‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 62 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y

86 CHAP. ff. = HISTOIRE .*

désespoirs du foyer domestique les fruits amers que cette mesure avait provoqués, et de chaque point de l'Europe il s'élevait des voix indépendantes pour réclamer la Compagnie. £es derniers Pères étaient partout investis de la confiance publious; mais ils s'éteignsient peu à peu, et les Catholiques ne cessaient de tourner les yeux vers le Saint-Siége pour implorer la résurrection de l'Institut. En Suisse, les cantons attachés à l'Unité n'avaient consenti qu'avec peine à sé séparer de leurs maîtres dans la Foi. Les Péres Vaquerie, Muller, Joseph de Diesbach et le comte Sinéo della Torre travaillsient à donner une nouvelle vie à la Société. Le Conseil de Soleure, intéressé dans la question, écrivait au Père Vaquerie en 4805 :

«Le gouvernement de Soleure désire si ardemment le rétablissement d'ün Ordte si salutaire, qu'il n’a attendu que votre avis pour s'adresser directement au Saint-Père, avec lequel la correspondance est éntamée depuis quelque temps par le canal du Nonce apostoliqne, qui veut bien appuyer avec ardeur les intentions de notre gouvernement ; et, comme on est sûr que le Pape acquièscera sans difficulté aux vœux de notre gouvernement, ils nie tarderont pas à étre exécutés si le très-cher révérend Père Général vert bien y prêter ses bons offices. »

Dans le Valäis, c'était le même zèle de la part des populations, le même dévouement de la part des Jésuites. Le 91 juillet 1810, les Péres Godinot, Drach, Rudolph et Staudinger se sont agrégés à la Compagnie ; sous l'égide de Joseph Sinéo della Torre ; renongant aux grandeurs et aux richesses pour coutir la carrière des . humiliations et du travail, ils se livrent à l'éducation de la jeunesse dans le Collége du chef-lieu. Le Valais, annexé à l'empire, formait alors le département du Simplon. Bonaparte est en guerre avec le Souverain-Pontife ; ses préfets et ses universitaires ouvrent les hostilités contre ces Jésuites. L'Etat ne leur reconnaît pas cette qualité, mais, en dehors des actes officiels, personne ne la letir conteste. Ils ne demandaient aucun secours, aucun traite ment à l'administration. Deux ans s'écoulérent dans un abandon qui, pour les enfants de Loyola, fut un bienfait. 11 avaient prononcé le vœu de pauvreté ; l'indigence à laquelle on les réduisait ne les effraya donc pas. Cependant le grand-maître de l'Univer-

mesure rait des lerniers

mais ils

tourner de l'Inonsenti es Pé- 0 della té, Le u Père

sité impériale s'émeut au tableau que Nompère de recteur de l'Académie de Lyon, lui trace du dénûment et de la vertu des Jésuites. Il sdresse au préfet la lettre suivante :

« La position pénible des principaux et régents des can dans le département du Simplon excite mon intérêt le Le retard qu'ils éprouvent dans le payement de leurs À! at ne peut être que passager. Je vais tendre de tous mes moyens à le faire cesser. Cet objet occupera le conseil de l'Université dans une de ses plus prochaines séances, et, dés que Sa Majesté aura statué sur les propositions qui lui seront soumises, je m'empres-

serai d'exécuter sa décision.

» Je vous invite, monsieur le Préfet, à encourager de tous vos efforts et de toutes vos espérances, les hommes instni chargés de l’enseignement dans les Colléges du Valais, Les preuves de dévouement qu'ils auront données dans cette circonstance difficile ne seront pas mises en oubli, C’est un sacrifice momentané dont il me sera fort doux de pouvoir leur tenir. compte. »

Cette lettre de Fontanes fut un encouragement pour les Jésuites ; le 2 décembre 1812, Champagny écrivit en ces termes au Père Sinéo : « Monsieur le Principal, je n'ignore pas votre zèle, votre dévouement et le désintéressement religieux avec lequel vous avez jusqu'ici rempli vos fonctions, et vous rentrez aujourd'hui dans la carrière éminemment utile dans laquelle vous êtes engagé. Vos soins ne seront pas perdus. Déjà l'Université est instruite, et ne se bornera pas à une stérile admiration. Mais quelle récompense plus précieuse que celle que vous trouvez dans votre cœur pourrait-on vous offrir? Quand on a, comme vous, les regards fixés sur l'éternité, la terre paraît être d'un bien vil prix. Vous donnez dans l’Université un exemple dont elle s’honorera et qu'elle citera avec orgueil à tous ses membres présents et à venir.

» Pour moi, monsieur le Principal, qui ai l'avantage de vous connaître personnellement, je serai moins étonné peut-être, mais je serai plus particuliérement dévoué à vos intérêts, que vous savez si bien sacrifier.

Telle furent les premiéres relations de l'Université de France avec la Compagnie de Jésus. L'Université, ayant Fontanes à sa tête, protégeait contre les vexations gouvernementales ces quelques -

Religieux, ne s'épouvantant pas plus de la misère que des perséeutions. Fontanes et Champagny les honoraient de leur estime, le comte de Rambuteau, préfet du Simplon, veut les expulser. Les événements furent plus forts que la volonté de l'Empereur. En 1814, le petit Collége de Sion devint le berceau de la Province de la Haute-Allemagne. Les compagnons du Père Sinéo avaient été éprouvés par de longues souffrances; ils s'étaient dévoués pour le Valais, le Valais leur en tient compte. Le baron de Stockalper, ün des premiers magistrats du canton, propose de rendre aux Jésuites leur ancien Collége de Brig, converti en forteresse por les Français. La proposition est accueillie avec enthousiasme ; cet enthousiasme se propage parmi les Catholiques. Pierro=Tobie Yeuni, Evêque de Lausanne, tourne ses regards vers la Compagnie ; ; il va l'introduire à Fribourg, lorsqu'il reçoit de Goeldlin de Tieffenau, Vicaire apostolique, une lettre qui le confirme das sa penbée. Tieffenau lui mandait :

« Fondé sur l’expérionce, je suis intimement persuadé qu’il n'y a pas de remède plus efficace à opposer aux maux de notre siècle que de rappeler dans nos cantons suisses la Compagnie de Jésus, nouvellement rétablie par notre saint Pére Pie VII. Cette

Société fournirait une seconde fois des défenseurs à la puissance ecclésiastique, des instituteurs à la jeunesse chrétienne; elle réglerait les:sciences, ferait fleurir la piété et la continence parm* le Clergé, et serait pour le peuple un rempart contre les corruptions du siècle. Quant à moi, je désire ardemment de voi les Jésuites introduits dans le diocèse qui m'est confié. Je veus souhaite de tout mon cœur le même bonheur pour ie vôtre. »

Canisius avait évangélisé la Suisse. Son tombeau à Fribourg était l'objet de la vénération générale; ce fut en s'appuyant sur ce souvenir que les Catholiques invoquèrent des Jésuites. Les prélats helvétiques les réclamaient comme des coopérateurs indispensables ; le baron d'Aregger, avoyer de Soleure, marche sur les traces du Clergë. Il forme le projet d'appeler la Compagnie dans cette ville. Au mois de juin 4816, le grand Conseil se ré-

“unit; il décrète qu'elle est à tout jamais exclue du canton. Cet

échec, qu'avaient inspiré des répulsions individuelles, des rivalités locales et des craintes habilement entreténues par les ad-

versaires de l'Institut, ne refroidit point le zèle de Fribourg. Le Père Corneille Van Everbroek offre aux proscrits de Belgique un asile à Hildesheim ; d’autres se livrent à la prédication et à l’enseignement. Cette activité, dont les résultats ne tardent point à se faire sentir, était pour les hérétiques et pour les Radicaux un perpétuel sujet d'inquiétude. Ils redoutaient l’ascendant que les Pères savaient prendre sur les populations; une pareille influence devait à la longue nuire aux desseins dont ils commençaient à ne plus faire mystère. L'acte fédéral de 1815 leur était à charge. Ils tâchaient de fomenter les mécontentements, d'irriter les esprits, afin d'arriver plus tard à dominer l'Helvétie par une liberté dont ils seraient seuls les apôtres, -les censeurs et les usufruitiers. Pour mieux déguiser leur plan, ils se tracèrent une voic que les plus habiles ennemis de l’Institut ont suivie depuis. L'ancienne Société de Jésus était tombée aux applaudissements de ceux qui se proclamaient hostiles au Catholicisme, cha-

. eun avait apporté ‘son tribut d'efforts pour la battre en brèche. Elle n'existait plus ; les Radicaux suisses se prirent à la regretter.

Ils eurent pour elle des bénédictions et des louanges. Elle seule avait eu le don de rendre l’enseignement aimable; elle seule avait pu voir naître dans son sein des martyrs, des apôtres, des orateurs, des poètes et des savants. On couronna la victime de fleurs, lorsqu'on s'imagina qu'elle ne pourrait plus se relever sous le couteau; puis, à l’aide d’une transition dont quelques écrivains se sont emparés plus ou moins heureusement, on vit les Radicaux suisses déclarer que le nouvel Ordre de Jésus n’avait rien de commun avec l’ancien. Les Jésuites modernes ne furent que les enfants dégénérés de saint Ignace. Ils ne possédaient pas le secret de ses Constitutions; ils restaient étrangers aux progrès de l’enseigneruent ; ils répudiaient les principes qui portèrent si haut la gloire des premiers Jésuites. Ils furent donc condamnés à l'impuissance ou au mal. De Rivaz, grand-bailli de la république valaisäne, confondit le 4 mai 1818 ces accusations. Il parlait au nom de l'Etat : sa déclaration eut force de loi.

Vers le même temps, Balthasar de Muller proposait au grand Conseil de Fribourg de rappeler les Pères dans le cantor. Soixante-neuf suffrages contre quarante-deux accueillirent sa

demande, que l'avoyer Techtermann se chargea de réaliser, On avait vu en Italie et en Allemagne les Jésuites abandonner les dignités dont ils étaient revêtus pour mourir dans leur Société rajeunie. Antoine Hausherr, Joseph de Schaller et Laurent Doller, trois vétérans de la Compagnie, s'empressent d'imiter ce dévouement filial. En 1821, Louis Fortis réunit dans une Vice- Province, dont le Père Godinot est créé chef, la Suisse, les Missions de Hollande et de Belgique, ainsi que la Saxe.

. Tandis que les cantons catholiques contractaient alliance avec les Jésuites, et que le Père Jean Roothaan parcourait le Valais en répandant partout des fruits de salut, un orage grondait à Fribourg sur les disciples de Loyola. Depuis près de vingt ans, les Cordeliers y étaient chargés de l'instruction primaire. À la tête de cette école apparaissait le Pére Grégoire Girard. Un nouveau mode d'enseignement avait été introduit par ses soins; c'était la méthode lancastrienne, l'enseignement mutuel et les idées de Pestalozzi combinés et modifiés avec une ingénieuse habileté, Le plan du Père Girardétait neuf; comme toutes les nouveautés, il dut subir les alternatives de la discussion. Il eut des partisans : et des contradicteurs. Les Jésuites n'avaient pas encore pénétré à Fribourg, et déjà l'Evêque de Laussnne, juge compétent en matière d'éducation, s'était prononcé contre le mode adopté. Il avait même demandé au grand Conseil de l'interdire. Lorsque le Collége eut été mis entre les mains de l’Institut, les Pères, se conformant aux prescriptions épiscopaies , n’agréèrent pas les principes de Girard. On saisit ce prétexte pour les accuser d'avoir imposé au prélat la condamnation du Cordelier, Ses amis s'agitent ; les têtes s'échauflent. À cette époque, tout devenait matière à insurrection. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1823, on se porte en tumulte sur°le Collége. Le Père Girard n'avait cherché qu’à être utile aux enfants dans la sphère de ses attributions ; son nom sert de cri de ralliément contre les Jésuites : on les menace de mort, on les outrage dans leur silence. L’émeute n’était qu'un premier essai des forces radicales ; elle s’apaisa devant l'indifférence publique. Le Père Girard avait eu, sans le vouloir, des

. auxiliaires qui compromettaient sa cause. Le 26 mai, l'Evêque de Lausanne, exposant les motifs de son interdiction , justifiait

ser, On iner les Société, nt Dolniter ce 6 Viceles Mis-

106 avec falais en L à Frians, les | la tête nouveau c'était la idées de ileté, Le

autés, il

partisans ‘

nétré à en ma-

;, ILavait le Colse coneg prind'avoir mis s’aait ma- 5, On se

cherché

pns ; son menace it qu'un indiffébir, des

'Evèque stifiait

ainsi les Jésuites : « L’empressement des feuilles libérales et anticatholiques de la Suisse à défendre cette méthode, et leurs déclamations contre nos révérends Pères Jésuites, qui sont abso: lument étrangers à la déterminatio: que nous avons prise, suffi sent pour dessiller les yeux des personnes des bonne foi.» L'opinion du prélat fut partagée par le grand Conseil, et la méthode du Père Girard supprimée.

Vingt ans plus tard, l'Académie française, par l'organe de M. Villemain, couronnait solennellement l’œuvre du Cordelier; mais, au fond de cet hommage rendu à un Franciscain par ceux qui décernaient à Voltaire un dernier triomphe posthume, il ÿ eut peut-être plus de malveillance épigrammatique à l'adresse des Jésuites que de justice en faveur de leur prétendu rival.

Cette insurrection, que l'ignorance prépara pour assurer le succès de la science, n'avait eu aucun retentissement. Les Jésuites s’en étaient encore moins préoceupés que les magistrats, car alors une pensée féconde en résultats germait dans les esprits. Guillaume de Nassau rejetait à la frontière de son royaume les Pères qui répandaient l'instruction en Belgique et en Hollande ; le canton de Fribourg s'apprête à recueillir ces épaves du fanstisme luthérien. En 1824, Tobie de Gottrau, Charles de Gottrau, Philippe d'Odet, Nicolas de Buman, Hubert de Boccard, Pierre de Gendre et Théodore de Diesbach conçoivent l'idée de fonder un pensionnat à Fribourg. Elle ne rencontre que des approbateurs : l'édifice est commencé, il s'achève. Il deviendra sous la main des Jésuites, un des plus beaux établissements de l'Europe. « On voit s'éléver dans le même temps, écrivait le célébre baron de Haller, un pensionnat à Fribourg et une maison de correction à Genève. Ce sont deux édifices remarquables ; mais les Fribourgeois montrent plus de sagesse ; ils construisent une maison pour prévenir le mal, et les Genevois pour le punir, quand il est commis, »

Le pétit nombre de Jésuites dont la Suisse pouvait disposer rendait pénibles, quelquefois mortels, les travaux de l'enseignement et de l'apostolat. Les Pêres, en effet, n'avaient pas seule ment à veiller à l'éducation de la jeunesse, ils devaient remplir en même temps les autres fonctions saderdotales, être à la fois

92 CHAP. Il, — HISTOIRE

régents, directeurs des âmes et catéchistes. Le traitement alloué par les gouvernements aux professeurs employés dans les Collèges n'excéde jamais six cents francs, et c'est avec cette modique subvention qu'ils doivent vivre et porter partout la bonne nouvelle de l'Évangile. Ils sont dans le Valais ainsi qu'à Fribourg instituteurs et missionnaires ; mais leur zèle ne s'arrête pas à ces deux cantons. À Schwytz, à Zug, à Uri, à Unterwald, à Lucerne, à Genève, à Soleure, à Neuchâtel et à Berne, il ÿ a des catholiques qui les invoquent, des prêtres qui sentent le besoin de se fortifier dans la vertu, des villages abandonnés qui réclament avec instance les consolations et lés secours de l'Eglise. Ce sont les : Jésuites qui exaucent ces prières, qui répondent à ces vœux. Ils

se anettent, partout et toujours, aux ordres des Evêques ou des

Vicaires apostoliques ; ils se multiplient, afin de propager la charité dans les cœurs et de vaincre l'esprit d’indifférence ou de doute: Ils marchent, ils travaillent sans relâche. À Dusseldorf, ils

habitent une partie de leur ancien Collège; ils réveillent dans

cette ville les sentiments de Foi et de piété ; ils y combattent avec succès une nouvelle secte de Momiers, dont le comte de Beck s’est constitué le champion. A Hildesheim, les Pères Lüsken,

Van Everbroeck et Meganck, avec treize autres Jésuites, sont occupés des mêmes soins. À Brunswick, les magistrats protestants ne veulent plus se séparer du Jésuite que l'Evêque d'Hil-

desheim envoya comme un messager de paix. À Dresde, où le

Père Gracchi possède la confiance de la famille royale, et.où il

dirige tout à la fois la conscience du Monarque, l'hôpital de la

ville et tous les enfants catholiques, une émeute éclate en 1830.

C'est sur les Jésuites seuls qu’elle veut frapper : elle assiége donc

la maison où résident quelques Ecclésiastiques séculiers. Gracchi

est au milieu d'eux ; il entend les imprécations et les menaces de

la foule. Il se présente à elle : « Vous demandez les Jésuites?

s’écrie-t-il ; je suis seul de mon Ordre dans cette maison, et me

voici. » Gracchi était connu, était surtout aimé par sa charité.

La multitude s'incline devant lui, et le tumulte est apaisé.

Peu d'années auparavant, l'Allemagne protestante s'était

émue à l’abjuration de Frédéric-Ferdinand , duc. d’Anhalt-. Koœthen. Dans un veyage que ce Prince fit à Parisen 1825,

RS SE EEE

alloué lléges

dique

noubourg à ces xernc, tholide se t avec

nt les :

x. Îls u des a chaou de rf, ils , dans it avec Beck isken, sont rotesd'Hiloù le où il de la donc acchi es de ites ?

t me arité.

était

halt-.

avec la duchesse Jnlie son épouse, sœur du roi de Prusse , il vit plusieurs fois le Pére Ronsin. Ce Jésuite lui plut par l'aménité de son caractére et par le charme de sa conversation. Il eut avec lui de fréquents entretiens. IL proposa ses doutes et ses objections sur les vérités du Catholicisme. Ronsin les résolut, et, le 24 octobre, le duc, la duchesse et le comte d'Ingenheim, leur frère, abjurérent le Luthéranisme pour embrasser la Foi romaine. À peine revenu dans sa principauté, Ferdinand d’Anhalt annonce à ses sujets son retour à l'Unité. Cette nouvelle excite une vive irritation parmi les Luthériens; le roi de Prusse s’indigne. Il proteste que ce n’est ni l'autorité ni la tradition qui doit régler la Foi, mais la raison individuelle ; et iln’a pas assez d'anathèmes pour maudire sa sœur et son beaufrère, qui se conforment à ses doctrines en écoutant le cri de leurs convictions. |

Un Jésuite avait remporté cette victoire sur le Protestantisme, un autre Jésuite la consolida. A la priére du duc et d'après l'ordre du Pape, le Père Beckx accourt à Kæœthen. Jusqu’alors les Catholiques y ont langui dans un état d'oppression, Beckx relève leur courage, tout en se faisant un devoir de respecter les cultes dominants. Il travaille, il prêche , il évangélise presque sans espérance de succès, car Ferdinand d'Anhalt n’a point d'enfants, et ses Etats doivent passer après sa mort à un souverain hérétique. Beckx connaît ces obstacles, il n'en poursuit pas moins son œuvre. En 4830, le trépas du duc mit un terme à sa mission, et le Père suivit la duchesse d'Anhalt allant porter en Europe le modèle de toutes les vertus. Mais dans ces quelques années de mission, le Jésuite avait su faire germer des idées de tolérance. A sa voix il avait vu le nombre des Catholiques augmenter, et, alin de leur laisser un souvenir de son passage , il avait jeté les fondements d'une église. Le prince Henri d'Anhalt, frère et successeur de Ferdinand , était attaché au culte Inthérien; il n'en accepta pas moins l'héritage du J6suite. L'église s'achève par ses soins , et, en 4833, le jour où le Vicaire du diocèse d'Osnabrück vint la consacrer, le nouveau duc voulut assister à cette solennité avec sa famille et les chefs protestants.

À cette époque, la presse révolutionnaire se croyait tout permis contre les enfants de saint Ignace. En France, on les attaquait avec le sarcasme quotidien et la phraséologie parle- | mentaire, En Allemagne où les haines ont quelque chose de plus sérieux, on essaya de battre en brèche la Compagnie de Jésus, en lui prètant des attentais contre les personnes. Le nom du Père Beckx avait du retentissement ; il se mélait à un acte dont les susceptibilités luthériennes s'étaient montrées profondément blessées. Dans la Saxe et dans le duché de Brunswick , principalement, les esprits s'agitaient, La tempête qui, en juillet 4830, avait éclaté sur la France , faisait fermenter le levain révolutionnaire ; les Protestants se servirent de cette exaspération pour perdre Beckx, Un journal, devant sa célébrité à son fanatisme anticatholique paraissait à Leipsick sous le titre de la Sentinelle cunonique (der canonische Wachter). Vers la fin de l'année 4830, Hurlebusch, président du consistoire du duché de Brunswick, signe et publie dans cette feuille une déclaration par laquelle le Père Beckx à Kœthen, et le Père Lüsken à Hildesheim, Jésuite octogénaire, avaient tenté de convertir un protestant de Wolfenbüttel. On affirmait encore qu'ils avaient osé lui mettre le poignard à la main pour assassiner un prédicateur de Brunswick.

Uu pareil fait, jeté dans la polémique à une pareille époque, dut nécessairement évoquer beaucoup de crédulités assez robustes pour accepter et propager le mensonge. L'attentat du Père Beckx devint le sujet de toutes les conversations et de toutes les terreurs. La calomnie d'Hurlebusch portait coup; il voulut l’entourer d’une notoriété encore plus grande. Il publia une brochure ‘dans laquelle les circonstances du crime et de la provocation étaient racontées avec un luxe de détails qui ne permettait plus le doute, Timpe, le néophyte du Jésuite transformé en Vieux de la Montagne , avouait que le Père Beckx lui ayait enseigné que tuer les hérétiques était une œuvre méritoire devant Dieu. Le pasteur de Brunswick avait été la première victime dévouée à son poignard, Ce pamphlet, qui faisait reculer la civilisation de deux ou trois siècles, fut répandu à profusion dans toute l'Al- Li Il servit de lecture aux enfants des écoles protestantes ;

on l'affichait à l'entrée de ces mêmes écoles, on le distri-

buait dans les villes, on le colportait dans les campagnes. Le Père Beckx adresse une réclamation au journal protestant

Meninsqe mur yrbeusrrenmnrs map

- devenue un monopole au profit de quelques-uns , cette réclame-

tion ne servit qu'à alimenter la polémique et à raviver se ture. Le Pére Beckx avait tout nié; le journaliste démontra

que cette fimide assertion était une preuve de plus, constatant la vérité des dires d’Urlebusch. Il ne restait au Jésuite qu’à traduire son accusateur devant les tribunaux de Wolfenbüttel. Les magistrats étaient protestants; mais le disciple de l'Institut avait foi dans leur justice, foi surtout dans son innocence. Beckx mettait son honneur de prêtre catholique sous la sauvegarde de la loi. La loi était luthérienne, elle essaya de rester muette. Cependant il fallut bien prononcer sur un attentat qu'on avait si longtemps exploité. Hurlebusch fut con. damné comme calomniateur. Il eut recours au tribunal d'appel. Les magistrats se virent dans l'obligation de eonfirmer la sentence qui est insérée dans la Gazette officielle de Brunswick, sous le numéro 167, de l'année 1833.

Le président du eonsistoire protestant était condamné à faire amende honorable et par écrit aux deux enfants de saint Ignace. Pour essayer de gagner du temps et de se soustraire à l’humiliation d'un aveu, Hurlebuseh entreprit un voyage dans les montagnes du Harz; il y mourut frappé d'apoplexie foudroyante. Timpe, son complice, dont les Luiufriens s'étaient d'abord faits les protecteurs, éprouva ensuite toutes les vicissitudes atta— chées àune honte divulguée. Il erra de Wolfenbültel à Düsseldorf, de Düsseldorf à Cologne. Ce fut dans cette ville que, poussé par le remords, il rétracts devant les tribunaux les imputations dont il avait chargé les Pères Lüsken et Beckx. Sa rétractation est entre nos mains, ainsi que tous les documents relatifs à cette affaire qui occupa l'Allemagne pendant trois années. Ils prouvent jusqu’à l'évidence la malice des uns et la crédulité des au tres, malice et erédulité qu'il est si facile d’exciter lorsqu'il s'agit d’un Jésuite.

Les nouveaux éléments qui constituent la société européenne

a rime 0 ae SL

sràS

6 CHAP,. NH. — HISTOIME

no permettent plus aux enfants de saint Ignace de prendre une part active aux négociations du monde et aux affaires ecelésiasti ques. Le Saint-Siége ne peut plus les revêtir du caractère de légat ou de Nonce extraordinaire et les envoyer à travers le monde, comme Pasquier-Brouet, François de Borgia, Canisius, Possevin et Tolet, pour discuter, pour régler les intérêts de la Catholicité tantôt avec les rois, tantôt avec les peuples. Le cours naturel des choses a remis la Société de Jésus dans la position que son fondateur lui avait tracée, et dont elle ne sortit qu'à son corps défendant. Elle est devenue plus religieuse que jamais dans un siéele où la politique déborde et où chacun se fait une obligation de citer à son tribunal individuel les actes des princes et les tendances des gouvernants. En face d'une pareille confusion dans les idées et dans les pouvoirs, les Jésuites ont sagement pensé qu'il ne leur restait plus qu'un rôle à jouer. Pour atteindre la fin que l’Institut leur propose, il importait de s'abstenir de toute participation aux événements publics, d'en accepter sans joie ou sans regret le contre-coup, quel qu'il fût, et de marcher en silence, mais toujours, mais partout, vers le but qui leur était offert. Leur action ne devait plus se faire sentir que dans les Colléges ou dans les Chaires évangéliques ; ils n'avaient mission que d’apaiser les tumultes de l'âme, que de fortifier la piété, que de conduire la jeunesse au bonheur et à la paix par une éducation chrétienne. Ils ne se départirent jamais du plan laissé par le législateur de Ja Compagnie. Ce plan les exposait à des soupçons, à des accusations, à des outrages ; ils s’y résignèrent.

« Les Généraux et les principaux membres de la Société, ainsi s'expriment les écrivains protestants dela Revue d'Oxford et de Cambridge *, ont toujours été et sont encore des hommes d'un grand caractère , prudents, mais avec plus de résolution qu'on n'en trouve chez les gens du monde; ce sont des hommes à l’esprit froid et lucide et au cœur chaleureux, que l’on n'a jamais taxé d'insensibilité ; des hommes auxquels on peut se fier dans les affaires, qu’ils traitent avec une grandeur de procédés bien différente de cette petite finesse qu’on prend quelquefois pour de

1 Revue d'Oxford et de Cambridge, 1848. Parmi les rédacteurs de celte Revue l'on compte lord John Mavner et M. Smythe, membres du Parlement.

j DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. . pre l'habileté. Sous la conduite de ces admirables guides, et combatweb tant sans relâche pour lu cause de la vertu, de la pureté, de l'or- :# ù dre civilet religieux, marche la grande armée des Jésuites, grande |

non par le nombre , mais par les œuvres, et composée de prédi-

“gi cateurs éloquents, de missionnaires auxquels les plus rudes traho- vaux ne font point perdre l'urbanité des manières , d'hommes de at lettres au goût sûr et à l'imagination vive, de savants ayant la que passion de l'étude sans en avoir la monomanie , d'hommes vivant s0n dans le monde sans être mondains. »

osé C'est sous ces traits que des Anglicans peignent les vieux et les nue nouveaux Jésuites. Les Anglicans commencent à rougir de la 1098 crédulité et de l'injustice de leurs devanciers ; en Suisse, le mouon vement des idées n'avait pas, en 4831 , sanctionné une pareille nsé équité. Les Jésuises restaient étrangers aux commotions agitant > La l'Europe. On avait pris leur nom pour servir d'étendard aux espéute rances révolutionnaires ; lorsqu'elles crurent leur triomphe assuré, 4 ce fut aux Jésuites qu'elles essayérent de reprocher la lenteur de Lui leurs succès. Le Collége de Fribourg prospérait : il était une CLOS source de richesses pour le pays, un gage de sécurité pour les falé- ° milles. La France , la Belgique et l'Italie se trouvaient après 1830 que dans une position voisine de l'anarchie ; le canton de Fribourg de s’y associa en portant au pouvoir certains Radicaux, qui ne proon | clamaient la liberté que pour régner par l'arbitraire. La Compalé- gnie de Jésus était menacée dans son existence ; mais le contact TE | et la responsabilité du commandement calmèrent peu à peu les À efferverscences radicales. C'était l'opposition de 1818 qui triomsi phait ; elle n’osa pas s'aliéner le peuple et le Clergé en appliquant de ses doctrines. Les magistrats et le grand Conseil de Fribourg fain saient cause commune avec la démocratie agissante ; le nouveau on | gouvernement sacrifia ses hostilités au bien-être du plus grand 2s= | nombre. Le Radicalisme fit sa paix avec les Jésuites ; depuis ce. ais jour, rien dans ce canton n'a troublé la bonne harmonie. Ce ne fut cependant pas sans lutte.que l'union s’obtint. On apen pelait les jeunes gens à assister aux séances du Conseil pour les de initier à la vie publique. Les élèves externes des Jésuites jouis-

saient de ce droit. L'un d’entre eux fait entendre quelques murmures désapprobateurs à l'adresse d’un député : ordre est donné VI. 7

aux Pères d'interdire à leurs disciples l'entrée de la tribune. Les Pères obéissent ; les élèves , forts de l'appui qu'ils évoquent dans les masses , parlent de se révolter contre la révolution. Il n’y avait qu’un moyen de calmer cette ardente jeunesse, il est employé. Les Jésuites interviennent, et la paix se rétablit. La guerre de plume précédait et suivait les insurrections. La Société de Jésus fut alors en butte à des attaques dont le grand Conseil ne prévoyait peut-être pas la portée. Les étudiants s’élancèren£ encore dans l'arène ‘. Libres ou déjà pères de famille, ils étaient les meilleurs juges de la question : ils la tranchèrent en combattant par des écrits publics les imputations dont on chargeait l'Institut. Dans le Valais, le gouvernement, prenant en considération la pauvreté des Jésuites et admettant que tous leurs voyages ont un but d'utilité publique, ordonne qu'à partir de l’année 1834 les messageries d'Etat les recevront gratuitement.

À la même époque, les magistrats de Schwytz les introduisent dans leurs vallées. Le Père Drach, recteur du Collége de Fribourg, et le Provincial Ignace Brocard essaient en vain de faire différer ce projet; les désirs de Philippe de Angelis, Nonce du Pape, les prières de la population et la voix du Souverair:-Pontife triomphent de cette résistance. Les Jésuites pénétraient pour la premiére fois dans ce pays célèbre par son amour de l’indépendance et de la liberté. Ils devenaient le boulevard que le Catholicisme avançait de la Suisse occidentale à la Suisse orientale. Comme pour démontrer que leur prise de possession a un but moral et littéraire, ils transforment en Collége leur Noviciat d'Estavayer, et en 1842, afin de s'associer aux vœux du pays, Grégoire XVI adresse à l'Evêque de Coire un bref ainsi conçu :

« Ayant appris il y a quelques années qu'à Schwytz, dans votre diocèse, les principaux habitants voulaient bâtir un Collége afin que les jeunes gens y fussent formés à la piété et aux lettres par

: Un ancien élève du Collége de Fribourg se déclara, on ne sait pourquoi, ennemi des Jésuites. 11 publiait un journal, l’.fmi du Progrès, il y altaqua les Pères dans une suite d'articles. Les élèves externes des cours supérieurs répliquèrent par une série de lettres qu'ils firent imprimer; leur polémique tua le journal. Un des griefs de lÆmi du Progrès contre les Jésuites était l’usage qu'ils faisaient des revenus du Collége; M. Esseiva, prêtre séculier, fribourgeois, et administra-

teur des biens du Collège, réfula victorieusement ces reproches, et il démontra, par des chiffres, que chaque Jésuite du Collége n'avait pour vivre que 300 fr,

ne. Les

nt dans 1 y avait E.

nployé. 4 de plu- 4 sus fut évoyait ans l’aeilleurs ar des Dans le uvreté t d'utissage-

luisent e Frie faire ace du ’ontife 4 jour la + épen- 1 atho- n ntale. L n but 4 d'Es-

Gré-

votre afin S par

bi, en-

Pères uèrent urnal.

isaient distra ontra, re

les Pères de la Compagnie de Jésus, nous avons approuvé, comme il convenait, leur pieux dessein, et nous l'avons secondé avec plaisir.

» Nous félicitons cet illustre canton et Votre Fraternité, nous nous félicitons nous-mèmes de ce que bientôt après les Religieux de ia susdite Compagnie y ont été appelés aux acclamations unanimes du peuple et du Clergé ; de ce qu'ils y ont ouvert leurs écoles pour le bien de la jeunesse, et que peu à peu, par les aumônes des Fidèles et par les largesses de quelques princes étrangers, ils ont construit une maison assez vaste pour servir de Collége. » Et déjà, par les heureux succès qu'obtinrent ces écoles naissantes, on peut présager de quelle utilité, Dieu aidant, ce Collége sera pour la Religion catholique et pour la République. »

Page 1