communauté.
Telles furent à leur origine les Missions de Liverpool, de Bristol , de Preston, de Norwich et de plusieurs autres villes. Une pète chapelle était annexée à la maison. Sans exciter le moindre murmure, les Fidèles eurent la liberté d'y prier. Quand lo bref de Clément XIY supprima la Compagnie, les Jésuites vivaient dans cet état , dont rien ne troublait la quiétude. Un Souverain-Pontife immolait l'Institut aux ennemis de l'Eglise, les Pères se soumirent en gémissant. 11 était bien difficile de les remplacer dans la Grande-Bretagne; les Vicaires apostoliques, qui plus d'une fois s'étaient trouvés en guerre avec eux sur des points de juridiction, furent contraints de leur permettre l'exercice du ministère dans leurs résidences. Les Jésuites ne l'étaient plus de fait ainsi que de droit; les Catholiques ne veulent pas, autant qu'il est en eux, s'associer an suicide que la peur inspire à GanganeUi. Les Collèges où leurs enfants sont élevés, à Saint-Omer, à Bruges et à Gand, tombent sous le coup du hreî Dominus ac Redemptor ;hi maison que les Jésuites ont fondée à Liège n'est pas aussi malheureuse ; elle survit à la destruction de l'Ordre. Le Père Howard, encouragé par le Prince-Evêque, peut y continuer le bien dont ses prédécesseurs jetèrent le germe.
Ce Collège, dans la pensée des Catholiques, devait être une pépinière d'ouvriers évangéliques. destinés à succéder aux Jésuites. Quand Pie VI le prit sous sa protection et sous celle du Saint- Siège, il ne cacha pas dans son décret que son but était de faire de ces nouveaux Prêtres «ries continuateurs et les soutiens de 4a Mission primitive. j> La Révolution française dérangea ce plan. Son premier soin , en débordant sur la Belgique, fut d'anéantir le Collège et de chasser en même temps les maîtres et les disciples. Ils
allaient se voir sans asile et sans es[)érance de développer le Catholicisme dans la Grande-Bretagne, lorsqu'un noble et riche Anglais, Thomas Weld , se sent touché des malheurs dont ses coreligionnaires sont menacés. Le continent se ferme aux anciens Jésuites, qui ne renoncent pas à former un Clergé indigène, afin de les remplacer dans leur patrie; Thomas Weld leur ouvre T Angleterre. Cette famille , qui attache son nom à toutes les hautes infortunes, et qui, après avoir reçu les Jésuites proscrits, viendra trente-sept ans plus tard, mettre son vieux château de Lulworth à la disposition de Charles X banni de France^ possédait une terre dans le Lancashire. Cette terre se nommait Stonyhurst.
Thomas Weld la consacre aux débris de la Société de Jésus et aux élèves qui les suivent dans leur exil. A peine installés dans ce lieu devenu cher à la Religion , les enfants de Loyola , qui ne peuvent plus se renouveler , s'occupent avec ardeur à combler les vides que la mort fait en éclaircissant leurs rangs. Us forment des prêtres aussi dévoués qu'instruits , des jeunes gens qui porteront dans leurs familles le courage et la foi dont ils offrent et reçoivent l'exemple. Les Pères de l'Institut supprimé ne s'étaient pas condamnés au silence et au trépas , parce que Clément XIV avait frappé l'arbre de stérilité. Ils sentaient en eux un principe de vie dominant tous les faits accomplis. Avec la plupart de leurs Frères dispersés, ils croyaient que de nouveaux événements, que d'immenses désastres et de plus mûres réflexions amèneraient tôt ou tard le Saint-Siège à révoquer le bref de Ganganelli. Ce qui se passait en Prusse et en Russie , la merveilleuse conservation de l'Ordre de saint Ignace , les bonnes dispositions dont Pie VI était animé, les entretenaient dans cet espoir. Dès 1786, les Jésuites de la Grande-Bretagne, qui n'avaient point eu à lutter contrôle gouvernement, et qui, en deho^ du bref, se trouvaient dans la même situation qu'auparavant , supplièrent le Vicaire- Général de les incorporer à la Société renaissante. La chose n'était possible qu'en transgressant les C/ommandements du Pape. Le Vicaire -Général signifie aux Pères de l'ancienne Province britannique qu'il faut renoncer à ce projet. En 1800^ lorsque Pie VU eut publiquement autorisé l'existence des Jésuites en Russie , les Anglais réitérèrent la même demande. Les obstacles étaient
aplanis ; Gruber sollicite du Saint-Siège le droit d «gréger' à l'institut ceux qui désirent y mourir après avoir voué leur vie au triomphe de TEglise. Le Souverain-Pontife leur accorda cette faveur. Le Père William Strickland fut chargé d'élever au degré de Profès le Père Marmaduke*Stone, recteur du nouveau Collège anglais , et de rétablir Provincial. Le 22 mai 1803, cette solennité eut lieu.
A peine la nouvelle de la reconstitution de FOrdre en Angleterre est-elle divulguée , que l'on voit accourir à Stonyhurst tous les anciens Jésuites , heureux encore de reprendre le joug des règles de saint Ignace. Parmi les plus empressés , on distingue les Pères Thomas Stanley, Pierre O'Brien, Lawson, Jenkins, Edouard Church et Joseph Reeve , dont les noms sont chers aux Catholiques et précieux à la jeunesse. Charles et Robert Plowden, Thomas Reeve , Lewis , Jacques Lesiie, Edouard Howard, Price, Johnson et un certain nombre de jeunes Prêtres viennent renforcer la cohorte qui se réunit. La Compagnie sortait du tombeau ; elle veille à se perpétuer. Les trois-royaumes étaient alors engagés dans une terrible lutte avec Napoléon. Le sang et les trésors du pays se prodiguaient sur les champs de bataille et dans les intrigues diplomatiques. 11 y avait du patriotisme et de l'ambition , de la haine et une pensée égoïste au fond de ce duel d empire à empire. L'Angleterre était ébranlée ; mais elle semblait grandir avec le danger. Pitt n'avait ni le temps ni la volonté de s'opposer au rétablissement de l'Institut. L'Angleterre était restée indifférente à sa mort ; elle se croyait assez puissante pour ne pas s'occuper de sa résurrection. Tous les yeux se tournaient vers le continent : les Jésuites mirent à profit ces sollicitudes, et, afin de ne pas être pris au dépourvu, ils décidèrent qu'un Noviciat serait créé.
11 ne fallait qu'une maison et un jardin, la générosité de Thomas Weld y pourvut. Le Père Charles Plowden fut chargé de la direction de l'établissement. Thomas Weld n'avait encore offert aux Jésuites que te superflu de sa fortune ; il fit mieux : il donna à la Compagnie ses deux fils, Edouard, et Jean qui fut plus tard recteur de Stoiiyhurst. Avec eux entrèrent au Noviciat Gualter Clifford et Thomas Tate. Dans de pareilles conditions d'existence,