‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les Jésuiles et l'enseignement, — Dispositions des Evêques en faveur de la Compagnie, — Ses succès, — Jalousie de l’Université, — Le Père Loriquet à Saint- Acheul, — Son Histoire de France. — Examen des reproches qu’on adresse à cet ouvrage, — Le marquis de Bonaparte, licutenant-général au nom de Louis XVIII. — Jimprécation contre l'Empereur. — M, Dupin à Saint-Acheul, 8es relations avec les Jésuites. — Les cordons du dais et les vengennces de parti. — Prévisions du Père Loriquet, — Los Jésuites de Saint-Acheul accusés de gouverner la France, — Leur influonce véritable, — Le Constitutionnel et ses mensonges. — Le comte de Montlosier publie son Mémoire à consulter. — Tout, (end à pervertir l'opinion. — Le parti: prêtre dévoilé par Monilosier, — L'Ultremontanisme et les Libéraux, — Le Noviciat de Montrouge, — Attentat contre la vie du Père Debrosse, — Sa lettre, — Ce qu'était Montrouge au dire des feuilles libérales et ce qu'il fut en réalité, — Animosité contre le Clergé entretenue per la presse, — Martial Marcet de la Roche-Arnaud compose ses pamphlets. Eloges que lui donne le Constitutionnel, — Repentir de l'apostat, — La presse monarchique en présence de celle conspiration, — La Gazette de France veut les Jésuites. — Le ministère Villèle, — Le Nonce apostolique Louis Lambruschiui conseille de présenter une loi pour donner une existence légale à la Compagnie de Jésus, -- Chute du ministère. — Le ministère Martignac s'engage à persécuter les Jésuites, — 11 est appuyé par la Révolution. — Eutrevue du roi et de Lambruschini. — Décision que formulent MM. Frayssinous, de Cheverus et Brault, Evèque d’Hermopolis, archevêques de Bordeaux ct d’Alby. — Commission d'enquête sur les Ecoles ecclésiastiques. — La minorité et la majorité, — La Commission déclare qu’il est inconstitutionnel de descendre dans les consciences. — Les petits Séminaires et l’Université, — Rapport de la Commission, — M. Feutrier, Evêque de Beauvais, ministre des affaires ecclésiastiques, — Les deux ordonnances Su 46 juin 4828. = Juie des Libéraux. — Douleur des Catholiques. — Labbey de Pompières à la tribune de la Chambre des députés. — Attitude de l'épiscopat. — Les Evêques réunis à Paris adressent une circulaire à leurs collègues, — Gruvité de la situation. — Le roi fait appel à la prudence du Nonce. — Leur conférence à Saint-Cloud, — Lambruschini et l'épiscopat français. — Lettre de l'archevèque d’Amasie à ses collègues, — Les Evo. ques ‘e veulent se soumettre à aucune transaction. — Soixante-dix prélats se prononcent contre les ordonnances Portalis et Feutrier, — Le cardinal de Clermont-Tonnerre présente au roi le mémoire des Evèques, — On convient que ce mémoire restera secret et que la rigucur des ordonnances sera adoucie dans l’exécution, — L'abbé de La Chapelle et ses circulaires. — Mission de M. Lasagny à Rome, = Note de Lambruschini au cardinal Bernetti. — Mesures conseillées par le Nonce.— Le cardinal Bernelli écrit au ministre des affaires étrangères, — Le mémoire des Evèques est publié, — Le cardinal de Latil prend l'initiative pour faire cesser la guerre.— 11 annonce la note de Bernetti, — Soupçons des Evèques. — La presse monarchique.— Le ministère, voyant l’épiscopat désuni, recule devant ses promesses. — Note des Evèques pour concilier tous les intérêts. — MM. de Vatimesnil et Feutrier forcent les Evèques à déclarer que leurs professeurs ne font partie d'aucune Congrégation non autorisée par les lois. — Les Jésuites abandonnent leurs Colléges.— Recommandations que leur fait le Père Godinot, Provincial, — Protestation de la France catholique. — Les Conseils géné- * raux et le Constitutionnel.— Popularité des Jésuites. — Le ministère Polignac.— Les Jésuites, promoteurs des coups d’Elat. — Les Jésuites et la Camarilla, — Les Jésuites inceudiaires.— Dénoncialion d’un repris de justice. — La Révolution de juillet et la comédie de quinze ans expliquées par le Globe et le National. — Aveux sur les Jésuites après la Révolution.

Comjaintsse à n de heul, es de cusés el et v, — NV, — lentat | dire é cn pamnt, — le de lique ience Mar- NN, yssiux et norité endre de la lésia- Doue des

En attaquant la Congrégation , les ennemis de l'Eglise et de la Monarchie avaient admirablement calculé leurs coups. Ils dépopularisaient les royalistes ; ils jetaient sur les épaules des Chrétiens un manteau d'hypocrisie. Ce n'était cependant encore qu'une partie de leur tâche ; ils annihilaient la génération présente, mais il importait surtout de tuer l'avenir. Les Jésuites, soutenus par l'épiscopat , encouragés par les pères de famille, faisaient , dans les limites de la loi, une rude concurrence à l'Université, Ils n'avaient, en 1826, que douze maisons : huit Colléges, deux Naviciats et deux Résidences. Au lieu de chercher à s'étendre, ils préféraient se fortifier. On les voyait à l'œuvre ; on appréciait leur système d'éducation en le comparant à celui de l'Université. Le parallèle une fois établi, on désertait les Colléges royaux pour entrer dans les petits Séminaires. Les Evêques de Strasbourg, de Luçon , de Limoges, d'Avignon, de Bayonne , d'Aire, d'Orléans, de Belley, de Toulouse, du Mans, de Coutances, d'Angers, de Montpellier, de Carcassonne , du Puy, de Périgueux, de Rennes, de Châlons, de Besançon , de Sens et d’Alby, se faisaient en 1821 et en 1822 les interprètes de leurs diocésains. Ils demandaient des Jésuites. L'abbé Mongazon, fondateur du Collége de Beaupreau , et dont le nom est encore béni par les Angevins ; l'abbé Capitaine, qui élevait à un haut point de prospérité le petit Séminaire de Servière, suppliaient les chefs de l'Ordre d'accepter de leurs mains la direction de ces établissements. Les maisons de Magnac et du Dorat leur étaient offertes aux mêmes conditions. Du fond des Ardennes ainsi que de la Normentie, de l'Ardèche et du Haut-Rhin, de l'Yonne et de la Vendée, un grand nombre de riches personnages écrivaicnt au Provincial pour

. mettre à sa disposition des propriétés qu'il transfsrmerait en

Colléges. Un Collége tenu par les Jésuites était unie fortune pour le département. Ils n'avaient aucun bénéfice à réaliser ; ils ne prélevaient aucun traitement : il leur était donc permis de donner au plus bas prix possible une éducation que souvent ils s'empressaient d'accorder gratuitement.

Leurs petits Séminaires n'étaient pas assez vastes pour répondre à toutes les demandes ; l’Université ne se déguisa pas le danger dont elle était menacée ; elle fit cause commune avec les

adversaires de l’Institut. Les Jésuites possédaient à Saint-Acheul, près d'Amiens , une école dont le nom était devenu un cri de ralliement pour les Libéraux. Saint-Acheul recevait dans ses saurs les enfants des familles les plus illustres de France. Les belleslettres y florissaient avec la piété; les devoirs, les études , les plaisirs, tout y était réglé dans une mesure parfaite. Cette maison modèle avait pour chef un homme d'un caractère tout à la fois doux et ferme, d’un esprit pénétrant et plein d'aménité antique. Le Père Loriquet , né à Epernay ie 5 août 1767, se consacrait à l'éducation de la jeunesse ; il avait écrit dans ce but plusieurs ouvrages élémentaires et entre autres une ÆHistuire de France. Composé à une époque où les passions politiques étaient dans leur effervescence, cet abrégé en portait de temps à autre une vive empreinte. Les événements et les hommes de la Révolution y étaient jugés sans ménagement, comme ils avaient agi. On remarquait surtout dans la seconde édition des passages auxquels personne ne s'était arrêté d’abord, mais que la réaction en faveur de Napoléon et la haine du Libéralisme contre les Jésuites acceptaient comme l'opinion immauable de la Société de Jésus. On ne s’inquiétait pas si le Père Loriquet, ramené , ainsi que ses contemporains, à des idées plus calmes, avait corrigé, émondé ou adouci ces passages dans les éditions subséquentes. On ne tenait compte pour le Jésuite ni des enthousiasmes de 4814, ni de l'irritation de 4815; il avait partagé l’entreinement général; on ne prenait que lui à partie. Son ouvrage fut le iype du fanatisme et de la mauvaise foi. On y lisait * :

, « Ainsi se termina la journée dite du 48 brumaire. Les Parisiens, depuis longtemps accoutumés aux révolutions, restèrent tranquilles spectateurs de celle du 18 brumaire. Ils avaient oublié, ce semble, que le chef qu’elle leur donnait était celui-là même qui avait égorgé leurs frères dans les rues de la capitale : du moins ils ne savaient pas encore ce que sa longue domination devait coûter de sang et de larmes à la France; mais il entrait dans les desseins de la Providence d'établir sur leurs têtes celui qu’elle destinait à être la verge de l’Europe et l'exécuteur de la justice contre un peuple coupable de tous les foriaits de la Révolution. » 1 Histoire de France, t. 11, p. 288 (édition de 4846).

Après avoir raconté la campagne de Russie et ses fatales conséquences, Loriquet ajoute des réflexions qui disparurent plus tard de son œuvre.

« Telle fut, dit-il‘, l'issue de l’entreprise la plus insensée, ; mais aussi la plus funeste, dont les annales du monde nous aient conservé le souvenir. En parcourant l'histoire ancienne et moderne, on reconnaîtra que jamais réunion d'hommes si formidable, soit par le nombre, soit par la valeur, soit par la discipline, n’éprouva de plus affreux revers. Pour trouver une catastrophe qui y soit comparable, il faut remonter jusqu'à Pharaon et aux six cent mille Egyptièns engloutis dans la Mer Rouge.

» Que si l’on veut se rendre attentif aux vues de la Providence, on reconnaîtra dans lé désastre des Français le châtiment des dévastations, des massacres , des sacriléges , des atrocités de toute espèce, dont se rendait coupable depuis vingt ans cette armée toujours recrutée d'enfants de la Révolution, et dévouée, moins encore par état que par habitude et par goût, à tous les genres de crimes et de forfaits. La justice divine s’en était servie pour promener la terreur et la désolation sur toute l’Europe. Dés que cette verge redoutable eut rempli sa mission , elle fut à son retour brisée par le souffle du Tout-Puissant , et elle disparut de la terre. Si l'on considère de plus que Dieu avait sur la France ct sur la famille de saint Louis des vues de miséricorde, on concevra sans peine qu’il entrait dans l'exécution de ses desseins de les délivrer l'une et l'autre d'une génération impie et sanguinaire, qui, après avoir dévoré l'Europe, aurait dévoré son propre pays et éternisé la domination du tyran dont elle étayait la puissance et servait les fureurs. »

Nous blämons ces jugements trop sévères peut-être. Loriquet lui-même, dans des éditions postérieures à celle de 1816, fit justice de la plupart des exagérations ; mais £lors chacun se croyait obligé de jeter la pierre à Napoléon et à son armée. Quand le Jé6suite s'exprimait ainsi, l'homme dont tous les partis proclament le patriotisme, Chateaubriand, faisant expier à l'Empereur sa gloire et ses attentats, s’écriait? en 1844, et réimprimait en 1816 :

! Histoire de France, 1, 11, p. 331 (édition de 4846). 3 De Buonaparte et des Bourbons, par M. de Chateaubriand, p.2,

ES

« Comment expliquer les fautes de cet insensé? Nous ne parlons pas encore de ses crimes. » Puis, après avoir raconté l’assassinat du duc d’Enghien, l’auteur de la Monarchie selon la Charte ajoute : « Il ne reste à celui qui s’est abaissé au-dessous de l'espèce humaine par un crifne qu'à affecter de se placer audessus de l’humanité par ses desseins, qu’à donner pour prétexte à un forfait des raisons inaccessibles au vulgaire ; qu'à faire passer un abîme d’iniquité pour la profondeur du génie.

»Ila, continue Chateaubriand en parlant de Napoléon !, il a plus corrompu les hommes, plus fait de mal au genre humain dans le court espace de dix années, que tous les tyrans de Rome ensemble, depuis Néron jusqu'au dernier persécuteur des Chrétiens. Les principes qui servaient de base à son administration passaient de son gouvernement dans les différentes classes de la société : car un gouvernement pervers introduit le vice chez les peuples, comme un gouvernement sage fait fructifier la vertu. L'irréligion , le goût des jouissances et des dépenses au-dessus de la fortune , le mépris des liens moraux, l’esprit d'aventure , de violence et de domination descendaient du trône dans les familles. Encore quelque temps d'un pareil règne, et la France n'eût plus été qu'une caverne de brigands. »

Arrivant à la conscription, qu'il appelle Ze code de l'enfer, Chateaubriand raconte? :

« On en était venu à ce point de mépris pour la vie des hommes et pour la France d'appeler les conscrits la matière premiére et la chair à canon. On agitait quelquefois cette grande question parmi les pourvoyeurs de chair humaine, savoir : combien de temps durait un conscrit ; les uns prétendaient qu’il durait trente-trois mois, les autres trente-six. Buonaparte disait lui-même : « J'ai 300,000 hommes de revenu. » Il a fait périr, dans les onze années dé son règne, plus de cinq millions de Français; ce qui surpasse le nombre de ceux que nos guerres civiles ont enlevés pendant trois siècles, sous les règnes de Jean, de Charles V, de Charles V1, de Charles VII, de Henri II, de François IL, de Charles IX et de Henri IV. Dans les douze der-

1 De Buonaparte et des Bourbons, par M. de Châteaubriand, p. 9. 2 Ibidem, p. 9, 6 et 47,

ila jain )me ré tion ; de chez rtu.

SSUS ure , faance

fer,

e des preande 0m- 1 dudisait bérir , s de erres Jean, I, de > der-

niers mois qui viennent de s’écouler, Buonaparte a levé (sans compter la garde nationale) treize cent trente mille hommes, ce qui est plus de cent mille hommes par mois. Et on a osé lui dire qu’il n'avait dépensé que le luxe de la population.

» Saigné à blanc par le bourreau, ce corps, vide de sang, n’a pu faire qu'une faible résistance ; mais la perte des hommes n'était pas le plus grand mal que faisait la conscription ; elle tendait à nous plonger, nous et l'Europe entière, dans la barbarie. »

Chateaubriand ne s'arrête pas là. Il trace de l'Empereur un portrait qui a plus d’un point de ressemblance avec celui qu’a ébauché le Jésuite. « Lorsque Dieu, écrit Chateaubriand ‘, envoie sur la terre les exécuteurs des châtiments célestes, tout est aplani devant eux : ils ont des succès extraordinaires avec des talents médiocres. Nés au :ilieu des discordes civiles, ces exterminateurs tirent leurs principales forces des maux qui.les ont enfantés et de la terreur qu'inspire le souvenir de ces maux : ils obtiennent ainsi la soumission du peuple au nom des calamités dont ils sont sortis. Il leur est donné de corrompre et d'avilir, d’anéantir l'honneur , de dégrader les âmes, de souiller tout ce qu'ils touchent, de tout vouloir et de tout oser, de régner par le mensonge , l’impiété et l'épouvante, de parler tous les langages, de fasciner tous les yeux, de tromper jusqu'à la raison, de se faire passer pour de vastes génies lorsqu'ils ne sont que des scélérats vulgaires; car l'excellence en tout ne peut être séparée de la vertu. Trainant après eux les nations séduites, triomphant par la multitude, déshonorés par cent victoires, la torche à la main, les pieds dans le sang, ils vont au bout de la terre comme des hommes ivres , poussés par Dieu, qu'ils méconnaissent. »

En 1814 et en 1815, il tomba sur l'Empereur une de ces immenses imprécations dont tous les écrits de l'époque retentissent. Carnot est aussi explicite que Louis-Philippe, duc d'Orléans; Benjamin Constant et Pasquier ne le cèdent pas au maréchal Soult et à Lainé. Les feuilles quotidiennes et les ouvrages périodiques, la prose ainsi que les vers, tout porte l'empreinte

1 De Buonaparte et des Bourbons, p. 42.

158 CHAP. IV. — HISYOIRE

de cette colère d'un peuple qui passera si vite des excès de la fureur à l'admiration la plus exagérée. Rôriapärte a été pour tous l'ogre de Oürse, le tigré qui së répaît du sang de la France. Chaun a maudit cette gloire déchue qué la comparaison ou l’enthousiasme devait éléver si haut. Av:e ie vicomte de Chateau briand, chäcun inventa de nouveatix mots, des apostrophes plus amères les unes que les autres pour flétrit celui à qui est descendu, comme Genséric, là où l'appelait la colère de Dieu. Espoir de tout ce qui avait commis et de tout ce qui médite un crime, il est venu, il a réussi‘. » Ces iniquités de partis, s’adressant aux vaincus et les confondant tous dans le même anathème, ont été oubliées’; une seule a survécu. Le Père Loriquet

* Moniteur de Gand du 42 mai 4815. Rapport du vicomte de Chateaubriand sur l’état de la France. .

2 Le Journal des Débats du 10 août 4845 va, en fait de récriminations, beaucoup plus loin que le Jésuite, 11 dit : « Buonaparte, qui se croyait encore sûr du trône il y a deux mois, flotte en ce moment eutre la question de savoir s’il doit se laisser conduire à l'île de Sainte-Hélène et celle de quitter la vie. Celui que tant de bras dévoués environnaient il y a peu de temps ne saurait mème se flatter aujourd’hui de trouver une main d’esclave qui lui rendit le service de le tuer. Au-dessous de l’efféminé Othon, qui du moins sut mourir sans balancer, et plus malheureux que Néron, dont ‘un affranchi termina les jours, il n’a pas su se donner la mort et ’est pas assuré maintenant de l'obtenir, Tous ces princes de sa façon, que nous avons vus figurer avec lui sur le théâtre du Champ-de-Mars, dans des costumes et avec des attitudes plusou moins dramatiques et grotesques, furent dispersés comme une troupe de masques le lendemain du carnaval, jetant leurs couronnes, leurs sceptres et leurs manteaux, Le roi Murat, surnommé Franconi à cause de l’affectation de sa parure militaire, et qui n’a pu venir étaler au Champ-de-Mai ses plumes, ses broderies et {out son oripeau, erre maintenant presque seul dans les défilés les plus détournés des Alpes, sous un déguisement beaucoup moins pompeux. Il

arait qu’on nous ramènera, et qu’on va rendre à la justice de nos tribunaux Lallemand el Rovig-; qui certes ne croyaient guère que leur dévouement intéressé à l’exmpereur aurait un pareil résultat. Brune, que Buouaparte n’a cessé d’abreuver des umiliations les plus amères, et qui n'avait de courage que pour les supporter, te:- Mine le cours de ses exploits par se brüler la cervelle, et se voit réduit à se tuer, en dupe, pour la cause d’un homme dont il n’a reçu que de mauvais traitements, elc. »

Le8 mars 4815, le maréchal Soult, duc de Dalmatie, publie un ordre du jour à l’armée, Le vieux soldat de la République et de l’Empire s’adresse en ces termes aux compagnons d'armes de l'Empereur :

« Cet homme, qui naguère abdiqua aux yeux de toute l’Europe ün pouvoir usurpé dont il avait fait un si fatal usage, Bonuparte, est descendu sur le so] français, qu’il ne devait plus revoir.

» Que veut-il? la güerre civile; que cherche-t-il? des traîtres ; où les trouverait-il? serait-ce parmi. ces soldats qu’il a trompés et sacriflés ant de fois en égarant leur bravoure? serait-ce au sein de ces familles que sun nom seul remplit encore d’effroi?

» Botiaparte nous méprise assez pour croire que nous pouvons abandonner un souverain légitime et bien-aimé pour partager le sort d’un homme qui n’est plus qu’un aventurier ; il le croit, l'insensé ! et son dernier acte de témence achève de le faire connaitre. »

Le procès-verbal de déchéance et des constitutions du Sénat, en 1814, n’accusail-il pas enç?te Napoléon « d'avoir entrepris la guetre dans l'intérèt de son am-

est souvent montré comme un insulteur au pied des statues de Napoléon. Pourquoi lui seul a-t--il été excepté de l'amnistie générale accordée par le temps? I} n’y a qu’une raison plausible, c'est qu’il appartenait à la Compagnie de Jésus.

La défense de Loriquet était pérempioire : il dédaigna d’user de ces moyens. |] paraissait passer condamaation sur les injures dont son nom était l'objet : on profita de ce silence pour accréditer une fable dont l’absurdité fit la ‘rtune. Les journaux annoncèrent qu'on lisait, qu'ils avaient lu eux-mêmes dans l’ouvrage du Jésuite que « M. le marquis de Buonaparte était le lieutenant-général des armées de Louis XVIIL. » Née dans l'officine du Constitutionnel, celte niaiserie devait être dédaignée par le plus simple bon sens. Le parti libéral l'accepta comme une vérité incontestable, et il fut avéré pour lui que telle était l’éducation donnée à Saint-Acheul, et dans les colléges où l’on suivait le cours de Loriquet*.

bition démesurée, d’avoir trahi ses serments, d’avoir mis le comble aux malheurs de la patrie en régnant dans la seule vue de son intérêt personuel, d’avoir rendu de son chef plusieurs décrets portant peine de mort, »

Qui a signé de pareils actes! le duc de Plaisarice, Barbé-Marbois, Chasseloup- Laubat, Chollet, d'Haubersaert, Destutt de Tracy, Garat, Grégoire, Lanjuinais, Malleville et tant d'rutres.

Loais-Philippe d'Orléans, en acceptant le commandement de l’armée de Catalogne destinée à agir contre les Français, répcsidait à ia Régence espagnole le 7 mai 4810 : « En prenant ce commandement, je remplis ce que mon honneur et ion inclinalion me dictènt. Je suis éminemment intéressé aux succès de l'Esnagne contre le tyran qui a voulu ravir tous ses droits à l'auguste maison dont j'ai l’honneur d’être issu. Heureux si mes faibles efforts peuvent contribuer à relever les trônes renversés par l’usurpateur, à maintenir lindépendance et les droits des peuples qu'il foule aux pieds depuis si longteinps. »

En face de pareilles imprécations sorties de toutes les bouches, que sont les pages accusatrices du Père Loriquet?

1 Nous v’avons pas besoin de dire que celte stupidité ne s’est jamais trouvée sous la pluie du Jésuite, L'Histoire de France a eu v rand nombre d'éditions : nous les avons toutes vérifiées, et ces paroles ne se ren. :::rent dans aucune, D’autres ont fait le mème travail, ils ont obtenu le mème résultat, Ce résulfat fut souvent opposé à ceux qui prétendaient avoir lu les paroles incritninées, On les déflait d'apporter la preuve de leur assertion ; tous réponilirent que le passage se trouvait dans la première édition. Elle est sous nos yeux ; composée en 4840, elle parut en 4814; mais, par maltieur pour la véracité des feuilles libérales, elle s'arrête à la mort de Louis XVI, C’est dire assez qu’il ne peut y ètre question du marquis de Buonaparte, alors jéune et complétement ignoré. Cela est démontré comme une vérité mathématique; cela n’a pourtant été jamais reconnu par les adversaires de la Société de Jésus. La plaisanterie leur paraissait de bonne guerre; ils ont conti + nué à la propager. Du pamplet elle s’est élevée à la tribune de la Chambre des pairs. M. Passy la ramassa un jour dens la boue pour en faire un texte d’accusation, Le Père Loriquet allait mourir : il ne voulut p#s d’abord laisser la Société de Jésus sous le coup de cette ridicule impütatioi ; le 9 thai 4844 il éerivit à M. Passy,

vs eroneere

romane mens generee de

} iS8 4 Fi HAT » Ÿ Ag © A :

Saint-Acheul, comme }: Congrégation, servit de cri de guerre au partis C'était le plus brillant collége d'Europe, on en fit un séjour où l'ignorance et l'hypocrisie furent le point de départ offert à la jeunesse. Les hommes les plus éminents de l'époarie y faisaient élever leurs enfants, de grands orateurs, d'illustres écrivains, des chefs de l'Eglise, tels que le vicomte de Bonald, le comte de Sèze‘, premier président de la Cour de cassation,

Quand !a letivo dont nous citons quelques fragments eut été rédigée, on la lui fit sacrifier à un sentiment d’humilité; il l’ensevelit dans ses yapiers. Le Père Loriquet n’est plus: nous croyons devoir publier un passage de la réponse qu'il adresse à ee membre de ta Chambre des pairs.

« Monsieur, c’est l'auteur d’une Histoire de France attaquée par vous devant la Chambre des pairs qui preti enfin la liberté de vous écrire, Le 29 avrii dernier, vous m'avez appris, et à bieu d’autres encore, que, dans cet ouvrage j'avais donné à Napoléon les titres de marquis de fluonaparte et de lieuienant-général des armées de Louis XVIII; non conteni de le dire, vous l'avez soutenu devant la noble Chambre ; vous n'avez pas récuié :réme en présence de loules Ies éditions réunies, lesquelles vous donriaient, pardonnez-roi l'expression, le démenti le plus formel,

» Je dois à la vérité, combailue par vous avec tant de persistance, d'en appeler au tribunal de votre conscience et de réclamer personnellement contre une assertion meusongère, que, du reste (car je crois à voire bonne foi), vous n’avez pu reproduire que trompé vous-même par des oui-dire, par des rapports dénués de tout fondement,

» Sans doute, il peut se {rouver un faussaire capable de faire ce qu'on appelle us carton, de mettre teile sottise qu’il voudra sur un feuillet détaché, et de subslituer, dans quelques exemplaires, le faux texte au texte véritable de l’auteur.

» Supposez donc que le feuillet postiche existe, et qu’il vous tombe sous la main, et que vus puissiez le présenter à la Chambre des pairs... Mais les cent mille exemplaires, tirés et répandus de toutes parts depuis 4814, sont encore Jà pour protester contre l’impvsture; mais l'ouvrage stéréotypé existe, toujours le mème depuis près de trente ans, chez l’imprimeur, el son immuable existence est une réclamation perpétuelle, irrécusable ; mais le feuillet, ou peut étre la feuille entière clandestinement substituée à la véritable, si toutefois elle existe, exuminée de près par des connaisseurs, donnera loujours, par la difféience même du caractère et du papier, de quoi confondre le coupable et le ridicule auteur de cet odieux guet-apens. Enfin, il y a aujourd’hui, soit à Paris, soit à Lyon et dans toute la France, tant d’établissements, tant de maîtres el de maltresses, tant de milliers d'élèves qui, depuis 4814, ont eu, ont inêine encore cet ouvrage entre leurs mains! Veuillez les interroger en tel nombre qu'il vous plaira; pour abréger les recherches, indiquez-leur seulement le chiffre de la page maudite; faites-vous même aider, dans cet important travail, par M. Portalis, qui a été pour vous une autorité : vous me direz ensuite, ou plutôt encore à la Chambre des pairs, devant laquelle vous vous êtes fait mon dénonciateur, combien vous aurez trouvé de personnes qui aient lu, dans mon Histoire de France, la sotte phrase du marquis de Buonaparte, lieutenant. général des armées de Louis XVIII. »

1 M. de Sèze, défenseur de Louis XVI devant la Convention, fut accueilli à Saint-Acheul par les mallres et par les disciples avec toute sorte de respects,

L’hymne O Richard ! à mon roi!

L'univers Vubandonne!

Sur la terre il n’est donc que moi \ Qui s'intéresse à ta personne;

erre tun part tie y

2 4 d, le tion,

lui ft é Lo > qu’il

vont la rnier, donné les arnoble 1s réu le plus

ppeler asserpu re de tout

appelle le subauteur.

| main, > exemrotester is près amation andestipar des papier, ns. Ennt d’édepuis interroez-leur imporirez enêtes fait u, dans tenant-

ueilli à espec{s.

Frayssinous, de Bombelles, de Quélen, de Rohan et plusieurs autres dignitaires du Clergé ou de la science , venaient rendre hommage à cet établissement. Au mois d'août 1825, dans la chaleur des attaques dont le Libéralisme poursuivait la Compagnie de Jésus, Saint-Acheul reçut une autre visite. M. Dupin, l’un des coryphées du parti, y arriva, et fit demander à saluer les maîtres pour qui Charles Ledru, son jeune introducteur, professait une affectueuse estime. M. Dupin fut accueilli par le Père Loriquet avec cette courtoisie des anciens jours qui, en présence d’un 'adversaire, sait laisser à la porte les hostilités de la veille et du lendemain. De son œil investigateur, l'avocat constitutionnel parcourut la maison, il embrassa l’ensemble des études ; il s’honora en honorant cette maison où tout rappelait les souvenirs des Porée, des Jouvency et des Tournemine. Le jour suivant M. Dupin revint encore ; il fut accueilli avec les mêmes égards, il rencontra partout la même affabilité. Les jeunes royalistes s’élevant sous l'aile des Jésuites eurent l’art de glisser dans leurs travaux du jour un éloge plein de délicatesse qui émut vivement M. Dupin. Alors, prenant la parole, il s’écria : « Je vois, Messieurs, que Saint-Acheul est justement célèbre ; l'éducation qu'il vous donne ne peut avoir que d’heureux succès. N’est-elle pas fondée sur la vérité, c’est-à-dire sur la Religion, hors de laquelle il n’y a point de salut, parce qu’elle seule est la vérité ? Oui, comme une autre Cornélie, cette maison pourra se glorifier de tels enfants, elle pourra les montrer avec une égale confiance à ses amis et à ses ennemis. Pour ce qui est de moi, Messieurs, je vous remercie sincèrement de la douce satisfaction que vous m'avez procurée. » L'avocat du Libéralisme et les Jésuites s'étaient connus et appréciés. Ils s’estimaient, ils échangeaient leurs ouvrages ‘ avec des témoignages réciproques d’amitié ; une correspondance suisalua son entrée. Ge chant émut vivement le vénérablo magistrat, et, en présence de tous les élèves, il rappela qu’il devait son éducation aux Jésuites. « Ah ! monsieur le comte, reprit le Père Loriquet, il faut convenir que vous avez bien mal profité de nos leçons. — Comment cela? dit M de Sèze tout étonné. C'est, ajouta le Père, que les Jésuites, ainsi que chacun le sait, ont dû vous enseigner comine aux autres à tuer les rois, et que tout au contraire vous les avez défendus au péril de votre vie.» * Le premier opuscule que M. Dupin adressa aux Jésuites est intitulé : Des Magistrats d'autrefois, des Magistrats de la Révolution, des Avocats à venir.

On y lit en dédicace manuscrite de la main de l’auteur : « Offert à messieurs de Saint-Acheul comme une marque de mon respect et de mon estime, Dupin.»

Page 1