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que chacun lui refusait son concours. Les populations, surprises un instant, sortaient de leur repos ; elles sa'uaient avec des cris d'amour l’avénement de Grégoire XVI. C'était un Pape tel qu'il Je fallait à cette époque de novateurs travaillant dans le vieux, un prince de conciliation et de persévérance, de savoir et de goût, joignant la candeur de l'enfant à la mâle sagacité de l'âge mur. Plein d’enjouement et de fermeté, il se trouvait toujours en mesure de dire un bon mot et de faire un acte de vertu. Grégoire XVI, tiré d’un monastère de Camaldules , avait longtemps vécu dans les livres. Les livres lui révélérent la science des hommes ; il l’appliqua dans ses ouvrages et au milieu des grandes ‘ négociations dont la confiance de Léon XII le chargea. Il aurait eu le courage du martyre, il dut avoir celui plus difficile de la patience et du devoir. L'épreuve à laquelle l'Eglise romaine fut soumise était affreuse. Elle avait la Révolution aux portes de son patrimoine, et on lui enjoignait de consacrer celles que d’autres peuples tentaient de légitimer. D'un côté on appelait aux armes contre le Saint-Siége ; de l’autre on lui demandait de sanctionner
les pouvoirs récemment établis. Il y avait des rois dépossédés,
projetant d’abriter leurs grandeurs déchues sous la Chaire de saint Pierre, et des princes nouveaux, sollicitant comme reconnaissance . du droit le fait d'un concours que le Pontife ne dénie à personne. Cette situation était inextricable. Grégoire XVI la domina en développant, en appliquant le principe que le zinistère pastoral doit toujours être indépendant des variations de la politique. Tandis que ces importantes questions se débattaient au Vatican, les Jésuites, proscrits d'avance par l'esprit révolutionnaire, rentraient dans leurs établissements aux acclamations des familles. À cette époque , le Cardinal-Vicaire Zurla, afin d'entretenir la piété et la discipline dans les Ordres monastiques, prenait une résolution inusitée : il invitait tous les Religieux de Rome à suivre les exercices de saint Ignace. Le Père Finetti fut désigné pour les leur donner, et le cardinal choisit l'Eglise du Gesù comme lieu de réunion. Quelques années de calme succédérent aux tourmentes de la révolte; le Pape en profita pour céder au vœu de la Propagande, qui, par l'intermédiaire du cardinal Fransoni , demandait à investir la Compagnie de Jésus de la direction
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du Collége Urbain ‘. « Nous sommes persuadé comme l’est aussi notre Congrégation de la Propagande, disait le Souveraiñ-Pontife dans son bref du 2 octobre 1836, que l'éducation de ces jeunes clercs destinés à semer la lumière de l'Evangile dans les contrées les plus lointaines et à répandre dans la culture de la vigne du Seigneur leurs sueurs apostoliques, ne peut être confiée, pour le plus grand avantage de l'Eglise , qu'aux membres de la Compagnie de Jésus. Par son Institut spécial , elle est consacrée à la direction de la jeunesse dans la crainte de Dieu, dans les sciences et les lettres dont cette crainte est le principe ; en même temps, cette Société religieuse est sans cesse appliquée avec zèle à procurer la plus grande gloire du Seigneur dans toutes ses opérations. La longue et heureuse expérience que, dés’erigine de cette Compagnie jusqu'à nos jours, l'Eglise a faite de l’incontestable. aptitude des Pères de l'Institut pour diriger les écoles, soit des jeunes gens séculiers, soit des clercs en tant de diverses parties du monde; enfin, les témoignages honorables et unanimes que de toutes parts les ennemis mêmes du Saint-Siége et de l'Eglise, contraints par l'évidence des faits , se voient forcés de rendre à la Compagnie de Jésus pour la bonne éducation donnée à la jeunesse, tous ces motifs nous portent à accueillir avec empressement la demande que Votre Eminence nous adresse au nom de la Congrégation de la Propagande. »
Les périls dont l’incrédulité menaçait l'Eglise réunissaient dans
. le même vœu le Souverain-Pontife et la Propagande. Grégoire XVI
rendait aux Jésuites le Collège Illyrien ; un autre danger leur donna à tous l'initiative du courage. Le choléra avait porté ses ravages sur plusieurs empires. Rome jusqu'alors s'était vue épargnée ; tont-à-coup ce fléau vagabond tombe à ses portes. On a dit, — et les journaux anticatholiques de France et les feuilles protestantes d'Allemagne se sont faits les complaisants échos de ces imputations, — on a dit qu'à l'approche du choléra, la cour romaine, les princes, les matrones de la ville, les médecins et le
1 Le Collége Urbain, ainsi nommé en souvenir du Pape Urbain VIII, son fondateur, s'appelle aussi Collége de la Propagande, parce qu’on y forme et on y
instruit les prêtres qui doivertaller porter l'Evangile aux nations les plus éloifnées.
Clergé avaient été saisis d'un de ces sentiments qui rendent làches en face d’un devoir sacré.
Cette accusation systématique d’inhumanité, ces cordons sanitaires de honte, jetés entre les larmes d'un vieux Souverain et les douleurs de ses sujets, eurent quelque chose de si profondément cruel, que le Diario di Romu, Moniteur Pontifical, qui a vu passer. tant d'outrages sur la triple tiare, ne se croit plus obligé. à garder le silence dont la sagesse du Pape lui fait une loi. Il se plaint sans amertume; sur les lieux mémes, il raconte ce qui se passa en réalité. Le mot d'ordre était donné sur toute la ligne anticatholique; aucun journal ne songea à démeniir ou à prouver son assertion.
Les faits étaient cependant bien simples. À peine le fléau indien eut envahi l'Europe, que Grégoire XVI ordonne aux docteurs Cappello et Lupi, deux des médecins les plus distingués de Rome, de partir pour Paris et d'observer la marche, les progrès de l'épidémie et les moyens curatifs à employer. Des précautions pleines de prudence sont adoptées par le cardinal Gambérini, ministre de l'intérieur. Le cardinal Sala, président de la commission de santé publique, ouvre de nouveaux hospices. Par ordre de Grégoire XVI, on crée dés ambulances dans chaque quartier, on indique dés maison de sécours où les médecins seront en permanence. Ils dévaient ävoir soin des corps; le Pape veut se reposer sur les Jésuites du soin des âmes.
Les Jésuites s'élablissent infirmiers et arimôniers de ces hôpi-
taux. Le servite Moralli, par ses exhortations, forme une compagnie de Dames de Charité qui, tout en vivant dans le monde, se dévoueront aux œuvres de la bienfaisance chrétienne.
A l'aspect de tant de préparatifs, quelques citoyens se sentent dominés par la frayeur; d'autres calculent peut-être que le choléra doit être l’auxiliaire de leurs vengeances particulières ou de leurs rêves politiques. Üne proclamation de Ciaëchi, gouverneur de la Ville, intimide les méchants et rassure les bons. Les bons étaient à Rome en immense majorité. Le choléra assiégeait la cité pontificale ; ses habitants ne s’entre-tuërent pas en s’accusant de crimes impossibles. Ils furent plus éclairés ou mieux dirigés que d’autres nations, qui plus tard les calomniérent.
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Ce mal inconnu était tombé sur Londres, sur Paris et sur Madrid, les trois capitales de régénération constitutionnelle, et il avait vu la multitude se livrer à de tels excès d'effroi et de fureur que, pour en retrouver la trace, il faut remonter par le souvenir jusqu'aux siècles d’ignorance et de barbarie. Ici, l'on massacrait sans pitié les hommes généreux qui se jetaient entre le choléra et le peuple; là, on préludait par l’émeute aux funérailles que l'épidémie allait confondre dans la même stupeur. C'était à Londres, c'était à Paris et à Madrid qu'éclataient de semblables transports; à Rome, rien de pareil n'est signalé. La foule s'agglomère dans les églises, elle entoure les chaires, elle assiége les confessionnaux, elle prie de la voix, elle prie du cœur. Le cardinal Odescalchi, Vicaire du Pape, a voulu conjurer le fléau en faisant descendre le calme dans les âmes. Le peupie’s’est préparé à la mort, et, dans une procession solennelle, il se met sous l'invocation de la Vierge. Afin de rassurer les esp:its, une procession à Rome sera toujours plus efficace qu'une émeute à Paris. L'image de sainte Marie-Majeure est transfrée de la basilique à l’église des Jésuites. Cette translation, arnonçant le péril dont: est menacée la capitale du monde chrétien, a été ordonnée par Grégoire XVI pour désigner les enfants da sxint Ignace comme
les représentants de la charité pontificale. Le Pape, entouré des
cardinaux, du sénateur et des magistrats, voulut se joindre au corlége, et, sous une chaleur étouffante, il suivit à pied la procession, s’avançant à travers les flots pressés d’une foule résignée.
Ce fut un moment solennel que celui où, sur la place du Gesü, le Général de la Compagnie reçut, en présence de la Cour apostolique, le précieux dépôt en qui les Komains ont foi. De tous les points de la Ville, on accourait à l'église des Jésuites. Le peuple s'était relevé de ses terreurs; on lui avait appris à envisager le danger sans pâlir : il l'attendit avec fermeté. Le mal se déclara, et aussitôt les hommes de l'art prévirent que ses ravages seraient affreux. Le 23 août 1887, il éclatait dans tous les quartiers, il frappait indistinctement sur toutes les classes. Les princesses Christine Massimo et Chigi eu furent les premières victimes. La mort planait sur la cité sainte. Le 2 septembre, à l'heure même où le choléra sévissait avec le plus d'intensité, le
Pape visite chaque rue de Rome, afin de bénir, de consoler et d'encourager cette population qui tend les bras vers lui. L'attitude de Grégoire XVI était triste, mais calme. Il avait ouvert le trésor obéré de l'Eglise; il demandait qu'on y puisät à pleines mains, car le Père commun ne voulait pas laisser mourir ses enfants sans secours. Quelques membres du Clergé séculier, ainsi qu'un certain nombre de médecins, avaient hésité dan:s Le commencement. L'exemple du Pape, des cardinaux, des princes et des moines, triompha de cette pusillauimité. Bientôt il n’y eut plus dans Rome qu'une rivalité de zèle et de sacriiices. Les Dominicains, les Franciscains , les Religieux de Saint-Camillede-Lellis, les Chanoines réguliers, affrontaient la mort, comme un soldat brave le danger sur les champs de bataille. Au milieu d'eux, les Jésuites ne trompérent pas la confiance que Grégoire XVI et les Romains témoignaient à l’Institut. Il fallait une vigilance de tontes les minutes, des secours abondants, une activité sans exemple pour coordonner tous les devoirs. On entend les Pères solliciter la bienfaisance du riche qui ne refuse jamais ; on les voit pénétrer dans les quartiers indigents, porter les malades sur leurs épaui:s , distribuer à chaque famille des soins de toute espèce, adoucir les derniers moments de ceux qui expirent, et snutenir par leur courage l'énergie s’affaissant sous la douleur. Un écrivain royaliste, exilé de France, avait reçu à Romeune hospitalité que tous les partis réclament et qui ne leur est jamais déniée. Cet écrivain se nommait Bérard. Le besoin l'avait fait médecin ; la reconnaissance doubla l’activité de son zèle. Confondu parmi les Jésuites, toujours avec eux au plus fort du péril, il échappa, comme eux, à la contagion, comme eux il devint une preuve vivante que l’intrépidité est encore le meilleur des préservatifs {.
Neuf inille trois cent soixante-douze citoyens furent atteints per le fléau ; cinq mille quatre cent dix-neuf périrent. Le 11 octobre le choléra avait disparu. Au milieu des transports de joie qui éclatèrent à cette nouvelle, le Pape n'oublia point qu'il était le pére des veuves et le nourricier naturel des orphelins. L'arche-
* On remarquera que, sur plus de trois cents Jésuites qui, pendant près do deux mois, svignèrent et assistorent les cholériques, aucun ne se vit frappé par le fléau, Ten Fat de mème pour la plupart des personnes qui ee dévouèrent avec le plus de persévérunce,
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 237 vêque de Paris, Hyacinthe de Quélen, dont le palais fut saccagé et la vie mise à prix par la Révolution, avait adopté tous les enfants que la mort laissait sans famille. Dans un magnifique élan de charité, et debout sur les ruines de son archevéché, il apprenait aux plus incrédules à bénir cette Religion, la source de toutes les grandes œuvres et de tous les pardons. Grégoire XVI, cinq ans auparavant, admira la sollicitude du prélat proscrit ; du haut de son trône, il la consacre en l'imitant. Le cardinal Odescalchi, interprète de ses volontés, excite la commisération publique en faveur des orphelins. Sa voix est entendue, et leur sort assuré. Pour veiller plus attentivement à la répartition des secours et à l'éducation des enfants, une commission supérieure fut nommée. Le prince Orsini, Sénateur de Rome, la présida; elle eut pour trésoricrs les princes Charles Doria et Gabrielli, pour secrétaire Camille di Pietro, auditeur de Rote. Par une dérogation aux règles de la Compagnie de Jésus, mais par un sentiment de reconnaissance qu'il était bon d'éterniser, on força le Père Roothaan à prendre place dans ce aomité sous le titre de conseiller député ecclésiastique. Six sections particulières se rattachèrent à la commission. Elles eurent pour chefs monseigneur Morichini et la princesse Orsini, le marquis Patrizi et la comtesse Marioni, le prince Dominique Doria et la comtesse Lozzano- Argoli, monse:gneur Marini et la princesse Borghèse, le marquis Serlupi et la comtesse Marsciano, le chevalier Rem-Picci et la comtesse Orfei. La princesse Borghèse s'était déclarée la tutrice des orr* "lines; elle les faisait élever dans son palais. Le Père Roothaan décida qu'à Saint-Etienne-le-Rond vingt orphelins seraient entretenus aux frais de la Société de Jésus.
Au mois de janvier 1830, un prêtre de Vérone, don Pierre Albertini, avait conçu le projet de faire rappeler les Jésuites dans la Lombardie vénitienne. L’Evèque du diocèse et les magistrats de la ville accueillirent cette idée 2""ec un empressement auquel la population entière s’identifia. Le 19 mars 1836, un décret impérial sanctionnait ce vœu ; il accordait aux Pères l'entrée de tous les royaumes soumis à l'empereur d'Autriche ; il leur permettait
“le libre exercice de leur Institut ct de leur méthode d’enseigne-
ment, nonobstant les lois en vigueur. Une Maison fut fondée ; elle
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reçut presque aussitôt la visite de l'Empereur et d'Anne-Marie de Sardaigne, son épouse. Dans le même temps le cardinal Odescalchi renonçait aux dignités de l'Eglise pour commencer son noviciat.
Charles, prince Odescalchi, né le 5 mars 1786, était une de ces natures d'élite que le monde, dont ils doivent faire l’ornement, effraie et pousse vers la retraite, Destiné aux grandeurs par sa naissance et son mérite, il avait senti dès sa jeunesse qu'une voix intérieure lui disait d'embrasser la règle de saint Igrace. Des considérations de famille et l’ordre même de Pie VII comprimérent ce désir. Odescalchi fut condamné aux honneurs de la pourpre et de l'épiscopat. Par sa pieuse aménité, par ses talents, il devint l’une des gloires du Sacré-Collége, et, alin d'occuper des vertus qui aspiraient à la solitude, Grégoire XVI l'investit des fonctions de Vicaire-Général de Rome, La carrière du prince de l'Eglise avait été généreusement fournie ; Odescalchi pensa qu'enfin il lui en restait une autre à parcourir. Le Souverain-Pontife et les cardinaux luttaient contre.cette vocation irrévocable; au nom de la Catholicité, ils lui demanduient le sacrifice de ses penchants. Les obstacles venaien‘ de tous les côtés, le cardinal triompha enfin de l'amitié que lu témoignait Grégoire XVI, et, après avoir reçu ses derniers embrassements , il partit de Rome secrétement, comme un coupable ou comme un homme trop heureux. Le Consistoire accepta la démission de toutes ses charges, que le cardinal offrait avec tant de bonheur, et le prince de l'Eglise fut admis au nombre des Novices de la Société.
Ce fut le 8 décembre 1838 que le cardinal Odescalchi se dépouilla entre les mains du Père Antoine Bresciani, recteur de Modène, de la pourpre qu'il avait honorée, Ce fut ce jour-là encore qu'il revêtit pour la première fois l'habit de l’Institut. Servir, pour lui c'était régner. Les fatigues du Noviciat furent la plus suave de ses voluptés. La cellule qu'il dut occuper parut plus belle à ses yeux que les palais où il avait passé son enfance et son âge mûr. Détaché de la terre, cet homme se replia en luimême pour vivre tout-à-fait de la vie de Jésuite. Les uns l’admiraient, les autres le plaignaient ; lui se contenta de bénir Dieu. Voici en quels termes, le 8 décembre 1838, il annonçait au Général de la Compagnie son premier jour de félicité :
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« Mon très-révérend Père , ayant pris ce matin le saint habit de la Compagnie, après avoir célébré la sainte Messe et après avoir, selon les instructions du Père Recteur, donné la communion aux Norices, mes frères bien-aimés , je consacre mes tout premiers moments à écrire à Votre Paternité, bien que cette lettre ne doive partir que demain. Je vous écris sans délai, mon trèsrévérend Père, pour vous remercier de la lettre, précieuse pardessus tout, que vous avez daigné m'adresser et que je conserverai fidèlement pour la consolation de mon âme, avec le bref du Saint-Père , qui, je dois l'avouer, a mis le comble à ma tranquillité,
» Les circonstances touchantes que je viens d'indiquer et celle encore de la belle fête de la très-sainte Vierge, à qui je me sais redevable de ma vocation et de la liberté que j'ai obtenue d'y obéir, ne; ñermettaient pas de différer un seul instant de m'adresser à cejui qui sur la terre devient mon supérieur dans la nouvelle carrière que j'entreprends de suivre. Je me sens trèsheureux , et la joie qui remplit mon âme ne peut se décrire. Le monde, dont les jugements portent si souvent à faux, exelte ce ce qu’il appelle mon sacrifice héroïque ; quant à moi , je bénis la divine miséricorde qui m'a accordé jusqu'aujourd'hui le temps, et qui aujourd aui même me proeure le moyen dt me sanctifier et avant tout de me convertir,
» Je vous remercie de la bonté singulière avec laquelle vous daignez me parler des différents membres de ma famille, et me dire l’effet qu'a produit sur eux ma résolution: Je suis certain que , si quelqu'un d’entre eux l’a momentanément désapprouvée, c’est seulement parce qu'elle l’affligeait. Examinée sans prévention, elle se justifiera d'elle-même. Le premier mouvement est toujours de blâmer ce qui déplaît; reste à voir si souvent, alors même, il n’y a pas entier désaccord entre la conviction de l'es prit et le jugement précipité des lèvres, Tous se calmeront bientôt, je l'espère, et, une fois calmés , ils ne pourront manquer de m'’approuver,
» Je désire, mon très-révérend Père, que vous voyiez toujours en moi un enfant soumis , qu’en cette qualité vous disposiez toujours de moi sans aucun ménagement, et que toujours enfin
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vous vous rappeliez que le sacrifice de ma volonté est un bonheur pour moi. | » Dansces sentiments, j'ai l’honncur de me dire ‘de » Votre Paternité » Le très-respectueux et obéissant serviteur,
» CH. OpEscaLci, Novice de la Société de Jésus, »
Le Père Odescalchi, Cardinal ou Jésuite, avait vécu de la vie des anges; il mourut en saint. Après trois années passées dans l'exercice des devoirs sacerdotaux et dans les missions, où sa parole touchait les cœurs comme un doux chant de mère, il expira à Modène le 17 août 1841.
Au milieu des événements qui agitaient l'Europe , l'année 4840 allait ouvris aux Jésuites le quatrième siècle depuis le jour où Paul III, en 1540 , confirma l'Ordre de saint Ignace. C'était une époque solenvelle pour les disciples de l'Institut. Ils l'avaient déjà célébrée deux fois avec une pompe que les peuples et les monarques encourageaient. Le 27 décembre 1839, le Père Roothaan adresse à ses frères une encyclique. Il ne s'agit plus d'éclat ou de fête. Le Général de la Compagnie pressent l'orage qui va gronder, et il ne veut pas que les joies chrétiennes des Jésuites puissent servir de prétexte aux menaces ou aux accusations. À la veille des tribulations qui attendent:les enfants de saint Ignace, il leur rappelle leur destruction de 1773 comme pour les fort fier en face du danger : « Il y a cent ans, leur écrit-il, la Compagnie, entrant dans son troisième siècle, était florissante et pleine de vigueur; en possession depuis longtemps d’une brillante réputation dans les lettres, dans les sciences et dans l’éloquence sacrée , elle s’occupait de l'éducation de la jeunesse chrétienne.
» Elle travaillait au salut des âmes dans tous les rangs, dans toutes les conditions, dans presque tous les Etats de l'Europe catholique et gon catholique, dans les parties du monde les plus reculées et parmi les Infidèles. Elle jouissait partout d'une haute estime, et recueillait les fruits les plus abondants. Pour comble de gloire, les applaudissements et la faveur des hommes n'avaient pu porter atteinte à la piété sincère de ses enfants, ni ralentir leur ardeur pour la perfection. Et si la faiblesse humaine ne
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