‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus composée sur les documents inédits et authentiques (volume 3)Chapitre 17 sur 22 · UE · texte numérisé non relu

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pagnie de Jésus renaissait sous l’acte destiné à l’éteindre: elle revivait par l'interprétation même de cet acte. Le Nonce Archetti avait, de Varsovie, conseillé ces mesures, comme le plus infaillible moyen de faire exécuter en Russie le bref de Clément XIV. Il se plaignit vivement au comte de Stackelberg; il lui demanda en vertu de quelle autorité l’Evêque de Mohilow anéantissait ainsi un décret émané du Saint-Siége. Stackelberg déclara qu'il allait en référer à sa cour, et, le 10 octobre, il communiqua au plénipotentiaire apostolique la note suivante dictée par Catherine elle-même : « La conduite pleine de bonté que Sa Majesté a constamment tenue envers les Catholiques de son empire, spécialement depuis la prise de possession de la Russie-Blanche, a dû convaincre le Saint-Père de sa bienveillance pour le siége de Rome. En effet, quoique la prise de possession de ce pays dût amener un nouvel ordre de choses dans le spirituel et dans le temporel, l’Impératrice a néanmoins voulu que les Catholiques continuassent à jouir de leurs droits et à suivre leurs lois en matière de religion sans le momdre changement, afin qu'ils n’eussent point à se plaindre d’être passés sous une autre domination. Elle ordonna donc de ne pas toucher aux droits et aux priviléges des Prêtres et des Religieux, elle fit la promesse solennelle de les conserver. Sa Majesté l’observe fidèlement envers tous les autres, pourquoi excepteraitelle les Jésuites, qui, non contents d’être des sujets dévoués, se rendent encore utiles en donnant à la jeunesse une bonne éducation, objet si cher au cœur de Catherine Il, si utile aux hommes et en même temps si difficile dans la Russie-Blanche, à cause de la rareté des professeurs? Comment donc l’Impératrice aurait-elle pu s’exposer au reproche de manquer à sa parole, ou permettre qu'une de ses provinces fût privée de ce bienfait si nécessaire en condamnant à l'exil ou en dépouillant seulement de leur état des personnes qui n’ont commis aucune

faute nouvelle, et en poursuivant ses fidèles sujets de la Russie-

Blanche par l'abolition d’un Institut qui leur est si avantageux ? D'ailleurs, comment dire qu’elle attaque l'honneur du siége de Rome en maintenant les hommes les plus propres à défendre la Religion catholique?

» Tels sont les motifs qui ont déterminé la profonde sagesse de l'auguste Czarme à s'éloigner de la pensée des autres pays. Elle espère que sa déclaration sera regardée par le Souverain- Pontife comme une preuve de son amitié impériale, d'autant qu'elle n’a pas l'habitude de rendre raison à personne des résolutions qu'elle prend dans son gouvernement. L’Impératrice se flatte qu'on n'en voudra pas à l’Evêque de Mohilow pour avoir entrepris une chose avantageuse à ses peuples, honorable au nom catholique, par conséquent au Saint-Siége, et qu'il savait être en même temps très-agréable à la Czarine. »

À ce document impérial, le comte de Stackelberg ajoute de nouvelles considérations. Le cardinal Pallavicini, secrétaire d'Etat de Pie VI, et tout dévoué à l'Espagne, réclame diplomatiquement contre l'usage que l'Evêque de la Russie-Blanche a fait de l'autorité qui lui était confiée. Stackelberg répond au ministre romain par l'entremise d’Archetti : « Nous n'avons que le bien de la chose en elle-même à juger. Or, en la considérant sans aucune prévention, Votre Excellence sentira aussi bien que moi quels avantages les Catholiques de la Russie- Blanche peuvent retirer d’un établissement qui seul doit procurer une éducation raisonnable et dissiper les ténèbres que la superstition à répandues sur le culte du peuple et d’une partie du Clergé. Par sa place ici, par sa dignité dans l'Eglise et ses lumières, Votre Excellence appréciera bien mieux que mot l’étendue du mal qui en résulte pour la Religion. Le seul moyen d'y remédier efficacement et constamment était de confier l'éducation de la jeunesse à un corps pieux, éclairé et permanent. Par quels encouragements et quelles récompenses pourrionsrous espérer d'attirer dans la Russie-Blanche un nombre suffi sant d'hommes instruits pour remplir des vues aussi sages ? Il n’y avait qu'une résolution comme celle de l'expulsion des désuites du Midi de la Chrétienté pour opérer dans le Nord le reflux heureux de ces hommes voués par état à la culture des sciences et des lettres. Ainsi, les recueillir et leur offrir une patrie en dédommagement de celle qui les rejette, rassembler en même temps les membres épars de la Société qui se sont Houvés chez nous, et ne perpétuer leur association qu'en vue

de l'instruction publique, comme le déclare expressément ma cour, me paraît un acte de sagesse autant que d'humanité, et nullement une infraction dans le système hiérarchique et spirituel de la cour de Rome. »

Ïl n'y a point ici à discuter avec les faits. Si le Pape n'eût pas tacitement encouragé les Jésuites à se reconstituer par le Noviciat, il n'avait qu'à dire un mot, et ils auraient obéi malgré Catherine IT. Ils se seraient volontairement dispersés, ou, en continuant, sous l'égide de l'Impératrice, à élever la jeunesse, ils n'auraient pas du moins songé à ressusciter l'œuvre de saint Ignace. Il en fut autrement. L'acte de l'Evèque de Mohilow compromettait les relations de la cour de Rome avec les puissances, qui avaient tant fait pour la destruction des Jésuites; et Pie VI, au lieu de parler du haut de la chaire apostolique, se contenta de laisser au cardinal Pallavieini le droit inutile de protester par des notes diplomatiques. Le ministre le fit avec aigreur ; il déclara que le mandement du légat était en dehors des intentions du Pape : il représenta cet acte comme le fruit de la mauvaise foi et d'une indigne supercherie. Cependant, personne ne se laissa tromper par ce langage; chacun comprit en effet qu'il n'y avait rien de plus aisé que de trancher cette difficulté. Pie VI ne la résolvait pas ; il se portait médiateur entre les deux partis : 1l fallait donc que le Pape vit un grand intérêt catholique dans cette résurrection qu'il lui était interdit de favoriser ouvertement, mais qu'il autorisait de tous ses vœux secrets {.

1 En 4780, lorsque l’empereur Joseph 11 visita l’impératrice Catherine dans son célèbre voyage de Crimée, il était accompagné d’un ancien Jésuile hongrois, nommé François-Xavier Kalatai. Joseph II l’avait pris en affection; il voyageait avec lui, et, dans une de ses lettres, Kalalai raconte ce qu’il a vu et enterdu : « À Mohilow, dit-il, et au fond de toutes les provinces dernièrement démembrées de la Pologne, les Jésuites existent encore sur l’ancien pied ; ils sont puissamment protégés par l’Impératrice, à cause de leurs talents pour l’éducation de la jeunesse catholique dans la science et dans la piété. Je demandai à saluer le Provincial, quand nous allàmes voir le collége. C’est un homme vérilablemeut vénérable. Je l'interrogeai, lui et ses inférieurs, afin de savoir sur quoi ils se basaient pour refuser de se soumettre au bref de suppression. 11 me répondit : « Clementissima Imperatrice nostra protegente, populo derelicto exigente, Roma s-iente et non contradicente. » Alors ilme montra une leltre du Pape réguant, dans laquelle le Pontife les console, les exhorte à persévérer dans l’état où ils sont jusqu’à nouveaux arrangements. 11 les engage à recevoir des Novices et à admettre les Jésuites des autres Provinces qui désireraient se réunir à eux pour reprendre ce

L’Evèque de Mohilow, la Czarine et le Pape étaient soupçonnés de jouer double jeu dans l'intérêt de l'Eglise. Pie VI fit offrir au roi d'Espagne toute espèce de satisfaction; mais, sous prétexte de ne pas indisposer l'Impératrice contre les Catholiques russes, il savait se résoudre à avoir l'air de subir une contrainte morale, et il laissa les Jésuites se propager. Le 2 février 1780, jour de la Purification, l'habit de la Compagnie fut solennellement donné à quelques Novices. C'était l'investiture de Ja Société. Au mois de mai, Catherine vint à Mohilow pour recevoir Joseph Il, elle s'arrêta à Polotsk afin de donner aux Jésuites un témoignage de satisfaction. Ils lui devaient plus que la vie; ils la reçurent en souveraine et en bienfaitrice. Elle examina en détail ce Collége si brillant, dont le prince Potemkin lui faisait les honneurs avec le Père Czerniewiez. Elle demanda que les Novices lui fussent présentés comme les rejetons de l’Institut mis sous sa protection. L'Impératrice avait visité les Jésuites ; l'année suivante, le grand-due Paul, à son tour, les honora de sa présence. Au fond de toutes ces démonstrations, il y avait chez Catherine un sentiment d'équité religieuse, de devoir monarchique et de prévoyance politique. Cette princesse , qui savait soumettre ses plaisirs et ses passions à la raison d'Etat, ne se déguisait pas que la force était impuissante à convaincre, et que l'éducation ferait plus de conquêtes que les armées les mieux disciplinées. Elle avait au plus haut degré l'instinct de l’autorité; elle en combmait, elle en faisait jouer admirablement les ressorts. Dans un siècle où la plupart des rois s’amoindrissaient au contact des Philosophes, elle sut leur distribuer ses éloges ou ses faveurs pécuniaires, tout en les tenant à distance et en se faisant d'eux un piédestal. Catherine était réellement une femme exceptionnelle. Ses crimes et ses vices, comme ceux de Pierre le Grand, s'ef-

doux joug de Jésus-Christ, qu’on leur avait violemment arraché, Le Provincial ajouta que tous les Jésuites russes étaient prêts à tout abandonner au premier signe authentique de la volonté du Pape, qu’ils n’attendaient qu’une signification canonique. Voilà le véritable esprit de la Compagnie de Jésus, conservé en sa première vigueur dans ses faibles restes. »

Ainsi un Jésuite sécularisé, devenu favori d’un des princes qui ont détruit l’Institut, s'étonne que ses anciens frères vivent encore, et, en constatant leur existence il affirme qu'ils sont prêts à Pobéissance la plus aveugle,

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faceront sous la main du temps. L'histoire les expliquera par ce vieux levain de barbarie qui n'avait pas encore disparu des mœurs russes pour faire place à l'esprit de famille; mais en même temps l'histoire grandira l’Impératrice qui a préparé l’avénement des Romanoff dans les affaires de l’Europe, et qui leur a tracé le plan dont ses héritiers n’ont jamais dévié.

Catherine avait mille sujets d'occupation : elle recevait les hommages des Philosophes français et de l'empereur d’Allemagne; elle composait un Code pour son empire ; elle régnait, elle gouvernait tout en se mêlant aux spirituelles causeries des Ségur, des Cobenzl et des prince de Ligne. Elle traçait à Potemkin et à Souwarow leurs plans de campagne; elle créait des palais d'or et de marbre; elle ressuscitait dans le Nord la Sémiramis antique ; et, par un singulier contracte, cette femme, dont l'âge n'amortissait aucune des passions, s’occupait avec une rare persévérance de quelques pauvres prêtres que l'Europe catholique avait proscrits. La question des Jésuites était à ses yeux une question vitale. Tout ce qui s’y rattachait était pour elle de la plus haute importance, car il s'agissait de l'éducation de ses peuples, et Catherine en appréciait vivement le bienfait. L'Evêque de Mohilow l'avait secondée ; elle s’empressa de récompenser son zêle en donnant une forme plus légale à la juridiction exercée par ce prélat dans les domaines de l'Empire. Elle songea à lui faire conférer la dignité archiépiscopale ; et, afin de le soulager dans l'administration d'un aussi vaste diocèse, elle voulut lui nommer un coadjuteur. Le général Michelson , l’heureux vainqueur de Pugatschew , proposa à Catherine et à Potemkin un ancien désuite lithuanien, son parent, et qui aspirait à rentrer dans la Compagnie. Il se nommait Benislawski ; il était pieux et discret.

Potemkin avait pris les Pères en affection. Ge guerrier, homme d'Etat, dont les projets avaient toujours quelque chose de sublime ou de trivial, nourrissait l'idée de fixer en Russie l'Ordre de Saint-[gnace , régénéré par Catherine. [l cherchait, il invoquait le moyen de consolider cette Société, dont il entrevoyait la grandeur dans le passé. Un Jésuite lui démontra que la Compagnie ne serait jamais établie sur des bases solides

tant qu'elle n'aurait pas un chef permanent. Potemkin avait lu les Constitutions de Loyola , il était partisan du principe d’autorité; cette parole est pour lui une révélation. Il engage les Péres à adresser une supplique dans ce sens à la Czarine, il promet de l’appuyer ; il l’appuie avec tant d'efficacité que l’Impératrice, le 25 juin 1782, rend l'ukase suivant : « Par un effet de notre clémence, nous permettons à la Compagnie de Jésus existante dans nos Etats de choisir quelqu'un de son Ordre pour avoir l'autorité et le pouvoir de Général, à qui, par conséquent, il appartiendra de gouverner les autres supérieurs et même de les changer selon les lois de l'Institut. Que celui qui sera nommé fasse part de son élection à l'Evêque catholique de Mohilow, et celui-ci à notre Sénat, qui nous en informera. Quoique cet Ordre religieux doive être subordonné et obéissant audit Evêque dans les choses qui sont de droit et de devoir, cependant l'Evêque aura grand soin que les lois dudit Ordre soient conservées intactes, et aussi il ne fera point intervenir son autorité dans les choses qui pourraient porter le moindre préjudice à ces lois. »

Catherine allait directement à son but, sans s'occuper de Troisser les susceptibilités d'un de ses sujets. L'Évêque de Mohilow avait beaucoup fait pour les Jésuites. Son intervention leur facilitait un Noviciat ; il était l'ami des Pères, se montrant toujours prêt à les seconder ; et cet ukase, qui les favorisait à son détriment moral, le blessait dans l'exercice de sa juridiction. La Congrégation fut fixée’au 10 octobre. Trente Profès se réunirent au jour dit à Polotsk. Afin de régulariser les choses, ils nommérent Vicaire-Général le Père Czerniewiez, et ils procédaient à l'élection, lorsqu'un message de l’Évêque de Mohilow leur apporte ce décret, qui lui a été adressé par le Sénat :

« Sur l'ordre de l’auguste Impératrice, le Sénat, ayant pris en considération les représentations que vous avez faites, et tendant à prouver que les Jésuites et autres Réguliers vivant dans l'empire vous doivent obéissance, non-seulement comme à leur métropolitain , mais encore comme à leur supérieur général, a ordonné de vous répondre que le décret impérial du 25 juin prescrit expressément aux Jésuites d’obéir à l'Évêque.

Le Sénat ne doute pas que ces Religieux ne cessent désormais d'alléguer les lois propres de leur Institut pour se soustraire sous ce prétexte à l’obédience légitime, comme le faisait jusqu’alors la personne qui les gouvernait sous le titre de Vice- Provincial. Ils ne peuvent ignorer qu'aucun Institut ne doit leur être plus cher que la volonté impériale et l’on procédera contre eux avec sévérité s'ils persistent dans leur obstination. Que si quelque chose de semblable arrive, il sera de votre devoir d'en instruire aussitôt le Sénat. 13 septembre. »

Entre ces deux actes, émanés l’un de Catherine, l’autre de son Sénat, la contradiction était flagrante ; mais la distance des lieux et la difficulté de la situation ne permettaient pas de recourir à l’Impératrice. L’archevêque avait tout prévu; il écrivait par le même courrier que, le Sénat l’investissant de la charge de Général, il accordait aux Profés la faculté de nommer un Vicaire-Général pour gouverner en son nom, et qu'il ex= cluait de cette dignité le Père Czerniewiez. Une pareille notification bouleversait l'économie de l’Institut, elle en changeait la substance : les Jésuites ne pouvaient pas l’accepter, sous peine de renoncer à leur Ordre. Il fut cependant décidé que, pour ne‘pas déplaire à un prélat dont les bons offices avaient été si utiles à la Compagnie, la Congrégation ne choisirait qu’un Vicaire-Perpétuel et jouissant de toute l'autorité attribuée au Général. Elle répondit en ce sens à Siestrzencewicz, et, le AT octobre, après cinq scrutins, le Père Czerniewiez fut élu.

Ce jour-là même Potemkin, venant de Tauride, descendait au Collège des Jésuites. L'acte du Sénat lui fut communiqué ; il le lut, et après avoir dit qu’il en connaissait l’auteur : « Qu'y at-il encore à faire pour sanctionner ce qui est accomph? demanda-t-il. » Benislawski, coadjuteur nommé de la Russie- Blanche, était présent, il s’écria : « Obtenir la ratification du Pape. » — « Et de quelle maniëre? » reprit Potemkin. — « Sa Majesté n’a qu'à envoyer vers le chef de l’Eglise une personne prudente qui en fasse la demande au nom de l’Impératrice, et le succès est certain. » Le prince désigne à l’instant même Benislawski pour cetté négociation. Il faut conjurer lorage qui peut éclater à Mohilow; les Profès chargent Benislawski de

leur cause. Accompagné de deux Pères députés par la Congrégation, il arrive à la ville épiscopale; il explique au prélat les règles de l’Institut et la volonté de l'Impératrice , si formellement annoncée par Potemkin. Îl lui dit de quelle mission il est investi prés le Saint-Siége. L'archevêque avoue son erreur, il la répare. Le nouveau Vicaire-Général se rend à là cour dans le but de faire approuver son élection. Catherine l’accueille avec bienveillance ; elle promet aux Jésuites d’être invariable en ses sentiments , eb Czérniewicz, qui commençait à voir se débrouiller le chaos, retourne à Polotsk. Là, comme si déjà les Jésuites étaient les maîtres d’un avenir incertain, ils adméttent les Scolastiques à la profession des vœux solennels; ils créent des Assistants et un Admoniteur pour le Général, afin que l'Ordre soit constitué aussi régulièrement que possible.

Cependant la cour de Rome refusait d’ériger en archevêché le siége de Mohilow ; elle ne voulait pas reconnaître le coadjuteur jusqu'au moment où le prélat titulaire révoquerait l'ordonnance qui avait permis aux Jésuites d'ouvrir un Noviciat. Le Pape était en correspondance directe avec Catherine, il la priait de consentir à l’élection d’un Evêque russe; mais l’Impératrice résistait aux sollicitations du Pontife; elle parlait même de rompre toute relation avec le Saint-Siége, lorsque Benislawski s’offrit comme médiateur entre les deux cours. L'intérêt de la Religion catholique et celui de ses anciens frères de l'Institut étaient engagés dans la querelle. Avec son esprit de conciliation, il sut persuader à l’Impératrice que le Souverain-Pontife était complétement étranger à ces difficultés, et qu'une fois à Rome, il ne lui serait pas malaisé de les vaincre. Catherine prit confiance en ce Jésuité, dont les conseils avaient toujours paru à Potemkin dictés par la sagesse; elle le fit partir avec ces Imstructions écrites de sa main: « Il ne faut pas que le négociateur passe par Varsovie ; qu'il ne s’entretienne avec aucun ministre de la cour de Rome avant d’avoir parlé au Souverain-Pontife lui-même et dé lui avoir fait connaître im médiatement les désirs de Sa Majesté Impériale. Ces désirs ont trois objets tellement unis que, si un seul est rejeté, elle prendra ce refus comme tombant sur les trois. Ces objets sont l'é-

rection de l’archevêché de Mohilow, l'investiture accordée à Slanislas Siestrzencewicz avec la coadjutorerie pour Benislawski, et l'approbation de tout ce que les Jésuites ont fait jusqu'à l’élection du Vicaire-Général inclusivement. »

Au mois de mars 1783, Benislawski est à Rome. Il expose à Pie VI le triple sujet de son ambassade. Il lui remet une lettre autographe de Catherine, dans laquelle l'Impératrice s’exprimait ainsi: «Je sais que Votre Sainteté est très-embarrassée ; mais la crainte convient mal à votre caractère. Votre dignité ne peut point s'accorder avec la politique toutes les fois que la politique blesse la Religion. Les motifs d’après lesquels j'accorde ma protection aux Jésuites sont fondés sur la raison et sur la justice, ainsi que sur l'espoir qu'ils seront utiles à mes Etats. Cette troupe d'hommes paisibles et innocents vivra dans mon empire, parce que, de toutes les Sociétés catholiques, c'est la plus propre à instruire mes sujets etsà leur inspirer des sentiments d'humanité et les vrais principes de la Religion chrétienne. Je suis résolue de soutenir ces prêtres contre quelque puissance que ce soit; et, en cela, je ne fais que remplir mon devoir, puisque je suis leur souveraine et que je les regarde comme des sujets fidèles, utiles et innocents. Qui sait si la Providence ne veut pas faire de ces hommes les instruments de l'union si longtemps désirée entre l'Eglise grecque et la romaine? Que Votre Sainteté bannisse toute crainte, car Je soutiendrai de tout mon pouvoir les droits que vous avez reçus de Jésus-Christ!. » |

Pie VI ne pouvait pas déroger à ce que ses ministres avaient fait; l’Evêque de Mohilow était donc accusé d'outre-passer ses pouvoirs , d’empiéter sur les droits du Saint-Siége, et d’usurper le titre archiépiscopal quand l'Eglise n’avait pas encore consacré l’ukase de sa nomination. Ces reproches, que le Pape adressait au nom de la cour romaine, avaient un fond de vérité. Benislawski ne se dissimulait pas néanmoins que la véritable difficulté ne gisait pas dans ces faits réglementaires. Pie VI craignait

1 Cast(ra, peu suspect de partielité en faveur des Jésuites, publie cette letfre au {ome 111, page 409 de son Histoire de Catherine IT ; et il ajoute que, par égard pour les Chrétiens grecs, l’Impératrice la désavoua dans la Gazette de Pétersbourg ; mais elle n’en était pas moins, dit-il, écrite de sa main,

d'irriter les couronnes et surtout Charles IT, plus ardent que jamais sur la question des Jésuites. Il essayait de ménager les inexplicables affections du Nord et les haines toujours vivaces du Midi. Il cherchait un tempérament qui concihât ces sentiments si opposés, auxquels il se voyait forcé d'accorder satisfaction. Benislawski obtint ses deux premières demandes ; elles furent confirmées par bulles apostoliques. Il n’en pouvait pas être de même pour la Société de Jésus. Les exigences de l'Espagne, les conflits qui surgissaient de toutes parts contre Rome, l'attitude de Joseph Il sécularisant les moines, ne permettaient pas au Pontife d'adopter une détermination pour ainsi dire légale. Benislawski et les Jésuites avaient expliqué à Catherine qu'il n'était pas besoin pour leur for intérieur d'un bref régulateur. Le consentement verbal du Pape a la même force ; il n'existe point de différence intrmsèque pour la validité de la concession ; mais cette concession ; qui n’est pas admissible en jugement, ne spécifie rien, et laisse à l’interprétation le soin de l’étendre ou de la restreindre. Il fut donc convenu que le Pontife ne donnerait pas de bulle aux Jésuites de Russie; mais, en présence de Benislawski, il prononça ces paroles : « Approbo Societatem Jesu in Albä-Russià degentem, approbo, approbo. » L’adhésion était confirmée par l'élévation de Siestrzencewiez à la dignité archiépiscopale. Catherine , s’en contenta, puisque les Jésuites la trouvaient suffisante. Ils étaient légitimement rétablis en Russie; quelques Pères commencérent à rentrer au bercail. Marutti avait le premier renoncé à la vie séculière pour remplir dans les steppes de la Russie les vœux formés sous le ciel de l'Italie. Rien ne l’avait retenu; les quatre frères Angiolini, Gabriel Gruber et quelques autres grossirent peu à peu le petit troupeau. Ce fut dans ce moment que le trépas du Père Czerniewiez vint porter . le deuil dans la colonie naissante. Le 18 juillet 1785, celui qui avait tant fait pour réunir les pierres dispersées de l'édifice expira à l’âge de cinquante-six ans. Le 27 septembre, la Congrégation nomma pour le remplacer le Père Lenkiewicz, son collaborateur dans l’œuvre de reconstruction, et qu'il avait désigné lui-même comme son Vicaire. Czerniewicz laissait de grands

projets en voie d'exécution ; Lenkiewicez les poursuivit avec ma turité, avec persévérance, mais sans chercher à produire au dehors un éclat qui aurait pu grandir l'Institut en le compromettant. Sur cette terre de Russie, si fertile en révolutions de palais, en face de la France qui s’agitait sur sa base monarchique et qui allait bientôt jeter aux peuples son cri dé guérre contre les rois, les Jésuites, avec une inébranlable conviction, se livrent à l'espérance que leur Ordre est imdestructible. Ils sont exilés dans ce coin du monde pour y réunir les débris d’un long naufrage; on les voit y faire dominer la piété et la science. Leur nombre s'augmente ainsi que celui de leurs élèves; ils ont créé des écoles, ils s'occupent d'établir des fabriques de draps, une imprimerie et tout le matériel nécessaire à de pareilles exploitations.

Quelques années s’écoulèrent sur ces labeurs de lintelh= gence ; elles emportérent dans la tombe Charles IT, l'irréconcihable adversaire des Jésuites, et Potemkin, leur plus constant protecteur. Elles firent naître autour d'eux des idées d’agrandissement par les Missions d'Alep, de Madras et de l'Archipel, que Lenkiewiez repoussa. Elles virent les Pères Gruber et Skakowski, appelés à Pétershbourg, s'occuper, sous les yeux de l'Impératrice, de travaux dont le sujet a toujours été un mystère, même pour les Jésuites. Ils avaient semé, il n'y avait plus qu'à faire fructifier, le duc de Parme, le premier, songea à réparer les iniquités commises en son nom. Depuis que le marquis de Felino avait, à la demande de Charles IT d'Espagne et à l’instigation des Philosophes, proscrit la Compagnie de Jésus, l'éducation publique s'était peu à peu affaiblie dans les villes de la principauté. En 1792, les collèges avaient perdu leur éclat ; il n’y restait plus que quelques rares élèves, et le due sentait la nécessité de confier la jeunesse de ses Etats à des maîtres expérimentés. [Il rappela les enfants de Loyola, que Felino avait bannis ; il leur ouvrit son Université, il les replaça à la tête de l’enseignement. Mais ce n'était pas assez pour lui; il fallait rattacher le passé à l'avenir. Ferdinand dé Parme connaissait les intentions de Pie VE, il voyait la Révolution française déborder ; le 23 juillet 1793, il écrit au Vicaire-Général de l'In-

stitut en Russie : « Votre Paternité s’étonnera sans douté de recevoir une lettre d'un homme qu'elle connait, je pense, à peine de nom. Cette lettre lui sera remise par l'Impératrice, votre souveraine, qui vous informera en même temps de ma demande et de mes désirs. Je suis le premier qui, de mon propre mouvement, ai prié l'Impératrice de m'accorder un bien que j’ambitionne avec ardeur, et qui lui appartient à elle seule à beaucoup de titres. Ce n'est pas depuis peu de temps que Dieu a mis dans mon cœur la pensée de rétablir la Compagnie de Jésus, dont la perte a été la source d’un grand nombre de maux pour l'Eglise et pour les monarchies. Après avoir tout mûürement pesé et avoir fait toutes les dispositions nécessaires pour lever les obstacles et aplanir la voie conduisant à la noble fin que je me proposé, j'ai commencé à rassembler les membres épars de la Compägnie, et tout a répondu à l'espérance que j'avais formée. d'offre donc mes Etats à Votre Paternité, afin que l’Institut puisse avoir comme un berceau où 1l reçoive une nouvelle existence et puisse renaître à la gloire qui lui appartenait. La Compagnie subsiste déjà ici dans un certain nombre dé ses membres, à qui, pour se perpétuer, il ne manque que la vie religieuse et commune sous un supérieur légitime. Il est donc convenable que Votre Paternité accueille ses enfants en les déclarant tels, et en les incorporant aux débris que, par une merveilleuse disposition de la Providence, l’Impératrice votre souveraine à conservés. Pour cela, il est nécessaire d'envoyer quelques-uns de vos Religieux, munis des facultés prescrites par votre Institut, afin de former une nouvelle province, et spécialement pour ouvrir un Noviciat.

L'Eglise était dans une position inextricable ; tout lui devenait hostile. À l'exception de Catherine Il, les rois de l'Europe tremblaient devant le drapeau tricolore, que la Révolution agitait sur leurs frontières comme le signal de l’affranchissement des peuples. Ils la combattaient sans foi et sans énergie, après l'avoir laissée grandir à l’abri de leurs sceptres; le Pape se résignait au martyre, mais par une démonstration publique en faveur de l'Ordre de Jésus, il ne croyait pas pouvoir jeter un nouvel aliment aux passions déchainées. Sans approuver ni

blâmer l'initiative que prenait le duc de Parme, il l'engagea à marcher avec prudence sur un terrain aussi scabreux. Ferdinand et les Pères s'étaient rendu compte de la situation du Pontife; ils ne voulurent pas l’aggraver par des demandes intempestives. Le Pape consentait à fermer les yeux; cet acquiescement tacite leur suffit. Cinq établissements furent formés dans le duché de Parme ; en peu de temps ils réunirent toute la jeunesse du pays.

Un coup funeste vint alors les frapper en Russie. Le 5 novembre 1796, la Czarine expira. Cette mort imprévue laissa les Jésuites orphelins. Un nouveau règne allait commencer, et Paul n'annonçait point, par les premières mesures adoptées, vouloir se conformer à la politique de sa mère. L'Empereur ne s'était pas prononcé en leur faveur, il n’avait manifesté aucune intention contraire à leur Société; ils ne trouvaient done à la cour que des imdifférents. On attendait la parole du maitre pour régler sur elle ses affections ou ses inimitiés. Cependant Paul [er, revenant de Moscou à Pétersbourg, après son couronnement, arriva, le 7 mai 1797, dans la ville d'Orcha, où les Jésuites possédaient un Collége. Le Vicaire-Général de l'Ordre, accompagné du Père Gruber, s’y était rendu pour présenter au monarque les hommages et les vœux de leurs Frères. Paul leur fit un cordial accueil ; il estimait Gruber pour ses, talents, Lenkiewiez pour ses vertus, l'Ordre entier pour les services qu'il rendait à l'instruction. Il leur déclara que rien ne serait changé dans leur situation, et qu'il les maintiendrait tels qu'ils avaient été jusqu’à ce jour. Cette assurance, qui ne se démentit Jamais, laissa aux Jésuites la liberté de se propager, et lorsque, le 10 novembre 14798, le Père Lenkiewiez succomba sous les travaux de tout genre qui absorbaient sa vieillesse , la Société de Jésus entrait dans une ère de prospérité.

Le 4e février 1799, le Père Xavier Kareu fut élu Vicaire- Général perpétuel. |

En Russie, on trouvait des Jésuites pour glorifier la Religion; à Rome, le Pape en évoquait encore pour souffrir avec lui. Quand Pie VI, arraché de son palais par ordre de limpur Directoire qui gouvernait la France en la déshonorant, fut sur

le point de s’acheminer vers cet exil imposé aux derniers jours du Pontife octogénaire, il s’adressa à un désuite afin d’avoir un fidèle compagnon de captivité. Le Père Marotti était secrétaire des lettres latines, et, deux heures avant d'abandonner Rome, le Pape lui dit, selon Gaetano Moroni * : « Parlez-moi franchement, vous sentez-vous la force de monter avec moi au Calvaire? « Marotti répond : » Me voici prêt à suivre les pas et la destinée du Vicaire du Christ et de mon Souverain. » Le Jésuite s’attacha à la mauvaise fortune de Pie VI ; après avoir partagé toutes ses misères et soutenu son courage dans l’adversité, 1l lui ferma les yeux le 29 août 1799. |

Le Pape, traîné de prison en prison, allait mourir à Valence ; Litta, son Nonce à Pétersbourg, lui écrivit pour solliciter un bref approbatif de l'institut : c'était, disait-1l, le vœu de l'Empereur et celui de la noblesse russe ; mais, dans l'intervalle, des démêlés canoniques s’élevèrent entre la cour de Russie et celle de Rome. Le Pape était captif, toute relation se trouvait interrompue avec le Saint-Siége, et Paul Le avait cru devoir inviter les Evèques catholiques à gouverner leurs églises selon le plan qu'ils jugeraient le plus convenable. Avec cette générosité instinctive qui formait la base de son caractère, et qui donnait quelque chose de chevaleresque à ses caprices les plus étranges, Paul s'était, en Italie, posé le défenseur du Saint-Siége. L'image de ce vieux Pontife arraché de sa capitale et supportant ses désastres avec une dignité si courageuse, avait fait impression sur son âme. Paul avait ordonné à Souwarow de vaincre, Souwarow avait vaincu; mais l'Empereur croyait que les malheurs du Saint-Siége lui donnaient le droit d'intervenir dans les affaires ecclésiastiques. Litta essaya de lui montrer le danger d’un pareil conflit; Paul s’indigna de ses représentations : il lui notilia d’avoir à sortir immédiatement des terres de l'Empire. Un nouveau péril menaçait les Jésuites, Gruber le conjura.

Gabriel Gruber, né à Vienne en Autriche, le 6 mai 1740, était une de ces natures rares qui, à la connaissance des affaires du monde, joignent la vertu sacerdotale. Pieux et savant, ar-

! Dizionario d’erudizione... del cavaliere Moroni, t, xxx, p, 153,

chitecte, physicien, médecin, peintre, géomètre, musicien, il se révélait en même temps diplomate et littérateur. Sa conversation séduisait, son air de douceur et de réserve captait la confiance ; son habitude des hommes lui donnait un véritable ascendant sur tous ceux dont il voulait gagner l'estime. Durant la vie de sa mère, Paul [er, écarté du gouvernement, avait vécu dans la solitude. Son cœur était droit et juste ; il rechercha les entretiens du désuite, il le prit en affection, bientôt il ne lui fut plus possible de s'en séparer. Gruber, encouragé par l'Impératrice, se laissa devenir le favori de l'Empereur. Il lui prouva que le Nonce apostolique n’avait jamais eu l'intention de paver par une offense la dette que le Saint-Siége avait contractée envers la famille des Romanoff. Paul avoua son erreur ; il demanda à la réparer. Pour donner satisfaction à l'Eglise et au Père Gruber, 1l promit de servir le Saint-Siége dans les calamités qui l'accablaient. L'âge avancé du Pontife, ses souffrances du corps et de l'esprit, tout faisait présager une mort prochaine , et le Sacré-Collége, dispersé comme la Société de Jésus, évoquait de puissants protecteurs, afin de ne pas exposer l'Eglise à un fatal veuvage. Le sénateur vénitien Rezzonico fut chargé d'une lettre pour l’empereur. Paul, dont Gruber entretenait les sentiments chrétiens, accueillit avec enthousiasme les ouvertures que l'Église catholique lui faisait; 1l s'engagea à tout entreprendre pour favoriser la tenue du prochain Conelave. Le Conclave eut lieu à Venise, et, le 14 mars 1800, le cardmal Barnabé Chiaramonti fut élu Pape sous le nom de Pie VIS. Le nouveau Pontife était un vieil ami de la Compagnie; Evèque de Tivoli ‘peu après la suppression, il n’avait obéi qu'avec répugnance au bref de Clément XIV. Pour témoigner son affection à l’Institut, on l'avait vu maintenir à la tête de son diocèse les Jésuites dont il s'était entouré. Ceux de Russie, qui en conservaient le germe, croyaient avoir tout lieu d'espérer que Pie VIT ratilierait ce que son prédécesseur n'avait pu que sanctionner tacitement. Le 11 août 1800, Paul lui en fit la demande officielle : « Très-Saint-Père, lui éerivait-il, le révérend Gabriel Gruber, de la Compagnie de Jésus, m'ayant fut connaître que les membres de cette Compagnie désiraient d'être

reconnus par Votre Sainteté, je crois devoir solliciter une approbation formelle en faveur de cet Institut, pour lequel je professe un attachement tout particulier; et J'espère que ma recommandation ne leur sera pas inutile. »

Paul avait des principes religieux et monarchiques. Sans appartenir à la Communion romaine, il aspirait à développer le Catholicisme , comme le plus formidable rempart contre les désordres de l'intelligence et les révoltes de l'esprit. Avec moins de suite dans les idées et de persévérance dans le caractère, il rêvait de faire pour l'Europe ce que Bonaparte accomplissait alors si glorieusement en France. Bonaparte reconstituant par la seule force de sa volonté la vieille société chrétienne, et introduisant l’ordre matériel et moral au milieu de toutes les impuissances avouées de la Révolution, était, aux yeux de Paul Ier, un héros de civilisation, un génie dont il fallait suivre l'impulsion. Bonaparte connaissait les sentiments de l'empereur de Russie à son égard. Il avait besoin de le détacher des ligues ourdies par l'Angleterre ; il s’adressa secrète tement au Père Gruber pour lui demander, au nom de la Religion et de la France, d'interposer ses bons offices dans une affaire où la Société de Jésus n'avait qu'à gagner, Gruber devint un des agents les plus actifs de cette négociation; elle lui donna encore plus de crédit auprès de Paul I, qui, dans le même moment, cherchait à faire revivre les chevaliers de Malte et les disciples de Loyola, les deux dernières milices de la Chrétienté. Le 10 octobre 1800 , il réglait par un ukase les progrès de la Compagnie, 1l l'installait à Saint-Pétersbourg, il lui créait des colléges sur plusieurs points de l'Empire ct dans les colonies du Volga ; il augmentait le Noviciat de Polotsk, afin de développer par le nombre les forces de l'Institut. Le général Kutusow, geuverneur de Lithuanie, mettait à la disposition des désuites l'Université de Vilna ; l'Empereur ne se contentait pas de les employer dans ses royaumes, il voulait associer ses alliés à l’œuvre de régénération. Les anciens Missionnaires de la Société avaient été chassés de l’Archipel, et la Porte Ottomane s'était emparée de leurs biens. Il commence par exiger réparation de ces violences ; le 8 décembre 1800,

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