‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 62 · RE · texte numérisé non relu

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lements, Il déplorait les effets de la vaste conspiration qui avait renversé le trône, et il ne s’apercevait pas que ce complot était le premicr-né de celui qui réalisa la destruction des Jésuites. Il s'é- . tonna de voir un des membres les plus influents de l'Assemblée nationale, un Evêque parjure, lui soumettre un pareil projet. Talleyrand ne s’effraie point des railleries philosophiques du Monarque : il affirme avec plus d'autorité que les Jésuites sont seuls capables de relier le passé au présent en s’emparant de l'avenir. Louis XVIII demande quelques semaines de réflexion. Dans cet intervalle, Talleyrand perd le pouvoir, et de ce jour date la guerre incessante dont la Société de saint Ignace va se trouver l’objet. Le ministre n'avait pu convaincre le roi de la sagesse de ses conseils : l’homme d'opposition comprend qu'il importe à ses plans de priver les héritiers de son portefeuille d'un concours par lui regardé comme indispensable. On ne lui accordait pas les Jésuites pour. les mettre en France à la tête de l'éducation : il les fit attaquer pour les rendre impossibles.

Sans s’en douter, les Jésuites avaient sur les bras un adversaire qui ne demandait pas mieux que d’être leur ami sous les conditions imposées par lui. Ces conditions, le prince de Talleyrand, qui n'avait pas toutes les vertus de ses vices, les eût plutôt cherchées dans les besoins du moment que dans les nécessités sociales et religieuses. Ce n'était pas en effet un diplomate à transiger avec son égoïsme au profit de l'idée chrétienne ou morale. Louis XVIIL venait cependant de commettre une faute en négligeant l’avis du président de son Conseil : le ministre disgracié la fit expier aux Jésuites.

Les Pères n'avaient qu’une existence précaire. Le Clergé se rappelait par tradition les services que la Compagnie de Jésus rendit à l'Eglise et au royaume. Il n'avait pas oublié les luttes soutenues contre les Pères de l'Institut par l'Université, par les Parlements et par les Philosophes. Les derniers Jésuites qu'il apercevait à l'œuvre lui offraient le modèle de toutes les vertus : ils ravivaient ce sentiment de reconnaissance. Le Clergé les entourait de respect, il se montrait heureux de marcher à l'ombre de leur zèle; mais peu à peu la mort avait tellement éclairci leurs rangs, qui ne se renouvelaient plus, que dans un espace

assez rapproché, la Compagnie ne devait être qu'un souvenir. Les Pères de la Foi de Jésus, dont l'abbé Varin était supérieur, et qui n'avaient pas suivi l'exemple de leurs associés allant se réunir à la Compagnie de Jésus, ressuscitée en Russie, commençaient à voir se réaliser le plus cher de leurs vœux. Ils s'étaient dévoués à l'Institut de saint Ignace lorsque tout lui semblait hostile. Ils

avaient espéré qu'ils seraient comme les pierres d'attente desti- -

nées à la reconstruction de l'édifice. Ils demandaient à y être agrégés au moment où l'Europe faisait servir le succès de ses armes à la restauration des idées d'ordre.

L'intention de l'abbé Varin se manifestait par les œuvres. Les Pères de la Foi avaient, ainsi que les anciens Jésuites, partagé et adouci les maux de l'Eglise. Ils s'étaient vus proscrits par Napoléon : ils soilicitaient l'honneur d’être proscrits encore. Parmi ces Pères , qui ont déjà fourni à la Société de Jésus des hommes tels que Rozaven , de'Grivel, Kohlmann, Sinéo et Godinot, on remarque Germain Dumouchel, Eloi Dutems, Edmond Cahier, Nicolas Jennesseaux , Augustin Coulon, Antoine Thomas, Pierre Cuénet, Leblanc, Gloriot, Debrosse, Sellier, Barat, Roger, Gury, Ronsin , Loriquet, Joubert, Boissard, Béquet et Ladavière. Ces prêtres sont connus à Paris et dans les provinces par leur zèle éclairé et par une charité qui sait se rendre aimable. Le Père de Clorivière a été pendant ce temps investi des pouvoirs nécessaires afin de rétablir la Société en France et d'accueillir individuelle ment dans son sein les Pères de la Foi , dont les services passés furent acceptés comme un Noviciat anticipé. Ils ont combattu, ils ont enseigné : ils possèdent donc des amis et des élèves. Quel ques jeunes ecclésiastiques, des laïques même se proposent pour renforcer les rangs des vieux Jésuites. Îls se présentaient dans les conditions exigées par saint Ignace : ils sont reçus, car, dans ce moment de transition, l'Ordre sent de quelle importance il est pour lui de s'offrir à l'Eglise aussi nombreux que possible. Les choses en étaient là, lorsque Pie VIL publia la bulle qui rétablissait la Société. Les Jésuites de France comprenaient les difficultés de leur position et celles que le gouvernement de Louis XVII se suscitait comme à plaisir. [ls ne voulurent pas user du droit de liberté que la Charte conférait à tous les Français. Ils se voyaient dé-

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sirés par les Evêqués ; les Conseils municipaux de plusieurs villes importantes invoquaient leur concours. Les Jésuites, à peine nés à la vie publique, ne demandérent pas au roi et aux pouvoirs législatifs un permis d'existence qu'ils trouvaient dans la loi; ils se contentèrent de marcher sans bruit vers le but qui leur était assigné.

Cette situation, ne tendant jamais à sé régulariser, soulevait de-graves questions constitutionnelles. D: quelque manière que ces questions allassent être résolues , elles froisseraient ou la liberté de conscience ou les acrimonieux scrupules de ces terribles amants de la Charte, préparant déjà, enson nom , la révolution qui doit l'étouffer. Ces points de controverse, qui s'agiteront longtemps encore, surgirent avec la renaissance de l'Institut; il importe de les préciser et de les examiner.

De leur propre choix et par l'effet de leur volonté, plusieurs Evêques de l'Eglise gallicane, forts de l'ordonnance royale‘ du

1 L'ordonnance du 5 octobre 4814, qui place les petits séminaires sous la dépendence des Evêques, n’a pas été insérée au Bulletin des lois. 11 importe donc d’en rétablir le texte dans cette histoire :

« Louis, par la grèce de Dieu, ctc.

» Ayant égard à la néçrssité où sont les Archevèques et Evèques de notre royaume, dans les circonstances difficiles où se trouve l’Eglise de France, de faire instruire dès l’enfance des jeunes gens qui puissent ensuite entrer avec fruit dans les grands séminaires, et désirant de leur procurer les moyens de remplir avec.facilité celte pieuse intention ;

» Ne voulant pas toutefois que ces écoles se multiplient sans raison légitime;

+ Sur le rapport de notre Ministre secrétaire d’Etat de l’intérieur,

» Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

» Art. Ier, Les Archevèques et Evôques de notre royenme pourront avoir dans chaque département une Ecole ecclésiastique, dont ils nommeront les chefs et les instituteurs, et où ils feront instruire daus les lettres les jeunes gens destinés à en trer. dans les grands séminaires,

» Art, 9. Ces Ecoles pourront être placées à la campagne et dans les lieux où il n’y aura ni lycée ni collége communal.

» Art. 3. Lorsqu’elles seront placées dans les villes où il y aura un Fÿcée ou collége communal, les élèves, après deux ans d’études, seront tenus de prendre l’habit ecclésiastique.

» ]ls seront dispensés de fréquenter les leçnns desdits lycées et colléges.

» Art. 4. Pour diminuer autant que pussible les dévenses de ces établissements, les élèves seront exempts de la rétribution due à l’Université par les élèves des lycées, colléges, institutions et pensionnals.

» Art. 5, Les élèves qui auront terminé leur cours d’études pourront se présenter à l’Université pour obtenir le grade de bachelier ts-leltres.

» Ce grade leur sera cotiféré gratuitement

» Art. 6, 11 ne pourra être érigé dans un département une seconde Ecole ecclésiastique qu’en vertu de notre autorisation, donnée sur le rapport de notre Ministre secrétaire d’État de l'intérieur, après qu’il aura entendu l’Evêque et le grandmaitre de Université. x

» Art.7 Les Ecoles ecclésiastiques sont susceptibles de recevoir des legs et des donations, en se conformant aux lois existantes sur celle matière,

5 octobre 4814, appelaient. les Jésuites. [ls leur confiaient les fonctions les plus difficiles du saint ministère ; ils les chargeaient de l'éducation. Ces Jésuites, soumis, comme les autres prêtres, à la juridiction épiscopale et aux lois du royaume, ne recevant que des prélats le privilége de prêcher, de confesser et d'enseigner, se contentaient dans leur for intérieur de suivre la règle de saint Ignace de Loyola. Comme corporation , ils n'avaient, ils ne sollicitaient aucune existence civile, nul droit de posséder ou d'acquérir , nulles prérogatives dans l'ordre religieux ou politique, aucun caractère que celui de prêtre français.

Des décisions judiciaires ont jadis, il est vrai, détruit la Compagnie de Jésus : un édit royal sanctionna ces décisions. Les lois révolutionnaires, tout en les frappant de nullité, leur donnèrent une nouvelle vigueur lorsqu'elles proscrivirent les corporations religieuses et séculières. Mais l'autorité de la chose jugée ne s'étend que sur le passé, dur l’état de choses qui subsiste au moment où l'arrêt est intervenu ; elle ne saurait exercer aucune influence sur l'avenir. La Constitution de 1791, d'accord avec la loi de 1790, déclare ne plus reconnaître les vœux perpétuels de Religion ; le décret du 18 août 1792 supprime ‘ toutes les Congrégations et confréries dans les termes les plus généraux et les plus absolus. Ces lois furent virtuellement abolies aussitôt que Bonaparte eut pris les rênes de l’Etat ; il se fit un devoir et une gloire de relever les autels. Comme la Religion catholique ne peut vivre sans vœux et sans congrégations , l'Empereur fut obligé de subir cette exigence, qu'il encouragea, qu’il combattit, qu’il toléra tour à tour, selon les calculs de sa politique ou les impulsions du moment. Les Pères de la Foi, par un décret de messidor an x11,

» Art. 8. Il n’est au surplus en rien dérogé à notre ordonnance du 99 juin der-

noel mainticat provisoirement les décrets et réglements relatifs à l'Universilé.

» Sunt seulement rapportés lus les articles desdits décrets ct réglements contraires à la présente. ;

» Art. 9. Notre Ministre secrétaire d’Etat de l'intérieur est chargé de l’exécution de Ja présente ordonnance.

» Donné au châleau des Tuileries le 5 octobre de l'an de grâce 1814.

.» Signé Louis.

» Par le roi : Signé L’ABBÉ De MONTESQuIOU »

! Ce décret fut rendu lorsque Louis XVI était déjà prisonnier au Temple. ]1 n’est pas sanctionné par le roi, et, aux termes méêmnrs de la Constitution il n'a par conséquent jamais été obligatoire,

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furent dissouts; mais ce décret ne concerne point les Jésuites. Il ne lvur est applicable dans aucun cas ; il ne fut même pas exécuté

. en 1804.

La promulgation de la Charte introduisit en France un nouveau droit public ; elle modifia essentiellement les rapports de la Religion avec l'Etat.

Autrefois le roi était l’Evêque du dehors et le défenseur des Canons. En échange de la protection temporelle que les princes lui accordaient, l'Eglise les faisait en quelque sorte participer à son pouvoir. « La sainte société des deux puissances, dit Bossuet, semblait demander qu'elles exerçassent les fonctions l'une de l’autre, ce qu'elles faisaient hors de leur ressort naturel, ayant son effet par leur consentement mutuel, exprès ou tacite. » La liberté des cultes , proclamée par l'article 5 de la Charte, modifiait essentiellement l'ancien ordre de choses. La Religion catholique était, comme les autres cultes, en possession d'un plein et entier exercice, d’après ses propres règles et sous la sanction du Pape et des Evêques, pour tout ce qui a trait au spirituel. Ainsi, hors de la sphère des droits temporels et civils, pour les choses intérieures, l'Eglise se voyait affranchie, émancipée, et plus indépendante de droit que sous l'ancien régime. L'école politique qui avait inspiré ces théories de liberté chercha dès le principe à les circonscrire, à les entraver dans l'applicatinn. L'existence des Corporations religieuses sans droit civil était proclamée. La loi n'avait pas à descendre dans les consciences, à scruter les vœux faits, à discuter le genre de vie qu'il plaisait à un petit nombre de Français d'ernbrasser. Elle leur prêtait aide comme aux autres citoyens ; eux lui devaient obéissance et respect dans tous les actes de la vie publique. L'association non autorisée ne formait pas une personne morale et civile ; ses membres n'étaient que des individus isolés aux yeux de la loi, et laissés par elle dans l'ordre commun. Îls restaient passibles des mèmes peines que les autres citoyens , soumis à la même surveillance et aux mêmes charges ; ils se trouvaient dans leur patrie, catholiques au même titre, que dans l’Amérique et dans l'Angleterre protestantes.

Ces deux derniers Etats interprétaient largement le principe d'indépendance religieuse. Les Jésuites s'imaginérent que la

France avait passé par d'assez rudes épreuves pour se montrer

jalouse de ses nouveaux droits. Ils ne voulaient pas, en réveillant

les querelles amorties, susciter des embarras au gouvernement.

Le Souverain-Pontife leur rendait la vie; il les mettait sous la

garde et à la disposition des Evèques ; la Charte leur garantissait

la liberté et la protection due à chaque culte; ils s’engagèrent

sur cette voie toute légale. Le pouvoir civil n'avait point à s'im-

miscer (lans des vœux ne portant aucun préjudice à l'Etat. L'Or-

dinaire acceptait les Jésuites comme auxiliaires ; ils étaient prêtres

aux yeux de ia loi, religieux dans leur for intérieur. Cette situ1-

tion n'avait donc rien d’anormal ; elle fut comprise ainsi, et, dès

les premières années de la Restauration, les Jésuites se trouvaient

à Bordeaux, à Forcalquier, à Amiens, à Soissons , à Montmorillon

et à Sainte-Anne-d'Auray. Peu de jours auparavant, ils s'étaient

réunis en communauté dans la maison de la rue des Postes, que les dames de la Visitation venaient de leur céder. Le gouvernement ne s'occupa ni de les appuyer ni de les inquiéter. Ils s'établirent, ils procédèrent en silence, obéissant à la voix des Evêques, et se prêtant aux bonnes-œuvres que chacun avait commencées ou réalisées pendant la dispersion.

Les anciens Jésuites et les nouveaux Pères de la Foi avaient toujours calculé que des événements inattendus les rallieraient sous la bannière de saint Ignace. Au miliéu de cette longue tempête qui agita la France, on les avait vus, par une sainte émulation, répandre les germes de piété à Paris ainsi que dans les provinces. Leur but était commun, quoiqu'il n’y eût entre eux aucun lien d'association. La Révolution avait détruit les établissements religieux où l'enfance apprenait à être chrétienne, où la jeunesse des deux sexes se façonnait à la science et aux vertus. Les Jésuites et les Pères de la Foi tâchérent de reconstruire l'édifice abattu ; avec cette persistance que rien ne peut vaincre, ils cherchérent à créer sur des ruines. Dès la fin du dix-huitième siècle , l'abbé de Tournely s'était flatté que la princesse Louise de Condé et que l'archiduchesse Marianne d'Autriche l’appuieraient dans son projet d'établir une Congrégation de Religieuses destinées à élever les jeunes filles. Des tentatives eurent lieu, mais sans résultats importants. Le Père Varin, confident de ses

plans, ne se découragea pas. Dans Madeleine-Sophie Barat,

sœur du Père Barat, il rencontre la personne qui doit le seconder.

C'était en 1800 que ces événements se passaient. Peu de mois

après, des compagnes se présentent à mademoiselle Barat. Leur nombre s'accroît; elles commencent à opérer le bien, et alors

elles reçoivent de leur fondateur le nom de Dames du Sacré-

Cœur. Varin, l'ami de Portalis, et qui fut plus d’une fois soutenu

par ce grand ministre *, leur trace un plan de Constitutions, il

leur impose les règles qu’elles doivent suivre. Ce fut ainsi que se

développa cette Congrégation, appelée à rendre tant de services aux diverses classes de la Société.

Dans le même temps, un vieux disciple de l'Institut, le Père Bacoffe, conçoit, à Besançon , l'idée d'une espèce d'école normale, où se formeront des institutrices pour porter au fond des campagnes l'éducation chrétienne. La résurrection des Jésuites est encore un problème; mais déjà ils essaient de reprendre par la base l'œuvre à laquelle on les arracha. Les Dames du Sacré- Cœur, sans exclure l'éducation des pauvres, acceptaient la mission d'instruire les jeunes filles fortunées ; la Congrégation de la Sainte- Famille fut réservée aux enfants de l'indigence. Le Père Varin lui donna une règle appropriée aux besoins qu'elles se vouaient à satisfaire.

La richesse et la pauvreté ont des écoles; Varin, en fondant la Congrégation de Notre-Dame avec la Mère Julie, veut en ouvrir aux jeunes filles de la classe moyenne dans les cités et

* Les relations des Pères de la Foi avec Portelis ne sout plns un mystère, ct elles honorent autant les disciples de l'institut que le ministre lui-méme, Portalis était un vieux parlementaire qui cherchait à faire refleurir en France la Rcligion catholique. Les obstacles qu’il rencontrait sur sa roule le forcèrent souvent à prendre des voies délournées, à prouoncer des paroles mal-onnautcs, et à consigner dans ses actes officiels des mesures ct des doctrines inadmissibles au point de vue religieux. Ces actes ne furent que des concessions faites à l’incrédulité pour obtenir l'essentiel.

Tout était à reconstituer dans l'Eglise de France; Portalis se dévoua à cette lache, et, avec l'aide du Premier Cousul, il parvint à son but, M. de Crouseilhes el la comtesse de Grammont avaient mis le Père Varin en rapport.avec le cunsciller de Bonaparte. Portalis connut et apprécia la plupart des futurs Jésuites. 11 devint leur ami, et il les protégea souvent contre les dénouciatious de la police, Cest ainsi que le 48 fructidor an x il rend compte par écrit à Bonaparte de ses cntreliens avec le Père Varin, dont Fouché avait saisi la correspondance. Plus tard, en 1804, Portalis parait abandonner ses protégés; mais au milieu de ses in- Justices calculées, on sent encore percer les bienveillantes intentions du ministie dles cultes en faveur des associations religieuses que le cardinal Fesch défendait,

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dans les bourgades ‘. Les derniers Jésuites consacraient leur vicillesse à créer des établissements dont tous les pouvoirs devaient apprécier l'utilité : un autre Père, Jean-Baptiste Bourdier-Delpuits, né en Auvergne, réalise dans l'ombre une touchante pensée d'égalité chrétienne. Les saturnales de 1793, les folles orgies du Directoire ont réagi sur l'esprit d'un certain nombre de jeunes gens. Ils refusaient de s'associer à ces hontes ; ils cherchaient dans l'étude et dans la prière un préservatif contre une pareille démoralisation ; ils accoururent d'eux-même se rallier à la parole du Père Delpuits. C'était l'apôtre de tous ces hommes qui allaient briller dans le monde par leur science, par leurs travaux ou par l'illustration de leur naissance. Le Jésuite les accueillit, les soutint dans la lutte qu'ils engageaient. Quand il vit que la régularité de leurs mœurs ne se démentait pas plus que l'intelligence de leur zèle et leur charité toujours active, il leur raconta comment, en 1563, le Père Léon avait institué la Congrégation de la Sainte-Vierge; il leur en démontra l'importance et les bienfaits. La proposition de Delpuits fut agréée ; et le 2 février 1801, les docteurs Buisson et Fizeau, Regnier, juge au tribunal de la Seine, de Marignon , Matthieu et Eugéne de Montmorency furent les six premiers Congréganistes. Le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, approuva et bénit cette tentative.

Le Père Delpuits aspirait à sauver du naufrage les croyances religieuses et la pudeur des jeunes gens qui affluaient à Paris pour étudier le droit et la médecine, ou pour se livrer à la diplomatie, au commerce, à l’état militaire, à l’industrie et à l'instruction publique. Ce fut la fin principale de la Congrégation ; les Congréganistes durent être les missionnaires de la famille, de l'amitié ou de la confraternité. Ils visitaient les malades ; ils secouraient les pauvres honteux ; ils apprenaïent dans les salons ainsi que dans les ateliers, par leur exemple encore plus que par leurs conseils, à pratiquer les lois de l'Evangile. Cette association de bonnes œuvres se propagea rapidement. Pie VII lui accorda de pieuses faveurs, et en peu d'années elle s’étendit dans plusieurs

1 Cet Institut s’est acclimaté en Belgique, où la Mère Julie se retira. C'est à Namur que le siége de la Congrégation est établi, et de là les Sœurs se répandeut dins les provinces. Madame Dlin de Bourdon succéla à la fondatrice.

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villes. Grenoble, Rennes, Nantes, Lisicux , Toulouse et Poitiers obtinrent leur Congrégation relevant de celle de Paris ; Lyon eut la sienne aussi , mais distincte et indépendante. Dans l'es- : pace de quelques années, de 1801 à 1814, le Père Delpuits compta , au nombre de ses Néophytes, des personnages qui devaient honorer l'épiscopat , la pairie, les armes et la science. Dans les registres de la Congrégation , on lit à chaque page des noms devenus illustres. lei c'est le médecin Laënnec et Alexis de Noailles, les trois Gaultier de Claubry et le comte de Breteuil, Nicolas, Robert et Justin de Maccarthy et le mathématicien Binet, Louis-Charles de La Bédoyëre et le jurisconsulte de Portets, le savant Cauchy et le duc de Béthune-Sully , l'éloquent Hennequin et le duc de Rohan, le docteur Cruveilher et le marquis de Mirepoix, Ferdinand de Berthier et le marquis de Rosambo. Sur ces mêmes listes se présentent des jeunes gens ou des hommes faits, que le Clergé a vus ou voit encore à sa tête. On y remarque des Evèques, tels que Bruté , Martial, Forbin de Janson, Feutrier, de Mazenod et de Jerphanion ; des prêtres, qui, comme le Sulpicien Teyssère et les abbés Carron, Desjardins, Mansuy, de Retz et Augé , rendirent à l'Eglise et au royaume des services qui ne sont pas oubliés. En 1810, la Congrégation révélait son influence ; elle contrariait les projets antireligieux de l'Empereur : elle fut supprimée par un décret. L'abbé Philibert de Bruyard, devenu plus tard Evêque de Grenoble, se chargea d'en réunir les membres épars. Elle vécut silencieuse et proscrite jusqu’à la chute de Napoléon. En ce moment , l'abbé Legris-Duval, dont le nom est populaire par l'onction de sa parole et une charité sans bornes, dirigeait les Congréganistes se rassemblant dans une chapelle intérieure des Missions-Etrangères. Au mois de septembre , il confia ce patronage au Père de Clorivière, nommé depuis peu de jours supérieur de la Société de Jésus en France, et cherchant en cette qualité à en réunir les débris.

Tels furent les soins des Jésuites : ils fondèrent des institutions dans le temps même où l'idée de leur rétablissement paraissait une chimère ; ils allaient s'organiser quand le retour de Bonaparte, au 20 mars 1815, les dissémina de nouveau. Après les cents jours, il leur fut permis d'espérer quelques années de

calme : il résolurent de les employer au triomphe de la Foi et à l'éducation. De grandes choses avaient été obtenues par de faibles moyens. La persévérance avait triomphé des obstacles, et, au milieu de la crise qui abattait le trône impérial, ils sentaient que leur concours aurait une salutaire efficacité. Ils se reconstituaient en silence; mais ce travail intérieur n’empêcha pas les Pères de se livrer aux œuvres extérieures. Les uns préchérent dans les villes, les autres professèrent dans les Colléges, tous cherchérent à se donner des frères, car leur petit nombre et la vieillesse de plusieurs étaient un sujet d'inquiétude pour l'avenir. Ils désiraient que les Novices pussent se former à l'école des maîtres qui, après avoir vu les derniers jours de l’ancienne Compagnie, achovaient leur vie dans les angoisses de l'exil et dans les luttes du martyre. C'était pour des Jésuites un précieux enseignement ; le ciel ne le refusa point à leurs vœux. Ils appelaient des jeunes gens pleins de zèle, de piété et de science, il s'en présenta sur tous les points.

La Restauration de 1814 réunit les partis dans un seul. On était fatigué du crime, de la gloire, surtout de cette guerre éternelle qui tuait les générations presque au berceau. La France avait soif de la paix, de l’ordre et du bonheur de la famille. Louis XVIII était destiné à la faire jouir de ces biens. Il s'essaya au rôle de souverain-constitutionnel, quand il n'aurait dû songer qu'à être le pére de la patrie.

La Révolution était vaincue ; elle se rallia sous le canon que la Charte peri.ittait de tirer contre les idées religieuses et sociales. La Révolution s’avouait condamnée par son fait à l'impuissance ; elle se transforma en amante forcenée du sceptre constitutionnel. Elle adopta la Charte comme le palladium de ses espérances, comme le bélier avec lequel il lui serait facile un jour d'ébranler le trône des Bourbons. Les éléments de force et d'autorité étaient partout . it n'y avait qu’à s’en servir avec discernement. Louis XVIII laissa douter de la puissance dont la force des choses l’investissait. 7! courtisa une vaine popularité, il flatta les indifférents, il iremhia aer:r:t ses ac v:rsaires, il craignit d'encourager ses amis. il eut toutes les fail::esses de l’amour-propre, sans avoir un seul jo un véritable élan d'orgueil royal; il ne

sut répondre dignement ni à la grandeur de son rôle ni aux périls de la situation. La liberté ne devait être qu'un bowelier pour protéger les droits de tous, on en fit un glaive pour tuer la Reli gion et la royauté.

Avec un instinct conservateur dont le monarque paraissait fatalement dépourvu, les Jésuites pensérent que, pour leurs vuss ultérieures, i! importait avant tout de se tenir à l'écart des tiraillements politiques. Absorbés par les soins du ministère sa-

. cré, essayant de se développer dans un pays où les lois et les

mœurs subissaient de si étranges modifications; où, par des ‘loges pleins d'emphatiques impostures , on boursouflait les candides vanités de la jeunesse ; où les plus savants professeurs, les politiques et les écrivains les plus renommés s’avilissaient devant elle, afin de l'amener à conspirer dans la rue au profit de leur ambition, les Jésuites n'avaient ni le temps ni la volonté de se mêler aux luttes des partis. L'Institut de saint Ignace leur faisait une obligation de cette neutralité ; l'expérience confirma la règle dictée par leur fondateur. Les premières années passées à la rue des Postes et dans les départements s’écoulèrent donc sans bruit. De temps à autre un éclair, précurseur de l'orage, brillait bien dans la presse libérale ; mais cet éclair, qui n’avait point de cause efficiente , était promptement oublié. Les opinions se classaient avec les hommes ; on se disputait le gouvernement afin de consolider ou de perdre la monarchie. Au milieu de cette conflagration de paroles et d'écrits , les Jésuites restaient inaperçus.

La génération de cette époque ne connaissait ni leur nom, ni leurs services. Mais les personnes qui se trouvaient en rapport avec eux bénissaient leur influence; cette influence réveilla dans quelques cœurs les souvenirs du passé. On se rappela que, pendant deux cent cinquante ans , ils s'étaient dévoués à rendre les hommes meilleurs, et à porter le Christianisme aux extrémités du monde. Il survivait encore un certain nombre de sophistes qui avaient jadis combällu la Compagnie de Jésus par calcul, par tradition janséniste ou par désir d'innover. Ils en parlèrent avec les haines ou les défiances de 4762. Ils remontérent à leur berceau pour ressaüsir ka trace des sentiments que de longues agitations avaient à peu près eflacée. Ms mirent en participation

leurs vieilles antipathies, leurs jeunes passions et leur: expérience pour tromper les hommes. On vit donc les débris de la Philosophie du dix-huitième siècle et les Constitutionnels de 1818 faire cause commune contre les Jésuites.

L'Eglise de France tâchait de se reconstituer dans les limites qu' la Charte lui impos: : : elle créait des écoles ecclésiastiques ; beaucoup d'Evêques se montraient jaloux d'en confier la direction à l'Ordre de Jésus. Par le bien opéré dans les établissements où elle prenait racine, il était facile de prévoir celui qu’elle réaliserait plus tard. Les Jésuites avaient un plan d'études, des professeurs habitués à l'enseignement, des traditions qui leur apprenaient les moyens de se faire aimer des jeunes gens et d'obtenir leur confiance. L'épiscopat bénissait ces débuts, et le cardinal de Beausset, l'une des lumières du Clergé, en constatait lui-même les fruits. Le 28 juillet 1819, il écrivait au Père Cuénet : « Bien peu d'années ont suffi, Morsieur, aux respectables directeurs du petit Séminaire de Sainte-Anne pour opérer de grands biens. Son utile influence ne s’est pas renfermée dans les limites du diocèse qui l’a vu naître. Elle s’est déjà étendue sur une grande partie de la Bretagne. Cet établissement est appelé à rendre des services inappréciakles à toutes les classes de la :0ciété par le bienfait d’une éducation vertueuse ct d’une instruction appropriée à toutes les conditions.

» Le but principal de son institution est sans doute de préparer des sujets à l’état ecclésiastique, mais il sera toujours heureux que ceux d’entre eux qui ne s’y trouveront pas appelés par une vocation suffisante aient au moins reçu, dans leur premier âge, les principes et les habitudes de religion et de morale qui forment les bons chrétiens et les bons cituyens.

» Voilà, monsieur, le véritable point de vue sous lequel j'ai toujours considéré l'utile institution des petits Séminaires.

» Je sais, monsieur, avec quel.zèle et avec quel succés vous savez diriger c2 bel et vaste établissement. Je jouis plus que personne des bénédictions que la Providence a daigné accorder à vos travaux et au vœu le plus cher de votre respectable Evêque. Les liens du sang et de l’amitié qui m’unissent si tendrement à lui depuis tant d'années m'associent à tous ses sentiments comme

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