‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, composée sur les documents inédidts et authentiquesChapitre 14 sur 17 · I. Iî · texte numérisé non relu

I. Iî

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l'entérinement Je^ lettres jwtentes concernant la Société de Jésus ; par le yial que ces Pères avaient fait à l'hérésie , on appréciait celui qu'ils allaient lui faire lorsque, légalement établis dans le royaume , ils pourraient fonder des Collèges et couvrir la France de leurs prédicateurs. Il était interdit aux hérétiques de leur fermer l'entrée du royaume : les hérétiques voulurent au moins leu» susciter des d:)stacles et les mettie sans cesse en désaccord apparent avec , les Evoques , si susceptibles sur leurs prérogatives. Ce calcul des sectah-es était juste; nous verrons avec quel art ils surent tirer avantage de la passion d'Eustachc «lu Bellay, qui à Paris proscrivait les Jésuites , tandis qu'à Piome le cardinal son oncle se montrait un de leurs défenseurs es plus éclairés. ^ ,

L'Evéque de Paris , sous toutes réserves , recevait les Pères de la Compagiue dans son diocèse, qui devenait pour eux une espèce de lazaret, où, pour obtenir la libre pratique, ils n'avaient qu'à attendre son bon plaisir. Le Parlement suivit la uiême marche, et, le 18 novembre 1500, il edhéraences termes à la volonté du roi : *

« Ce jour, les gens du roi , par M. Baptiste du iMesnil, avocat dudit seigneur , assisté de M. Edmond Boucherat , aussi avocat de Sa Majesté , ont présenté à la Cour les lettres missives du roi et de la reine sa mère , ci-après insérées , pour le fait de la vérification tant des lettres patentes du feu roi que des lettres du roi à présent régnant, contenant l'homologation et approbation des bulles, privilèges et institutions de l'Ordre et Religion de la Compagnie de Jésus ; qui ont dit , quant à eux , attendu la déclaration faite par les prêtres , rehgieux et escholiers dudit Ordre , qu'ils n'entendent par leurs privilèges prèjudicier aux lois royales , libertés de l'Eglise , concordats faits entre Notre-Saint-Pére le Pape, le Saint-Siège, et ledit seigneur roi , ne contre tous droits épiscopaux et parochiaux , ne semblablemcnt contre les Chapitres, ne autres dignités, consentent l'approbation desdits privilèges ; sauf où en après ils se trouveront dommageables ou préjudiciables aux droits et privilèges ecclésiastiques, de requérir y être pourvu. »

Le Parlement , on le voit , se montrait aussi récalcitrant que

1)Ë LÀ GOMPAtiNW ht: JESUS. ^^7

l*Evêque de Paris. François II allait rrourir ; il expirait le 5 dé- . cembre 1560. Comme dans toutes les morts inattendues qui compli(pient ou évoquent des révolutions , soit de palais , soit de peuples , le trépas de ce jeune roi fut attribué à ceux ([ui paraissaient y avoir intérêt. On chargea Içs Calvinistes de cet attetitat iteprobable , on les acci^a d'avoir administré une dose de poison qui produisit la langueur mortelle sous laquelle mc- . oomba Id débile époux de Marie Stuart.

Il y a dans l'histoire tant de forfaits prowvés qu elle ne peut jHis aditettre ceux qui ne reposent que sur de vogues soupçons. Pour iticriminer un grand parti ou un homme de ce parti , il ne s*agît pas de présomption ; des preuves matérielles sont nécessaires. Ici les preuves manquent. La mort de François 1! ne changeait rien à la situation des affaires ; sa mère et les Guise gouvernaient sous son nom. Cette mort les investis^aii d'un pouvoir plus régulier, car Charles IX était mineur et Catlieriiie de Médicis devenait régente par le droit.

Un des premiers actes de la reine fut de donner enfin aux Jésuites satisfaction complète.

Guillaume Du Prat , en mourant, avait légué à la Compagnie une partie de sa fortune. Ce legs était tlestiné , selon le vœu de TEvèque de Ûermont, à l'entretien des Collèges de Hillom et àc Paris. La détresse dci ces Maisons était profonde, les exécuteurs testamentaires refusant de céder les biens tant que la Société ne serait pas reconnue.

Le 22 février i56i , une nouvelle injonction est adressée par le roi au Parlement ; on y lit : « Ayant Sa Majesté avec h rei«e*mère connu la grande fôdierie desdits Religieux, et trouvé que la Société ne peut que porter un grand profit à la Ue%ion et utilité à la Chrétienté et au grand ïnea de son royaume, sur quoi la reirte, sa mère, piar l'avis de son oonseii , mande trèsexpressément ledit sieur de Saint- Jean signifier aux magistrats sa dernière et totale volonté , qui est que ladite Compagnie «rit reçue à Paris et par tout le royaume , suivant toujours ki déclaration faîte par lesdits Religieux. »

Tandis qu*à Fontainebleau le roi Charles IX minutait sa kIM lie fisôeft m Paiement j dont les Irwibkïs inséparables

d*une régence paraissait encourager les résistances , Ponce Cogordan excitait la reine-mère , les cardinaux de Lorraine, de Bourbon et de Tournon à prendre parti en faveur de l'Institut. Il obtenait d'eux de pressantes recommandations auprès des membres influents du Parlement. Eustache du Bellay était à moitié vaincu. Il ne restait plus que cette Cour de justice ; mais les Huguenots avoués ou secrets < qu'elle comptait sur ses bancs, et surtout cet esprit d'opposition aux ordres du roi, se transformant si vite en révolte loi*sque le pouvoir royal était mal affermi , ne permettaient pas à Cogordan de beaucoup espérer de l'intervention de ces hauts personnages. Le 4 mars 1561 , Charles IX , à la prière des Jésuites , intimait ordre de recevoir la Compagnie , ou d'exposer les motifs de refus dans l'espace de quinze jours.

Cet ordre était péremptoire ; il ne laissait plus de fauxfuyants. Ponce Cogordan est appelé devant la Cour. « Apprenez-nous , hommes nouveaux que vous êtes , lui dit le IVemier Président Gilles Le Maître, avec quelles ressources vous vivrez dans ces temps de calamité où la charité de plusieurs s'est refroidie? »

— « De plusiem*s , oui , répond le Père ; de tous , non. Le Seigneur ne refusera jamais le nécessaire aux pauvres qui le servent avec piété et droiture : qu'ils soient tels par choix ou par nécessité, peu importe. »

A ces mots, le Président saisit le décret de la Sorbonne; il en commença la liecture, et , à chaque phrase, il s'arrêtait : « Qu'avez-vous à répondre? disait-il à Cogordan.

Cogordan, suivant Pasquier et le cardinal de Lorraine, était un très-habile négociateur. Il avait beaucoup de suite dans les idées^ un grand sens et une franchise qui n'excluait pas la connaissance du cœur humain. Il parla avec un abandon si éloquent

1 Le Conseiller-Clerc Anne du Bourg avait été, eu 1559 , déclaré ,h4rétique e\ dégradé du sacerdoce par l'Ëvôque de Paris , qui le livra au bras séculier. Apres Tassassiiiat du président Minard, un de ses juges , du Bourg fut pendu et son corps brûlé en place de Grève le 20 décembre 1559. Celte exécution d'un membre du Parlement de Paris n'empêcha point Thérésie de faire des progrès, même dans le sein du Parlement. Le martyre pour le Calvinisme effrayait les autres ;mais ils cherchaient à lui marquer leur 'm;1c, suit en entravant les mesures prises par le Gouver* ncniont, soit eu favurii^ant sous main les sectaires.

de confiance, que la Cour décida qu'elle en référerait à la Sorbonne. Mais ce triomphe n*était pas le seul que Ponce Cogordan remportait : il avait dévoilé la plaie que TUniversité et le Calvinisme étaient intéressés à envenimer. Quelques membres de la Cour affirmèrent qu'après avoir lu les bulles des Papes ils reconnaissaient que tout ce que renfermait le décret universitaire était toujours fiitile et souvent erroné. L'affaire fut renvoyée aux États- Généraux ou au futur Concile national. Néanmoins le Parlement déclara que, par ce renvoi, il n'entendait point priver la Compagnie de Jésus du droit d'entrer en possession des legs à elle faits par FÉvêque de Clermont.

L'Université et le Parlem^t ne cédaient donc qu'à la force morale. Dans les provinces, il n'en était pas ainsi. Les Consuls de Billom chargeaient des députés de parcourir les principales villes de l'Auvergne et d'en obtenir des adhésions en faveur d'un Ordre religieux qui leur paraissait si utile. La noblesse d'Auvergne avouait hautement : « A moins que le roi veuille que toute la province devienne hérétique, il est urgent d'admettre la Compagnie de Jésus. *

Si la noblesse d'Auvergne tenait à conserver intact, par les Jésuites, le dépôt de la Foi, elle avait complètement raison. Le Calvinisme ne fit des progrès que dans les cités où ils ne purent le combattre; et, en suivant pas à pas le récit des événements, on est inévitablement conduit à cette conséquence.

Leurs combats sont consignés dans les archives mêmes du Catholicisme; c'est donc là qu'on doit aller en chercher la preuve. Car, par des motifs peu en rapport avec la vérité historique, les annalistes se sont efforcés de passer sous silence ou d'atténuer ce que firent alors les Jésuites, que l'Évêque de Paris et l'Université accusaient tantôt de papisme, tantôt de doctrines nouvelles, quelquefois même d'hérésie. Avant de parler du Colloque de Poissy, nous allons jeter un rapide coup d'œil sur leurs travaux.

La mort de Henri II avait enhardi les Protestants. Robert de Pellevé, évêque de Pamiers, a, dès l'année i559, appelé les Pères dans son diocèse pour opposer leur logique à l'entraînement des Calvinistes. Les Calvinistes, qui, en demandant la li-

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berlê pour eux, n'accordaient aux autres que l*esckvagQ, tel qa^ lour maître de Genève Fent^ndaît, se révoltent à la seule iaée qu'ils vont rencontrer dans les montagnes de TAriége des adversaires que le bruit n'intimidera pas. L'évoque Robert de Pellevé devient le but de leurs insultes ; mais, sur ce théâtre de luttes acharnées, paraît le Père Émond Auger.

Il était c'e l'école même d'Ignace de Loyola. Né en 1531 dans un village près de Sézanne en Brie, il entra au Noviciat de la Compagnie à Rome. Vif, impétueux^ ce jeune homme, avec ses saillies toutes françaises et son enjouement poétique, dont la Religion ne parvenait pas à étouffer les éclats, tourRiçntait la patience des Italiens. Il mettait leur gravité ^ de rudes épreuves; mais Loyola, qui, mieux que les Pères rorn^ins, avait compris tout ce que ce caractère si communicatif renfermait d'énergie et d'application, semblait l'avoir adopté conim^ un fils. Il espérait que l'excellence de son cœur triompherait des étourderies de la jeunesse, et, lorsque Auger eut achevé son noviciat, le Général lui donna la chaire de poésie au Collège Romain. Il la remplit avec distinction, ainsi que d'autres emplois analogues ; puis, après la mort d*Henri II de France, Laynés, à la demande de plu^^ieurs Evoques, le renvoya dans ce royaume. H y arriva avec les Pères Jean Roger et Pelletier.

Les voilà à Pamiers au mois d'octobre 1559 ; l'Évêque était absent ; ils ne trouvent point de protecteurs, point d'amis d^ns la ville, mais des Huguenots tout prêts d'avance à rendre inutiles leurs efforts ou des hommes indifférente qui font cause commun^ avec les sectaires.

Auger et ses compat?nons ne se découragent point ; les Calvinistes les accusent d'être dévoués au Pape de Rome : les Jésuites acceptent l'accusation, ils s'en font gloire, et, malgré les répulsions dont ils se savent l'objet, malgré les dangers qui les environnent, ils montent en chaire. Leur conviction avait quelque chose de si profond que bientôt les Catholiques ne consentent plus à subir la loi- dictée par les Protestants. Lu réaction s'opère. L'Evêque de Paniiers avait appelé Pmonçl Auger et Pelletier pour fonder un Collège : le Collège est établi. Les jeunes gens y accourent; mais ils apportent avec euJf

l)K LA COMI».VG\IE DE JKSUS. 3*{i

les psaumes de Marot, quelques chansons impures et le Caféchisme de Calvin, seuls livres mis h leur disposition.

Les Jésuites avaient des auditeurs , il ne leur restait plus qu'A en foire des Chrétiens. Pelletier et Émond ne reculent pas devant la tâche qui leur est préparée : ils prêchent , ils enseignent ; la jeimesse qui les écoute se montre docile à leurs instructions.

Le comté de Foix était en même temps une autre contrée ouverte à leur zèle ; le Calvinisme y faisait de rapides progrés, il pénétrait partout , traînant à sa suite le sacrilège et la profanation.. A Toulouse la sédition se coalisait avec l'hérésie. P<;lletîer accourt ; il s'adresse à ces imaginations méridionales ; pendant tout le carême il leur fait passer sous îes yeux les leçons les plus frappantes de la Religion. Sa parole vihre avec tant d*onction au cœur des Toulousains que l'hérésie comprit enfin que cette ville n'était plus tenable pour elle.

Pelletier et Auger s'étaient révélés les adversaires du CalvinjsHîc. Le cardinal t]e Tournon les attire à lui. Il avait, en 1542, fondé un Collège dans la ville dont il portait le nom ; mais ce Collège, placé spus les auspices d'un prince de l'Eglise, était tombé entre les mains de professeurs qui , à l'aide des belleslettres, faisaient couler le venin de l'erreur dans l'âme de leurs élèves. Le cardinal vit l'urgence de remédier à ces excès : il cherchait des hommes dignes de sa confiance, quand Pierre de Villars, Evêque de Mirepoix, lui conseilla d'introduire les Jésuites à Tournon, dans cette province du Vivarais où déjà Calvin comptait tant de sectateurs. Le conseil fut suivi : Émond Auger reçut ordre de combattre sur ce terrain.

Dans l'année 1550, la ville d'Annecy devient la proie des novateurs ; le Père Louis Coudret s'y présente , il fait entendre les vérités ilu salut à des Chrétiens que l'aimable piété de François de Sales maintiendra plus tard dans là Foi de l'Eglise. Il annihile tous les empêchements ; puis , après avoir préservé Annecy de«la contagion calviniste , Coudret offre un nouvel aliment à son ardeur.

En 15G0, le Protestantisme, gardé dans quelques faniilles comme un secret, et, par cette espèce de mystère, recrutant pour sa cause de plus nombreux prosélytes , n'invofjuait plus la tolé-

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rance ; il Timposait par ses prédicateurs , il menaçait même de l'imposer par les armes. A Marseille, à Avignon , et dans la plupart des villes du midi, aujourd'hui si catholiques, tout était en feu. Les provinces du nord se voyaient aussi. agitées; mais, dans ce changement de culte qui est une révolution , il surnage un fait qu'il ne faut pas oublier. Partout où les Jésuites purent pénétrer, en Auvergne, en Languedoc, par les villes de Billom, de Mauriac, de Rodez, de Toulouse, de Pamiers et de Tournon, Faction protestante fiit beaucoup moins décisive. Elle trouvait là des contradicteurs dont l'éloquence, dont les vertus ne laissaient guère de prise aux sophismes ou à des reproches mérités.

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