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leurs vieilles antipathies, leurs jeunes passions et leur expérience pour tromper les hommes. On vit donc les débris de la Philosophie du dix-huitième siècle et les Constitutionnels de 1818 faire cause commune contre les Jésuites.
L'Eglise de France tâchait de se reconstituer dans les limites que la Charte lui imposait : elle créait des écoles ecclésiastiques ; beaucoup d’Evêques se montraient jaloux d'en confier la direc-
tion à l'Ordre de Jésus. Par le bien opéré dans les établisse-
ments où elle prenait racine, 1l était facile de prévoir celui qu'elle réaliserait plus tard. Les Jésuites avaient un plan d'études, des professeurs habitués à l'enseignement, des traditions qui leur apprenaient les moyens de se faire aimer des jeunes gens ct d'obtenir leur confiance. L'épiscopat bénissait ces débuts, et le cardinal de Beausset, l’une des lumières du Clergé, en constatait lui-même les fruits. Le 28 juillet 1819, il écrivait au Père Cuénet : « Bien peu d'années ont suffi, Monsieur, aux respectables directeurs du petit Séminaire de Sainte-Anne pour opérer de grands biens. Son utile mfluence ne s’est pas renfermée dans les limites du diocèse qui l'a vu naître. Elle s’est déjà étendue sur une grande partie de la Bretagne. Cet établissement est appelé à rendre des services inappréciables à toutes les classes de la 50ciété par le bienfait d’une éducation vertueuse et d'une instruction appropriée à toutes les conditions.
» Le but principal de son institution est sans doute de préparer des sujets à l'état ecclésiastique, mais 1l sera toujours heureux que ceux d’entre eux qui ne s'y trouveront pas appelés par une vocation suffisante aient au moins reçu, dans leur premier âge, les principes et les habitudes de religion et de morale qui forment les bons chrétiens et les bons citoyens.
» Voilà, monsieur, le véritable point de vue sous lequel j'ai toujours considéré l’utile institution des petits Séminaires.
» Je sais, monsieur, avec quel zèle et avec quel succès vous savez diriger ce bel et vaste établissement. Je jouis plus que personne des bénédictions que la Providence a daigné accorder à vos travaux et au vœu le plus cher de votre respectable Evêque. Les liens du sang et de l'amitié qui m'unissent si tendrement à lui depuis tant d'années m'associent à tous ses sentiments comme
à toute la satisfaction que lui donne la prospérité toujours croissante du petit Séminaire de Sainte-Anne.
» Vous connaissez, Monsieur, l'estime que j'ai toujours professée pour votre respectable association. de l'ai proclamée dans toutes les occasions qui ont pu s'offrir à moi dans le cours d’une vie déjà bien avancée. »
De semblables lettres arrivaient de tous les diocèses aux en- - fants de saint Ignace. Le Clergé et les Catholiques reconnaissaient leur qualité de Jésuites; mais, pour ne pas compromettre l’Institut ou par un reste d’habitude, on ne les acceptait dans les relations ordinaires de la vie que comme prêtres séculiers. Cette position mixte avait des inconvénients qu'aucun avantage réel ne balançait. Elle offrait prise aux conjectures; elle pouvait faire accuser la Société de manœuvres ténébreuses ; elle permettait à des ministres hostiles ou mal disposés de prendre ombrage d’une précaution dont personne ne s’occupait. Les Pêres n'avaient pas cru devoir solliciter une autorisation d'existence légale qui, dans l'état des choses, aurait pu compliquer les intérêts de l'Eglise. La Charte leur garantissait la liberté, ils n’osèrent pas aller plus loin. Par défiance du mauvais vouloir administratif ou pour donner une impuissante satisfaction à leurs ennemis, ils cachèrent ‘leur titre de membres de l'Ordre de Jésus sous une dénomination cléricale. Cette concession enhardit le Libéralisme. Les Jésuites redoutaient l'éclat; la demi-obscurité dans laquelle ils s'enveloppaient se transforma tout-à-coup en un sourd complot contre la Charte. Ils ne gagnaient du terrain que sur les champs de bataille de l'éducation ou de la chaire : on les soupçonna de tendre par des voies occultes au gouvernement de l'Etat. Ils avaient espéré que le mystère les protégerait contre les mensonges dont l'ancienne Société était tombée la victime, ce mystère fournit des armes à la calomnie. Ils craignaient de s’avouer Jésuites, le Libéralisme prit à tâche d'en voir et d'en mettre partout. Ge parti n’était pas encore aguerri à ces attaques de plume, à cette incessante polémique qui, délayant toujours la même imposture sous mille couleurs différentes, l’inculque enfin dans l'esprit des masses comme un fait avéré.
Le journalisme naissait à l'art qu'il surnomma depuis la vie
intellectuelle. Fondé par des censeurs qui firent leurs premières armes sous Fouché et sous Savary, il apprenait à balbutier le nom de la liberté. Il se façonnait à l'hypocrisie constitutionnelle, il essayait son pouvoir encore mal affermi, il se créait déjà l’interprète juré de l'opinion publique. Dans tous les pays cette faculté de parler chaque matin aux multitudes est. un droit dont il sera toujours impossible de ne pas abuser; en France, l'abus se signala même avant le bienfait. La presse révolutionnaire de 1817 à 14830 ne fut point vénale, elle trafiqua rarement de ses opi= nions ; mais, à part cette justice que l’histoire doit lui rendre, il faut bien dire qu'elle poussa aussi loin que possible le cynisme du mensonge. Elle s’était donné deux adversaires à combattre, la Religion et la Légitimité. On la vit les poursuivre avec un égal acharnement. Quand elle s’aperçut que ses efforts n'étaient pas toujours couronnés par le succès, elle chercha une dénomination qui, en sauvegardant les apparences monarchiques, devait cependant confondre l'Eglise et le trône, les prêtres et les royalistes dans la même haine. Le nom de Jésuite fut inventé. Tandis que cet orage s’amassait sur leurs têtes, les Pêres de la Compagnie se portaient partout où le salut des âmes et la voix des premiers pasteurs les réclamaient. Dans la maison de la rue des Postes, au Noviciat de Montrouge, dans leurs petits Séminaires, ils organisaient la prière et l’étude. Sous l'inspiration du Père de Clorivière, ils cherchaient beaucoup moins à s'étendre qu’à se perfectionner. Mais, au mois de janvier 1818, Clorivière, accablé sous le poids des années, sentit que son bras n’était plus assez fort pour gouverner. Il avait rétabli en France la Société de Jésus, il aspirait à mourir simple Jésuite dans cette maison où il avait commandé. Le 9 janvier 1820 il expira. Quelques mois plus tard, le 5 octobre, le Père Barruel le suivit dans la tombe .
1 Augustin de Barruel, dont les ouvrages furent longlemps populaires, était en= tré fort jeune dans l'Ordre de Jésus. Pendant la Révolution française, il affronta souvent la mort. C'était un homme d’un courage encore plus grand que son talent. En 1793, il entreprit de ramener à l'Eglise le vieux Gobel, qui avait même apostasié son apostasie constitutionnelle et son titre d’Evêque intrus de Paris. Barruel le convainquit, il Pébranla; mais Je Jésuite voulait lui faire publiquement rétracter son serment. Gobel ne s’en sentait pas le courage : « Eh bien ! Lui dit un jour Barruel, ce sera moi qui lirai en chaire, dans la Métropole, votre rétractation : je la lirai, vous présent; on s’emparera de nos personnes; on nous trainera à l’échafaud, et de là nous monterons tous deux au ciel. » Gobel persista dans son refus, el cependant, quelques mois après, il périt sous le couteau révolulionnaire,
Louis Simpson avait succédé à Clorivière, avec le titre de Provincial. Ancien Jésuite français, esprit d'ordre et intelligence pratique, Simpson s'était depuis longtemps réuni à Stonyhurst aux Pères de la Province d'Angleterre. Tradition vivante, il devait, par son exemple et par ses leçons, faire fleurir l'ancienne discipline et les vieilles lois. À peine fut-1l choisi que, le 25 novembre 1818, il adressa la lettre suivante aux chefs qu'il donnait à plusieurs petits Séminaires : « En vous établissant supérieur de cette Maison, il est de mon devoir de vous communiquer l’idée qu’un séjour de vingt-sept années dans différentes maisons de la Compagnie m'a fait concevoir de son gouvernement. C'est une exacte copie de celui de l'Eglise : il est donc vraiment paternel. Le supérieur d’un Collége, d’un Séminaire ou de toute autre maison est la source de toutes les autorités subordonnées par lesquelles il la gouverne; car 1l exerce le commandement qui lui est confié moins par lui-même que par ses collaborateurs, et c’est en soutenant et en faisant respecter les autorités inférieures qu’il fait respecter et aimer la sienne. Nos Constitutions lui donnent un ministre, qui est comme sa main droite, puisque par lui il maintient la discipline domestique dans l'intérieur de la maison. Elles lui donnent un procureur pour tenir les recettes et les dépenses; ce procureur doit rendre compte tous les mois au supérieur en présence de son ministre; un préfet d'Eglise pour tout ce qui regarde le service divin; un préfet des classes pour ce -qui regarde les études; des professeurs et régents pour gouverner sous lui chacun sa classe, enfin des préfets de mœurs pour surveiller les élèves durant les études et les récréations.
» Le supérieur, instruit par les comptes qu’on lui rend à des temps marqués, ou qu'il se fait rendre toutes les fois qu'il le juge à propos, sait et voit pour ainsi dire tout ce qui se passe, rectifie ce qui n'est pas bien, corrige ce qui est mal, et dirige tout sans entrer dans un détail infini qui absorberait tout son temps et l’'empêcherait de s'occuper de choses plus importantes, et surtout d'étudier l'Institut et d'en acquérir une profonde connaissance, sans laquelle 1l ne sera jamais qu’un supérieur trés-imparfait et indigne de commander à ses égaux et de les conduire
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à la perfection à laquelle il doit tendre aussi bien qu'eux. Un supérieur de la Compagnie doit toujours être prêt à écouter ses inférieurs, même les plus petits d'entre eux, avec patience, douceur, bonté, affabilité ; ne jamais laisser voir qu’on l’ennuie oa qu'on l'importune. Toutes les fautes d’un supérieur sont dangereuses : c’est pour lui la matière d’un sérieux examen. Il est bon qu'il soit craint, mais 1l est bien plus important qu’il se fasse aimer. C’est ce qu'il obtiendra aisément s’il vit avec eux comme un père avec ses enfants, S'il sait les décharger quand ils ont trop d'ouvrage, les consoler dans leurs peines, animer leur courage dans les difficultés, prendre soin d’eux dans les maladies, ne rien négliger alors, ne rien épargner pour le rétablissement de leur santé, prévenir même leurs indispositions par une nourriture saine et abondante, un logement salubre ; accorder leurs demandes si elles sont justes, si elles ne le sont pas, ne pas les rebuter, mais leur faire sentir doucement l'injustice ou l'irrégularité de leur demande; et surtout ne jamais les laisser sortir mécontents ou ulcérés de sa présence.
» La même manière d'agir doit avec proportion avoir lieu à J'égard de nos élèves, qui doivent trouver en nous des pères et des mères. C’est en les aimant véritablement et en le leur prouvant continuellement, qu'on gagne leur affection et qu’on obtient leur confiance. Par ce moyen on les forme et on les dirige bien plus sûrement et bien plus aisément que par des pénitences qu'il fant répéter chaque jour, ou par des punitions corporelles avilissantes, dont l'effet le plus ordinaire est d’abrutir et d'endurcir le caractère. Si jamais pareille punition devient nécessaire et ne produit pas l'effet attendu, 1l ne faut pas la répéter, mais renvoyer à ses parents celui qu'elle n'a pas corrigé. »
Ce langage n’était pas nouveau dans la bouche des Jésuites. L'amour que les subordonnés et les disciples de l'Institut ont toujours témoigné à leurs maîtres en est la preuve la plus irréfragable; mais Simpson comprenait le besoin de raviver cet esprit des anciens jours: il ne se lassa jamais de donner de pareils conseils. Le 14 juillet 1818, il avait écrit aux Pères du petit Séminaire de Bordeaux : « Que la piété que vous devez inspirer à vos élèves soit une piété sohde , fondée sur des principes sûrs,
incontestables , et dont ils n'aient jamais à rougir. Cette piété doit donc être dégagée d'observances minutieuses, capables de provoquer les railleries de ceux avec qui ils vivront un jour hors du Collége. Il faut, en conséquence, qu'ils n’entendent et ne lisent rien qui puisse seulement exalter leur imagination, mais que, par vos soins, ils deviennent de vrais et de solides chrétiens ; et c'est par là qu'ils seront armés suffisamment pour soutenir les assauts auxquels Dieu permettra qu'ils soient un jour exposés. »
Le 27 juillet 1819, Simpson conseille au Pére Thomas, chef des Missionnaires de Laval, une extrême déférence envers le Clergé du Mans : « Rappelons-nous, lui mande-t-il, que nous ne sommes que les auxiliaires des prêtres séculiers, que nous professons comme Religieux un état humble et pauvre, que nous -devons regarder les autres comme nous étant supérieurs, et que saint Ignace a donné pour titre distinctif à notre Société celui de petite Société de Jésus. »
Voilà les véritables Wonila secreta qu'après de longues années nous découvrons dans les archives de l'Institut. Ce n’est ni pour le public ni pour une circonstance déterminée que ces avis furent dictés. [ls développent la pensée du fondateur; ils entrent dans l'esprit des Constitutions et du /afio studiorum ; 1ls peignent les Jésuites tels que, dans le secret de leur correspondance, ils ont voulu être, tels qu'ils furent toujours. Et ce n’est pas seulement le Provincial de 1818 qui trace ces règles si éloquentes de sagesse ; le 8 mai 1822, le Père Richardot, successeur de Simpson, écrit : « Lorsque nos Missionnnaires traitent avec les personnes du dehors, qu'ils se gardent de parler avec chaleur de ce qui concerne la politique, et surtout d'attaquer dans leurs conversations ou dans leurs discours les ennemis de la Religion et du roi qu’on appelle Libéraux. I ne convient pas à des anges de paix tels que nous devons être d’user de paroles irritantes ou amères. Que ce soit donc par une exposition nette et paisible de la vérité, et principalement par l'invocation des secours d'en haut, que nous travaiilions à ramener dans le chemin de la justice ceux'qui s'égarent. »
À huit années d'intervalle, au inoment où les Jésuites sont
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accusés de tenir dans leurs mains orgueilleuses les rênes de tous les Etats catholiques et le gouvernail de l'Eglise, lorsqu'on proclame qu’ils commandent impérieusement au Vatican, aux Tuileries, à l'Escurial et partout, le Père Roothaan, Général de l'Ordre, adresse à ses frères une encyclique : De amore Socielatis et Instituti nostri. « L'ostentation , leur dit-il le 7 juillet 1830, et l'esprit dé vanité sont tout-à-fait opposés à l’esprit de notre Compagnie, qui est absolument consacrée à procurer le bien des autres et la gloire de Dieu, et non point à chercher une gloire humaine qui, dès-lors qu'elle n’est point le fruit des . ‘bonnes actions, devient vame et trompeuse et aboutit enfin à l'opprobre. Mais tout ce qu'il y a de grand dans la réputation et dans l'honneur sera vraiment digne de notre Institut, si, selon l'esprit de notre vocation, nous nous efforçons d’être utiles à tous les hommes et par les exemples d’une vertu non vulgaire, et par une doctrine solide, et par les ministères spirituels auxquels nos Constitutions nous appliquent. Ainsi ce sera cette ombre , telle quelle, de gloire, qui s’attachera à ce que nous ferons de bien, et ce ne sera pas nous qui nous attacherons à cette ombre vaine. » Le Père Roothaan ne se contente pas de cette appréciation des honneurs et du pouvoir au point de vue religieux. On a prétendu, on a répété que l'humilité des Jésuites, comme individus, était réelle, mais qu'ils ambitionnaient la gloire et l'influence pour leur Compagnie. Le Général développe ainsi son opinion devant les Pères de l’Institut. Sa pensée exprimée, c’est la pensée et la volonté de tous. « Je n'ignore pas, ajoute-t-il dans la même encyclique, combien cette accusation, si elle s'adresse à tous les membres de l'Ordre, est fausse, outrageante et inventée par ses ennemis pour le rendre lui-même odieux. Cependant, si un seul des nôtres était animé de cet esprit de superbe, j'en serais profondement affligé; et je craindrais, non sans quelque fondement, que la faute d’un seul ne devint funeste au corps entier ! Quoi donc! nos révérends Pères et très-chers Frères en Jésus-Christ, cette recherche de la gloire humaine qui serait un opprobre pour la Religion en particulier et qui apparaitrait un crime devant Dieu, pourrait-on se persuader que, si c'est au nom de l’Institut qu'on s’v livre, elle deviendra légitime et un
véritable amour de la Compagnie? Si l'Eglise de Jésus-Christ, désignée elle-même sous le nom de Petit-Troupeau , doit, au dire du vénérable Bède , quel que soit le nombre des Fidèles , croître par l’humilité jusqu’à la fin du monde, et ne parvenir que par l'humilité au royaume des cieux, une Congrégation religieuse, qui n'est qu'une portion très-minime de l'Eglise , n’estelle pas plus obligée de concevoir et d'entretenir de pareïls sentiments, et, à plus forte raison encore, notre Institut, que le bienheureux Père saint Ignace n'’appelait ordinairement que la très-petite Compagnie de Jésus. »
Quand les événements ont amené une nouvelle crise, [Le Péêre Boulanger, Provincial de Paris, mande, le 14 avril 1844, à chaque supérieur sous ses ordres : « Tous nos Pères, Prédicateurs ou Missionnaires, se feront un devoir rigoureux d'éviter dans leurs discours tout ce qui pourrait avoir trait, de près ou de loin, à la politique, ne fûüt-ce que par la plus légère allusion. Si quelqu'un venait à manquer d’une manière quelconque à cette recommandation, regardez, mon révérend Père, comme un de vos devoirs importants de m'en instruire aussitôt. »
La question de la liberté d'enseignement est pendante, l’Université, les deux Chambres législatives et la presse y rattachent la question des Jésuites. Le Provincial s’explique en ces termes : « Nos Pères ne doivent jamais parler de la liberté d'enseignement n1 dans leurs sermons ou conférences, ni dans les allocutions qu'ils auraient occasion d'adresser à quelques réunions d'hommes ou de femmes. »
La politique des Jésuites est complétement mise à nu. Nous en saisissons l’ensemble au milieu de cette intimité où tout homme prudent se garderait bien de laisser pénétrer un autre homme. Ces lettres expliquent et commentent les moyens auxquels peut avoir recours un enfant de saint Ignace; elles l’iñitient à la vie publique, aux soins du professorat et de la chaire. Elles le fortifient dans l'humilité comme Prêtre et surtout comme Jésuite; elles lui interdisent la tentation de se poser en martyr ; elles l'invitent à la perfection tout en l'éloignant des manœuvres souvent légitimes que le monde emploie pour arriver au but de ses désirs. Cependant ce n’était pas sur de pareils documents que
chaque jour l’on dressait réquisitoire contre les Jésuites. Ils suivaient à la lettre les avis et les ordres de leurs chefs, car les adversaires les plus partiaux de la Compagnie lui ont toujours plutôt fait un crime qu'un mérite de son aveugle obéissance. Avec de telles instructions pour guide, elle ne devait jamais s’écarter de la voie droite. On ne connaissait pas ces instructions : on improvisa des Jésuites de fantaisie. On les rêva riches et omnipotents, parce qu'on ne descendait pas dans leur vie. On imagina qu'ils allaient être redoutables, parce qu’il était convenu de faire peur de ce fantôme. On les supposa mêlés à tous les événements, parce que, pour les besoins de la polémique quotidienne, 1l fallait inventer un mirage propre à entretenir la créduhité, tout en fomentant dans les masses la haine du prêtre.
Cette haine trouva bientôt un aliment. Les Evêques ne se déguisaient pas qu'il était urgent de vivifier l'esprit des populations, qu'au sortir des bras de la terreur révolutionnaire on faisait tomber dans ceux de l’athéisme légal. Les divers ministères, -qui se succédérent rapidement au pouvoir, semblaient, depuis 1815, se coaliser contre l'Eglise et la monarchie. Il fallait opposer un frein à ce débordement de passions; l’épiscopat eut recours aux Jésuites. [Il pensa que par la sage vivacité de leur zèle et par la force même qu'ils empruntaient au levier de l'association, ils pourraient ressusciter les merveilles des premiers temps de la Compagnie. On forma le projet de régénérer peu à peu la France par les Missions. |
Le 4 août 1806, Portalis, dans un rapport à l'empereur Napoléon, disait : « Depuis longtemps les Missions sont connues dans l'Eglise, et elles y ont fait de grands biens.
» Les pasteurs locaux n’ont pas toujours les moyens de s’accréditer dans leurs paroisses; mais, indépendamment de tout fait particulier, il résulte de la commune expérience qu'il est des désordres auxquels les pasteurs ordinaires ne peuvent porter remède. Ces pasteurs sont les hommes de tous les jours et de tous les instants; on est accoutumé à les voir et à les entendre; leurs discours et leurs conseils ne font plus la même impression. Un étranger qui survient et qui, par sa situation, se trouve en quelque sorte dégagé de tout intérêt humain et local, ramène