‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, composée sur les documents inédits et authentiques (volume 2)Chapitre 5 sur 34 · cuAP. 11. ^ msTOiiui · texte numérisé non relu

cuAP. 11. ^ msTOiiui

rinstitut allait se propager rapidement ; ua obstacle surgit de rautorité iQ/ème qui devait concourir à cette propagation,

A diver^s reprises , de ^érieui^ conflits avaient éclaté «ntre les Missionnaires et fpielques Vicaires apostoliques, lies Jésuites s'y étaiçnt vus mêlés plutût pour les besoins de la cause catholique que par esprit de domination. Les droits de^ una et des autres n'avaient pas été bien définis ou bien compris , et , dans Fadaii-* nistration de l'Eglise d'Angleterre , il surgissait de temps k autre, des dissentiments qui plus d'une fois compromirent k présent et l'avenir. En face de la position faite mx disciples de saint Ignace , on aurait pu croire que ces débats ne se réveilleraient point, et que chacun » daps la sphère de ses pouvoirs , travaillerait à l'œuvre commune. Il n'en fut pas ainsi. Les Jésuites eurent des adversaires très*prononcés dans quelques-uns de ces prélats; ils en rencontrèrent qui, à l'exemple de l'illustre Milner, s'identifièrent complètement avec eux.

Dans la situation actuelle, de pareils conflits ne sont plus pos« sibles. En Angleterre tout passe sous le niveau de la publicité. Cette publicité a sans doute ses erreurs volontaires, ses fraudes même, comme toute espèce de liberté qui vit de monopole; mais la presse anglaise, jusqu'alors si hostile aux Jésuites et si into~ lérante, parut enfin, dès l'année iSlO, revenir à des sentiments d'équité. C'était le temps des intrigues politiques : elles devaient plus tard se multiplier et se proclamer comme une puissance. Dans ce mouvement de passions et d'idées, qui marquera leè commencements du dix-neuvième siècle, les Jésuites ne se sont mêlés à aucun des événements qui remuent l'Europe» Tant que les Anglais n'ont pas vu la Compagnie libre de son action et agissant au soleil , ils eurent de sourdes imputations à faire re« jaillir sur elle. Du jour où l'on permit aux Pères de l'Institut de prier, d'ëvangéliser et d'instruire en n'ayant de compte à rendre qu'à la loi, les Jésuites ne furent plus soupçonnés de conspirer ) et les sectes les plus hostiles s*empre0sèrent de leur donner ce témoignage. On allait, en défigurant l'histoire des disciples de saint Ignace, les trouver coupables à tous les coifts du globe. La France constitutionnelle, l'Espagne libérale, rUalie, l'Allemagne, la Çqisse çt la Belgique révabitiosnaires devaient

pousser contre euj^ un long cri de malédiction, et dans le pays le plus opposé aux tendances catholiques ce cri était condamné i rester sans écho.

C'est qu*avec leur bon sens prati(][ue les anglais n'avaient pas tardé à comprendre qu'une guerre étemelle, faite à des hommes innocents de tous ces crimes dont on se plaisait à les charger, entraînait nécessairement une guerre contre les idées qu'ils patrouaient. Les Anglais , se plaçant à la tête de la civilisation européenne, ne voulurent pas faire subir un pareil échec à leur orgueil national. Us acceptèrent les Jésuites tels quels, bien per^ suadés que, puisqu'ils réclamaient le grand jour, il serait toujours facile de les atteindre dans Tombre. Les Jésuites ne s y précipitèrent point, et le cabinet britannique et la presse anglaise n inventèrent jamais de prétextes pour se donner Toccasion d'y descendre sans eux.

La position que nous venons de décrire, et que les deux par* tis ont maintenue de 1810 à 1845, n'était pas encore aussi net* tement dessinée lorsque les Vicaires apostoliques essayèrent d'attirer des embarras à la Société. Avec les méticideuses précautions que la peur de se compromettre inspire souvent aux hommes les mieux intentionnés, certains délégués du Saint- Siège refusaient de reconnaître comme Jésuites les prêtres que Pie VU lui-même encourageait à se proclamer tels. Quand Iç Souverain-Pontife , par sa bulle Solliciludo omnium ecclesiarum du 7 août 1814, eut vaincu les diificultés, ces mêmes dé-» légués se retranchèrent derrière une chimère qu'on leur fit caresser comme une réalité : ils s'imaginèrent que l'existence des Jésuites au sein des trois-royaumes réveillerait les anciens ferments de discorde, et que déjà le pouvoir s'apprêtait à susciter contre les Catholiques de nouvelles persécutions. 11 n'en était rien , il n'en pouvait rien être ; mais ces hostilités , divisant le même parti , ne tendaient qu'à l'affaiblir. Il est bien malaisé en effet qu'un parti, lors même qu'il serait une fraction de {'unité catholique, puisse grandir ou subsister en ayant chez lui la guerre intestine. Pour la faire cesser, les Jésuites se soumirent à toutes les conditions. Ils se croyaient utiles^ ils ne firent pas sentir leur importance.

68 GMAP. 11. — HISTOIRE

Au milieu de ces démêlés, leur zèle ne se ralentissait pas. Le 31 juillet 1810, jour de la fête de saint Ignace, Thomas Weld, le bienfaiteur de Tlnstitut, expira saintement dans le Collège qu'il avait fondé. Chaque année augmentait le nombre des élèves de cette maison ; chaque année aussi les Jésuites gagnèrent du terrain. Ils avançaient sans bruit, étouffant leur triomphe d'aujourd'hui sous leur espérance de demain et ne donnant rien au hasard. En 1816, le Père Grivel, nommé Visiteur de la Province par Brzozowski, n'eut qu'à approuver ce qui était déjà fait et les plans en voie d'exécution. Le Père Charles Plowden fut par lui choisi pour Provincial. En 1820 Plowden mourut et Nicolas Sewall le remplaça. Six années après, le Père Brooke était appelé à succéder à Sewall.

Mais, durant cet intervalle, de notables changements s'introduisirent dans la législation anglaise. Les Catholiques, tolérés jusqu'alors, avaient revendiqué leurs droits d'hommes libre!; et de citoyens. C'était une réparation des iniquités passées, la consécration d'un grand principe. Les orateurs du Parlement, à la tête desquels bWlaient Georges Canning et lord Grey , soutinrent la justice des demandes adressées par les Catholiques. Ces de* mandes blessaient au vif l'Eglise anglicane; néanmoins elles étaient exigées par la raison d'Etat et par la raison publique. L'émancipation, longtemps ajournée, longtemps discutée, fut enfin prise au sérieux, et peu après admise comme loi du royaume. Mais en 1829, quand ces discussions formidables étaient dans leur effervescence, un bill fut promulgué qui sembla tout remettre en question. Ce bill défendait aux sujets de la Couronne britannique de prononcer des vœux de Religion en Angleterre, ou de revenir s'y fixer après les avoir prononcés dans un autre pays. La peine d'exil frappait tous les contrevenants. Les Jésuites sentirent qu'une pareille loi était spécialement dirigée contre eux, et ils en tinrent peu de compte, parce qu'ils ne se déguisèrent pas qu'elle naissait au contact des passions surexcitées par le bill d'émancipation, devenu le champ-clos des dernières colères du Protestantisme*

Ils avaient à démontrer que, libres ou esclaves, rien, ne les pousserait dans l'arène des intrigues. Ils voulaient prouver qu'ils accomplissaient aussi ponctuellement leurs devoirs^ do prêtres

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et de Jésuites sous le coup de la persécution que sous celui du ' bienfait. Us restèrent donc muets et inébranlables au poste confié à leui* vigilance. Ce poste était si bien gardé que, de 1826 à 1835, onze églises s'élevèrent par leurs soins. Alors même commença ce mouvement vers le Catholicisme qui, imprimé aux classes doctes ou nobles, progresse avec tant de rapidité qu'il est impossible d*en calculer la portée. En face de ridée caàiolique, qui n'a rien perdu de sa sève première, la Grande-Bretagne n'est ni émue ni alarmée. Elle voit les Jésuites fonder des Collèges^ bâtir des églises dans la capitale même des troisroyaumes ; elle mesure le degré de faveur qui accueille le Puséysme^ ; elle entend les maîtres les plus honorés de ses Uni-

' Le Puséysme désigne le sysième moderne de théologie anglicane devenu si célèbre depuis quelques années. C'est une école de savants distingués, presque tous professeurs ou élèves de l'Université d'Oxford. Ce nom lui vient du docteur Pusey, et elle le reçut en 4833. Dès cette époque, certains projets touchant la réforme de l'Eglise établie furent agités dans la presse britannique. Ce n'étaient pas de ces déclamations banales sur la splendeur et l'opulence du Clergé , de ces théories inapplicables que les charlatans religieux ou politiques inventent pour dresser un piédestal à leur vanité, toujours gonflée des éloges qu'ils sont sans cesse en.travail de se donner à eux-mêmes; mais au contraire des plans sérieux , discutés par les amis tvoués ou par certains membres de TEglise anglicane. Ils aspiraient k en modifier les constitutions, la liturgie et les formulaires. Ceux qui parlaient de cette sorte ne s'entciadaient pas sur tous les points; la discorde régnait sourdement parmi eux : de ce conflit naquit le Puséysme. En 1833, l'école nouvelle, encore peu nombreuse, commença à publier les Traités pour les temps présents, Tracts fort the limes , et d'autres écrits polémiques , les uns destinés k la défense de l'Anglicanisme , les autres dirigés contre Rome ou contre les Protestants dissidents. Le British criUc, revue trimestrielle, devint l'organe de cette secte qui , à l'inverse de toutes les autres, cherchait de bonne foi la lumière.

En 1836, le docteur Hambden , nommé par le cabinet de Saint-James à la chaire de théologie d'Oxford, fut censuré par le conseil universitaire, accusant de rationalisme les précédents écrits du docteur. A la tète de l'opposition que son sysième soulevait dans Oxford, on distinguait Pusey, Vaughan, Thomas et Newman. Pusey était en évidence, il s'y mit encore davantage en publiant un ouvrage remarquable pour défendre ses Idées. C'est cette initiative qui contribua à faire donner son nom au parti.

Dans le principe, les chefs du Puséysme semblent n'avoir d'autre but que de soutenir et de reconstituer l'Anglicanisme. D'après les Tracts ei leurs autres écrits polémiques ou dogmatiques, les Puséysfes partaient alors du point fondamental que les anciens réformateurs étaient des hommes à tendance relâchée , et qu'eux , tu contraire, s'efforçaient d'être exacts^en dogme ainsi qu'en discipline. Ils disaient tux Anglicans : « Maintenez le symbole d'Athanase et toutes les règles du baptême. Point d'accommodement avec l'esprit du siècle. A temps et k contre- temps, ne transigez jamais avec vos obligations. N'oubliez pas les devoirs que , lors de votre régénération en Christ par le saint baptême, vous avez contractés envers FEglise. L'Eglise ne doit jamais dépendre de l'Etat, mais son alliance est un honneur pour l'Etat. Ravivez la discipline tombée en désuétude ; réchauffez l'intelligence par le souvenir des vertus que notre Eglise a malheureusement négligées , mais qu'elle n'a jamais perdues. Tenez les temples ouverts, et notre Eglise apparaîtra ce qu'elle est réellement, pure, apostolique et rejetant les corruptions doctrinales ainsi que les pratiques superstitieuses, sinon idolàtriques de Rome, sa sœur infortunée ,

versités proclamer leurs doutes anglicans pu abriter leur croyance nouvelle sous Tégide du Saint-Siège, la seule autorité immuable sur la terre. Comme le gouvernement britannique a posé les prémisses du principe de liberté, il en adopte toutes les conséquences. Les Jésuites sont citoyens anglais : à ce titre, qu^ils revendiquent avec orgueil, il leur est permis d'enseigner la jeuilesse, de répandre leur Foi et de guider les autres hommes dans la voie que chacun a le privilège de se tracer. Ainsi les hérétiques de la Grande-Bretagne, comme ceux d'Allemagne et de France , se montrent plus tolérants à Tégard du Catholicisme leur

pnUqvM etofrement téptouvée» par l'Miti([aité, dool nous iotoquons le (émoi0na0e avec respect. »

Telles furent les doctrines primitives des Puséysles. Ils se mirent k l'œuvre , ils étudièrent le Christianisme et rétat constitutif de l'unité catholique» non plus dans les théologiens protestants des trois derniers siècles, mais dans les saints Pères, tradîtjon vivante de TAposloIat. L'ardeur du Puséysme égalait sa science et sa candeur, li avait souvent attaqué avec violence la Chaire de Pierre dans ses premiers Tracts, parce qu'il se proposait beaucoup moins d'inculquer les vérités catholiques considérées en elles-méme-s que de vivifier lé système anglican tel que cette école le comprenait. Quoique entreprise dans les conditions d'un milieu décoloré, l'étude des antiquités ecclésiastiques produisit des découvertes tout-à-fait inattendues. La nature même de la polémique engagée par les Puséystes les força d'étaler au grand jour des doctrines et des actes dont ils ne pouvaient nier la sainteté, bien que ces actes et ces doctrines appartinssent à l'Eglise romaine. Sur des esprits réfléchis ci se passionnant pour là vérité, de pareilles découvertes eurent pour effet de tempérer l'amertume et de modifier les idées. Les Tracts avaient fait école ; les premiers disciples duPuséysme, comme cela arrive toujours, mal à l'aise dans la formule originelle, commençaient à pousser plus loin leurà investigations. On les avait ciinviés à l'étude de l'antiquité : jeunes et sincères, ils s'y étaient appliqués à loisir et consciencieusement. La fameuse question : A Româ potest aliquid boni esse P leur avait été posée ; ils marchaient en avant pour inventer des raisons plus concluantes que celles dont les vieux Universitaires stéréotypaicnt dans leurs chaires l'impuissante logique. Ce fut le résultat de ces études qui ramena au Catholicisme les docteurs Sibthorp, Graut, ^eager et plusieurs autres. Pusey et Newman , au centre même de l^Auglicanisme, recherchaient la vérité avec une ardeur toute juvénile i ils faisaient eux-mêmes des démarches éclatantes en faveur de la Foi catholique, apostolique et romaine. Eu 4843, Pusey reconnaissait le dogme de la transsubsiautialion tel que le proclame l'Eglise ; et, dans un sermon prêché devant l'Université d^Oxfbrd, à la cathédrale du Christ, il ne déguisa point sa pensée. Ce discoura était une révolution. On en censura le fond et la forme. On frappa d'interdiction universitaire le courageux orateur ; mais ce discours , imprimé sous le titre de la sainte Eucharistie confort du pénitent, se vendit à trois cent mille exemplaires. Il provoqua des multitudes d^adhésions de la part même de& régents de l'Université. Pendant ce temps , le docteur Newman résignait la cure de Sainte-Marie d'Oxford pour s'adonner plus librement à l'étude et aux pratiques de la vie ascétique. 11 rétraclait même les assertions que, de 1833 k 1837, il avait pu avancer contre TEglise ca-^ tholique, et le Statesman, journal protestant de Londres, ne craignait pas de dire: «C'est la un événement grave dans la crise dont nous sommes témoins,. » £n 1845, Newman et une foule de ses amis ont donné à cet événement toute sa portée ea rentrant dans le sein de l'Unité.

Les Puséystes, entraînés malgré eux par l'évidence vers la Foi romaine, prétea*

adtersaîre naturel, que les hommes nés dans le sein de l'Eglise romaine et qui aspirent à la tuer sous leur sceptique indifférence, ou à la garrotter dans des constitutions dont ils s'établissent les seuls interprètes et les uniques modérateurs.

L'Irlande n^avait jamais été placée dans des conditions aussi favorables que l'Angleterre catholique ; les Jésuites s'attachèrent i sa destinée par les persécutions mêmes dont elle fut l'objet. Contrée que l'énergie de sa Foi rendait la privilégiée de la souffrance, l'Irlande, toujours asservie et toujours fidèle, était un témoignage

dtient bica^ il est vrai, qu'ils n'irtirat jamais an Romanisme. Néanmoins, ils an* brassaient de (ait une partie de ses doipaies et môme de ses pratiquas. Un certain nombre de lean disciples revenaient fi-anchement au Caibolicisme. Depuis le mois d'avril 1841 , la publication des TracU avait été suspendue; mais ks moyens de propagation ne manquaient pas à ce parti. 11 régnait dans plusieurs Universités ou Séminaires; il s'étendait eh Amérique et môme aut Indes. Is Briiish critic continuait stm œuvre trimestrielle ; et, renonçant peu à peu à ses attaques conifev Rome, il faisait peser ses savantes bostjlités sur les réformateurs du seizième siècle. Les écrivains de cette revue sont Anglicans, et, du baut de leur raison , ils jugent avec une implacable équité tous les bommes qui secondèrent Lutber , Calvin et Henri VIII dans leur séparation avec le Saiot-^iége.

Cette Ecole, dont l'attitude pacifiquement progressive ébranle l'Anglicanisme jusqu*en ses fondements, ne demande rien qu'a la vérité. Elle exerce une notable influence par l'étendue de ses rapports et de sa littérature ; elle fiit de nombreak prosélytes , et les moyens qu'elle emploie sont tous avoués au grand jour, filte arrive par la discussion. Aui bommes instruits, elle consacre des traités d'érudition eriginaux ou réimprimée ; aua lecteurs ordinaires , des écrits moins élaborés ; aut pauvres et aux ouvriers, des faits et des dissertations à leur portée ; aui entants, des contes familiers. Il n'y a pas sans doute dans tout cela une pensée identique ni un système régulier, ou y reconnaît néanmois un but. Ce bnt prouve manifestement combien les nouvelles doctrines propagées par le Puséysme exercent d'empire sur les croyances anglaises. Il a pénétré partout, au Parlement, dans la magistrature et principalement dans les classes moyennes. Il afTecte de se mettre sur le pied d'égalité fraternelle avec les Catholiques du continent ; quelquefois il représente rRgliso Universelle comme divisée en trois branches, grecque, romaine et angtU cane; puis il se berce de l'espérance qu'il existe une communion invisible sanctioiinée par l'Esprit -Saint.

Etrange contradiction ! I cette bienveillance pour les Catholiques du continent se joint chez quelques Puséystes une sorte d'antipathie pour les Catholiques anglais. Lee Puséystes ne voient pas sans peine leurs frères rentrer dans le giron de l'Unité , et lorsqu'en IM5 le docteur Newman et ses principaux disciples firent ce dernier past Pusey lui-même ne put s'empêcher de témoigner publiquement ses regrets. Ou croirait que la nouvelle Ecole s'^t flattée de la pensée qu^un jour elle iiefa suivie par lea Fidèles des troift-royaumes ; on dit même que plus d'une fois eerliines ia<* sinuafions furent faites en ce sens. Les Catholiques restèrent inébranlables ; mais pliisieurs Puséystes, entraînés par la vérité, ne tardèrent pas à renoncer aux théories dont ils étaient épris. Ils cherchaient un tout logique; TEglise romaine le leur offrait : ils l'ont accepté. Cette École se trouve donc aujourdliui dans un inextricable embarras. U fkut qu'elle recule ou qu'elle avance Mus peine de stfidde. L« système d'examen a sapé l'Anglicanisme, et il n'ose pas se réfugier dans le Catholicisme , auquel ses tendanoas ont rendu presque en même temps de boas et de mauvais services. Ia mission du Puséyime a eemmenoé par des études sérieuses ; elle doit continuer par là science et s'achever par la Foi.

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vivant de Tiniquité protestante et de la longanimité chrétienne. Dés les premiers jours de sa fondation, TOrdre de Jésus avait eu pour elle des consolateurs et des apôtres ; à toutes les époques il sut lui en offrir. Mais, quand l'Institut vit son existence menacée, les Irlandais, dont la proscription durait toujours, eurent des larmes de regret à donner aux Pères qui les avaient soutenus dans cette épreuve de trois siècles. Les Jésuites n ont pu réaliser en ce pays qu'un bien sans retentissement, sans aucun de ces avan* tages sociaux dont le monde les croit si préoccupés. Cependant ils ne renoncèrent jamais à une terre où tout semblait condamné au désespoir. Le bref Dominus ac Redemptor ayant anéanti la Compagnie de Jésus, les enfants de Loyola, à Texemple du troupeau, ne se laissèrent pas décourager par Tabandon du berger. Rome licenciait sa meilleure milice la veille même du jour où le Saint- Siège allait être attaqué sur tous les points à la fois. Les Jésuites, en obéissant au bref pontifical, ne crurent pas devoir déserter le poste confié à leur garde.

Us étaient pauvres comme un Irlandais; mais ce dénûment, qui prenait sa source dans la charité, ne les inquiéta guère. Us mirent en commun leur indigence, et, en travaillant à la moisson que Dieu réservait à leur zèle, ils attendirent des jours plus sereins. Le Père Richard Callaghan, un vieux Missionnaire des Philippines, dont les mains et la langue portent les traces du martyre enduré pour la Foi, dirigeait les Jésuites sécularisés. Ils n'avaient pu fonder en Irlande un établissement afin de recevoir les jeunes gens que, dans un avenir prochain, ils espéraient agréger à leur Ordre sorti de ses ruines ; le Collège de Stonyhurst dilata son sein. D'autres se rendirent à Palerme, où ils achevèrent leurs 'études. En 1807, Richard Callaghan était mort chargé d'années et (le bonnes œuvres; en 1811, le trépas du Père Thomas Betagh rompit la dernière chaîne qui, en Irlande, attachait les nouveaux Scolastiques à l'ancienne Compagnie. Betagh l, dont le nom est encore populaire à DubUn et dans les campagnes de l'Irlande, avait trouvé dans son cœur l'éloquence qui remue si vivement les instincts de ce peuple. Le Père Kenney lui succède au mois de no-

1 Betagh était vicaire-général de Dublin; ses funéraittes furent célébrées aven: un concours immense, et un monument lui fut élevé par les Catholiques.

Tembre. Avec c^tte patience que rien ne peut abattre, les Jésuites se mettent à l'œuvre comme si déjà le Souverain-Pontife avait rendu la vie à leur Institut.

Ils s'avouaient les inconvénients de cette éducation cosmopolite qui déplace les individus et leur donne dans la jeunesse des idées moins patriotiques. L'Irlande , selon eux, avait le droit de voir élever ses enfants sur sa terre proscrite , aGn qu'un jour, nourris de ses malheurs , ils pussent avec plus de force réclamer son affranchissement. Ce fut cette pensée qui inspira à Kenney, déjà supérieur du séminaire archiépiscopal, le projet d'un collège national. Il le créa à Clongowes, non loin de Dublin. La restauration de l'Institut augmenta tellement ses prospérités qu'en 181 9 il comptait déjà plus de deux cent cinquante disciples. Dans la même année, les bienfaits de Marie O'Brien permirent d'en bâtir un autre dans le district de King's-County. Il fallait relever les Irlandais de l'abâtardissement moral dans lequel la politique anglaise essayait de les tenir. A ce peuple auquel la grande voix de Daniel O'Connell, un élève des Jésuites, apprenait ce que c'est que la liberté, il importait de donner Tintelligence de ses devoirs d'abord, de ses droits ensuite. La Compagnie de Jésus se chargea de la première tâche, O'Connell remplit la seconde.

Depuis Henri VllI jusqu'à Cromwell, et de Cromwell aux rois de la maison de Hanovre, tout avait été mis en œuvre afin de dégrader les Irlandais et de les asservir par une ignorance calculée. On avait abusé de leur passion pour les boissons enivrantes ; on les plongeait peu à peu daus cet état de torpeur qui fait de la vie ime espèce de sommeil bestial. On habitua ces populations toujours ' catholiques par le cœur, à des débauches que l'autorité eut l'art de placer sous l'invocation de quelque saint populaire dans l'île. Pourvu qu'il reste aux Irlandais assez de vigueur corporelle réservée à féconder la terre dont les fruits et les moissons paieront le luxe et les plaisirs de l'Angleterre, on ne s'occupe ni Je leur bien-être, ni de leur santé, ni de leurs familles ni de lent existence. On les fait ouvriers sans aucun salaire, ou soldats dans les Indes sans espérance d'avancement. Tout fut combiné contre eux, et cette situation aurait pu, en se prolongeant, amener de cruels résultats, lorsqu'un concours de circonstances inouïes dans

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l*histoire força le gouvernement britannique & rougir de ses plans de démoralisation.

Les Pères Kenney, Esmonde et Âylmer confessaient, dans la tristesse de leurs âmes , cet abrutissement intellectuel. Ils sentaient que le remède était entre leurs mains ; mais ce remède, il devenait urgent de rappliquer, et il était difficile de corriger tout d'un coup tant d*abus si fortement enracinés. Depuis longtemps la Religion proscrite n'avait que peu de temples et d'autels ; les Irlandais ne connaissaient pas la pompe de ses fêtes, ils ne s'étaient jamais rendu compte de Tefiet produit sur les masses par ces processions solennelles où Dieu semble se mêler aux hommes pour bénir leurs travaux et se mettre de moitié dans leurs douleurs. Ils n'avaient été Catholiques qu'à la dérobée, ne communiquant avec les anciens Jésuites ou avec le Clergé séculier qu'à travers mille dangers. Les nouveaux disciples de l'Institut profitent de la tolérance qu'une politique plus sage laisse établir; ils se décident à initier le peuple irlandais à ces joies triomphales de l'Eglise. La Fête-Dieu est célébrée dès 1822 à Clongowes, au milieu d'une foule immense. Le culte extérieur' réveillait dans les âmes des idées de Foi , il y porta un besoin de réforme intérieure. Des églises fiirent bâties, des Missions s^ouvrirent, des associations religieuses se créèrent. Bientôt les enfants des martyrs retrouvent dans la piété et dans l'éducation la vigueur nécessaire pour arriver pacifiquement à leur régénération sociale.

11 avait fallu de pénibles travaux, de longs sacrifices afin de réaliser le projet conçu ; les Jésuites les accomplirent tous sans se laisser rebuter par les obstacles. On les a souvent accusés de ne vouloir jamais participer à des institutions dont quelques-uns de leurs Pères ne seraient pas les promoteurs. En Irlande, le fait donne un démenti à l'imputation. En 1840, au moment où, par des retraites et par des Missions , ils apprenaient aux multitudes à célébrer la troisième fête séculaire de la fondation de l'Ordre de Jésus , c'est en popularisant l'œuvre d'un autre qu'ils obtiennent le plus éclatant succès. Le Capucin Théobald Mathew a, deux an« nées auparavant, jeté les bases de sa Société de tempérance. Les Jésuites saisissent tout ce que ce renoncement volontaire aux liqueurs enivrantes peut avoir d'utile dans un pays tel que l'Irlande.

Ils se font les propagateurs les plus zélés de la pensée chrétienne (lu Révérend Mathew ; par leurs soins, elle s*étend avec une rapidité inconcevable. Cette Société de tempérance était Tauxiliaire de la mission que les Pérès se donnaient , mais elle ne les détourna pas de leur but particulier.

En 1829, leur nombre s'augmentait avec leur ascendant : ils étaient le bras droit des Evêques , les modèles vivants proposés au Clergé par les Prélats. Le Général de la Compagnie juge opportun de nommer un Vice- Provincial pour gouverner les Jésuites d'Irlande. Ce fut sur le Père Robert Saint-Léger que tomba son choix. En 1841, un Collège fut créé à Dublin sous les auspices de saint François-Xavier, et l'Angleterre ne s'épouvanta pas de cet accroissement d'influence catholique. L'Anglicanisme était ébranlé par le retour vers l'unité d'un grand nombre d'esprits droits qui , dans les trois-royaumes , arrivaient, à l'aide de Tétude, à se démontrer le vide de leurs croyances officielles. Un travail lent, mais toujours heureux , se révélait au milieu de la société britannique. Chacun sentait que les Jésuites y prenaient une bonne part, tout en se renfermant dans les limites de la loi. Le pouvoir n'y vit qu'une des conséquences de la liberté, il donna lé salutaire exemple de respecter lé droit qu'il avait lui-même proclamé.

Par un étrange renversement de toutes les idées reçues, ce fut dans les pays séparés de la communion romaine que les Jésuites se perpétuèrent. Nous les avons vus en Russie et dans la Grande- Bretagne conserver des éléments de reconstitution et rattacher l'avenir au passé. En Hollande le même phénomène s'accomplit. De même que l'Angleterre , la république des Provinces-Unies fit une guerre ouverte à cet Ordre religieux, dont l'action sur le peuple était manifeste. A peine fut-il anéanti , que les vieilles insultes, que le souvenir même des anciennes défiances s'effacèrent. Les Protestants comprirent que ce n'était pas à eux qu'il appartenait de poursuivre leurs adversaires accablés. Ils laissèrent ce soin aux cours catholiques et aux écrivains qui aspiraient à détruire tous les cultes.

Cette situation inattendue permit aux Prêtres de la Compagnie disséminés èri Hollande de continuer Tœuvre à laquelle ils s'é-

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taient vonés. Leur ehef les ayait placés en sentinelles perdues au milieu des ennemb de l'Eglise ; personne ne songeait à les rele- ▼er ; ib y demeurèrent sous la direction du Père Thomassen. C'était .un vieillard. Vers 1780, Adam Beckers vint à Amsterdam pour le soulager dans les labeurs de l'Apostoht. Aussitôt qu'il fut possible de se rattacher par de nouveaux vœux à la Compagnie, en 1800, Beckers, Henri Groenen, Lujten et Yerbek s'y rallièrent. Les Jésuites de Nimègue et de Culembourg suivent cel exemple ; mais à Culembourg, le père Hnberti, qu'un héritage a £iit riche, consacre sa fortune à améliorer la Mission. Le père Arnold Luyten développe ce germe, et Flntemonce apostolique Ciamberlani seconde si bien ses projets, qu'en 1818 il fut possible de fonder dans h ville un petit séminaire. Plus tard le Pape Léon XU avait voulu faire recouvrer aux Jésuites tous les postes occupés par eux avant la suppression ; ib rentrèrent à la Haye.

Les Pères de la Foi, dont nous avons indiqué l'origine, vivaient en Belgique depuis le commencement du dix-neuvième siècle. Le plus ardent de leurs vœux était de pouvoir être incorporés à l'Institut de saint Ignace. Les événements militaires de 1814 allaient trancher une grave question. La chute de l'empire de Napoléon était imminente ; les Pères de la Foi , dirigés par Bruson et Leblanc, s'adressent à Fonteyne, alors supérieur des Jésuites eu Hollande. Ib sont admis dans la Compagnie ; mab il £iut les sounfettre à un noviciat, et dans le bouleversement de tous les royaumes, la Société de Jésus se trouve, comme beaucoup de rob, sans autre appui que ses espérances. Le prince Maurice de Broglie, Evêque de Gand, ne la laissa pas longtemps dans cette incertitude.

Ce prélat, dont le nom retentit si souvent dans les annales de cette époque, était un spirituel courtisan et un orateur , un homme de Dieu et un homme du monde, toujours prêt à secourir l'infortune , à faire acte de courage , ou à donner aux autres un noble exemple. Napoléon l'avait pris en affection. II aimait en lui sa naissance et ses vertus, sa piété et son enjouement. Maurice de Broglie se montra plein de gratitude et d'enthousiasme pour l'Empereur ; mais , au moment où Bonaparte , aveuglé par l'ambition ou par la colère, se déclara le persécuteur du Souverain-Pontife, b conscience de l'Evèque de Gand l'emporta

sur tous les sentiments humains. Dans le Concile de Paris, au donjon de Vincennes et dans l'île Sainte- Marguerite, le prince de Broglie ne recula devant l'accomplissement d'aucun de ses devoirs. U venait à peine de sortir de sa prison d'Etat lorsque le^ Jésuites sollicitèrent son concours. U leur fut promptement acquis. Le diocèse de Gand s'ouvrit à leur demande ; à dater de ce jour, il y eut entre le Prélat et les disciples de saint Ignace une de ces alliances contractées par la vertu, et que rien ne peut rompre sur la terre. Le Noviciat était résolu en principe; la marquise de Rhodes fournit les fonds de premier établissement ; le comte de Thiennes mit son château de Rumbeke à la disposition de la Société ; puis les exercices commencèrent. Â quelques mois d'intervalle , la Belgique se voyait le théâtre d'un suprême combat. L'Europe attendait Napoléon à Waterloo. Ses armées approchaient de Courtray et de Roulers; le Père Fonteyne songe à faire retraite devant elles. Le bruit des camps ne convenait pas au recueillement exigé des Novices ; Fonteyne les place dans une maison de campagne, à Distelberg, que M. Gobert lui a offerte. Les événements marchèrent avec tant de précipitation que, peu de jours après, il ne resta plus sur la Belgique que des débris d'armée et un nouveau trône.

Guillaume-Frédéric de Nassau, fils du dernier Stathouderde Hollande, allait l'occuper. Chassé par la Révolution française de ses Etats héréditaires, appelé par les vainqueurs de cette révolution à régner sur deux peuples, dont les mœurs et le culte n'avaient aucun point de similitude, ce prince ne sut pas tenir la balance égale entre ses affections et ses devoirs. Il était roi légitime par le fait des traités, il se fit révolutionnaire par ambition. La France des Bourbons repoussait de son sein les juges et les bourreaux de Louis XVI; elle proscrivait quelques obscurs meneurs des Cent-Jours qui avaient renversé le trône même de Guillaume. Guillaume accueillit les régicides et les conspirateurs. U rêva la couronne de Saint-Loub pour son fils par un complot protestant. Sur une terre catholique, il essaya de séduire la Foi du peuple et de rendre odieux le Clergé. Des différends s'élevaient entre les Belges fidèles à l'Eglise romaine et le nouveau monarque. Chacun interprétait à sa manière les droits con-

quis, les promesees faites et les lois acceptées. Cette lutte, naissant dan« les fêtes d'une intronisation» devait amener Guillaume à résipiscence.

. Conseillé par les fanatiques du Protestantisme, ou enivré des éloges intéressés» dont les ennemis de tout culte ne cessaient de le combler, le roi des Payt-Bas recula devant les charges de la couronne. Il avait k contenter deux nations rivales que le hasard réunissait sous le même sc^tre ; le Hollandais s* obstina à ne ja*mais devenir Belge. Dans les premiers jours de son règne, en 1814 et en 1815» il avait proclamé la liberté et abrogé de criants monopoles ; bientôt il chercha à renverser d'une main ce qu'il établissait de l'autre.

Les Jésuites vivaient sans prendre aucune part aux débats reli-* gieux et politiques sur l'interprétation de la loi fondamentale. Tout- à-coup, le 3 janvier 1816, Guillaume ordonne aux Pérès de Distelberg d'avoir à se séparer immédiatement. A cette injonction , les Jésuites répondent : m Un seul mot de TEvèque suffit pour nous disperser ; si le prélat ne prononce pas cette parole, la force armée saura bien, sans effort, expulser les paisibles babi^ tants de cette maison, i Le Père Leblanc, qui, après la mort de Fonteyne, a été nommé supérieur, communique à Tabbé Lesurre, vicaire-^général de Gand, la réponse qu'il a faite. Maurice de BrogUe est absent; il écrit que c'est le devoir d'un capitaine de ne point abandonner, sans les défendre, ses fidèles soldats ; qu'il ne permettra point que les Jésuites soient exposés bu% traits de leurs ennemis, et qu'il faudra le percer lui-même avant d'arriver à eux. Puis il ajoute : « Je veux que toutes les portes de mon palais leur soient ouvertes, afin qu'ils s'y retirent en aussi grand nombre qu'il pourra en contenir. »

Le prélat n*est pas encore satis&it de cette déclaration. U ao-* eourt à Distelberg, il encourage les Jésuites, il les forjtifie dans leur dessein. Guillaume apprend cette résistance, il en redoute l'éclat pour s«s plans ultérieurs, il se détermine à la vaincre. Des troupes marchent contre le Noviciat : les Jésuites se dispersent à leur approche; te palais épiscopal les reçoit. Ce premier ferment d'opposition attire sur la tête du prince de Broglie les tenaces colères de Guillaume. L'Evêque de Gand , dès le mois d'octobre

1814, avait prévu ce$ difficultés ] il les avait aoumiaes au Googiéa da Vienne : le 28 juillet 1815, les autre» obefa dea diôcéaea rÀ> ' clamaient «icore par une lettre au roi. Le 3 août » Maurice de Broglie adresse à soa troupeau une inatmction pastorale ^ Dana cet acte, où, à chaque ligne, apparaiiaent le courage et le besoin de prévenir lea maux àorii ett mdnaeé9 TEgliae belge , le Pontife s'élève avec force contre la nouvelle Couatitution. Elle est à ses yeux inadmissible pour des Catholiques , et il proteste. Les Evoques avaient dit que ce pacte législatif était • d un ainbtre augurç pour Tavenir. » Maurice de Broglie le démontrait. Les étrangers, qui ont capté la confiance de Guillaume de Nassau, n'eurent pas de peine à l'irriter contre ce jPrélat £siotteux,1]ue sea collègues dans TEpiscopat , et Pie VU lui-même félicitaient de son zèle. L'arrestation préventive de TEvèque de Gand est décidée. U se réfugie en France accompagné du Père Leblanc, supérieur des Jésuites. On s'empare de ce fait pour proclamer que les Pères de rins^tut doivent être seuls accusés de la résistance du prince. Le pnnce était mortel; l'Ordre de Jésus se renouvelait; les adversaires de l'Eglise catholique le rendirent responsable de l'in^*» trépidité de Maurice de Broglie.

Ce dernier ne nourrissait aucune pensée hostile au pouvoir, mais ses wmbats et ses souffrances pour la Foi l'avaient rendu populaire ; mais surtout il défendait avec fermeté les droits de la conscience. Les Belges virent en lui un martyr; Guillaume et ses courtisans révolutionnaires le peignirent comme un fanatique suppôt de la Compagnie de Jésus.

L'oppression par voie légale, dit M. de Gerlache*, est peutêtre la pire de toutes , parce que la fraude s'y mêle à la violence, » Guillaume de Nassau , en montant sur le trône, avait caressé le Clergé , on l'avait vu même chercher à se bien faire venir des enfenta de Loyola. En 1817, il se sentait emporté par ses idées protestantes ; il entrait à pleines voiles dans la réaction religieuse que récume de tous les partis s'efforçait d*impo8er à ses rêvçs d'orgueil. On ne pouva^ encore sévir contre les Jésuites que par

• Hisieire au r&paume de$ Payi-Bas, ^r M. de Gerltche , premier président de It Cour de Gusition, 1. 1, p. 115. 2 Ibidem, p. 341 .

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la calomnie, on ne s'en fit point faute. L'Evêque de Gand était une victime bonne à immoler, on ne Tépargna pas, dans l'espérance que sa punition effraierait les autres prélats. La Qour de Bruxelles , par arrêt du 9 octobre 1817 , « condamna Maurice de Broglie , fugitif ou latitant , à la déportation et aux frais du procès. » Ce drame judiciaire, où les Jésuites sont en cause sans paraître devant le jury, où tout se fait contre eux et à cause d'eux, ne devait pas se terminer là.

Deux coupables, convaincus de vol avec effraction et destinés à l'exposition publique et aux travaux forcés à perpétuité, se trouvent dans les prisons de Gand. Le jugement rendu contre 10 Prince-Evèque doit, aux termes de Tarrêt, être affiché à un poteau sur la place publique. On viole la loi du pays pour se donner le droit de violer les convenances sociales ; le nom vénéré du Pontife fut attaché au pilori entre les deux forçats. Ce tempslà était l'âge d'or du journalisme; on avait de la conscience même contre son parti. L'Observateur belge, feuille hostile à la Foi romaine, ne put s'empêcher de manifester son indignation *. Cette flétrissure est acceptée comme un honneur par tous les Catholiques.

11 n'était pas dans la nature de ce Guillaume, héritier du Ta-

1 VObservaiéur belge s'exprimait ainsi au tome xiv, p. 181 de son recueil : a On eût certainement pris pour insensé, on eût peut-être persécuté comme un scélérat celui qui, après le 18 brumaire ou à l'époque du Concordat, mais surtout en 1814 et au commencement de 1815, edt cru possible qu'avant 1818 un Evoque serait condamné en Belgique , sous un Prince non catholique et par un tribunal séculier, à une peine criminelle , infamante, pour avoir souscrit, avec tous ses coordinaires, et rendu public un jugement doctrinal sur la question de la licéité ou de nUicéité d'un seraient; écrit deux lettres au Saint-Père relativement aux prières publiques que le Prince pourrait demander ; reçu une réponse conforme au vœu du gouvernement ; donné immédiatement de la publicité à celte réponse avec le double avantage de tranquilliser par là tous les esprits , et de ju&tiller la demande que le gouvernement avait faite et l'acte public et solennel par lequel 11 y déférait.

» Bien moins encore eût-on pu croire que sans nécessité, que sans utilité, contre toute raisou , on eût exécuté de la condamnation ce qu'elle pouvait emporter de plus ignominieux pour la personne du condamné, de plus outragetint pour la Religion dont il est le ministre et de plus insultant pour la nation restée lidèle au culte de ses pères. »

« — Celte insulte publique au Catholicisme, raconte H. de Gerlache à la p. 345 du premier volume de son Histoire du royaume des Pays-Bas , cette profanatioa d'uu caractère vénérable et sacré ne firent qu'exciter un sentiment général d'iudignation et de dégoût pour leurs auteurs. Quant à l'Ëvéque de Gand , il dut se trouver trop honoré d'une flétrissure qui rappelait involontairement à diacun le supplice de son divin maître. Nous n'avons pas besoin de dire à qui l'on comparait ses persécttleurs. »

citume, de compromettre Tautorité par de semblables excès. Il possédait les grandes qualités de Fesprit et du cœur; mais on avait réussi à lui persuader que les Jésuites étaient, depuis Philippe II d'Espagne, les ennemis^de sa &mille, et le Prince-Evèque les soutenait de tout son pouvoir : ce fut sur lui que tombèrent les premiers effets de sa colère. Le 24 février 1818, il s'en prit aux disciples de Tlnstitut. Réfugiés dans la demeure épiscopale, ils y vivaient sans bruit; une tr4)upe de soldats, ayant à sa tète le procureur du roi, envahit ce palais. On interroge les Uvres et les papiers, on appose les scellés sur les meubles ^ on arrête Tabbé Lesurre ; puis, arrivant enfin au but principal de ces {)er* quisitions, on expulse les Jésuites, en leur donnant à entendm qu il en sera partout ainsi dans le royaume. La Compagnie ne se jugeait pas assez forte pour affronter la tempête. Ses commencements étaient difficiles, elle avait des obstacles de toute espèce à vaincre; elle ajourna la lutte, et, avec une prudence que ses amis blâmèrent sans essayer d'en pénétrer les moti&, elle se soumit à Texil que le despotisme lui infligeait. La Suisse et les Pays-Bas formaient alors une seule Province; ce fut vers les cantons catholiques que Ton dirigea la plupart des jeunes Jésuites. Quelques-uns dés plus âgés, conduits par le Père Cor« neille Van-Everbroeck, se réfugièrent à Hildesheim en Hanovre, auprès du vieux Père Lûsken, qui y exerçait les fonctions de président du Séminaire.

Faire voyager et entretenir à Tétranger ces proscrits n'était pas chose aisée. Madame de Ghyseghem se^ charge de ce soin. Elle n'y met qu'une condition; c'est que, si des jours plus sereins viennent à luire sur la Belgique, ces jeunes gens seront tenus de rentrer dans leur patrie pour y faire, comme Jésuites, le bien qu'ils espéraient réaliser par leur vocation. Le Général de rOrdre accepte le contrat dans ces termes. Quelques enfants de Loyola étaient néanmoins restés sur le sol. Le Père Le Maistre les dirigeait; mais, en face de la lutte violente ouverte entre les deux pouvoirs,, lutte qui doit aboutir à une révolution par l'entêtement du prince et par la persévérance du peuple, les Jésuites se décident à transférer ailleurs leur Noviciat. Il n'y en eut aucun en Belgique pendant treize ans.

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