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si 226 | CHAP. V. — HISTOIRE
is a
t jamais connu le danger. Quand la paix fut signée, 1l renonça
is Ta 1 métier des armes, et habita chez les Jésuites de Polotsk. Après avoir une dernière fois parcouru l'Europe, 1l se réfugia dans la
capitale du monde chrétien, où le Père Rozaven le reçut comme un fils. Szezytt prit les ordres sacrés, et, le 31 mai 1824, il entra au Noviciat des Jésuites. Le 24 jum 18925, il y expirait à l’âge de trente-neuf ans, léguant à tous ses frères de l’Institut l’exemple d’une vie édifiante et d’une mort précieuse devant le Seigneur.
Comme il s'était plus d’une fois rencontré dans les annales de l'Eglise, le Pape et le Général des Jésuites succombaient presque à la même heure. Léon XII terminait sa carrière le 10 février 1829, Fortis l'avait précédé dans la tombe de quatorze jours seulement. Le 27 janvier le Général avait rendu le dernier soupir. Par quelques lignes tracées de sa main, il désignait pour Vicaire le Père Pavani, Provimcial d'Italie. Le chef intérimaire de l'Ordre appelle auprès de lui le Pére Roothaan afin de le remplacer dans les fonctions qu'il abandonne, puis il convoque la Congrégation Générale au 29 jum. Les principaux Jésuites qui y furent délégués étaient Jean Grassi, François Finetti, Louis Loeffler, Nicolas Godinot, Tom Glover, Sinéo, Landès, Korsak, Julien Druilhet, Richardot, Bird, Olivieri, Narbonne, Vulliet, Petit-Jean, Drack, Sorrentino, Scarlata, Broock, Kenney, Sancho et Janssen.
Le 9 juillet, le Père Roothaan, longtemps ballotté avec le Père Rozaven, fut élu Général de la Compagnie au quatrième tour de scrutin. [l choisit pour Procureur-général Séraphin Manucci, et Janssen pour Secrétaire de l'Ordre. Alors on s’occupa des vœux exprimés par les différentes Provinces. Tous témoignent de la sollicitude dont chaque membre est animé pour conserver l’Institut dans son intégrité et y faire prospérer l’enseignement. Ils demandent unanimement la révision du Æatio studiorum , dans le but de l'approprier aux besoins du temps. Avant que la Congrégation discutàt ce point essentiel, qui, à l'élection de Fortis, avait été admis en principe, le Général crut devoir révéler sa pensée sur une question aussi vitale. Il déclara que les circonstances et le mouvement des esprits exigeaient impérieusement la réalisation du vœu de tous les Péres ; mais son opinion était
de ne rien décréter en forme de loi avant qu’on eût fait sanctionner par l'expérience dans les Provinces de l'Ordre les améliora=
tions introduites. Ce conseil fut adopté.
Un nouveau souverain avait été donné à l'Eglise universelle; le 31 mars 1829, le cardinal Xavier Castiglione, qu’au dernier conclave l'Autriche et la France portèrent à l'élection et que Pie VIT mourant avait désigné pour son successeur, remplazait Léon XIE. Pie VIII ne devait faire que passer sur le Siége apostolique ; mais quand, le 22 avril , les Jésuites vinrent recevoir la bénédiction du nouveau Pontife , il s'empressa de leur offrir une marque publique de son amour. Il leur adressa ces paroles : « Je l'ai dit souvent , et, lorsque j'en trouverai l'occasion, je me ferai toujours un plaisir de le redire , j'aime la Compagnie de Jésus. Ce sont des sentiments gravés dans mon cœur depuis l'enfance. J'ai toujours singulièrement honoré saint Ignace et saint François-Xavier, dont, tout indigne que j'en suis, j'ai le bonheur de porter le nom. J'ai étudié sous de célèbres Jésuites. Je sais tous les services qu’ils rendent à l'Eglise. L'Eglise ne peut se séparer du Pape, le Pape ne peut se séparer de la Compagnie. Les temps dans lesquels nous vivons sont si mauvais ! Jamais l’impiété ne déploya plus d’audace, plus de haine, plus d’astuce. Un jour encore , et qui sait si l'Eglise ne recevra pas de nouvelles plaies. Unissons-nous tous pour combattre les ennemis du Seigneur. Rentrez donc dans vos Provinces, embrasez-les de l’ardeur qui vous anime. Prêchez, enseignez l'obéissance et la vertu dans les écoles, dans les chaires, dans les confessionnaux, par la parole, par les ressources de l'intelligence, par les écrits. Que Dieu bénisse vos efforts! et soyez sûrs que vous trouverez toujours en moi le plus tendre et le plus affectionné de tous les péres. »
A la veille des événements qui allaient bouleverser l'Europe et désoler l'Eglise catholique, ce discours avait quelque chose de tristement prophétique. Les Jésuites ne se déguisaient pas la gravité des circonstances. Ils se savaient l'objet des terreurs feintes et des haines réelles de l’incrédulité ainsi que du Carbonarisme. Le Pape les encourageait ? : ils ne se laïssèrent pas intimider par les ennemis de la Religion.
1 Le 2 décembre 1829, Pie VIIT, accompagné des cardinaux della Somaglia et
Jean Roothaan, le nouveau Général de l'Ordre, naquit à Amsterdam le 20 novembre 1785. Son caractère, assemblage de qualités contraires, était calme et froid au dehors, ardent et sensible à l’intérieur. La modération dans les actes comme dans les paroles était sa vertu dominante ; il la devait autant à la force de sa nature qu'à son éducation première. Né catholique au milieu d’un pays protestant *, Jésuite dans un empire schismatique, il avait dû connaître de bonne heure le prix de la tolérance. Il aimait l'étude et la prière, l’enseignement et l’apostolat. Le choix dé ses pairs le plaçait au gouvernement de la Société ; il se résigna au fardeau, et il commanda, ainsi que jusqu'alors il avait obéi, sans ostentation de pouvoir ou d'humilité. Pour tenir tête aux orages dont l'Institut était menacé, pour fortifier les timides et enchaîner l'impétuosité des exaltés, il fallait un courage aussi persévérant que la sagesse; Roothaan ne faillit point aux espérances des Profès. Il arrivait à la tête de l'Ordre de Jésus dans un moment où les passions étaient surexcitées. Dès le premier jour il se traça une ligne de conduite, et il n’en dévia jamais.
La Compagnie n'ignorait pas que tant de coups étaient bien moins dirigés contre elle que contre le Catholicisme. Elle avait assumé sur sa tête toutes les accusations dont on la chargeait, et, Odescalchi, se rendit au Gesü pour prier devant l'autel de saint François-Xavier, dont l'Eglise célébrait la fête, et il y promulgua le décret de la canonisation du bienheureux Alphonse de Liguori. Le jour et le lieu choisis pour la publication du décret ne surprirent personne à Rome. La doctrine de Liguori est idenfiquement celle des théologiens de la Compagnie. Sa théologie morale n’est que le commentaire de la Medulla theologiæe moralis du Père Busembaum dont il a intégralement conservé le texte. La canonisation d’Alphonse de Liguori était donc la justification des casuistes de l’Institut, et principalement de Busembaum. L'ouvrage de ce Jésuite n’a été si vivement attaqué que parce que les Jansénistes, se prévalant
avec adresse de l’étrangeté du nom de l’auteur, dressérent contre lui une accusation dont les moqueries se chargeaient le plus souvent de prouver la véracité.
! Quand le jeune Roothaan conçut, en 1804, le projet d’abandonner son pays et
sa famille pour suivre dans la Russie-Rlanche la vocation qui se manifestait en lui, .
il partit d'Amsterdam ; il arriva au Collége de Polotsk avec une lettre d’un de ses maitres protestants pour recommandation. Van Lennep, alors professeur reno nmé de littérature à l’Athénée d'Amsterdam, écrivait le 45 mai 4804 aux Pères de la Compagnie : « Je n’ignore point combien, dès les temps primilifs, Ja Société s’est distinguée daus toutes les branches d’études et de sciences; les services qu'elle a rendus sont éclatants et ne peuvent jamais être oubliés. » Ef, parlant de son protégé catholique, Van Lennep ajoute : « Je vous recommande, Révérends Pères, d’une manière particulière ce jeune homme, dont j’ai apprécié si haut le mérite. Puisse-t-il être comblé par vous de science et de vertus, el puissionsnous le revoir un jour enrichi de ces dons pour lesquels il entreprend un si long voyage : »
persuadée que le Saint-Siége lui tiendrait compte de ses sacrifices, elle se dévouait aux outrages en attendant que ces outrages se transformassent en violence. L’attente des Jésuites ne fut pas de longue durée. La Révolution de juillet devint un signal pour les autres conspirateurs. L'Italie et l'Espagne, le Portugal et la Pologne s’insurgèrent au nom de la liberté. Partout, excepté à Varsovie et à Bruxelles, la liberté fit expier sa victoire aux Jésuites. Sous ce nom de Jésuites on confondait la foi des peuples, l'autorité de l'Eglise et les diverses hiérarchies du Clergé. La Révolution, jetant enfin le masque, se montra à front découvert ; elle aspirait à renverser les trônes pour étouffer le Catholicisme. Comme en France et en Espagne, les Jésuites d'Italie ne furent plus qu'un accessoire ; on les persécuta pour l’acquit des consciences libérales ; néanmoins l'insurrection visait plus haut. La mort de Pie VIIL, arrivée le 80 novembre 1830, réveilla dans le cœur des Carbonari romains l'idée de suivre l'exemple de la France. La France avait eu ses barricades et sa journée des Dupes; pour embarrasser l'Europe, elle provoqua un mouvement dans les Etats voisins. Les Carbonari des Légations ! s’ébran-
1 Il nous a été donné de suivre pas à pas l’origine et les développements de la secte.politique qui prit le nom de Charbonnerie, Ce n’est point ici le lieu de dire sous quels auspices royaux elle se fonda dans le’ royaume des Deux-Siciles, comment elle s’étendit en Italie, en France et en Allemagne. Ce récit se lie à des événements qui n’ont aucun point de contact avec les Jésuites. 11 n’est question des Pères de l’Institut dans les Ventes que pour les massacrer, lorsque le jour du triomphe sera venu pour elles. Nous croyons donc devoir nous renfermer dans le cercle qui nous est tracé par les Carbonari eux-mêmes. C’est à partir de l’année 1815 à peu pres que le Carbonarisme fitinvasion dans la Romagne, dans le royaume Lombardo-Véhitien, en Piémont; et partout il évoqua, il trouva des séides et des dupes. Les affiliés à la secte commencèrent par se mettre aux gages de l'étranger tout en proclamant à grands cris l'indépendance de l’Italie. Sous prétexte de la délivrer du joug des prêtres et de l'Autriche, ils s’organisèrent , ils combinèrent leurs mouvements, ils se mirent à démoraliser leurs compatriotes pour les rendre dignes de la liberté. Comme les constitutionnels de France et les illuminés d'Allemagne auxquels ils empruntaient la plupart de leurs doctrines et leur rève antichrétien, les Carbonari se firent les ennemis de la Religion et de la monarchie, Ils ne tendaient qu'a l’affranchissement intellectuel et politique de l'Italie; pour y parvenir ils déifièrent le vice et l’assassinat.
Cette société était secrète ; elle eut donc de nombreux adeptes. Les geulilshommes ruinés ou ambitieux, les avocats, amants du bruit, les éerivains et les artistes mécontents de leur sort formèrent son noyau. Ils s’adjoignirent bientôt en qualité de comparses ou de paratonnerres quelques hommes probes, mais crédules qui, sans être mis au courant de la conspiration, la servirent néanmoins de leur influence , de leur patronage et surtout de leur fortune. Elle avait eurôlé dans ses rangs un cerlain nombre de prèlres el de moines. Ces prètres el ces moines avaient eu à vaincre de grands obstacles pour s'engager dans les Ventes; il leur avait fallu fouler aux pieds la dignité de l’homme et la conscirnce sacerdotale. Ils s'étaient
Jent comme la Pologne. Les agents de la Révolution leur promettent l'indépendance ; ils les bercent de l'espoir que le Saint- Siége va crouler sous leurs coups et qu'ils peuvent triompher facilement, puisque l'Eglise est veuve de son chef. L’insurrection gagne du terrain, mais, le 2 février 1831, le cardinal Maur Capellari est nommé Pape sous le nom de Grégoire XVI.
Cette nomination n’arrête point les projets des révoltés. Rome a un Pontife, ils ne veulent pas qu’elle ait un Souverain. Un complot doit éclater dans la capitile au milieu même des joies du carnaval, le 17 février. Le cardinal Bernetti, homme de tête, d'esprit et de cœur, vient d’être nommé secrétaire d'Etat. Il connaît de longue main les trames révolutionnaires, son habile fermeté les déjoue.
Pour mieux faire saisir leur pensée , les insurgés des Légations * arborent le drapeau tricolore ; leur première, leur seule victoire est remportée sur les Jésuites. Au mois de février, presque à la même heure, ils envahissent les Colléges de la Société. À Spolète,
trouvés assez coupables et assez parjures pour briser tous les liens les attachant aux autels, au Saint-Siége ou à leur Ordre. Ils durent donc se montrer les néophytes et les apôtres les plus ardents de la Charbonnerie, Cette agrégation d’individualités ne tarda pas à former un corps, et une puissance par conséquent. Elle tenta des mouvements à main armée ; ils furent réprimés. Ces défaites rendirent plus circonspects les chefs du Carbonarisme.
En mesurant les progrès de la secte, en étudiant ses ramifications dans le monde, dans le cloître et au sein des Universités, ils remarquèrent avec étonnement qu'aucun membre de la Compagnie de Jésus n’était de près ou de loin affilié a une Vente. Les Jésuites, à cette époque et en Haliesurtout, commencçaient à reprendre la direction de l’éducation de la jeunesse; d’infructueuses tentatives furent faites sur quelques Pères. On comprit alors qu’il valait mieux déclarer la guerre aux enfants de sainf Ignace que de chercher à les entrainer dans des voies contraires à leurs vœux , à leur esprit et à leur volonté. On les reconnut comme les ennemis les plus dangereux des complots révolutionnaires ou impies. À dater de ce moment, on dirigea sur eux toutes les colères.
Nous avous eu, nous avons encofe entre les mains une infinité de documents relatifs aux diverses périodes des sociétés secrètes en Europe depuis 1818 jusqu’à 1850, Nous pouvons éludier à sa source ce mouvement qui, sous un nom ou sous un autre, agita l’Ilalie et qui, dés idées de désordre passe fantôt à l’exaltation d’un Pape ou d’un Souverain crédule, {antôt à la mise en lumière d’une confédération impossible ou d’un désir de nationalité plus irréalisable encore. Les Jésuites se tenaient à l'écart de toute passion politique. Ils ne prenaient parti que pour l'Eglise et les bonnes mœurs ; ils s’occupaient de leurs devoirs sans chercher à provoquer des insurrections. Celte attitude digne d’un prètre et d’un Religieux les fit désigner par les Ventes comme le but offert à toutes les haines. Ces haines dont ils n’ont encore éprouvé qu'un contre-coup affaibli, mais qui, grandissant avec le temps et surtout avec la faiblesse des souverains, seront uu jour le plus bel éloge qui puisse étre décerné à la Compagnie de Jésus.
Elle n’a jamais eu aucun de ses membres associé de la manière même la plus in-
à Fano, à Modéne, à Reggio, à Forli ainsi qu'à Ferrare, ils s’emparent des maisons de l'Institut ; ils en dispersent les maîtres et les élèves; ils y cherchent les armes qui ont dû y être déposées comme dans un arsenal nuisible au peuple. Ils ont proclamé la liberté ; la liberté n’est pour les Carbonari que le libertinage de l'intelligence, Leur premier acte est un décret d'expulsion. Ils désirent assurer la victoire de l'égalité contre l'arbitraire, et ils ont recours aux commissions militaires pour se protéger contre la risée publique *. Ils bannissent les Jésuites au lieu d’aller vaincre les Autrichiens ; ils fabriquent des lois au lieu de cimenter leur triomphe par une bataille décisive. Ils menacent de mort, ils couvrent d'injures des vieillards et des prêtres au moment où, déjà tremblants pour leurs jours, ils implorent un refuge sur quelques vaisseaux étrangers, afin de mettre les flots de la Méditerranée entre eux et la justice des hommes.
L’insurrection italienne n'avait de racines que hors de l'Italie. Elle chassait les Jésuites de leurs Colléges, et elle mourait parce
directe à cet immense complot qui a tant nui aux véritables intérêts de Italie, el les Pères de la Société se voient en bulle aux inimitiés diverses que le Carbonarisme, avec tous ses leviers, peut susciter dans les plans de révolution qu’il a tracés , dans les rêves de liberté dont il se berce’, dans les théories de sang ou de philanthropie qu’il a confiées au papier , il existe pour lui un ennemi dont il faut qu’il se débarrasse à fout prix. Que le Carbonarisme fasse un songe heureux ou néfaste, il s’y mêlera {oujours un peu de sang de Jésuites, L’anéantissement de la Compagnie par quelque moyen que ce puisse être, c’est le delenda Carthago de tous ces Catons qui, comme Maroncelli et beaucoup d’autres , livrent à la police autrichienne le secret, le nom ou les lettres d’un ami, lorsque cette dénonciation peut alléger le poids de leurs fers. À chaque page de leur correspondance, le cri de Mort aux Jésuites* revient comme un ordre du jour permanent. Voltaire et ses adeptes conspiraient en riant ou en philosophant pour écraser l’infâme. L’infâme, c'était la Religion catholique. Les sophistes , les patriotes , les francs-macons , les oisifs , les indifférents n'auraient pas tous acceplé de prime abord un pareil thème; il aurait effrayé les timides et éveillé l'attention de ceux qui sont chargés du gouvernement spirituel ou temporel. En restreignant aux Jésuites seuls la pensée fondamentale du Carbouarisme, on a calculé que l’on éveillerait moins de susceptibilités et que Pon pourrail arriver au même but par la résurrection de toutes les fausses imputations dont l'Ordre de Jésus se vit l’objet dans les temps antérieurs.
1 À peine maitres de Ja ville, les Carbonari de Bologne établirent des tribunaux militaires pour juger sans désemparer ceux qui t’accepteraient pas avec joie le bonheur que les Révolutionnaires leur imposaient. Les Carbonari s'étaient formés en garde nationale, Une des attributions de la commission fut de punir comme crime de lèse-majesté loute insulle en paroles contre la garde civique,
C’est toujours le même excès de ridicule à côté de la plus sanglante cruauté. Les Révolutionnaires sont partout et toujours les mêmes. :
* La Révolution de 1848 a donné, en Italie principalement, les plus larges développements à cette haine que tous les pamphicts des mauyais prêtres et les écrits des romanciers politiques ne cessaient de surexciter.
que chacun lui refusait son concours. Les populations, surprises un instant, sortaient de leur repos ; elles saluaient avec des cris d'amour l’avénement de Grégoire XVI. C'était un Pape tel qu'il le fallait à cette époque de novateurs travaillant dans le vieux, un prince de conciliation et de persévérance, de savoir et de goût, joignant la candeur de l'enfant à la mâle sagacité de l’âge mur. Plein d’enjouement et de fermeté, 1l se trouvait toujours en mesure de dire un bon mot et de faire un acte de vertu. Grégoire XVI, tiré d’un monastère de Camaldules , avait longtemps vécu dans les livres. Les livres lui révélèrent la science des hommes ; 1l l’appliqua dans ses ouvrages et au milieu des grandes négociations dont la confiance de Léon XIT le chargea. Il aurait eu le courage du martyre, il dut avoir celui plus difficile de la patience et du devoir. L'épreuve à laquelle l'Eglise romaine fut soumise était affreuse. Elle avait la Révolution aux portes de son patrimoine, et on lui enjoignait de consacrer celles que d’autres peuples tentaient de légitimer. D'un côté on appelait aux armes contre le Saint-Siége; de l’autre on lui demandait de sanctionner les pouvoirs récemment établis. Il y avait des rois dépossédés, projetant d'abriter leurs grandeurs déchues sous la Chaire de saint Pierre, et des princes nouveaux, sollicitant comme reconnaissance du droit le fait d'un concours que le Pontife ne dénie à personne. Cette situation était inextricable. Grégoire XVI la domina en développant, en appliquant le principe que le ministère pastoral doit toujours être indépendant des variations de la politique. Tandis que ces importantes questions se débattaient au Vatican, les Jésuites, proscrits d'avance par l'esprit révolutionnaire , rentraient dans leurs établissements aux acclamations des familles. A cette époque, le Cardinal-Vicaire Zurla, afin d'entretenir la piété et la discipline dans les Ordres monastiques, prenait une résolution inusitée : il invitait tous les Religieux de Rome à suivre les exercices de saint Ignace. Le Père Finetti fut désigné pour les leur donner, et le cardinal choisit l'Eglise du Gesû comme lieu de réunion. Quelques années de calme succédérent aux tourmentes de la révolte; le Pape en profita pour céder au vœu de la Propagande, qui, par l'intermédiaire du cardinal Fransoni , demandait à investir la Compagnie de Jésus de la direction
du Collége Urbain ‘.. « Nous sommes persuadé comme l’est aussi notre Congrégation de la Propagande, disait le Souverain-Pontife dans son bref du 2 octobre 1836, que l’éducation de ces jeunes clercs destinés à semer la lumière de l'Evangile dans les contrées les plus lointaines et à répandre dans la culture de la vigne du Seigneur leurs sueurs apostoliques, ne peut être confiée, pour le plus grand avantage de l'Eglise, qu'aux membres de la Compagnie de Jésus. Par son Institut spécial , elle est consacrée à la direction de la jeunesse dans la crainte de Dieu, dans les sciences et les lettres dont cette crainte est le principe ; en même temps, cette Société religieuse est sans cesse appliquée avec zële à procurer la plus grande gloire du Seigneur dans toutes ses opérations. La longue et heureuse expérience que, dès l’origine de cette Compagnie jusqu'à nos jours, l'Eglise a faite de l’incontestable aptitude des Pères de l’Institut pour diriger les écoles, soit des jeunes gens séculiers , soit des clercs en tant de diverses parties du monde; enfin, les témoignages honorables et unanimes que de toutes parts les ennemis mêmes du Saint-Siége et de l'Eglise, contraints par l'évidence des faits , se voient forcés de rendre à la Compagnie de Jésus pour la bonne éducation donnée à la jeunesse, tous ces motifs nous portent à accueillir avec empressement la demande que Votre Eminence nous adresse au nom de la Congrégation de la Propagande. »
Les périls dont l’incrédulité menaçait l'Eglise réunissaient dans le même vœu le Souveram-Pontife et la Propagande. Grégoire XVI rendait aux Jésuites le Collége Illyrien ; un autre danger leur donna à tous l'initiative du courage. Le choléra avait porté ses ravages sur plusieurs empires. Rome jusqu'alors s'était vue épargnée ; tout-à-coup ce fléau vagabond tombe à ses portes. On a dit, — et les journaux anticatholiques de France et les feuilles protestantes d'Allemagne se sont faits les complaisants échos de ces imputations, — on a dit qu'à l’approche du choléra, la cour romaine, les princes, les matrones de la ville, les médecins et le
1 Le Collége Urbain, ainsi nommé en souvenir du Pape Urbain VIT, son fondateur , s'appelle aussi Collége de la Propagande, parce qu’on y forme et on y
instruit les prêtres qui doivertaller porter VEvangile aux nations les plus éloiguées.
Clergé avaient été saisis d'un de ces sentiments qui rendent làches en face d’un devoir sacré.
Cette accusation systématique d’inhumanité, ces cordons sanitaires de honte, jetés entre les larmes d'un vieux Souverain et les douleurs de ses sujets, eurent quelque chose de si profondément cruel, que le Drario di Roma, Moniteur Pontifical, qui a vu passer tant d'outrages sur la triple tiare, ne se croit plus obligé à garder le silence dont la sagesse du Pape lui fait une loi. Il se plaint sans amertume; sur les lieux mêmes, il raconte ce qui se passa en réalité. Le mot d'ordre était donné sur toute la ligne anticatholique; aucun journal ne songea à démentir ou à prouver son assertion.
Les faits étaient cependant bien simples. À peine le fléau indien eut envahi l'Europe, que Grégoire XVT ordonne aux docteurs Cappello et Lupi, deux des médecins les plus distingués de Rome, de partir pour Paris et d'observer la marche, les progrès de l'épidémie et les moyens curatifs à employer. Des précautions pleines de prudence sont adoptées par le cardinal Gambérini, ministre de l'intérieur. Le cardmal Sala, président de la commission de santé publique, ouvre de nouveaux hospices. Par ordre de Grégoire XVI, on crée des ambulances dans chaque quartier, on indique des maison de secours où les médecins seront en permanence. Ils devaient avoir soin des corps; le Pape veut se reposer sur les Jésuites du som des âmes. Les Jésuites s’établissent infirmiers et aumôniers de ces hôpitaux. Le servite Moralli, par ses exhortations, forme une compagnie de Dames de Charité qui, tout en vivant dans le monde, se dévoueront aux œuvres de la bienfaisance chrétienne.
À l'aspect de tant de préparatifs, quelques citoyens se sentent dominés par la frayeur ; d’autres calculent peut-être que le choléra doit être l’auxiliaire de leurs vengeances particulières ou de leurs rêves politiques. Une proclamation de Ciacchi, gouverneur de la Ville, intimide les méchants et rassure les bons. Les bons étaient à Rome en immense majorité. Le choléra assiégeait la cité pontificale ; ses habitants ne s’entre-tuërent pas en s’accusant de crimes impossibles. [ls furent plus éclairés ou mieux dirigés que d’autres nations, qui plus tard les calomniérent.
Ce mal inconnu était tombé sur Londres, sur Paris et sur Madrid, les trois capitales de régénération constitutionnelle, et il avait vu la multitude se livrer à de tels excès d’effroi et de fureur que, pour en retrouver la trace, il faut remonter par le souvenir
, jusqu'aux siècles d’ignorance et de barbarie. [ei, l'on massacrait sans pitié les hommes généreux qui se jetaient entre le choléra et le peuple; là, on préludait par l'émeute aux funérailles que l'épidémie allait confondre dans la même stupeur. C'était à Londres, c'était à Paris et à Madrid qu'éclataient de semblables transports; à Rome, rien de pareil n’est signalé. La foule s’agglomère dans les églises, elle entoure les chaires, elle assiége les confessionnaux, elle prie de la voix, elle prie du cœur. Le cardinal Odescalchi, Vicaire du Pape, a voulu conjurer le fléau en faisant descendre le calme dans les âmes. Le peuple s’est préparé à la mort, et, dans une procession solennelle, il se met sous l'invocation de la Vierge. Afin de rassurer les esprits, une procession à Rome sera toujours plus efficace qu’une émeute à Paris. L'image de sainte Marie-Majeure est transférée de la basilique à l'église des Jésuites. Cette translation, annonçant le péril dont est menacée la capitale du monde chrétien, a été ordonnée par Grégoire XVI pour désigner les enfants de saint Ignace comme les représentants de la charité pontificale. Le Pape, entouré des cardinaux, du sénateur et des magistrats, voulut se joindre au corlége, et, sous une chaleur étouffante, il suivit à pied la procession, s’avançant à travers les flots pressés d’une foule résignée.
Ce fut un moment solennel que celui où, sur la place du Gesü, le Général de la Compagnie reçut, en présence de la Cour apostolique, le précieux dépôt en qui les Romains ont foi. De tous les points de la Ville, on accourait à l’église des Jésuites. Le peuple s'était relevé de ses terreurs; on lui avait appris à envisager le danger sans pâlir : il l'attendit avec fermeté. Le mal se déclara, et aussitôt les hommes de l’art prévirent que ses ravages seraient affreux. Le 23 août 1837, il éclatait dans tous les quartiers, 1l frappait mdistinctement sur toutes les classes. Les princesses Christine Massimo et Chigi en furent les premières victimes. La mort planait sur la cité sainte. Le 2 septembre, à l'heure même où le choléra sévissait avec le plus d'intensité, le
Pape visite chaque rue de Rome, afin de bénir, de consoler et d'encourager cette population qui tend les bras vers lui. L’attitude de Grégoire XVI était triste, mais calme. Il avait ouvert le trésor obéré de l'Eglise; il demandait qu'on y puisàt à pleines mains, car le Père commun ne voulait pas laisser mourir ses enfants sans secours. Quelques membres du Clergé séculier, ainsi qu'un certain nombre de médecins, avaient hésité dans le commencement. L'exemple du Pape, des cardinaux, des princes et des moines, triompha de cette pusillanimité. Bientôt il n’y eut plus dans Rome qu'une rivalité de zèle et de sacrifices. Les Dominicains, les Franciscains, les Religieux de Saint-Camillede-Lellis, les Chanoines réguliers, affrontaient la mort, comme un soldat brave le danger sur les champs de bataille. Au milieu d'eux, les Jésuites ne trompèrent pas la confiance que Grégoire XVI et les Romains témoignaient à l’Institut. Il fallait une vigilance de toutes les minutes, des secours abondants, une activité sans exemple pour coordonner tous les devoirs. On entend les Pères solliciter la bienfaisance du riche qui ne refuse jamais ; on les voit pénétrer dans les quartiers indigents, porter les malades sur leurs épaules, distribuer à chaque famille des soms de toute espèce, adoucir les derniers moments de ceux qui expirent, et soutenir par leur courage l'énergie s’affaissant sous la douleur. Un écrivain royaliste, exilé de France, avait reçu à Rome une hospitalité que tous les partis réclament et qui ne leur est jamais déniée. Cet écrivain se nommait Bérard. Le besoin l'avait fait médecin ; la reconnaissance doubla l’activité de son zèle. Confondu parmi les Jésuites, toujours avec eux au plus fort du péril, il échappa, comme eux, à la contagion, comme eux il devint une preuve vivante que l’intrépidité est encore le meilleur des préservatifs *.
Neuf mille trois cent soixante-douze citoyens furent atteints par le fléau ; cinq mille quatre cent dix-neuf périrent. Le 11 octobre le choléra avait disparu. Au milieu des transports de joie qui éclatèrent à cette nouvelle, le Pape n’oublia point qu'il était le père des veuves et le nourricier naturel des orphelins. L'arche-
* On remarquera que, sur plus de trois cents Jésuites qui; pendant près de deux mois, soignèrent et assistèrent les cholériques, aucun ne se vit fappé par le fléau. en fat de mème pour la plupart des personnes qui se dévouèrent avec le plus de persév(rance,
vêque de Paris, Hyacinthe de Quélen, dont le palais fut saccagé et la vie mise à prix par la Révolution, avait adopté tous les enfants que la mort laissait sans famille. Dans un magnifique élan de charité, et debout sur les ruines de son archevêché, il apprenait aux plus incrédules à bénir cette Religion, la source de toutes les grandes œuvres et de tous les pardons. Grégoire XVI, cinq ans auparavant, admira la sollicitude du prélat proscrit ; du haut de son trône, il la consacre en l'imitant. Le cardinal Odescalchi, interprète de ses volontés, excite la commisération publique en faveur des orphelins. Sa voix est entendue, et leur sort assuré. Pour veiller plus attentivement à la répartition des secours et à l'éducation des enfants, une commission supérieure fut nommée. Le prince Orsini, Sénateur de Rome, la présida; elle eut pour trésoriers les princes Charles Doria et Gabrielli, pour secrétaire Camille di Pietro, auditeur de Rote. Par une dérogation aux règles de la Compagnie de Jésus, mais par un sentiment de reconnaissance qu’il était bon d’éterniser, on força le Pére Roothaan à prendre place dans ce comité sous le titre de conseiller député ecclésiastique. Six sections particulières se rattachérent à la commission. Elles eurent pour chefs monseigneur Morichini et la princesse Orsini, le marquis Patrizi et la comtesse Marioni, le prince Dominique Doria et la comtesse Lozzano- Argoli, monseigneur Marini et la princesse Borghése, le marquis Serlupi et la comtesse Marsciano, le chevalier Rem-Picci et la comtesse Orfei. La princesse Borghèse s'était déclarée la tutrice des orphelines; elle les faisait élever dans son palais. Le Père Roothaan décida qu’à Saint-Etienne-le-Rond vingt orphelins seraient entretenus aux frais de la Société de Jésus.
Au mois de janvier 1830, un prêtre de Vérone, don Pierre Albertini, avait conçu le projet de faire rappeler les Jésuites dans la Lombardie vénitienne. L’Evèque du diocèse et les magistrats de la ville accueillirent cette idée avec un empressement auquel la population entière s’identifia. Le 19 mars 1836, un décret impérial sanctionnait ce vœu; il accordait aux Pères l'entrée de tous les royaumes soumis à l’empereur d'Autriche ; 1l leur permettait le libre exercice de leur Institut ct de leur méthode d'enseignement, nonobstant les lois en vigueur. Une Maison fut fondée ; elle
reçut presque aussitôt la visite de l'Empereur et d’Anne-Marie de Sardaigne, son épouse. Dans le même temps le cardinal Odescalchi renonçait aux dignités de l'Eglise pour commencer son noviciat.
Charles, prince Odescalchi, né le 5 mars 1786, était une de ces natures d'élite que le monde, dont ils doivent faire l’ornement, effraie et pousse vers la retraite. Destiné aux grandeurs par sa naissance et son mérite, il avait senti dès sa jeunesse qu'une voix intérieure lui disait d’embrasser la règle de saint Ignace: Des considérations de famille et l’ordre même de Pie VIL comprimérent ce désir. Odescalchi fut condamné aux honneurs de la pourpre et de l’épiscopat. Par sa pieuse aménité, par ses talents, il devint l’une des gloires du Sacré-Collége, et, afin d'occuper des vertus qui aspiraient à la solitude, Grégoire XVI l'investit des fonctions de Vicaire-Général de Rome. La carrière du prince de l'Eglise avait été généreusement fournie ; Odescalchi pensa qu'enfin il lui en restait une autre à parcourir. Le Souverain-Pontife et les cardinaux luttaient contre cette vocation irrévocable; au nom de la Catholicité, ils lui demandaient le sacrifice de ses pen-
chants. Les obstacles venaient de tous les côtés, le cardinal triom-
pha enfin de l'amitié que lui témoignait Grégoire XVE, et, après avoir reçu ses derniers embrassements , il partit de Rome secrétement, comme un coupable ou comme un homme trop heureux. Le Consistoire accepta la démission de toutes ses charges, que le cardinal offrait avec tant de bonheur, et le prince de l'Eglise fut admis au nombre des Novices de la Société.
Ce fut le 8 décembre 1838 que le cardinal Odescalchi se dépouilla entre les mains du Père Antoine Bresciani, recteur de Modène, de la pourpre qu'il avait honorée. Ce fut ce jour-là encore qu'il revêtit pour la première fois l'habit de l’Institut. Servir, pour lui c'était régner. Les fatigues du Noviciat furent la plus suave de ses voluptés. La cellule qu'il dut occuper parut plus belle à ses yeux que les palais où il avait passé son enfance et son âge müûr. Détaché de la terre, cet homme se replia en luimême pour vivre tout-à-fait de la vie de Jésuite. Les uns l'admiraient, les autres le plaignaient ; lui se contenta de bénir Dieu. Voici en quels termes, le 8 décembre 1838, il annonçait au Général de la Compagnie son premier jour de félicité :
« Mon très-révérend Père, ayant pris ce matin le saint habit de la Compagnie, aprés avoir célébré la sainte Messe et après avoir, selon les instructions du Père Recteur, donné la commu nion aux Novices, mes fréres bien-aimés , je consacre mes tout premiers moments à écrire à Votre Paternité, bien que cette lettre ne doive partir que demain. de vous écris sans délai, mon trésrévérend Père, pour vous remercier de la lettre, précieuse pardessus tout, que vous avez daigné m’aaresser et que je conserverai fidèlement pour la consolation de mon âme, avec le bref du Saint-Pêre, qui, je dois l'avouer, a mis le comble à ma tranquillité.
» Les circonstances touchantes que je viens d'indiquer et celle encore de la belle fête de la très-sainte Vierge, à qui je me sais redevable de ma vocation et de la Hberté que j'ai obtenue d'y obéir, ne me permettaient pas de différer un seul instant de m’adresser à celui qui sur la terre devient mon supérieur dans la nouvelle carrière que j'entreprends de suivre. Je me sens trèsheureux , et la joie qui remplit mon âme ne peut se décrire. Le monde, dont les jugements portent si souvent à faux, exalte ce ce qu'il appelle mon sacrifice héroïque ; quant à moi , je bénis la divine miséricorde qui m'a accordé jusqu'aujourd’hui le temps, et qui aujourd'hui même me procure le moyen de me sanctifier et avant tout de me convertir.
» Je vous remercie de la bonté singuliére avec laquelle vous daignez me parler des différents membres de ma famille, et me dire l'effet qu'a produit sur eux ma résolution. Je suis certain que , si quelqu'un d’entre eux l’a momentanément désapprouvée, c’est seulement parce qu’elle l’affligeait. Examinée sans prévention, elle se justifiera d'elle-même. Le premier mouvement est toujours de blâmer ce qui déplait; reste à voir si souvent, alors même, il n’y a pas entier désaccord entre la conviction de l’esprit et le jugement précipité des lévres. Tous se calmeront bientôt, je l'espère, et, une fois calmés, ils ne pourront manquer de m'approuver.
» Je désire, mon très-révérend Père, que vous voyiez toujours en moi un enfant soumis , qu'en cette qualité vous disposiez toujours de moi sans aucun ménagement, et que toujours enfin
vous vous rappeliez que le sacrifice de ma volonté est un bonheur pour mol.
» Dans ces sentiments, j'ai l'honneur de me dire de » Votre Paternité ; » Le très-respectueux et obéissant serviteur, » CH. OpEscaLcai, Novice de la Société de Jésus. »
Le Père Odescalchi, Cardinal ou Jésuite, avait vécu de la vie des anges; il mourut en saint. Après trois années passées dans l'exercice des devoirs sacerdotaux et dans les missions, où sa parole touchait les cœurs comme un doux chant de mère, il expira à Modëne le 17 août 1841.
Au milieu des événements qui agitaient l’Europe , l'année 1840 allait ouvrir aux Jésuites le quatrième siècle depuis le jour où Paul IT, en 1540, confirma l'Ordre de saint Ignace. C'était une époque solennelle pour les disciples de l'Institut. Ils l'avaient déjà célébrée deux fois avec une pompe que les peuples et les monarques encourageaient. Le 27 décembre 1839, le Père Roothaan adresse à ses frères une encyclique. Il ne s’agit plus d'éclat ou de fête. Le Général de la Compagnie pressent l'orage qui va gronder, et il ne veut pas que les joies chrétiennes des Jésuites puissent servir de prétexte aux menaces ou aux accusations. À la veille des tribulations qui attendent les enfants de saint Ignace, il leur rappelle leur destruction de 1773 comme pour les fort fier en face du danger : « Il y a cent ans, leur écrit-il, la Compagnie, entrant dans son troisième siècle, était florissante et pleine de vigueur; en possession depuis longtemps d’une brillante réputation dans les lettres, dans les sciences et dans l’éloquence sacrée, elle s’occupait de l'éducation de la jeunesse chrétienne.
» Elle travaillait au salut des âmes dans tous les rangs, dans toutes les conditions, dans presque tous les Etats de l'Europe catholique et non catholique, dans les parties du monde les plus reculées et parmi les [nfidèles. Elle jouissait partout d'une haute estime, et recueillait les fruits les plus abondants. Pour comble de gloire, les applaudissements et la faveur des hommes n'avaient pu porter atteinte à la piété sincère de ses enfants, ni ralentir leur ardeur pour la perfection. Et si la faiblesse humaine ne
permet pas de supposer que, parmi vingt mille Religieux et plus” que l’on comptait alors, 1l n’y en eut pas d'imparfaits, du moins dans ce grand nombre on en voyait bien peu qui affligeassent cette bonne mère par l'irrégularité de leur conduite. Dans chaque Province, au contraire, une foule de Religieux d’une sainteté éminente répandaient au loin la bonne odeur de Jésus-Christ. Du rêste, la Compagnie soutenait une guerre acharnée contre l’erreur et contre le vice; elle combattait avec courage pour la défense de l'Eglise et de l'autorité du Saint-Siége. Sentinelle vigilante , elle s’appliquait à démasquer les nouvelles erreurs qui dés-lors pullulaient de toutes parts, et qui ne semblaient nées que pour renverser d’abord la Religion, puis, bientôt après, les trônes des rois, et enfin bouleverser tout ordre public, toute société. Elle travaillait à les détruire ou du moins à les comprimer, et employait contre elles la parole , la plume, les conseils, tous ses soins , tous ses efforts, tous ses travaux. Aussi jouissait-elle d'un grand crédit auprès des Pontifes romains et des Evêques , des princes et des peuples. Elle était regardée comme le glorieux asile des sciences, de la vertu et de la piété, comme un auguste et vaste temple élevé à la gloire de Dieu pour le salut des âmes, et ouvert au monde entier. Qui eût pu s’imaginer alors que, par une révolution aussi complète qu'inattendue, on verrait cet édifice si beau, si admirable, dont l'utilité égalait la grandeur , et que ses vastes proportions semblaient devoir rendre immortel , frappé de mille coups redoublés, s’ébranler, fléchir et s’écrouler enfin ! Et cependant ce qui paraissait incroyable , Dieu l’a permis pour apprendre à tous que ni la réputation de science et de vertu, ni les succès brillants, ni ce qu'on appelle des actions immortelles, ni la faveur des puissants du siècle, qui en est la suite ordinaire, ne sauraient soutenir une institution humaine quelconque, si Dieu, Dieu lui-même, ne la soutient ; que c’est uniquement sur sa miséricorde et son assistance qu'il faut s'appuyer en tout temps. Dieu l’a permis pour nous apprendre, à nous surtout, à avoir de bas sentiments de nous-mêmes. Instruits que nous sommes par la Foi, et aussi par l'expérience, que Dieu et son Eglise n’ont pas plus besoin de notre secours que de celui d’ancun homme, et pour que nous ne cessions de dire avec le Psalmiste, ‘É PUR
tant pour chacun de nous que pour la Compagnie en général : « Conservez-moi, Seigneur, parce que J'ai espéré en vous, et en vous seul. J’ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu, vous n'avez pas besom de mes biens. »
Après avoir déroulé le tableau de la chute de l'Ordre de Jésus, le Général appelait ses frères à l'humilité, et 1l leur disait : « Si nous devons reconnaître que Dieu s’est montré admirable en nos pères, qu'un jour aussi nos successeurs puissent se glorifier de la miséricorde dont il aura usé envers nous. Gardons-nous done, mes révérends Pères et mes très-chers Frères, de nous élever jamais en nous-mêmes ; et, quand nous ferions de grandes choses qui nous donneraient quelque droit à l'estime publique, n'ambitionnons pas les premiéres places ou le titre de bienfaiteurs parmi les hommes. Pensons, au contraire, que ce sont les largesses des personnes pieuses qui soutiennent notre existence, et que cela seul est un bienfait de voir que les hommes ne dédaignent pas nos services : bienfait de la part de ceux qui recourent à notre ministère , bienfait surtout de la part de Dieu, dont nous sommes ou du moins dont nous devons être les instruments, et devant qui, alors même que nous aurons accompli tout ce qui nous était ordonné, nous ne sommes que des serviteurs inutiles. Quant à moi, je suis persuadé que, si nous sommes humbles, il n’est rien que nous ne puissions espérer de Dieu pour nous et pour la Compagnie ; mais qu'aussi, sans cette condition, il n’est rien que nous ne puissions et ne devions redouter, soit pour nous , soit pour la Compagnie tout entière. »
Ce fut ainsi que les Jésuites se préparèrent aux combats qui les attendaient à peu de mois d'intervalle. La ville de Vérone, secondant les intentions de Grasser, son Evêque, et celles des familles les plus illustres, ouvrait aux enfants de Loyola le Collége de Saint-Sébastien. De grands sacrifices avaient été nécessaires pour construire le nouvel édifice; les magistrats et les citoyens s'imposèrent volontairement. Les villes de Crémone, de Cividale del Friuli, de Plaisance et de Parme suivent cet exemple. Nicolas Mattei, archevêque de Camérino, le cardinal Ferretti, archevêque de Fermo, confient aux désuites l’éducation de la jeunesse de leurs diocèses. Le 2 avril 1842, l'empereur Ferdinand signe le
décret pour l'érection du Collége de Brescia. Les Jésuites se trouvent exposés à d’incessantes attaques ; on les accuse dans les pays monarchiques de détourner les sujets de l’obéissance due au Souverain, et dans les Républiques de se montrer les suppôts du despotisme. On a prétendu que le prince de Metternich les tient complétement éloignés du royaume Lombardo-Vénitien, parce qu'il redoute leur néfaste influence. Le chancelier germanique répond à ces bruits en laissant la Compagnie de Jésus pénétrer dans Venise, Elle a eu jadis de longues luttes à soutenir contre cette fière République ; le canon autrichien campe sur la place de Saint-Marc , et les Jésuites sont à ses portes. Le Patriarche et les autorités allemandes les accueillent avec le même respect que le peuple. Depuis Fra-Paolo Sarpi, il existait une sourde inimitié entre les Pêres et les héritiers du Conseil des Dix. Cette inimitié disparaît, et le 31 juillet 1844, jour de la fête de saint Ignace, le Patriarche, le gouverneur, la noblesse, le clergé et le peuple se réunissent pour rendre aux Pères de l'Institut l’église et la maison dont tant de lois les ont dépouillés.
Le calme succédait à la tempête, et, dans les cœurs vraiment catholiques, le changement, pour être compris, n’a pas besoin d'explication. Les Vénitiens reconnaissaient les erreurs de leurs ancêtres ; 1ls les abjuraient pour que leurs enfants pussent jouir d’une éducation chrétienne. Dans la vieille cité des Doges, les choses se passaient ainsi en 1844; le 29 mars 1845, l'ile de Malte , devenue propriété britannique , fit entendre le même vœu à la Métropole. Ce vœu fut exaucé, Les Protestants anglais s’avouaient enfin qu'il importait même à leur pouvoir de ne plus soumettre l'éducation de la jeunesse catholique au joug de l'Eglise anglicane. Hommes libres par excellence, ils voulurent laisser la liberté aux spoliés afin d’affermir plus complétement leur autorité. Malte sollicitait auprès de lord Stanley l'érection d’un Collége de la Société de Jésus. Ce Collége devait fraisser tous les hommes qui font profession de n’appartenir à aucun culte : ils réclamérent avec insistance, avec menaces. Le gouvernement de la Grande- Bretagne avait par expérience acquis la preuve que la persécution est toujours un mauvais moyen de propagande. Il venait de sortir de cette voie périlleuse ; il ne consentit pas à y rentrer pour plaire
à quelques réfugiés italiens et à de vieilles inimitiés luthériennes. Le cabinet de Saint James avait promis ; lord Stanley, secrétaire d'Etat au département des Colonies, réalisa la promesse. Ce fut à cette occasion que les Maltais lui adressérent la lettre de remerciments qu'on va lire ! :
« Ayant appris par une voie sûre que vous aviez bien voulu approuver l’érection dans notre île d’un Collège dirigé par les Pères de la Compagnie de Jésus, nous, membres du Clergé, pères de famille et autres habitants de Malte, nous nous empressons de témoigner à Votre Seigneurie notre sincère gratitude pour une telle faveur. En nous acquittant de ce devoir, nous sommes heureux de penser que c'est à la bienveillance éclairée d’un ministre anglais que nous devons l’inappréciable avantage de pouvoir remettre aux mains des Pères de la Compagnie de Jésus l'éducation de nos enfants, avantage dont l'expérience a fait apprécier les heureux résultats et à nos ancêtres et à nos parents eux-mêmes qui ont placé ces îles sous le gouvernement paternel de la Grande- Bretagne.
» Convaincus comme nous le sommes que la félicité des nations aussi bien que celle des individus dépend essentiellement d’une éducation fondée sur les principes de la Religion , nous avons vu avec bonheur les habitants de Malte faire éclater la plus vive satisfaction au moment où ils ont appris que Vatre Seigneurie, accédant à nos désirs , nous a procuré le bonheur de pouvoir confier notre jeune génération à des Pères qui nous inspirent une entière confiance par l'intégrité de leurs mœurs, leur savoir et leur zèle pour la Religion.
» Nous retirerons encore de cette mesure un autre avantage, celui de voir nos enfants, formés dès leur bas âge par ces maitres expérimentés, devenir, nous avons lieu de l’espérer, de plus en plus capables de suivre avec succès les cours de l’Université, quand le temps en sera arrivé, et y recueillir aussi tous les fruits que ne manquent pas de produire les soins et les efforts des respectables professeurs de cette Compagnie...
! Cetle lettre, dont nous avons une copie certifiée, a élé couverte en peu de jours d'environ quatre mille signatures, dont six cent soixante quinze sont données par le Clergé séculier et régulier, et les (rois mille autres par les gentilshommes, les avocats, les médecins , les propriétaires, les négociants et les magistrats du pays.
» Nous ne voulons pas abuser plus longtemps de l'attention de Votre Seigneurie, dont les moments sont d’ailleurs si précieux, et nous finissons en déclarant que nous regardons cette bienveil- Jante condescendance à nos désirs comme un nouveau lien qui unit les affections des Maltais au trône de la Grande-Bretagne ; or, comme nous sommes principalement redevables de cette signalée faveur à Votre Seigneurie, nous la supplions de nouveau de daigner en recevoir nos sincères et bien vifs remerciments. »
Ainsi que nous l'avons déjà dit, le roi Ferdinand des Deux- Siciles avait, dès l’année 1804, rétabli la Compagnie de Jésus en deçà et au-delà du phare. Il décida que les biens non aliénés seraient immédiatement restitués aux Pères. Ils recouvrérent donc à Palerme leur Maison-Professe, le Collége Massimo et leurs églises. Le roi avait pensé que les Jésuites allaient contribuer à rendre les études plus florissantes dans ses Etats ; rien n’est effectivement plus favorable au développement des sciences et des leltres que l’émulation entre divers corps enseignants. On vit bientôt les Jésuites rivaliser avec l'Université et faire sortir l’éducation publique de la torpeur dans laquelle un monopole exclusif la faisait languir. Plusieurs Colléges furent fondés en Sicile; mais, quand les troubles de 1820 eurent mis le pouvoir aux mains des Carbonari, ce gouvernement révolutionnaire installa ses représentants dans la demeure même des Jésuites. Les Pères connaissaient l'esprit du peuple; ils savaient que tôt ou tard l'égoisme et l’avidité des démocrates amêneraient une réaction : ils cherchèrent à la rendre aussi peu sanglante que possible. Gette réaction arriva; partout les maisons de l'Institut devinrent des lieux d'asile, où les vaincus de la journée se retirérent sous la protection des enfants de saint Ignace. Le rôle de médiateurs entre les divers partis exposait leur vie à des périls continuels ; ils les bravèrent afin de calmer les passions. Ce dévouement provoqua dans les cœurs une reconnaissance que le temps n’a point affaiblie. Les Jésuites firent tourner ce sentiment à l'avantage de la Religion et des bonnes mœurs. Ils furent tout à la fois Missionnaires et Catéchistes; ils formérent partout des Congrégations d'ouvriers, de nobles et de marchands; et, lorsqu’en 4831 la crainte du choléra agitait les esprits, Joseph Spe-
dalieri, Provincial de Sicile, mit à la disposition du vice-roi tous les Pères de la Compagnie. Par leurs prédications et leur charité, ils avaient conquis une influence si légitime que les magistrats les appelaient sur tous les points où la révolte pouvait fermenter.
En 1837 le choléra envahit la Sicile ; ses ravages sont affreux, et la mort a quelque chose de si rapide que la malveillance s’empare de la terreur générale pour accréditer les bruits les plus sinistres. On ne préparait encore dans l’île qu'un mouvement politique; on accuse le roi et le gouvernement d’avoir empoisonné les fontaines. L'autorité veillait; elle n’a point d'intérêt à laisser égorger quelques victimes : ces bruits tombèrent devant la fermeté des magistrats et sous la parole des Jésuites. Les riches avaient choisi les Pères comme les aumôniers; c'était par leurs mains que passaient les secours : ce fut auprès d’eux qu’accoururent tous les désespoirs et toutes les misères. Les liens d'affection entre la Compagnie et les Palermitains venaient de se resserrer en face du fléau ; 1l en fut de même sur le littoral et dans l’intérieur de l'ile. Chaque cité voulut avoir sa maison de Jésuites : des fondations de toute nature, dues à la piété ou à la gratitude, consacrèrent cet enthousiasme que Naples partagea. Sous le règne du vieux Ferdinand, comme sous celui de son petit-fils, les enfants de saint Ignace purent croître en toute liberté. Le roi les estimait parce qu’il voulait rester juste; le peuple se prit à les aimer en les voyant toujours prêts à se Jeter entre les douleurs des uns et les misères des autres. Naples ne croyait plus à la possibilité dé nouvelles révolutions. Son jeune Souverain lui garantissait un long avenir ; le royaume se laissa être heureux ; et les Jésuites ne cherchèrent au pied du Vésuve qu'à développer le sentiment chrétien et l'amour des belles-lettres.
Dans cette histoire des enfants de Loyola, que nous suivons audelà des mers et sur tous les continents, 1l y à un fait qui nous émeut profondément. C’est de trouver ceux qui ont survécu à la dispersion de l'Ordre, aux révolutions, aux guerres et à l'exil, venant, tout dégagés qu'ils sont de leurs vœux, reprendre à la fin de leur carrière le joug qu'ils avaient imposé à leur jeunesse. Cette constance d'opinion, cette fixité d'idées que l’âge n’altère point, que le bien-être et la liberté n’ont pas affaiblie dans les
cœurs, est un de ces prodiges que l'Institut de Loyola seul a pu opérer. Nous avons vu en Allemagne, en France et en Italie tous les Jésuites abandonner d'enthousiasme la contrée où ils vivaient heureux et respectés. On les a condamnés à l'indépendance, ils veulent mourir esclaves de la croix; et ce n'est pas sur un point spécial qu’éclate cette manifestation , elle se présente partout à la fois. Partout où se rétablit une maison de l'Ordre, on aperçoit quelque Jésuite octogénaire renoncer au pays devenu pour lui une seconde patrie, et se croire tout-à-coup jeune et actif pour reprendre son existence de privations et de sacrifices. Cette foi éternellement vivace au cœur des disciples de saint Ignace est vraiment digne de remarque. La France, l'Allemagne et l'Italie nous en ont déjà fourni plus d’une preuve ; la Péninsule va nous offrir la dernière. d
Ferdinand VIT, longtemps captif, rentrait dans ses Etats. Il revoyait cette Espagne que les dissensions et les malheurs de la famille royale firent si héroïque. Les Espagnols ne cessaient de réclamer l'abolition des lois portées contre les Jésuites : Ferdinand se rendit au vœu de la Péninsule. Ce vœu lui était exprimé par toutes les grandes villes du royaume, par tous les ordres de l'Etat et principalement par cette armée de volontaires qui, ressuscitant la Vendée dans la patrie de Pélage, avait combattu avec tant d’ardeur pour Dieu et le roi. Ferdmand comprit qu’il fallait accorder satisfaction à ces sublimes dévouements. Il s'adresse au Pape, il lui fait part de son dessein. Le 15 décembre 4814, Pie VII l’encourage et le félicite en ces termes :
« Nous nous sommes réjoui encore des biens immenses que l'Espagne retirera des prêtres réguliers de la Compagnie de Jésus ; car une longue expérience nous apprend que ce n’est pas seule ment par la probité de leurs mœurs et par leur vie évangélique qu'ils répandent la bonne odeur de Jésus-Christ, mais encore par le zèle avec lequel ils travaillent au salut des âmes. Pour rendre leur ministère plus fructueux, unissant à la vie la plus pure une connaissance approfondie des sciences, ils s'appliquent à propager la Religion, à la défendre contre les efforts des méchants, à retirer les Chrétiens de la corruption, à enseigner les belles-lettres à la jeunesse et à la former à la piété chrétienne.
» Aussi n’avons-nous aucun doute que le rappel dans vos Etats de ces Religieux, qui se livreront absolument aux devoirs qui leur sont imposés, n'y fasse refleurir l'amour de la Religion, le goût des bonnes études et la sainteté des mœurs du Christianisme , qui augmenteront de jour en jour.
» Ce n’est pas seulement vous, notre’ cher fils en Jésus-Christ, que nous félicitons de tous ces biens, mais encore toute la nation espagnole. Cette nation , que nous chérissons en Notre-Seigneur d’un amour particulier, à cause de son constant attachement à la religion chrétienne et des preuves de fidélité qu'elle nous a données ainsi qu'au Siége apostolique, sera une des premières à ressentir les heureux effets qui résulteront de l’établissement de cette illustre Société, et que nous nous sommes efforcé de procurer à tous les Fidèles de Jésus-Christ. »
Les maux dontle comte d’Aranda et Florida-Blanca avaient accablé l'Institut des Jésuites étaient réparés. par le petit-fils même de Charles IT. Dans son décret du 15 mai 1815, Ferdinand VII, faisant allusion aux actes de 1767 et aux prières de ses sujets, s’exprimait en ces termes : « Les vœux de tant de notables personnes , qui m'ont donné les preuves les plus signalées de leur loyauté, de leuramour pour la patrie et de l'intérêt qu'elles n'ont cessé de prendre à la félicité temporelle et spirituelle de mes sujets, m'ont déterminé à un examen plus approfondi des imputations faites à la Compagnie de Jésus. J'ai reconnu que sa perte avait été tramée par la jalousie de ses plus implacables ennemis, qui sont également ceux de la sainte Religion, base essentielle de la monarchie espagnole. » Ce décret frappait de nullité les jugements et édits rendus sous Charles II. Une Junte royale, indépendante des autres ministères , est créée pour régler tout ce qui concerne le rétablissement de l'Ordre. L'Evêque de Teruel la préside. Il faut rassembler les Jésuites dispersés depuis quarantehuit ans. Emmanuel de Zuñiga, Provincial de Sicile, accepte le titre de Commissaire Général : il arrive à Madrid avec les Pères Juan d'Ossuna et Joseph de Silva. Il y est reçu aux acclamations du peuple. Les autres Instituts religieux, Franciscains et Dominicains en tête, leur ouvrent processionnellement les portes de la capitale. De Zuñiga invite les anciens Jésuites à rentrer dans la
DE LA COMPAGNIE DE JESUS. 249 Compagnie et à consacrer à leur mère ce qui leur reste de forces. Cent quinze vieillards, presque tous octogénaires, traversent la Méditerranée, et regagnent leur première patrie avec un cœur qui ne reculera devant aucun sacrifice. Parmi ces Jésuites, que l'exil en Italie n'a jamais distraits de leurs soins apostoliques et de leurs travaux littéraires , on remarque Castañiza, Canton, Arévalo, François Masdeu, Pratz, Roca, Ruiz, Soldevila, Goya, Soler‘, Serrano, Cordon, Montero, Ochoa, Lacarrera, Villavicencio, Aleman, Ugarte, Muñoz, Alarcon, Las Fuentes et Araoz.
Des décrets spéciaux restituaient à la Compagnie les biens non vendus , ayant jadis été sa propriété. Le 29 mars 1816, la Junte, à laquelle s’est adjoint le duc de l’Infantado, conduit solennelle ment le Père de Zuñiga au Collége Impérial ; elle lui en remet les clefs. Le soir même, le Père Parada fait ouvrir les cours. Cinquante-six villes sont en instance pour obtenir des Jésuites; les Evêques, les Chapitres, les autres Ordres religieux et les Municipalités en sollicitent au nom des provinces. Cet élan universel détermine le Commissaire-Général à ne plus différer l'érection d'un Noviciat. On voit déjà les enfants de saint Ignace à Murcie, à Trigueros, à Tortose, à Villa-Garcia ; leur arrivée dans la Navarre et dans le Guipuscoa est une fête nationale. Lazaga, Evêque de Pampelune, leur offre l'hospitalité dans son palais ; les Pères Arévalo, Sorarrain et Oyarzabal vont prendre possession du célèbre Collége de Loyola qui entoure le château où naquit saint Ignace. Ils ne peuvent se soustraire à l'accueil triomphal que leur préparent les montagnards et les habitants de ces vallées, au fond desquelles retentit le cri de guerre de l'insurrection monarchique. Le Collége n'a pas encore de revenus fixes; le peuple y supplée. Dans la Catalogne, à Manrèse surtout, le même enthousiasme se produit.
Le 20 juillet 1816, quatre vieillards, dont le moins âgé a soixante-douze ans, se partagent à Valence les classes et la garde des élèves , d’autres se dirigent sur Palma et sur Grao. La ville d'Oùate a des souvenirs d'Ignace et de François de Borgia; elle
* Ces Jésuites espagnols avaient formé des élèves dont les noms seuls sont un titre de gloire. Le Père Soler complait parmi les siens le cardinal Angelo Mai, le Théatiu Ventura, el Lojacono, Général du même Ordre.
les invoque , afin de posséder dans ses murs des héritiers de leurs vertus. L’Aragon et l’Andalousie leur facilitent des voies de retour. Le Père de Zuñiga s’aperçoit que de nouvelles maisons de Noviciat sont indispensables pour répondre à tous les besoins : il en fonde deux autres à Loyola et à Séville. En 1819, Manrèse et Villa-Garcia jouissent du même avantage, Cadix faisait valoir ses titres auprès des Jésuites : au mois de novembre 1818, le Père Antoine de Herrera y conduit sept Pères de la Compagnie ; six mois après, le Gollége voyait huit cent soixante écoliers s’asseoir sur ses bancs. Un an ne s’est pas encore écoulé que la fièvre jaune sévit dans cette cité. Herrera, quoique octogénaire , se dévoue au service des malades. Atteint par le fléau , il meurt en léguant à la Compagnie l'exemple du martyre de la charité; il ne tarda pas à trouver des imitateurs. Les Pères André Morel et Philippe Zepeda expirent à la fleur de l’âge au milieu des moribonds, dont ils adoucissent les dernières souffrances.
La province d'Espagne renfermait déjà trois cent quatre-vmgtdix-sept Jésuites. Des progrès aussi rapides faisaient concevoir à l’Institut les plus belles espérances, lorsque, vers la fin de février 1820, se manifestérent des symptômes de révolution. Le 11 mars, jour même de l’agonie du Père de Zuñiga, qui a tant contéiliué au rétablissement de la Société en Espagne, l’émeute gronde autour du Collège de Saint-Isidore. Elle vient de proclamer la Constitution de 181: elle l'intronise à Madrid par le blasphéme et par la menace. Là, comme partout, les Jésuites furent les premières victimes jetées aux aveuglements démagogiques. L’insurrection devait triompher, car le roi n'avait pas assez de cœur pour la regarder en face. Le Père Cordon, nommé Vice-Provincial après la mort d'Emmanuel de Zuñiga, comprend que la tempète sera affreuse ; 1l voit que l'agitation des esprits et la lâcheté du monarque en attireront d’autres sur la Péninsule ; il sy prépare par la prière. Les Révolutionnaires espagnols ne cachaïent pas leur intention de spolier le Clergé, d’arracher de l'âme des masses le prmcipe-catholique que les siècles y ont si fortement enraciné ; mails pour consommer plus sûrement leur œuvre, ils couvraient le a séculier d’un respect dérisoire et ils ne s’attaquaient qu'aux Jésuites.
I n’y avait plus de Pyrénées entre la France libérale et l'Espagne constitutionnelle. Dans les deux pays on marchait à l’assaut de l'Eglise et de la royauté au cri de : Mort aux Jésuites! Ferdinand eut néanmoins l'intelligence de sa position, il essaya de défendre son trône et la Conpébhis: ; néanmoins il cède bientôt aux menaces dont il ose se laisser accabler. Il interdit aux enfants de Loyola d'admettre des Novices dans leurs Maisons, et il abandonne aux Cortès futures à décider du sort même de l'Institut. Le 31 juillet 1820, le ministère propose une loi portant suppression de la Compagnie ; le 14 août, le projet fut accepté. Dans cette enceinte où ne retentissaient que des voix ennemies, un seul orateur, le comte de Maule, eut le courage de servir d’interprète aux vrais besoins et aux vœux de l'Espagne. Il parla de liberté à des hommes qui se prétendaient libéraux, et il ne fut pas écouté. Les Cortès prononcèrent l'abolition de l'Ordre de Jésus. Ces députés s’arrogeaient le droit d'initiative royale et de suprématie ecclésiastique ; cependant, afin de conserver aux yeux du public une- apparence de justice, ils accordérent une pension de trois cent quatre-vingt-quinze francs à chaque Père engagé par les vœux du sacerdoce. La pension alimentaire fut une de ces promesses que les révolutions ne tiennent jamais.
Les Jésuites étaient encore une fois dispersés : leur vie ne devait être qu'un combat; ils acceptent le combat sous quelque forme qu'il se présente. En 1821, la peste ravage la ville de Tortose; un jeune scolastique, Ferdinand Quéralt, et deux Coadjuteurs, François Jordan et Raymond Ruiz, accourent pour servir les pestiférés. Le danger était imminent ; les autorités constitutionnelles s’'empressent de mettre un pareil zèle à l'épreuve. On les place au poste le plus périlleux, ils y restent. On leur confie le soin des orphelins, ils deviennent des mères pour tous ces pauvres enfants. Le dévouement des trois Jésuites excitait l'admiration publique. Le fléau commençant à disparaître, on sentit que ce dévouement, salué par la reconnaissance des familles, serait un reproche adressé aux frayeurs administratives : les trois Jésuites sont jetés dans les fers. Cette ingratitude irrite le peuple; la prison se change en un lointain exil. Le 17 novembre 1822, le Père Jean Urigoitia fait partie d’un convoi de
vingt-cinq Prêtres ou Religieux, que l’on dirige sur Barcelone. Ces captifs sont soupçonnés de ne point aimer la Constitution de 1812; à six milles de Manrèse, les soldats les massacrent pour leur prouver qu'elle est humaine. Ce ne sera pas la derniére fois que le sang d’un Jesuite coulera sous le fer des Révolutionnaires de la Péninsule. Ils avaient bien pu égorger des prêtres sans défense ; ils ne surent pas se battre, lorsque les Français, commandés par le duc d'Angoulême, vinrent délivrer l'Espagne de cette honteuse tyrannie. Elle avait supprimé la Société de Jésus; trois années après, les Jésuites rentraient dans leur droit et dans leurs maisons dévastées.
Ces intermittences de bien et de mal, de’vie et de mort portaient un grave préjudice à l'éducation; l'armée surtout avait besoin d’une organisation aussi forte que sage. Ferdinand VIT, arraché de sa prison, redoutait de se voir de nouveau exposé aux trahisons que ses coupables faiblesses et son ingratitude avaient encouragées. On lui persuada qu'il fallait reprendre l’édifice par la base et former une nouvelle génération d'officiers qui, par leur aptitude militaire et leur dévouement monarchique, ne compromettraient pas à chaque instant l’obéissance du soldat et l'avenir du royaume. En 1825, on créa donc à Ségovie un Collége général militaire, où l’on se proposa d'élever les jeunes gens destinés à l'infanterie, à la cavalerie, à l'artillerie et au génie. Cette pensée était féconde ; pour la développer, on chargea deux Jésuites, les Pères Gil et Sauri, d'enseigner aux élèves les principes de foi religieuse , de fidélité politique, d'histoire, de belles-lettres et de géographie. Au commencement de 1827, la même idée présida à l'établissement du Collége des Nobles, dont les Jésuites acceptèrent encore la direction. Il prospéra avec tant de rapidité que, peu de mois après, les enfants des plus grandes familles s’y réunirent. La mort de Ferdinand VII interrompit toutes ces œuvres, dont le succès ne faisait plus doute pour personne. Cette mort laissait la Péninsule en proie aux factions ; elle avivait une plaie que le temps n'a pas encore cicatrisée. Le testament du roi donnait la couronne à un enfant, et la régence à Marie-Christine, mère de la jeune fsabelle. Don Carlos, déjà exilé, se.voyait exclu du trône. De nouvelles
calamités allaient fondre sur ce pays; les royalistes espagnols crurent les conjurer en courant aux armes pour défendre la loi salique, qu’à leurs yeux Ferdinand , à son lit d'agonie, n'avait pas eu le droit d’anéantir. La guerre civile éclata ; elle fut longue et sanglante. Les Jésuites n'étaient point forcés d'y prendre part ; ils se renfermérent dans les soins de leurs divers ministères; ils instruisirent la jeunesse ; ils furent prêtres lorsqu'on les appelait à se transformer en hommes de parti; et ils restèrent étrangers à tout acte ou manifestation politique. Par l’état même des choses, la reine-mère était obligée de se précipiter dans les bras des ennemis de sa famille et de son époux. L'’ambition du pouvoir l'avait faite leur auxiliaire , leur drapeau et leur servante; elle se prêta à ce triple rôle; elle subit les exigences que l’émeute lui imposa. Christine vit couler le sang autour d'elle; elle fut tour à tour lidole et la victime des insurrections. Mais, dans cette période de désastres religieux et d’affaissement monarchique , ce fut surtout à la Compagnie de Jésus que s’adressérent les coups portés par les prôneurs de la Constitution de 1812.
Les Jésuites étaient l'avant-garde du Saint-Siége : il fallait les détruire afin d’amoindrir le Clergé et de s'emparer de son patrimoine par la violence législative. Un plan aussi cruel qu’habile fut dressé dans ce sens. La liberté de la presse inaugura sa puissance en s'improvisant l'écho des outrages contre l’Institut ; elle dénonça quelques Pères, elle en accusa d'autres. Isabelle était le principe jeté en avant par les ennemis de la Religion et de la royauté; on représenta les Jésuites comme les adversaires nés du trône constitutionnel. La Franc-Maçonnerie mourait en France sous le ridicule , de même que les Templiers, les sectateurs de Châtel et les Saint-Simoniens ; en Espagne, elle eut une action puissante. Elle organisa des loges qui devinrent des clubs, et dans ces clubs certaines sociétés secrètes décrétérent la ruine de toutes les associations religieuses. On médita, on résolut le massacre des Réguliers. Un prétexte était nécessaire, le choléra loffrit. Aux premiers symptômes de l’épidémie, la reine Christine et les plus chauds amis du peuple l'abandonnérent à ses frayeurs. On fit circuler dans les masses que l’eau des fontaines était empoisonnée, et que les moines
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et les Carlistes avaient seuls pu commettre un pareil attentat. Des enfants sont arrêtés sur la voie publique. Ils jouaient avec des poisons actifs, et en plein jour ils les semaient au milieu de la rue afin d'attirer les regards de la foule. La police leur demande qui leur a mspiré cet atroce passe-temps , ils répondent à haute voix : « Ce sont les Jésuites. »
Ce prologue d'un horrible drame n'était déroulé que pour exaspérer la multitude’. (n la croyait découragée, on espéra la disposer à suivre l'impulsion de colère qui lui serait donnée comme un mot d'ordre. Dans la journée et dans la nuit du 16 juillet 1834, les bruits les plus sinistres circulèrent à Madrid ; l’arsenie, tombé en. paquets des mains de quelques enfants, était retiré des fontaines et exposé sous les yeux du peuple. Le nom des Jésuites se mêlait à tout ce complot, il en faisait la base; leur mort devait lui servir de dénoûment. On avait attisé le feu de la sédition, il éclatait. L'autorité elle-même se fit un jeu de le diriger sur les Pères. Le 17 juillet, à trois heures de l'après-midi, la foule, enivrée de terreur, marchait avec la garde nationale au cri de Poison! poison! Mort aux Jésuites ! et Vive la République! Afin de stimuler les cruels appétits de cette tourbe, on lui a déjà donné quelques citoyens inolfensifs à dévorer. Ce sang lui monte à la tête; le peuple a le vertige, c’est le moment de le lancer sur le Collége Impérial. Les portes viennent d’en être fermées par ordre du supérieur. Elles sont ébranlées sous les hurlements, elles tombent sous les haches. À ce premier moment, l'effroi s'empara de quelques Jésuites , ils cherchèrent à mettre leur vie à l'abri d’une sauvage agression. Mais la plupart s’assemblent dans la chapelle domestique. Là, ils se fortifient mutuellement, et, en priant les uns pour les autres, ils se résignent
® Quand le but que la Révolution se proposait fut alteint, elle flétrit les manœuvres qu’elle-même avait mises en jeu, et le 18 juillet le gouvernement espagnol, toujours à Saint-Ildefonse, adressa à l'Eurepe cette dépêche télégraphique : « Le choléra ayant éclaté avec une extrême violence le 16, la population s’est persuadée que les fontaines publiques sYATeRE été empoisonnées ct a imputé aux moines ce crime imaginaire. »
Le 49 juillet, M. Martinez de la Rosa, ministre des affaires étrangères, écrivait encore de Saint-Hdefonse aux autorités pour leur affirmer « que la tranquillité s’élait rélablie d’une manière inaltérable, qui ne donne plus le moindre symptôme d'inquiétude, et qui ne montre plus dans les esprits que le vif désir de voir un chàtiment exemplaire tomber sur les auteurs de ces atrocités, »
au trépas que tant de clameurs leur annoncent. Les Descamisados se ruaient pour égorger les Jésuites, ils criaient : Vive la liberté ! Mort aux Moines et aux Prêtres! On suppose le peuple assez exalté pour se livrer à de plus horribles blasphèmes ; on veut le forcer à répéter ceux que dictent la Franc-Maçonnerie et les Clubs, il faut jurer mort à la Religion , mort à Dieu, et fondre sur l'ennemi qu'on lui désigne en proférant la malédiction de : Vive l'Enfer! la populace recule indignée. On tâche de l’entrainer à tout prix; on la corrompera plus tard jusqu à la moelle. En attendant, il s’agit de lui faire goûter du sang de Jésuite. Le Séminaire * est envahi. L'Eglise du Collége se voit le théâtre de sacriléges dévastations. Pour enflammer l'ardeur des tièdes, quelques coups d'arquebuse se font entendre. Ce sont, vociférérent les meneurs, des Jésuites qui tirent sur le peuple. » À ce mot, prononcé après tant d'excitations, la fureur ne connaît plus de bornes. |
Au Séminaire, les élèves avaient été réunis dans la salle commune ; rangés autour du Père Edouard de Carassa, ils priaient ou pleuraient. À la vue des baïonnettes, un cri de détresse se fait entendre. Ces enfants se croient menacés; un des gardes nationaux les prend sous sa protection, 1l déclare que le massacre ne commencera que lorsqu'ils seront tous en sûreté. Gette parole d'humanité, arrachée sans doute à un cœur de père au milieu même de l'orgie à laquelle il prenait part, ne suspend qu'à moitié les vengeances nationales. Le Coadjuteur Jean Ruedas tombe le premier criblé de coups. Le sous-diacre Dominique Barrau expire auprès des enfants dont il est le préfet; Martin Buxons périt au même instant, ainsi que Garnier, Sancho, Casto Fernandez, Juan Urreta et Firmin Barba. Le Père Joseph Fernandez a d’autres outrages à subir avant l'assassinat, les Descamisados lui coupent une joue et une oreille, puis ils le trainent par les rues en le couvrant à chaque pas d'insultes et de blessures. Le Père Celedonio Unanue est destiné au même sort, Frappé d’un coup de baïonnette dans la région du cœur, il va tomber comme les autres ; la pitié d’un soldat l’arrache à ses bourreaux, François
1 Pepsionnat uni au Collége lmpérial,
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Sauri n’a pas le même bonheur, il expire en priant Dieu pour ses meurtriers.
Dans ce 2 septembre espagnol, dont d'autres crimes n'étoufferont pas le souvenir, il a fallu tromper le peuple, l'enivrer presque de terreur pour l'amener à voir ainsi passer ses effroyables vengeances. Le peuple sent le courage lui manquer à chaque pas qu’il fait dans cette voie sanglante. On l'anime par de nouveaux spectacles. Les Descamisados n'ont encore tué qu'à l'irtérieur ; le savant Père Artigas, le Scolastique Dumont, le Coadjuteur Manuel Ostolaza sont fusillés à la porte du Collége, et leurs corps nus exposés aux regards de la foule. Joseph Elola succombe sous les baïonnettes.
Le Séminaire était témoin de ces scènes d'horreur; au même moment d'autres crimes se commettaient dans le Collége Impérial. Les bourreaux s’y introduisent ; ils pénètrent jusqu'à la chapelle, mais là ils sont arrêtés par un ordre supérieur et par le dévouement d'un Jésuite. Muñoz, duc de Rianzarès et déjà peut-être l'époux de Marie-Christine, avait un frère dans la Compagnie. Quelques assassins promettent au Père de Carassa de se montrer moins barbares s’il veut leur livrer Jean-Grégoire Muñoz. Ce jeune homme s'était, comme les autres, réfugié dans la chapelle, et il priait en attendant sa derniére heure. Le chef des Descamisados s'approche de lui : « Ne craignez rien, dit-il, je suis ici pour vous sauver la vie. Je dois la mienne à votre frère, et je suis heureux de trouver une occasion de lui témoigner ma reconnaissance. » Muñoz avait compris qu'un bras puissant veillait sur ses jours. « Je reste, s’écrie-t-il, parmi les Jésuites mes frères. Leur sort sera le mien. Sauvez-les avec moi, ou je mourrai avec eux. » Le massacre était organisé avec tant de régularité, les meurtriers se montraient si bien disciplinés que, sur l'ordre d'un garde du corps de la reine, les colères , tout-à-l’heure si terribles, se calmèrent comme par enchantement. Les victimes et les assassins restaient en présence, lorsque tout-à-coup le capitaine-général de Madrid, Jose Martinez de San-Martin, quin'a pris aucune précaution militaire, qui a laissé grandir et se développer l’émeute, paraît dans la chapelle. Pour y arriver, il s’est vu forcé de marcher sur les cadavres des Jésuites; sa premiére
parole est un outrage. Il reproche aux Pères l’empoisonnement des eaux de la ville; puis, pour sanctionner cette calomnie, il court montrer aux égorgeurs une fiole qu'il a trouvée et qui, ditil, contient le poison. La fiole venait de tomber des mains d'un spectateur. Ce dernier la réclame ; il offre d’en avaler le contenu pour prouver qu'elle ne renferme aucun breuvage mortel. Le capitane-général rougit de honte ; mais l’œuvre de dévastation ne s'arrête ni au dedans ni au dehors. On a massacré ; on ravage maintenant sous les yeux de Martinez et avec son approbation. On profana les choses saintes, on dépouilla les autels ; tout fut mis à sac. Quand on eut habitué la populace à ces excès, dont le caractère espagnol répudiait la honte, la force armée intervint à sept heures du soir pour régulariser le désordre, et veiller sur les ruines amoncelées auprès des cadavres.
Le carnage ne cessa dans la maison des Jésuites que pour recommencer immédiatement chez les Dominicains et les Pères de la Merci. La Révolution avait pris le parti d'abolir les Ordres religieux ; elle égorgeait les hommes afin de tuer l'idée. Elle se faisait violente et calomniatrice pour inaugurer ses projets de spoliation et d’athéisme légal. Le couvent des Franciscains avait été soumis au même régime du sabre que le Séminaire et le Collége des Jésuites. Le tour des autres Instituts était arrivé. Les Dominicains et les Pères de la Merci succombérent sous les mêmes inculpations. Ils périrent, comme les Franciscains, par le feu, par l'eau, à coups d'épée, de poignard ou de massues. On en précipita quelques uns du haut des toits; on en étrangla d’autres. Les scènes de meurtre et de pillage se propageaient dans tous les quartiers. La capitale de la catholique Espagne se voyait le théâtre d'un de ces drames que la démagogie prépare pour épouvanter ses adversaires et couvrir le peuple d'une sanglante solidarité. Le 48 juillet, au matin, la consternation régnait dans la ville avec le choléra. Le gouvernement avait reculé devant l’émeute ; Christine avait fui ; l’armée s’était rendue complice de ces attentats, ou du moins elle y avait assisté impassible comme à une exécution militaire. Ce coap porté à la Religion et à l’autorité devait retentir au loin. Le 19 juillet, quand les soixante-quatorze vic-
times { furent déposées dans leur tombeau, un décret royal parut pour annoncer que des mesures inutiles étaient enfin prises contre l’émeute. On destituait les magistrats coupables ct le capitaine-général San-Martin. Un emprisonnait les Descamisados les plus forcenés. Gette tardive justice révélait son impuissance et sa participation au forfait , jusque dans la manière de le réprimer. Les assassins avaient commencé l’œuvre révolutionnaire ; ils imposèrent aux pouvoirs constitutionnels la tâche de l’achever.
Le 7 juillet 1835, la Société de Jésus fut législativement supprimée en Espagne. On ne s’appuya sur aucun prétexte religieux ; on ne donna aucun motif politique pour expliquer cette mesure. Les Jésuites possédaient des terres et des maisons ? : ce fut leur plus grand crime aux yeux de la loi que de cupides gouvernants, que des vénalités subalternes se chargeaient d'appliquer. Les Pères de l’Institut obéirent sans résistance à ce nouveau décret de proscription, qui allait s'étendre aux divers degrés de la hiérarchie ecclésiastique. On ne jugeait pas, on ne condamnait pas le Clergé ; on le dépouillait et on l’expulsait. Les Jésuites espapagnols étaient sans asile, sans secours d'aucune sorte. La plupart se retirèrent dans d’autres Provinces de la Compagnie, d’autres ne voulurent pas abandonner leur patrie. Une seule maison restait debout dans le royaume, c'était le sanctuaire de Loyola. Le général Rodil en avait déjà enlevé les supérieurs ; mais, quand l'insurrection carliste eut pris l'offensive sous Zumalacarreguy, les Pères, sans se préoccuper de la guerre civile dont le Bastan était le théâtre, se livrent à l’enseignement et à la prédication. Il fondent un Noviciat dans le Guipuzcoa; ils y recueillent les Jésuites dispersés par la tempête. Ils sont sur Le territoire occupé par l’armée carliste, territoire qu'ils n’ont pas choisi,
Pendant cette journée, il périt quinze Jésuites, sept Dominicains, quarantequatre Franciscains et huit Pères de la Merci. On ne compta que onze blessés , et parmi ces derniers plusieurs moururent à peu de jours de distance.
2 Lorsque les Jésuites français subirent l’ostracisme des ordonnances du 16 juin 4828, ils cédèrent à la prière d’un grand nombre de familles catholiques et fondèrent immédiatement un Collége à l’embouchure de la Bidassoa, dans un bourg appelé los Passages, à une lieue de Saint-Sébastien. Ainsi placés entre la France et l'Espagne , ils pouvaient répondre au vœu des deux peuples, Le roi d’Espagne, le comte de Fournas, capitaine-général de la province, et l'Evêque de Pampelune se mont(rèrent favorables au nouvel établissement. Après la mort de Ferdinand VII, il devint un objet de persécution. Mina l’inquiéta souyent, el enfin, le 44 juillet1834, Rodil le fit fermer par la force, |
mais qui leur est indiqué par la force des choses. On prend texte de la situation même de leur ancien Collége de Loyola pour les accuser de carlisme. On annonce que le Père Gil est en faveur auprès du prince et que les Jésuites dirigent tous les mouve- IHONS : +
Ainsi que cela était arrivé dans d’autres tourmentes intestines, la Compagnie s’abstenait de toute participation aux luttes des partis. Elle intervenait quelquefois dans les deux camps; elle y remplissait les devoirs du ministère ecclésiastique : elle consolait les affligés, elle soignait les blessés, elle apprenait à tous à vivre, à mourir chrétiennement ; mais son action politique n’est signalée sur aucun point. L’æmée constitutionnelle proscrivait ou égorgeait les Jésuites, celle de don Carlos leur offrait aide et protection. Ils restérent là où leur présence était regardée comme un bienfait, Le Père Unanue fut le confesseur du prince, et les infants continuërent, comme du vivant de Ferdinand VIE, à être élevés par les Jésuites !. Toujours soumis à l’autorité, les disciples de saint Ignace obéirent au quartier-général carliste comme ils obéissaient à Madrid. Ils crurent que leur prudence ne leur susciterait pas de nouvelles calamités. Après la convention de Vergara, ils rouvrirent leur Collége ; et, comme Espartero voulait se débarraser de la reine-régente et des derniers Jésuites, l'établissement de Loyola fut supprimé. La Société de Jésus n'existe plus dans la patrie de saint Ignace, de saint François-Xavier, de saint François de Borgia et de Laynés.
De même que l'Espagne, le Portugal, appauvri, épuisé par les guerres de Napoléon, se trouvait livré aux discordes intestines. La désunion étlatait dans la famille de Bragance presque en même temps que dans celle de Bourbon. Ces princes n’avaient su ni gouverner leurs royaumes ni résister à l'oppression étrangère. Après avoir donné à l'Europe le spectacle de leur inertie, ils venaient se disputer quelques débris de trône et mettre l’usurpation à la place du droit. Cet exemple de querelle fratricide dans les maisons royales était un encouragement accordé aux révolutions. Elles en profitèrent pour rendre odieux les infants
1 Ce fut le Père Mariano Puyal qui, dès 4824, se vit chargé de l'éducation du-fils aîné de don Carlos.
qui n'invoquaient pas leur secours ou pour avilir ceux qui le sollicitaient. Les guerres de don Carlos contre Christine , les luttes entre don Pédro et don Miguel produisirent des résultats funestes aux monarchies ; la Socièté de Jésus en Portugal en ressentit le contre-coup. :
Don Miguel n'ignorait pas la popularité dont, après soixantedix ans d’exil, le nom des Jésuites jouissait encore sur les rives du Tage. Son trône était mal affermi, il pensa qu’en rendant à ses sujets les apôtres que Pombal leur avait arrachés, il ferait un acte aussi agréable qu'utile à sa patrie. Il n'existait plus de Pères portugais : par l'entremise du marquis de Lavradio, son ambassadeur à Rome, don Miguel fait demander d'envoyer à Lisbonne quelques Missionnaires de la Compagnie. Le généralat est vacant par la mort de Fortis. Le Vicaire donne son agrément à cette mesure : le Père Godinot, Provincial de France, désigne six Jésuites et deux Frères coadjuteurs qu'il place sous la direction du Père Delvaux. Rétablir les enfants de saint Ignace sur cette terre où la mémoire de leurs services et de leurs souffrances restait gravée dans les cœurs, était une pensée qui devait produire d'heureux résultats ; mais 1l fallait l’accepter avec courage et ne reculer devant aucune de ses conséquences légales. Le décret du 10 juillet 1829, que Delvaux reçut à Madrid, ne pouvait pas satisfaire les amis de la Compagnie ; il semblait n’être-destiné qu'à irriter ses adversaires. Don Miguel avait pris un moyen terme : sans se prononcer sur le passé, 1l offrait les Jésuites comme de nouveaux auxiliaires au Clergé séculier. « Considérant, disait-il dans cet acte officiel, le grave préjudice que souffrent l’éducation chrétienne et la civilisation des domaines de ces royaumes par le manque de ministres évangéliques, et voulant aller au devant des maux de toute nature que la durée rendrait irrémédiables, ayant toujours en vue le bien de la Chrétienté, et par lui la félicité de mes fidèles sujets, jai pour bon d'appeler à cette fin la Compagnie de Jésus et de permettre qu’elle s’établisse de nouveau. »
Ce laconisme, décelant tant de craintes, cachait les justices d'une réhabilitation sous des besoins trop réels. Îl ne dut guère rassurer les Jésuites sur l'avenir, il ne les intimida point cependant. Les Pêres comprirent que don Miguel et le duc de Cadaval,
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son ministre, étaient placés dans une fausse position ; ils erurent qu'il n’appartenait pas aux disciples de l’Institut l'en aggraver les périls. Une porte s’entr'ouvrait devant eux dans ce pays si cher à saint François-Xavier et aux fondateurs de la Compagnie, ils résolurent d’y pénétrer sans discuter le protocole d’admission. Le 13 août 1829 ils arrivent à Lisbonne. Rien n'avait été préparé pour les recevoir. Ces Jésuites, toujours si opulents, au dire de leurs adversaires, revenaient à la demande du gouvernement, et ils se trouvaient exposés à mourir de misére sur la voie publique. Les Lazaristes pourvurent à leurs premiers besoins, ils leur offrirent un asile. La duchesse de Lafoens mit plus tard sa maison de campagne la Maraviglia à la disposition des enfants de saint Ignace, et ce ne fut que le 24 octobre que le ministère de don Miguel s’occupa de leur entretien.
Don Miguel, maître du Portugal et régnant par la terreur, ainsi que l’affirmaient les Libéraux, n’osait ni avoir une volonté ni manifester un désir. Prince honnête homme, mais irrésolu et toujours dominé par la crainte de déplaire à ses ennemis, il n’avait pas jugé prudent de mettre encore les Jésuites à l'œuvre. On enchaïnait leur zèle afin de ne pas fournir de nouvelles armes aux hostilités du dehors. Ces précautions étaient un inutile palliatif, le cardinal Alexandre Justiniani, Prononce du Saint-Siége, le comprit. Il y avait à Lisbonne l’église du Laureto, destinée aux étrangers, et qui, exempte de la juridiction du Patriarche, restait, par un privilége spécial, soumise à l'autorité des Nonces apostoliques. Justiniani détermine les Jésuites, au mois de mars 1830, à y prêcher le carême et à y donner les exercices de la retraite. Les Pères Barelle, Mallet, Bukacinski et Pouty se livrent avec ardeur aux travaux de la prédication et de la confession. Les Jésuites étaient avoués; leur voix se faisait entendre ; les habitants de Lisbonne se pressent autour de leurs chaires. La réaction tentée par le marquis de Pombal, les doctrines désolantes qu'il répandit pour corrompre le cœur des peuples n'y avaient laissé que peu de trace. Il avait affaibli le pouvoir moral de la noblesse en la dépouillant de sa foi et de son prestige; mais le peuple était resté fidèle aux sentiments religieux. Le peuple saluait dans les Jésuites les maîtres des générations éteintes ; 1l
accourait à leur passage, il se prêtait docilement à leurs leçons, et, pour protester contre les désastres du dix-huitième siècle, il entourait de ses hommages les Pères de la Compagnie. Ce retour d'opinion était si manifeste que la comtesse d'Oliveira, petite-fille de Pombal, voulut elle-même s’y associer. Elle se rendit auprès du Père Delvaux, et, dans une lettre du 27 mai 1830 adressée par ce Jésuite au Père Druilhet, nous lisons : « La comtesse d'Oliveira m'a offert quatre de ses fils, toute fiére qu’ils fussent les premiers acceptés par les Péres de la Com- pagnie. Je n’ai pas besoin, nous dit-elle, d'examiner ni de con- ‘darnner la conduite de mon aïeul. S'il a pris à la destruction de la Compagnie la part qu’on lui attribue, c’est à nous, ses enfants, à réparer une aussi grande mjustice, autant qu'il est en nous; s’il a été calomnié, s’il en est innocent, c’est à nous à le prouver par notre empressement à vous accueillir. »
Telles étaient les dispositions du Portugal à l'égard des Jésuites. Au mois de décembre 1830, ils s’établirent dans la maison de Saint-Antoine, où François-Xavier, Simon Rodriguez, Ignace d'Azévedo, Emmanuel Alvarès et Gonzalvés de Camera avaient prié, enseigné et vécu ; puis ils commencèrent à donner à leurs travaux une direction plus uniforme. Les uns; comme le Père Pouty, s’efforcèrent, par les secours religieux, d’alléger les chaines des prisonniers, les autres cherchèrent à réveiller dans les âmes des sentiments de repentir, de vertu et de piété. Témoin des succès de ces quelques Jésuites, le cardinal Patriarche de Lisbonne ne veut plus demeurer indifférent au bien qui s'opère par leur intermédiaire : il rend un décret en faveur de l’Institut. À peu de mois d'intervalle, don Fortuné de Saint-Bonaventure, archevêque d'E- vora et Grand-Maïitre des études publiques, imite cet exemple. Il conseille de restituer aux Jésuites leur ancien Collége des Arts à Coïmbre : le 9 janvier 1832, don Miguel signe l'édit qui les remet en possession de cet établissement.
Le jour de leur entrée dans la province de Beïra fut un triom- phe pour eux ; une véritable fête pour le Clergé et pour le peuple. Sur les routes que les Pères Delvaux, Pallavicini et Martin parcouraient, à tous les villages, à toutes les cités, la foule se portait à leur rencontre. Le temps et les révolutions n’avaient pas
affaibli son amour traditionnel. La reconnaissance et l'espoir éclataient en chants d’allégresse, en démonstrations unanimes, accueillant le cortége. Le Clergé des diverses paroisses, les Ordres religieux accouraient, banniëres en tête, pour s'unir aux transports et aux bénédictions de la multitude; partout, à la vue des enfants de Loyola, on faisait entendre des cris d'enthousiasme ; partout on leur appliquait ces paroles de l’Ecriture : Æ'untes, tbant et flebant ; venientes aulem venient cum exsultatione. C'était peindre par un seul mot les douleurs de l'exil et les joies du retour.
La premiére ville qui s’offrit aux Jésuites après leur entrée dans le diocèse de Coïmbre, ce fut Pombal, là où avait été exilé, là où était mort le ministre de ce nom. Ils sont en face de leur persécuteur. Ecoutons le Père Delvaux raconter leur vengeance : « Nous fûmes reçus, écrit-il le 6 mars 1839, au son des cloches, complimentés et conduits en triomphe par le Curé-Archiprètre, accompagné de tout son Clergé. L'Eglise, où deux de nos Pères allèrent dire la sainte messe, était magnifiquement illuminée, comme aux plus grandes solennités. Pour moi, pressé d'un sentiment religieux impossible à exprimer, je m'étais esquivé avec un Père et un Frère avant la rencontre du bon Curé, et j'avais couru à l’église des Franciscains, pour y prier sur la tombe du marquis, mais l'infortuné n’a point de tombe. Nous trouvämes à peu de distance du maître-autel une bière couverte d'un méchant drap mortuaire, que le Père gardien du couvent nous dit être la sienne. Il y attendait en vain les honneurs de la sépulture depuis le ANNEE CP PNR AMEN, RÉCENTS C’est donc en toute vérité que je puis dire qu'après plus d’un demi-siècle de proscription, le premier pas de la Compagnie, rentrant solennellement à Coimbre, fut d’aller célébrer une messe d'anniversaire, le corps présent, pour le repos de l’âme de celui qui l'avait proscrite, et dans le lieu où il passa les dernières années de sa vie, disgracié, exilé et condamné à mort. Quel concours d'événements ne fallait-il pas pour amener cet événement? Je sortis de Pombal sans bien savoir si c'était songe ou réalité. Le cereueil présent, le nom de Sébastien prononcé dans l’oraison, le son
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de toutes les cloches de la parvisse qui célébraient le retour de la Compagnie, tout cela à la fois ! Je crois bien que cette impression ne s’effacera jamais de mon cœur. »
Au milieu des divers sentiments que provoquaient dans leurs âmes tant de souvenirs et les joies si chrétiennement expansives de la multitude, les Jésuites arrivèrent à Coïmbre. De nouvelles fêtes, des sollicitudes de toute espèce les y attendaient, et, à l'annonce de ces transports d'allégresse, le Général de la Compagnie leur écrivait: « Aujourd'hui Aosanna ; humilité. Bientôt peut-être ce sera : tolle, crucifige! » Le pressentiment du Père Roothaan se réalisa ; mais il ne prit point les Jésuites au dépourvu.
Don Pédro, pour combattre son frère don Miguel et imposer aux Portugais un gouvernement national, avait rassemblé une armée. Cette armée s'était recrutée d'Anglais, de Français, d’Italiens, de Polonais et de tous les mercenaires que la Révolution tient à sa solde. Repoussés de leur patrie, tantôt par la loi, tantôt par la crainte, ils n'avaient pour la plupart qu’une vie de débauche ou de honte à expier. L'Europe s’en débarrassait en les jetant à la suite d'un souverain dépossédé qui s’improvisait constitutionnel afin de trouver des alliés. Uue guerre fratricide leur ouvrait le Portugal : ils s’y précipitèrent au nom de la liberté; ils y introduisirent le pillage et la licence. En face de tant de périls, le courage des disciples de l’Institut ne resta point au-dessous de leur tâche. Le Portugal était en feu; les familles se divisaient selon leurs passions ou leur intérêt. Chacun prenait parti pour le prince ou pour le gouvernement de son choix, quand un fléau, encore plus terrible que la guerre, vint consterner ce pays. Le - choléra est aux portes de ses cités : il envahit les campagnes, il entasse partout victimes sur victimes ; il a fait irruption sous la, tente; il frappe sans relâche au fond des hôpitaux.
Pour affronter une mort apparaissant sous tant de formes différentes , il fallait un de ces dévouements qui ne reculent devant aucun péril : les Jésuites en firent preuve. Pendant plus de six mois, on les vit à chaque heure du jour et de la nuit prodiguer aux mourants les consolations de la Foi et les secours de la bienfaisance ; ils furent les prêtres de l'agonie et les médecins de la souffrance ; ils s’élancèrent partout où une douleur était signalée.
Les soldats de don Miguel, ceux de don Pédro faits captifs, les prisonniers pohtiques, les coupables, les innocents devinrent des frères que la charité des enfants de Loyola confondit dans le même amour et dans les mêmes soins. L'armée miguéliste campait sous les murs de Coïmbre : elle se repliait pour couvrir Lisbonne. Ce mouvement militaire provoqua de nouveaux désastres : le choléra engendra le typhus. La contagion, que tant de causes réunies devaient alimenter, épargna les Pères; mais le typhus ne leur fit pas grâce. Bientôt ils se virent presque tous en même temps aux portes du tombeau. Trancart et Nemkin seuls succombérent.
Dans ce drame, qui se jouait au milieu des combats et auquel trois armées assistaient, il y eut, de la part des Jésuites amsi exposés, une longue, une sainte lutte en faveur de l'infortune. Les deux prétendants de la maison de Bragance se battaient dans l'espoir de conquérir un trône. Leurs adhérents de l'intérieur ou du dehors avaient les armes à la main pour faire triompher un principe politique ; les disciples de saint Ignace se sacrifièrent seuls en l'honneur de l'idée chrétienne. Seuls ils restèrent sur la brèche , äfin de faire entendre quelques paroles d'humanité au milieu des imprécations de la défaite royaliste et des chants de joie de la victoire constitutionnelle. Trop habitués à prendre en pitié ces guerres d'opinion pour se créer les serviteurs d’un parti, les Jésuites n’ont cherché dans la tourmente qu'à sauvegarder les principes de Foi. Ils y ont réussi autant que les passions déchaînées le permirent; et, dans une lettre du Père Soimié à Godinot, on trouve la preuve de cette estime inspirée aux Pédristes et aux Miguélistes. Soimié écrit, le 21 juillet 1834 : « Ge qui nous avait attiré la confiance des deux partis, car nous l’avions autant qu'il est permis d’unir les deux extrêmes , n’était pas seulement le dévouement que nous avions montré dans le temps du choléra ni la bonne volonté avec laquelle nous nous prêtions à toute sorte de ministère, ce fut surtout la discrétion avec laquelle , autant qu'il nous fut possible, nous nous comportions avec les uns et les autres. Dans nos classes, il n’y avait aucune distinction entre le fils d’un Royaliste et celui d’un Consti-
tutionnel : c’est ainsi que le voulait d’ailleurs Sa Majesté. Dans
nos instructions, nous nous contentions d'expliquer l'Evangile sans entrer dans la politique. Pour tout le reste, nous ne cherchions également qu’à être utiles à tous sans égard pour les opinions , dès qu’il n’y avait rien contre la conscience et l'honneur de la Compagnie. Ce n’est pas toujours ainsi, malheureusement, qu'il en était ailleurs. On faisait peut-être trop ressortir la différence d'opinion. La politique ne venait pas à propos dans les sermons ; elle y entrait pourtant assez ordinairement et avec une certaine aigreur ; il n’y avait pas non plus toujours assez d’indulgence ni même de charité pour les personnes d’une opinion différente. Ces sortes d’indiscrétion ou hors-d'œuvre , appelez-les comme vous voudrez, produisaient encore de plus tristes effets en Portugal qu'elles n'auraient fait ailleurs. Comme nous ne voulions que leur salut à tous, nous condamnions également tous les excès. Il faut reconnaître qu’en Portugal, plus que partout ailleurs, bien des gens embrassent une opinion et la défendent assez innocemment ; ce serait une injustice de les condamner tous indifféremment. Ces bons Portugais, quel que soit le parti qu'ils embrassent, n’en sont assez ordinairement ni moins bons n1 plus mauvais chrétiens ; enfin, pour tout dire en un mot, nous évitions d'entrer dans toutes ces misères de parti à parti, qui ne font de bien à personne et du mal à plusieurs. »
Ces paroles sont le résumé de la politique des Jésuites ; ils n'en dévient jamais. Don Miguel les avait appelés. De nouveaux événements changent la face des choses ; don Pédro est vainqueur. Les Pères ne se préoccupent de cette révolution qu'au point de vue catholique. Le trône leur était aussi mdifférent que la vie. Le 24 juillet 1833, l'armée constitutionnelle pénètre dans Lisbonne, et Villaflor, qui la commande, fait annoncer aux disciciples de l’Institut qu'il les couvre de sa protection. Don Pédro lui-même, ne se déguisant pas la situation du pays, négocie avec eux pour conserver un moyen assuré de pacifier. [l est l'arbitre du Portugal , mais il sait que les étrangers seuls ont vu avec joie son ra a il n’ignore pas à quels auxiliaires ce triomphe est dû ; il fait sonder les Jésuites pour connaître leurs projets ultérieurs. Ce n’est pas la première fois qu’il s'adresse à eux. Au mois de mars 1833, trompé comme les autres sur l’ascendant politique
dont il croit que les Pères disposent, l'ancien empereur du Brésil n’a rien épargné pour les lier à son parti. Il leur écrit de sa main, il leur offre le rétablissement de la Compagnie, l’archevêché primatial de Prague, la direction de la conscience de dona Maria IF, des trésors et des faveurs de tout genre, s'ils mettent au service de la Révolution le crédit dont ils jouissent auprès du peuple. Don Pédro ne leur demande en échange de tant de bienfaits futurs que de lui livrer Coïmbre et Lisbonne. Ces propositions ne furent que plus tard connues des Pères ; mais alors la victoire avait décidé. Pédro était arrivé au comble de ses vœux; il régnait sous le nom de sa fille: et, dans le chaos même de ses préoccupations, l’idée de rattacher les Jésuites à sa eause le poursuivait encore ; il voulait les avoir pour intermédiaires entre don Miguel et lui. Le duc de Palmella leur promettait son appui s'ils consentaient à ne pas se retirer dans l'intérieur du royaume. Ils étaient à Coïmbre et à Lisbonne par ordre de leur Général. La violence seule pouvait les empêcher d’obéir jusqu'au bout. Cette détermination était irrévocable. Les Pédristes soupçonnent qu'il ne leur sera pas donné de commander longtemps : pour faire acte d'autorité, ils se ruent, le 29 juillet, sur la Maison de . Saint-Antoine. Le meurtre allait commencer avec le pillage ; on avait forcé les appartements, on se mettait en devoir d'outrager les Jésuites. Le Père Moré semblait destiné à devenir la premiére victime, lorsque tout-à-coup il est saisi par un des envahisseurs. De la crosse de son fusil cet homme écarte ses compagnons, puis tombant aux pieds de Moré : « Père, s’écrie-t-1l, mon bienfaiteur, c’est à vous que je dois la vie ; vos soins m'ont sauvé lorsque j'étais en prison ‘ .» Cette scène frappe d'étonnement les Révolutionnaires accourus pour mettre à sac la demeure des Jésuites. Ils reculent devant l’idée d’un nouveau crime, et ils laissent à leurs chefs le soin de consommer avec les apparences de la légalité l'attentat qu'ils n’ont pas osé commettre. Don Pédro était débordé. Dans les rangs de son armée, parmi
! Parmi les notes manuscrites du Père Delvaux, nous trouvons plusieurs traits qui honorent les prisonniers politiques. Leur parti était vainqueur, ils n’oublièrent pas les consolations et l'appui que les Jésuites leur avaient offerts pendant la captivité. Comme gage de reconnaissance, et peut-être mus par une pensée d’avenir, plusieurs de ces prisonniers adressèrent des pétitions à don Pedro dans l'intérêt de la Compagnie de Jésus.
ces administrateurs, il ne trouvait d'obéissance que pour le mal. On le contraignait à le faire, ille fit. Le cardinal Justiniani reçut ordre de sortir de Lisbonne sous trois jours, afin de bien constater la rupture du nouveau gouvernement avec le Saint-Siége. Les Cortës démocratiques de 1820 avaient gardé les Oratoriens dans le palais des Necessidades, don Pédro les oblige à évacuer sur-le-champ cette habitation. Avec une inexpérience qui accuse encore plus d'irréflexion dans le caractère que de vices dans l’âme, ce prince essaie de jouer le rôle de libérateur. Il a fait ouvrir aux voleurs et aux assassins les portes des prisons. Ces misérables , encouragés par les désordres dont ils sont témoins, excités par les vœux impies qui retentissent à leurs oreilles, se mettent à investir les églises et les couvents. Ils égorgent, ils pillent, ils plongent dans les cachots tous les prêtres qu’on désigne à leur vengeance.
Malgré les loyales assurances que les ducs de Tercère et de Palmella avaient données, les Jésuites couraient encore plus de dangers que les autres Religieux , lorsqu'un jeune Anglais, M. Yvers, se dévoue pour les sauver. Dans cette révolution de Portugal les Anglais jouaient le premier rôle : ils durent en retirer les plus grands bénéfices. Yvers avait si chaudement épousé la cause des Pères de la Compagnie qu'il mit dans leurs intérêts les officiers de la marine britannique, et, avec autant de courage que d'adresse, 1l réussit à arracher plusieurs enfants de saint Ignace à une mort certaine. Yvers ne put veiller sur tous : ceux de Coïmbre dont le Père Maliet était Supérieur, ne furent pas aussi heureux. Le gouvernement constitutionnel se montrait hostile à la Société de Jésus. Don Pédro n’avait pu l'amener à servir ses intérêts par une lâche trahison ; 1l espéra que les menaces produiraient plus d'effet que les séductions. Les Jésuites restaient inébranlables dans leur devoir. À Coïmbre, sous le coup de la terreur et de l'occupation à main armée, ils se livraientà leurs travaux Babituels, enseignant la jeunesse, visitant les malades et les hôpitaux, essayant par leurs sages avis de faire descendre la paix sur celle terre désolée. L'influence que la prière et l'autorité de la vertu donnaient à quelques pauvres prêtres français contre-carrait tous les plans des Libéraux. Ils avaient rèvé qu’il leur serait facile
de détacher le Portugal du lien qui unissait le royaume très-fidèle au Siége de saint Pierre. Tout était dirigé dans ce sens. On appelait les Moines et les Séculiers à l'indépendance, on éveillait l'ambition des uns, les convoitises des autres; mais l'exemple des Jésuites était un obstacle à tant d'innovations. Don Pédro prend le parti de les expulser. Le 24 mai 1834, il remet en vigueur tous les édits du marquis de Pombal. Son décret est ainsi libellé : |
« Le duc de Bragance, au nom de la reine, dûment informé que quelques membres de la Compagnie de Jésus étaient venus dans ce royaume au temps de la domination de l’usurpatcur, ct que, forts de la faveur des circonstances 1ls avaient conçu le projet téméraire d’y rétablir la Société éteinte par les nombreux et puissants motifs que dut prendre en considération le seigneur Roi don Joseph 1° ; étant certain d'ailleurs que ces individus, se confiant dans l'appui que devait espérer d'eux la cause de l’usurpateur, qui est la cause de l'ignorance et du fanatisme , obtien draient facilement le but qu'ils se proposaient, ce qui est arrivé de fait, ayant obtenu du gouvernement intrus l’ampliation nulle et non avenue de la bulle du Saint Père Pie VIL qui commence Sollicitudo omnium Ecclesiarum , daté du 20 août 1814; étant malheureusement de plus de notoriété publique que les susdits Religieux se sont montiés fidèles aux principes de la Compagnie dont ils font partie, Sa Majesté Impériale ordonne que le corrégidor de la Municipalité de Coïmbre intime à tous les membres de la Compagnie qui se trouvent dans la ville l’ordre d'en sortir immédiatement. Il leur donnera leur itinéraire, et dans le plus bref délai ils se présenteront à la secrétairerie d'Etat. Là, on pourvoira au moyen de les embarquer pour l'extérieur du royaume et de ses domaines. Bien entendu que, dans le cas de contravention, le gouvernement de Sa Majesté Impériale usera à l'égard desdits Religieux de la sévérité qu'ils ont méritée par leur audacieux et criminel projet. »
Cet édit, dans lequel les dates ne sont pas plus respectées que la raison et la vérité, fut signifié aux Jésuites. On les arrêta, on les mit à la disposition de don Pédro, on les traîna, comme des malfaiteurs, de prison en prison. Dans un espace de quarante
lieues de Coïmbre à Lisbonne, ils marchèrent à pied sous un soleil brûlant, au milieu d’une grande affluence de Chrétiens implorant à genoux leur bénédiction et entre deux haies de soldats qui plus d’une fois mélèrent leurs larmes à celles de la foule. Quelques mois auparavant ils avaient parcouru cette même route ; alors on jetait sur leur passage des fleurs et des branches d’oranger. Maintenant, proscrits sans avoir combattu, ils recueillaient le cri de regret qui s'échappait de tous les cœurs. Cette ovation faite à des vaincus était un mauvais symptôme pour les idées novatrices. Les Jésuites dans les fers avaient été salués comme des martyrs; à l'approche de la capitale, on crut utile d'organiser la contre-partie du triomphe. Le peuple les accueillait avec un douloureux respect; on enjoignit à la populace de se porter à leur rencontre, et, par des huées sans fin, de leur faire expier ces démonstrations de pieuse gratitude. L'ordre fut exécuté ; les Jésuites arrivérent sous le coup des menaces et des outrages. Ils étaient Français; le baron Mortier, ambassadeur de Louis-Philippe à Lisbonne ne consentit pas à les laisser servir de jouet à cette tourbe de libéraux mercenaires, enrégimentés par l’ancien empereur du Brésil. On entraïnait les Pères vers la capitale pour diriger contre eux un mouvement et pour les offrir peut-être en holocauste aux excès démagogiques, Le baron Mortier s'oppose à ce plan; il réclame, au nom de la France, les enfants de saint Ignace. Sa fermeté leur sauva la vie. Il y avait non loin de Lisbonne une prison célèbre dans les annales de la Compagnie. G'était la tour de Saint-Julien, où, sous Pombal, tant de Pères se virent mourir dans le dénûment le plus absolu. On déposa leurs successeurs à cette même tour ; mais l’active vigilance du baron Mortier et l'appui de M. Guizot ne leur firent pas défaut. Le nouveau gouvernement portugais cherchait à les garder en apprenlissage de martyre ; peu de mois après, il fut forcé de les rendre à la liberté.