‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 62 · roi tous r charité, magistrats ermenter · texte numérisé non relu

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Ferdinand VIT, longtemps captif, rentrait dans ses Etats. Il revoyait cette Espagne que les dissensions et les malheurs de la famille royale firent si héroïque. Les Espagnols ne cessaient de réclamer l'abolition des lois portées contre les «'ésuites : Ferdi-

nand se rendit au vœu de la Péninsule. Ce vœu lui était exprimé

par toutes les grandes villes du royaume, par tous les ordres de l'Etat et principalement par cette armée de volontaires qui, ressuscitant la Vendée dans la patrie de Pélage, avait combattu avec tant d'ardeur pour Dieu et le roi. Ferdinand comprit qu'il fallait accorder satisfaction à ces sublimes dévouements. Il s'adresse au Pape, il lui fait part de son dessein. Le 15 décembre 1814, Pie VII l'encourage et le félicite en ces termes :

« Nous nous sommes réjoui encore des biens immenses que l'Espagne retirera des prêtres réguliers de la Compagnie de Jésus ; car une longue expérience nous apprend que ce n’est pas seulement par la probité de leurs mœurs et par leur vie évangélique qu'ils répandent la bonne odeur de Jésus-Christ, mais encore par le zèle avec lequel ils travaillent au salut des âmes. Pour rendre leur ministère plus fructueux, unissant à la vie la plus pure une connaissance approfondie des sciences, ils s'appliquent à propager la Religion , à la défendre contre les efforts des méchants, à retirer les Chrétiens de la corruption , à enseigner les belles-lettres à la jeunesse et à la former à la piété chrétienne.

+ Aussi n’avons-nous aucun doute que le rappel dans vos Etats de ces Religieux, qui se livreront absolument aux devoirs qui leur sont imposés, n’y fasse refleurir l'amour de la Religion, le goût des borines études et la sainteté des mœurs du Christianisme, qui augmenteront de jour en jour.

» Ce n’est pas seulement vous, notre cher fils en Jésus-Christ, que nous félicitons de tous ces biexs, mais encore toute la nation espagnole. Cette nation , que nous chérissons en Notre-Seigneur d’un amour particulier, à cause de son constant attachement à la religion chrétienne et des preuves de fidélité qu'elle nous a données ainsi qu’au Siége apostolique, sera une des premières à ressentir les heureux effets qui résulteront de l'établissement de cette illustre Société, et que nous nous sommes efforcé de procurer à tous les Fidèles de Jésus-Christ. »

Les maux dont le comte d’Aranda et Florida-Blanca avaient accablé l'Institut des Jésuites étaient réparés par le petit-fils même de Charles III. Dans son décret du 15 mai 1815, Ferdinand VIE, faisant allusion aux actes de 1767 et aux pritres de ses sujets, s'exprimait en ces termes : « Les vœux de tant de notables personnes , qui m'ont donné les preuves les plus signalées de leur loyauté, de leuramour pour la patrie et de l’intérèêt qu'elles n'ont cessé de prendre à la félicité temporelle et spirituelle de mes sujets, m'ont déterminé à un examen plus approfondi des imputations faites à la Compagnie de Jésus. J'ai reconnu que sa perte avait été tramée par la jalousie de ses plus implacables ennemis, qui sont également ceux de la sainte Religion, base essentielle de la monarchie espagnole. » Ce décret frappait de nullité les jugements et édits rendus sous Charles IIT. Une Junte royale, indépendante des autres ministères , est créée pour régler tout ce qui concerne le rétablissement de l'Ordre. L’Evèque de Teruel la préside. Il faut rassembler les Jésuites dispersés depuis quarantehuit ans. Emmanuel de Zuñiga, Provincial de Sicile, accepte le titre de Commissaire Général : il arrive à Madrid avec les Pères Juan d'Ossuna et Joseph de Silva. Il y est reçu aux acclamations du peuple. Les autres Instituts religieux, Franciscains et Dominicains en tête, leur ouvrent processionnellement les portes de la capitale. De Zuñiga invite les anciens Jésuites à rentrer dans la

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Compagnie et à consacrer à leur mère ce qui leur reste de forces. Cent quinze vieillards, presque tous octogénaires, traversent la Méditerranée, et regagnent leur première patrie avec un cœur qui ne reculera devant aucun sacrifice. Parmi ces Jésuites, que l'exil en Italie n’a jamais distraits de leurs soins apostoliques et de leurs travaux littéraires , on remarque Castañiza, Canton, Arévalo, François Masdeu, Pratz, Roca, Ruiz, Soldevila, Goya, Soler‘, Serrano, Cordon, Montero, Ochoa, Lacarrera, Villavicencio, Aleman, Ugarte, Muñoz, Alarcon, Las Fuentes et Araoz,

Des décrets spéciaux restituaient à la Compagnie les biens non vendus , ayant jadis été sa propriété. Le 29 mars 1816, la Junte, à laquelle s’est adjoint le duc de l'Infantado, cor ni* solennelle ment le Père de Zuñiga au Collége Impérial ; elle >: + remet les clefs. Le soir même, le Père Parada fait ouvrir } cours. Cinquante-six villes sont en instance pour obtenir des Jésuites; les Evêques, les Chapitres, les autres Ordres religieux et les Municipalités en sollicitent. au nom des protinces. Cet élan universel détermine le Commissaire-Général à ne plus différer l'érection d'un Noviciat. On voit déjà les enfants de saint Ignace à Murcie, à Trigueros, à Tortose, à Villa-Garcia ; leur arrivée dans la Navarre et dans le Guipuscoa est une fête nationale. Lazaga, Fvêque de Pampelune, leur offre l'hospitalité dans son palais ; les Pères Arévalo, Sorarrain et Oyarzabal vont prendre possession du célèbre Collége de Loyola qui entoure le château où naquit saint Ignace. Ils ne peuvent se soustraire à l'accueil triomphal que leur préparent les montagnards et les habitants de ces vallées, au fond desquelles retentit le cri de guerre de l'insurrection monarchique. Le Collége n'a pas encore de revenus fixes; le peuple y supplée. Dans la Catalogne, à Manrèse surtout, le même enthousiasme se produit.

Le 20 juillet 1816, quatre vieillards, dont le moins âgé a suixante-douze ans, se partagent à Valence les classes et la garde des élèves , d’autres se dirigent sur Palma et sur Grao. La ville d'Oñate a des souvenirs d'Ignace et de François de Borgia; elle

* Ces Jésuites espagnols avaient formé des élèves dont les noms seuls sont un titre

le gloire, Le Père Soler comptait parmi les siens le cardinal Angelo Mai, le Théatin

Ventura, et Lojacono, Général du mème Ordre,

les invoque , afin de posséder dans ses murs des héritiers de leurs vertus. L’Aragon et l'Andalousie leur facilitent des voies de retour. Le Père de Zuñiga s'aperçoit que de nouvelles inaisons de Noviciat sont indispensables pour répondre à tous les besoins : ilen fonde deux autres à Loyola et à Séville. En 1819, Manrése et Villa-Garcia jouissent du même avantage, Cadix faisait valoir ses titres auprès des Jésuites : au mois de novembre 1818, le Père Antoine de Herrera y conduit sept Pères de la Compagnie; six mois après, le Collége voyait huit cent soixante écoliers s'asseoir sur ses bancs. Un an ne s’est pas encore écoulé que la fièvre jaune sévit dans cette cité. Herrera, quoique octogénaire, se dévoue au service des malades. Atteint par le fléau, il meurt en léguant à la Compagnie l'exemple du martyre de la charité; il ne tarda pas à trouver des imitateurs. Les Pères André Morel ct Philippe Zepeda expirent à la fleur de l'âge au milieu des moribonds, dont ils adoucissent les dernières souffrances.

La province d'Espagne renfermait déjà trois cent quatre-vingtdix-sept Jésuites. Des progrès aussi rapides faisaient concevoir à l'Institut les plus belles espérances, lorsque, vers la tin de février 1820, se manifestérent des symptômes de révolution. Le 11 mars, jour même de l’agonie du Père de Zuñiga, qui a tant contribué au rétablissement de la Société en Espagne, l'émeute gronde autour du Cnllège de Saint-Isidore. Elle vient de proclamer ia Constitution de 1812 ; elle l’intronise à Madrid par le blasphème et par la menace. Là, comme partout, les Jésuites furent les premières victimes jetées aux aveuglements démagogiques. L’insurrection devait triompher, car le roi n’avait pas assez de cœur pour la regarder en face. Le Père Cordon, nommé Vice-Provin-

<ial après la mort d'Emmanuel de Zuñiga, comprend que la tempète sera affreuse ; 1l voit que l'agitation des esprits et la lâcheté du monarque en attireront d'autres sur la Péninsule ; il s'y prépare par la prière. Les Révolutionnaires espagnols ne cachaient pas leur intention de spolier le Clergé, d'arracher de l'âme des masses le principe catholique que les siècles y'ont si fortement enraciné ; mais pour consommer plus sûrement leur œuvre, ils couvraient le Clergé séculier d'un respect es et ils ne s'attaquaient qu'aux Jésuites.

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JL n'y avait plus de Pyrénées entre la France libérale et l'Espagne constitutionnelle. Dans les deux pays on marchait à l'assaut de l'Eglise et de la royauté au cri de : Mort aux Jésuites! Ferdinand eut néanmoins l'intelligence de sa positiun, il essaya de défendre son trône et la Compagnie ; néanmoins il cède bientôt aux menaces dont il ose se laisser accabler. Il interdit aux enfants de Loyola d'admettre des Novices dans leurs Maisons, et il abandonne aux Cortès futures à décider du sort même de l'Institut. Le 31 juillet 1820, le ministère propose une loi portant suppression de la Compagnie ; le 44 août, le projet fut accepté. Dans cette enceinte où ne retentissaient que des voix ennemies, un seul orateur, le comte de Maule, eut le courage de servir d'interprète aux vrais besoins et aux vœux de l'Espagne. Il parla de liberté à des hommes qui se prétendaient libéraux, et il ne fut pas écouté. Les Cortès prononcèrent l'abolition de l'Ordre de Jésus. Ces députés s'arrogeaient le droit d'initiative royale et de suprématie ecclésiastique ; cependant, afin de conserver aux ÿeux du public une apparence de justice, ils accordèrent une pension de trois cent quatre-vingt-quinée francs à chaque Père engagé par les vœux du sacerdoce. La pension alimentaire fut une de ces promesses que les révolutions ne tiennent jamais.

Les Jésuites étaient encore une fois dispersés : leur vie ne devait être qu'un combat; ils acceptent le combat sous quelque forme qu'il se présente. En 1821, la peste ravage la ville de Tortose; un jeune scolastique, Ferdinand Quéralt, et deux Coadjuteurs, François Jordan et Raymond Ruiz, accourent pour servir les pestiférés. Le danger était imminent ; les autorités constitutionnelles s'empressent de mettre un pareil zèle à l'épreuve. On les place au poste le plus périlleux, ils y restent. On leur confie le soin des orphelins, ils deviennent des mères pour tous ces pauvres enfants. Le dévouement des trois Jésuites excitait l'admiration publique. Le fléau commençant à disparaître, on sentit que ce dévouement, salué par la reconnaissance des familles, serait un reproche adressé aux frayeurs administratives : les trois Jésuites sont jetés dans les fers. Cette ingratitude irrite le peuple; la prison se change en un lointain exil. Le 17 novembre 1822, le Père Jean Urigoitia fait partie d'un convoi de

vingt-cinq Prêtres ou Religieux, que l’on dirige sur Barcelone. Ces captifs sont soupçonnés de ne point aimer la Constitution de 1812; à six milles de Manrèse, les soldats les massacrent pour leur prouver qu'elle est humuine. Ce ne sera pas la dernière fois que le sang d'un Jesuite coniærx sous le fer d:s Révolutionnaires de la Péninsule. Ils avaient bier! pu éorger c'e, prêtres sans défense ; ils ne surent pas se battre, lorsque les l'rançais, commandés par le duc d'Angoulême, vinrent délivrer l'Espagne de cette honteuse tyrannie. Elle avait supprimé la Société de Jésus ; trois années aprés, les Jésuites rentraïent ‘lans leur droit et dans leurs maisons dévastées.

Ces intermittences de bien et d: "nal, de vie et de mort portaient un grave préjudice à l'éducation; l'armée surtout avait besoin d'une organisation aussi forte que sage. Ferdinand VII, arraché de sa prison, redoutait de se voir de nouveau exposé aux trahisons que ses coupables faiblesses et son ingratitude avaient encouragées. On lui persuada qu'il fallait reprendre l’édifice par la base et former une nouvelle génération d'officiers qui, par leur aptitude militaire et leur dévouement monarchique, ne compromettraient pas à chaque instant l'obéissance du soldat et l'avenir du royaume. En 1825, on créa donc à Ségovie un Collége général militaire, où l’on se proposa d'élever les jeunes gens destinés à l’infanterie, à la cavalerie, à l'artillerie et au génie. Cette pensée était féconde : pour la développer, on chargea deux Jésuites, les Pères Gil et Sauri, d'enseigner aux élèves les principes de foi religieuse , de fidélité politique, d’histoire, de belles-lettres et de géographie. Au commencement de 4827, la même idée présida à l'établissement du Collége des Nobles, dont les Jésuites acceptérent encore la direction. Il prospéra avec tant de rapidité que, peu de mois après, les enfants des plus grandes familles s’y réunirent. La mort de Ferdinand VII interrompit toutes ces œuvres, dont le succès ne faisait plus doute pour personne. Cette mort laissait la Péninsule en proie aux factions ; elle avivait une plaie que le temps n’a pas encore cicatrisée. Le testament du roi donnait la couronne à un enfant, et la régence à Marie-Christine, mère de la jeune Isabelle. Don Carlos, déjà exilé, se:voyait exclu du trône. De nouvelles

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calamités allaient fondre sur ce pays; les royalistes espagnols crurent les conjurer en courant aux armes pour défendre la loi salique, qu’à leurs yeux Ferdinand , à son lit d'agonie , n'avait pas eu le droit d’anéantir. La guerre civile éclata; elle fut longue et sanglante, Les Jésuites n'étaient ruint forcés d'y prendre part ; ils se renfermèrent dans les soins de leurs divers ministères; ils instruisirent la jeunesse ; ils furent prêtres lorsqu'on les appelait à se transformer en hommes de parti; et ils restèrent étrangers à tout acte ou manifestation politique. Par l'état même des choses, la reine-mère était obligée de se précipiter dans les bras des ennemis de sa famille et de son époux. L'ambition du pouvoir l'avait faite leur auxiliaire , leur drapeau et leur servante; elle se prêta à ce triple rôle; elle subit les exigences que l'émeute lui imposa. Christine vit couler le sang autour d'elle; elle fut tour à tour l’idole et la victime des insurrections. Mais, dans cette période de désastres religieux et d'affaissement monarchique , ce fut surtout à la Compagnie de Jésus que s’adressèrent les coups portés par les prôneurs de la Constitution de 1812.

Les Jésuites étaient l'avant-garde du Saint-Siége : il fallait les détruire afin d'amoindrir le Clergé et de s'emparer de son patrimoine par la violence législative. Un plan aussi cruel qu’habile fut dressé dans ce sens. La liberté de la presse inaugura sa puissance en s’improvisant l'écho des outrages contre l’Institut; elle dénonça quelques Pères, elle en accusa d'autres. Isabelle était le principe jeté en avant par les ennemis de la Religion et de la royauté; on représenta les Jésuites comme les adversaires nés du trône constitutionnel. La Franc-Maconnerie mourait en France sous le ridicule, de même que les Templiers, les sectateurs de Châtel et les Saint-Simoniens; en Espagne, elle eut une action puissante. Elle organis? des loges qui devinrent des clubs, et dans ces clubs certaines sociétés secrètes décrétérent la ruine de toutes les associations religieuses. On médita, on résolut le massacre des Réguliers. Un prétexte était nécessaire, le choléra l’offrit. Aux premiers symptômes de l’épidémie, la reine Christine et les plus chauds amis du peuple l'abandonnèrent à ses frayeurs. On fit circuler dans les masses que l’eau des fontaines était empoisonnée, et que les moines

et les Carlistes avaient seuls pu commettre un pareil attentat. Des enfants sont arrêtés sur la voie publique. Ils jouaient avec des poisons actifs, et en plein jour ils les semaient au milieu de la rue afin d'attirer les regards de la foule. La police leur demande qui leur a inspiré cet atroce passe-temps , ils répondent à haute voix : « Ce sont les Jésuites. »

Ce prologue d'un horrible drame n'était déroulé que pour exaspérer la multitude‘. Qn la croyait découragée, on espéra la disposer à suivre l'impulsion de colère qui lui serait donnée comme un mot d'ordre. Dans la journée et dans la nuit du 46 juillet 4834, les bruits les plus sinistres circulérent à Madrid ; l’arsenie, tombé en paquets des mains de quelques enfants, était retiré des fontaines et exposé sous les yeux du peuple. Le nom des Jésuites se mêlait à tout ce complot, il en faisait la base; leur mort devait lui servir de dénoûment. On avait attisé le feu de la sédition, il éclatait. L'autorité elle-même se fit un jeu de le diriger sur les Pères. Le 17 juillet, à trois heures de l'après-midi, la foule, enivrée de terreur, marchait avec la garde nationale an cri de Poison! poison! Mort aux Jésuites ! et Vive la République! Afin de stimuler les cruels appétits de cette tourbe, on lui a déjà donné quelques citoyens inoffensifs à dévorer. Ce sang lui monte à la tête ; le peuple a le vertige, c'est le moment de le lancer sur le Collége Impériai. Les portes viennent d'en être fermées par ordre du supérieur. Elles sont ébranlées sous les hurlements, elles tombent sous les haches. À ce premier moment, l'effroi s'empara de quelques Jésuites , ils cherchérent à mettre leur vie à l'abri d'une sauvage agression. Mais la plupart s’assemblent dans la chapelle domestique. Là, ils se fortifient mutuellement, et, en priant les uns pour les autres, ils se résignent

® Quand le but que la Révolution se proposait fut atteint, elle flétrit les manœuvres qu’elle-même avait mises en jeu, et le 48 juillet le gouvernement espaguol , toujours à Saint-ldefonse, adressa à l'Europe cette dépêche télégraphique : « Le choléra ayant éclaté avec une extrême violence le 46, Ja population s’est persuadée que les fontaines publiques avaient été empoisonnées ci a imputé aux moines ce crime imaginaire. »

Le 49 juillet, M. Martinez de la Rosa, ministre des affaires étrangères, écrivait encore de Saint-Ildefonse aux autorités pour leur affirmer « que la tranquillité s'était rétablie d’une manière inallérable, qui ne donne plus le moindre symptôme d'inquiétude, et qui ne montre plus dans les esprits que le vif désir de voir un chàtiment exemplaire tomber sur les auteurs de ces atrocités, »

au trépas que tant de clameurs leur annoncent. Les Descamisados se ruaient pour égorger les Jésuites, ils criaient : Vive la liberté ! Mort aux Moines eb aux Prêtres! On suppose le peupla assez exalté pour se livrer à de plus horribles blasphèmes ; on veut le forcer à répéter ceux que dictent la Frinc-Maçonnerie et les Clubs, il faut jurer mort à la Religion , mort à Dieu, et fondre sur l'ennemi qu'on lui désigne en proférant la malédiction de : Vive l'Enfer! la populace recule indignée. On tâche de l’entrainer à tout prix; on la corrompera plus tard jusqu'à la moelle. En attendant, il s’agit de lui faire goûter du sang de Jésuite: Le Séminaire * est envahi. L'Eglise du Collége se voit le théâtre de sacriléges dévastations. Pour enflammer l'ardeur des tièdes, quelques coups d'arquebuse se font entendre, Ce sont, vociférérent les meneurs, des Jésuites qui tirent sur le peuple. » À ce mot, prononcé après tant d'excitations, la fureur ne connaît plus de bornes,

Au Séminaire, les élèves avaient été réunis dans la sallé communv; rangés autour du Père Edouard de Carassa, ils priaient ou pleuraient. A la vue des baïonnettes, un cri de détresse se fait entendre. Ces enfants se croient menacés; un des gardes nationaux les prend sous sa protection, il déclare que le massacre ne commencera que lorsqu'ils seront tous en sûreté, Cette parole d'humanité, arrachée sans doute à un cœur de père au milieu même de l’orgie à laquelle il prenait part, ne suspend qu'à moitié les vengeances nationales. Le Coadjuteur Jean Ruedas tombe le premier criblé de coups. Le sous-diacre Dominique Barrau expire auprés des enfants dont il est le préfet; Martin Buxons périt au même instant, ainsi que Garnier, Sancho, Casto Fernandez, Juan Urreta et Firmin Barba. Le Père Joseph Fernandez a d'autres outrages à subir avant l'assassinat, les Descamisados lui coupent une joue et une oreille, puis ils le traînent par les rues en le couvrant à chaque pas d'insultes et de blessures. Le Père Celedonio Unanue est destiné au même sort. Frappé d’un coup de baïonnette dans la région du cœur, il va tomber comme les autres; la pitié d’un soldat l’arrache à ses bourreaux. François

4 Pensionnat uni au Collége Impérial,

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