‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 62 · HORREUR · texte numérisé non relu

HORREUR

PAL ET CSESECE

M An RES ae

sur tous les sentiments humains. Dans le Concile de Paris, au donjon de Vincennes et dans l’île Sainte- Marguerite, le prince de Broglie ne recula devant l'accomplissement d'aucun de ses devoirs. Il venait à peine de sortir de sa prison d'Etat lorsque les Jésuites sollicitèrent son concours. Il leur fut promptement acquis. Le diocèse de Gand s'ouvrit à leur demande ; à dater de ce jour, il y eut entre le Prélat et les disciples de saint Ignace une de ces alliances contractées par la vertu, et que rien ne peut rompre sur la terre. Le Noviciat était résolu en principe; la marquise de Rhodes fournit les fonds de premier établissement ; le comte de Thiennes mit son château de Rumbeke à la disposition de la Société ; puis les exercices commencèrent. A quelques mois d'intervalle, la Belgique se voyait le théâtre d’un suprême coinbat. L'Europe attendait Napoléon à Waterloo. Ses armées approchaient de Courtray et de Roulers ; le Père Fonteyne songe à faire retraite devant elles. Le bruit des camps ne convenait pas au recueillemeut exigé des Novices ; Fonteyne les place dans une maison de campagne, à Distelberg, que M. Gobert lui a offerte. Les événements marchèrent avec tant de précipitation que, peu de jours après, il ne resta plus sur la Belgique que des débris d'armée et un nouveau trône.

Guillaume-Frédéric de Nassau, fils du dernier Stathouder de Hollande, allait l’occuper. Chassé par la Révolution française de ses Etats héréditaires, appelé par les vainqueurs de cette révolution à régner sur deux peuples, dont les mœurs et le culte n’avaient aucun point de similitude, ce prince ne sut pas tenir la balance égale entre ses affections et ses devoirs. Il était roi légitime par le fait des traités, il se fit révolutionnaire par ambition. La France des Bourbons repoussait de son sein les juges et des bourreaux de Louis XVI; elle proscrivait quelques obscurs meneurs des Cent-Jours qui avaient renversé le trône même de Guillaume. Guillaume accueillit les régicides et les conspirateurs. Il rêva la couronne de Saint-Louis pour son fils par un complot protestant. Sur une terre catholique, il essaya de séduire la Foi du peuple ct de rendre odieux le Clergé. Des différends s'élevaient entre les Belges fidèles à l'Eglise romaine et le nouveau monarque. Chacun interprétait à sa manière les droits con-

quis, les promesses faites et les lois acceptées. Cette lutte, naissant dans les fêtes d’une intromisation, devait amener Guillaume à résipiscence.

Conseillé par les fanatiques du Protestantisme, ou enivré des éloges intéressés, dont les ennemis de tout culte ne cessaient de le combler, le roi des Pays-Bas recula devant les charges de la couronne. Îl avait à contenter deux nations rivales que le hasard réunissait sous le même sceptre ; le Hollandais s’obstina à ne jamais devenir Belge. Dans les premiers jours de son règne, en 4814 et en 1815, il avait prolamé la liberté et abrogé de criants monopoles ; bientôt il chercha à renverser d’une main ce qu'il établissait de l’autre.

Les Jésuites vivaient sans prendre aucune part aux débats religieux et politiques sur l'interprétation de la loi fondamentale. Tout:à-coup, le 3 janvier 1816, Guillaume ordonne aux Pères de Distelberg d'avoir à se séparer immédiatement. A cette injonction, les Jésuites répondent : « Un seul mot de l'Evèque suffit pour nous disperser ; si le prélat ne prononce pas cette parole, la force armée saura bien, sans effort, expuiser les paisibles habitants de cette maison. « Le Père Leblanc, qui, après la mort de Fonteyne, a élé nommé supérieur, communique à l'abbé Lesurre, vicaire-général de Gand, la réponse qu'il a faite. Maurice de Broglie est absent; il écrit que c’est le devoir d’un capitaine de ne point abandonner, sans les défendre, ses fidèles soldats ; qu'il ne permettra point que les Jésuites soient exposés aux traits de leurs ennemis, et qu'il faudra le percer lui-même avant d'arriver à eux. Puis il ajoute : « Je veux que toutes les portes de mon palais leur soient ouvertes, afin qu'ils s’y retirent en aussi grand nombre qu'il pourra en contenir. »

Le prélat n'est pas encore satisfait de cette déclaration. Il ac= court à Distelberg, il encourage les Jésuites, il les fortifie dans leur dessein. Guillaume apprend cette résistance, il en redoute l'éclat pour ses plans ultérieurs, if se détermine à la vaincre. Des troupes marchent contre le Noviciat : les Jésuites se dispersent à leur approche ; le palais épiscopal les reçoit. Ce premier ferment d'opposition attire sur la tête du prince de Broglie les tenaces colères de Guillaume. L'Evêque de Gand , dès le mois d'octobre

1814, avait prévu ces difficultés ; il les avait soumises au Congrès de Vienne : le 28 juillet 1815, les autres chefs des diocèses réclamaient encore par une lettre au roi. Le 2 août, Maurice de Broglie adresse à son troupeau une instruction pastorale ‘, Dans cet acte, où, à chaque ligne, apparaissent le courage et le besoin de prévenir les maux don est menacée l'Eglise belge, le Pontife s'élève avec force contre la nouvelle Constitution. Elle est à ses yeux inadmissible pour des Cathoiques, et il proteste. Les Evêques avaient dit que ce pacte législatif était « d’un sinistre augure pour l'avenir. » Maurice de Broglie le démontrait. Les étrangers, qui ont capté la confiance de Guillaume de Nassau, n'eurent pas de peine à l’irriter contre ce Prélat factieux, que ses collègues dans l’Episcopat , et Pie VII lui-même félicitaient de son zèle. L'arrestation préventive de l'Evèque de Gand est décidée. Il se réfugie en France accompagné du Père Leblanc, supérieur des Jésuites. On s’empare de ce fait pour proclamer que les Pères de l'Institut doivent être seuls accusés de la résistance du prince. Le prince était mortel ; l'Ordre de Jésus se renouvelait ; les adversaires de l’Eglise catholique le rendirent responsable de l’intrépidité de Maurice de Broglie.

Ce dernier ne nourrissait aucune pensée hostile au pouvoir, mais ses combats et ses souffrances pour la Foi l'avaient rendu populaire ; mais surtout il défendait avec fermeté les droits de la conscience. Les Belges virent en lui un martyr; Guillaume et ses courtisans révolutionnaires le peignirent comme un fanatique suppôt de la Compagnie de Jésus.

L'oppression par voie légale, dit M. de Gerlache?, est peutêtre la pire de toutes , parce que la fraude s’y mêle à la violence. » Guillaume de Nassau, en montant sur le trône, avait caressé le Clergé, on l'avait vu même chercher à se bien faire venir des enfants de Loyola. En 1817, ii se sentait emporté par ses idées protestantes ; il entrait à pleines voiles dans la réaction religieuse que l’écume de tous les partis s’efforçait d'imposer à ses rèves d'orgueil. On ne pouvait encore sévir contre les Jésuites que par

* Histoire du royaume des Pays-Bas, par M. de Gerlaché, premier président de la Cour de Cassation, t, 1, p. 315, 2 Ibidem, p. 34.

la calomnie, on ne s’en fit point faute. L'Evêque de Gand était une victime bonne à immoler, on ne l'épargna pas, dans l'espérance que sa punition effraierait les autres prélats. La Cour de Bruxelles , par arrêt du 9 octobre 4817, « condamna Maurice de Broglie, fugitif ou latitant, à la déportation et aux frais du procès. » Ce drame judiciaire, où les Jésuites sont en cause sans paraître devant le jury, où tout se fait contre eux et à cause d'eux, ne devait pas se terminer là.

Deux coupables, convaincus de vol avec effraction et destinés à l'exposition publique et aux travaux forcés à perpétuité, se trouvent dans les prisons de Gand. Le jugement rendu contre le Prince-Evèque doit, aux termes de l'arrêt, être affiché à un poteau sur la place publique. On viole la loi du pays pour se donner le droit de violer les convenances sociales ; le nom vénéré du Pontife fut attaché au pilori entre les deux forçats. Ce tempslà était l’âge d'or du journalisme ; on avait de la conscience même contre son parti. L'Observateur belge, feuille hostile à la Foi romaine, ne put s'empêcher de manifester son indignation !. Cette flétrissure est acceptée comme un honneur par tous les Caiholiques.

Il n'était pas dans la nature de ce Guillaume, héritier du Ta-

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