‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus composée sur les documents inédits et authentiques (volume 3)Chapitre 16 sur 22 · VENERABLE JOSEPH PIGNATELLI · texte numérisé non relu

VENERABLE JOSEPH PIGNATELLI

LE

Jésus.

de

grue

Compa

la

de

A ji DE Te Fe Re .# be | DE LA COMPAGNIE DE JESUS. 9385

ne. CHAPITRE VIL

Les Jésuites en Prusse et en Russie. — Frédéric II les maintient dans ses Elats

malgré les Philosophes et le pape Clément XIV. — Il s’oppose à la publication du bref Dominus ac Redemptor. — Lettre inédite de Frédéric à l'abbé Columbini. — Sa correspondance avec d’Alembert. — Ses aveux en faveur des Jésuites, — Colère des Philosophes. — Frédéric IL prend des mesures de conservalion avec le Père Orloski, — Catherine II et les Jésuites de la Russie- Blanche, — Ils veulent se séculariser. — Le Père Czerniewicz et le Collége de Polotsk. — Les Jésuites, pour obéir au Pape, demandent la faculté de se retirer. — L'Impératrice refuse. — Elle obtient du Pape que les Jésuites subsisteront en Russie.— Towianski, suffragant de l’évèché de Vilna, el les Catholiques accusent les Jésuites de désobéissance envers le Pape. — Ceux-ci demandent une solution à Pie VI. — Sa réponse. — Bref adressé à Siestrzencewicz, Evèque de Mohilow. — La cour de Rome lui accorde toùte suprématie sur les Ordres religieux. — Ambiguïté calculée ou mal expliquée de ce bref. — L’Evèque de Mohilow s’en sert pour autoriser un Noviciat de Jésuiles sous les auspices de la Czarine. — Sun mandement. — Le Nonce Archetti et le ministre russe, comte de Stackelberg. — Notes échangées. — Adhésion secrète du Saint-Siége. — L’impératrice Catherine chez les Jésuites. — Sa politique. — Le prince Po-

. f{emkin et les Jésuites. — L’Eyèque de Mohilow veut être reconnu chef de la

Compagnie. — Potemkin protége les Jésuites. — L’Impératrice déclare que les Jésuites vivront dans ses Etats sous leur ancienne règle. — Elle les autorise à nommer un Vicaire-Général perpétuel. — Election du Père Czerniewiez. — Ambassade de l’ancien Jésuite Benislawski à Rome. — Leltre de Catherine au Pape. — Embarras de Pie VI. — 11 approuve verbalement la Société renaissante de Jésus. — Accroissements de la Compagnie. — Mort de Czerniewicz et élection de Lenkiewicz. — Les Pères Gruber et Skakowski appelés à la cour. — Le duc de Parme veut rétablir les Jésuites dans ses Etats. — Les Jésuites ÿ arrivent, — Mort de Catherine. — Paul Ir prend les Jésuites sous sa protection. — Mort du Père Lenkiewicz. — Le Père Kareu, Vicaire-Général. — Caractère de l’empereur Paul Ier. — Son amitié pour les Jésuites et pour le Père Gruber, — Portrait de Gruber, — Election du Pape Pie VII favorisée par le Czar. — Gruber en correspondance avec Bonaparte. — Influence du Jésuite. — L'empereur Paul demande au Pape un bref qui reconnaisse l’existence de }JInstlut, — Publication de ce bref. — Mort de Paul Ier, — La Congrégation du Sacré-Cœur, — Les Paccauaristes et le Père Panizzoni. — Quelqués Paccanaristes se fout recevoir dans l’Institut. — L'empereur Alexandre chtz les Jésuites. — Mort du Père Kareu. — Election de Gruber. — Les Jésuites envoyés pour organiser les colonies du Volga. — Mission du Père Angiolini à Rome. — L’empereur d'Autriche François II, les rois de Sardaigne et de Naples se proposent de rétablir la Compagnie de Jésus. — Angiolini et Pignatelli à Naples. — Bref du Pape à Gruber pour lui annoncer que les Jésuites rentrent dans les Deux-Siciles, — Pignatelli Provincial. — Témoignages de joie des habitants de ce royaume, constatés par le Journal des Débats. — Mort de Gruber. — Le Père Bzrozowski lui succède, — La liberté d’enseigsement proposée par les Jésuites à l’empereur de Russie. — Les Jésuites expulsés de Naples avec le roi. — Pignatelli les ramène à Rome, — Le Pape les reçoit. — Dernières années de Piguatelli, — Sa mort. — Pie VII captif, — Les Restaurations de 4814. — Pourquoi Pie VII songe à rétablir la Compagnie de Jésus. — Bulle Sollicitudo omnium Ecclesitrum. — Le Pape au Gesu. — Les vieux Jésuites, — Conclusion.

Par une de ces étranges confusions de choses et d'idées dont les hommes, sans vouloir remonter plus haut, demandent l’ex- V. 25

plication aux mystères de la politique, aux intérêts des princes , aux passions des peuples, la Société de Jésus, détruite par les rois catholiques et par le Saint-Siége, fut conservée par deux souverains en dehors de l’Eglise. Joseph Ie et Louis XV, Charles LIL et Ferdinand IV s’étaient coalisés pour forcer la main à Clément XIV; ils avaient entrainé dans leur conjuration Marie-Thérèse d'Autriche , ne résistant plus à l'esprit novateur de son fils. Les Jésuites étaient mis au ban de l’Europe catholique. Ils avaient été attaqués dans mille libelles, poursuivis par des arrêts, jugés par leurs ennemis, condamnés par des ministres aveugles ou cupides. Tout leur devenait hostile, jusqu’au Pontife romain. Dans ce délaissement universel, ils s’abandonnaient eux-mêmes, lorsque deux monarques du Nord, les deux seuls, dans le dix-huitième siècle, à qui les Encyclopédistes et l’histoire décernent le nom de grands, s’emparërent de cette Société frappée de malédiction. Frédéric Il de Prusse et Catherine de Russie envisagèrent la question sous un autre point de vue que les princes dont le sceptre allait se jouer sur le premier coup de dés d’une révolution. Le Protestant et la Schismatique consentaient bien à recevoir l’encens que les Philosophes brülaient à leurs pieds. [ls escomptaient ces louanges par des munificences et par des pensions; mais, afin de complaire à une secte qui, après avoir tenté d'attaquer le ciel, sapait les trônes de la terre, ils ne voulurent pas engager l'avenir.

Esprit sceptique et railleur, conquérant qui umissait au génie militaire le bon sens pratique, Frédéric avait vu de près et profondément étudié les hommes de son époque. Il n’ignorait pas le dernier mot des sophistes, et il ne lui convenait pas de l'appliquer à ses sujets. Le 7 juillet 1770 il écrivait à Voltaire ! : « Ce bon Cordelier du Vatican me laisse mes chers Jésuites, que l’on persécute partout. J'en conserverai la graine précieuse pour en fournir un jour à ceux qui voudraient cultiver chez eux cette plante si rare. » Ce que Frédéric Il, en correspondance avec Laurent Ricci, Général de l’Institut, se proposait de faire dès l’année 1770, il le réalisa trois ans plus tard.

1 Œuvres de Voltaire, { LxY, p, 408 (Paris, 1784),

Il sentait le besoin de rendre la maison de Brandebourg popu=

-Jaire en Silésie. Cette contrée, nouvellement annexée à so empire, était catholique, et le roi respectait sa croyance. Elle tenait du fond des entrailles à la Société de désus, qui, depuis de longues années, y présidait à l'éducation de la jeunesse. En Pologne, la Société exerçait une légitime influence, et Frédéric n'osait pas briser tant de liens religieux. Il craignait de froisser les masses dans ce qu’elles ont de plus cher : la liberté de la conscience et le droit de la famille. Malgré les supplications de ses favoris de France et de ses convives de Postdam, il résolut, avec l'impératrice Catherine IT, de préserver d'un suprême naufrage les débris de l’Institut.

Cependant, pour ne pas trop désoler d'Alembert, Frédéric lui avait mandé! le 4 décembre 1772 : « J'ai réçu un ambassadeur du Général des Ignaciens, qui me presse de me déclarer ouvertement le protecteur de cet Ordre. Je lui ai répondu que, lorsque Louis XV avait jugé à propos de supprimer le régiment de Fitz-James, je n'avais pas cru devoir intercéder pour ce corps; et que le Pape était bien maître chez lui de faire telle réforme qu'il jugeait à propos, sans que des hérétiqués s’en mélassent. »

Voyons de quelle manière Frédéric tint la promesse implicite que contenait cette lettre, dont les Encyclopédistes répandirent des copies dans toute l'Europe. Aussitôt que le bref Dominus ac Redemptor noster fut connu à la cour de Berlin, le monarque philosophe promulgua le décrét suivant : « Nous, Frédéric, par la grâce de Dieu, roi de Prusse, à tous et un chacun de nos fidèles sujets, salut.

» Quoique vous soyez déjà informés que vous ne pouvez faire circuler aucunes Bulles ou Brefs du Pape sans avoir reçu notre approbation à ce sujet, nous ne doutons nullement que vous ne vous conformiez à cet ordre général, en cas que le Bref du Pape portant suppression de la Compagnie des Jésuites parvienne au tribunal de votre juridiction. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire de vous en rappeler encore le souvenir; et comme, sous la date de Berlin du 6 de ce mois, nous avons réolu, pour

5 Œuvres philosophiques de d’ Alembert, t. XV.

A re

raisons à ce nous mouvant, que cet anéantissement de la Société des Jésuites, expédié depuis peu, ne soit pas publié dans nos Etats, nous vous ordonnons gracieusement de prendre dans votre juridiction les mesures nécessaires pour la suppression de ladite Bulle du Pape; à quelle fin vous ferez en notre nom, dès la réception de la présente, défense expresse, sous peine d’un ri= goureux châtiment, à tous ecclésiastiques de la Religion catholique romaine domiciliés dans votre juridiction de publier ladite Bulle du Pape qui annule la Société de Jésus ; vous enjoignant de tenir soigneusement la main à l'exécution de cette défense, et de nous avertir sur-le-champ au cas où des ecclésiastiques supérieurs étrangers s’avisassent de glisser dans ce pays des Bulles de cette nature.»

Clément XIV n'avait aucun moyen de vaincre cette prévoyance monarchique. Là où les Philosophes échouaient, l'intervention du Pape devait rester sans effet. Frédéric, Luthérien, s’opposat

dans ses Etats à la destruction des Jésuites ; il fallait donc les y laisser vivre. Le roi de Prusse ne s'était pas contenté d’un acte officiel ; il avait écrit à l'abbé Columbini, son agent à Rome, une dépêche autographe par laquelle il le prévenait de ses intentions. La dépêche, datée de Postdam le 43 septembre 1775, est ainsi conçue : « Abbé Columbini, vous direz à qui voudra l'entendre, pourtant sans air d'ostentation ni d'affectation, et même vous chercherez l’occasion de le dire naturellement au Pape et au premier ministre, que, touchant l'affaire des Jésuites, ma résolution est prise de les conserver dans mes Etats tels qu’ils l'ont été jusqu'ici. J'ai garanti au traité de Breslan le s{atu quo de la Religion catholique, et je n’ai jamais trouvé de meilleurs prêtres à tous égards. Vous ajouterez que, puisque j'appartiens à la classe des hérétiques, le Pape ne peut pas me dispenser de l'obligation de tenir ma parole ni du devoir d'un honnête homme et d'un roi. »

Cette lettre,-qui est tout à la fois un outrage , un défi et une grande leçon adressés à Clément XIV, produisit dans la ville de Rome un effet extraordinaire. D'Alembert fut chargé d’amorlir le coup que les mesures prises par Frédéric portaient aux espérances des ennemis de la Religion. Le 10 décembre

we 4

PE

1773, il ne lui dissimula pas « que la Philosophie avait été un moment alarmée de voir Sa Majesté conserver cette graine. » Il lui fit entrevoir qu'un jour il se repentirait peut-être d’avoir donné asile aux gardes prétoriennes jésuitiques que le Pape, avouait-il, a eu la maladresse de licencier. Il lui rappela que, dans la guerre de Silésie, les Pères, qui n'étaient pas encore sujets de la Prusse , avaient été hostiles à ses armes, c’est-à-dire fidèles à leur gouvernement.

Le 7 janvier 1714, Frédéric répondit ! : « Vous pouvez être sans crainte pour ma personne; Je n'ai rien à craindre des Jésuites : le cordelier Ganganelli leur a rogné les griffes , il vient de leur arracher les dents mâchelières et les a mis dans un état où ils ne peuvent ni égratigner ni mordre, mais bien instruire la jeunesse , de quoi ils sont plus capables que toute la masse. Ces gens, il est vrai, ont tergiversé dans la dernière guerre ; mais réfléchissez à la nature de la clémence. On ne peut exercer cette admirable vertu à moins que d'avoir été offensé; et vous , philosophe, vous ne me reprochez pas que je traite les hommes avec bonté, et que j'exerce l'humanité indifféremment envers tous ceux de mon espèce , de quelque religion et de quelque société qu'ils soient. Croyez-moi, pratiquez la philosophie et métaphysiquons moins. Les bonnes actions sont plus avantageuses au public que les systèmes les plus subtils et les plus déliés de découvertes dans lesquelles, pour l'ordinaire, notre esprit s'égare sans saisir la vérité. Je ne suis cependant pas le seul qui ait conservé les Jésuites : les Anglais et l’impératrice de Russie en ont fait autant. »

Dans cette correspondance si pleme de curieux enseignements , le roi conservateur l'emporte toujours sur le philosophe destructeur, Frédéric veut que les Prussiens reçoivent une bonne, une libérale instruction ; d’Alembert sacrifie l’avenir du peuple à l’égoisme d'une haine dont les puérilités ont quelque chose de profondément calculé. Quand Frédéric l’a rassuré sur son existence, que les Jésuites songent peu à compromettre, l'Encyclopédiste fait valoir d’autres terreurs. Il redoute que les princes, encouragés par le roi de Prusse, ne se déterminent à

! Œuvres philosophiques de d' Alembert, &, xvut,

solliciter de lui quelques Jésuites : et, le 15 mai 1774, le monarque écrit ! : « Tant de fiel entre-t-il dans l’âme d'un vrai sage ? diraient les pauvres Jésuites, s'ils apprenaient comment , dans votre lettre, vous vous exprimez sur leur sujet. (Je ne les ai point protégés tant qu'ils ont été puissants); dans leur malheur, je ne vois en eux que des gens de lettres qu'on aurait bien de la peine à remplacer pour l'éducation de la jeunesse. C'est cet objet précieux qui me les rend nécessaires, puisque, de tout le Clergé catholique du pays, il n'y a qu'eux qui s'appliquent aux lettres. Ainsi n'aura pas de moi un dJésuite qui voudra, étant très-intéressé à les conserver. »

Deux mois et demi plus tard, le 28 juillet, Frédéric mande encore à d'Alembert : « Ils n’ont point usé dü coutelet dans ces provinces où je les protége; ils se sont bornés , dans leurs colléges, aux humanités qu’ils ont enseignées ; serait-ce une raison pour les persécuter? M’accusera-t-on pour n'avoir pas exterminé une société de gens de lettres , parce que quelques individus (en supposant le fait vrai) de cette Compagnie ont commis des attentats à deux cents lieues de mon pays ? Les lois établissent la punition des coupables , mais elles condamnent en même temps cet acharnement atroce et aveugle qui confond dans ses vengeances les criminels et les innocents. Accusez-moi de trop de tolérance, je me glorifierai de ce défaut ; il serait à souhaiter qu'on ne püt reprocher que de telles fautes aux souverains. »

À quelques années d'intervalle, le 18 novembre 1777, le Salomon du Nord, ainsi que les Philosophes l'avaient surnommé, donne à Voltaire une lecon de reconnaissance. À ce vieillard qui va mourir et qui, un pied dans le tombeau, blasphème encore, Frédéric rappelle des pensées de jeunesse et le Collége de Louis-le-Grand, où il fut élevé. « Souvenez-vous, lui mande-t-il ?, du Père Tournemine, votre nourrice (vous avez sucé chez lui le doux lait des Muses), et réconciliez-vous avec un Ordre qui a porté et qui , le siècle passé, a fourni à la France des hommes du plus grand mérite. » |

Les agents de Clément XIV, les ambassadeurs des Bourbons,

1 Œuvres philosophiques de d’ Alembert, Correspondance, t. xvIL. 2 Œuvres complètes de Voltaire, t. XLNVI, p. 302.

ne réussissaient pas mieux auprès de Frédéric que les Philosophes eux-mêmes ; le Pape espéra qu'il serait plus heureux en intimidant les Evêques de Prusse. Il enjoignit par son chargé d’affaires à Varsovie de suspendre tous les Jésuites des fonctions sacerdotales et de leur interdire jusqu'à l’enseignement. Le Nonce apostolique informa en même temps le roi que cette mesure cesserait aussitôt que la publication du bref aurait donné force de chose jugée à la suppression de l'Institut. La même demande était faite à Catherine : elle obtint la même réponse des deux souverains. Ils virent dans cette proposition un moyen détourné pour dissoudre les colléges placés sous leurs auspices : ils refusèrent nettement de favoriser un pareil projet. Les Evéques se retranchèrent derrière l'immuable volonté de Frédéric ; et celui de Culm, encore plus hardi que les autres, se mit en rapport direct avec le Père Orloski, supérieur des Jésuites prussiens. Ce prélat, qui se nommait Bayer, leur confia la direction de son séminaire ; puis, sur ces entrefaites, Frédéric et le Pére Orloski prirent une grave détermination. Le roi fit un appel public à tous les Jésuites. Le Pape les avait dispersés ; lui, prince hérétique, les invite à se réunir et à vivre dans ses Etats selon la règle de saint Ignace. Une pension de 700 florins est allouée à chaque Père. Le nouveau Pontife, Pie VI, voyait avec une joie secrète les événements préparer, sans le concours du Saint-Siége, une réhabilitation qui était dans son cœur. A cette même époque, le 27 septembre 1775, le roi, pour vaincre les irrésolutions de quelques-uns voulant toujours se soumettre sans condition au bref de Clément XIV, adresse le rescrit suivant au recteur du collége de Breslau : « Vénérable, cher et fidèle Père, le nouveau Pontife ayant déclaré qu'il me laissait le choix des moyens que je croirais être les plus convenables pour la conservation des Jésuites dans mes Etats, et quil n'y mettrait aucun obstacle par déclaration d'irrégularité ; en conséquence, J'ai enjoint à mes Evêques de laisser votre Institut #n statu quo, et de ne point gêner dans leurs fonctions aucun de ses individus, ni de refuser à l’ordination ceux qui s’y présenteraient. Vous vous conformerez donc à cet avis, et vous en informerez vos confrères. »

Frédéric bravait publiquement l'autorité de Pie VI; mais cet outrage, convenu d'avance entre eux, laissait le Pape tout-àfait insensible. Il fallait endormir la cour d'Espagne, ou lui prouver que le Saint-Siège n'avait aucun moyen coercitif contre le roi de Prusse. Florida-Blanca était alors premier ministre à Madrid; il se plaint avec amertume d’une résurrection qui désole son maître. Le Pape communique ces doléances au roi de Prusse. Celui-ci déclare qu'il permet aux Jésuites de changer d'habit pour mieux conserver leur Institut, mais que sa volonté souveraine est de sauvegarder l'intégrité de l'Ordre.

Pie VI s'avouait impuissant à mieux faire. Florida-Blanca et Tanucci rongeaient leur frem , quand la mort de Bayer, Evêque de Culm, mit un terme aux espérances de la Compagnie de Jésus. Hohenzotten, qui lui succédait sur ce siége, était issu de la maison de Brandebourg. Il avait pendant longtemps soutenu les Jésuites ; néanmoins à peine est-il installé qu'il conseille au roi de garder les Pères, mais en les sécularisant. C'était leur accorder une existence limitée; car sans noviciat il devenait impossible de se recruter. Cependant , jusqu'à la mort de Frédéric IT, en 1786 , ils continuêrent à vivre en communauté. Le nouveau roi leur ayant retiré les revenus des colléges et des maisons , ils furent forcés de se séparer. Les uns , en attendant des jours plus heureux , se sécularisérent; les autres prirent la route de Russie.

Frédéric Il ne les avait pas constitués d’une manière stable ; l'impératrice de Russie organisa mieux ses plans. Ce fut véritablement sous son égide que les Jésuites purent se rallier et se propager à l'abri des tempêtes. Le 14 octobre 1772 Catherine prenait possession de la partie polonaise située à l’est de la Divina et du Dniéper. Ge pays se nomme la Russie-Blanche. La Compagnie de Jésus tenait depuis longtemps quatre Colléges à Polotsk, à Vitepsk , à Orcha et à Dunabourg, deux Résidences à Mohilow et à Mscislaw, et quatorze Missions. Deux cents Jésuites, répandus dans ces provinces, y formaient l'enfance aux belleslettres et à la piété, l’âge mûr à tous les devoirs sociaux. L'allance entre la Pologne et l'Institut de Loyola avait duré autant

que-leur vie : la République des Jagellons et la Compagnie succombaient à la même heure. Mais Catherine, en souveraine prévoyante et juste, ne voulut pas laisser un droit de plainte aux nouveaux sujets que le traité de partage lui donnait. Elle garantit à tous le libre exercice de leur Religion , et elle annonça qui rien ne serait innové dans le système d'éducation.

Polonais la veille, les Jésuites se trouvaient Russes le lendemain. Ils aimaient leur patrie de tout l'amour qu'un fils porte à sa mère malheureuse ; ils. déploraient la perte de leur nationalité. Ces considérations, quelque puissantes qu'elles fussent sur leurs cœurs ne les empêchérent pas de remplir jusqu’au bout le devoir chrétien qui leur était imposé par leurs statuts. La Czarine avait compris que, si les Pères ne refusaient pas de lui prêter serment de fidélité, le Clergé, la noblesse et le peuple suivraient inévitablement cet exemple. Les Jésuites furent les premiers appelés à ce grand acte : ils s'y soumirent sans restriction. Le. Père Stanislas Czerniewiez, recteur du Collége de Polotsk, était le conseil des Catholiques. On le députa pour offrir à l’Impératrice l'hommage du Clergé latin, et avec les Pères Gabriel Lenkiewiez et Joseph Kutenbry il parut devant Catherine. En 1721 Pierre-le-Grand avait, par un ukase, chassé à tout jamais de l'empire russe les prêtres de la Compagnie de Jésus. Ils se trouvaient sous le même coup de proscription dans la plupart des royaumes catholiques ; le Pape lui-même allait les supprimer. On fit valoir auprès de l’Impératrice les motifs qui militaient pour ou contre leur conservation.

Cette princesse, qui portait au plus haut degré l'instinct du pouvoir et la puissance d'organisation, était plus réservée, plus grande dans la vie publique que dans la vie privée. Elle annonça qu'elle dérogeait aux lois rendues par le czar Pierre Le", et que, aprés avoir mürement examiné la question, elle maintenait les Jésuites, sans avoir à s'inquiéter de ce que les autres souverains fusaient dans leurs Etats respectifs. Sur ces entrefaites, le bref Dominus ac Redemptor est connu en Russie. Les Pères savent les bonnes dispositions de la Czarine : ils n’ignorent pas que, comme le roi de Prusse, elle repoussera ce décret, qui la place en contradiction avec ses promesses, Forte de sa croyance

394 CHAP. Vil. — HISTOIRE

schismatique, elle n'accordait aucune autorité religieuse aux décisions de la cour de Rome; elle pouvait les braver impunément; mais il n’en était pas ainsi des Jésuites. Ils désirent vivre, et cependant ils doivent demander à mourir, afin d’être toujours enfants d'obéissance. Le 29 novembre 1773 ils adressent à Catherine la lettre suivante : « Sacrée Majesté impériale, lui écrivaient-ils en polonais, nous sommes redevables à Votre Majesté de pouvoir professer publiquement la Religion catholique romaine dans vos glorieux Etats, et de dépendre publiquement, dans les choses spirituelles, de l'autorité du Souverain- Pontife, qui en est le chef visible. C’est cela même qui nous encourage, moi et tous les Jésuites du rite romain, très-fidéles sujets de Votre Majesté, à nous prosterner devant votre trèsauguste trône impérial, et, par tout ce qu'il y a de plus sacré, nous supplions Votre Majesté de permettre que nous rendions une publique et prompte obéissance à notre juridiction, qui réside dans la personne du Souverain-Pontife romain, et d'exécuter les ordres qu’il nous a envoyés de l'abolition portée contre notre Compagnie. Votre Majesté, en condescendant que se fasse l’intimation du bref d’abolition, exercera son autorité royale; et nous, en obéissant avec promptitude, nous nous montrerons fidèles autant à Votre Majesté, qui en aura permis l'exécution, qu’à l'autorité du Souverain-Pontife, qui nous l’a prescrit. Tels sont les sentiments et les prières que tous les Jésuites et chacun d’eux offrent et.présentent par mon organe à Votre Majesté, de laquelle j'ai l'honneur d'être, avec la plus profonde vénération et la soumission la plus respectueuse, sacrée Majesté césaréenne, le trés-humble, très-dévoué et très-fidèle

sujet.

» STANISLAS CZERNIEWICZ. »

Cette adhésion au bref, dont les Jésuites de Russie ne discutaient même pas l'illégalité canonique‘, soulevait en France une grave question. Ils la tranchèrent à leur préjudice, mais

1 Le bref n’avait pas été, nous l'avons dit, affiché au Champ de Flore, à Saint- Pierre et dans les lieux accoutumés. Dépourvu de force obligatoire par Clément XIV lui-même, dont les prévisions n’élaient pas sans portée, il ouvrait donc aux Jésuites une voie d'appel ou de résistance, devant loquelle ils firens bien de reculer.

Catherine ne tint aucun compte de cette soumission. Elle répondit au Provincial, Casimir Sobolewski : « Vous et tous les autres Jésuites devez obéir au Pape dans les choses qui appartiennent au dogme ; dans le reste, vous devez obéir à vos souverains. Je m'aperçois que vous êtes scrupuleux. de ferai écrire à mon ambassadeur à Varsovie, afin qu'il s'entende avec le Nonce du Pape, et qu'il vous ôte ce serupule. Je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde. »

Ce que l'Impératrice promettait de solliciter, elle le demanda, elle l’obtint du Pape Clément XIV lui-même. Le 7 juin 1774, quelques mois avant sa mort, il adressa au prince Evêque de Warmie un rescrit® par lequel il autorisait les Jésuites de Prusse et de Russie à demeurer in statu quo jusqu'à décision nouvelle. Ce rescrit calmait les inquiétudes des Pères, il mettait un terme aux appréhensions des Catholiques, redoutant de voir les Jésuites se poser en agresseurs du Saint-Siége. Les alarmes avaient été poussées si loin que Félix Towianski, ancien Cordelier et disciple de Ganganelli, devenu suffragant de l'évêché de Vilna, écrivit contre les enfants de Loyola, et dénonça leur insubordination. Towianski était un homme dont la vertu se plaçait à la hauteur de la science. Il avait refusé de se soumettre à Catherine. Il se croyait donc obligé, par patriotisme et par ses fonctions épiscopales, de combattre les hésitations qu'il remarquait dans l'attitude des Pères. Quelques-uns même d’entre eux, s’exagérant l’ambiguité de leur situation, se retiraient de l’Institut afin de ne pas avoir à braver l’autorité pontificale, que Towianski affirmait être en cause. Dans ce moment parut le rescrit de Clément XIV, et Stanislas Siestrzencewicz, Evêque

1 Ce rescrit a été mis en doute, et Garampi, Nonce du Pape à Varsovie, a {oujours affirmé qu’il ne lui avait pas été adressé. D’un autre côté, il se trouve en copies authentiques dans les archives ecclésiastiques de Warmie, de Polotsk, de Varsovie et de Saint-Pétersbourg. Catherine 1] en fait mention dans une dépêche à son ambassadeur à Madrid, et elle mande à son ministre à Rome de protester contre la lémérité de ceux qui osent nier une dépêche reçue par elle. Tout porte à croire que Clément XIV, qui agissait souvent en dehors de ses ministres et de ses ambassadeurs, a caché à Garampi, par crainte de l'Espagne, cet acte, qui lui permeltait de conserver la Société de Jésus pour des temps meilleurs, et qu’il l’a fait passer, cachelé, par les mains de son Nonce, pour arriver ainsi directement à l’'Evèque de Warmie. Le rescrit fut publié partout; le Pape et la cour de Rome pe s’inscrivirent pas en faux. Ce ne fut que longtemps après que l’on émit des doutes sur sa réalité; mais alors il n’était plus possible d’en contester les effets,

de Mohilow, recut juridiction sur tous les Catholiques de la Russie. L’ukase qui lui conférait cette plénitude d'autorité ga rantissait l'entière liberté du culte catholique et les droits des Ordres religieux, principalement de l’Institut de saint Ignace.

La position était difficile. Les Jésuites espérèrent qu'avec un nouveau Pape il leur serait permis de la régulariser. Le 25 octobre 4715 ils adressèrent au cardinal Rezzonico, secrétaire des Mémoriaux, une lettre qu'ils écrivaient à Pie VI. Ils lui exposaient ce qui s'était passé, ils le suppliaient de juger leur conduite et de les guider dans le labyrinthe où ils se voyaient engagés. Le 18 janvier 1776 le cardinal répondit au Provincial par ce peu de mots : « Precum tuarum, ut auguro et exoptas, felix exitus. » Leurs prières devaient avoir un heureux succés. Les Jésuites comprirent que Rezzonico ne se serait pas autant avancé s'il n’eût sondé le fond de la pensée du Pontife. Ils ne doutèrent plus de l'intérêt qu’il leur portait, et ils reçurent parmi eux les Péres de Pologne qui, après s'être sécularisés, aspiraient à rentrer dans la Compagnie. Le comte Czernitcheff, gouverneur-général de la Russie-Blanche, les aimait, Catherine pourvoyait généreusement à leurs besoins, elle les encourageait à se multiplier ; mais des obstacles de toute nature paraissaient s'opposer à ce vœu. Le Père Czerniewicz, Provincial, avouait son impuissance. L'Institut n'avait qu'une condition viagère; et, tant que la faculté d'établir un Noviciat ne leur serait pas accordée, ils devaient se résigner à porter eux-mêmes le deuil de leur Société. Faute de jeunes gens, ils étaient réduits à abandonner cinq Missions en Livonie. Ils sentaient crouler sous leurs pieds l'édifice relevé avec tant de peines. Un Noviciat pouvait seul les préserver de la mort : 1ls priérent le gouverneur-général d’en faire la demande à Catherine. L'Impératrice y répondit en commandant à l'Evêque de Mohilow de solliciter à Rome l'autorisation nécessaire, et elle ordonna de jeter sans délai les fondements de la maison qu'elle destinait à cette œuvre.

Cependant le 15 avril 1778 la Congrégation de la Propagande transmettait à Siestrzencewicz un décret pontifical l'mvestissant de pouvoirs illimités. Il devait durant trois années exercer sur

les Réguliers toute espèce de juridiction, examiner, changer, modifier leurs Constitutions, et même renouveler ou créer. Catherine avait, au nom des Jésuites, demandé l'établissement d'un Noviciat, Rome répondait en accordant une faculté sans réserve à un prélat, et le Saint-Siége semblait se décharger sur lui de toutes les responsabilités. Ce décret, que Pie VI s'était laissé arracher par l'Espagne, était la vie ou la mort pour les Jésuites. Tout dépendait de la manière de l’interpréter; et, quand le cardinal Castelhi le contresigna, il ne put s'empêcher . de dire : « Cet acte est dirigé contre la Société de Jésus, mais il pourrait bien la sauver. »

Rédigé à double sens, 1l accordait à l'Evêque de Mohilow toute liberté d'initiative. Le Pape n'avait pas voulu se compromettre ostensiblement avec les princes de la maison de Bourbon; mais, ne doutant point des intentions de l'impératrice de Russie, il se reposait sur elle du soin d’inspirer au prélat ce qu'il aurait souhaité d’être en situation d'accomplir lui-même à Rome. Siestrzencewiez était revêtu des pouvoirs de légat apostolique, il en usa, et le 30 juin 1779 il publia ce mandement :

« Le Pape Clément XIV, de célèbre mémoire, pour condescendre aux désirs de la très-auguste Impératrice des Russes, notre très-clémente Souveraine, ne pressa point dans les do= maines de son empire l'exécution de la bulle Dominus ac Redemptor noster. Notre Saint-Père le Pape Pie VI, heureusement régnant, montre la même déférence aux désirs de Sa Majesté impériale en retirant toute opposition à ce que les Clercs réguliers de la Compagnie de Jésus conservent, nonobstant ladite bulle, leur profession, leur habit et leur nom dans les Etats de Sa Majesté. De plus, la très-auguste Impératrice, à qui nous avons tant d'obligations, nous et les nombreuses églises catholiques établies dans ses vastes Etats, nous ayant recommandé de vive voix et par écrit de favoriser de tout notre pou voir lesdits Clercs Réguliers de la Société de Jésus, et de pourvoir à la conservation de leur Institut, nous nous empressons de remplir un devoir si doux, et pour lequel nous nous reprocherions d'épargner nos soins. Jusqu'à ce jour, ils n'avaient point eu de Noviciat dans ces contrées, en sorte que, leur nom-

bre diminuant peu à peu, il est évident qu'ils ne pourraient plus exercer leur utile ministère. C’est ce qui nous à fait penser à leur accorder la permission de recevoir des Novices.

» A cette fin, après avoir offert le saint Sacrifice en l'honneur des saints Abôtres Pierre et Paul, dont on célébrait hier la fête, après avoir imploré la lumière d’en haut par leur intercession, et pris conseil de nos Chanoines de la Russie-Blanche convoqués en chapitre, nous avons lu et relu le décret de notre Très= Saint-Pére le Pape Pie VI, donné le 9 août 1778, promulgué dans toute sa plénitude et sans restriction aucune, avec le consentement de la Trés-Auguste Impératrice notre souveraine, le 2 mars de l’année courante, et dont voici la teneur : « Dans » l'audience du 9 août 1778, Notre Très-Saint-Père le Pape » Pie VI, sur le rapport du soussigné, secrétaire de Ia Sacrée » Congrégation de la Propagande ; pour conserver et maintenir » l'Observance régulière dans les lieux soumis à l'Empire Mos- » covitée, à bien voulu conférer pour trois ans au révérendis- » sime seigneur Stanislas Siestrzencewiez, Evêque de Mohilow » dans la Russie-Blanche, la juridiction ordinaire sur les Reli: » gieux existants dans les provinces confiées à son administra- » tion, de sorte qu'en vertu de cette concession pontificale, il » a droit de visiter et inspecter, avec l'autorité apostolique, par » lui-même ou par délégués probes et capables, toutes les fois » que bon lui semblera, selon les saints canons et décrets du » Concile de Trente, monastères réguliers, tant d'hommes que » de femmes, prieurés, maisons de tout Ordre, même mendiants, hôpitaux, même exempts et soumis immédiatement au Siége apostolique, où alléguant autres priviléges quelcon- » ques, chapitres, couvents, universités, colléges et personnes ; » de faire diligentes enquêtes sur leur état, forme, règles, » institut, gouvernement, coutumes, vie, mœurs, discipline, » en général comme en particulier, dans les chefs comme dans » les membres, lui octroyant faculté toutes les fois que, d'après » la doctrine apostolique, les saints canons, décrets des Conciles » généraux, traditions et institutions des Saints Pères, compa- » rés avec les circonstances et la nature des choses, il s’aper- » cevra que quelque part il est besoin de changement, correc-

La

»tion, révocation, renouvellement, où mêiné d'institution » nouvelle, de réformer, changer, corrige, instituer de nou- » veau, et ce qu'il aura institué selon les fants canons et dé- » crets du Concile de Trente, de le confirmer, promulguer, » faire exécuter; d’extirper tous abus, de rétablir et réintégrer » par moyens convenables les règles, constitutions, observances » et disciplines ecclésiastiques, partout où elles auraient déchu ; » de requérir rigoureusement et d'employer action coercitive » contre les Religieux mal vivants, relâchés, infidéles à leur » institut où coupables de toute autre faute, même exempts et > privilégiés; de les corriger, châtier, rappeler à une conduite » honnête, selon les règles de la justice et de la saine raison; » et tout ce qu'il aura statué, qu'il ait soin de le faire observer » comme émané du Siége apostolique, nonobstant toutes dis- » positions à ce contraires.

» Signé, ETIENNE BorGiA , » Secrétaire de la Sacrée Congrégation » de la Propagande. »

» En vertu donc de cette juridiction ordinaire et de ce pouvoir à nous conféré sur tous les Religieux de l'empire russe, et par conséquent aussi sur les Clercs de la Compagnie de Jésus, mu à ce par motifs très-graves, nous accordons auxdits Clercs Réguliers de la Compagnie de Jésus la permission d'établir un Noviciat et de recevoir des Novices dans leur Société, et leur octroyons notre bénédiction pastorale. Afin que cet acte parvienne à la connaissance de tous ceux qui composent notre troupeau, nous ordonnons que notre présente lettre soit lue les trois premiers dimanches consécutifs du mois aux fidèles assemblés, exposée succinctement en langue vulgaire, et affichée à la porte des églises, avec injonction à tous les recteurs d'en accuser réception. Donné à Mohilow sur le Borysthène, au lieu de notre

résidence ordinaire, le lendemain de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, l'an 1779.

» STANISLAS, Evêque. »

C'était le renversement de toutes les idées reçues à la cour d'Espagne, dans les Parlements de France et à Rome. La Com-

LOT es

Page 1