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Ils refusaient par humilité d'accepter l'épiscopat ; ils aimaient mieux obéir que commander. Mais sur ces lointains rivages, ce n'est pas la soumission qui offre les plus sérieux embarras ; c'est l'intelligence du pouvoir ct le moyen de s'en servir. A une pareille distance du centre commun, il peut surgir mille conflits de juridiction , des opinions différentes sur la manière d'interpréter les lois et les mœurs du pays. Ge désaccord, qui a été souvent une cause de troubles , était conjuré par la mesure dont le Saint-Siège prenait l'initiative au Maduré. En déclinant le fardeau de l'épiscopat, dont les anciens Jésuites se chargeaient pour l'Ethiopie ctle Japon , les modernes se persuadèrent qu'ils entraient mieux dans l'esprit de leurs Constitutions. Par cette abnégation impolitique , ils auraient pu donner le signal de nouveaux démélés. L'Ordre de Jésus travaille au-delà des mers sur un plan élaboré de longue main. Ses hommes apostoliques connaissent par tradition les besoins du pays dans lequel ils exercent le ministère ; ls ne peuvent donc subir les entrainements de zèle ou les petites jalousies auxquelles un étranger cédera presque malgré lui. Le Missionnaire passe, mais l'Institut reste , et nous croyons que pour prévenir ces funestes débats, il eût été plus prudent de conformer aux intentions de la Propagande.
Quoi qu'il en soit, le 4 juillet 1837, les Pères Bertrand, Garmer, Martin et Duranquet s'embarquèrent à Bordeaux pour Pondichery. Deux Prêtres des Missions-Etrangères, .es abbés Mahay et Mousset, accueillirent les quatre Jésuites avec une cordiale gratitude. Ils leur avaient préparé les voies ; ils s'associérent à leurs fatigues et à leurs succès futurs. Ces succès ne devaient pas naître sans lutte. Des obstacles de plus d'une sorte semblaient condamner le Maduré à une éternelle ignorance. Des prêtres de Goa s'étaient mis en révolte ouverte contre le Saint-Siège. Ils trompaient la Foi des peuples par des bulles supposées , et ils trouvaient un appui moral dans les magistrats anglicans. En présence de ce schisme, qui chaque jour gagne du terrain, les vices s'étaient multipliés comme les abus; les factions avaient provoqué des haines nvétérées. Les schismatiques ligués avec les
Missionnaire. La vilie de Pondichéry n'avait qu'une pauvre chapelle, il y fit construire une des plus grandes églises de J’In le,
Protestants s'opposaient de toute leur force à l’action des Jésuites. On avait vu sans effroi Mahay et Mousset combattre ces causes de dissolution catholique; mais, quand les Pères de la Com- pagnie eurent pris pied sur cette terre que leurs devanciers avaient faite chrétienne, la coalition sentit qu'il fallait écraser ces redoutables adversaires ou être vaincue par eux. Elle se mit à l'œuvre.
Les magistrats anglais, moins justes qu'à Calcutta, entraient dans ses intérèts ; ils rendirent des sentences par lesquelles on défendit aux Jésuites l'accès des églises bâties par leurs prédécesseurs. Les Pères n'étaient que quatre pour lutter contre tant d'obstacles et pour fortifier les Catholiques découragés * les Jésuites n'abandonnent pas leur cause. On leur interdit le droit de prècher et de prier dans les églises ; il transforment en temples quelques cabanes de feuillage ; on les repousse de toute demeure habitée, ils se résignent à une existence vagabonde ; on essaie par d'injurieuses suggestions de leur enlever la confiance des Catholiques, ils se dispersent, ils se multiplient, afin de réveiller dans les âmes les sentiments de Foi. Ils évangélisent le Tanjaour et le Tondiman. Ils sont à Trichirapalli, dans la ville d'Aour et dans le Marawa. Ils parlent, ct, à leur voix, des églises s'élèvent. En face d’une ténacité qui ne recule devant aucun péril, la ligue des schismatiques commençait à s’avouer son impuissance. On ne peut épuiser le courage des Jésuites ; on a recours au poison. Les Pères échappent trois fois à ces tentatives ; on ose Les renouveler jusque dans le sacriliee de la messe.
Au milieu de cette guerre acharnée et sous ce climat brûlant, Bertrand, Garnier, Martin et Duranquet se livrent avec une infatigable ferveur aux fatigues de la Mission. Ils ont’ des courses de toutes les heures à entreprendre pour instruire et fortifier les Fidèles, pour prévenir les défections et régénérer ce peuple. Ils doivent marcher sans cesse sous les rayons du soleil comme à travers les rosées abondantes de la nuit. Il faut qu’ils soient partout, afin que leur action vivifie la charité et donne aux Chrétientés orphelines assez d'énergie pour résister à l'ennemi cherchant à les séduire. Ce voyage, sans autre terme que la mort et auquel ils se condamnent, les jette en proie à toutes les tortures de la fm, de la soif et de linsomnie. Ils sont dévorés par la
chaleur ou noyés dans des torrents de pluie ; ils ne trouvent ni ombrage pendant la journée ni abri pour reposer le soir leur tête épuisée ; ils roulent dans un cercle perpétuel de dévouements et de sacrifices. Ce cercle s'étendait, la mort vint servir d'auxiliaire aux haines amassées autour des Jésuites. À peu de jours d'intervalle, elle frappe les Pères Martin et du Bournet. La Compagnie n'avait pas voulu laisser succomber sous le poids des douleurs les premiers ouvriers envoyés au Maduré; d'autres les y avaient suivis. Les fièvres cérébrales ou le choléra, dont les retours sont périodiques, emportérent en quelques années la meilleure partie de cette génération de nouveaux Missionnaires. En 1843, San-Sardos, Charignon, Perrin, Duranquet, Garnier, Clifford, Deschamps et Faurie expirérent à la fleur de l'âge, victimes de leur courage ou de leur charité. Comme le Père Garnier, leur supérieur, ils avaient tenu les espérances que leurs talents avaient fait concevoir. La mort les frappait coup sur coup et avec tant de rapidité qu’à ces nouvelles la Société de Jésus s’ébranla tout entière. On mourait au Maduré pour la gloire de Dieu et de l'Eglise. Des soldats de la croix se présentent dans chaque Province de l'Ordre, afin d'aller affronter le trépas. Le Maduré est devenu pour la Compagnie un champ de bataille; tous briguent le dangereux honneur d'y combattre; tous s'écrient : Eamus et mwriamur. À cet élan universel, les chefs comprennent qu'ils doivent relever l'espérance de ceux qui survivent aux désastres. Coûte que coûte, il ne faut pas que les peuples puissent douter de l'Institut. Six Jésuites et deux Frères coadjuteurs sont expédiés en poste. Cinquante jours après ils arrivaient ; ils anonçaient de nouveaux renforts, et, dans l’allégresse de leurs âmes, ils couvraient de larmes et de baisers la terre qui allait peut-être les engloutir à leur tour.
Cette confiance dans ses forces, grandissant en proportion des obstacles et des revers, cette énergie ne reculant devant aucun sacrifice, explique admirablement les Jésuites. Elle montre la puissance d'un corps sur des Missionnaires isolés ; elle apprend aux habitants de l’Indostan que rien, pas même.la mort, ne peut séparer les Pères de ce sol où ils ont fait germer le Catholicisme. Comme le bon Pasteur donnant sa vie pour ses brebis,
ra
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ils sont morts ou ils ont souffert afin de prémunir les catéchumèênes contre les embûches tendues à leur Foi. Ils se sont aguerris aux mœurs ainsi qu'au climat du Maduré ; la langue tamoule leur est plus familière. Ils commencent donc à étendre leurs conquêtes jusque chez les païens. Un Collége s'élève à Négapatam; c’est le phare de l'éducation brillant sur cette terre inculte, mais que tant de généreux trépas ont fécondée. Ainsi que l'apôtre saint Paul * écrivant à Timothée, le Jésuite du Maduré peut dire avec tous les Missionnaires de l'Institut : « J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course ; j'ai gardé la foi. Il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée, que le Seigneur comme un juste juge me rendra en ce grand jour, et non-seulement à moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avénement, » ! Deuxième épitre de saint Paul à Timothée, ch, 1v, v. 7.