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était venu d’asservir la Belgique au profit de la Hollande, et d'écraser l'Eglise romaine sous le joug du Protestantisme.
La création du Collège philosophique de Louvain, les mesures vexatoires, les entraves mises à la liberté d'éducation et au droit imprescriptible des pères de famille réveillérent dans les cœurs une espérance que de nouveaux. déboires avaient fait ajourner. Les Frères de la doctrine chrétienne distribuaient aux enfants des pauvses et aux jeunes ouvriers une instruction appropriée à leurs besoins ; ils leur apprenaient à étre sobres, pieux, actifs et soumis. Ils en faisaient des fils obéissants, afin que plus tard ils pussent devenir de bons citoyens. On accusa les instituteurs de l'indigence de répandre l'Ultramontanisme dans la Belgique, et d'y comploter une révolution. Aux yeux de la cour de Guillaume, ils ne furent que des Jésuites déguisés 1. Les Jésuites étaient la
. terreur de ce roi, qui contractait alliance avec les libéraux de
toutes les sectes pour assurer le triomphe de sa pensée hérétique. Il fit fermer les Ecoles des Frères; les Colléges de la Compagnie avaient eu le même sort. Cette royale déloyauté, que les journaux anticatholiques de France et des Pays-Bas saluèrent avec des cris d’allégresse, rendit une nouvelle force à l'opposition parlementaire et aux familles chrétiennes. Des lois étaient portées pour tuer l’avenir de l’enfant qui aurait étudié ailleurs que dans les écoles salariées par le gouvernement. L'ambition et l'intérêt particulier passèrent après le besoin de sauvegarder la Foi et les bonnes mœurs. Guillaume s’obstinait, le peuple commença à murmurer. Îl se faisait en France contre les Jésuites une guerre si inconcevable, que les Belges avaient cru pouvoir sacrifier leurs compatriotes, membres de l’Institut de Loyola, aux préjugés des ministres et à la nécessité de maintenir la paix. L'alliance signée entre les Constitutionnels et les Catholiques n'allait pas jusqu'à froisser le souverain dans son attente. Ils proclamaient les Jésuites dangereux, tout en déclarant qu'ils n’ajoutaient aucune foi aux calomnies dont les accablaient la presse libérale et le gouvernement des Pays-Bas. Cette déviation au prineipe de vérité ne porta point bonheur à l'opposition coalisée. M. de Gerlache lui-
! Histoire du royaume des Pays-Bas, par M. de Gerlache, t, 1, p.377,
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même, qui avait appuyé une pareille tactiqne dans ses discours, ne tarda pas à s’en repentir 2.
Guillaume avait espéré qu'il pourrait donner force et durée à son gouvernement en tâchant de se créer une popularité que les révolutionnaires de France avaient conquise à si bon marché. Comme eux et avec eux, il s’efforça d'exploiter le nom des dis ciples de saint Ignace ; il prétendit les rendre responsables de tous les désastres et de toutes les erreurs. Les Belges ne furent pas aussi crédules que les partisans de la Charte de Louis XVIIL. Au mois de novembre 1827, un écrivain alors célèbre par ses ouvrages anticatholiques , M. de Potter, fit tomber des mains du monarque protestant cette arme du désuitisme : « Maudits Jésuites, s'écriait le chef de l'opposition constitutionnelle dans les Pays-Bas !, ils ont fait bien du mal! car pour nous défendre contre eux, on nous a, comme le cheval de la fable, sellés, bridés et montés. C'était si commode de pouvoir répondre aux Français qui, après quinze jours de séjour à Bruxelles, nous disaient : « Quoi! pas de jury? — Non, mais aussi pas de Jésuites. — Quoi! pas de liberté de la presse? — Non, mais aussi pas de Jésuites. — Quoi! pas de responsabilité ministérielle ? pas d’indépendance du pouvoir judiciaire? un système d'imposition accablant et antipopulaire, une administration boiteuse, ete. ? — Il est vrai, mais point de Jésuites. — Comment, demanderais-je volontiers à nos voisins, pouvons-nous nous tirer de là ? Dès que nous nous mêlons de nos affaires, on crie aux Jésuites! et nous voilà hors du droit commun. — Dites-moi, messieurs, de ce qu'on appelle un homme désuite, s'ensuit-il qu’il faut l'emprisonner , le juger, le torturer et le condamner ? toutes ces actions deviennent-elles des crimes et ses paroles des absurdités ? »
Ce langage était celui de la raison ; il fut puni par Guillaume
\ On lit dans le tome 11, p. 80, de la première édition de l'Histoire du royaume des Pays-Bas, par ce magistrat ; « Que l’on veuille bien se souvenir encore une fois que ceci (ceci est le propre discours de M. de Gerlache) fut écrit en 4825; que, pour l'amour de la paix, nous voulions faire au gouvernement, que nous supposions jusqu’à un certain point sincère dans ses appréhensions du Jésuitisme, toutes les concessions imaginables, afin de prévenir de grandes calamités. Nous commeltions néanmoins une faute grave, dont nos adversaires surent tirer parti. En restreignant le principe, nous affaiblissions notre couse, bien loin de la rendre muilleure, »
© Lettre au Courrier des Pays-Bas, par M. de Potter,
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