VI. C
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Il n'y restait plus qn*im petit nombre de Profés. Enrôlés sous les drapeaux de l'EgHse, ils combattirent avec Le Maistre et Bru> son en qualité de volontaires. Leurs armes furent la prière et Tétude, la résignation et Texercice de la charité. La Belgique osait à peine résister au souverain qui prenait à tâche d'obscurcir ses qualités royales par le plus inconcevable des égarements. Elle avait des instincts catholiques, et Guillaume s'efforçait de les froisser tous les uns après les autres. Chaque mot de liberté sorti de sa bouche était une nouvelle provocation au despotisme. Les Jésuites, quoique peu nombreux, exerçaient sur les masses une réelle influence. Leurs paroles, leurs conseils, leur attitude, leur silence même, tout était matière à soupçon, et par conséquent i incrimination. Les agents hollandais investis par Guillaume des emplois publics, les réfugiés de tous les pays auxquels il accordait une impolitique hospitalité ne cessaient de représenter les disciples de Loyola comme les ennemis de son gouvernement. On les accusait de régner en France sous le manteau fleurdelisé des Bourbons, Guillaume de Nassau ne voulut pas qu'il fût dît que la Compagnie tenait un autre royaume entre ses mains. Elle avait ouvert des retraites où les prêtres séculiers et les laïques confondaient leurs prières , et se façonnaient à la pratique des vertus chrétiennes. En 1824, le Monarque enjoint aux Evoques d'avoir à prohiber ces exercices spirituels. La querelle religieuse était assoupie; les Belges avaient courbé la tête, les minisires de Guillaume lui persuadent qu'il faut en finir avec l'enseignement catholique.
Moins d'une année après, le Collège de Beauregard à Liège, dont le directeur M. de Stas avait appelé à son aide quelques professeurs Jésuites, se fermait à l'instant où le roi allait en donner Tordre. Le petit séminaire de Culembourg était réservé au même sort, quand les archiprètres d'Amsterdam et d'Utrecht, unis aux Vicaires apostoliques de Hollande , résolurent de ne céder qu'à la violence. Guillaume était parvenu à fatiguer l'opposition même catholique : il pouvait régner tranquille. Cette espèce d^apathie, ce sentiment d'indifférence qu'à une heure donnée on signale dans les partis les plus vivaces , se faisait jour. Le roi ainsi que Goubau et Van Maanen, ses confidents, crurent que le moment
était venu d'asservir la Belgique au {urofit de la HoUande, et d'écraser TEglise^ romaine sous le joug du Protestantisme.
La créalioa du Collège pbilosoplûque de Louvaia, les mesures yexatoires, les entraves mises à la liberté d'éducaiiiMi et au droit imprescriptible des pères de famille réveillèrent dans les oœurs une espérance que de nouveaux déboires avaient £ait ajourner. Les Frères de k dootiine chrétienne distribuaient aux en&nts des pauvses et aux jeunes ouvriers une instruction appropriée à leurs besoins; ils leur apprenaient à être sobres, pieux, actifs et soumis. Ils en faisaient dés fils obéissants, afin que plus tard ils pussent deveinr de bons citoyens. On accusa les instituteurs de rindigence de répandre TUltramontanisme dans la Belgique» et d'y coo^loter une révolution. Aux yeux de la cour de Guillaume, ils ne fiirent que des Jésuites déguisés i. Les Jésuites étaient la terreur de ce roi, qui contractait alliance avec les libéraux de toutes les sectes pour s^urer le triomphe de sa pensée hérétique. Il fit fenner les Ecoles des Frères ; les Collèges de la Comipagnie avaient eu le même sort. Cette royale déloyauté, que les journaux anticathidiques de France et des Pays-Bas saluèrent avec des cris d'allégresse, rendit une nouvelle force à Tc^position parlementaire et aux familles chrétiennes. Des lois étaient portées pour tuer, l'avenir de l'enfant qui aurait étudié ailleurs que dans les écoles salariées par le gouvernement. L'ambition et l'intérêt particidier passèrent après le besoin de sauvegarder la Foi et les bonnes mceurs. Giûllaume s'obstinait, le peuple commença à murmurer. Il se faisait en France contre les Jésuites une guerre si inecmcevable, que les Belges avaient cru pouvoir sacrifier leurs compatriotes» membres de l'Institut de Loyola, aux préjugés des ministres et à la nécessité de maint^r la paix. L'alliance signée entre les Constitutionnels et les Catholiques n'allait pas jusqu'à froisser le souverain dans son attente. Ils proclamaient les Jésuites dangereux, tout en déclarant qu'ils n'ajoutaient aucune foi aux calomnies dont les accablaient la presse libérale et le gouvernement des Pays-Bas. Cette déviation au principe de vérité ne porta point bonheur à l'opposition coalisée. M. de Gerlache lui-
< Histmre du royaume dw Pays^Bw^ par M. de Gerlftcbe, 1. 1 , p. 377.
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même, qui avait appuyé une pareille tactique dans £0s discours, ne tarda pas à s'en repentir 2.
Guillaume avait espéré qu'il pourrait donner force et durée^ à son gouvernement en tâchant de se créer une popularité que les révolutionnaires de France avaient conquise à si bon marché. Comme eux et avec eux , il s'efforça d'exploiter le nom des disciples de^aint Ignace ; il prétendit les rendre responsables de tous les désastres et de toutes les erreurs. Les Belges ne furent pas aussi crédules que les partisans de la Charte de Louis XVIIi. Au mois de novembre 1827, un écrivain alors célèbre par ses ouvrages anticatholiques , M. de Potter, fit tomber des mains du monarque protestant cette arme du Jésuitisme : c Maudits Jésuites, s'écriait le chef de l'opposition constitutionnelle dans les Pays-Bas *, ils ont fait bien du mal! car pour nous défendre contre eux , on nous a, comme le cheval de la fable, sellés , bridés et montés. C'était si commode de pouvoir répondre aux Français qui , après quinze jours de séjour à Bruxelles , nous disaient : M Quoi ! pas de jury ? > — Non , mais aussi pas de Jésuites. — Quoi! pas de liberté de la presse? — Non, mais aussi pas de Jésuites. — Quoi ! pas de responsabilité ministérielle ? pas d'indépendance du pouvoir judiciaire? un système d'imposition accablant et antipopulaire, une administration boiteuse, etc.? — Il est vrai, mais point de Jésuites. — Comment, demanderais-je volontiers à nos voisins, pouvons-nous nous tirer de là ? Dès quo nous nous mêlons de nos affaires , on crie aux Jésuites ! et nous voilà hors du droit commun. — Dites-moi, messieurs, de ce qu'on appelle un homme Jésuite , s*ensuit-il qu'il faut l'emprisonner , le juger, le torturer et le condamner? toutes ces actions deviennent-elles des crimes et ses paroles des absurdités? *» .
Ce langage était celu> de la raison ; il fut puni par Guillaume
1 On lit dans le lome ii, p. 80, de la première édition de VHistoire du royaume des Pays-Bas, par ce magistrat : a Que Ton yeuille bien se souvenir encore une fois que ceci (ceci est le propre discours de M. de Gerlachc) fut écrit en 1835; que, pour l'amour de la paix, nous voulions faire au gouvernemeut , que nous &upposiou8 jusqu'à un certain point sincère dans ses appréhensions du Jésuitisnae, toutes les concessions imaginables, aQn de prévenir de grandes calamités, nous commettions néanmoins une faute grave, dont nos adversaires surent tirer parti. Ëii restreignant le principe, nous affaiblissions notre cause , bien loin de la rendre* meilleure. »
û Lettre au Courrier des Pays-Bas, par M. de Potter.
et compris par le peuple. Les Pérès de l'Institut se trouvaient malgré eux le levier de l'opposition ; ils servaient de griefs au roi pour refuser les concessions même les plus équitables. lis se voyaient exilés comme Société et réduits à vivre à Tétat d'individus. Leur nom était un cri de guerre, et» en descendant au fond des choses^ on ne signale jamais leur impulsion sur les événements qui se précipitent. Le chef de la Compagnie leur écrivait ces mots significatifs : « Pour Dieu y qu'on ne se mêle pas de politique! i Tels étaient les conseils qui partaient du Gesù ; ils furent si bien suivis qu'une fois seulement , en 1831 , au milieu de Tenthousiasme patriotique , deux Pérès usèrent à Gand de leur prérogative électorale. Guillaume proscrivait les Pérès de ses Etats , les Belges se prirent à les y appeler. Tout était depuis longtenips . mûr pour une révolution ; elle éclata au mois de septembre 1830.
Elle se faisait au nom des Catholiques et des Jésuites ; son principe était avoué de tous ceux qui , à Paris, assistant au triomphe d'une autre principe, sous un drapeau et avec des projets différents , ne craignirent pas de chanter la victoire remportée par les Belges. Tant que Guillaume de Nassau eut assez d'autorité pour chasser les Jésuites et pour affaiblir le Catholicisme , ce Monarque fut offert par les inconséquences libérales comme le type du roi tolérant, philosophe éclairé. Les adversaires des Jésuites lui devaient au moins dans sa chute quelques ménagements. Il n'était plus qu'un prince légitime mis dans l'impossibilité de proscrire la Foi; les panégyristes de 1825 se changèrent en insulteurs ; ils l'accablèrent d'outrages. La Révolution belge fut chose grande et sainte, parce qu'elle s'abritait sous celle de juillet , dont les causes et les résultats étaient diamétralement opposée. La malédiction contre les Jésuites tonnait en France , lorsque, dans le même moment , on les saluait en Belgique comme les martyrs de la liberté religieuse et l'espérance des familles. Guillaume les avait chassés du royaume des Pays-Bas ; à peine un nouveau gouvernement fut-il décrété que les Pères reprirent le cours de leurs travaux.
Le coup porté à l'éducation de la jeunesse par la suppression de l'Ordre de Jésus , avait retenti au \o\ï\. Oa recueillait dans les
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dés^poirs du foyer domestique les fruits amers que cette mesure avait provoqués , et de chaque point de TEurope il s'élevait des voix indépendantes pour réclamer la Compagnie. Ses derniers Pères étaient partout investis de la confiance publique; mais ils s'éteignaient peu à peu , et les Catholiques ne cessaient de tourner les yeux vers le Saint-Siège pour implorer la r^rrection de l'Institut. Eo Suisse, les cantons attachés à TUnîté n'avaient consenti qu'avec peine à se séparer de leurs maîtres dans la Foi. Les Pères Vaquerie, Muller, Joseph de Diesbach et le comte Sinéo d^ Torre travaillaient à donner une nouvelle vie à la Société. Le Conseil de Soleure , intéressé dans la question, écrivait au Père Vaquerie en 1805 :
4 Le gouvernement de Soleure désire si ardemment le rétablissement d'un Ordre si salutaire, qu'il n'a attendu que votre avis pour s'adresser directement au Saint-Père, avec lequel la correspondance est entamée depuis quelque temps par le canal du Nonce apostolique, qui veut bien appuyer avec ardeur les intentions de notre gouvernement; et, comme on est sûr que le Pape acquiescera sans difficulté aux vœux de notre gouvernement, ils ne tarderont pas à être exécutés si le très-cher révérend Père Général veut bien y prêter ses bons offices. »
Dans le Valais, c'était le même zèle de la part des populations, le même dévouement de la part des Jésuites. Le 31 juillet 1810, les Pères Godinot, Drach, Rudolph et Staudinger se sont agrégés à la Compagnie ; sous l'égide de Joseph Sinéo délia Torre ; renonçant aux gi*andeurs et aux richesses pour courir la carrière des humiliations et du travail, ils se livrent à l'éducation de la jeunesse dans le Collège du chef-4ieu. Le Valais, annexé à l'empire, formait alors le département du Simplon. Bonaparte est en guerre avec le Souverain-Pontife ; ses préfets et ses universitaires ouvrent les hostilités contre ces Jésuites. L'Etat ne leur reconnaît pas cette qualité, mais, en dehors des actes officiels, personne ne la leur conteste. Ils ne demandaient aucun secours, aucun traitement à l'administration. Deux ans s'écoulèrent dans un abandon qui, pour les enfants de Loyola, fut un bienfait. Il avaient prononcé le vœu de pauvreté ; l'indigence â laquelle on les réduisait nejes^aja donc pas. Cependant le grand-maître de l'Univer-
site impériale s* émeut au tableau que Nompére de Chainpagny,
recteur de FAcadémie de Lyon, lui trace du dénûiaent et de la c ^
vertu des Jésuites. Il adresse au préfet la lettre suivante :
f La position pénible des principaux et régents des collèges dans le département du Simpkm excite mon intérêt le plus vif. Le retard qu'ils éprouvent dans le payerait de leurs traitémenfs ne peut être que passager. Je vais tendre de tous mesînoyens à le faire cesser. Cet objet occupera le conseil de FUniversité dans une de ses plus prochaines séances, et, dés que Sa Majesté aupA statué sur les propositions qui lui seront soumises, je «i*empmi|iserai d'exécuter sa décision.
1 Je vous invite, monsieur le Pyéfet, à encourager de tous vos efforts et de toutes vos espérsmces, les hommes instruits qui sont chairs de l'enseignement dans les Collèges du Valais. Les preuves de dévouement qu'ils auront données dans cette ciroonstance difficile ne seront pas mises en oubli. C'est un sacrifice momentané dû9t il me sera fort doux de pouvoir leur tenir compte, i
Cette lettre de Fontanes fiit un encouragement pour les Jésuites ; le 2 décembre 1812, Champagny écrivit en ces termes au Père Sinéo : t Monsieur le Principal, je n'ignore pas votre zèle, votre dévouement et le désintéressement religieux avec lequel vous avez jusqu'ici rempli vos fonctions, et vous rentrez aujourd'hui dans la carrière éminemment utile dans laquelle vous êtes engagé. Vos soins ne seront pas perdus. Déjà l'Université est instruite, et ne se bornera pas à une stérile admiration. Mais queSê récompense plus précieuse que celle que vous trouvez dans votre cœur poHrrait-K)n vous oi&ir? Quand on a, comme vous, les regards fixés sur l'éternité, la terre paraît être d'un bien vil prix. Vous donnez dans TUniversité un exemple dont elle s'honorera et qu'elle citera avec orgueil à tous ses membres présents et à venir*
» Pour moi, monsieur le Principal, qui ai l'avantage de vous connaître personnellement, je serai moins étonné peut-être, mais je serai plus particulièrement dévoué à vos mtérêts, que vous savez si bien sacrifier. %
Telle furent les premières relations de l'Université de France avec la Compagnie de Jésus. L'Université, ayant Fcmtanes à sa tête, protégeait contre les vexations gouvernementales ces cp^ielqucs
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Religieux, ne s*épouvantant pas plus de la misère que des persécutions. Fontanes et Champagny les honoraient de leur estime, le comte de Rambuteau, préfet du Simplon, veut les expulser. Les événements furent plus forts que la volonté de l'Empereur. En 1814, le petit Collège de Sion devint le berceau de la Province de la Haute-Allemagne. Les compagnons du Père Sinéo avaient été éprouvés par de longues souffrances; ils s*étaient dévoués pour le Vabis, le Valais leur en tient compte. Le baron de Stockalper, un des premiers magistrats du canton, propose de rendre aux Jésuites leur ancien Collège de Brig, converti en for* teresse par les Français. La proposition est accueillie avec enthousiasme; cet enthousiasme se propage parmi les Catholiques. Piérre-Tobie Yenni, Evéque de Lausanne, tourne ses regards vers la Compagnie ; il va l'introduire à Fribourg, lorsqu*il reçoit de GoeldUn de Tieffenau, Vicaire apostolique, une lettre qui le confirme dans sa pensée. Tieffenau lui mandait :
f Fondé sur Texpérience , je suis intimement persuadé qu'il n'y a pas de remède plus efficace à opposer aux maux de notre siècle que de rappeler dans nos cantons suisses la Compagnie de Jésus, nouvellement rétablie par notre saint Père Pie VII. Cette Société fournirait une seconde fois des défenseurs à la puissance ecclésiastique , des instituteurs à la jannesse chrétienne ; elle râlerait les sciences, ferait fleurir la piété et la continence parmi le Clergé, et serait pour le peuple un rempart contre les corruptions du siècle. Quant à moi, je désire ardemment de voir les Jésuites introduits dans le diocèse qui m'est confié. Je vous souhaite de tout mon cœur le même bonheur pour le vôtre. »
Canisius avait évangélisé la Suisse. Son tombeau à Fribourg était l'objet de la vénération générale; ce fut en s'appuyant sur ce souvenir que les Catholiques invoquèrent des Jésuites. Lea prélats helvétiques les réclamaient comme des coopérateurs indispensables ; le baron d'Aregger, avoyer de Soleure, marche sur les traces du Clergé. Il forme le projet d'appeler la Compagnie dans cette ville. Au mois de juin 1816, le grand Conseil se réunit; il décrète qu'elle est à tout jamais exclue du canton. Cet échec, qu'avaient inspiré des répulsions individuelles, des rivalités locales et des craintes habilement entretenues par les ad-
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* versaires de Tinstilut, ne refroidit point le zèle de Fribourg. Le Père Corneille Van Everbroek offre aux proscrits de Belgique un asile à Hiidesheim ; d'autres se livrent à la prédication et à renseignement. Cette activité, dont les résultats ne tardent point à se faire sentir, était pour les hérétiques et pour les Radicaux un perpétuel sujet d'inquiétude. Us redoutaient l'ascendant que les Pères savaient prendre sur les populations; une pareille influence devait à la longue nuire aux desseins dont ils commençaient à ne plus faire mystère. L'acte fédéral de 1815 leur était à chaîne. Ils lâchaient de fomenter les mécontentements , d'irriter les esprits, afin d'arriver plus tard à dominer l'Helvétie par une liberté dont ils seraient seuls les apôtres , les censeurs et les usufruitiers. Pour mieux déguiser leur plan, ils se tracèrent une voie que les plus habiles ennemis de l'Institut ont suivie depuis.
L'ancienne Société de Jésus était tombée aux applaudissements de ceux qui se proclamaient hostiles au Catholicisme, chacun avait apporté son tribut d'efforts pour la battre en brèche. Elle n'iexistait plus ; les Radicaux suisses se prirent à la regretter. Us eurent pour elle des bénédictions et des louanges. Elle seule avait eu le don de rendre renseignement aimable; elle seule avait pu voir naître dans son sein des martyrs, des apôtres, des orateurs, des poètes et des savants. On couronna la victime de fleurs, lorsqu'on s'imagina qu'elle ne pourrait plus se relever sous le couteau; puis, à l'aide d'une transition dont quelques écrivains se sont emparés plus ou moins heureusement , on vit les Radicaux suisses déclarer que le nouvel Ordre de Jésus n'avait rien de commun avec l'ancien. Les Jésuites modernes ne furent que les enfents dégénérés de saint Ignace. Ils ne possédaient pas le secret de ses Constitutions; ils restaient étrangers aux progrés de renseignement; ils répudiaient les principes qui portèrent si haut la gloire des premiers Jésuites. Ils furent donc condamnés à l'impuissance ou au mal. De Rivaz, grand-bailli de la république valaisane, confondit le 4 mai 1818 ces accusations. 11 parlait au nom de l'Etat : sa déclaration eut force de loi. Vers le même temps, Balthasar de Muller proposait au grand Conseil de Fribourg de rappeler les Pères dans le cantor. Soixante-neuf suffrages contre quarante-deux accueillirent sa
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dëmsoide, (pje r«voy^ Techtermann se chargea de réaliser. On* avait vu en Italie et en Allemagne les Jésuites abandonner les dignités dont ils étaient revêtus pour moturir dans leur Société rajeunie. Antoine Haitsherr, Joseph de Sehaller et Laurent Délier, trois vétérans de la Compagnie, s empressent d'imiter ce dévouement filial. &i 1821, Louis Fortis réunit dans une Vice- Provincei dont le Père Godinot est créé chef, la Suisse, les Missions de HoUande et de Belgique, ainsi que la Saxe*
Tandis que les cantons catholiques contractaient alliance avec les Jésuites^ et que le Père Jean Roothaim parcourait le Valais en répandant partout des fruits de salut, un orage grondait à Fdboui^ sur les disciples de Loyola. Depuis près de vii^t ans» tes Gordeliers y étaient chargés de rinstruction primaire. A la tête de cette école apparaissait le Père Grégoire Girard. Un nouveau mode d'enseignement avait été* introduit par ses soins; c'était la méthode lancastrienne, renseignement mutud et les idées de Pestabzzi combinés et modifiés avec une ingénieuse habileté. Le plan du Père Girard était neuf; comme toutes les nouveautés, il dut subir les alternatives de la discussion. Il eut des partisans et des oonti^dicteurs* Les Jésuites n'avaient pas encore pénétré à Fribourg, et déjà l'Ëvêque de Lausanne, juge compétent en matière d'éducation, s'était prononcé contre le mode adopté* 11 avait même demandé au grand Conseil de l'interdire. Lorsque le Collège eut été mis ^tre les mains de l'Institut, les Pères, se c<mformant aux prescriptions épiscopales , n'agréèrent pas les principes de Girard. On saisit ce prétexte pour les accuser d'avoir imposé au pr^at la condamnation du Cordelier* Ses amis s'a-^ gitent ; les têtes s'échaufient. A cette époque, tout devenait matière à insurrection. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1823, on se porte en tumulte sur le Collège. Le Père Girard n'avait cherché qu'à être utile aux enfants daiis la «phère de ses attributions ; son nom sert de cri de ralliement contre les Jésuites : on les menace de mort, on les outrage dans leur silence. L'émeute n'était qu'un premier essai des forces radicales ; elle s'apaisa devant l'indifférence puMique. Le Père Girard avait eu,^ sans le vouloir, des auxiliaires qui compromettaient sa cause. Le 26 mai, l'Evêque de Lausanne, exposant les motifs de son interdiction , justifiait
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ainsi les Jésuites : « L'empressement des feuilles libérales et anticatholiques de la Suisse à défendre cette méthode, et leurs déclamations contre nos révérends Pérès Jésuites, qui sont absolument étrangers à la détermination que nous ayons prise, suffisent pour dessiller les yeux des personnes des bonne foi.i L opinion du prélat lut partagée par le grand Conseil, et la méthode du Père Girard supprimée.
Vingt ans plus tard, FÂcadémie française, par Toi^ane de H. Villemain, couronnait solennellement Tœuvre du Cordeiier; mais, au fond de cet hommage rendu à un Franciscain par ceux cpii décernaient à Voltaire un dernier triomphe posthume, il y eut peut-être plus de malveillance épigrammatique à ladresse des Jésuites que de justice en faveur de leur prétendu rival.
Cette insurrection, que Tignorance prépara pour assurer le succès de la science, n*avait eu aucun retentissement. Les Jésuites s'en étaient encore moins préoccupés que les magistrats, car alors une pensée féconde en résultats germait dans les esprits. Guillaume de Nassau rejetait à la frontière de son royaume les Pères qui répandaient Tinstruction en Belgique et en Hollande ; le canton de Fribourg s*appréte à recueillir ces épaves du fanatisme luthérien. En 1824, Tobie de Gottrau, Charles de Gottrau, Philippe d'Odet, Nicolas de Buman , Hubert de Boccard, Pierre de Gendre et Théodore de Diesbach conçoivent l'idée de fonder un p^dsionnat à Fribourg. Elle ne rencontre que des approbateurs : l'édifice est commencé, il s'achève. Il deviendra sous la main des Jésuites, un des plus beaux établissements de l'Europe, f On voit s'élever dans le même temps, écrivait le célèbre baron de Haller, un pensionnat à Friboui^ et une maison de correction à Genève. Ce sont deux édifices remarquables ; mais les Fribourgeois montrent plus de sagesse; ils construisent une maison pour prévenir le mal, et les Genevois pour le punir, quand il est conlAnis. »
Le petit nombre de Jésuites dont la Suisse pouvait disposer rendait péniUes, quelquefois mortels, les travaux de l'enseignement et de l'apostolat. Les Pères, en effet, n'avaient pas seulement à veiller à l'éducation de la jeunesse, ils devaient remplir en même temps les autres fonctions saderdotales, être à la fois
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régents, directeurs des âmes^et catéchistes. Le traitement alloué par les gouvernements aux professeurs employés dans les Collèges n'excède jamais six cents francs, et c'est avec celte modique subvention qu'ils doivent vivre et porter partout la bonne nouvelle de r Évangile. Ils sont dans le Valais ainsi qu'à Fribourg instituteurs et missionnaires ; mais leur zèle ne s'arrête pas à ces deux cantons. A Schwytz, à Zug, à Uri, à Unterwald, à Lucernc, à Genève, à Soleure, à Neuchâtel et à Berne, il y a des catholiques qui les invoquent, des prêtres qui sentent le besoin de se fortifier dans la vertu, des villages abandonnés qui réclament avec instance les consolations et les secours de TEglise. Ce sont les Jésuites qui exaucent ces prières, qui répondent à ces vœux. Ils se mettent, partout et toujours, aux ordres des Evêques ou des Vicaires apostoliques ; ils se n^ultiplient , afin de propager la charité dans les cœurs et de vaincre l'esprit d'indifférence ou de doute. Us marchent, ils travaillent sans relâche. Â Dusseldorf, ils habitent une partie de leur ancien Collège; ils réveillent dans cette ville les sentiments de Foi et de piété; ils y combattent avec succès une nouvelle secte de Momiers, dont le comte de Beck s'est constitué le champion. A Hildeshcim, les Pères Lûsken, Van Everbroeck et Meganck , avec treize autres Jésuites , sont occupés des mêmes soins. A Brunswick, les magistrats protestants ne veulent plus se séparer du Jésuite que l'Evèque d'Hildesheim envoya comme un messager de paix. A Dresde, où le Père Gracchi possède la confiance de la famille royale, et oii il dirige tout à la fois la conscience du Monarque, l'hôpital de la ville et tous les enfants catholiques, une émeute éclate en 1830. C'est sur les Jésuites seuls qu'elle veut frapper : elle assiège donc la maison où résident quelques Ecclésiastiques séculiers. Gracchi est au milieu d'eux ; il entend les imprécations et les menaces de la foule. Il se présente à elle : <c Vous demandez les Jésuites? s'écrie-t-il ; je suis seul de mon Ordre dans cette maison, et me voici. » Gracchi était connu, était surtout aimé par sa charilé. La multitude s'incline devant lui, et le tumulte est apaisé.
Peu d'années auparavant, l'Allemagne protestante s'était émue à l'abjuration de Frédéric-Ferdinand , duc d'Anhalt- Kœthcn. Dans un voyage que ce Prince fit à Paris ^ 1825,
avec la duchesse Julie son épouse , sœulr du roi de Prusse , il vit plusieurs fois le Père Ron«n. Ce Jésuite lui plut par Taménité de son caractère et par le charme de sa conversation. Il eut avec lui de fréquents entretiens. Il proposa ses doutes et ses objections sur les vérités du Catholicisme. Ronsin les réso* lut /et, le 24 octobre, le duc, la duchesse et le comte d'Ingenheim, leur frère, abjurèrent le Luthéranisme pour embrasser la Foi romaine. Â peine revenu dans sa principauté, Ferdinand d'Anhalt annonce à ses sujets son retour à TUnité. Cette nouvelle excite une vive irritation parmi les Luthériens ; le roi de Prusse s*indigne. Il proteste que ce n'est ni Tautorité ni la tradition qui doit régler la Foi , mais la raison individuelle ; et il n a pas assez d*anadièmes pour maudire sa soeur et son beaufrère, qui se conforment à ses doctrines en écoutant le cri de leurs convictions.
Un Jésuite avait remporté cette victoire sur le Protestantisme, un autre Jésuite la consolida. Â la prière du duc et d'après Tordre du Pape, le Père Beckx accourt à Kœthen. Jusqu'alors les Catholiques y ont langui dans un état d'oppression , Beckx relève leur courage, tout en se faisant un devoir de respecter les cultes dominants. Il travaille, il prêche , il évangélise presque sans espérance de succès , car Ferdinand d'Ânhalt n'a point d'enfants , et ses Etats doivent passer après sa mort à un souverain hérétique. Beckx connaît ces obstacles, il n'en poursuit pas moins son œuvre. En 1830, le trépas du duc mit un terme à sa mission, et le Père suivit la duchesse d'Ânhalt allant porter en Europe le modèle de toutes les vertus. Mais dans ces quelques années de mission, le Jésuite avait su faire germer des idées de tolérance. A sa voix il avait vu le nombre des Catholiques augmenter, et, afm de leur laisser un souvenir de son passage , il avait jeté les fondements d'une église. Le prince Henri d'Anhalt , frère et successeur de Ferdinand , était attaché au culte luthérien ; il n'en accepta pas moins l'héritage du Jésuite. L'église s'achève par ses soins , et , en 1833 , le jour où le Vicaire du diocèse d'Ôsnabrùck vint la consacrer, le nouveau duc voidut assister à cette solennité avec sa famille et les chefs protestants.
94 CRAP. n. — HiSTOHUE
A ceile époque, la presse révolutionnaire se crc^it iotit permis, contre les en&nts de saint Ignace. En France, mk les attaquait avec le sarcasme quotidien et la pliraséologie parlementaire^ En Allemagne où les haines ont quelque chose de plus sérieux, on essaya de battre en brèche la Compagnie de Jésus, on lui prêtant des attentats contre les personnes. Le nom du Père Beckx avait du retentissement ; il se mêlait à un acte dont les susceptibilités luthériennes s'étaient montrées profondément blessées. Dans la Saxe et dans le duché de Brunswick , princi* paiement, les esprits s'agitaient. La tempête qui» en juillet 1830, avait éclaté sur la France, faisait fermenter le levain révolutionnaire ; les Protestants se servirent de cette exaspération pour perdre Beckx. Un journal , devant sa célébrité à son fana* tisme anticatholique paraissait à Leipsick sous le titre de la Sentinelle canonique (der canonische Wachter). Vers la fin de Tannée 4830, Hurlebusch» président du consistoire du duché de Brunswick, signe et publie dans cette feuille une déclaration par laquelle le Père Beckx à Kœthen , et le Père Lôsken à Hildesheim. Jésuite octogénaire, avaient tenté de convertir un protestant de Wolfenbûttel. On affirmait encore qu'ils avaient osé lui mettre le poignard à la main pour assassiner un prédicateur de Brunswick.
Uu pareil fait , jeté dans la polémique à une pareille époque , dut nécessairement évoquer beaucoup de crédulités assez robustes pour accepter et propager le mensonge. L'attentat du Père Beckx devint le sujet de toutes les conversations et de toutes les terreurs. La calomnie d'Hurlebusch portait coup; il voulut l'entourer d'une notoriété encore plus grande* Il publia une brochure dans laquelle les circonstances du crime et de la provocation étaient racontées avec un luxe de détails qui ne permettait plus le doute. Timpe , le néophyte du Jésuite transformé en Vieux de la Montagne , avouait que le Père Beckx lui avait enseigné que tuer les hérétiques était une œuvre méritoire devant Dieu. Le pasteur de Brunswick avait été la première victime dévouée à son poignard. Ce pamphlet, qui faisait reculer la civilisation de deux ou trois siècles, fut répandu à profusion dans toute l'Allemagne. Il servit de lecture aux enfants des écoles protestantes;
DE LA OOMFAGNiB DE 1É8DS. 9&
on FaSk^ait à l'entrée de ces mêmes écoles, en le distribuait dans les villes, on le colportait dans les campagnes.
Le Père Beckx adresse une réclamation au journal protestante Ainsi que cela arrfre trop souvent avec la liberté de la presse devenue un monopole au profit de quelques-uns , cette réclamation ne servit qu*à alimenter k polémique et à raviver Timposture. Le Père Beckx avait tout nié; le journaliste démontra que celte timide assertion était une preuve de plus, constatant la vérité des dires d'Urlebusch. Il ne restait au Jésuite qu*à traduire son accusateur devant les tribunaux de Wolfenbûttel. Les magistrats étaient protestants; mais le disciple de Tlnstitut avait foi dans leur justice, foi surtout dans son innocence. Beckx mettait son honneur de prêtre catholique sous la sauv^arde de la loi. La k>i était luthérienne, elle essaya de rester muette. Cependant il fallut bien prononcer sur un attentat qu'on avait si longtemps exploité. Hurlebusch hi eon* damné comme calomniateur. 11 eut recours au tribunal d'appel. Les magistrats se virent dans l'obligation de confirmer la sentence qui est insérée dans la Gazette officielle de Brunswick^ sous le numéro 167, de l'année 1833.
Le président du consistoire protestant était condamné à faire amende honorable et par écrit aux deux enfants de saint Ignace. Pour essayer de gagner du temps et de se soustraire à Thu-* miliâtioh d'un aveu , Huriebuscb entreprit un voyage dans les montagnes du Harz ; il y mourut frappé d'apoplexie foudroyante. Timpe , son complice , dont les Luthériens s'étaient d'abord faits les protecteurs, éprouva ensuite toutes les vicissitudes attachées aune honte divulguée. 11 erra de Wolfenbûltel à Dûsseldorf, deDusseldorf à Cologne. Ce fut dans cette ville que, poussé par le remords, il rétracta ijevant les tribunaux les imputations dont il avait chargé les Pères Lûskett et Beckx. Sa rétractation est entre nos mains , ainsi que tous les documents relatifs à cette affaire cfui occupa l'Allemagne pendant trois années. Ib proavent juscpi'à l'évidence la malice des uns et la crédulité des au* très , malice ei crédulité qu'il est si facile d'excité lorsqu'il s'agit d'un Jésuite.
Les nouveaux élément» qui con»titttçnt la société européenne
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ne permettent plus aux enfants de saint Ignace de prendre çne part active aux négociations du mon^le et aux affaires ecclésiasti ques. Le Saint-Siège ne peut plus les revêtir du caractère de légat ou de Nonce extraordinaire et les envoyer à travers le monde, comme Pasquier-Brouet, François de Borgia, Canisius, Possevin et Tolety pour discuter, pour régler les intérêts de la Catholicité tantôt avec les rois, tantôt avec les peuples. Le cours naturel des choses a remis la Société de Jésus dans la position que son fondateur lui avait tracée, et dont elle ne sortit qu'à son corps défendant. Elle est devenue plus religieuse que jamais dans un siècle où la politique déborde et où chacun se fait une obligation de citer à son tribunal individuel les actes des princes et les tendances des gouvernants. En face d'une pareille confusion dans les idées et dans les pouvoirs, les Jésuites ont sagement pensé qu'il ne leur restait plus qu'un rôle à jouer. Pour atteindre la fin que l'Institut leur propose, il importait de s'abstenir de toute participation aux événements publics, d'en accepter sans joie ou sans regret le contre-coup, quel qu*il fût, et de marcher en silence, mais toujours, mais partout, vers le but qui leur était offert. Leur action ne devait plus se faire sentir que dans les Collél^es ou dans les Chaires évangéliques ; ils n'avaient mission que d'apaiser les tumultes de l'âme, que de fortifier la piété, que de conduire la jeunesse au bonheur et à la paix par une éducation chrétienne. Ils ne se départirent jamais du plan laissé par le lé- |g;islateur de la Compagnie. Ce plan les exposait à des soupçons, à des accusations, à des outrages ; ils s'y résignèrent.
« Les Généraux et les principaux membres de la Société , ainsi s'expriment les écrivains protestants de la Revue d'Oxford et de Cambridge S ont toujours été et sont encore des hommes d'un grand caractère , prudents , mais avec plus de résolution qu'on -. n'en trouve chez les gens du monde ; ce sont des hommes à l'esfAt froid et lucide et au cœur chaleureux, que l'on n'a jamais taxé d'insensibilité ; des hommes auxquels on peut se fier dans les affaires, qu'ils traitent avec une grandeur de procédés bien différente de cette petite finesse qu'on prend quelquefois pour de
* Revue d'Oxford et de Cambridge^ 1845. Parmi les réilacteurs de cetic ncruc l'on confie lord John Manncr et M. StnyUie, membres du Parlement.
rhabileté. Sous la conduite de ces admirables guides, et combattant sans relâche pour la cause de la vertu, de la pureté, de Tordre civil et religieux, marche la grande armée des Jésuites, grande non par le nombre , mais par les œuvres , et composée de prédicateurs éloquents , de missionnaires auxquels les plus nides travaux ne font point perdre Turbanité des manières ,' d'hommes de lettres au goût sûr et à Timagination vive, de savants ayant la passion de Fétude sans en avoir la raonomanie , d*hommes vivant dans le monde sans être mondains. »
Cesi sous ces traits que des Anglicans peignent les vieux et les nouveaux Jésuites. Les Anglicans commencent à rougir de la crédulité et de l'injustice de leurs devanciers ; en Suisse, le mouvement des idées n avait pas, en 1831 , sanctionné une pareille équité. Les Jésuites restaient étrangers aux commotions agitant TEurope. On avait pris leur nom pour servir d'étendard aux espérances révolutionnaires ; lorsqu'elles crurent leur triomphe assuré, ce fut aux Jésuites qu'elles essayèrent de reprocher la lenteur de leurs succès. Le Collège de Fribourg prospérait : il était une source de richesses pour le pays , un gage de sécurité pour les familles. La France , la Belgique et l'Italie se trouvaient apré|1830 dans une position voisine de l'anarchie ; le cant^m de Fribourg s'y associa en portant au pouvoir certains Radicaux, qui ne proclamaient la Kberié que pour régner par l'arbitraire. La Compagnie de Jésus était menacée dans son existence ; mais le contact et la responsabilité du commandement calmèrent peu à peu les efferverscences radicales. C'était l'opposition de 1818 qui triomphait ; elle n'osa pas s'aliéner le peuple et le Clergé en appliquant ses doctrines. Les magistrats et le grand Conseil de Fribourg faisaient cause commune avec la démocratie agissante ; le nouveau gouvernement sacrifia ses hostilités au bien-être du plus grand nombre. Le Radicalisme fit sa paix avec les Jésuites ; depuis ce jour, rien dans ce canton n'a troublé la bonne harmonie.
Ce ne fut cependant pas sans lutte que l'union s'obtint. On appelait les jeunes gens à assister aux séances du Conseil pour les initier à la vie publique. Les élèves externes des Jésuites jouissaient de ce droit. L'un d'entre eux fait entendre quelques murnuires désapprobateurs à l'adresse d'un député : ordre est donné vï. 7
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aux Pères d'interdire à leurs disciples Tcntrée de la tribune, Les Pères obéissent ; les élèves , forts de Tappui qu'ils évoquent dans les masses , parlent de se révolter contre la révolution. 11 n'y avait qu'un moyen de calmer cette ardente jeunesse, il est employé. Les Jésuites interviennent, et la paix se rétablit. La guerre de plume précédait et suivait les insurrections. La Société de Jésus fut alors en butte à des attaques dont le grand Conseil ne prévoyait peut-être pas la portée. Les étudiants s'élancèrent encore dans l'arène ^ Libres ou déjà pères de famille, ils étaient les meilleurs juges de la question : ils la tranchèrent en combattant par des écrits publics les imputations dont on chargeait l'Institut. Dans le Valais, le gouvernement, prenant en considération la pauvreté des Jésuites et admettant que tous leurs voyages ont un but d'utilité publique, ordonne qu'à partir de l'année 1834 les n^essageries d'Etat les recevront gratuitement. ,
À la même époque, les magistrats de Schwytz les introduisent dans leurs vallées. Le Père Drach, recteur du Collège de Fribourg, et le Provincial Ignace Brocard essaient en vain de faire différer ce projet; les désirs de Philippe de Angelis, Nonce du Pape, les prières de la population et la voix du Souverain-Pontife triomphent de cette résistance. Les Jésuites pénétraient pour la première fois dans ce pays célèbre par son amour de l'iodépendance et de la liberté, ils devenaient le boulevard que le Catholicisme avançait de la Suisse occidentale à la Suisse orientale. Comme pour démontrer que leur prise de possession a un but moral et littéraire , ils transforment en Collège leur Noviciat d'Ëstavayer, et en 184^, afin de s'associer aux vœux du pays, Grégoire XVI adresse à l'Evêque de Coire un bref ainsi conçu :
<r Ayant appris il y a quelques années qu'à Schwytz, dans votre^
diocèse, les principaux habitants voulaient bâtir un Collée afin
que les jeunes gens y fossent formés à la piété et aux lettres par
' Un aiicieii élcTe du Collège de Fribourg se déclarft, on ne sait pourquoi, ennemi detiéstiilcs. II publiait un journal, V/imidu Progrès, il y attaqua les Pères dans une suite d'arlicl«s. Les élèves externes des cours supérieurs répliquèrent par une série de Ifttres qu'ils firent imprimer; leur polémique tua le journal. Uu lies griefs de V Ami du Progrès contre les Jésuites était l'usage qu'ils fai^aient des revenus du Collège; M. Esseiva, prêtre séculier, fribourgeois, et administraicur des biens du ColU^c, réfuta vicloriensement ces reproches, et il démontra, 4fW:^. chiffres, que chaque Jésuite du Collège n'avait pour vivre que 300 fr.
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les Pères de la Compagnie de Jésus, nous avons approuvé, comme îl convenait, leur pieux dessein, et nous Tavons secondé avec plaisir.
• Nous félicitons cet illustre canton et Votre Fraternité, nous nous félicitons nous-mêmes de ce que bientôt après les Religieux de la susdite Compagnie y ont été appelés aux acclamations una-
t' imes du peuple et du Clergé ; de ce qu*ils y ont ouvert leurs écos pour le bien de la jeunesse, et que peu à peu, par les aumônes des Fidèles et par les la^esses de quelques- princes étrangers, ils ont construit une maison assez vaste pour servir de Collège.
• Et déjà, par les heureux succès qu*obtinrent ces écoles naissantes, on peut présager de quelle utilité, Dieu aidant, ce Collège sera pour la Religion catholique et pour la République. •