‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, composée sur les documents inédits et authentiques (volume 2)Chapitre 9 sur 34 · TI · texte numérisé non relu

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campagne décisive contre la Royauté. Le Monarque, aveuglé par de menteuses déférences, hésitait devant les Libéraux ne tirant leur audace que de la pusillanimité des administrations. On espéra amener le roi à briser de ses propres mains le sceptre que sa loyauté trop débonnaire n osait changer en épée de justice. La Révolution avait dit , même sous les ministres Villéle et Portalis, que les Jésuites régnaient et gouvernaient i . Quand le prince de Polignac fiit appelé aux affaires, elle ne mit plus de bornes à ses débauches d*intelligence. Les Jésuites devinrent les promoteurs des coups d'Etat ; ils furent les conseillers, les agents invisibles de la réaction ; ils formèrent avec le nonce Lambruschini une camarilla de prélats et de courtisans qui n'exista jamais que dans rimagination de la presse ; ils furent les incendiaires ^ qui

. > Un homme qui a été calomnié lui-même, mais qui, k force de courage et de talent, a contraint ses ennemis à Thonorer et à lui décerner publiquement des témoignages d'estime, le comte de Peyronnet, ancien ministre de la justice et de Vinlérieur, résumait ainsi, dans ses Esqtùsses poUtiguet publiées en 4829, la situation faîteaux Jésuites. Ce passage était vrai à cette époque; nous croyons qu'il aara longtemps encore un intérêt d'actualité :

n On a dit que les Jésuites nuisaient à la Religion : et qui a dit cela? des hommes qui n*aspirent qu'à la ruine de la Religion.

a» On a dit qu'ils étaient ennemis des rois ; et qui a dit cela? des hommes qui n'aspirent qu*à la chute des rois.

i> On a dit qu'ils élaie&t ennemis delà Charte : et qui a dit cela? des hommes qui |a violaient ouvertement à leur détriment,

» On a dit qu'ils exerçaient une influence pernicieuse dans l'Etat : et qui a dit cela? des hommes dont la funeste influence fait depuis trente ans tous les malheurs de r£tat.

» On a dit qu'ils n'étaient pas tolérants ; et qui a dit cela ? des hommes qui sont animés envers eux de la plus coupable intolérance qui fût jamais; intolérance des hommes qui ne croient point.

» On a dit qu'ils étaient ennemis de la liberté : et qui a dit cela? des hommes qui les chassent de leurs églises, de leurs écoles et de leurs pays ; des hommes qui blessent à la fois dans leur personne la liberté religieuse, la liberté politique et la liberté civile.

» Ni la sottise de l'accusation, ni l'effronterie des accusateurs n'ont suffi. On sa* Tait bien qu'on étaiit trompé, mais on voulait l'éire.

» Quand Je haïrais et redouterais les Jc^suites autant que leur plus fanatique ennemi, je croirais encore que lu maintien de U liberté de conscience est d'un plus grand prix quêteur expulsion. »

3 Pendant rinstruclion du prooès des Ministres signataires des ordonnances de juillet, M-.Bérsoger, commissaire-accusateur prùs la chambre des paiis, reçut de Toulouse une lettre datée du i" octobre 1810. Cette lettre éiail ainsi conçue :

«( Monsieur, des malheurs inouïs me fondèrent à devenir l'instrument d'un parti dont j'étais un principal agent dans les incendies qui désolèrent la Normandie, el qui devaient s'étendre sur la France entière, si j'avais rempli les instructions données ît ce sujet.

» Mais le cri d'alarme des journaux, le tableau qu'ils présentaient du déplorable état de ces victimes et, si j'ose le dire, mes propres sentiments, m'inspirèrent une horreur de moi-même. Je suspendis mon inf&me mission ; je pris la fuite pour me

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couvrirent la Normandie de deail et de ruines; puis, an moment ou les ordonnances du 25 juillet 1830 éclatèrent comme la foudre, on oublia les Jésuites pour renverser le trône. Lai tempête les avait dispersés : ils erraient çà et U. On pillait leurs maisons pour se donner le droit de les accuser encore ; mais le triomphe du Libéralisme devait enfin amener celui de la vérité. La Révolution était victorieuse ; elle eut Faudacieuse franchise de proclamer elle-même ses impostures. Le Globe^ dont MM. Duèhâtel, Gousin, Charles de Rémusat et Dubois s'étaient fait une arme contre les idées religieuses et monarchiques, s'écria, le 24 octobre 1830^ en s^adressant aui vaincus :

ff Tout ce que vous invoquez, tous ces articles de la Charte el de nos Godes que vous citez avec profiision, tout cda n*est que des fictions ingénieuses. Loisque nous avons juré fidélité à Charles X et obéissance à la Charte, lorsque nous av<ms étourdi ce Monarque imbécile de nos protestations d'amour, lorsque nous couvrions pour lui nos routes d'arcs de triomphe, lorsque nous rassemblions les populations sur son passage pour le saluer de mille acclamations, lorsque nous semions l'adulation sur ses

toustrtire à là rage de cent qui comptaient sur moi et arrêter tiusi le cours des défattitions que je derais orsaniser dans le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, etc.

» Je u'ai pas jugé à propos de livrer la majeure partie des pièces k l'appui de ma déclaration. Une seule lettre, qui prouve mon affiliation avec la Congrégation de MoQlrouge, qui me transmettait les ordres qu'elle recevait du prince de Polignac, m'a été saisie.

» Ma volumineuse correspondance, les instructions écrites, les listes qui désignaient les propriétés k incendier et te nom des personnages qui devaieut me donuer de plus amples renseignements, ainsi qu'une espèce de sauf-conduit, interprétatif, il est vrai, nais dont il est facile de deviner le but par Tensemble de toutes les pièces, et signé prince de Pdignac^ toutes ces preuves authentiques sont à ma disposition; mais je ne les livrerai entre vos mains, qu'ialors qu'un homme d'entré viMis, Messieurs, m'aura donné sa parole qu'il ne sera rien fbit à la penonm qui en est le dépositaire, et que j'obtiendrai quelque adoucissement auT peines qui pourront être prononcées contre moi. Je demande cette assurance de votre part, car vous aurei le pouvoir de la tenir. »

L'atileur de cette dénonciation, qui allait si bien aux idées du temps, se nommait Charles* Théodore Rerrié ; c'était un repris de justice, un voleur condamné en 4824, condamné de nouveau en 4836. En 4880, il se trouvait dans les prisons de Toulouse sous le poids de plusieurs accusations, lorsqu'il s'imagina que les feuilles libérales avaient assez menii à ta France sur le compte de la Société de Jésus pour Tautoriser lui-même à continuer leur osuvre. Ancien détenu de Bicètre, il y avait yu les Pères prêcher et consoler les prisonniers ; 11 avait lu sans aucun doute les tmposturw dont le CowUituttonnel, le Courrier prançaia et le National se re* paissaient^ il crut qu*en se portant l'accusateur des disciples de l'Institut il obtiendrait quelque allégement ou que peut-être il passerait grand citoyen, il écrivit

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pas ; lorsque les temples, les académies, les écoles retentissaient d'un concert parfumé d'éloges, de bénédictions pour lui et pour sa race ; lorsque nos poètes chantaient ses vertus, lorsqu'ils s'épanchaient en allusions louangeuses sur la bravoure de ce nouvel Henri IV, la grâce de cet autre François !•', tout cela n'était qu'une feinte à l'aide de laquelle nous tâchions de nous dérober aux chaînes dans lesquelles il s'efforçait de nous enlacer. Vous avez été comme un de ces spectateurs novices qui, assis au parterre pour la première fois, prennent pour la réalité la scène que Ion joue devant eux. Détrompez-vous ; pairs, députés, magistrats, simples citoyens, nous avons tous joué une comédie de quinze ans^. *

Les Jésuites étaient chassés de France, les véritables hypocrites s'y révélèrent. Cette déclaration fut une leçon significative; le National ne resta pas en arrière de semblables épan-

donc k lettre citée plus haut. La chambre des pairs, comme la presse tibéralf, u'uvait i)lus besoin des Jésuites pour battre en brèche la Religion et la royauté; il ne lui restait plus qu'k saToir être éguilable. Le comte Bastard de l'Cslang, rapporteur de la commission d'accusation, ne put s'empêcher de dire en parlant de ce nii&i^rable, qui avait si mal clioisi son moment : a Tous les autres points de sa déclaration sont également éclaircis, et partout le mensonge est constaté. S'il se Tût agi d'une alTaire moins grave, un pareil incident eût été écarté sans examen; mais il vaut mieux encore qu'il ne le soit qu'après une complète vériQcation des fiiits. •

Dans ce temps-lh, plusieurs coupables espérèrent se faire acquitter en se donoaot les Jésuites pour instigateurs de leurs crisnes. Us voyaient que la calomnie avait si bien réussi en faveur de |»kis audacieux, qu'ils calomniaient à leur tour et à leur manière. Bcrrié se proclamait incendiaire du fait de la Compagnie; un jardinier de Verrières, nommé Troclel, imagina do se Justifier ainsi de l'assassinat qu'il avait commis sur la personne de Bellaure, habitant d'Antony, son créancier. 11 accusa le Père Jeuuesseaux et deux autres Jésuites, quj, le 28 juillet 4830, l'avaient, préleodail- il, chargé de leur cacher une malle pleine d'objets précieux. Devant la Cour d'assises de la Seine, présidée par M. Agier, Troclet reproduisit sa fable. Le Père Jenuetibeaux ne l'avait jamais connu, jamais vu; cela resta démontré. L'assassin fui condamné à mort le 23 mai 1831, et le Jésuite mis hors de cause.

1 Dix ans n'étaient pas encore écoulés, et déjii la Comédie de qvinzeans reoopimeuçait. £n 1839, un professeur d'histoire remettait en scèue le fantôme de la Congrégation, rajeunissait les vieilles fables du ConstiiuUonnel, ressuscitait l'omnipoteiiCe magique de Mont-Rouge, etc. Il faut le lire de ses propres yeux pour y croire. « La Congrégation avait vaincu sous li's auspices de M»* du Cayla (sic) et de M. de Villole, écrit à propos de la guerre d'Espagne (4823) M. Th. Burette dans sa Contiftualian de V Histoire de France d*Anqvettl (t. iv, p. 643;. Et plus bas, à propos ile> c loitioiis (1823) : « La Congréj^ation mit en jeu toutes ses batteries : Indulgences pléNières pour les électeurs complaisants, mandements épiscopaux , conuption de sui-rislie, etc., etc.» A lu page 618 un lit ; n Cepcndanl les Pères de MontrRouge rétamaient à glands cris l'exccutiou des promesses .qu'on leur avait failes. La cour, le ministère leur étaient dévoués-, la part de leurs adeptes était large et belle dans radministralion. Tout récemu:ent encore (10 février 1826) ils venaient de faire voter à la Chambre le rétablissement du dr^iii d'alncsic, etc., etc. » — £sl«oe là de l'bisloire, du ruman ou du pamphlet ? —

chemen ts. 11 était devenu républicain sous la rédaction de Carre!, de Béquet, de Passy, d*EmiIe Pereire et de Chambolle, comme ses anciens associés s'improvisaient ministres , pairs de France ou dignitaires de l'Université. Le 17 octobre 1830, il étala aux yeux de l'Europe les mensonges convenus qui avaient été mis en jeu pour perdre les Jésuites :

ff La Restauration est tombée, disait-il, et avec elle les Jésuites. On le croit du moins. Cependant toute la France a vu la famille des Bourbons faire route de Paris à Cherbourg et s'embarquer tristement pour l'Angleterre. Quant aux Jésuites, on ne dit pas par quelle porte ils ont fait retraite; personne n'a plus songé à eux le lendemain de la Révolution de juillet ni pour les attaquer ni pour les défendre. Y a-t-il, n'y a-t-il pas encore des petits Séminaires , des Congrégations non autorisées par la loi? Il n'est pas aujourd'hui de si petit esprit qui ne se croie avec raison au-dessus d'une pareille inquiétude, et de trèsgrands esprits s'étaient consacrés, sous la Restauration, à inspirer à la France la haine et la peur de cette fameuse Congrégation jésuitique qui n'existait peut-être point ou ne valait pas la peine qu'on s'enquit de son existence.

* Etait-ce donc une comédie que cette infatigable polémique de la presse patriote contre les Jésuites? était-ce pure manie de persécution, si l'on trouvait mal que M. Dupin portât les cordons du dais à Saint- Acheul? Non, on savait bien que la Société de Jésus proprement dite n'offrait pas de bien grands dangers ; on n'en voulait qu'à l'esprit jésuite, l'esprit dévot, l'esprit tartufe : c'était l'esprit de la dynastie régnante. On s'entendait à merveille sur la valeur du mot jésuitisme : il était syjionyme de dévouement à la légitimité. On disait dans ce temps-là jésuite pour royaliste : il eût été dangereux de s'attaquer à la légitimité en l'appelant par son nom ; on la saisissait dans l'une de ses manières d'être , et la plus odieuse, qui était l'esprit jésuite.

» La France , petit à petit , se prit d'une haine implacable, universelle , immense, pour ce qu'on appelait la faction , quelquefois même- la coterie jésuite , et il arriva un moment où , pour perdre Charles X, il suffit d'affirmer qu'il était Jésuite; que, comme Jésuite, il professait la doctrine des restrictions mentales ; qu'en pré-

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tant à Reims serment à la Charte , il avait dans sa poche l'absoltttion de ee parjure, et qu'ainsi le coup d*Etat était sa pensée favorite. » C'est comme ccda que raisonnent et parlent les masses dans tous les temps ; elles donnent à leur soupçons une forme matéridie qui les aide singulièrement à soutenir le combat.»

Devant cette cynique théorie de l'imposture qui, révélée à la France, sera encore mise pliis tard en œuvre avec le même succès, il ne reste à l'histoire que le droit de flétrir tant d'impudence et de prendre en pitié la crédulité des hommes.

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