LÉ RE MS
1 L'Observateur belge s’exprimait ainsi au tome xiv, p. 484 de son recucil : « On eût certainement pris pour insensé, on eût peut-être persécuté comme un scélérat celui qui, après le 48 brumeire ou à l’époque du Concordat, mais surtout en 4814 ct au commencement de 4815, eût cru possible qu'avant 1818 un Evèque serait condamné en Belgique , sous un Prince non catholique et par un tribunel séculier, à une peine criminelie, infamante, pour avoir souscrit, avec tous ses coordinaires, et rendu public ur: jugement doctrinal sur la question de la licéité ou de lillicéité d’un serment ; écrit deux lettres au Saint-Père relativement aux prières publiques «'ue le Prince pourrait demander ; reçu une réponse conforme au vœu du gouvernemunt; donné immédiatement de la’ publicité à cette réponse avec le doubie avantage de franquiiliser par Jà fous les esprits, et de justifier la demande que le gouvernement ait faile et Pacte public et solennei par lequel il y déférait.
» Bien moins encore eùt-on pu croire que sans nécessité, que sans utilité, contre toute raison, on eût exécuté de la coudamnaiion ce qu’elle pouvait emporter de plus ignominieux pour la personne du condamné, de plus outrageant pour la Religiou dont il est le ministre et de plus insultant pour la nation restée-fldèle au culte de ses pères, »
«— Celte insulte publique au Catholicisme, racouie M, de Gerlache à la p. 345 du premier volume de son Histoire du royaume des Pays-Bas, &ette profanation d’un caractère vénérable et sacré ne firent qu’exciter ua sentiment général d’indiguation et de dégoût pour leurs auteurs, Quant à l’Evèque de Gand, il dut se trouver trop honoré d’une flétrissure qui rappelait involontairement à chacun le supplice de son divin maitre, Nous u’avons pas besoin de-dire à qui l’on comparait ses persécuieurs, »
ni
au
citurne, de compromettre l’autorité par de semblables excès. I] possédait les grandes qualités de l'esprit et du cœur; mais on avait réussi à lui persuader que les Jésuites étaient, depuis Philippe IT d'Espagne, les ennemis de sa famille, et le Prince-Evêque les soutenait de tout son pouvoir : ce fut sur lui que tombèrent les premiers effets de sa colère. Le 24 février 1818, il s’en prit aux disciples de l’Institut. Réfugiés dans la demeure épiscopale, ils y vivaient sans bruit; une troupe de soldats, ayant à sa tête le procureur du roi, envahit ce palais. On interroge les livres et les papiers, on appose les scellés sur les meubles, on arrête l'abbé Lesurre; puis, arrivant enfin au but principal de ces perquisitions, on expulse les Jésuites, en leur donnant à entendre qu'il en sera partout ainsi dans le royaume. La Compagnie ne se jugeait pas assez forte pour affronter la tempête. Ses commencements étaient difficiles, elle avait des obstacles de toute espèce à vaincre ; elle ajourna la lutte, et, avec une prudence que ses amis blämérent sans essayer d’en pénétrer les motifs, elle se soumit à l'exil que le despotisme lui infligeait. La Suisse et les Pays-Bas formaient alors une seule Province; ce fut vers les cantons catholiques que l’on dirigea la plupart des jeunes Jésuites. Quelques-uns des plus âgés, conduits par le Pêre Corneille Van-Everbroeck, se réfugiérent à Hildesheim en Hanovre, auprès du vieux Père Lüsken, qui y exerçait les fonctions de président du Séminaire.
Faire voyager et entretenir à l'étranger ces proscrits n'était pas chose aisée. Madame de Ghyseghem se charge de ce soin. Elle n’y met qu’une condition; c’est que, si des jours plus sereins viennent à luire sur la Belgique, ces jeunes gens seront tenus de rentrer dans leur patrie pour y faire, comme Jésuites, le bien qu’ils espéraient réaliser par leur vocation. Le Général de l'Ordre accepte le contrat dans ces termes. Quelques enfants de Loyola étaient néanmoins restés sur le sol. Le Père Le Maistre les dirigeait; mais, en face de la lutte violente ouverte entre les deux pouvoirs, lutte qui doit aboutir à une révolution par l'en têtement du prince et par la persévérance du peuple, les Jésuites se décident à transférer ailleurs leur Noviciat. Il n’y en eut aucun en Belgique pendant treize ans.