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tel ascendant que les Brahmes, les Schismatiques et les Mahométans se coalisérent contre elle. Trois enfants de saint Ignace, Moré, Erwin et Weld, pouvaient alors faire front aux attaques. On les aimait pour leur caractère plein d'aménité ; leurs talents les faisaient admirer, leur inépuisable charité contraignait à l’estime. Tous trois moururent coup sur coup, emportés par ce dévorant climat.
La perte de ces Missionnaires de l'éducation affaiblissait le crédit des Jésuites. Celle de Weld, l'ami des princes Hindoux, releva l’audace des ennemis de l’Institut. Ils n’attendaient qu’un prétexte pour éclater; un léger oubli des coutumes indiennes le
fournit. A l'exemple des Anglais, les Jésuites se faisaient servir
par des domestique tirés d’une caste inférieure. [ls ne s’assujettissaient pas en cela à la loi qui pesait sur leurs élèves. Cette faute devint un crime. En Europe, on reprochait aux Pères d’être esclaves des usages de l’Indoustan jusqu'au point de compromettre la pureté de la Foi; à l'heure où ce vieux grief se réveillait à Rome et à Paris, une infraction aux mêmes usages détruisait à Calcutta la popularité des Jésuites. Babou-Moussi et les princes cèdent au cri de réprobation que les sectes rivales ont poussé. Le Séal-Collége est retiré à la Société, et, comme auparavant, elle continue dans celui de Saint-François-Xavier l'œuvre entreprise. Elle propage les Missions , elle fortifie les Chrétientés, elle se fait toute à tous pour répandre dans les masses le germe des vertus.
On a souvent accusé les Jésuites modernes de ne plus marcher sur les traces de leurs anciens et de renoncer presque au but principal de l’Institut, qui serait la conversion des Infidèles !, On a prétendu que la Société n'acceptait qu'à son corps défendant l’apostolat dans les contrées transa. antiques , parce qu'elle préférait guerroyer en Europe et s’y établir sur des bases indestructibles. Les chiffres et les faits sont en contradiction avec ces hypothèses. D'après les catalogues de 1845, l'Ordre ne compte que chi mille Jésuites, et cinq cent dix-huit sont employés aux Mis-
1 Les Miss 4. ‘trangères ne sont pas ie principal but de la Compagnie. Elle en a trois: rameue. ‘vs hérétiques au sein de l'Unité, porter l'Evangile aux nations ido-
lâtres et entretenir les Catholiques dans la Foi et daus la pratique des vertus chrétieunes,
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sions {. C'est le dixième, la même proportion qui se trouve depuis l'origine de l'Institut. Mais, comme pour réfuter d'avance ces imputations , le Général et les Provinciaux de la Compagnie ne cessent de stimuler le zèle des jeunes gens. Dans son éncyclique du 5 décembre 1833 sur les Missions d’au-delà des mers, le Père Roothaan s'exprime ainsi :
« Quels doivent être mes sentiments, mes révérends Pêres, et en même temps quels doivent être les vôtres en présence de tant de besoins et de tant de demandes auxquelles le petit nombre d'ouvriers nous met dans l'impossibilité de répondre !
» Pour remplir le devoir de ma charge, d’abord je vous invite et vous exhorte tous de la manière la plus pressante à ne rien omettre pour ressusciter en vous l’esprit de votre vocation. Que ceux ensuite en qui le Ciel fera naître le désir de cet apostolat le regardent comme une grâce insigne , lui ouvrent leur âme tout entière, et l'entretiennent avec soin; qu'ils s'offrent souvent à Dieu pour que sa sainte volonté leur en accorde un jour l’accomplissement, et qu'après en avoir conféré avec le guide de leur conscience, ils ne manquent pas , soit par eux-mêmes, soit par leur Provincial, de nous faire passer leurs noms pour être inscrits au nombre des aspirants à un si glorieux ministère.
» Les Provinciaux ne doivent pas regarder les sacrifices qui en résulteront comme de véritables pertes : ces paroles de l’Evangile : Donnez, et on vous donnera, trouvent ici leur application. Il n'est pas nécessaire d'attendre qu'une Province soit assez fournie de sujets pour pouvoir donner aux Missions quelque chose de son abondance, et pour ainsi dire de son superflu. Jésus-Christ voulant que chacun se plaise à donner même de sa pauvreté, et se tienne assuré que ce qu’il aura donné ainsi lui sera rendu avec usure par la bonté divine, il dit : Donnez et on vous donnera; date et dabitur vobis. Ainsi, devons-nous être persuadés que plus une Province se montrera libérale en ce qui tient à cette
‘ Le tableau de loutes les années pr cédentes suit la mème progression, Plus le nombre des disciples de lPinstitut augmente, plus la Société fait passer de Missionnaires au-delà des imers, En 4845, leur nombre s'élève à 518 ; en 4844, il n’est que de 471 ;.en 1843, de 390; en 1842, de 375; en 1841, de 333. Le chiffre se balance ainsi sur chaque catalogue du Gesü, depuis le rétablissement comme avant la suppression de la Compugnies
œuvre, plus elle donnera de bon cœur à Dieu et aux Missions ses meilleurs et ses plus utiles sujets, plus aussi la bonté divine aura soin de l’enrichir de nouvelles recrues et de sujets non moins précieux. »
Onze ans plus tard, le 14 juin 1844, le Père Louis Maillard, Provincial de Lyon, indique aux Jésuites de nouvelles terres. L'ile de Madagascar implore des prêtres français. Elle a été longtemps le tombeau des Européens ; son climat meurtrier a dévoré les Lazaristes que saint Vincent de Paul y envoya et les diverses générations d'émigrants que la cupidité pousse vers ces côtes. Mais, en échange de tant de périls avoués, il y a plusieurs nations idolâtres qui, à l'exemple des Malgaches, aspirent au Christianisme. M. Dalmont, préfet apostolique de cette île, fait appel aux Pères de l’Institut, Maillard y répond : « Si, dit-il dans la lettre qu'il adresse à chaque Jésuite, si le zèle n’était pas cette flamme sacrée qui ne cesse de brûler sur la terre comme elle brûle dans les cieux; si les œuvres apostoliques, et leur multitude, et leur variété, au lieu de l’affaiblir, ne servaient pas au contraire à l'accroître et à l’alimenter, oserais-je aujourd'hui présenter à notre petite province la grande et belle mission qui est proposée à son inépuisable générosité? Aprés les admirables efforts et les sacrifices inouïs que nous coûte déjà l’entreprise immense et du Maduré, et de l'Algérie, et de la Syrie, pourrais-je bien, sans crainte de lasser une constance même infatigable, parler encore et de nouvelles conquêtes à faire et de terres inconnues à cultiver? Oui, mon révérend Père, je puis et je duis hardiment en parler aujourd'hui, et je suis assuré de trouver de l'écho dans les cœurs dévoués de nos dignes Pères et une sympathie toute divine dans l'âme de nos jeunes amis. N’entendons-nous pas d’ailleurs une voix chérie et vénérée, la voix de notre Père commun qui nous crie à tous de la part de Dieu : Vous avez, il est vrai, élargi vos entrailles; vous avez dilaté, agrandi votre tente; et pourtant vos entrailles ne sont pas encore assez dilatées, et votre tente n’est pas assez élargie. Portez, portez donc plus loin vos limites. Avancez, avancez toujours. Dilata locum lentorit tui, et pelles tabernaculorum cexlende. Voyez à votre droite ces peuples qui vous tendent les bras, je vous les aban-
lons ses ne aura moins
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é longdévoré iverses côtes.
rs na- Chrisappel ans la s cette je elle ultias au 1 préui est es ef- > imais-je pariCOnardi- ‘écho athie nous Père ez, il otre dilalonc cum otre Jan=
donne; ils sont à vous. Et à votre gauche voyez ces autres peuples qui implorent votre compatissant secours, ils sont également à vous. Mais voici au-delà des mers, des terres inconnues, des contrées assises à l'ombre de la mort, un peuple nombreux qui n'a pas encore entendu la bonne nouvelle. Eh bien! je le réserve aussi à votre vigoureuse jeunesse, il est votre domaine et votre héritage. Vous pénétrerez dans ses solitudes, et sous vos pieds fleurira un nouveau désert, et à votre voix s’éléveront les murs d’un sanctuaire chrétien, et resplendira de beauté et de pureté une Jérusalem nouvelle, «d dexteram enim et ad lævam penetrabis, et semen tuum gentes hæreditabit, ct civitates deserlas inhabitabit. +
» Et quelle est ici pour nous la terre inconnue qui s'ouvre devant notre zèle, et le peuple nouveau qui va nous être confié? Cette terre, ce peuple, c'est Madagascar, contrée dont vous connaissez sans doute l'immense étendue, et qui semble d'autant plus admirablement placée sous la main de notre chère province, qu'elle occupe la route même que doivent souvent parcourir nos ouvriers et amis de la Chine et du Maduré. »
Ainsi, à toutes les époques et en face de tous les besoins, l'Institut s'empresse de réchauffer le zèle pour l’œuvre évangélique. Il accepte les Missions que le Saint-Siége lui impose; les plus difficiles ou les plus dangereuses sont celles qui provoquent les plus saintes concurrences. Madagascar a ses Missionnaires; ke Chili, Buenos-Ayres, le Brésil, la Nouvelle-Grenade, la Chine et le Maduré posséderont les leurs comme les Etats-Unis, le Canada, les Montagnes-Rocheuses et la Syrie.
Après s'être soustraites par la force à l'autorité de la métropole, lés colonies espagnoles et portugaises essayérent de se former et Etats indépendants. Elles étaient libres; elles se firent démocrates. À peine ces Républiques furent-elles constituées, qu’elles songérent à perpétuer dans le cœur des générations futures la Foi et l'enseignement chrétien. C'était la condition de leur existence ; elles la comprirent. Devenus hommes par le Christianisme, ces peuples, dont l'histoire ne faisait que de commencer, n'avaient point oublié, dans les guerres de fédération et d'indépendance, les Missionnaires qui jadis se dévouérent à leur
émancipation intellectuelle et à leur bonheur. Les Jésuites avaient réuni toutes ces tribus éparses ; ils leur avaient appris les félicités de la famille, l'amour de la patrie et du travail. Dans l'Amérique méridionale, il n’y eut qu’un cri pour réclamer le concours des Péres. Le 26 août 1836, Rosas, cédant au vœu de la République argentine, accueillait à Buenos-Ayres les Pères Berdugo, Majesté, Coris, Gonzalès et Macarron. Son décret était ainsi conçu : « Etant venus d'Europe à cette capitale, six Religieux de la Compagnie de Jésus, qui ont été reçus par le gouvernement d'une manière toute particulière au grand applaudissement des habitants de ce pays catholique, et ces Pères ayant témoigné le désir de se rendre utiles à cptte province par l'exercice des fonctions de leur Institut jugées les plus nécessaires à son bonheur ; le gouvernement, considérant que l'occasion est arrivée de rétablir ladite Compagnie, si vénérée parmi nous pär les services immenses qu’elle rendit autrefois à la Religion et à l’Etat dans toutes les contrées qui forment aujourd’hui la République argentine, a accordé et décrète que les Jésuites seront placés dans leur ancien Collége. Ils ÿ vivront en communauté, conformément à Jeurs règles ; ils y recevront tous les autres individus de la Compagnie qui viendront d'Europe, et ils y ouvriront les classes que le gouvernement voudra leur indiquer. »
Le peuple réclamait les Jésuites; le Dictateur Rosas cède à ce vœu. Il avait espéré trouver dans les enfants de saint Ignace un nouvel instrument de règne ; il les laisse s'établir, se développer, et prendre sur les masses l'influence morale nécessaire à ses projets. Quand il les voit en possession de l'estime publique, Rosas tente de les faire les complices de sa marche tortueuse. Au milieu des querelles intestines qui éclataient chaque jour, le Dictateur invite les Jésuites à se prononcer en faveur de son despotisme. Les Jésuites ne se déguisèrent pas que l’avenir de leur Mission était menacé ; ils s’etforcèrent de faire renaître la paix dans les esprits divisés ; ils parlèrent de concorde et de pardon des injures à ces cœurs ulcérés. Le rôle de modérateurs qu'ils avaient adopté n’entrait pas dans les vues de Rosas : il leur fit connaître son mécontentement; ce méconten-
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tement ne modifia en rien la conduite des disciples de l'Institnt. Ils étaient accourus dans la République argentine pour maintenir la Foi au cœur des populations, instruire la jeunesse et propager le Christianisme pari les tribus non civilisées. La politique ne devait jamais les préoccuper : ils restèrent dans les termes de leurs Constitutions. Rosas s’aperçut qu'il ne pourrait rien obtenir de leur condescendance ou de leur ambition. Il les avait comblés de faveurs dans l'espoir qu'ils seraient ses auxiliaires, et il ne rencontrait chez eux que de silencieux improbateurs. Les Jésuites refusaient de bénir le Ciel de ses meurtres ct de placer son portrait sur le maître autel : Rosas organise la persécution pour les obliger à le servir. Le Père Berdugo se réfugie chez un Protestant; puis, afin d'échapper à la mort, il demande asile au brick l’Alcyon, où il fut reçu par l'équipage français avec tous les égards dus au sacerdoce. Cet état de choses dura jusqu’au mois de mars 1843. Les Pères avaient passivement résisté à toutes les iniquités de détail qu’une tyrannie ombragense peut inventer; à cette époque, Rosas s’imagine qu’en fulminant un édit de suppression de la Compagnie, il va dompter leur patience. L’édit paraît ; il enjoint aux Jésuites de sortir de Buenos- Ayres sous huit jours ou de se séculariser. Les Jésuites partirent ; ils étaient au nombre de quarante; ils se dispersérent dans le Brésil et dans le Chili; quelques-uns se dirigèrent sur Montévidéo et sur Cordoue du Tucuman, où les héritiers des N‘ophytes du Paraguay leur tendaient les bras. Les Pères Martos et Sato s’enfoncent dans la province de Rio-Grande du sud; Vilà, Lopez et Cabeza, dans celle de Sainte-Catherine. Au milieu de fatigues et de périls incessants, ils poursuivent leur apostolat. Rosas n'a pu faire sortir les Missionnaires des limites tracées à leur charité. Les plus riches négociants de Catamarca s’adressent à Santos de Nieva, chef militaire de la province, et ils demandent des Pères. L'assemblée provinciale fait entendre le même vœu ; elle déclare, le 13 août 1844, que : « Convaincue de l'utilité de l'Ordre de Jésus dans les rapports ecclésiastiques,
- civils, religieux et sociaux, elle le rétablit à dater de ce jour. »
Le 28 avril 1842, la République de la Nouvelle-Grenade, de concert avec l’archevèque de Sauta-Fé- de-Bogota, 2vait pris
l'initiative. Elle rappelait les Jésuites dans son sein; elle accueillait avec une filiale allégresse les maîtres qui venaient achever l'œuvre de leur émancipation chrétienne; elle leur confiait le soin d'élever la jeunesse et de propager dans toutes les classes
l'amour des lois et de la science. Ainsi, sur tous les continents ‘
où le nom des Jésuites avait autrefois retenti comme le précurseur de la civilisation, les peuples se liguaient dans un sentiment de pieuse reconnaissance pour en obtenir encore. Îls s'adressaient au Saint Siêge et au Général de la Compagnie. Leurs représentants dans les assemblées législatives régularisaient ce vœu des masses, et partout les Evêques s’y associaient. Les deux Amériques avaient imprimé l'élan; la Chine catholique ne sut pas y résister plus longtemps. Bési, administrateur de Nankin et Vicaire apostolique du Chang-Tong, sollicite à Rome des Missionnaires de l'Ordre de Jésus. Le 27 avril 1841, les Pères Gotteland, Brueyre et Estève ! s’embarquent à Brest sur la frégate l'Erigone. Le gouvernement français a compris que, comme les anciens Bourbon, il doit faciliter ces dévouements qui tournent au profit du Christianisme et de la société européenne. Il prend à sa charge les frais de traverversée, et, au commencement de novembre, l'£’rigone dépose les trois Jésuites à Macao.
Depuis l'extinction de la Compagnie, ce sont les premiers Pères qui entrent dans le céleste-empire; ils prêtent le serment relatif aux cérémonies chinoises, et que la bulle de Benoit XIV Ex quo singuluri a exigé. Cette formalité accomplie, ils s’introduisent dans le Chang-Tong. C’est à Chang-Hay que Ricci, l'Apôtre de la Chine, a débuté dans sa mission. Là vivent encore en fervents catéchumènes les descendants de Paul Sin, son plus illustre disciple; c’est là que les Jésuites se décident à faire entendre la parole de Dieu. Leur souvenir était vivant au cœur des Néophytes ; les Missionnaires n’eurent donc pas de peine à gagner leur confiance ; ils avaient au Nankin et au Chang-Tong plus de cent quarante-cinq mille Chrétiens à maintenir dans la
1 En annonçant au prélat le départ des trois Jésuites, la Propagande lui écrivait le 80 juin: « La Sacrée-Congrégation se propose de se servir ds ces trois Religieux de la Compagnie et des auires qu’on pourra envoyer dans la suile pour rouvrir kh Mission du Japon, lorsqu'il plaira à la Providence de faire briller de nouveau la lumière de l'Évangile dans ces régions désolées et d'enlever les obstacles qui s’opposent à l'entrée des ministres de Jésus-Christ, »
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Foi si merveilleusement conservée; ils fondent un Séminaire pour préparer les vocations sacerdotales. De nouveaux ouvriers étaient indispensables. Au mois de décembre 1843, les, Pères Clavelin, Gonnet, Languillat, Taffin et Vanni sont embarqués sur l'escadre qui porte à la Chine l'ambassade de M. de Lagrenée. Le 13 octobre 1844, Clavelin écrivait : « On espère beaucoup de notre ambassade, et tous les Missionnaires sont persuadés qu'il n’y a qu'à demander la liberté des cultes pour l'obtenir. Les Anglais, dit-on, se repentent de ne l'avoir pas demandée, et s'ils ne l'ont pas fait, c'est qu'ils n’y ont pas pensé; ce qui le prouve, c’est l'article qu’ils ont fait insérer dans le traité supplémentaire. D'après cet article, les Chinois ne doivent plus mettre à mort les Missionnaires. L’ambassadeur américain vient de partir ; il a obtenu, dit-on, tout ce qu’il a voulu, entre autres choses des conditions très-avantageuses pour la Religion protestante, par exemple, la permission d'élever des temples dans les différents ports. » La France ne restait pas indifférente à ce grand mouvement, qui fait enfin tomber, devant la civilisation européenne, les préjugés et les précautions que le céleste-empire maintient depuis tant de siècles. M. de Lagrenée a manifesté les vœux de son pays; en dehors des intérêts commerciaux, il a stipulé, pour les Missionnaires et pour les Chrétiens indigène:, tolérance et sécurité.
Garantis par des actes diplomatiques, placés sous la sauvegarde de l'Europe, les Jésuites n’ont plus à redouter les tribulations auxquelles jadis ils se voyaient exposés. La mort ne sera plus possible que par l'excès du travail ou de la charité. Une lettre du Père Clavelin, écrite à ses compagnons le 12 janvier 1845, initie le lecteur à l'existence des Missionnaires chinois. Cette existence, si laboricusement utile, ne deviendra-t-elle pas pour tous un commencement de martyre?
« Chaque jour après avoir baptisé, marié, administré les malades qu’on vous aura amenés, vous entendrez les confessions. Vingt par jour, c’est bien assez; cela vous tiendra dix heures au confessional. Est-ce trop d'une demi-heure pour une confession de dix, vingt, trente ans, et faits par un pénitent peu instruit qui ne vous comprend guère mieux que vous ne le com-
prenez? À la messe vous faites une petite instruction de vingt minutes ; vous en faites autant pour les mariages, quand cela est possible. Combien de fois re serez-vous pas interrompu au milieu de ces occupations? On viendra vous chercher pour des malades qui sont bien loin, vu surtout la lenteur des moyens de transport. Il faut porter sa chapelle avec soi; c'est presque l'affaire d'une journée. Dans cette excursion, après avoir administré les malades, baptisé les enfants et rempli les autres ministères les plus indispensables, vous revenez comme vous êtes allé, en barque ou en chaise à porteurs, ei c’est un temps précieux pour faire ses exercices spirituels. Arrivé à l'endroit d'où vous étiez parti, vous vous remettez bientôt au confessionnal, à moins que vous ne trouviez d'autres Chrétiens qui viennent encore vous chercher pour d’autres malades. Vous y courez aussitôt, bien heureux si vous ne trouvez pas des morts à votre arrivée. Le Père Estève, qui certes ne se ménage pas, a eu dans son district, dans l’espace de quinze jours seulement, sept à huit Chrétiens ainsi morts sans Sacrements. Si on vous laisse tranquille, vous continuez à confesser jusqu'à huit, neuf, dix heures du soir. Vous vous couchez souvent à onze heures, minuit, pour vous lever à quatre ou cinq heures, pourvu toutefois qu’on ne soit pas ver.à interrompre votre sommeil pour d’autres malades, ce qui n’est pas rare. Quand un de ces malades vous jait demander, direz-vous que vous avez besoin de repos, que l’état de votre santé le réclame, qu'il faut vous ménager? direz-vous : Attendez à demain ? J'entends toutefois tel Père vous répondre : « J'ai toujours sur la conscience de l'avoir fait une fois : le lendemain, quand je suis arrivé, le malade était mort ; il ne s'était pas confessé depuis quarante ans. » En pareil cas, j'ai trouvé la semaine dernière des confessions de quarante à cinquante ans. Les malades n'ont pas plutôt été administrés qu'ils ont rendu le dernier soupir. Mais au moins, au reiour de ces expéditions fatigantes, vous pourrez prendre quelques heures de repos. A votre retour, mon bien cher Père, vous trouvez des Chrétiens qui attendent depuis trois, quatre et souvent huit jours pour faire leur confession. Ils ont cependant leurs terres à cultiver, leur famille à nourrir, et ils vont partir si vous ne les entendez pas. Vous rentrez
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donc au confessional. Ce n'est pas tout, voilà la fièvre qui vous prend ; et si, pendant l- ,lus rudes accès, on vient vous demander pour un malade, que ferez vous? Quand nous sommes arrivés, le Père Estève était retenu au lit par la fièvre. Il avait été envoyé hors de son district, à Van-Dam, afin de se rétabli plus facilement (et cependant il fut de même accablé par les confessions et repris de la fièvre). Le dimanche, pour vous reposer, vous dites deux messes dans deux différents endroits, et vous faites deux petites instructions. Pour vous conforter, vous vez ici tous les jeûnes possibles, que vous tâchez d'observer pour l’édification des Fidèles. Ne vous impatientez pas, mon bien cher Père, car c’est justement la patience qui doit être ici votre première vertu. Sans elle vous ne ferez rien de bon en Chine. Je ne parle pas des chaleurs, qui sont excessives en certains temps de l’année ; elles ont fait mourir subitement, il y a peu de mois, trois élèves du petit Séminaire. Au milieu de toutes ces fatigues, le Missionnaire reçoit des grâces bien grandes et presque toujours au-dessus des besoins qu’il éprouve. » :
Ce tableau de misères de détail et de préoccupations infinies aurait dû décourager tous les hommes révant le Ciel par le martyre ou la gloire par l’apostolat de la science. Les Jésuites qui se destinent à évangéliser la Chine n'ont plus de périls à affronter et de luttes à soutenir. Il faut qu'ils se résignent à vivre de cette vie que le Père Clavelin leur révèle. Ils n’attendent plus, pour justifier aux yeux du monde l'enthousiasme des Missions, une existence semée de dangers inconnus, de voyages extraordinaires et d'aventures poétiques. Pour eux tout se résume en travau: obscurs, en soucis, pour ainsi dire, de ménage sacerdotal. Mais, au terme de ces fatigues sans repos, ils savent que le Christianisme aura conquis de nouveaux royaumes, que là Foi s’implantera peu à peu dans le céleste-empire, et ils marchent.
Jamais peut-être l’homme ne poussa plus loin le mépris de la mort, jamais il n’y eut autant d'intrépidité raisonnée prodiguée pour une cause.-A tous les confins de l'univers, dans les glaces des Montagnes-Rocheuses comme aux feux du soleil des fndes, les Jésuites se livrent volontairement aux supplices que leur prépare la diversité des climats. Un trépas prématuré les attend sous VI. 21
029 CHAP, VI, -- INISTOIRE
toutes les latitudes, ce trépas ne ralentit point leur ardeur ; il n'a même rien d'effrayant pour les chefs de l'Ordre. C'est la condition du triomphe de la croix; qu'importe aux enfants de Loyola de tomber pendant la bataille ? Le Saint-Siége les placés à un poste périlleux , ils succombent en le gardant, ct, soldats de l’Eglise militanté, ils ne demandent pour toute gloire qu'une prière sur leur tombe égarée dans le désert. Les Néophytes des anciennes Chrétientés avaient obtenu du Pontife Suprême le retour de leurs Missionnaires. L'Evêque d’Halicarnasse, Vicaire apostolique de Pondichéry , écrit à Rome pour implorer le concours des Jésuites. Les Fidèles du Maduré se trouvent exposés au schisme, à l’apostasie et à la corruption. Les Païens minent insensiblement le Cutholicisme; les Luthériens, les Anglicans provoquent à la défection par d’artificieuses promesses , et, au lieu de sauvegarder leur troupeau, les prêtres le poussent vers l'abime en le démoralisant par le scandale de leurs mœurs. Le mal était évident : la Congrégation de la Propagande y remédie en: érigeant le Maduré en Vicariat apostolique. Ce Vicariat est remis aux soins de l'Institut de Jésus; mais les Pères connaissent le parfait accord qui a régné entre les Jésuites de l'Indostan et leurs successeurs des Missions- ” Etrangères de France. Le souvenir de l'abbé Dubois, alors directeur au séminaire des Missions-Etrangères de Paris, vivait dans toutes les âmes. Les enfants de saint Iguace résolurent de donner à leurs coupérateurs un témoignage d'affection, de reconnaissance et d'estime. Le Maduré devait former un diocèse à part; il avait pour chef spirituel un Père de la Compagnie. Les Jésuites supplient le Saint-Siége de les dispenser de cet honneur et de les laisser sous la dépe. dance de l’Evèque de Pondichéry!. Cette prière , que les Jésuites n'auraient pas dù faire , fut exaucée.
!La Chrétienté de Pondichéry avait conservé un précieux souvenir des Jésuites ; car c’éait à l'abnégation de l’un des Missionnaires de l'Ordre qu’elle devait sa plus Lelle église, Lorsque les Français, pour la première fois, portèrent la guerre dans l'intérieur de l’Inde contre les Anglais, le général de Bussy demanda un disciple de Loyola pour accompagner l'expédition. Le Père de Montjustin fut désigné. 11 gaçua en peu de temps la conflance de l’armée. L'expédition avait été heureuse ct le butin immense, On partagea les dépouilles de l'ennemi entre les chefs et les soldats. Sc Jésuite fut traité comme un colonel, et il lui revint à peu près une somme de 400,000 francs, Montjustin la refusa, alléguant son vœu de pauvreté. Les chefs et les soldats voulurent le contraindre à être riche, et on le condamna à toucher l'argent qui ki était destiné. Cette fortune incspérée n’embarrassa pas longtemps le
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