‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 36 sur 62 · US · texte numérisé non relu

US

la vie y dans où sa re, il

’année le jour C'était avaient et les e Rood'éclat qui va ésuites s. À la nace, il fier en pagnie, eine de > répu= ce sane...

s, dans Europe es plus e haute comble avaient ralentir hine ne

permet pas de supposer que, parmi vingt mille Religieux et plus que l'on comptait alors, il n’y en eut pas d'imparfaits, du moins dans ce grand nombre on en voyait bien peu qui affligeassent cette bonne mère par l'irrégularité de leur conduite. Dans chaque Province, au contraire, une foule de Religieux d’une sainteté éminente répandaient au loin la bonne odeur de Jésus-Christ. Du reste, la Compagnie soutenait une gucrre acharnée contre l’erreur ct contre le vice; ee combattait avec courage pour la défense de l'Eglise et de l'autorité du Saint-Siége. Sentinelle vigilante , elle s’appliquait à démasquer les nouvelles erreurs qui dés-lors pullulaient de toutes parts, et qui ne semblaient nées que pour renverser d’abord la Religion, puis, bientôt après, les trônes des rois, et enfin bouleverser tout ordre public, toute société. Elle travaillait à les détruire ou du moins à les comprimer, et employait contre elles la parole , la plume, les conseils, tous ses soins , tous ses efforts , tous ses travaux. Aussi jouissait-elle d'un grand crédit auprès des Pontifes romains et des Evèques ; des princes et des peuples. Elle était regardée comme le glorieux asile des sciences, de la vertu et de la piété, comme un auguste et vaste temple ‘‘2v6 à la gloire de Dieu pour le salut des âmes, et ouvert au monde entier. Qui eût pu s’imaginer alers que, par une révolution aussi complète qu’inattendue , on verrait cet édifice si beau , si admirable, dont l'utilité égalait la grandeur , et que ses vastes proportions semblaient devoir rendre immortel, frappé de mille coups redoublés , s'ébranler, fléchir et s'écrouler enfin ! Et cependant ce qui paraissait incroyable , Dieu l’a permis pour apprendre à tous que ni la réputation de science et de vertu, ni les succès brillants, ni ce qu’on appelle des actions immortelles, ni la faveur des puissants du siècle, qui en est la suite ordinaire, ne sauraient soutenir une institution humaine quelconque, si Dieu, Dieu lui-même, ne la soutient ; que c’est uniquement sur sa miséricorde et son assistance qu'il faut s'appuyer en tout temps. Dieu l’a permis pour nous apprendre, à nous surtout, à avoir de bas sentiments de nous-mêmes. Instruits que nous sommes par la Foi, et aussi par l'expérience, que Dieu et son Eglise n’ont pas plus besoin de notre secours que de celui d'aucun homme, et pour que nous ne cessions de dire avec le Psalmiste, YI. 16

tant pour chacun de nous que pour la Compagnie en général : « Conservez-moi, Seigneur, parce que j'ai espéré en vous, et en vous seul. J'ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu, vous n'avez pas besoin de mes biens. »

Après avoir déroulé le tableau de la chute de l'Ordre de Jésus, le Général appelait ses frères à l'humilité, et il leur disait : « Si nous devons reconnaître que Dieu s’est montré admirable en nos pères, qu’un jour aussi nos successeurs puissent se glorifier de la miséricorde dont il aura usé envers nous. Gardons-nous donc, mes révérends Pères et mes très-chers Frères, de nous élever jamais en nous-mêmes ; et, quand nous ferions de grandes choses qui nous donneraient quelque droit à l'estime publique, n'ambitionnons pas les premières places ou le titre de bienfaiteurs parmi les hommes. Pensons, au contraire, que ce sont les largesses des personnes pieuses qui soutiennent notre existence, et que cela seul est un bienfait de voir que les hommes ne dédaignent pas nos services : bienfait de la part de ceux qui recourent à notre ministère , bienfait surtout de la part de Dieu, dont nous sommes ou du moins dont nous devons être les instruments, et devant qui, alors même que nous aurons accompli tout ce qui nous était ordonné, nous ne sommes que des serviteurs inutiles. Quant à moi, je suis persuadé que, si nous sommes humbles, il n’est rien que nous ne puissions espérer de Dieu pour nous et pour la Compagnie ; mais qu'aussi, sans cette condition , il n’est rien que nous ne puissions et ne devions redouter, soit pour nous, soit pour la Compagnie tout entière, »

Ce fut ainsi que les Jésuites se préparèrent aux combats qui les attendaient à peu de mois d'intervalle. La ville de Vérone, secondant les intentions de Grasser, son Evèque, et celles des familles les plus illustres, ouvrait aux enfants de Loyola le Collège de Saint-Sébastien. De grands sacrifices avaient été nécessaires pour consiruire le nouvel édifice; les magistrats et les citoyens s'iraposérent volontairement. Les villes de Crémone , de Cividale del Friuli, de Plaisance et de Parme suivent cet exemple. Nicolas Mattei, archevêque de Camérino, le cardinal Ferretti, archevêque de Fermo, confient aux Jésuites l'éducation de la jeunesse de leurs diocèses. Le 2 avril 4842, l'empereur Ferdinand signe le

ésus,

« Si n nos er de À lonc, à élever | hoses ambiparmi es des e cela nt pas notre | SOM-— et deinous Quant

n’est our la rien ous ,

ui les 2, Se es fa ollége

aires oyens idale icolas êque se de me le

décret pour l'érection du Collège de Brescia. Les Jésuites se trouvent exposés à d'incessantes attaques ; on les accuse dans les pays monarchiques de détourner les sujets de l'obéissance due au Souverain!, ct dans les Républiques de se montrer les suppôts du despotisme. On a prétendu que le prince de Metternich les tient complétement éloignés du royaume Lombardo-Vénitien, parce qu'il redoute leur néfaste influence. Le chancelier germanique répond à ces bruits en laissant la Compagnie de Jésus pénétrer dans Venise. Elle a eu jadis de longues luttes à soutenir contre cette fière République ; le canon autrichien campe sur la place de Saint-Marc , et les Jésuites sont à ses portes. Le Patriarche et les autorités allemandes les accueillent avec le même respect que le peuple. Depuis Fra-Paolo Sarpi, il existait une sourde inimitié entre les Pères et les héritiers du Conseil des Dix. Cette inimitié disparaît, et le 31 juillet 1844, jour de la fête de saint Ignace, le Patriarche, le gouverneur, ia noblesse, le clergé et le peuple se réunissent pour rendre aux Pères de l'Institut l'église et la maison dont tant de lois les ont dépouillés.

Le calme succédait à la tempête , et, dans les cœurs vraiment catholiques, le changement, pour être compris, n’a pas besoin d'explication. Les Vénitiens reconnaissaient les erreurs de leurs ancêtres; ils les abjuraient pour que leurs enfants pussent jouir d’une éducation chrétienne. Dans la vieille cité des Doges, les choses se passaient ainsi en 1844; le 29 mars 1845, l'ile de Malte , devenue propriété britannique , fit entendre le même vœu à la Métropole. Ce vœu fut exaucé. Les Protestants anglais s’avouaient enfin qu'il importait même à leur pouvoir de ne plus soumettre l'éducation «le la jeunesse catholique au joug de l'Eglise anglicane. Hommes libres par excellence, ils voulurent laisser la liberté aux spoliés afin d’affermir plus complétement leur autorité. Malte sollicitait auprès de lord Stanley l'érection d’un Collége de la Société de Jésus. Ce Collége devait froisser tous les hommes qui font profession de n’appartenir à aucun culte : ils réclamèrent avec insistance, avec menaces. Le gouvernement de la Grande- Bretagne avait var expérience acquis la preuve que la persécution est toujours un. mauvais moyen de propagande, Il venait de sortir de cette voie périlleuse : il ne consentit pas à y rentrer pour plaire

à quelques réfugiés italiens et à de vieilles inimitiés luthériennes. Le cabinet de Saint-James avait promis ; lord Stanley, secrétaire d'Etat au département des Colonies, réalisa la promesse. Ce fut à cette occasion que les Maltais lui adressèrent la lettre de remerciments qu'on va lire ! :

« Ayant appris par une voie sûre que vous aviez bien voulu approuver l'érection dans notre ile d'un Collège dirigé par les Pères de la Compagnie de Jésus, nous, membres du Clergé, pères de famille et autres habitants de Malte, nous nous empressons de témoigner à Votre Seigneurie notre sincère gratitude pour une telle faveur. En nous acquittant de ce devoir, nous sorames heureux de penser que c'est à la bienveillance éclairée d'un ministre anglais que nous devons l'inappréciable avantage de pouvoir remettre aux mains des Pères de la Compagnie äe Jésus l'éducation de nos enfants, avantage dont l’expérience a fait apprécier les heureux résultats et à nos ancêtres et à nos parents eux-mêmes qui ont placé ces îles sous le gouvernement paternel de la Grande- Bretagne.

» Convaincus comme nous le sommes que la félicité des nations aussi bien que celle des individus dépend essentiellement d'une éducation fondée sur les principes de la Religion , nous avons vu avec bonheur les habitants de Malte faire éclater la plus vive satisfaction au moment où ils ont appris que Vutre Seigneurie, accédant à nos désirs , nous a procuré le bonheur de pouvoir confier notre jeune génération à des Pères qui nous inspirent une entière confiance par l'intégrité de leurs mœurs, leur savoir et leur zèle pour la Religion.

» Nous retirerons encore de cette mesure un autre avantage, celui de voir nos enfants, formés dès leur bas âge par ces maitres expérimentés, devenir, nous avons lieu de l’espérer, de plus en plus capables de suivre avéc succès les cours de l'Université, quand le temps en sera arrivé, et y recueillir aussi tous les fruits que ne manquent pas de produire les soins et les efforts des respectables professeurs de cette Compagnie...

1 Cette lettre, dont nous avons une copie certifiée, a été couverte en peu de jours d'environ quatre mille signatures, dont six cent soixante quinze sont données par le Clergé séculier et régulier, et les trois mille autres par les gentilshommes, les avocats, les médecins, les propriétaires, les négociants ct les magistrats du pays,

nes.

taire fut à ner-

1 ap- Pères es de ns de ‘une heunistre ir reation er les \èmes ande-

ations d'une ns vu e sa b, aConfier ntière r zèle

lage, maie plus ersité, fruits s res-

e jours s par le es, les pays,

» Nous ne voulons pas abuser plus longtemps de l'attention de Votre Seigneurie, dont les moments sont d'ailleurs si précieux, et nous finissons en déclarant que nous regardons cette bienveillante condescendance à nos désirs comme un nouveau lien qui unit les affections des Maltais au trône de la Grande-Bretagne ; or, comme nous sommes principalement redevables de cette signalée faveur à Votre Seigneurie, nous la supplions de nouveau de daigner en recevoir nos sincères et bien vifs remerciments. »

Ainsi que nous l'avons déjà dit, le roi Férdinand des Deux- Siciles avait, dès l'année 1804, rétabli la Compagnie de Jésus en deçà et au-delà du phare. Il décida que les biens non aliénés seraient immédiatement restitués aux Pères. Ils recouvrèrent donc à Palerme leur Maison-F'rofesse, e Collég: Massimo et leurs églises. Le roi avait pensé que les Jésuites :!laient contribuer à rendre les études plus florissantes dans ss Utats ; rien n'est etfectivement plus favorable au dé. !nppement des s::,nces et des lettres que l'émulation entre divers corps enseignants. On vit bientôt les Jésuites rivaliser avec l'Université et faire sortir l'éducation publique de la torpeur dans laquelle un monopole exclusif la faisait languir. Plusieurs Colléges furent fondés en Sicile; mais, quand les troubles de 1820 eurent mis le pouvoir aux mains des Carbonari, ce gouvernement révolutionnaire installa ses représentants dans la demeure même des Jésuites. Les Pères connaissaient l’esprit du peuple; ils savaient que tôt ou tard l'égoisme et l’avidité des démocrates amèneraient une réaction : ils cherchèrent à la rendre aussi peu sanglante que possible. Cette réactinr: »:riva; partout les maisons de l'Institut devinrent des lieux d'asile, où les vaincus de la journée se retirérent sous la protection des enfants de saint Ignace. Le rôle de médiateurs entre les divers partis exposait leur vie à des périls contiuuels ; ils les bravérent afin de calmer les passions. Ce dévouement provoqua dans les cœurs une reconnaissance que le temps n’a point affaiblie. Les Jésuites firent tourner ce sentiment à l'avantage de la Religion et des bonnes mœurs. Ils furent tout à la fois Missionnaires et Catéchistes; ils formèrent partout des Congrégations d'ouvriers, de nobles et de marchands; et, lorsqu'en 1831 la crainte du choléra agitait les esprits, Joseph Spe-

dalieri, Provincial de Sicile, mit à Ja disposition du vice-roi tous les Pères de la Compagnie. Par leurs prédications et leur charité, ils avaient conquis une influence si légitime que les magistrats les appelaient :ur tous les points où la révolte pouvait fermenter.

En 1837 le choléra envahit la Sicile ; ses ravages sont affreux, et la mort a quelque chose de si rapide que la malveillance s'empare de la terreur générale pour accréditer les bruits les plus sinistres. On ne préparait encore dans l’île qu'un mouvement politique; on accuse le roi et le gouvernement d'avoir empoisonné les fontaines. L'autorité veillait; elle n’a point d'intérêt à laisser égorger quelques victimes : ces bruits tombèrent devant la férmeté des magistrats et sous la patole des Jésuites. Les richés avaient choisi les Pères comme les aumôniers c'était par leurs mains que passaient les secouts : ce fut auprés d'eux qu'accoururent tous les désespoirs et toutes les misères. Les liens d'affection entre la Compagnie et les Palermitains venaient de se resserrer en face du fléau ; il en fut de même sur le littoral et dans l’intérieur de l'ile. Chaque cité voulut avoir sa maison de Jésuites : des fondations de toute nature, dués à la piété ou à la gratitude, consacrèrent cet enthousiasme que Naples partagea. Sous le règne du vieux Ferdinand, comme sous celui de son petit-fils, les enfants de saint Ignace purent croître en toute liberté. Le roi les estimait parce qu’il voulait rester juste; le peuple se prit à les aimer en les voyant toujours prêts à se jeter entre les douleurs des uns et les misères dés autres. Naples ne croyait plus à la possibilité de nouvelles révolutions. Son jeune Souverain lui garantissait un long avenir; le royaume se laissa être heureux ; ét les Jésuites ne cherchérent au pied du Vésuve qu'à développer le sentiment chrétien et l'amout des bellés-lettres.

Dans cette histoire des enfants de Loyola, que nous suivons audelà des mers et sur tous les continents, il y a un fait qui nous émeut profondément. C'est dé trouver ceux qui ont survécu à la dispersion de l'Ordre, aux révolutions, aux guérres et à l'exil, venant, tout dégagés qu'ils sont de leurs vœux, reprendre à la fin de leur carrière le joug qu'ils avaient imposé à leur jeunesse. Cette constance d'opinion, cette fixité d'idées que l'âge n’altère point, que le bien-être et la liberté n’ont pas affaiblie dans les

Page 1