‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 62 · RÉ PRES · texte numérisé non relu

RÉ PRES

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 179 Eloigrér les Jésuites dé tous les établisseménts d'instruction

: publique n'était qu'un fait très-vulgairé ; il montrait le Libéra-

lisme tuant la liberté et se faisant une arme de ses calmes pour rendre le plus magnifique témoignägé au prodigléux pôuvoit de l'absurde. On essaya dé tenter lnë chose moins “omithune :

on voulut renverser les Jésuites par lé roi très-ch par sbs conseillets et par les Evèques de France. Le \le avait sacrifié les intérêts moraux du pays au déve des

intérêts matériels et de l’agiotagé. La juiverie commençait, soûs la protection de ce ministre, l'apprentissage dé sôn règne usurairé; cé ministre toniba devant uné nouvelle Chambre que luimême avait inconsidérément évoquée. La royauté avait perdu son dernier prestige ; on disait que Charles X s'était fait Jésuité, et que, par ses vœux , il devait une obéissance aveugle aû Général de la Compagnie. Le gouvernemiént, battu en brèche pat là Révolution, qu'il n'osait maîtriser, harcélé par lés royalistes, dont il ne satisfaisait aucun des besoins légitimés et peut-être aussi aucune des ambitions passionnées, était menacé dans son existence. Après six ans de prospérité, il se trouvait épuisé d'inaction ; il mourait, parce qu'il n'avait pas su vivre et qu'il avait laissé grandir les questions religienses en dehors de lui. Le choc du Libéralisme avait spécialement potté sur lés Jésuites. On personnifiait dans l'Institut de saint Ignace la Papauté, l’Episcopat, le Sacerdoce et les Catholiques ; on était Jésuite par cela seulement qu'on répugnait à marcher sous le drapeau de la Révolution. Il fallait én finir avec les difficultés accumilées autour du trône ; Louis Lambruschini, nouveau Noïce du Saint-Siégé à Paris, éssaya d’arracher le pouvoir à sa somnolence. Homme d’énergie et dé conciliation, Lambruschini était depuis longtemps rompu aux affaires. Théologien et diplomaté, il savait résistér et céder à propos; c'était la politique romaine dans toutes Îles traditions de sà courageuse patience , npposéé aux précipitations irréfléchies du caractère français. Lambruschini s’effrayait peu dés turultes constitutionnels dont il était témoin ; il én connaissait la source, et il savait lé moyen de la tarir. Ille proposa ät baron de Damas, ministré dés affaires étrangères.

11 n'était plus possiblé de Hier que la catise des Jésuites deves

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nait la cause de la Religion et de la Monarchie ; on attaquait les principes sociaux sous le nom de la Compagnie; Lambruschini conseille de porter aux deux Chambres un projet de loi qui assurera aux enfants de saint Ignace leur droit d'existence et celui de se former en corporation. Le résultat de cette tentative n'eût pas été douteux. Les Députés auraient adopté le projet , et les Pairs, qui cherchaient à se rendre populaires aux dépens du roi, se seraient contentés d'une opposition toute prête à se laisser désarmer. Ce fut sur ces entrefaites que le comte de Villèle prit le dan gereux parti d'en appeler aux élections générales. Il se trompa dans ses calculs ainsi que dans ses espérances, et sa chute amena celle du trône.

La plupart des hommes qui arrivaient aux affaires après lui étaient dévoués à la monarchie; mais, venus dans des circonstances difficiles et désirant à tout prix plaire à la Révolution, ils partirent du faux principe des concessions pour rétablir le calme dans les idées. Les chefs du Libéralisme profitèrent adroitement de cette disposition. Ils firent espérer leur concours au ministère Martignac si les Jésuites étaient sacrifiés. Le ministère s'engagea à vaincre les répugnances de Charles X en lui exagérant les périls de la situation, et il contracta une alliance coupable. Lambruschini suivait ayec anxiété la marche des esprits ; il voyait le gouvernement , dominé par son besoin de popularité, pousser le trône vers l’abîime : il crut de son devoir de prémunir le Monarque contre les embüches tendues à sa candide honnêteté. La conscience royale était inquiète. Les paroles de Lambruschini portaient la conviction dans son âme ; mais, toujours incertain, toujours ébranlé , Charles X ne savait à quel parti s'arrêter. Il fit enfin ce que font tous les princes timides, il consulta des hommes aussi timides que lui. Il réunit. secrètement Frayssinous, évêque d’Hermopolis, Charles Brault, archevêque d’Alby, et Jean de Cheverus, archevêque de Bordeaux. Ces trois prélats, dont les talents ne faisaient pas plus doute que les vertus, et qui estimaient profondément les Jésuites, donnérent au roi une réponse conforme à leur caractère. Ils déclarérent que, « si Sa Majesté, par des raisons d'Etat et dans sa haute sagesse, regar-

dait les mesures proposées par le ministère comme indispensa-

bles à la conservation de la tranquillité publique, le roi pouvait les adopter sans offenser sa conscience. »

Cettc décision, qui admet la nécessité comme seule exctse, n'était point faite pour lever les scrupules de Charles X. Contéairement à l'intention bien connue de ses auteurs, elle eüt pour résultat d'abandonner les Jésuites aux coups du Libéralisme.

Sous un roi trés-chrétien, trois prélats hésitaient à dire à un fils

de saint Louis ce que le savant abbé Emery, restaurateur de la Congrégation de Saint-Sulpice, écrivait au cardinal Fesch pour être mis sous les yeux de Bonaparte : « Très-sérieusement je pense, mandait Emery à Fesch le 28 ortobre 1803, et je suis convaincu que vous ne pourriez rendre un plus grand service à l'Eglise et au Saint-Siége que de procurer le rétablissement de cette Société. Si elle avait des défauts, elle doit en être bien corrigée. Je sens que le moment peut n'être point encore venu où le premier Consul pourrait rétablir l'Ordre en France ; mais il peut ne point s'opposer à ce qu'on l'établisse ailleurs. Aucune Société n’est plus favorable aux gouvernements, et c'est la plus puissante digue qu'ils puissent opposer au torrent de l’impiété.

Si le gouvernement présent est stable en France, certainement cela n’est dû qu'aux talents éminents et à la fermeté du premier Consul; mais tout Etat où régnera l'impiété sera nécessairement

sujet à des secousses et à des révolutions continuelles. »

L'on sentait que le sceptre vacillait dans la main des Bourbons ; Charles X, comme Louis XVIIT, se faisait une loi de courtiser ses ennemis. Il les flattait afin d’en être aimé ; le Monarque,

craignant de rompre en viière avec le Libéralisme, profita de la

condescendance des trois Evêques qu’on n'avait pas consultés sur le fait, mais sur le droit de la nécessité: La ruine des Jésuites et l’anéantissement des espérances catholiques étaient en germe dans les mesures prévues. Le 20 janvier 4828, une commission fut nommée pour faire une enquête sur les écoles ecclésiastiques. Elle se composa de MM. de Quélen, archevêque de Paris, Feutrier, Evêque de Beauvais, Laïné, Mounier, Séguier, de la Bourdonnaie, Dupin, Alexis de Noailles et de en se membre du conseil de l'Université.

Dans des intentions louables sans doute, mais qui n'atteigni-

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rent point le but qu'elles se praposaient, l'Evêque d'Hermopolis avait essayé de conjurer la tempête en accusant le jeune Clergé d'un. zéle qui n'était pas loujours selon la science. Ses paroles furent apcueillies à la Chambre des députés avec des cris de joie.

La majorité de la commission ne voulut pas. à l'exemple du ministère Villèle, descendre au fond des consciences. Elle déclara que les prêtres auxquels les Evêques, conformément à l'ordonnanoe réglementaire du à octabre 4814, avaient confié la direction et l'enseignement de leurs petits Séminaires, étaient choisis par eux, soumis, comme tous les autres prêtres de chaque Diocêse, à leur auforité et juridiction spirituelles et à leur administration temporelle, Ce n'était donc pas à une corporation, mais à des individus révocables à la volonté des Evêques, que. la direction, des écoles se voyait confiée, L'Université de France n'existait qu'en vertu d'un décret impérial du 47 mars 4808; une ordohnanee royale canstituait les petits Séminaires, L'Empereur désirait que lé enfants appartinssent à l'Etat, qu'ils fussent moulés à l'image de l'Etat.Louis XVII, à la demande de l'épiscopat français, avait déragé à cet insultant monopole; il accarda quelques droits eux pêres de famille et uu peu de liberté aux Evêques. Selon Foureroy, le père de l'Université impériale, cette Université est une administration qui dépense, c'est-à-dire une caisse qui,.pour se remplir, prélève la dîme . dans les champs qu'elle n'a ‘ cultivés, rançonne les cités, les parents et les instituteur :s Bourbons l'ayaient acceptée; mais, dans la pensée dx limiter ses cmpiétements, ils avajent concédé aux Evègres le xivilége d'établir des petits Séminaires en dehors de sa juridiction. Les Jésuites n'en possédaient que huit. L'éducation qu'ils y donnaient éveilla les jalouses susceptibilités d'un: agrégation d'intérêts se prétendant l'Etat enseignant. L'Uriversué sp révoltait à l'idée d'être primée par des établissements rivaux ou de se trouver dans l'obligation de (orcer au travail ses professéurs, afin de ne ppint ètre yaincue. Elle s'imagina qu'elle re pourrait soutenir la concurrence, et, au lieu de jouter à armes égales, elle se petrancha derrière l'arbitraire que la corruption appelait à son secours.

La minorité de la Commission du 20 janvier 1828 disctait

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les Jésuites; la majorité, plus constitutionnelle, ne voyait que ce que la loi l'autorisait à voir. Lé Libéralisme de cette époque y avait quatre représentants. Ces hommes, qui exigeaient à grands cris la Charte, toute la Charte, rien que la Charte, refusaient aux autres la liberté qu'elle consacrait. La majorité avait déeidé « qu'il n'est permis à personne de scruter le for intérieur de chaeun pour rechercher les motifs de sa conduite religieuse, des règles et des pratiques auxquelles il se soumet, du moment que ces pratiques et cette conduite ne se manifestent par aucun signe extérieur et contraire à l'ordre et aux lois; qu'autrement ce serait se permettre une inquisition et une persécution que nos institutions réprouvent. » Lainé, Séguier, Dupin et Mounier n'en jugérent pas aïnsi *.

! Dans une note manuscrite du vicomte Alesis de Noailles, membre de cette commission, nous trouvons le récit des débais inlérieurs el des espérances secrètes qui animaieut la minorité. Les Universitaires furent abendopnés par un membre de l’Université au moment où ils allaient sacrifier les Pères de la Société de Jésus.

On lit dans cette note : :

“ On peut dire de Ja commission des pelits Séminaires qu’elle a donné lieu à une nouvelle journée des Dupes. AN ARCS his

» Cest monseigoeur PArchevique qui a été Je plus habile; dès le commencement, il avait eu suin de compter toutes les chances de succès et de se bien assurcr qu’on ne le choisissait pas pour tirer les marrons du feu; ce furent ses expressions,

» [l ne voulut s'embarquer dans celle affaire qu'eprès ayoir assuré sa position, exigé des Fab formelles, et fait répéter, pour que Ja chose fût bien entendue, que la déc

sion à intervenir ne tournerait pas en mystification.

» Le roi et M. Portalis, garde des sceaux, finirent par lever toutes les difficultés à force d'assurances et de promesses. Chose assez remarquable, il ne cacha ni à l'un ni à l'autre quelle était sa ranière de voir sur le fond de la question : ce qui n’empécha pas M. le garde des sceaux de venir de jour en jour plus pressant au

nom du roi et aû sich.

» Les quatre dissidents croyaient ‘eur coup assuré conlre es Jésuileg. Aussi, jusqu’à la dernière séance, parurent-ils faciles et coulants sur tous les points secondaires; ils accordaient à pleines mains pour améliorer le régime des petits Séminaires et pour fouruir aux Évêques tous les moyens imaginables de se passer des Jésuites. C'était exactement leffaire de la rhubarbe et. du séné; pour ayoir leur séné, ils prodiguaient la rhubarbe, *

» Jusqu'au dénoûmeni, ils demeurèrent convaincus que c'en élait fait des Jésuites. Quel coup de théâtre et quel mécompte quand ce dernier point se présenta tout rédigé pour la signature :

« Ï1 appertient exclusivement aux Evèques de faire diriger leurs petits Séminaires » par les Prètres dans lesquels ils trouvent les capacités requises. Ils sont juges des » qualités qui peuvent régler et déterminer leur confiance. Les motifs naturels de » cetle confiance résultent suffisamment de ce que lesdis Prêtres sont soumis à la » juridictivn spirituelle et à l'administration temporelle des Eyôques, de ca qu'ils n sont éligibles el révocables à volonté, etc.

» La qualité de Prètres vivant selon la règle de saint Ignace, de saint Benoit » ou de saint Bernard, ne fait point obstacle à ce que les Eyèques puissent les » choisir, sous leur responsabilité, pour enseigner et être employés dans leurs petits » Séminaires à tels Litres qu'ils jugent conyenables. v

Le rapport, à la date du 28 mai 1828, contenait néanmoins plus d’une trace de faiblesse. L'Université ne cessait de réclamer contre l'admission dans les petits Séminaires d’un certain nombre d'élèves qui ne se destinaient pas au Sacerdoce. Les plaintes formulées par le monopole universitaire avaient été écoutées ; mais dix-neuf jours après, le ministère , tenant et au-delà l'engagement pris avec la Révolution , publiait les ordonnances du 16 juin.

La première, contresignée par le comte Portalis, ministre de la justice, statuait qu'à partir du 4°" octobre , les maisons d'éducation dirigées par les Jésuites seraient soumises au régime de l'Université, et que dorénavant nul ne pourrait enseigner s’il n'affirmait par écrit n'appartenir à aucune Congrégation non légalement établie en France. C'était ressusciter en pleine Charte les billets de confession et les déclarations de civisme, commander l'hypocrisie et tuer la liberté de conscience. Le Globe, dans un article signé par M. Dubois, aujourd’hui député de la Loire-Inférieure et membre du conseil de l’Université , le sentit si bien que, deux jours avant la publication de ces firmans , il ne craignait pas de dire :

« Quant aux Jésuites considérés comme individus, ainsi s’exprime le journ:l de MM. Duchâtel, Guizot, de Rémusat et Cousin, nous l'avons mille fois prouvé, et même on ne nous le conteste plus, ils sont libres de leur croyance; aucune puissance humaine ne peut désormais les atteindre. Considérés comme Congrégation religieuse , ils sont libres encore, pourvu qu'ils ne réclament point les bénéfices des corporations, bénéfices qui ne

» Voilà le sens exact et à pe prés les termes de la décision. Elle est tellement combinée qu’on la croit à l'abri ds toute attaque raisonnable devant les Chambres législatives, comme devant tous les tribunaux et lous les Conseils d'Etat où elle serait examinée.

» Si la commission a reconnu quelques autres points fondés en droit on en raison, ils ne sont point de nature à gêner la conscience et à troubler le repos des Jésuites.

» Quand le résultat s’est présenté à la signature, les dissidents sont devenus furieux. 1ls bondissaient de surprise comme des gens pris pour dupes. La commission a clos ses séances au milieu des menaces et des protestations de la minorité. H1 est clair que cette minorité se croyait sûre d'une voix qui lui a manqué au dénoüment et qui a fait son mécompte.

» Mouseigneur l'Archevèque paraît sûr que la, décision tiendra. M. de Courville s’est honoré à jamais par sa droiture et son désintéressement. Plus tard il recueil-

lera le fruit de sa conduite et de son courage. Ainsi parle monseigneur l’Archeveque, »

peuvent être concédés que par une loi. Considérés comme professeurs de mauvaises doctrines, comme affiliés à un souverain étranger, il faut, pour les poursuivre, des délits, et non pas des délits anciens ; il faut une enquête, un procès nouveau, où la preuve des délits soit administrée, les individus personnellement coupables, cités, etc. Tout l'attirail des arrêts parlementaires n’est rien ici; il n’y a plus identité de personnes, et, quant à l'identité des doctrines, elle est niable. Il faut de nouveau mettre les doctrines en cause, et, pourvu qu'il n'y ait pas provocation directe à la révolte , à la destruction de l’ordre établi ou atteinte aux mœurs, les doctrines des Jésuites ne peuvent pas plus être condamnées que les systèmes d’Helvétius et de Spinosa, de Cabanis et des physiologistes modernes, du Socinien et du Déiste pur. » L'Evêque d'Hermopolis, refusant de s'associer aux mesures que le ministère se proposait de prendre, avait abdiqué le pouvoir ‘. Cheverus, désigné par le roi pour le porte feuille des affai-

Le vénérable Evèque d’Hermopolis, dans des notes manuscrites qui ont été publiées après sa mort, rend lui-même compte de ses entretiens avec le rui Charles X sur ce graye sujet. Le monarque avait la main forcée par son Ministère, Prètre et prélat, connaissant toute l'étendue de ses devoirs, M. Frayssinous recula devant les exigences de la position telle qu’on la faisait, et, en parlant au roi des ordonnances du 46 juin, il les caractérisa ainsi : « Sire, on ne s’est pas donné le temps de réfléchir; on dirait que les ministres étaient dans un état d’oppression, quand ils ont signé l'ordonnance Portalis, et qu’elle a été arrachée par violence; il semble qu’elle ait été conçue dans un esprit de défiance et de haine contre l'Episcopal et la Religion catholique, tant, dans chacune de ses dispusitions, elle est dure, humniliante et pleine, dans son ensemble, de précautions et d’entraves con tre les Evèques.… Je l’avoue, pour rien au monde, je ne voudrais contresigner une pareille ordonnance ; je n’aurais pas le courage de me perdre à jamais daus l'esprit du Clergé et des gens de bien. »

Après avoir soutenu que les Jésuites avaient le droit de vivre en France et de suivre dans leur particulier la règle de saint Ignace, léloquent grand-maitre de l'Université ajoute : « Sire, ils sont Français comme moi. Ce sont des prêtres irréprochables qui élèveut très-bien la jeunesse, el ici on peut s’en rapporter à celle mullitude de pères de famille de toutes les parties de la France qui, depuis quatorze ans, leur ont confié leurs enfants. Quels sont leurs cunemis acharnés? Ce suut les Protestants, les Jansénistes, les impies, les révolutionnaire:, les plus grands ennemis de la Religion catholique et des Bourbons. Ce scra un grand tr lophe pour ces derniers en particulier que de voir les Jésuites détruits. »

Le 6 juin, Charles X, toujours irrésolu, fit un dernier appel aux Evêques. MM. de Quélen, Frayssinous et de Cheverus ainsi que l'abbé Des Jardins, vicairefénéral de Paris, furent appelés à donner leur avis. À l'unanimité ils répondirent : 4° que l'ordonnance avait plus d'incouvénients que d’ avantages; 2 qu'aucun des quatre sigualaires de la nouvelle consultation ne voudrait accepter la responsabilité d'un pureil acte; 3° que le roi voyant les choses de plus haut qu'eux, était juge de la question politique de son gouvernement; que si, pour des mot.fs puisés dans un ordre supérieur, dans la nécessité, il croyait devoir prendre cette mesure, ils u’oseraient prononcer qu’elle est condamnable,

res ecclésiastiques et pressé de l'accepter, refusa de mêler son nom aux persécutions qu'on préparait à la Compagnie de Jésus. A défaut de l'archevêque de Bordeaux, on choisit un homme . vertueux, mais d'une bienveillance qui allait jusqu'à l'abandon des droits de l'épiscopat. L'abbé Feutrier, Evêque de Beauvais, avait eu plus d'un rapport avec les Jésuites. Il les appelait dans son diocèse, et les enfants de saint Ignace y opéraient un bien que le prélat constate avec une vive reconnaissance. Il n’en accepta pas moins la succession de Frayssinous, et, tout en évoquant dans son âme les craintes ranifestées par son prédécesseur, il se disposa à donner au Libéralisme un gage de sa reconnaissante ambition‘. M. Portalis s'était chargé de sacrifier les Jésuites, M. Feutrier iminola l'enseignement clérical. Par une seconde ordonnance, il déclara que le nombre des écoles serait limité dans chaque diocèse, que celui des élèves ne dépasserait jamais vingt mille, qu'aucun externe n'y serait admis, et qu’au bout de deux ans chaque élève seroit tenu à porter l'habit sacerdotal. D'autres précautions aussi impolitiques dans la forme qu'illégales pour le fond furent prises par la mème ordonnance. Un Evéque se faisait l'exécuteur de l’épiscopat, et, par une dérision dont il ne comprit pas alors la portée, en échange de la liberté que les lois accordaient, il promit d'enlever aux chambres douze cent

La décision antérieure, de même que cette dernière, prend pour base un cas urgent, indispensable, de nécessité; mais ce cas, les Evêques ne le reconnaissent pas, ne l’avouent pas dans les circonstances. On ne peut donc avec justice les

accuser d’avoir même indirectement coopéré à ces ordonnances qu'ils repoussèrent.

1 S'il faut s'en rapporler au récit de Frayssinous, l’Evèque de Beauvais, son successeur, aurail longtemps lutté avec sa conscience avant d'accepter la responsabilité de lordonnance du 46 juin. « M. l’Evèque de Beauvais, raconte l’ancien ministre, est effrayé du danger d’encourir un blàme universel ; il se trouve dans de cruelles perplexités, fondées, non sur la crainte d’offenser Dieu en contresighant l'ordonnance, mais sur la certitude de sc déshanorer aux yeux du Clergé, de beaucoup de gens de bien et des nombreux amis des Jésuites, et de se metire dans le cas de ne pouvoir être utile ni au rai ni à l'Eglise. En conséquence. il prend son parti avec courage, s'explique devant le roi en plein conseil, refuse de contresigner et donne sa démission. »

Ce loyal scrupule doit tenir une place honorable dans la vie de Feutrier. 11 refusait d’adhérer à la proscription des Jésuites; le comte Portalis vint à son aide ; iloffrit de prendre sous sa responsabilité les mesures ecclésiastiques qui répuguaient à deux consciences d’Evèque. 11 n’ÿ avait qu’une seule ordonnance, on en prépara deux, et c'est par ce subterfuge que l'on fit illusion à l’Evèque de Beauvais.

Tel est le récit de M. Frayssinous. 11 pallie, il atténue les torts de M. Feutrier, mais il ne les efface pas aux yeux de l’histoire,

mille francs annuels pour subvenir aux besoins de l'édaçation ainsi garroltée. *

A la lecture de ces urdonnances, la stupeur des Catholiques égala à peine la joie des Constitutionnels. Les uns frémissaient, les autres éclataient en transports d'allégresse, Tous sentaient, en effet, que la Religion et la monarchie ne se reléveraient jamais du coup qui les frappait. Les Catholiques répétaient ayec enthousiasme les paroles que M. Tanneguy Duchâtel avait fait entendre dans /e Globe du 17 mai 1828. L'écrivain, qui ne songeait pas à cette époque qu'un jour il pourrait devenir ministre, se présentait comme défenseur de la liberté d'enseignement, et il disait :

« Le principe fondamental des gouvernements représentatifs, tels que celui sous lequel nous sommes destinés à vivre, c'est la liberté de la pensée et de tous ses modes de publication : la prédication religieuse est libre; aucune autorité n'enchaîne la science; la discussion politique ne reconnaît d'autres limites que les hornes imposées par le besoin de protéger les droits des citoyens et de maintenir la tranquillité de l'Etat. Pourquoi done, tandis que partout ailleurs la liberté règne, l'enseignement seul est-il esclave ?

» Supprimez la liberté d'enseigner et placez l'instruction tout entière entre les mains du gouvernement, puis voyez quels vont être les résultats de cette belle organisation. Du côté des maîtres, plus de concurrence, plus d'émt ‘on ni de désir de perfectionnement ; leur sort ne dépend que de l'approbation de ieurs supérieurs; il se décide dans les bureaux : or, on sait à quel degré l'esprit des bureaux est favorable aux améliorations. Quant aux Supérieurs eux-mêmes, aux fonctionnaires chargés de diriger l'enseignement, croit-on, quelque éclairés qu'on les suppose , que leur surveillance présente autant de garantie que l'autorité des parents? '

» Donnez au gouvernement le monopole de l'enseignement, vous attribuerez à une partie de la société le droit de faire triompher ses opinions par la force et d’opprimer les opinions contraires ; vous livrerez l'instruction à toutes les chances des vicissitudes politiques : sa fortune, qui ne devrait dépendre que des

progrès de la société, changera avec les majorités et les ministères.

» Affranchir l'enseignement est le seul moyen de lui rendre de la vie et de le relever de l'abaissement où l'a jeté la servitude. »

C'était le principe de la libre concurrence, la consécration des droits de la famille maintenus à côté de ceux de l'Etat. Les Cutholiques et les Jésuites n'avaient réclamé que cela. Le Libéralisme triomphant s’apprêta à leur donner des fers en échange de cette faculté si éloquemment définie par M. Duchâtel. On savait les résistances du roi ; les hommes monarchiques blâmaient hautement le ministère ; les Libéraux le provoquaient à persévérer. Les plus sages ou les plus habiles du parti désiraient que l’on s’en tint pour quelque temps à ce premier triomphe ; les exaltés aspiraient à tirer de leur victoire toutes les conséquences. Il importait d'effrayer Charles X et d'apprendre à la France de quels dangers les Jésuites menaçaient son honneur et son repos.

Le 21 juin 1828, Labbey de Pompières s’écria à la tribune : « Des Religieux, que les lois du royaume désignent comme ennemis de l'Etat, n'ont-ils pas été rappelés en secret? n'ont-ils pas été introduits dans tous les offices, élevés aux plus hautes fonctions, non par leur mérite, mais à cause de leur caractère? Déjà ils siégent dans tous les conseils et les dirigent; ils sont placés à la tête de l'instruction publique ; ils reconstruisent leurs monastères, couvrent le pays de séminaires et de couvents , autorisent des Congrégations, nous replacent sous le joug de Rome. »

En présence des événements, cette audace était une pompeuse niaiserie ; la Révolution cependant l'accueillit comme une démonstration d'intrépide probité. Le ministère tuait les Jésuites sous la massue de ses ordonnances, et, cinq jours après, le Libéralisme , toujours insatiable de proscriptions, voyait encore les disciples de Loyola maîtres du gouvernement. Les Evêques de France ne partagèrent pas ces craintes. [ls étaient blessés dans les œuvres vives de leurs fonctions pastorales: ils comprenaient que la liberté d'enseignement ne serait plus pour eux qu’un mot vide de sens, et qu'ils devaient protester, sous peine de mort. Déjà, par une ordonnance du 21 avril 1828, M. de Vatimesnil, mi-

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nistre de l'instruction publique, leur avait arraché le droit de surveiller les écoles primaires, droit qui leur était attribué par un décret du 8 avril 4824.

En face d'hommes qui n'étaient forts que pour faire le mal et qui n'avaient d'énergie que pour s’abaisser devant l’idée révolutionnaire, il fallait tenir tête à l'orage ou se laisser emporter par lui. On reprochait au Clergé son influence dans l'administration et son attitude guerroyante; on l'accusait de ne pas vouloir pactiser avec l'esprit du siècle et de tendre par tous les moyens à satisfaire ses vues ambitieuses. Les uns se plaignaient de son intolérance, les autres de ses prétentions rétrogrades. Une fraction du parti royaliste s'unissait au Constitutionnel pour répandre ces allégations. L'on imputait aux exigences du Clergé des mesures que la politique seule avait conseillées; on le disait turbulent et hautain ; on le dépouillait tout en proclamant son insatiable avidité. On le blâämait d’être courtisan, et, pour le perdre, les Libéraux se contraignaient à grimacer des tendresses monar- ‘ chiques. Les Evêques eurent la conscience de la tâche qui leur restait à remplir : ils adressèrent à leurs collègues la circulaire suivante :

« Les Archevèques et Evêques qui se trouvent actuellement à Paris ont employé tous les moyens en leur pouvoir pour prévenir le malheur des ordonnances du 16 juin 1828. Depuis qu’elles ont été rendues, ‘ils se sont plusieurs fois réunis afin de se concerter sur la résolution qu'ils auraient à prendre relativement au coneaurs qui leur sera sans doute demandé. Ils pensent que ce qu'il y a de plus important pour la Religion, dans ces circonstances . difficiles, c’est que la conduite de l’Episcopat soit uniforme et contenue dans les justes mesures dé la force et de la douceur. Leur douleur est profonde ; ils ne doutent pas que le sentiment ne soit unanime dans le Clergé , dont ils n’hésiteraient pas à se faire les interprètes s’il ne s'agissait que d'exprimer des doléances; mais ils désirent savoir quel est l'avis des Evêques de France, et quelle sera leur détermination positive sur l'espèce d'adhésion

qu’ils sembleraient donner aux dispositions des ordonnances, s'ils consentaient à concourir à leur exécution de quelque manière que ce soit. Doit-on garder un silence absolu sur ce point, de-

mèuter dans uñé inäction complète, se refuser à toute espèce de évopératioh , ne répondre à toutes lés démandes que par un ac cusé de réception, dût-on s’exposer à subir loutes Les consédüénices d'uné semblable inertie? Les Evéques qui se trouvent à Patis pénsétit uhanimetnént que telle est la conduite à tenir. Si cétte mesure était généralement adoptée , il en serait donné con- | tlaissaiéé aü Souvérain-Pontife au nom des Evèques, en lui exposatit cohträdictoiremént les motifs de leur résolution, ét en lé suppliant de vouloir bien, après en avoir pesé les avantages et les inconvéniétits ; ÿ confirmer lés Evêéques par son suffrage ou lés diriger par ses conseils ét son autorité dans une catsé qui WE intéresse si vivément la Religion et la discipline de l'Eglise.

L | » Lé môÿen dû retteillir les avis qui à semblé le plus sûr ét | | én même témps le plls facile, est célui de prier Nosseigneurs | |

les Métropolitäins dé’ vouloit bien demandér nominativerient à . leurs comprovinciaüx ce qu'ils pensent dé cette mesure, et ensuite dé fairé parvénir à un cetitre commun les résultats partiels de ces avis. Après le dépouillement général, la même voie sera employée pour faire connaître aux Evêques le résultat définitif qui fixerait la marche à suivre. En attendant ce résultat définitif, de espèré obtenir avant l'expiration du délai fixé par les oronnahces au tr dctobré, on comprendra combien il est désirable ét mêmé hécessaire de s’en tenir à de simples accusés de réceptioh de toutes les léttres qui seraient adressées relativement aux ordonnancés. »

Depuis là Constitution civilé du Clérgé et le Concile national qué l'Empetéur avait essayé d’assembler à Paris pour forger des armés contre le Saint-Siége, jamais l'épiscopat français ne s'était vu dans une position aussi critique. La causé des Jésuites se compliquait de la question d'enseignement. Le ministère, avec uñe perfidé astucé, avait combiné ses deux ordonnances dé telle sorte qu'il réduisait les Evêques au silénce ou qu'il les rendait impopulaites aux yeux du Libéralisme en lés forçant d'accepter la défense commune dé l’Institut dé saint Ignace et de la Liberté. | Les Evéques s’avouaient bien le piège qu'on leur téndait; les Jésuites, auxiliaires du Clérgé, n'étant pas plus coupables qu'eux, les prélats ne reculèrént point. En dehors d'un dévoir de con-

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science, ils avaient à satisfaire l'opinion publique, qui, dans le royaume très-chrétien, sait toujours devancer les événements. Les deux extrêmes étaient en présence; il fallait enrayer le mouvement catholique ou être débordé par lui. Les Libéraux accusaient l'ambition du Clergé; ils reprovhaient à l’épiscopat de se jeter en furieux sur une question de police administrative qui ne le regardait pas; et, par un conire-coup inévitable dans ces sortes de conflits, les Evêques étaient mis au ban des Catholiques exallés. On harcelait leur prudence, et l'abbé dé La Mennais, alors à Turin, voyait un schisme sortir de cette inertie pastorale. Il écrivait au Père Manera : « Je viens de recevoir des Véires de France qui ne contiennent rien de consolant. Il paraît que la plupart des Evêques qui sont à Paris montrent une grande faiblesse. Je ne m'attendais pas à beaucoup mieux, mais cela ne laisse pas d’attrister. C'est M. Frayssinous qui a décidé le roi à signer les deux ordonnances. Priez pour notre pauvre Eglise, si prochaine. ment menacée d'un schisme. Heureusement qu'on peut compter, je crois, sur une grande majorité du Clergé. »

Le Nonce Lambruschini n'assistait point aux réunions épiscopales, mais Charles X avait confiance en sa modération : il désirait le consulter et le prendre pour médiateur entre les exigences gouvernementales et les douleurs de l'épiscopat. Lambruschini fut secrètement mandé au château de Saint-Cloud. Le roi lui affirma que ses ministres arrangeaient les choses de manière à ne pas blesser l'Eglise, il le chargea de faire connaître au Pape ses vœux. En même temps il ne déguisa point au Noncs apostolique les craintes qu'il éprouvait de voir les Evèques se compromettre dans une circonstance aussi délicate. La situation de Lambruschini avait quelque chose d’inextricablé. Il partageait l'epinion de l'épiscopat sur les ordonnances, il savait que Léon XII et le cardinal Bernetti, son secrétaire d'Etat, leur étaient franchement hostiles; néanmoins il lui répugnait d'abandonner ce bon prince aux angoisses de sa conscience. Par un curieux intervertissement de rôles, lé roi de France démandait à un envoyé du Saint- Siége de calmer l'irritation du Clergé gallican. Avec cette finesse de diplomatie italienne qui a l’art d’envelopper sous de douces paroles les vérités les plus amères, Lambrushini fit sentir à

Charles X que le ministère Martignac et Portal's le conduisait à l'abime. Il lui démontra l'injustice des attaques contre les Jésuites et le Clergé; il lui prouva que les concessions faites n'étaient que le prélude de concessions encore plus importantes ; mais, quand le roi l'interrogea sur la possibilité de retirer alors ces ordonnances, Lambruschini, qui en déplorait les suites, ne crut pas devoir donner à Charles X un pareil avis. C'eût été fournir à la facon libérale un nouveau prétexte d’accuser de mauvaise foi la religion du souverain. Lambruschini lui conseilla de montrer à ses ministres le désir qu’il avait de ne pas faire exécuter rigoureusement la teneur des ordonnances, et aux Evèques l'espoir qu'il nourrissait de les voir se confier à sa royale

parole.

Ainsi deux actions distinctes surgissaient autour de Charles X.

D'un côté, le Nonce, touché de l’anxiété du roi très-chrétien, et mettant au-dessus même des intérêts d'amour-propre ou de parti les intérêts éternels de l'Eglise, pensait que les atermoiements étaient nécessaires ; de l’autre, les Evêques, froissés dans leur indépendance et dans leurs garanties, n’aspiraient qu'à briser les fers dont l'incrédulité les chargeait. Le caractère des deux nations s'était dessiné. Lambruschini, au nom de Rome, parlait de ménagements indispensables ; les prélats français se roidissaient à l’idée seule d’une transaction avec leur droit. Le cardinal de Clermont-Tonnerre, l'archevêque de Paris, les Evêques de Chartres et de Nancy furent ceux qui, tout d’abord, soutinrent avec le plus de vigueur la cause de l’épiscopat et des Jésuites. Gaston de Pins, archevêque d’Amasie et administrateur du diocèse de Lyon, énonça ses sentiments dans une lettre admirablement motivée. Il jugeait avec une sévérité tout épiscopale l'ordonnance de Feutrier; puis arrivant à celle que le comte Portalis avait signée, il disait :

« La demande de la déclaration d’après l'ordonnance, la peine prononcée contre le refus d'y obtempérer, donnent lieu à un développement d'action dans le pouvoir civil qui présente trois invasions distinctes sur les droits imprescriptibles de l'Eglise de Jésus-Christ : 4° celle d'enlever aux Evêques huit établissements ecclésiastiques qu'ils dirigeaient en vertu de leur titre, pour les

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sourhettre au régime de l’Université; 2° celle de déclarer inha: biles à l’enseignement des petits Séminaires des maîtres investis de la mission épiscopale, mission divine, de laquelle seule ils relèvent d’après les saints Canons ; 3e celle de flétrir les vœux de Religion, lorsqu'elle frappe d'interdiction des instituteursprêtres, sur leur refus de déclarer par écrit qu'ils ne tiennent à aucune Congrégation religieuse.

» Or, ces trois invasions par le pouvoir civil sont de tous points intolérables; et lorsqu'il dépouille l'épiscopat de l’enseignement de ses établissements ecclésiastiques, qui lui appartient par le

fait de sa mission apostolique; et lorsque , dans la personne des

professeurs qu’il exclut de l’enseignement des petits Séminaires, il flétrit les liens sacrés par lesquels un Chrétien se consacre à Dieu par des vœux de Religion, selon la règle des Instituts approuvés pät l'Eglise universelle ; et lorsqu'il force les barrières du domaine de la conscience, par une investigation sacrilége, pour y arracher des déclarations dont on ne doit compte qu'à Dieu seul.

» Noïis trouvons une doctrine également fausse, dangereuse, attentatoire au droit divin, subversive des droits szcrés de l’Episcopat et des saintes lois de l'Eglise, rehoüvelant pat ses conséquences les erreurs des sectaires des derniers temps, que le Saint- Esprit a frappées d’anathème dans une multitude de Gonciles.

» Accépter, au prix de là déclaration exigée par cette ordons nance, les chaires ou la direction de l’enseignement religieux dans les petits Séminaires, ce serait reconnaître, eh quelque sorte, dans le pouvoir civil, comme juste et légitime, l'exercice d’un droit évidemment sacrilège, et comme vraié et selon Dieu, la doctrine qui frappe d'une peine légale l'affiliation à toute Congrégation qui exigerait des vœux de Religion, »

Cependant la réponse de tous lés Evêques arriva peu à peu à Paris ; elle était unanime, à quelques exceptions près. Le 2 août, une seconde lettre fut adressée à chaque Evêque par leurs collégues assemblés à Paris; elle était conçué en ces térmes :

« Le résultat des réponses à la note envoyée tonfidentiellement à NN. SS. les Métropolitains et par eux à leurs comprovinciaux, a donné premiérement une parfaite unanimité pou qu'il füt VI. 13

adressé au roi de respectueuses. observations au sujet des deux ordonnances ; secondement une très-grande, .mais extrêmement grande majorité, pour que l’on ne coopérât pas d'une manière active. Dix ou douze Evêques seulement ont différé d'opinion sur la conduite à tenir dans le cas où les choses seraient poussées à l'extrémité, et de ce petit nombre encore plusieurs annoncent qu’ils suivront l'avis de la majorité.

» En conséquence, les Cardinaux, Archevèques et Evèques qui se trouvent actuellement à Paris seront tous autorisés par l'épiscopat tout entier à présenter un mémoire au roi. Ce mémire, rédigé par l’un d'entre eux, revu par une commission, a été unanimement approuvé dans tous ses points et adopté dans une réunion générale. Le mémoire signé par S. E. monseigneur le cardinal de-Clermônt-Tonnerre, doyen des Evêques, au nom de l'épiscopat français, a été présenté à Sa Majesté le 4e août. Il a été ensuite imprimé pour plus prompte expédition. Deux exemplaires en seront incessamment adressés à chacun des Evèyes, qui sont priés de renvoyer un de ces exemplaires, munis de leurs signatures en signe de leur adhésion, le plus tôt possible, au centre commun.

:» Messeigneurs les Métropolitains sont priés de faire connaître promptement cette disposition à leurs comprovinciaux. Le Souve- . rain-Pontife est instruit de la conduite des Evêques jusqu’à ce jour’; des conseils lui ont été demandés pour l'avenir. On pense que le mémoire ne doit pas être rendu public, du moins pour le moment; ce serait en compromettre le succès. »

Le mémoire dont il s'agit avait été présenté au roi le 4er août. Plein de force et de dignité dans son ensemble, il offre néanmoins quelques hésitations de détail, de ces termes malheureux qui compromettent les meilleures causes en leur donnant un cachet de timidité. Mais ces taches disparaissent complétement lorsque l'épiscopat fait entendre au roi ces magnifiques paroles :

« Sire, à l'appui des motifs que les Evêques ont l'honneur d'exposer à Votre Majesté pour justifier une conduite qu’on ne manquera pas peut-être de lui présenter comme une révolte con- . tre son autorité, ils pourraient invoquer cette liberté civile et cette tolérance religieuse consacrées par les institutions que nous

devons à votre auguste frère, et que Votre Majesté a juré aussi

de maintenir; mais ils ne veulent point entrer dans une ques-

tion de droit public dont les maximes et les conséquences ne sont pas encore bien fixées, sur laquelle les plus habiles eux-

mêmes sont divisés d'opinions, et qui les jetterait dans une dis-

cussion susceptible de s'étendre et de se resserrer, selon les

temps et les systèmes toujours mobiles, toujours variables.

» Îls ont examiné dans le secret du sanctuaire, en présence du souverain Juge, avec la prudence et la simplicité qui leur ont été recommandées par leur divin maître, ce qu'ils devaient à César comme ce qu'ils devaient à Dieu ; leur conscience leur a répondu qu’il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes lorsque cette obéissance qu'ils doivent premièrement à Dieu ne saurait s’allier avec celle que les hommes leur demandent. Ils ne résistent point, ils ne profèrent pas tumultueusement des paroles hardies, ils n'expriment pas d'impérieuses volontés ; ils se contentent de dire avec respect, comme les Apôtres : Non possumus, nous ne pouvons pas, et ils conjurent Votre Majesté de lever une impossibilité toujours si douloureuse pour le cœur d’un sujet fidèle visà-vis d'un roi si tendrement aimé. »

Les Evêques concluaient en déclarant qu'ils resteraient spectateurs passifs de l'exécution des ordonnances au point de vue religieux, ce fut, sans contredit, un devoir ; au point de vue politique, cette inaction était une faute, Le ministère en profita. Le Nonce apostolique avait été tenu à l'écart des conférences ; il redoutaï‘ la publication de ce mémoire. Le cardinal de Latil lui affirma qu'il resterait secret entre le Saint- Siége , la Royauté et les Evèques. Lambruschini comptait à bon droit sur la parole de Charles X, et, craignant que cet écrit n’envenimät la querelle, il avait exigé qu'il ne parût dans aucun journal . Le 14 août, par

Nous lisons dans les documents manuscrits qui sont sous nos yeux la note suivante de la commission centrale des Evèques. lis mendent de Paris, 9 août : « Les Evèêques s’empressent d’adhérer au mémoire. Toutes les répunses n’ont encore pu être rendues au centre commun. Une note donnera connaissance du résultat. Celleci a pour objet de renouveler aux Evèques la recommandation expresse du silence sur le mémoire. 11 a été promis verbelement et d’une manière-posilive qu’il serait

apporté des facilités satisfaisantes dans l’exéculion des ordonnances; mais on les fait dépendre formellement de la nou-publicité du mémoire, et l'on assure que la

moindre indiscrétion paralyserait une hautc-volonté, qui demande en ce moment

des Evèques un peu de confiance et qui croit en mériter beaucoup. »

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dnié indisérétion éôtipable, la Gazerte de France en teproduisit dés extraits. Le 14, elle l'insérait en entier; quelques semaines après, il se répandait dans toute l'Europe. Cet éclat fournit un nouvel aliment à l'itritation des partis. MM. Portalis, Féutrier et Vatimésnil s'adressèrent à leurs subordonnés pour réclamer une activé coopération ; l'abbé de La Chapelle, directeur des affaires ecclésiastiques, se regarda comime autorisé à donner à l'épiscopat et aux publicistes une leçon d'obéissance. Il écrivit:

« Des laïques, des journalistes même, se croyant le droit de s'ériger en docteurs de l'Église, de discuter l'étendue de la juridiction divine de l'Episcopat, j'ai cru pouvoir vous adresser, ainsi qu'à tous messeigneurs les Archevêques et Evêques, quelques réflexions Sur l'ordonnance du 16 juin, sur les écoles secon= daires ecclésiastiques. Jé ne puis me défendre d’être effrayé des dangers d'une résistance Même passive, ét que des craintes imaginaires ne produisent des maux trop réels. Dans-tous les temps le Clergé de France s’est distingué pat sa circonspection dans tous ses rapports avec l'autorité royale. Ses respectueuses doléances n'atrétaient point sa soumission quand la Foi, le dogme, la disci pline générale de l'Eglise n'étaient pas évidemment attaqués. Dans uné circonstance qui a bien des rapports avec les circonstances actuelles, en 1762, lorsque les Jésuites furent bannis de France, le Clergé fit connaître combien il tegrettait une Congrégation qu'il jugeait si utilé à la Religion ; mais, loin de chercher à paralÿser paï une résistance passive, par un refus de coopération, des mésures que le gouvernement avait prises pour réorganiser les Collèges, il y concourut de tout son pouvoir. Ce que le Clergé de Francé crut pouvoir faire alots, pourquoi ne pas le faire äujoütd'hui, et, paf Une coopération franche aux ordonnances, calmet üne irrilation que des journalistes imprudents excitent ? »

Un silence plein de dignité fut la seule réponse du plus grand ombre; quelques autres lui firent comprendre que l’épiscopat n'avait pas besoin de ses remontrances; et l'archevèque d'Amäsié lui manda le 16 août: à Monsieur l'abbé, je ne puis m'expliquer l'irrégularité de votre démarche, Quelle entreprise ! car vous ne pouvez ignorer que les Evêques et Archevêques ont prononcé presque à l’unanimité sur ces ordonnances, que leur

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mémoire au roi a été envoyé au chef de l'Eglise, que nous sommes dans l'attente d'une décision pontificale , et vous avez cru devoir devancer cette décision par une cireulaire adressée à l'Episcopat tout entier, et en opposition de principes avec la trèsgrande majorité des Evèques et Archevêques du Royaume,

» Vous êtes étopné de l'effroi général des laïques et des jaurnalistes voués à la cause de la Religion et du roi, qui par un cri unanime ont proclamé les nouvelles invasions qui menacent l'autel et le trône au sujet des ordannances du 46 juin et du 34 avril. Saint Hilaire vous aurait répondu : Quels temps sont les nôtres; sanctiores auyres plebis quam corda sacerdotum.

» J'ai la confiance, monsieur J'abbé, que ma franchise ne vous déplaira pas. Je vous ai cru capable d'entendre Ja vérité et de vous y soumettre. à

Les événements se précipitaient, ils allaient presque aussi vite que les circulaires administratives. Le Clergé se sentait blessé au cœur par la dispersion des Jésuites et par les défiances qu'un ministre de Charles X lui témoignait. Rome ne s'était pas encore prononcée { ; l'Episcopat et le gouvernement faisaient appel au Saint-Siége. Lambruschini était pressé des deux côtés; mais déjà, comme dans tous les cas épineux, le Clergé de France tounnait les yeux vers Rome.

« On vient de me mander de Paris, écrivait Soyer, Evêque de Luçon, à l'Evêque de Nancy, que le respectable Nonce de Sa Sainteté près la Cour de France avait compté sur la noble démarche qui vient d’être faite auprès du Roi par les Evêques de son royaume, et qu’elle a consolé son cœur, navré de douleur à la vue de ce qui se passe aujourd'hui et de l'avenir dont nous sommes menacés. L'on ajoute que le Souverain-Pontife en aura été sans doute pleinement satisfait, et que son cœur paternel

* Rome n'avait point parlé, parce que Rome n'avait pas été consullée; mais ce n'avait été la feufe ni du Poulife romain, ni des Evôques, Le 45 novembre 4828 Léon X11, dans un bref adressé à Mgr. d’Amasie, administrateur de Lyon, en réponse à une lettre de ce prélat, tout en l'exhortant à persévérer dans ses généreux sentiments, se plaint de n'avoir pas reçu de lettres ni de mémoires de PEviscopat fran çais; or, il est certain que la Commission des Évèques avait envoyé au Pape des mémoires et des leltres pour le mettre au courant des événements et pour le consuller sur toute l'affaire. Mais ces icitres et mémoires ne partinrent point à leur

adresse, — Voir l'Histoire des Ordonnances du 16 juin 1828 par un vicairc-général de Lyon (M. l'abbé Cattet), — Lyon, 1846.

doit avoir éprouvé une bien vive et bien douce jouissance en lisant dans le mémoire les consolantes paroles par lesquelles les Prélats de son Eglise chérie montrent tant de respect et de soumission pour sa divine autorité. Ah! mon cher Seigneur, entrons chaque jour encore plus avant, s’il se peut, dans la barque de Pierre, et jamais nous ne ferons naufrage. »

L'agitation arrivait cependant à son comble. Afin de l’apaiser, on jugea que l'intervention du Souverain-Pontife serait nécessaire. M. Lasagny, conseiller à la Cour de cassation, fut envoyé à Rome, sans caractère officiel, mais avec mission de faire secrète ment connaître au Pape le véritable état des choses et d'obtenir de lui qu'aucune censure émanée du Saint-Siége ne vint, sur les instances des Evêques, attiser le feu de la discorde. Le choix de M. Lasagny était une garantie pour les deux partis. Léon XII, à l'infaillible autorité de qui le roi et les Evêques avaient recours dans ces circonstances, devait écouter la voix de son Nonce à Paris; le 45 septembre, Lambruschini adressa cette dépêche au cardinal Bernetti :

‘« Quoique jusqu’à ce jour je me sois borné à informer Votre Eminence , comme il était de mon devoir, des démarches faites par les Evêques contre les ordonnances, et de l’impression qu’elles avaient produite dans l'esprit du roi et dans celui du gouvernement, toutefois, d’après les observations semées çà et là dans mes dépêches précédentes, Votre Eminence aura pu remarquer quelle était ma manière de voir et mes sentiments à l'égard de ces fâcheux événements. Dés qu'ils eurent lieu, je n'ai pas négligé d'en étudier l'esprit, et, après avoir fait avec calme et maturité les observations convenables sur les ordonnances malheureusement publiées par le roi, j'ai bien dû m'affliger pour des actes si déplorables ; mais je n’eus pas, et je n’ai pas encore le courage d'engager le Saint-Siége à se prononcer sur cette affaire. Il me semble que ls moment n’est pas encore arrivé où Notre Saint- Père le Pape puisse ou doive parler. Dans tous les cas, afin de pouvoir décider avec maturité et sagesse quel parti il faut prendre, il servira beaucoup d’avoir sous les yeux les renseignements relatifs au droit et au fait qui peuvent faire apprécier la présente controverse ; controrerse qui, par les conséquences qu'elle est de

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