Y. LA
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jour où le roi d'Espagne leur fut défavorable, on l'avait vu écrire, le 19 juin 1759, à Clément XII *, pour le supplier de protéger et de soutenir l'innocence de la Compagnie dans la tourmente qui la menaçait; mais, renonçant à la fermeté sacerdotale pour se faire le courtisan d’une haine dont il n'avait point le secret, Solis abandonna ses anciens protecteurs; il se fit l'organe de son maitre contre eux. Ce prince de l'Eglise n'était pas homme à s’enivrer comme Bernis de flatteries étudiées : il fallait faire nommer un Pape s'engageant d'avance et par écrit à la destruction des Jésuites, il le chercha dans les rangs du Sacré-Collége. Le cardinal Ganganelli se tenait à l'écart des intrigues ; 1l se plaçait entre les Zelanti et le parti des Couronnes comme dans un juste-milieu pacificateur. Chaque fraction du Conclave l'avait entendu jeter quelques-uns de ces mots qui veulent être significatifs, et qui prêtent beaucoup à l'interprétation. « Leurs bras sont bien longs, disait-il en parlant des princes de la maison de Bourbon, ils passent par-dessus les Alpes et les Pyrénées. » Aux cardinaux qui ne sacrifiaient point les Jésuites à des accusations chimériques , il répétait avec un accent plein de sincérité + « Il ne faut pas plus songer à tuer la Société de Jésus qu'à renverser le dôme de Saint-Pierre. » Ces paroles, cette attitude, dont l'art n'échappait point à la perspicacité romaine, firent comprendré aux cardinaux francais et espagnols que Ganganelli ambitionnait la tiare. C’était le seul moine dans le Conclave; ils crurent que des rivalités d’Institut pourraient être un nouveau levier pour l'accomplissement de leurs desseins. Bernis sonda le Cordelier; il le trouva calme et froid , ne promettant rien, mais, dans les finesses si déliées de la langue italienné , cherchant aussi à ne rien refuser. Gansanelli lui parut peu sûr; 1l se mit en quête d’un autre candidat. Solis avait sur ce caractère des notions plus exactes. A l'instigation d'Azpuru, ministre d'Espagne à Rome, d'Aubeterre demande qu'on exige du cardinal à élire une promesse écrite de supprimer les Jésüites. Cette promesse est la condition irrévocable des cours, la seule qu'elles mettent à la res-
* Dizionario di erudizione del cavaliere Gaëtano Moroni, ti xxx, p: 143.
{itulion d'Avignon et de Bénévent. Bernis était léger, son luxe lui faisait un besoin des faveurs ministérielles ; il ne cessait de demander pour lui ou pour sa famille : néanmoins, de concert avec le cardinal de Luynes, il repousse énergiquement ce marché, qui s’entache de .simonie diplomatique.
Les Espagnols sentirent que Bernis ne se prêterait jamais à leur combinaison , qu'il pourrait même faire partager ses répugnances à Louis XV, et leurs soupçons n'étaient pas sans fondement. Ils se décidèrent donc à passer outre. De concert avec le cardinal Malvezzi dans le Conclave, et les ambassadeurs de France et d'Espagne au dehors, l’archevèque de Séville veut qu’on exige du candidat des Couronnes une promesse écrite de supprimer l'Ordre de Jésus. Cette promesse est la condition irrévocable des puissances. Solis négocie mystérieusement avec Ganganelli : il en obtient un billet adressé au roi d'Espagne. Dans ce billet, Ganganelli déclare « qu'il reconnaît au Souveran-Pontife le droit de pouvoir éteindre en conscience la Compagnie de Jésus, en observant les règles canoniques, et quil est à souhaiter que le futur Pape fasse tous ses efforts pour accomplir le vœu des Couronnes. »
Cet engagement n'est pas très-explicite. Le droit invoqué n'a jamais été contesté, et, dans d’autres circonstances , Solis se serait bien gardé de l’accepter comme obligatoire. Mais il savait que le caractère de Ganganelli ne tiendrait pas à la lutte, et qu'une fois pris entre le double écueil de son honneur et de son repos, il n'hésiterait pas à seconder la violence des désirs de Charles IT. En le menaçant de publier cet acte, on devait faire du Pape futur tout ce que l'on voudrait; cette oppression morale restait pour les trois puissances une garantie dont le texte même du billet n'était que l’occasion. D'ailleurs l'Italien, qui refusait d'aller au-delà par écrit, ne cachait pas à l'Espagnol ses plans ultérieurs. Il ouvrait son âme à l'espoir de réconcilier le Sacerdoce et l’Empire ; il aspirait à les réunir dans la paix sur le cadavre de l'Ordre de Jésus, et à recouvrer ainsi les villes d'Avignon et de Bénévent.
Le 16 mai, Bernis était mis au courant de la négociation suivie entre le Cordelier italien et l'archevêque de Séville ; et dans
un post-scriptum 11 mandait à d’Aubeterre : « Messieurs les Espagnols ne nous disent pas tout. S'ils avaient parlé, nous n’aurions fait aucune réflexion sur Ganganelli. Nous l'avons vu porté par les Albani, cela nous à paru suspect. Il paraît qu’on s'est arrangé avec lui, tout est dit. »
Le soir de ce même jour, Bernis ne laisse plus aucune incerütude à l'ambassadeur de France. Il lui raconte de quelle mauière 1l a été joué.
« J'étais si pressé lorsque j'eus l'honneur d'écrire à Votre Excellence, avant et après dîner, dans le même billet, que je crams de m'être mal expliqué et que vous n’ayez cru que je me plaignais de votre réserve, tandis que je n'avais à me plaindre que de celle des Espagnols. Ils ont négocié avec Ganganelli : il n'était pas nécessaire qu'ils nous dissent le fond de cette négocation, mais ils auraient dû nous dire seulement qu'ils étaient sûrs des sentiments de ce cardinal. Ce mystère nous à mis dans le cas de soupçonner Ganganelli, nous avons remarqué des pourparlers de ce cardinal avec Castelli : tout cela formait la preuve la plus complète du Jésuitisme de Ganganelli;, nos amis et surtout les Corsini en étaient effrayés , et je vous avoue que je croyais trahir le Roi en secondant son élection ; d'autant plus que dans la liste des bons, il n'était que le sixième ; voyez quel danger ce mystère faisait courir à la négociation des Espagnols.... Ce matin le cardinal de Solis, à qui j'ai montré mon étonnement sur la liaison des Albani avec Ganganelli, m'a dit qu'il fallait dès le premier scrutin aller pour lui. Je lui ai fait sentir que ce sujet me paraissait suspect par ses liaisons, et que je croyais qu’il fallait le voir venir et nous assurer de lui, en ne lui donnant nos voix qu’à propos. Il à pris ces réflexions pour un refus. Alors le bandeau fut levé, et J'ai rapproché les allées nocturnes de son secrétaire chez Ganganelli..…. J'ai donc déclaré aux Espagnols , après leur avoir fait apercevoir légérement que je voyais tout, que nous les survrions dans la forme qu'ils désiraient, que tous les soupçons étaient dissipés dès qu’ils étaient assurés de Ganganelli et des négociateurs Albani. Solis est convenu qu'il avait espérance que Ganganellh ferait Pallavicmi secrétaire d'Etat; j'en x été